TOUT EST DIT

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mercredi 9 février 2011

Le triangle de Weimar sort de l’oubli

Réunis à Varsovie le 7 février, les dirigeants polonais, allemands et français ont convenus de renforcer leur coopération trilatérale. Il était temps, écrit Gazeta Wyborcza, pour contrer les craintes d'une UE à deux vitesses. 

Les vingt années de l'existence du triangle de Weimar sont avant tout une histoire de déceptions. Jusqu'ici, Varsovie, Paris et Berlin n'ont pas réussi à forger une alliance durable, susceptible de devenir le moteur d'une Europe élargie. Il n'est toutefois pas exclu qu'elles y parviennent à l'avenir.
Les échecs essuyés par le passé tiennent d'une part aux ambitions politiques excessives de la Pologne, et d'autre part à la vision à court terme et au manque d'intérêt de la part des dirigeants allemands et français, qui nous ont longtemps considérés comme des parents pauvres.
Berlin et Paris gardent bien en mémoire qu'en 2003, ils ont essayé en vain de convaincre Varsovie de refuser de soutenir l'invasion américaine en Irak. Le triangle n'a pas non plus fonctionné quand l'Europe occidentale et la Russie se sont entendues sur la construction du gazoduc Nord Stream contournant la Pologne [en 2005]. Il n'a pas eu non plus d'effet fédérateur pendant le conflit entre la Géorgie et la Russie [en 2008], lorsque les présidents polonais et français ont chacun essayé d'arriver à Tbilissi avant l'autre.

Des discussions désormais régulières

Le Triangle était uniquement un cadre informel de rencontres et de prises de paroles, dont la mise en œuvre dépendait de la bonne volonté des politiques. Cette dernière a manqué de manière évidente en 2006, quand Lech Kaczyński, offusqué d'avoir fait l'objet d'une caricature publiée par un journal allemand, a tout simplement annulé le sommet de Weimar.
En réunissant à Varsovie Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, le président polonais Bronisław Komorowski a montré que la plate-forme de discussion polono-germano-française doit gagner en importance, surtout dans le contexte actuel difficile pour l'UE, où l'Europe craint une division entre les pays de la zone euro et les autres.
Selon les souhaits des trois dirigeants, les rencontres dans le cadre du Triangle devraient désormais être régulières. Il est également prévu d'organiser une réunion conjointe avec le président russe Dmitri Medvedev. Ce qui laisse présager que la réanimation du triangle peut être couronnée de succès.
Cette coopération dans ce cadre ne devrait surtout pas être réduite à un rendez-vous annuel dans un joli palais, restreint au cercle des plus importants hommes politiques polonais, allemands et français. L'action du triangle devrait s'étendre à l'ensemble de la classe politique des trois pays, et à la coopération entre les scientifiques, les élus locaux, ainsi qu'à des échanges de jeunes.

Une coopération qui résiste aux changements politiques

Osons imaginer la situation où, pendant que les hommes politiques des trois pays négocient les termes d'une stratégie commune pour la politique énergétique de l'UE, les directeurs des instituts de recherche et les maires signent des accords de coopération trilatérale. Ou un autre scénario: l'UE adopte des sanctions contre le régime d'Alexandre Loukachenko, tandis que les universités polonaises, allemandes et françaises ouvrent leurs portes aux étudiants biélorusses.
Comme le montre si bien l'exemple de la coopération franco-allemande de ces 50 dernières années, une fois mise en place et ancrée, une coopération perdure et résiste aux changements politiques. Dans cette hypothèse, une réanimation du triangle ne serait plus que jamais nécessaire.


Vu d'Allemagne

Ne pas tomber dans la facilité

Le bilan du triangle de Weimar depuis sa création en 1991 est proche de zéro, estiment les politologues Daniela Schwarzer et Kai Olaf-Lang dans Die Zeit. La France a fait preuve d'anémie, d'incompréhension et parfois d'arrogance, tandis que l'Allemagne se concentrait sur le partenariat franco-allemand et que la Pologne était prise dans "l'effet Kaczyński“. Mais "pour l'Allemagne, confrontée a des attentes accrues de la part de ses vingt-six partenaires européens“, le triangle offre "un complément propice au partenariat intense avec la France“, estime les chercheurs. Mais si "Paris, Berlin et Varsovie continuent à sauter de sommet en sommet sans traverser les vallées ensemble“, le triangle restera sans importance politique. "Cela ne serait pas grave. Mais dans ce cas, il faudrait dire adieu à cette nouvelle d'un trio à l'importance européenne.

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