vendredi 25 février 2011
Cinq heures. C'est le temps que Nicolas Sarkozy passera, aujourd'hui, sur le sol turc. Cinq heures en tant que président du G20. Une visite de travail et non un voyage officiel. Vu de Turquie, cela paraît bien peu. Très inconvenant pour un pays si conscient d'être redevenu une puissance incontournable, un facteur de stabilité plutôt rare dans une région en pleine ébullition.
Pour mesurer ce nouveau poids, le point de vue et l'objectif, comme en photo, sont essentiels. Le premier est évident si l'on se place sur les rives du Bosphore. Le carrefour sur lequel s'étend l'espace turc, entre l'Europe et l'Asie, frontalier de l'Iran, de l'Irak, de la Syrie, près du Caucase et de la Russie, dit tout.
Quant à l'objectif privilégié désormais par les dirigeants turcs, ce n'est plus la longue vue qui permettait aux élites kémalistes de lorgner, rêveurs, sur l'Occident, mais un grand angle. La Turquie n'est plus un vaste pays pauvre frappant, en vain, à la porte de l'Europe. C'est une économie en pleine croissance, une puissance qui se représente désormais au centre d'un espace d'intérêts, sinon d'influence, et tisse des liens économiques, politiques, diplomatiques et culturels à 360°.
Dès lors, la question de l'adhésion d'Ankara à l'Union européenne n'est plus centrale. Son refus, dont le président français est le principal représentant, non plus. Les sondages turcs montrent un effritement sensible du soutien à l'adhésion. Après tout, l'euroscepticisme des Européens eux-mêmes ne peut que faire tâche d'huile. Officiellement, l'adhésion reste un objectif. Est-ce une priorité ? De moins en moins. « Le monde ne s'arrête pas à l'Union européenne », affirmait récemment le président turc, Abdullah Gül.
Formidable levier de développement économique et de démocratisation, le dialogue avec l'Europe est éclipsé par d'autres urgences. Avec 8 % de croissance, l'an dernier, le business turc s'étend tous azimuts : Asie centrale, Proche-Orient, Afrique du Nord, mais aussi Chine, Japon, Afrique subsaharienne.
Parallèlement, Ankara déploie, depuis plusieurs années, une diplomatie très active, notamment en direction du monde arabe, au détriment de la relation purement stratégique et militaire qui, au sein de l'Otan, en faisait la franche alliée d'Israël. L'affaire de la flottille pour Gaza a eu valeur de symbole de cette évolution et un impact considérable dans l'opinion des pays arabes, ouvrant un boulevard à la diplomatie turque pour exercer un rôle de premier plan dans la région.
Culturellement aussi, la Turquie fait tout pour devenir un pôle d'attraction. En tant que pays musulman qui a fait progresser son niveau de vie et son fonctionnement démocratique sans renier son identité. Les séries TV turques font un tabac dans de nombreux pays arabes. Tout cela fait rayonner ce pays et occulte les manquements, pourtant graves, à la démocratie en matière de justice et de liberté de la presse, ou les tentations autocratiques du pouvoir sans partage de l'AKP d'Erdogan.
Pour toutes ces raisons, le dialogue avec l'interlocuteur turc, pays émergent le plus proche de nous, ne peut plus être paralysé par la question de l'adhésion. Négocier ne veut pas dire conclure. L'Europe a encore un pouvoir de conditionnement vertueux pour le cheminement vers plus de démocratie en Turquie. Elle a, en outre, tout à gagner de la stabilité prônée et recherchée par Ankara. Cela mérite plus qu'une visite de travail.
Seul face à son peuple et au monde Kadhafi provoque et menace encore
Hier, dans une nouvelle déclaration publique - la deuxième en 48 heures-, Mouammar Kadhafi a accusé Al-Qaïda de manipuler les insurgés (qui sont devenus maîtres de la région orientale du pays, riche en pétrole) en leur donnant notamment des « pilules hallucinogènes ». « Ces gens n’ont pas de vraies revendications, leurs revendications sont celles de Ben Laden », a-t-il affirmé.
Répondant aux appels des manifestants qui réclament son départ, le colonel Kadhafi a encore indiqué que son pouvoir était « seulement moral » comparant son autorité à celle de... la reine d’Angleterre. Dans ce message, il s’adressait tout particulièrement aux habitants de Zawiyah, à 60 km à l’ouest de Tripoli, la capitale, où des « terroristes » ont égorgé plusieurs soldats, selon l’agence officielle Jana. Le journal libyen Quryna affirme au contraire que dix personnes ont été tuées hier dans l’assaut donné par les forces de sécurité dans cette ville. mardi, le colonel Kadhafi avait juré de réprimer dans le sang l’insurrection, qui a déjà fait plusieurs centaines de morts. Dans la ville d’Al Baïda (1,300 km à l’est de Tripoli), les murs criblés de balles sont autant de stigmates de la violence des combats entre opposants et « mercenaires » pro-régime. Mais la détermination des contestataires semble intacte : « Notre objectif est Tripoli, si Tripoli n’arrive pas à se libérer par lui-même », affirmait hier un officier. C’est dans la capitale que les partisans du « guide » sont concentrés et la milice Khamis y disposerait de 9 000 combattants ainsi que de chars, d’avions et d’armes lourdes. La présence de Kadhafi est en revanche plus incertaine : contrairement à mardi, où il avait prononcé un discours télévisé devant sa maison de Tripoli, Kadhafi est intervenu hier via une liaison téléphonique depuis un endroit non identifié.
jeudi 24 février 2011
Kadhafi : "Des manifestants drogués à la solde de Ben Laden"
Il s'adressait plus particulièrement aux habitants de Zawiyah à 60 km à l'ouest de Tripoli où, selon l'agence officielle Jana, des « terroristes » ont égorgé plusieurs soldats. Il a présenté ses « condoléances aux familles de quatre personnes des forces de sécurité tuées ».
« Des pilules hallucinogènes »
Lors de cette allocution beaucoup plus courte que la précédente, il a affirmé que Ben Laden manipulait les jeunes en leur donnant notamment des « pilules hallucinogènes (…) Ils profitent du jeune âge de ces gens parce que légalement, ils ne sont pas passibles de sanctions ».Celui qui se présente encore comme le guide de la Révolution a également affirmé que sa démission était impossible puisqu'il n'occupe pas de fonction officielle mais une fonction « morale ».
« Je n'ai pas le pouvoir de faire des lois ou de faire appliquer la loi. La reine d'Angleterre n'a pas cette autorité. C'est exactement mon cas (…) La situation est différente de l'Egypte ou la Tunisie. Ici, l'autorité est entre vos mains, les mains du peuple. Vous pouvez changer l'autorité comme vous voulez ».
Des blessés achevés
Le discours décousu d'un homme qui continue de tirer sur sa population. Dix personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées jeudi dans l'assaut donné par les forces de sécurité contre Zawiyah, selon un bilan provisoire. Des mercenaires auraient également pénétré dans un hôpital afin d'achever des manifestants blessés.Depuis 10 jours, la répression aurait tué 675 personnes.
Libye: Kadhafi de plus en plus isolé
Au dixième jour de l'insurrection contre le régime libyen, le colonel Khadafi semble de plus en plus acculé. Après la répression sanglante des manifestants, le dirigeant est lâché par la communauté internationale. L'Est du pays est déjà sous contrôle des opposants et, jeudi, une grande ville de l'Ouest est tombée dans leurs mains. L'exode de la population se poursuit.
Les opposants à Mouammar Kadhafi ont pris le contrôle de la ville de Zouara, à 120 km à l'ouest de Tripoli, ont dit jeudi des travailleurs égyptiens fuyant la Libye. Ces Egyptiens rencontrés à la frontière tunisienne travaillaient à Zouara. Ils affirment qu'il n'y a plus aucun policier ou militaire et que des "comités populaires" armés contrôlent la ville. Zouara, située au bord de la mer Méditerranée, est la ville la plus importante à l'ouest de la capitale libyenne. Le dirigeant libyen a déjà perdu le contrôle de l'Est du pays, au moins jusqu'à la ville de Benghazi.
Alain Juppé, a dit souhaiter jeudi que Mouammar Kadhafi "vive ses derniers moment de chef d'Etat en Libye". Face à la répression sanglante qui sévit en Libye, le ministre de la Défense est le premier membre du gouvernement français à demander explicitement la chute du colonel. "Il y a une Cour pénale internationale sur la planète et les criminels relèvent de cette cour", a-t-il menacé.
Le Comité du peuple pour la sécurité, organisme du gouvernement libyen, a appelé jeudi les opposants à rendre leurs armes et promis de récompenser tout renseignement sur les dirigeants du mouvement de protestation.
Barack Obama a rompu mercredi le silence qu'il observait sur la Libye et condamné la répression "monstrueuse" des manifestations antigouvernementales par les forces de sécurité fidèles au colonel Mouammar Kadhafi.Des sanctions sont envisagées.
Un mois pour trouver une solution à la crise
Pour le Premier ministre, l'enjeu est avant tout l’allongement du délai de remboursement du prêt de 110 milliards d’euros accordé par l’UE et le FMI. Cette option est "prévue", "mais il est raisonnable de ne pas prendre de décision hâtive, il faut y préférer une réponse globale. Et cela est mieux pour la Grèce". Mais Angela Merkel, les yeux fixés sur la défaite électorale de son parti aux élections régionales à Hambourg, dimanche dernier, a refusé d'apporter dès maintenant une solution au problème global de la zone euro, dont le "problème grec" fait partie.
"De nombreux Allemands sont persuadés que les Grecs y arriveront"
Résultat, "tout est encore sur la table" des négociations, selon une source gouvernementale. Même si la chancelière a reconnu que le gouvernement grec a pris des décisions "difficiles", elle refuse de céder sur l’allongement du remboursement et le renvoie à une décision européenne. Bien entendu, le sommet de fin mars coïncide avec les élections dans le Bade-Wurtemberg et Angela Merkel sera à nouveau sous pression de son parti. D’autant que la presse allemande parle déjà de "punition" par les urnes du fait de sa position fuyante sur la Grèce. Il est donc très peu probable qu'elle ne change pas de position d’ici mars.En ce qui nous concerne, pour l’allongement du remboursement du prêt, Angela Merkel y "réfléchit" et "tout est en discussion". Bien entendu, elle s’en tiendra aux résultats du plan de sauvetage pour décider si la Grèce doit ou non faire partie du pacte de compétitivité qu'elle a promu avec Nicolas Sarkzoy, mais dont la Grèce voudrait être dispensée [car le pacte impose trop de conditions rigoureuses]. La chancelière allemande a soutenu la Grèce et a assuré que "de nombreux Allemands sont persuadés que les Grecs y arriveront, mais [qu'] il faut continuer les efforts".
Cela a bien entendu provoqué un tollé chez les Grecs qui pensent à présent que de nouvelles mesures d’austérité sont à venir même si le Premier ministre affirme le contraire. Après l’Allemagne et la Finlande, le Premier ministre grec devraient se rendre dans d’autres pays européens tandis que la grogne monte en
La cure UE-FMI comme seul horizon
Samedi matin, comme chaque matin qui a suivi chaque élection dans l’histoire de l’Etat, la politique de l’establishment de centre-droit triomphera. Le Fine Gael et le Fianna Fáil se partageront largement plus de la moitié des votes, 53 % d’après notre sondage du 21 février. Plus étonnant encore, c’est précisément le même pourcentage que celui réalisé au total par les deux formations aux élections européennes de juin 2009.
Toute cette colère n'aura abouti à rien de bien sérieux
Tout ce qui s’est passé depuis — les révélations sur l’étendue cataclysmique de la crise bancaire, la perte de souveraineté économique dans le cadre de l’accord avec l’UE et le FMI — n’a guère provoqué autre chose qu’un glissement dans les loyautés envers les deux parties du centre-droit qui dominent la politique irlandaise depuis la fondation de l’Etat. Si cela s’explique par le fait que les électeurs souhaitent se venger du Fianna Fáil, il n’y pas de quoi inquiéter les sismologues. Ce résultat sera accueilli avec soulagement par la Banque Centrale Européenne (BCE) et les faucons de la fiscalité dans l’UE.Cela veut dire que toute cette colère, tout ce dégoût, toutes ces imprécations et ces manifestations de rage n’auront abouti à rien de bien sérieux. Sur le plan interne, bien sûr, le pire résultat jamais enregistré par le Fianna Fáil aura des conséquences importantes. Mais extérieurement, là où réside aujourd’hui vraiment le pouvoir, d’aucuns pourront se dire qu’il ne s’est pas passé grand-chose.
Les Irlandais disposeront d’un nouveau gouvernement, sans aucun doute plus compétent et énergique que celui, épuisé et démoralisé, qui s’est couché sur le flanc quand le FMI et la BCE ont débarqué dans les parages. Les nouveaux auront droit en récompense à de vagues promesses d’ajustement des taux d’intérêt, ce qui leur permettra de crier victoire. Et ils continueront à nationaliser la dette privée tout en tentant de faire passer les déficits publics en dessous des 3 % du PIB d’ici 2014.
Un vote pour un plan d'austérité de 15 milliards d'euros
Du point de vue de la BCE, les Irlandais se retrouveront encore plus impliqués qu’il ne le sont déjà. L’Europe a toujours redouté que le Fianna Fáil et les verts ne puissent compter sur l’appui du public pour le plan quadriennal qu’ils avaient signé. Après tout, ces deux partis n’avaient engrangé qu’un quart des voix au total en 2009. Mais cette fois, l’appui du public devrait être garanti. Peut-être au prix de quelques concessions mais, après vendredi, l’affaire sera pour l’essentiel dans le sac.Trouve-t-on une autre démocratie où 55 % de l’électorat seraient prêts à voter pour un programme d’austérité de 15 milliards d’euros associé à un transfert de fonds des citoyens vers les banques d’un montant de 100 milliards d’euros ? Et soyons clair, ce vote est volontaire. En dépit des défauts de la démocratie irlandaise, et du mécontentement qu’inspirent les autres solutions aux gens, rien n’empêche ces derniers de se servir de leur vote pour faire passer un message très différent. La plupart des électeurs choisiront délibérément de n’en rien faire.
C’est leur droit, mais c’est dur pour ceux qui n’ont pas de choix du tout, en particulier ceux qui ne sont pas pris en compte dans ces élections, les enfants. J’ai déjà écrit sur la capacité irlandaise aux "connues inconnues", ces choses dont nous savons qu’elles existent mais que nous préférons ignorer. Une de ces grandes connues inconnues est que les enfants paieront un prix disproportionné parce que nous aurons collectivement accepté la politique actuelle.
Des gens timides, prêts à accepter ce qui nous est arrivé
Les enfants des familles les plus démunies sont ceux qui dépendent le plus de la fonction publique. Ils seront touchés de plein fouet par la hausse inévitable de la misère et les réductions pratiquées dans ces services, et le coût humain et économique à long terme sera énorme. Or, ce coût est tacitement inclus dans l’accord. Il n’est même pas question d’en débattre sous une forme ou sous une autre. Le programme du Fianna Fáil ne dit rien de la pauvreté ou des enfants. Le Fine Gael consacre 860 mots à la question brûlante de la politique de défense, et 360 aux enfants, tous fort corrects, mais surtout flous.Les travaillistes ont de bonnes intentions pour ce qui est de lutter contre la pauvreté, mais leur idée la plus précise pour échapper au cycle de la misère des enfants consiste à mettre en place une stratégie locale dans "au moins dix des communautés les plus défavorisées d’Irlande, pour un montant de près de 15 millions d’euros"— c’est gentil, ça, ça fait chaud au cœur, mais c’est surtout bien modeste.
Les trois plus grandes formations ont manifestement décidé que quoi que nous puissions déclarer dans les talk-shows radiophoniques, en réalité, nous sommes des gens timides, prêts à accepter ce qui nous est arrivé, et que nous avons peur de tout changement d’importance dans le fonctionnement de notre société. Et apparemment, elles avaient raison.
Vu de Londres
Même l'UE doute que l'austérité soit la seule solution
En appelant à des sanctions économiques contre la Libye, le président de la République a voulu faire un geste pour condamner l’intolérable. L’arme de rétorsion est classique. On pourrait presque dire trop classique tant la répression qu’elle prétend sanctionner dépasse largement le répréhensible pour baigner dans le crime et patauger dans le sang. On pourrait dire presque trop déplacée, pourtant, trois ans après que Paris eut déroulé le tapis rouge à Mouammar Kadhafi en espérant recevoir en retour de cet honneur baroque - et de la promesse d’une coopération sur le nucléaire civil ! - quelques milliards de contrats qui ne vinrent jamais. Guère effrayante pour le «Guide» paranoïaque de Tripoli, la punition française n’est même pas parvenue à faire l’unanimité dans l’Europe des 27.
Toutes les limites d’une politique étrangère apparaissent tout à coup, en relief, sur la carte des rapports de forces à la lumière de la troisième révolution du monde arabe méditerranéen en seulement deux mois. La France savait, depuis que Valéry Giscard d’Estaing le lui avait avoué, qu’elle était une puissance moyenne, mais elle continuait d’occuper une place unique sur l’échiquier planétaire. Elle comprend aujourd’hui qu’elle n’est plus qu’une petite puissance, plus reconnue pour le rayonnement de sa culture, de son art de vivre et de son mode de vie, que pour son influence sur les évolutions planétaires du XXI e siècle. Un douloureux constat qu’un groupe de diplomates, de droite et de gauche, a attribué sans prendre de gants - dans une tribune publiée dans Le Monde - aux stratégies velléitaires et aux coups par coups sans vision de l’Élysée autant qu’à l’amateurisme et aux objectifs de politique intérieure (suprême injure…) de ceux qui les conçoivent auprès du chef de l’État. Alain Juppé et Hubert Védrine n’avaient-ils pas déjà mis en garde, en juillet 2010, contre la casse du bel outil que représente le quai d’Orsay ?
Le jugement du «groupe de Marly» est encore plus sévère. Si l’affaiblissement de la voix de la France est mis au jour par son apathie devant l’effondrement des régimes dictatoriaux de Tunisie et d’Égypte, il n’est cependant pas exclusivement imputable à Nicolas Sarkozy. Il faut remonter à 1991 et aux hésitations de François Mitterrand devant l’effondrement du monde bipolaire né la seconde guerre mondiale pour en trouver les origines. Depuis vingt ans, la diplomatie française avait encore su montrer sa différence dans des moments clé comme en 2003 avec le refus de s’engager dans la guerre en Irak. Mais la dilution volontaire de sa politique arabe, depuis 2007, sa réintégration dans le commandement de l’Otan, symbole d’un alignement sur les États-Unis, et son désintérêt pour l’Afrique ont accéléré son effacement de fait. Toute l’œuvre gaullienne est à terre.
On croyait avoir tout vu, depuis la déclaration de candidature lue dans sa cuisine au fond d’une casserole par Hervé Morin. Eh bien non : nous avons appris hier que songe également à candidater l’illustre Gilles Bourdeleix — président, pour ceux qui l’ignorent encore, du Centre des indépendants et paysans. Un effet collatéral, sans doute, du Salon de l’Agriculture… L’air de la campagne a d’ailleurs enivré hier un autre visiteur du Salon, Dominique de Villepin : sans annoncer sa candidature, il a claqué la porte de l’UMP afin de monter sa propre écurie… Le général de Gaulle prédisait après lui le trop-plein, notre Président le voit se constituer avant même son départ. Il est sans doute trop orgueilleux pour s’en inquiéter.
Et puis il connaît bien la dure loi du pouvoir, qui est d’assister de son vivant au bal des fossoyeurs — ne le fut-il pas pour d’autres, fossoyeur ?
« ni-ni » salarial
Le sondage que nous publions a de quoi frapper les esprits. Pus de la moitié des Français (56 %) sont persuadés que leur pouvoir d'achat va baisser dans les trois prochains mois. C'est 14 points de plus que le mois précédent et 17 de plus qu'en novembre ! Ouvriers, cadres, retraités, tout le monde est inquiet. Autre point notable : ce score contredit le schéma habituel selon lequel nous sommes collectivement pessimistes (sur la situation économique et sociale) mais individuellement optimistes (sur notre situation personnelle).
Autant le dire : cette crainte est justifiée. Si les cours du pétrole se maintiennent au niveau actuel, les soldes d'hiver et les économies sur l'achat d'écrans plats ne suffiront pas longtemps à amortir l'indice général des prix. De ce point de vue, le thermomètre de janvier est un trompe-l'oeil puisqu'il est déjà acquis que le super sans plomb va battre son record de 2008 dans les tout prochains jours. Pour ne pas être en reste, les tarifs du gaz vont être relevés. L'opinion n'a pas tort enfin de juger possibles des hausses d'impôt à court ou moyen terme.
Jean-Claude Trichet a-t-il dès lors eu raison d'avoir lancé une mise en garde solennelle ? Augmenter les salaires « serait la dernière bêtise à faire » pour récupérer ce pouvoir d'achat qui s'enfuit, a averti dimanche le président de la Banque centrale européenne. Sur le terrain purement macroéconomique, il n'y a rien à dire. La consommation est restée solide en France et des interrogations pèsent sur la compétitivité des entreprises tricolores, en tout cas en moyenne. Le taux de marge des PME reste faible et le chômage est élevé. Bref, ajouter l'inflation des salaires à celle de l'énergie serait le « dernier » des leviers de politiques économiques susceptibles de guérir le malade !
Le patron de la BCE aurait pourtant tort de répéter trop souvent tout haut ce qu'il est en droit de penser tout bas. La première raison est, tout simplement, que la mise en garde paraît inutile. En France, la politique salariale n'est pas aussi centralisée qu'elle l'est, par exemple, en Allemagne. Ce ne sont ni de vastes accords sociaux, ni encore moins l'Etat -depuis le tournant des années 1980 -, qui décident. Aucune esquisse de spirale prix salaire ne menace en réalité.
Mais la vraie raison est que cet avertissement est trop abrupt voire inopportun. Car après des années de modération et d'individualisation, la question salariale se pose bel et bien. Si on n'y prend pas garde, les excellents (et heureux) résultats des grands groupes, le retour de faramineux bonus dans les banques et le juridisme dans lequel semble se noyer le G20 vont creuser rapidement le fossé entre l'opinion et des élites qui donnent l'impression que la crise est finie.
Sur les hausses des rémunérations, il n'y a ni oui a priori à décréter ni non a priori à opposer. Certaines entreprises peuvent y penser, certaines le doivent, d'autres pas. C'est aussi simple que cela.
après l'électrochoc
Le médiateur des relations interentreprises industrielles et de la sous-traitance, Jean-Claude Volot, ne mâche pas ses mots - « omerta », « non-droit » -pour dénoncer les pratiques abusives des grands groupes vis-à-vis des PME qui sont leurs fournisseurs. La virulence de l'attaque est une surprise, le constat qui la sous-tend, beaucoup moins. De fait, dans la sous-traitance, la coopération est souvent réduite au rapport de force. Même la Compagnie des acheteurs de France ne nie pas l'existence de dérives destructrices. Exceptions ou pas ? C'est sans doute l'une des clefs de la polémique à venir. On attend, en effet, la réponse des grands groupes accusés de « piller les PMI ». Avec le fragile espoir que ceux-ci, ainsi que le médiateur après ce coup d'éclat, et les représentants des PMI, auront désormais la volonté de sortir du manichéisme. Ce qui rend ce dossier si sensible est que l'on en revient sans cesse à un dialogue de sourds. D'un côté, des PME plaidant leur cause en présentant les grands groupes comme des monstres froids mus par le seul instinct du prédateur engagé dans sa chasse aux coûts. De l'autre, des grands groupes reprochant aux PME un raisonnement à courte vue, trop microéconomique pour s'accorder à leur propre vision mondialisée. Au-delà des noms d'oiseaux et cris d'orfraie, la priorité du médiateur de la sous-traitance était d'ouvrir un espace de dialogue. Souhaitons que cette « sortie » ne soit qu'un moyen peu orthodoxe de pousser chacun à aller de l'avant. Côté donneurs d'ordre, cela signifierait, selon les mots de Jean-Claude Volot en décembre dernier, « amener les leaders de filières à prendre conscience de leur responsabilité vis-à-vis du secteur », autrement dit à « consolider leurs sous-traitants de rang 1, qui eux-mêmes consolident ceux de rang 2, qui consolident le rang 3, etc. ». Côté PME, il s'agirait, au-delà de la défense des intérêts, d'affronter des questions d'ordre structurel : la taille de certaines entreprises, l'opportunité pour elles de se rapprocher, leur positionnement, leur développement à l'international. S'il provoque des avancées sur ces deux fronts, l'électrochoc provoqué par Jean-Claude Volot s'avérera peut-être finalement d'utilité publique.
La sauvegarde de l'euro entre dans une phase décisive
Au chevet de l'euro, l'armée européenne est encore dispersée. Régulièrement réunis à Bruxelles depuis un an, les chefs d'Etat et les ministres des Finances mènent un long bras de fer contre les marchés financiers. Depuis la crise grecque du printemps 2010, pas un sommet européen n'a été consacré à un autre sujet. Lors de sa nomination, en janvier 2010, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, avait imaginé faire des sommets thématiques pour resserrer peu à peu les liens des chefs d'Etat sur les différents volets de la politique commune. La crise de la dette, qui frappe l'eurozone depuis un an, a balayé cet agenda. Initialement consacré à l'énergie et l'innovation, le dernier sommet du 4 février a finalement été dominé par une longue conversation sur le « pacte de compétitivité » que souhaitent mettre en place l'Allemagne et la France. Comme le résume Herman Van Rompuy, « une monnaie commune signifie qu'il faut faire plus ensemble » et c'est de ce « plus » dont il est à présent question. Si les gouvernements parviennent à le définir d'ici à la fin mars, comme ils le promettent, alors auront-ils une chance de tourner la page de la bataille pour l'euro ?
Les semaines à venir sont décisives. Première tâche pour Herman Van Rompuy : convaincre les Etats qui pensent que ce qui a déjà été décidé est suffisant. Dans la foulée de la tempête grecque, au printemps dernier, les Européens ont jeté un canot de sauvetage à la mer avec la création du fonds de stabilité financière et réfléchi à la manière de renforcer la discipline entre eux afin d'éviter de nouvelles surprises « à la grecque ». En octobre, la « task force » menée par Herman Van Rompuy a abouti ainsi aux propositions législatives de la Commission européenne pour rendre plus efficace la surveillance des économies et des finances des pays de la zone euro. Au-delà du déficit budgétaire, l'accent doit être mis sur l'endettement et de nouveaux indicateurs macroéconomiques. Pour beaucoup de pays membres, l'histoire aurait dû se terminer là.
Sauf qu'à peine cet accord obtenu, la crise irlandaise est arrivée, relançant la méfiance des investisseurs sur la capacité de remboursement des Etats les plus fragiles. En novembre, les pays de la zone euro lancent un plan de sauvetage de 85 milliards d'euros, qui permet de vérifier que le fonds de secours fonctionne bien, mais qui, paradoxalement, en révèle aussi les fragilités. Pour obtenir les meilleurs taux avec une note AAA, la capacité financière du fonds s'avère plus faible que promise d'environ 250 milliards au lieu de 440 milliards. En outre, l'usage du fonds, en dernier ressort, revient cher au pays aidé -l'Irlande emprunte à plus de 6 % -, alors qu'une action préventive aurait peut-être été aussi efficace et moins coûteuse.
De la crise irlandaise au dernier conseil de février, la conclusion s'impose donc peu à peu : le fonds doit être renforcé et sa mission élargie. Autrement dit, la solidarité pour défendre l'euro coûtera davantage que prévu. Une prise de conscience difficile, qui explique les déclarations encore contradictoires des ministres des Finances réunis les 14 et 15 février à Bruxelles.
D'un fonds anti-crise provisoire, défini pour trois ans, il faut passer à un dispositif non seulement permanent mais aussi plus ambitieux. A l'heure de l'austérité, l'enjeu est de taille, puisqu'il s'agit pour les 17 Etats membres de la zone euro de graver dans le marbre un outil de solidarité de quelque 500 milliards d'euros, soit l'équivalent de 3,5 années de budget européen payé par 27 Etats membres. On comprend dès lors pourquoi l'Allemagne mais aussi la France, les deux principales économies de la zone, réclament pour leur soutien un nouveau prix : le « pacte de compétitivité ». « More money, more governance », résume un acteur du jeu.
C'est au président du Conseil, Herman Van Rompuy, qu'il revient à présent de trouver un consensus au sein des Etats membres sur ce nouvel effort de gouvernance. Face à l'échiquier des 27 Etats membres, aucune fausse manoeuvre ne lui sera permise. Il lui faut contourner quatre écueils : ménager les sensibilités de droite et de gauche, rassurer les petits pays face au « diktat franco-allemand », ainsi que les pays non membres de la zone euro qui s'inquiètent de ce que les 17 de l'eurozone recréent une Europe à deux vitesses, et enfin calmer les inquiétudes de la Commission européenne et du Parlement européen, toujours prompts à dénoncer des accords inter-gouvernementaux, autrement dit des arrangements entre Etats, non soumis au corpus législatif européen.
Car ce que réclament Berlin et Paris à travers leur « pacte de compétitivité » bouleverse la méthode communautaire, qui coordonne les politiques en fixant des objectifs à respecter, sans pour autant dicter aux Etats la manière d'y parvenir. Cette fois, les deux grands pays de la zone euro demandent non plus seulement de définir des objectifs communs, avec des trajectoires bien établies pour la réduction des déficits budgétaires et de l'endettement public accompagnées de punitions pour les mauvais élèves, mais aussi des mesures structurelles. D'où les protestations de gouvernements soucieux de leur souveraineté nationale. En outre, les deux Etats réclament des gages dans des domaines qui ne relèvent pas du champ de compétences direct de la Commission européenne : politique salariale, fiscale, régimes de retraite, législation nationale sur un endettement maximal... Le but ? S'attaquer à la racine de ce qui a creusé les écarts de compétitivité entre les différents pays membres de l'euro au cours des dix dernières années : l'indexation des salaires, le poids croissant des régimes de retraite, des fiscalités divergentes. La bataille de l'euro entre dans une phase décisive : y aura-t-il ou non la volonté politique de s'aligner sur le meilleur élève actuel de la croissance, l'Allemagne ? Sous l'oeil attentif et menaçant des marchés financiers, le choix est contraint.



















