TOUT EST DIT

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dimanche 13 mars 2011

De Fukushima à Fessenheim

Le tremblement de terre au Japon provoque des catastrophes en série. Après avoir fait déferler un tsunami qui a tué beaucoup plus de monde que le séisme lui-même, il a mené, 24 heures après les secousses, à une explosion dans une centrale nucléaire. Le gouvernement nippon minimise les dommages – de Tokyo à Paris en passant par Moscou et Washington, la langue de bois est l’espéranto des dirigeants —, mais les informations distillées au compte-gouttes font craindre un accident grave, voire majeur.

Les Japonais, pourtant victimes des bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, semblent moins « pointus » dans la lutte contre les accidents nucléaires que dans la prévention des tremblements de terre. L’armée américaine a dû livrer du liquide de refroidissement à Fukushima, ce qui est étonnant. Et il a fallu attendre plusieurs heures pour que soit entreprise l’évacuation des riverains, d’abord à trois kilomètres à la ronde, puis, le lendemain seulement, à dix kilomètres autour de la centrale. Tout ceci sent l’improvisation, au contraire des plans « séismes » qui sont parfaitement rodés dans l’archipel.

On nous dira qu’en France, les plans de sécurité autour des centrales nucléaires sont au point. C’est peut-être vrai, mais l’accident japonais n’en relance pas moins la polémique. Le tribunal administratif de Strasbourg a débouté mercredi dernier les élus qui demandaient la fermeture de Fessenheim pour cause de vétusté et de dangerosité. Aurait-il prononcé le même jugement après l’accident de Fukushima ? Autre question : Fessenheim aurait-elle résisté à un séisme de force 8,9 ?

Les Japonais ont démontré que les moyens techniques existent pour faire tenir debout, dans des secousses inimaginables, des gratte-ciel de trente étages. Encore faut-il mettre ces solutions techniques en œuvre. Ce n’est pas le cas pour les constructions nipponnes d’avant 1995 et, a fortiori pour les bâtiments français. Or, Fessenheim a été mise en service en 1977. Quoi qu’en dise EDF, elle est loin d’être aux normes antisismiques actuelles.

Nombre d’arguments, à commencer par la lutte contre les gaz à effet de serre, plaident pour le nucléaire. Mais pas n’importe quel nucléaire et pas à prix bradé : Fukushima impose le réexamen de l’emplacement des centrales et de leur protection contre les séismes. D’urgence.

Les larmes d’Hokusai

On ne pourra plus jamais regarder la vague d’Hokusai d’un œil fasciné. L’allégorie emblématique de sa puissance et la force irrésistible de sa courbe gracieuse renverront pour longtemps à la désolation de Minamisanriku et de Sendai, ravagées par les flots assassins, sombre horde marine charriant l’anéantissement.

Nul doute que la main du grand maître de l’estampe aurait tremblé devant une telle trahison de son imaginaire. Nul doute que ce peintre sensible et délicat aurait pleuré devant le malheur qui a saisi des milliers de ses compatriotes, et qu’il aurait gravé dans nos mémoires la douleur des enfants effarés devant la violence guerrière envoyée par cet océan qu’on appelle Pacifique.

Comment ne pas être impressionné par la pudeur de ce peuple courageux qui ne montre pas son immense détresse et trouve encore la courtoisie de sourire pour raconter son angoisse et décrire son malheur ? Cette dignité devant l’affront des hasards de la nature et, désormais, devant la possibilité d’un accident nucléaire majeur, contraste avec le nombrilisme proche de l’indécence des réactions franco-françaises après l’explosion du toit de la centrale de Fukushima.

Entre le catastrophisme aussi cataclysmique que prématuré d’une Cécile Duflot et le déni sidérant de ministres refusant de considérer qu’en matière nucléaire le risque zéro n’existe pas, en France comme ailleurs, la sobriété de commentaire qu’exigeait la tragédie a été orpheline.

Bien entendu, la peur atomique ne connaît pas les frontières, pas plus qu’en 1986 le nuage radioactif de Tchernobyl ne pouvait bifurquer en abordant le Rhin. Cette crainte, légitime et justifiée, doit être le socle d’une indispensable lucidité devant une énergie qui ne pourra jamais être banale.

Il est normal que Fukushima réveille les inquiétudes de Fessenheim. Et même sain. Aucune société responsable et soucieuse de laisser à ses enfants un monde durable ne peut s’affranchir d’une remise en question fondamentale de la dangerosité potentielle de ses choix. Le mythe de la sûreté nucléaire, qui a prospéré sur un passé récent sans incident majeur, ne saurait être admis à la faveur de l’usure sans remise en question permanente.

Si l’Allemagne hésite depuis le milieu des années 90 sur la fermeture de ses centrales, comment la France pourrait-elle faire la sourde oreille à une remise en question de sa stratégie nucléaire, qui, jusqu’au Grenelle de l’environnement, a si longtemps étouffé tout volontarisme pour promouvoir les énergies nouvelles ?

Outre les périls des émissions dans l’atmosphère, la question de l’enfouissement des déchets suffirait à engager un débat dans les profondeurs du pays, et de notre conscience politique. Mais pour l’heure on serait bien avisé de se dépouiller de toute polémique pour être tout entier au côté des Japonais.



La grande colère du peuple

Après un an de rigueur, le gouvernement de Georges Papandréou est toujours confronté au risque de faillite, à la méfiance des marchés et au manque de solidarité de certains pays européens. Quant aux citoyens, ils manifestent de plus en plus leur défiance en la politique, s'inquiète un éditorialiste. 

La plupart des Grecs sont en colère. Colère contre les reponsables politiques "qui se sont foutus de nous" et ont plongé le pays dans la situation actuelle uniquement parce qu'ils ont protégé leurs intérêts par la corruption, le népotisme et la gabegie des deniers publics. Colère contre les responsables politiques qui, depuis tant d'années, voient les scandales éclater un a un sans rien faire, sans que personne ne soit condamné, comme s'ils appartenaient à un club garantissant leur immunité. Colère contre les responsables politiques, qui sans y participer, encouragent la grande arnaque d'une économie qui fait payer ceux qui produisent et préfèrent encourager les profiteurs qui vivent avec l'argent de l'Etat ou brassent du vent. 
Colère contre le gouvernement et le PASOK (le Parti socialiste au pouvoir) qui, même en cette période de crise, ne sont pas à la hauteur des attentes des gens et ne sont pas capables d'expliquer la véritable ampleur du problème. Ils se bouffent entre eux et la plupart du temps sont paralysés face aux problèmes qu'ils ont a gérer.
Colère contre l'opposition conservatrice qui, alors qu'on est au bord du gouffre, continue de vendre des promesses mensongères et s'écroule dans un crescendo d'irresponsabilité. Colère peut-être contre la gauche qui a choisit la voix facile du "non à tout" sans proposer de solution.
On pourrait se demander pourquoi, puisque nous sommes tellement en colère, nous ne changeons pas de responsables politiques. Mais la réalité ne fonctionne pas ainsi. Ce qui reste stable, en revanche, ces dernières années, c'est l'impossibilité de nous changer, de moderniser notre système politique, la répétition des mêmes problèmes, du même comportement encore et toujours. La colère demeure donc mais devient l'une des pires conseillères.
Beaucoup comprennent que les sacrifices sont inévitables. Mais encore plus nombreux sont ceux qui, tout en étant d'accord avec les mesures de rigueur, espèrent également que justice sera faite, que les responsables paieront, du moins ceux qui sont pointés du doigt [principalement l'ancien Premier ministre Costas Karamanlis]. Qu'on le veuille ou non, le besoin de rigueur et celui de justice coexistent et il faut reconnaître que l'un ne peut  être le prétexte pour oublier l'autre.

C’est Merkel qui a les clés

Le 11 mars, les dirigeants de la zone euro se réunissent à Bruxelles pour trouver une issue à la crise économique. Une seule personne semble capable d'empêcher l'UE de se scinder en deux blocs concurrents. Mais Angela Merkel est-elle à la hauteur de la tâche ? 

La chancelière allemande Angela Merkel tient l’avenir de l’Europe entre ses mains. L’Allemagne est le plus puissant des pays créanciers et à ce titre, c’est elle qui est à même de résoudre la crise de la dette souveraine dans la zone euro. En tant que géant économique du continent, c’est surtout elle qui détermine les orientations de l’Union Européenne. Or, l’Europe est peut-être en train de s’engager aujourd’hui dans une voie qui pourrait détourner l’Union du libéralisme, au prix d’une rupture, voire, au bout du compte, d’un retrait du Royaume-Uni.
On a l’impression que Merkel avance comme une somnambule inconsciente de ce danger. En dépit de son instinct robuste et de tout son talent politique, elle n’a semble-t-il aucune vision claire de l’UE. Elle a fait preuve d’une regrettable lenteur quand il s’est agi de faire face aux problèmes de la zone euro, essentiellement parce que les électeurs allemands ne veulent pas renflouer des pays faibles comme la Grèce, l’Irlande et, potentiellement, le Portugal. Et en cherchant à prouver à ses concitoyens qu’elle impose une discipline toute germanique à ces pays périphériques extrêmement prodigues, elle permet à la zone euro de jouer un rôle de plus en plus marquant dans la politique économique de l’UE.
Cette semaine, deux réunions  [le 11 mars] illustrent ce développement inquiétant. Un sommet des 27 chefs de gouvernement de l’UE sera suivi d’un sommet de la zone euro dont sont exclus dix Etats-membres. Peut-être n’est-ce là que le résultat de la logique impénétrable qui préside aux décisions de Bruxelles. Mais les historiens, eux, pourraient bien y voir le moment où l’UE s’est scindée, entre une zone euro dominante et corporatiste, et une zone extérieure moins importante et plus libérale. Merkel est assez intelligente pour le comprendre et ne pas approuver cette évolution, mais elle n’a pas le courage d’y mettre un frein.

Le centre de gravité de la zone euro est dans la frange la moins libérale

En quoi une Europe ouvertement à deux vitesses importerait-elle ? Les Britanniques défendent leur passivité en soulignant que nombre de politiques et d’institutions européennes ne fonctionnent que parce qu’elles n’incluent pas tous les membres — l’espace Schengen, la coopération en matière de défense, le projet de brevet européen. Ils ajoutent que la Commission européenne et la Cour de justice de l'Union européenne empêcheront tout groupe de la zone euro de bricoler le marché unique. Et si ceux qui "en sont" tentent quoi que ce soit, ceux qui "n’en sont pas" disposent toujours d’un droit de veto sur des questions comme la fiscalité et les prestations sociales. Si la zone euro réclame un gouvernement économique, dit David Cameron, qu’elle en crée un, cela ne nous affectera pas.
C’est manquer de vision à long terme. L’histoire du projet européen abonde en exemples de politiques développées par un petit groupe, puis imposées au plus grand nombre, de la politique agricole commune et du budget au chapitre social et à la charte des droits fondamentaux. Certains de ceux qui "n’en sont pas", en particulier la Suède, la Pologne et le Danemark, en sont davantage conscients que le Royaume-Uni, et ont réagi avec colère à la suggestion (à laquelle Merkel était opposée à l’origine) que les dirigeants de la zone euro aient plus de poids dans les décisions politiques et qu’ils se rencontrent plus souvent.
Ce n'est pas seulement une question de pouvoir, mais aussi de philosophie. L'"euro-groupe" des 17 est moins libéral que l'UE des 27. La distinction n'est pas toujours bien nette : la zone euro comprend des libéraux comme les Néerlandais, les Irlandais et les Finlandais, tandis que les Etats hors zone euro comprennent des pays moins libéraux comme la Hongrie et la Roumanie. Mais le centre de gravité de la zone euro est situé dans la frange la moins libérale.

Des sommets qui doivent rester exceptionnels

Le "pacte de compétitivité" (devenu le “Pacte pour l'euro”) que promeuvent Merkel et Nicolas Sarkozy, par exemple, prévoit notamment d'harmoniser l'impôt sur les sociétés, ce qui serait certainement une étape vers une harmonisation des taux d'imposition. Un gouvernement économique de la zone euro aurait-il tenu compte des objections britanniques à un réglementation plus stricte des fonds spéculatifs en 2010 ? Aurait-il résisté à la proposition qu'avait faite M. Sarkozy de suspendre les aides régionales de l'UE aux pays qui pratiquent la "concurrence fiscale dommageable" ? Se battrait-il autant pour défendre la liberté de circulation de la main-d'œuvre ? Et défendrait-il aujourd'hui une directive plus contraignante pour lever les barrières douanières dans le secteur des services.
Tout cela placerait peut-être les pays hors zone euro face à un choix douloureux. Certains d'entre eux pourraient se pincer le nez et essayer d'entrer dans l'euro pour retrouver de l'influence. Mais le Royaume-Uni irait sans nul doute dans la direction opposée. De fait, un club moins libéral, dominé par les pays de la zone euro, pourrait même pousser le Royaume-Uni à quitter l'UE, à la plus grande joie des euro-sceptiques ; mais si le royaume veut alors bénéficier tant soit peu des avantages d'un marché unique, il devra toutefois se plier à la plupart des règles de l'UE (comme le fait aujourd'hui la Norvège).
Par le passé, Merkel s'est opposée à la tenue régulière de sommets de la zone euro, afin justement de faire en sorte que les Britanniques, les Polonais et les Suédois aient leur place autour de la table. En cédant aujourd'hui, elle pourrait apaiser les craintes actuelles de ses électeurs à propos de l'euro, mais le prix à payer sur le long terme pourrait être élevé. Si la zone euro s'oriente vers une plus grande harmonisation de sa fiscalité et de ses politiques économiques, cela pourrait rendre le club dans son ensemble moins sympathique aux yeux des libéraux — et moins attrayant y compris pour ceux qui, au Royaume-Uni, veulent rester, parmi lesquels M. Cameron.
Le projet européen, au cours de son histoire, a toujours été tiraillé entre un libéralisme économique privilégiant l'ouverture sur le monde et un nationalisme économique retranché derrière sa forteresse.The Economist a toujours été dans le premier de ces deux camps, au même titre que Mme Merkel, sauf exception. En tant que responsable politique la plus puissante d'Europe, elle devrait affirmer clairement que le sommet réunissant cette semaine les pays de la zone euro n'est qu'une urgence, qu'il devra rester exceptionnel et non devenir la règle — ce qui aurait des conséquences néfastes.

Vu de Prague

Soutenons Angela Merkel !

Il faut soutenir Angela Merkel, assure Respekt. Dans l'hebdomadaire tchèque, la journaliste Kateřina Šafaříková considère que le pacte de compétitivité proposé par la chancelière allemande et Nicolas Sarkozy constitue “l'embryon d'un gouvernement économique européen”. Le message qui vient de Bruxelles est clair : "Admettons, que nous, les Européens, avons succombé à l’illusion que nous pouvons devenir de plus en plus riches sans changement douloureux."
D'ailleurs, remarque Respekt, les marchés financiers sont là pour nous rappeler que la faillite d'un riche pays occidental est tout à fait possible. Certes, "la proposition franco-allemande va probablement se diluer dans la mer des mots 'changement' et 'compromis'. Elle risque de devenir une nouvelle stratégie édentée comme d'autres anciens ‘projets d'action’ de l'Union censés permettre de devenir le meilleur des tigres économiques au monde." Mais "dans le Festival de l’inertie de la politique européenne, Merkel, au moins, essaie de faire quelque chose". Pour éviter de faire une "erreur stratégique", la République tchèque devrait soutenir l'Allemagne car a) "elle ne risque rien", et b) “n'a pas meilleure offre que d’être la bienvenue à Berlin”.


Haro sur les primaires !

Les deux sondages qui ont dominé la semaine politique, celui d'Harris Interactive mettant Mme Le Pen au second tour face à DSK et celui de l'Ifop pour notre journal, plaçant Dominique Strauss-Kahn comme le seul socialiste largement devant Nicolas Sarkozy au premier tour (29 contre 23), tombent à pic pour le directeur du FMI.

Il apparaît dans ces sondages comme l'homme providentiel, le sauveur du PS face à Nicolas Sarkozy et à la menace d'un Front national déjà au-dessus des 20 %. Mais cette situation est volatile, car en attendant les primaires socialistes de l'automne, ce parti donne l'exemple de la cacophonie, aucune voix ne s'y fait entendre plus fort que les autres, aucun chef ne domine et ne dirige. Les tentatives de Martine Aubry de reprendre la main n'ont pas été concluantes, et le programme flou fait flop. Le moment paraît donc opportun pour les partisans de DSK pour faire un véritable putsch contre les primaires en surfant sur les inquiétudes de la gauche.
Le président socialiste de la région Paca, Michel Vauzelle, a le premier demandé l'annulation des primaires, remplacées par un congrès extraordinaire, et l'ancien ministre Alain Moscovici fait de même. La pression pour l'annulation des primaires sera proportionnelle aux scores annoncés du FN. Pour l'heure, Martine Aubry et – surtout – François Hollande et Ségolène Royal s'accrochent au système, et il est difficile de défaire ce qui paraissait la meilleure méthode de sélection il y a deux ans. Mais la situation a changé et les primaires lointaines ont du plomb dans l'aile.

Le syndrome du divorce

Côte d'Ivoire, Belgique... Deux pays paralysés. Deux situations bloquées, apparemment sans issue. Et si une séparation valait mieux qu'un long conflit ?
Après avoir participé à l'infructueux sommet d'Addis-Abeba (Ethiopie), Alassane Ouattara aura sans doute des difficultés à retourner dans son pays. Son adversaire Laurent Gbagbo a décrété vendredi une interdiction de survol de son pays par les vols des Nations unies. Le blocage est complet. Depuis novembre, les combats entre sudistes, en majorité chrétiens et pro-Gbagbo, et nordistes, majoritairement musulmans pro-Ouattara, ont fait des centaines de morts et ont provoqué l'exil de 500.000 Ivoiriens. Comme tous les embargos, celui qui frappe la Côte d'Ivoire n'a pas obligé Gbagbo à céder, mais pénalise surtout les civils. La Côte d'Ivoire ne peut plus exporter ses matières premières. Les coûts de transports des marchandises ont triplé à cause des primes d'assurances. Le départ de banques occidentales empêche les Ivoiriens de faire des transactions. Des millions de marchandises pourrissent. La misère progresse et il n'y a plus assez de médicaments pour soigner les blessés et les malades. L'embargo n'a fait que plonger encore plus le pays dans la violence et la paralysie.
Nord et Sud

En Europe, la paralysie frappe aussi la Belgique, privée de gouvernement à cause de la division du pays entre un Nord nationaliste flamand riche et un Sud francophone socialiste plus pauvre (Bruxelles est prise en otage entre les deux). Le cas belge est certes moins dramatique que le cas ivoirien : le pays fonctionne presque bien sans gouvernement et l'humour prévaut : une sénatrice flamande a appelé les femmes de politiciens à faire la « grève de sexe » afin de les obliger à s'entendre... Mais les décisions importantes sont bloquées. La morale de l'histoire est que, depuis l'indépendance du Timor-Oriental en 1999, du Kosovo en 2008, du Soudan en janvier 2011, ou encore de l'indépendance de facto de la Catalogne (Espagne), les nations se comportent comme les couples : elles divorcent de plus en plus.

Documentaire : DSK, ira, ira pas ?

Pendant près d'un an, les caméras de Canal+ ont suivi le patron du FMI. Un portrait intimiste diffusé dimanche à 12 h 45. Attention, révélations à prévoir...

Dominique Strauss-Kahn se présentera-t-il à l'élection présidentielle ? C'est la question, alors que la cote de popularité du patron du FMI est au plus haut dans les sondages. C'est également celle à laquelle le documentaire qui lui est consacré essayera d'apporter des éléments de réponse. Pendant près d'un an les journalistes Nicolas Escoulan et François Lescalier ont suivi le quotidien du « banquier du monde ». Les téléspectateurs le suivront ainsi dans tous ses déplacements : du Kenya en Corée du Sud, en passant par l'Afrique du Sud, la Zambie, la Pologne, la Roumanie ou encore la Grèce. L'occasion, également, de découvrir une autre facette de cet homme qui apparaît souvent lointain, inaccessible.

Filet de bœuf

Pour la première fois, Dominique Strauss-Kahn a ainsi accepté de lever le voile sur une part de son intimité. S'il refuse de parler de « sa prétendue » liaison avec l'une de ses subordonnées, expliquant que cela appartient à sa vie privée, il a ouvert les portes de son appartement à Washington. On le verra ainsi cuisiner un filet de bœuf en compagnie de son épouse Anne Sinclair, décrite comme son « principal conseiller » par le journaliste Nicolas Escoulan. Mais aussi se laisser aller à quelques confidences. Un portrait intimiste mais aussi, par la même occasion, un sacré levier de communication.

samedi 12 mars 2011

Tout un pays et le monde sous le choc

Incrédulité, sidération, horreur mêlée de fascination. Les images du séisme et du tsunami qui ont frappé le Japon hier - des images désormais foisonnantes grâce à internet et autres smartphones - ont donné la possibilité au monde entier d'assister quasiment en direct à l'événement. Des images de dévastation qui par leur ampleur inouïe semblaient extraites de 2012, le film-catastrophe de Roland Emmerich dans lequel les principales villes de la planète étaient détruites par une lame de fond gigantesque, en cette prétendue année de fin du monde. Hier, s'il s'agissait d'un tremblement de terre sans précédent depuis plus d'un siècle et demi, il ne s'agissait pourtant même pas du « Big One » redouté aussi bien dans la région de Tokyo qu'en Californie. Et aucune prédiction maya ne l'avait annoncé... Dans ces conditions extrêmes (avec une magnitude de 8,9), les conséquences humaines et matérielles seront, heureusement, plus limitées qu'elles auraient pu l'être dans un pays moins avancé technologiquement et préparé à de tels accidents de la nature (qu'on songe à Haïti voilà deux ans). Mais, revers de ce progrès, on notait hier des incidents - d'une importance encore difficile à cerner - dans plusieurs centrales nucléaires. Devant l'enchaînement des catastrophes de la journée - séisme, tsunami, réplique - la compassion s'accompagnait aussi d'humilité devant ce déferlement naturel. De quoi renvoyer, le temps d'une journée, les guerres et les enjeux de pouvoir à une dimension secondaire. Et restituer à l'homme sa petite place sur une planète dont il croit trop souvent être le maître.

Dompter la nature

Si le tremblement de terre qui a touché hier le nord-est du Japon s’était produit ailleurs dans le monde – y compris en Europe – il aurait eu des conséquences encore beaucoup plus désastreuses. Il est cent fois plus fort que celui qui a ravagé Haïti, l’année dernière, et pourtant les gratte-ciel de Tokyo, et la grande majorité des immeubles du pays ont résisté. Quel contraste avec le séisme de L’Aquila, en avril 2009, de bien plus faible intensité, et qui avait pourtant détruit la majeure partie de cette ville italienne, révélant au passage des failles béantes au niveau du respect de la réglementation et de l’organisation des secours.

Au Japon, les autorités et les habitants conjuguent depuis des décennies leurs efforts pour empêcher le renouvellement du drame de 1923, quand un séisme avait tué 140 000 personnes à Tokyo. Les Japonais ont été les premiers à définir des normes antisismiques et la prévention fait partie de leur culture : tout le monde possède son « kit » comprenant un casque, une lampe torche et une réserve d’eau.

Sur le plan technologique, les progrès les plus marquants ont été effectués depuis le séisme de Kobe, en 1995, qui avait fait 6400 morts. Les améliorations apportées ces quinze dernières années ont sans doute permis de sauver de très nombreuses personnes, hier. Car jamais l’archipel n’avait été touché avec cette force là.

Il reste que la protection absolue n’existe pas et que l’étape décisive reste à faire : elle concerne la prévision des séismes. Pas plus que les Italiens en 2009, ou que les Américains en 2010 à Haïti, les Japonais n’ont senti venir le cataclysme. Y parvenir à l’avenir est un défi majeur.

Face à la mer, c’est le contraire. Depuis le tsunami de 2004, de très grandes avancées ont été accomplies dans la détection des raz-de-marée conduisant de nombreux pays du Pacifique à prendre des mesures d’évacuation préventives, hier. On ne peut pas leur reprocher cette précaution qui se sera finalement avérée inutile, car personne ne peut rien quand le tsunami déferle. Là, pas de normes « anti-vague », la mer est la plus forte ! Deux trains ont disparu, au Japon : cette catastrophe est une leçon d’humilité pour l’homme, en même temps qu’un témoignage des progrès qu’il a accomplis (et qu’il peut encore accomplir) pour dompter la nature.

Des précautions exportables

Dans les combats à mener pour se protéger des rudesses de la nature, il arrive que l’homme ait une petite longueur d’avance. C’était le cas hier au Japon où la stricte et soigneuse application des normes antisismiques a limité les dégâts. Quand des gratte-ciel de plus de trente étages bougent et tanguent mais finalement résistent à de si brutales convulsions telluriques, c’est une performance à saluer. Le savoir architectural accumulé depuis des décennies a évité le pire. Ce matin, les morts pourraient se compter par centaines de milliers en raison de l’immense densité de population du Japon.

Cela souligne le bon côté du fameux principe de précaution quand il établit sur des bases rationnelles la liste des mesures à prendre pour sauver des vies humaines.

Cela souligne aussi le rôle des administrations publiques chargées de prévenir le laxisme dans le suivi des chantiers. Si le séisme de janvier 2010 à Haïti s’est soldé par 250 000 morts et par 320 000 bâtiments détruits, c’est en partie parce que beaucoup de constructions avaient été conduites à la va-vite et à l’économie. Dans le tragique clivage nord-sud qui fait que, à proportions égales, les catastrophes du sud tuent plus que dans le nord, on retrouve régulièrement ce terrible mélange de pauvreté, de vices de forme, de pots-de-vin et de bricolages qui multiplie inutilement les victimes. De ce point de vue, la méticulosité chère aux Japonais a fait la preuve de son efficacité malgré les coupures d’électricité, les dortoirs improvisés et les supermarchés pris d’assaut pour faire des provisions.

Cette catastrophe a aussi montré que l’on a su tirer des enseignements du tsunami qui a fait 220 000 morts en 2004 du côté de la Thaïlande. Les alertes météo fondées sur l’anticipation de la trajectoire du train d’ondes à travers le Pacifique ont été correctement émises, permettant aux populations vivant au niveau de la mer de se mettre à l’abri quand il était encore temps. La gestion des catastrophes est devenue une science ; l’empirisme a fait place à un savoir-faire et à de vraies méthodes qu’on peut expliquer, enseigner, reproduire et exporter.

Cette exportation de savoirs vers les pays du sud doit devenir une priorité. Les aides d’urgence offertes au lendemain d’une catastrophe dite naturelle sont et resteront indispensables. Mais il faut les doubler d’interventions préalables afin que l’impéritie humaine ne multiplie pas de façon criminelle les ravages d’un séisme survenu dans un pays pauvre.

La diffusion des savoirs participe directement au développement humain. Le transfert de technologies doit aller très au-delà de l’assemblage d’une voiture ou de la construction d’une centrale nucléaire. Les normes architecturales qui ont montré leur utilité dans les pays riches doivent être progressivement partagées partout. La tâche est immense mais il ne faut pas la négliger. C’est une question de responsabilité morale afin que les plus pauvres, où qu’ils vivent, ne trinquent pas plus que nécessaire.


 Davantage de civilité

C'est entendu : tout va mal ! La crise économique s'aggrave avec la hausse du prix des carburants et chacun en ressent les effets. Ne parlons pas des événements d'Afrique du Nord et du Proche-Orient, qui font craindre une hypothétique invasion d'immigrants. Ces diverses menaces, plus ou moins fondées, plus ou moins ressenties, font naître les peurs. Or la peur stimule le besoin de protection. Qui peut protéger sinon l'État, habitués que nous sommes à sa providence en de nombreux domaines ? Malheureusement, les caisses sont vides. Seule la rigueur pourrait les remplir. Nul sauveur ne se profile sur ce sombre horizon.

Tout un chacun se demande pourquoi nous en sommes là. La réponse n'est jamais « à cause de notre propre comportement ». Elle est le plus souvent « à cause des responsables politiques ». Or, comment croire en eux quand le monde de ces responsables retentit constamment d'accusations, de dénonciations, d'imprécations, d'invectives, voire d'insultes, quand on constate écarts de langage et amalgames. Cet état de chose est à vous dégoûter de tous, car chacun d'entre eux est impliqué, éclaboussé tour à tour surtout quand le soupçon, autre mal du siècle, se répand insidieusement par le bouche à oreille et dans les médias. Dès lors, nul n'apparaît pur, nul ne serait désintéressé. On cherche la motivation cachée, l'intérêt dissimulé. L'irréprochable a disparu et la confiance s'est envolée...

Plus de calme et de lucidité

Mais comment peut-on donc bâtir une société sur la défiance ? C'est sans doute à cause de tout cela que sera minée peu à peu notre démocratie. En effet, un beau jour, on croira se sauver en plébiscitant ¯ et c'est le danger de notre système présidentiel ¯ une personne, homme ou femme, donnant toutes les apparences de l'honnêteté, de la compétence, de la bonté attentive aux difficultés de chacun. On se jettera à corps perdu dans l'illusion de l'amélioration possible grâce au bon vouloir du nouveau souverain, plus que grâce à nos propres efforts. Pourtant, les choses résisteront à celui-là comme à ses prédécesseurs et l'on risque fort de se retrouver plus déçus et amers.

Les politiques ont grand tort de se fustiger mutuellement. Ils ne peuvent ainsi qu'accroître leur propre décrédibilisation et, avec eux, entraîner celle du système. Il est grand temps de cesser la recherche des boucs émissaires. C'est à la recherche des solutions qu'il faut s'atteler. C'est donc aux programmes plus qu'aux hommes qu'il faut s'intéresser.

L'intelligence, la perspicacité, la créativité ne manquent pas dans notre pays. Encore faut-il que nous sachions les mettre au service du Bien commun. Certes, la critique est nécessaire en démocratie, elle peut être constructive. En effet, on peut reconnaître ses erreurs et adapter sa conduite, la corriger, même si cela donne raison aux remontrances de l'adversaire politique. On peut créditer l'adversaire de ses bonnes idées, de ses réalisations constructives et non en faire fi sous prétexte qu'il est l'adversaire politique.

Un peu plus de sérénité et d'égards réciproques pourraient permettre de traiter plus lucidement les problèmes. Et n'oublions pas que les défoulements verbaux ou électoraux ne sont pas sans conséquences. On peut et même on doit, surtout dans la difficulté, faire preuve de lucidité et de civilité, de cette civilité qui permet la convivialité, c'est-à-dire le bien vivre ensemble.

Agences de notation : Christine Lagarde hausse le ton

La ministre française de l'économie a jugé vendredi que "noter et dégrader la note d'un pays comme la Grèce, c'est franchement hors de propos quand on sait qu'ils sont sous contrôle actuellement'.

Christine Lagarde a dit vendredi 11 mars à l'antenne de France Culture qu'il faut "aller beaucoup plus loin" dans l'encadrement des agences de notation. "Noter et dégrader la note d'un pays comme la Grèce, c'est franchement hors de propos quand on sait qu'ils sont sous contrôle actuellement", a-t-elle précisé avant de formuler une suggestion qui, à coup sûr,  fera débat. Pour elle, les agences "ne devraient pas intervenir et ne devraient pas noter des pays qui sont sous contrat avec la Commission européenne, le FMI et la BCE".
La ministre française de l'économie a pris le relais des commissaire européens Olli Rehn et Michel Barnier, qui avaient été les premiers jeudi à répondre à l'appel de la Grèce, dans la foulée d'une réunion avec George Papaconstantinou. "Ces tout derniers jours ont mis une fois de plus en évidence l'importance d'un meilleur et plus régulé environnement pour les agences de notation", ont-ils dit. La Commission européenne s'est engagée à proposer avant la fin de l'été un ensemble de propositions de réforme "fondamentales" finalisées à accroître la concurrence entre agences financières, réduire la dépendance par rapport à leurs actions et améliorer les notations des dettes souveraines.
George Papaconstantinou, le Ministre grec des Finances avait, jeudi, jugée "complètement injustifiée" la dégradation de la note de la dette souveraine de son pays opérée la semaine dernière par Moody's. Cela l'avait conduit à envoyer une lettre enflammée à quatre des principaux responsables européens, Jean-Claude Juncker, qui préside les réunions des ministres des finances de la zone euro, Olli Rehn, le Commissaire européenne aux affaires monétaires, Michel Barnier, le Commissaire européen à la concurrence, et Jean-Claude Trichet, qui est à la tête de la BCE. "Au moment où l'économie globale est fragile et les marchés si sensibles, des changements de notation injustifiés et déséquilibrés peuvent déboucher sur des prophéties auto-réalisatrices", a-t-il écrit. Il y a "urgence", a-t-il enchaîné George Papaconstantinou. La décision de Moody's de dégrader dans la même semaine la dette de la Grèce plaide, à ses dires, en faveur d'une régulation plus stricte des agences de notation. C'est pourquoi, a-t-il conclu, il faut que l'Eurogroupe et l'EcoFin se saisissent immédiatement du problème. Insensible aux arguments de ce réquisitoire en règle, seulement 72 heures après la Grèce, Moody's a dégradé aussi l'Espagne.

 

Crise, patrons, rémunérations : ce que pensent les salariés

 Un sondage d'Ipsos-Logica pour Altedia et « Les Echos » · L'intérêt pour le travail persiste mais la démotivation gagne · La peur du chômage s'enracine · Forte attente sur les salaires · Le stress se généralise

L'accalmie du chômage et le retour à une croissance molle n'ont pas levé les inquiétudes des salariés, selon le baromètre Ipsos pour Altedia et « Les Echos ». Plus de 7 salariés sur 10 estiment que le gros de la crise industrielle reste à venir et 41 % s'attendent à vivre une période de chômage ces prochaines années. Les salariés restent attachés à leur travail et à leur entreprise, mais s'impatientent. Ils exigent des gestes sur les salaires, des perspectives d'évolution et une plus forte reconnaissance.

 

Libye : les Européens choisissent la prudence

A l'issue du Sommet consacré à la Libye, les chefs d'Etat et de gouvernement ont réclamé le départ immédiat du colonnel Kadhafi mais sont restés très prudents.

Les leaders des 27 Etats membres réunis vendredi à Bruxelles ont clairement demandé le départ du colonel Kadhafi. « Immédiatement » , selon les termes de leur déclaration finale. Le chef libyen n'est plus considéré par l'Union comme un interlocuteur et son régime a perdu « toute légitimité ». Pour le reste, les Européens se sont montrés beaucoup plus prudents que ne l'auraient souhaité le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron. Leur désir de voir partir Mouammar Kadhafi est réel, mais à l'inverse des deux hommes, ils ne voient guère l'intérêt d'une intervention militaire dans un contexte encore aussi incertain. Ainsi les différents chefs d'Etat et de gouvernement ont longuement discuté de l'utilité ou non de reconnaître le Conseil national de transition de Libye, tandis que toute allusion à l'emploi de la force, que ce soit sous forme de tir ciblé ou de zone d'exclusion aérienne, a été gommée.
A l'issue de la réunion, le président Nicolas Sarkozy, le premier à reconnaître officiellement le Conseil national de transition, estime avoir obtenu satisfaction. Dans leur déclaration finale, les Vingt-sept déclarent certes reconnaître ce Conseil comme un « interlocuteur politique », mais ils ne s'engagent pas davantage. Plusieurs leaders ont exprimé leur méfiance vis à vis de certaines personnalités de ce Conseil, qui étaient encore il y a trois semaines du côté du colonel Kadhafi, à commencer par son président, l'ancien ministre de la Justice, Abud Al Jeleil. D'autres et notamment la chancelière allemande, Angela Merkel, ont souligné qu'il n'y avait pas lieu de se précipiter pour cette reconnaissance, d'autres responsables locaux pouvant se révéler à l'avenir plus crédibles. « Je comprends leurs réticences, mais aucun pays ne passe en un clin d'oeil de la dictature à la démocratie, et pour la France, il fallait que l'Union reconnaisse ce Conseil transitoire, afin d'éviter un risque de « Somalisation », a expliqué Nicolas Sarkozy.
Pour protéger les populations civiles, la déclaration finale souligne que les Etats membres examineront « toutes les options nécessaires, pour peu que le besoin soit démontrable, la base juridique claire et un soutien régional ». Une formule suffisamment vague pour mettre tout le monde d'accord. Dans leur lettre commune, Nicolas Sarkozy et David Cameron évoquaient l'inclusion d' « une zone d'exclusion aérienne ou d'autres options pour empêcher les attaques aériennes ». L'Allemagne s'est montrée très réticente. « Une zone d'exclusion aérienne, mais pour quoi faire ? La majorité des combats a lieu de façon classique avec des tanks et l'infanterie », a rappelé un proche de la chancelière.

Actions ciblées

A l'issue du Sommet, le président Nicolas Sarkozy s'est rallié à l'avis de la majorité se gardant bien d'évoquer une quelconque cavalier seul avec la Grande-Bretagne. « J'ai été le premier à émettre des réserves sur une zone d'exclusion aérienne pilotée par l'OTAN », a-t-il rappelé. « Mais que se passerait-il si une manifestation pacifique était la cible des avions du Khadafi ? Devrions nous nous contenter de regarder les images ? C'est pourquoi j'ai parlé d'actions ciblées au cas où les populations civiles sans défense seraient attaquées, et à condition d'avoir le mandat des Nations Unis et le soutien de la Ligue arabe et bien sûr des représentants libyens ».
Au final, la diplomatie française s'est faite plus tempéré. Plutôt en phase avec le peu d'enthousiasme manifesté par les Etats-Unis pour une opération militaire. Néanmoins l'Europe ne se ferme aucune porte, à la veille du Sommet de la ligue arabe sur la Libye, et trois jours avant les propositions à l'OTAN de la chef de la diplomatie Hillary Clinton sur l'exclusion aérienne. Ce week-end en Hongrie, les pourparlers vont se poursuivre, notamment entre les ministres des affaires étrangères européens, qui vont discuter des options possibles pour asphyxier encore davantage le dictateur de Libye, à travers des sanctions qui toucheraient cette fois-ci le pétrole et le gaz. Comme l'a déclaré le président des Etats-Unis, la corde se resserre peu à peu.
 

Quand l'Amérique réinterroge sa politique arabe


Les Etats-Unis doivent-ils s'engager plus avant au Moyen-Orient ? Ou au contraire doivent-ils revenir à une politique étrangère du « benign neglect » (douce insouciance), de laissez-faire dans cette région ? Après le « wilsonisme botté » de George W. Bush qui envoyait son armée en Irak pour culbuter un régime jugé hostile à la « démocratie américaine », l'Amérique de Barack Obama s'interroge sur la nécessité, et la manière, d'intervenir pour soutenir les mouvements de démocratisation dans le monde arabe, voire plus militairement, d'imposer des zones d'exclusion aérienne en Libye pour protéger les populations contre les bombardements de l'aviation du colonel Kadhafi.

Le débat est ouvert à Washington. A l'une des extrémités, le Cato Institute, un think tank « libertarien » partisan du moindre gouvernement et de la plus grande liberté individuelle, avance sa thèse de non-interventionnisme. Face aux événements en Libye, dit ainsi Ted Galen Carpenter, l'Amérique doit adopter un « profil bas », car tout engagement américain risque d'avoir un effet contraire à celui recherché, qui est de promouvoir la démocratie. En d'autres termes, mieux vaut laisser les Libyens, comme les Tunisiens et les Egyptiens, se débarrasser de leur dictateur que de donner l'impression que ces changements sont le résultat de l'implication américaine. Dans une récente tribune, Doug Bandow, un autre chercheur du Cato Institute et ancien conseiller du président Ronald Reagan, affirme que « le gouvernement américain doit reconnaître sa capacité limitée à changer le cours des événements, et d'une façon favorable » au Moyen-Orient.

L'un des arguments avancés par l'institut « libertarien » est le coût disproportionné de l'aide américaine aux pays de cette région par rapport aux autres pays, pour un résultat minime. De l'Afrique du Nord jusqu'au golfe Persique, 5,3 milliards de dollars ont été dépensés en 2008. Mais d'après l'institut, le déploiement militaire américain depuis la première guerre du Golfe de 1991 contre l'Irak, pour protéger les exportations de pétrole d'Arabie saoudite et des autres pays de la région coûte de 30 à 60 milliards de dollars par an aux Etats-Unis. Au-delà de cette donnée comptable, cette politique a été contre-productive et a déclenché un fort sentiment d'anti-américanisme dans la région, sans parvenir à régler le conflit israélo-palestinien.

Quant au renversement du régime de Saddam Hussein en Irak, il a largement contribué au renforcement dans la région de l'Iran, aux yeux du centre de recherche. Le Cato Institute prône ainsi un désengagement « constructif » des Etats-Unis de cette région, en encourageant l'Union européenne, plus dépendante que les Etats-Unis du pétrole du Moyen-Orient et plus menacée d'un exode massif des pays du bassin méditerranéen que l'Amérique, à prendre un rôle « plus actif », comme le suggérait déjà Leon Hadar dans un ouvrage publié en 2005 (1).

Le constat peut paraître juste sur de nombreux points. Mais cette vision politique est difficile à appliquer, voire impossible. En premier lieu, l'Union européenne qui se réunit aujourd'hui à Bruxelles pour se pencher sur la situation en Libye et plus généralement dans le monde arabe, est loin d'avoir la capacité à remplacer les Etats-Unis, militairement et surtout politiquement. Définir ne serait-ce qu'une position commune face aux tragiques événements en Libye est loin d'être une chose acquise. La France a été ainsi le seul pays européen à « saluer » dimanche dernier la création d'un conseil national de transition en Libye. Mais il n'est pas sûr que Paris obtienne aujourd'hui à Bruxelles une position commune des 27. Surtout, comme le souligne Alexander Lennon, du CSIS (Center for strategic and international studies), un autre think tank de Washington , « retourner à une politique de douce insouciance pour les Etats-Unis serait aller beaucoup trop loin dans le mouvement de balancier » par rapport à une politique d'interventionnisme à la George Bush fils. Entre attitude militaire et insouciance, souligne l'expert, il existe une palette de positions non pas pour « promouvoir » une démocratie à l'occidentale, mais pour « soutenir » le mouvement de démocratisation. « Les Etats-Unis doivent être plus patients car l'instauration d'une démocratie est un très long processus et ne dépend pas simplement de l'organisation d'élections », comme l'ont démontré les scrutins en Irak ou encore dans les territoires palestiniens. Mais il y a un point d'accord pour nombre d'analystes : l'Amérique doit être plus humble dans la définition de son rôle dans le monde.

L'une des pistes est une coopération renforcée au Moyen-Orient et pas seulement avec l'Europe mais aussi avec des pays comme l'Afrique du Sud, et pas seulement entre gouvernements mais aussi d'ONG à ONG, note Alexander Lennon lors d'un entretien (2).

Tout cela ne peut exclure un rôle de tout premier plan encore pour les Etats-Unis. Deux experts du Carnegie Endowment for International Peace (3), Michele Dunne et Robert Kagan, considéré comme l'un des chefs de file des néo-conservateurs, estimaient récemment que l'Amérique devait faire de la transition en Egypte « la priorité de sa politique » au Moyen-Orient. Et même si la réussite ou l'échec du printemps arabe dépend des peuples de la région « cela ne doit pas empêcher les Etats-Unis et les autres pays démocratiques de tout faire pour l'aider ». En d'autres termes, Barack Obama joue sa place dans l'histoire aussi au Moyen-Orient. Et l'Amérique ne peut tourner le dos à cette région.

(1) « Sandstorm : Policy Failure in the Middle East » (Palgrave Macmillan, 2005)

Bercy les bons tuyaux

Lorsque le peuple gronde, les gens du Château réagissent parfois maladroitement. Marie-Antoinette, sur fond d’émeutes de la faim, se serait ainsi exclamée : “S’ils n’ont plus de pain, qu’on leur donne de la brioche !” L’anecdote, inventée ou pas, dit bien l’éternel décalage entre la base et le sommet.

Ce qui valait jadis pour la boulange vaut désormais pour les carburants. Dans les stations-services, les prix flambent comme jamais. Kadhafi, hostile au “sans plomb”, mitraille son propre peuple et les marchés s’affolent.

Chez nous, cependant, les taxes de l’État se taillent toujours la part du lion. Sur le total payé à la pompe, l’impôt représente de 50 % à 60 % selon les produits.

Aussi pouvait-on espérer, hier, un geste de la ministre de l’Économie. Mais non, elle s’y refuse, parce que les finances du pays sont à sec. L’argument budgétaire, certes douloureux, reste compréhensible. La suite, en revanche, devient extravagante. Christine Lagarde croit bon d’enrober l’affaire avec le bon sens du garagiste. Elle fournit à l’automobiliste français, afin de réduire sa facture pétrolière, mille précieux et “malins” tuyaux. Que chacun vérifie le gonflage des pneus, modère sa vitesse, adopte une conduite plus souple, coupe le moteur au feu rouge…

Et l’essence coûtera moins cher, après ça ? À trop infantiliser le contribuable, la reine de Bercy risque de faire le plein des mécontents. On dira alors qu’elle a poussé le bouchon un peu loin.

Le pari libyen de Sarkozy

Après l'attentisme, l'audace. En annonçant la reconnaissance du Conseil national de transition, qui rassemble l'opposition au colonel Kadhafi, c'est une brusque accélération que l'Élysée vient d'imprimer, hier, à la diplomatie française. La France parie sur la fin proche de Kadhafi. Elle est le premier pays à reconnaître l'opposition libyenne, qui lui en sera éternellement reconnaissante. Elle brûle la politesse à ses partenaires européens, à l'Otan, à l'Onu. Dans le style et le timing, c'est du pur Sarkozy. Avec sa part de culot, d'intuition, de pari, d'incertitudes et de risques.

Le culot, c'est d'annoncer, à la veille d'un important sommet européen, une telle prise de position. On peut, certes, donner crédit au président français de ne pas sombrer dans l'immobilisme de certains de ses partenaires, mais la discussion va débuter, aujourd'hui à Bruxelles, sur une note bien peu collégiale. Quoi que pensent les autres capitales, Paris a déjà fait son choix. Certains diplomates européens, à Berlin ou à Rome notamment, ne cachaient pas, hier, leur perplexité, voire leur irritation.

L'intuition, c'est une nouvelle fois, comme en Géorgie, en 2008, la possibilité d'exploiter le vide créé par la prudence américaine. Ni Obama ni même son opposition, hormis les traditionnels va-t-en-guerre, ne souhaitent ajouter à l'Irak et à l'Afghanistan un bourbier libyen. Washington demande explicitement un engagement européen dans ce qui est son proche voisinage, et l'un de ses réservoirs à gaz et à pétrole.

Le pari, c'est d'abord, pour la France, de remettre pied sur le sol nord-africain du bon côté. Le bon côté étant celui des aspirations démocratiques. La chute de Ben Ali a aussi été celle d'une stratégie occidentale, et notamment française, d'une bonne quinzaine d'années, qui reposait sur le soutien à des dictatures en échange d'hydrocarbures et de répression du terrorisme et de l'immigration clandestine. En soutenant les démocrates libyens, Paris espère rompre l'image négative liée à cette stratégie défunte.

L'autre pari, c'est celui d'une possible partition de la Libye. On sait le pays dépourvu de partis politiques, d'ossature étatique, reposant sur une forte identité tribale. La guerre civile, déjà en germe, ne laisse envisager aucune issue viable, aucun vainqueur réel. La reconnaissance du fragile CNL, c'est un encouragement de facto (délibéré ?) à la division du pays. Depuis hier, une deuxième Libye existe diplomatiquement. Grâce à Paris. Le sous-sol faisant bien les choses, elle dispose, elle aussi, de pétrole et de gaz. Resterait à définir la frontière.

Ce type de tracé, ce sont les armes qui le plus souvent en décident. Jusqu'où ira Kadhafi ? Et s'il reprenait le dessus ? Quelles positions vont adopter la Russie (qui vend des armes à Kadhafi) et la Chine (qui lui achète son pétrole) ? L'existence de deux Libye satisferait-elle leurs intérêts ?

On mesure, aisément, combien tous ces scénarios comportent de risques. Choc pétrolier, annulation de contrats (redoutée à Saint-Nazaire), implication croissante dans le conflit libyen, effet dominos d'une éventuelle partition. En un geste diplomatique, Paris vient de bousculer le jeu européen en Libye. L'avenir nous dira si ce geste était audacieux ou hasardeux.

vendredi 11 mars 2011

Les jeunes du sixième


C'est un micromarché, mais un maxi-problème, qui appelle des réponses millimétrées. C'est l'une d'elles que propose le secrétaire d'Etat au Logement, Benoist Apparu, en promettant d'imposer à des taux prohibitifs les loyers excessifs demandés pour ces mansardes communément appelées « chambres de bonne ». L'expression n'a rien perdu de sa véracité. A Paris et dans quelques grandes villes, les « jeunes du sixième » - selon le titre d'un film sorti le mois dernier, « Les Femmes du sixième étage », avec Fabrice Luchini -ont remplacé les domestiques du siècle dernier. Ils sont à peine mieux lotis. A l'étage le plus haut, mais au bas de l'escalier social.


Que des propriétaires installés dans la vie puissent indûment profiter de la rente que leur assure des décennies de conservatisme urbain pour monnayer à prix d'or le sommeil étudiant, voilà bien le symptôme d'une société qui délaisse sa jeunesse. C'est ce qui rend méritoire l'initiative du secrétaire d'Etat au Logement. Initiative de portée politique, cependant, plus que pratique. Une surtaxation a vocation à faire peur. Le spectre de l'intrusion du fisc sur ce marché très privé est un moyen d'y modifier le comportement des agents. Mais mieux vaudrait que le gouvernement n'ait pas à passer à l'action, tant le mécanisme présenté hier semble, à ce stade de son élaboration, imparfait et incomplet.


Incomplet car, de la vente de listes de locaux libres aux loyers exigés en espèces, la liste des arnaques au logement étudiant est longue. Imparfait car, en faisant de 40 euros du mètre carré le seuil du nouvel impôt, il risque de faire de 39 euros la norme des loyers de mansarde. Applicable, de surcroît, aux seuls espaces de 9 à 13 mètres carrés, il n'est pas, non plus, d'une solidité à toute épreuve face au principe d'égalité devant l'impôt.


Outil pour paresseux, la fiscalité est à utiliser avec précaution. En l'occurrence, l'édiction de normes contraignantes répondrait mieux au besoin légitime des étudiants d'avoir des logements non seulement abordables mais décents. Or, dans ce domaine, le secteur a le privilège de l'effort. Depuis 2007, 45.000 chambres gérées par les CROUS, soit le quart du total, ont été rénovées ou construites. Surtout, les nouveaux campus sont enfin considérés comme des lieux de vie, à la différence de ceux que les étudiants d'aujourd'hui ont hérité de leurs grands-parents.

Victoire judiciaire de mineurs licenciés pour grève il y a plus de 60 ans

Plus de soixante ans après les faits, la cour d'appel de Versailles a donné raison à 17 anciens mineurs du Nord/Pas-de-Calais licenciés pour faits de grève en 1948, a indiqué vendredi à l'AFP l'un des quatre avocats qui représentent les gueules noires et leurs familles.

"La cour d'appel de Versailles a eu le courage de considérer que ces licenciements étaient discriminatoires et de ne pas faire jouer la prescription", s'est félicité l'avocat Slim Ben Achour, confirmant une information parue dans l'Humanité.

Il a précisé que l'arrêt consulté par les avocats, mais pas encore notifié, avait été rendu jeudi.

"Les familles sont très très heureuses et bien évidemment les quelques mineurs (encore en vie, ndlr) qu'on vient d'informer", a ajouté l'avocat, qui indique avoir "obtenu 30.000 euros par demandeur".

L'affaire remonte à l'automne 1948, lorsqu'une grève, lancée par la CGT, a fait l'objet d'une répression massive pendant deux mois et débouché sur quelque 3.000 licenciements de gueules noires.

Ces licenciements par Charbonnages de France (entreprise publique aujourd'hui disparue) "avaient pour motif les absences injustifiées des salariés parce qu'ils étaient en grève ou en raison des entraves au fonctionnement des houillères", a expliqué Me Ben Achour.

Selon lui, la cour d'appel a estimé que les ruptures de contrat de travail étaient bien relatives au "droit de grève, un droit protégé par la Constitution, et déjà par le préambule de la Constitution de 1946, deux ans avant les grèves".

"Les lois de la République ont reconnu à partir de 1984 puis ensuite par des lois de 2004, que les mineurs qui avaient perdu leur travail en 1948 (...) l'avaient perdu en raison de l'exercice du droit de grève", a expliqué l'avocat.

"C'est une énorme victoire, parce que le champ des possibles s'ouvre considérablement" en matière de discrimination, a-t-il indiqué. En l'occurence, "c'est la révélation des faits qui permet à la personne de pouvoir engager une procédure, aussi tardive soit-elle puisque là c'est 60 ans.

Des salariés en quête de sens

Coexistence des brillants profits des entreprises du CAC 40 et d'un chômage élevé ; doutes croissants d'une partie de l'opinion sur les bienfaits de la mondialisation au moment où elle accélère ; apparente incapacité du pouvoir politique à peser de façon efficace sur le réel comme à éviter les crises à répétition. La période actuelle est lourde d'étonnements, d'incertitudes et de ruptures. Qui, tous, nourrissent un climat politique anxiogène. Pour déterminer les ressorts de ce traumatisme hexagonal, il manquait une plongée dans le moral des salariés, aux premières loges économiques et sociales, en tous cas davantage que les Français en général. C'est désormais chose faite avec le sondage que nous publions avec Altédia et Ipsos. De cette enquête, trois mots surgissent.

Le premier, c'est l'angoisse de l'avenir. Quatre salariés du privé sur dix sont persuadés qu'ils connaîtront le chômage dans les prochaines années. C'est considérable, et c'est une proportion en hausse. Un autre résultat est encore plus massif : pour sept sondés sur dix, le plus dur de la crise, dans l'industrie, est encore devant nous. Le stress et la baisse de motivation sont les symptômes de ces craintes. Deuxième mot clef de cette enquête : la lucidité ou, si l'on préfère, la maturité. La méfiance vis-à-vis de l'entreprise est là mais les salariés ne se réfugient pas pour autant dans les fantasmes. Ils rendent somme toute un jugement équilibré sur l'attitude de leurs dirigeants pendant la crise. Ils ne sont par ailleurs qu'un tiers à juger « excessives » leurs rémunérations - et, s'ils souhaitent les voir plafonnées, ils ne croient pas que cela soit réaliste... Nous sommes loin des caricatures.

Le maintien, envers et contre tout, d'un lien fort, d'un intérêt, avec son travail constitue le troisième enseignement, optimiste cette fois, du sondage. « Mon boulot, mon supérieur direct » résistent à la critique et au scepticisme.

La conclusion de ce tableau ? Elle est simple. Les employeurs ont en face d'eux des salariés consciencieux, mais amers et dont la motivation s'effrite après des années, estiment-ils, d'efforts. L'attente la plus immédiate porte très logiquement sur des hausses de salaires. Rien de surprenant, tout juste peut-on remarquer que cette demande-là fait l'objet aujourd'hui d'un consensus écrasant.

Il serait néanmoins illusoire de penser que ce mode de reconnaissance suffit. Car, ce qui transpire dans cette enquête n'est au fond ni un malaise des salariés ni un rejet du « système », mais le besoin de retrouver dans leur travail du sens et de l'envie, l'un allant avec l'autre. Un lourd défi pour les entreprises.

L'économie sous Marine

Le bleu marine est à la mode. Il est inutile d'ajouter aux commentaires, nombreux et éclairés, sur un sondage isolé et obscur. Il reste que Marine Le Pen est incontestablement « nominable » (comme il ne faudrait pas dire). Il devient dès lors légitime de s'intéresser à la partie la plus concrète de son programme, son volet économique et financier. Il commence par des cadeaux : un allégement général de la pression fiscale ; la prise en charge par l'Etat, jusqu'à 200 euros par mois, de la part salariale des cotisations sociales en deçà de 1,4 SMIC ; une augmentation du même SMIC, accompagnée d'une hausse générale des salaires ; un revenu minimum plus incitatif à l'activité... Mais un grand ménage dans les allocations, et principalement dans les « dépenses liées à l'immigration ».

A ce stade, on a surtout alourdi les charges nettes. Intervient alors, comme on est en droit de l'attendre, la contrepartie financière. Une fois satisfaits les exercices obligés d'un « audit général des comptes » et d'une lutte sans merci contre la fraude fiscale, « les dépenses publiques donneront la priorité à l'investissement ». Le financement ? La réponse est simple : « Le choc fiscal créera à terme les conditions d'une croissance retrouvée. » Ce style gauchi revient à entonner le refrain de la relance par la consommation, dont on connaît les ravages sur la balance extérieure. Il y a là aussi une réponse : le rétablissement de droits de douane protecteurs et de contingents, et, le cas échéant, la « francisation » (lire « nationalisation ») des entreprises menacées, ainsi « placées momentanément sous la sauvegarde de l'Etat » (voir encore l'antique Programme commun). Reste enfin la sortie de l'euro, tragédie grecque cette fois assumée.

La place manque pour commenter le naufrage ainsi annoncé. On laisse le soin aux candidats compétents d'ouvrir la chasse sous Marine à l'économie qui le sera devenue.

Laisser faire, laisser mourir

La situation des rebelles en Libye est extrêmement précaire : loin de céder le pouvoir comme Ben Ali et Moubarak, le colonel Kadhafi s’accroche, et tue sa population. Le tyran fou s’appuie sur son argent, ses avions, ses tanks, face à une population très peu armée et entraînée. Devant ce drame, l’Occident regarde et compte les points. Les déclarations courageuses de Nicolas Sarkozy, d’Alain Juppé et des dirigeants britanniques n’ont eu jusqu’à présent aucune suite concrète. On se croirait revenu à l’époque où le ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand déclarait à propos de l’état de siège décrété par le général Jaruzelski en Pologne « Surtout ne rien faire » !
Pourtant, l’idée d’une zone d’exclusion aérienne pour empêcher les avions libyens de décoller a été utilisée dans le passé avec un certain succès au Kurdistan et en Bosnie. C’est difficile à faire techniquement mais c’est possible : face aux obstacles politiques à l’ONU, il faudrait toute la puissance diplomatique des Etats-Unis, de l’Europe et de l’Afrique, soutenue par les opinions publiques, pour y parvenir. Sinon plane le spectre terrible de la non-intervention des grandes démocraties pendant la guerre d’Espagne. Faudra-t-il attendre un nouveau Guernica, un bombardement massif de civils avec des milliers de morts pour hâter le processus ? Le dictateur Kadhafi tue pour l’instant à petites doses et se présente comme le rempart face au terrorisme international ; il est vrai que le terrorisme n’a jamais cessé d’être sa spécialité.

jeudi 10 mars 2011

Libye: il faut "se préparer au pire"

C'est le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Jakob Kellenberger, qui l'affirme: il faut se "prépar au pire en Libye", soulignant n'avoir "aucun problème" à utiliser le "terme de guerre civile."
«Nous devons toujours nous préparer au pire. Dans ce cas spécifique, nous devons nous préparer à une intensification des combats», a-t-il insisté. "Je crois comprendre maintenant que nous avons un conflit armé non international", a-t-il ajouté.

Par ailleurs, sur le terrain, la situation est toujours très tendue. Et ce jeudi matin, le régime du colonel Mouammar Kadhafi a lancé de nouveaux raids aériens dans la région stratégique de Ras-Lanouf, ville pétrolière tenue par les insurgés.

De son côté, la France a reconnu le Conseil national de transition (CNT) libyen, qui réunit l'opposition au régime du colonel Kadhafi, comme le seul "représentant légitime du peuple libyen" et enverra prochainement à Benghazi un ambassadeur.