TOUT EST DIT

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mardi 15 mars 2011

La question nucléaire


On ne répond pas simplement et rapidement à une question complexe. A l'heure où le Japon compte ses morts, où la priorité est de s'occuper des survivants, de venir au secours d'un pays traumatisé, de protéger des millions de Japonais des retombées de l'explosion de Fukushima, certains exigent que les dirigeants politiques internationaux décrètent immédiatement la sortie du nucléaire. En espérant que l'effroyable scénario du pire ne vienne pas abolir toute possibilité de leur opposer quelques arguments de raison, il serait responsable de ne pas céder à la tentation de la précipitation. La question du devenir de l'énergie nucléaire ne s'est certes jamais posée autant qu'aujourd'hui. Mais la réponse, elle, doit attendre un peu.


La filière est forcée de l'admettre : qu'un acteur majeur de l'atome comme le Japon, un pays à la fois connu pour son culte de la perfection et du détail mais qui fut aussi la seule nation à subir la foudre atomique, soit victime d'un accident aussi grave met à mal les arguments rassurants des industriels. Le Japon d'aujourd'hui n'est pas l'Union soviétique au bord de l'effondrement technico-économique de l'époque de Tchernobyl. Cet accident prouve malheureusement que même dans un pays riche et en pointe, un incident provoqué par une catastrophe naturelle peut avoir des répercussions dramatiques. Même s'ils ne sont pas directement responsables, Areva ou General Electric, comme Toshiba ou Mitsubishi, devront reconnaître l'erreur collective qui a été commise et en tirer les conclusions. Le risque zéro n'existe pas mais dans cette industrie où les conséquences d'un incident peuvent être dramatiques, les responsables doivent prévoir le pire et tout faire pour l'empêcher.


Avant de condamner globalement et définitivement l'atome, il faut cependant être certain d'avoir compris les causes de cet accident. Aurait-il pu être évité ? Est-il susceptible de se reproduire ailleurs ? Peut-on surmonter tous les risques, qu'ils soient naturels ou humains ? Si les centrales peuvent résister aux tremblements de terre mais pas aux tsunamis, ne faut-il condamner que les réacteurs en bord de mer ?


Pour agir, il va falloir prendre le temps de disposer de tous les éléments. Sans oublier que l'équation nucléaire à laquelle nous sommes confrontés est complexe. Pris en tenailles entre des sources d'énergies en grande partie limitées et une nécessité de lutter contre le réchauffement climatique, notre planète, qui n'a jamais eu besoin d'autant d'électricité, sait bien que la vie n'a pas de prix. Mais une vie ne peut aussi s'imaginer sans énergie.

jeudi 10 mars 2011

Mauvaise voix

Une bonne idée mal exécutée a peu de chances de réussir. Une mauvaise idée, même bien mise en oeuvre, échoue le plus souvent. Une mauvaise idée mal transformée est, quant à elle, irrémédiablement condamnée à l'échec. C'est la triste mésaventure que vivent France 24 et le pôle plus large dit « Audiovisuel extérieur de la France » (AEF).

Sur le fond, il est parfaitement légitime que la France cherche à peser dans le débat médiatique mondial. Pour faire entendre sa voix et sa différence, il n'y a rien de choquant à ce que Paris subventionne une chaîne de télévision à vocation internationale. Londres avec la BBC, Doha avec Al-Jazira, Pékin avec CCTV et même Brasilia avec TV Brasil jouent cette carte.

Mais, sur la route menant de l'idée au projet concret, la France a commis deux erreurs majeures. Au-delà des ridicules et déplorables querelles de personnes entre Alain de Pouzilhac, le PDG, et Christine Ockrent, la directrice générale déléguée, la première est de ne pas s'être fixé des ambitions conformes à ses moyens. En voulant parler au monde à la fois en français, en anglais et en arabe, alors que ses ressources étaient limitées, France 24 s'est épuisée. Elle produit certes une information de qualité, mais elle a manqué, par exemple, cruellement de moyens pour accroître sa diffusion. Résultat, France 24 est trop souvent une bonne chaîne que trop peu de personnes peuvent voir. L'idée aurait dû être de rester simple, le projet s'est avéré trop compliqué.

La seconde erreur est d'avoir lancé cette chaîne en 2006 en refusant de faire table rase du passé. Avec l'AFP, RFI, Euronews ou TV5, la France disposait déjà, seule ou en partenariat, public comme privé, de nombreuses voix pour se faire entendre. Elle a préféré rajouter une tranche à ce mille-feuille indigeste, plutôt que de provoquer un big bang, qui aurait incontestablement été douloureux pour certains, mais qui aurait peut-être permis de repartir sur des bases plus saines.

Quand une idée ne fonctionne pas, il faut parfois accepter d'arrêter de s'entêter et envisager des pistes radicales. France 24 devrait peut-être ainsi aujourd'hui se concentrer sur la francophonie. Et la France devrait peut-être étudier sereinement l'idée d'un rapprochement AFP-AEF.

mardi 1 mars 2011

Citoyen 2.0

Après avoir bouleversé la vie du consommateur, le basculement dans l'ère du numérique révolutionne la vie du citoyen. Au-delà de l'incroyable essor de la téléphonie mobile, de l'Internet, de la TNT ou de la télévision par satellite, qui ont transformé nos loisirs ou notre cadre de travail, le boom du digital impacte maintenant en profondeur l'acteur public que nous sommes tous. Sans Facebook, Twitter, Al-Jazira, l'onde de choc qui fragilise le monde arabe ne se serait sans doute pas répandue aussi rapidement. Mais une autre révolution numérique, moins visible, moins brutale, mais dont les conséquences s'annoncent également lourdes est en marche : celle de l'« open data ».

A l'image d'une poignée de collectivités locales françaises qui viennent de décider de franchir le pas, de plus en plus de pays ou de villes, en Amérique comme en Europe, acceptent de faciliter l'accès à des tonnes de données. Avec le mariage du PC et du Net, il n'a en effet jamais été aussi facile pour les administrations de collecter, de stocker et de classer des montagnes de statistiques. Taux de pollution, de criminalité, de chômage, d'imposition par quartiers, pics de trafic par routes, maladies nosocomiales par hôpitaux... L'information qui était autrefois inaccessible, réservée aux actuaires ou aux greffiers, est désormais à portée de main. Elle peut être partagée entre fonctionnaires, mais aussi avec les administrés.

L'utilisation abusive et sans discernement de ce torrent d'informations pourrait avoir des retombées négatives. Les lycées dont on publie dans la presse les résultats au bac ont déjà tendance à se débarrasser des élèves les plus faibles pour ne pas nuire à leur performance, qui ne consiste du coup parfois qu'à accompagner les meilleurs. Mais de rares effets pervers ne doivent pas freiner l'essor d'un mouvement qui sera globalement positif.

Pour peu qu'il soit un minimum encadré - pour éviter, par exemple, la diffusion d'informations personnelles nominatives -ce mouvement pourrait déjà stimuler l'imagination de nombre d'entrepreneurs et faire naître de nouveaux business. Le flot de « data » pourrait aussi contribuer à redonner du pouvoir aux citoyens face à leur administration. Car, de tout temps, la transparence a stimulé l'exigence.

mercredi 16 février 2011

Consommateurs made in China


La mondialisation a deux visages. Celui cruel des délocalisations, des usines françaises qui ferment et du made in China dont rien ne semble pouvoir freiner l'inexorable essor. Mais il y a aussi, il ne faut pas l'oublier, le visage de la reprise de nos exportations de vins et de spiritueux, des performances historiques d'un Airbus tiré par l'explosion du nombre de voyageurs en Asie et enfin de la progression continue des ventes du luxe tricolore. Au-delà même des produits à forte valeur ajoutée et du luxe, qui est un peu notre high-tech à nous, la présence française à l'international est aussi le fait d'entreprises comme Danone ou L'Oréal : des spécialistes des biens de consommation qui réalisent déjà ou réaliseront à terme plus de 50 % de leur chiffre d'affaires dans des pays dits émergents qui ont de fait déjà largement émergé. Ne boudons pas notre plaisir face aux succès réels de ces groupes qui séduisent directement le consommateur chinois, russe, brésilien ou africain et qui ont su prendre place sur des segments de marché certes parfois jugés non stratégiques par les planificateurs chinois, mais qui n'en restent pas moins hautement concurrentiels.


A l'heure des tensions politiques au Maghreb, des inquiétudes sur l'inflation en Chine ou du déclin démographique en Russie, certains mettent en garde contre le rêve d'un eldorado sur ces nouveaux marchés. La réalité démographique est cependant sans appel. Comme l'explique Virginie Raisson dans son « Atlas des futurs du monde » (1), l'Occident va vivre au rythme du « baby krach » et du papy-boom. Nos populations vont vieillir alors que la vitalité démographique va continuer de tirer le reste de la planète. En 1950, l'Europe et les Etats-Unis représentaient près d'un quart de la population mondiale et pratiquement l'essentiel de la richesse terrestre. D'ici à 2050, l'Occident ne pèsera plus que 10 % de la population mondiale et les premières puissances économiques seront chinoise et indienne. Nul ne prétendra qu'ils auront réglé tous leurs problèmes de pauvreté, d'inégalité des revenus ou de tensions politiques, mais le vent de la démographie et de la croissance les pousse. Et si, derrière chaque Chinois, il y a bien sûr souvent un ouvrier, il ne faut pas oublier qu'il y a aussi un consommateur.

(1) Virginie Raisson, « Atlas des futurs du monde », Robert Laffont.

lundi 14 février 2011

Duo d'infortune

Le nouveau duo de la téléphonie mobile qui a vu le jour vendredi n'a aucune chance. Même alliés, Nokia et Microsoft ne pourront guère faire d'ombre à Apple et Google. Combiner les volumes du finlandais aux logiciels Windows de l'américain ne suffira pas à battre l'iPhone ou Android. L'union de deux faibles donne, il est vrai, rarement naissance à un fort. Surtout si les compagnons d'infortune trouvent face à eux des adversaires ayant acquis une avance considérable que rien ne devrait pouvoir ralentir. Apple, qui contrôle à la fois le « hard » et le « soft », a fait de la vitesse de prise de décision un atout redoutable. Google, qui peut s'appuyer sur une dizaine de partenaires fabricants de terminaux, a de son côté la force du nombre.

Sans appui extérieur, le partenariat non exclusif entre Microsoft et Nokia, ne permettant pour l'instant ni d'aller plus vite, ni de faire de réelles économies, n'apportera pas grand-chose. L'américain et le finlandais sont néanmoins moins seuls que semblent le croire les marchés financiers qui ont sanctionné extrêmement durement l'annonce de cette alliance. Ce tandem peut en effet devenir un trio à l'échelle mondiale : Nokia et Microsoft doivent et peuvent faire des principaux opérateurs télécoms leurs alliés objectifs et surtout financiers.

Les Orange, ATT, Vodafone sont bien sûr concurrents au quotidien mais ils ont aussi deux ennemis communs : Apple et Google. Le premier a certes dopé le marché très rémunérateur de l'Internet mobile. Mais au-delà de la fascination qu'elle exerce sur le grand public, la firme à la pomme est une entreprise secrète et arrogante. Elle dicte de façon unilatérale ses conditions à ses meilleurs clients -les opérateurs -et a clairement l'ambition de les concurrencer de plus en plus. Elle capte une part croissante de la valeur en prélevant des commissions sur les ventes d'applications et de contenus réalisés via un iPhone. Demain, elle veut se transformer en porte-monnaie électronique. Google, lui, fait le pari que le terminal, le logiciel et les communications vont se banaliser. La valeur ne sera plus que dans les services et la publicité. Face à un Apple qui énerve et un Google qui fait peur, les opérateurs ont besoin d'alliés. C'est ce que va devoir chercher à devenir le duo « Windokia ». Si leurs produits finissent par supporter la comparaison avec les iPhone ou « Android phones », les opérateurs seront prêts à les subventionner massivement pour dresser un obstacle sur la route de Google et d'Apple. C'est sans doute le seul espoir pour Nokia et Microsoft.

vendredi 4 février 2011

Yoplait peut-il être chinois ?

Al'heure où s'ouvre le bal des prétendants intéressés par Yoplait, il serait tentant d'en appeler au patriotisme économique du fonds PAI en exigeant que l'ex-bras armé de BNP Paribas dans le « private equity » cède sa part du capital de ce prince du yaourt à un acteur français. Adosser « la petite fleur » à la Vache Qui Rit de Bel ou au camembert Président de Lactalis permettrait théoriquement de créer, derrière Danone, un deuxième acteur tricolore de poids sur le marché du lait fermenté.

Mais le yoghourt est-il à ce point stratégique ? La France a-t-elle besoin de deux champions d'envergure internationale dans ce domaine ? Les pouvoirs publics doivent-ils faire pression sur le vendeur et l'inciter à ne pas vendre au plus offrant si le passeport de ce dernier n'est pas français ?

Yoplait est certes une entreprise très respectable. Mais ce producteur qui pèse deux fois moins que Danone dans le yaourt n'est pas un actif vital pour l'Hexagone. Qu'il reste français serait sans doute une bonne chose. Qu'il ne le soit plus n'en serait pas forcément une mauvaise. Mais pourrait-on aller jusqu'à imaginer qu'il devienne chinois ?

Vouloir à tout prix et par principe que son prochain actionnaire de référence soit français pourrait paradoxalement être contre-productif. Car ce n'est pas en France que Yoplait a besoin d'être plus fort. Ce n'est pas aux Français qu'il faut faire manger plus de yaourts, mais aux Chinois ou aux Sud-Américains. Et quoi de plus utile pour partir à l'assaut d'un marché comme la Chine que de pouvoir s'adosser à un partenaire y disposant d'une expertise domestique. Yoplait et les salariés français qui y travaillent resteront de toutes les façons sans doute pendant encore longtemps les experts de cette activité. Et sur le marché français, le risque de voir demain un propriétaire chinois ou mexicain imposer que les Yoplait soient fabriqués à l'étranger ou « made in France » à base de lait en poudre chinois est nul. Dans l'ultrafrais, l'industriel s'approvisionne auprès de fournisseurs locaux. Pas à l'autre bout de la planète.

Evidemment, pour le gouvernement, il sera plus difficile de faire pression en cas de tensions sur les prix du lait sur un actionnaire chinois que sur un français. Mais on ne bâtit pas une politique industrielle sur de tels raisonnements.

jeudi 3 février 2011

Apple : le retour de l'octroi

A première vue, le lancement, hier, de « The Daily », le premier quotidien conçu à 100 % pour l'iPad est une excellente nouvelle pour la presse. En crise, le monde du papier voit émerger avec la tablette d'Apple un nouveau canal de distribution lui permettant d'accélérer sa mutation numérique.

La réalité est malheureusement plus complexe. Car, après avoir dicté sa loi à l'industrie musicale - en imposant la vente à l'unité des chansons et leur prix de commercialisation -, Apple veut forcer la main à la presse. Alors que jusque-là les éditeurs pouvaient vendre directement des abonnements via l'iPad, la firme à la pomme a décrété qu'elle devenait l'unique agent de commercialisation. L'éditeur édite. Apple vend en empochant sa marge. « The Daily », qui accepte ces nouvelles règles, peut partir à l'assaut du marché. Ceux qui refuseront risquent d'être déréférencés de la boutique électronique d'Apple.

Les éditeurs, qui perdront du coup aussi bien des revenus qu'un lien direct avec leurs lecteurs, s'inquiètent. Et ils ne sont pas les seuls. Car demain rien n'empêchera Apple de chercher à imposer des conditions similaires à la Fnac ou à Amazon en prélevant une commission sur la vente de n'importe quel livre numérique. Et pourquoi pas, à terme, de n'importe quel bien physique dont l'achat serait finalisé via un iPad ? Bref, c'est un « octroi Apple », dont devront s'acquitter tous ceux qui voudront faire de l'iPad un canal de commercialisation. eBay ou la SNCF pourraient bien être les prochains.

On croyait qu'Apple voulait créer et gérer avec l'iPad l'équivalent d'une galerie commerciale dans laquelle différentes boutiques indépendantes existeraient. On se trompait. L'idée est plus de constituer un grand magasin, dont l'unique caisse sera contrôlée par la firme de Steve Jobs.

On rétorquera qu'Apple ne force personne à venir sur son iPad. Apple expliquera même que des tablettes concurrentes existent. Tout cela est exact, mais l'attitude de l'américain n'en reste pas moins choquante. D'abord parce que le géant de l'électronique se permet de modifier en cours de route, pratiquement sans préavis et de façon unilatérale, les règles du jeu. Ensuite, parce que aujourd'hui, l'iPad est encore très nettement dans une position dominante. Or, si les lois de la concurrence n'interdisent pas la domination, elles n'autorisent pas qu'on en abuse.

lundi 24 janvier 2011

N'enterrez pas Google

Y a-t-il le feu à la maison Google ? Le géant du Web, que l'on croyait invincible, insensible aux crises comme au doute et capable d'écraser tous ses adversaires, enregistre il est vrai quelques revers. L'insolent Facebook commence à lui faire de l'ombre sur le Net, certains sites comme Groupon refusent des offres de rachat à plusieurs milliards de dolllars, Apple impose le rythme de l'innovation avec ses iPhone et iPad, nombreux sont les gouvernements et les autorités de la concurrence qui cherchent des poux dans la tête de la firme de Mountain View et voilà maintenant qu'un poids lourd comme France Télécom débarque sur son terrain en s'invitant au capital de Dailymotion, rival modeste mais efficace de sa filiale YouTube. L'annonce, en fin de semaine dernière, d'un changement de management à la tête du groupe a donc pu être interprété comme le signe d'une crise de confiance.
Que les oiseaux de mauvais augure ne crient pas victoire trop tôt, le rouleau compresseur ne semble pas près de caler. En 2010, son chiffre d'affaires a bondi de 24 %, à 30 milliards de dollars, et son résultat opérationnel progresse de 35 %, à 10 milliards ! Certes, son cours de Bourse a fait du surplace l'an dernier alors que celui d'Apple progressait de plus de 50 %. Mais l'année 2011 se présente bien. La reprise économique devrait entraîner une reprise des investissements publicitaires, dont le champion de la pub sur Internet sera le premier bénéficiaire. Car l'e-pub va croître encore plus vite que tous les autres segments. Et, dans le mobile, les « geeks » rêvent du prochain iPad ou d'un iPhone 5, mais Google a lancé la contre-attaque. Tous les trois jours, ce sont environ un million de « smartphones » motorisés par son logiciel Android qui sont activés dans le monde. Et les tablettes Android débarquent. Résultat, après avoir engrangé des dollars à chaque fois qu'un PC se connecte au Web, Google va s'enrichir lorsque les mobiles se brancheront sur le Net. Et, demain, c'est à l'univers de la télévision que le groupe va s'attaquer.
Google n'est peut-être plus aussi hégémonique, mais il reste dominateur, et les zones de notre vie quotidienne sur lesquelles il exerce une influence croissante ne cessent de s'étendre. Google, comme ses fondateurs, a basculé dans l'âge adulte, mais devrait continuer de croître.

mardi 18 janvier 2011

Airbus, une leçon d'Europe


Un peu de beaucoup vaut souvent mieux que beaucoup de pas grand-chose ! Le destin croisé d'Airbus et de Dassault est sur ce point révélateur. Au moment ou le premier triomphe une nouvelle fois face à Boeing sur la scène mondiale, il est cruel de constater que le second semble, lui, voir s'assombrir le ciel brésilien dans lequel son Rafale semblait pourtant susceptible de prendre son envol. Airbus, vitrine de l'unité industrielle européenne, s'impose. Dassault, symbole d'une Europe de la défense totalement morcelée, reste en partie cloué au sol.


Quels que soient ses mérites technologiques ou ses problèmes de compétitivité en termes de prix, l'avion de combat de Dassault souffre surtout de devoir affronter trop de concurrents. Qu'il trouve face à lui un chasseur américain n'a rien d'illégitime. Mais il doit aussi batailler, au Brésil comme ailleurs, face à un Gripen suédois, un European Fighter anglo-hispano-germano-italien et l'américain JSF soutenu par des Européens. Le ciel n'est pas assez vaste pour autant d'acteurs. Surtout que, même quand Dassault l'emporte et rafle sur le papier la totalité du marché, les victoires tant de fois anticipées ont tendance à ne déboucher sur rien. De la grosse part de gâteau, il ne reste même pas des miettes.


Ces revers répétés devraient retentir comme autant de signaux d'alarme pour les industriels et les pouvoirs publics européens. Car au-delà du Rafale, ce sont des pans entiers de nos industries déjà menacés aujourd'hui qui risquent de l'être encore plus demain. Des drones aux centrales nucléaires, en passant par les trains à grande vitesse, voire à terme la voiture électrique, sur plus d'un chantier stratégique majeur, l'Europe, à force de se faire concurrence à elle-même, risque de se retrouver prise en tenailles entre ses rivaux historiques américano-japonais et de nouvelles générations d'industriels issus des pays émergents. Les Coréens font déjà de l'ombre aux Français dans le nucléaire. Les trains chinois rivalisent avec ceux d'Alstom ou de Siemens.


A l'inverse, l'exemple d'Airbus mérite de faire école. Même s'il est imparfait et impose une gouvernance complexe. Même s'il contraint les dirigeants de l'avionneur européen à prendre en compte des logiques de retour géographique ou d'équilibres politiques teintés de natio-nalisme. Mettre tous ses oeufs dans le même panier comporte, bien sûr, une part de risque, mais le plus grand risque est bien celui de la désunion européenne.

vendredi 14 janvier 2011

Acquis sociaux, jusqu'où ?


Faut-il sacrifier nos ouvriers pour sauver nos usines ? Faut-il que les cols bleus acceptent, au nom de la défense de l'emploi, d'être la première génération d'Occidentaux à voir leurs acquis sociaux être progressivement rognés ? La question est aujourd'hui directement posée aux salariés de Fiat en Italie, mais elle se pose au quotidien de façon plus indirecte à tous les ouvriers européens soumis à la concurrence croissante des pays émergents.


La polémique récente sur la remise en cause définitive des 35 heures en France comme le débat permanent sur le niveau des charges sociales pesant sur le travail dans l'Hexagone prouvent que ces questions qui dérangent ne sont plus taboues. Pour faire face aux pays à faible coût de main-d'oeuvre et garder une chance de conserver une industrie, la France a conscience qu'elle doit investir dans sa recherche, se spécialiser dans le haut de gamme et les produits à forte valeur ajoutée. Elle sait aussi qu'elle devra faire des efforts en termes de productivité et de coût du travail. En Amérique, le sauvetage de General Motors a eu des conséquences radicales pour ses salariés, dont les niveaux de retraite, de couverture santé, voire de salaire ont pour certains été renégociés à la baisse. Entre « chantage à l'emploi » ou « gel des rémunérations », les salariés français ont compris qu'ils faisaient désormais eux aussi bien partie de la variable d'ajustement.


Il ne faudrait cependant pas que l'indispensable effort soit totalement à sens unique. Au-delà du débat sur la juste rémunération des actionnaires, c'est aussi sur nos partenaires commerciaux internationaux qu'il faut sans doute faire quelque peu pression. Sans sombrer dans le protectionnisme, le nouveau maître mot doit désormais être « réciprocité ». Une réciprocité qui aille au-delà de simples règles sur l'accès au marché ou la possibilité de prendre le contrôle d'un groupe étranger. La réciprocité, c'est aussi s'assurer que nos partenaires respectent un minimum de règles sociales ou environnementales. Pour que la mondialisation, globalement très bénéfique, ne débouche pas à terme sur un nivellement par le bas pour l'industrie, il faut que l'Europe, en particulier, accepte de défendre un principe de base : pour que le commerce soit libre, il faut aussi qu'il soit équitable.

vendredi 7 janvier 2011

Le nouvel âge de la télévision

Le tsunami numérique est sur le point de s'abattre sur l'audiovisuel. Après avoir bouleversé l'économie de la musique et de la presse, le mariage de la numérisation et d'Internet va provoquer un raz de marée télévisuel. Le piratage à grande échelle de films et de séries ne fait figure que de simple hors-d'oeuvre car c'est une révolution beaucoup plus profonde des « business models » qui se profile.
L'actuel Salon de l'électronique grand public de Las Vegas l'illustre. L'an dernier, les stars du show étaient les téléviseurs 3D et les nouvelles manettes virtuelles pour consoles de jeux. Des produits certes innovants mais dont le principal objectif reste d'accélérer l'obsolescence des précédentes familles de gadgets, afin de donner un coup de booster à un marché du « brun » trop porté par la simple demande de renouvellement. Cette année, l'innovation change de braquet. A l'abri des casinos, ce sont de nouvelles générations de téléviseurs connectés, de « smartphones » et de tablettes multimédias que les géants dévoilent. Autant de produits qui permettront via « apps » ou programmes de consommer autrement de la télévision. Le pouvoir va ainsi passer progressivement entre les mains des téléspectateurs capables de choisir où et quand ils consomment de l'image digitale. L'univers de la télé qui était un monde de l'offre (les chaînes A et B proposent tel programme à telle heure) devient un monde de la demande dans lequel le consommateur navigue au lieu de se laisser guider.
Les grandes chaînes peuvent se rassurer en notant que l'explosion des supports numériques ne les a guère affectées pour l'instant. En France comme en Amérique, on a même jamais passé autant de temps devant le petit écran et la télé de rattrapage est encore gérée par les chaînes. Mais le rapport de force entre diffuseurs et créateurs pourrait rapidement s'inverser. Les marques des seconds pesant à terme plus que la notoriété des premiers.
Les TF1 et M6 de ce monde qui réalisent une part majeure de leurs bénéfices en commercialisant des publicités entourant des séries américaines pourront être contournés par les studios hollywoodiens. Ces derniers changeront d'intermédiaire pour vendre à l'unité en passant par Apple et son iTunes Store ou ils diffuseront à travers un site géré par Google dont la régie publicitaire génère déjà autant de chiffre d'affaires en France que celle de TF1. Sur plusieurs jours, un programme diffusé par YouTube peut déjà réunir des millions de téléspectateurs, soit autant qu'un prime time. C'est bien un nouvel âge de la télé qui s'annonce.

mardi 4 janvier 2011

Facebook et le cimetière numérique

Facebook vaut-il 50 milliards de dollars ? Une start-up d'à peine cinq ans générant moins de 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires et ne dégageant qu'une maigre poignée de dollars de profit peut-elle peser aussi lourd en Bourse que des gloires industrielles largement profitables comme BMW ou Boeing ? Des investisseurs avisés comme Goldman Sachs ou le russe DST, qui viennent de miser sur ce phénomène du Net, semblent le croire. Fort de ses 600 millions d'utilisateurs, de son influence quasi planétaire, Facebook n'est en effet pas une entreprise comme les autres. Sous la houlette de Mark Zuckerberg, elle continue de progresser à une vitesse impressionnante tout en étendant la surface de ce qui est devenu le premier univers parallèle du cyberespace. Dans ce monde numérique se suffisant pratiquement à lui-même, chacun peut raconter son quotidien, dialoguer, échanger des photos, partager des vidéos… bref, maintenir un lien social permanent avec un large cercle d'amis ou de connaissances. La puissance de Facebook est telle que même Google redoute la concurrence croissante de ce site, qui ne permet pas au moteur de recherche de venir scanner les contenus personnels qu'il héberge. Ce qui se passe derrière les murs de Facebook n'appartient au final qu'à Facebook. Et tout le pari économique de cette entreprise est d'ailleurs que, demain, elle sera capable de monétiser les tonnes de données qu'elle accumule sur ses internautes.

Le pari n'est pas impossible, mais il n'est pas encore gagné. Certes, Google a vu sa capitalisation boursière multipliée par six depuis 2004, mais le cimetière du numérique est aussi plein d'ex-stars déchues. D'Alta Vista à Second Life en passant par MySpace ou Hotmail, plus d'une pépite du Web s'est échouée en cherchant à transformer son audience en or. Par sa taille, sa puissance accumulée et son côté addictif pour certains, Facebook semble moins vulnérable. Mais les internautes ont déjà plus d'une fois prouvé qu'ils étaient susceptibles de se rebeller lorsque Facebook cède trop à la tentation commerciale. Surtout que, dans cet univers digital, les innovations technologiques peuvent se transformer en à peine quelques mois en une rupture majeure à l'échelle du globe. Le futur concurrent de Facebook n'existe peut-être pas encore, mais il pourrait bien débouler avant même que le groupe de Mark Zuckerberg ait eu le temps de justifier pleinement sa valorisation.

vendredi 24 décembre 2010

Prime à court terme




La prime à la casse a tenu ses promesses. Elle a certes coûté cher à l'Etat, mais ne rien faire aurait coûté encore plus cher à la collectivité. Les pertes d'emploi directes et indirectes dans un secteur industriel et commercial aussi important que celui de l'automobile auraient pu faire vaciller l'ensemble de l'économie française. A court terme, le verdict est sans appel, les pouvoirs publics ont joué leur rôle en stimulant l'achat de voitures.


Au moment où la prime à la casse disparaît, on est cependant obligé de reconnaître que, si cette main tendue a permis aux constructeurs de passer la crise, elle n'aura en rien préparé Renault et PSA Peugeot Citröen à affronter le prochain choc cyclique. La prime leur a permis de limiter la casse, pas de préparer l'avenir.


La comparaison est sur ce point cruelle avec les Etats-Unis. Confronté à la sortie de route de General Motors (GM) et de Chrysler, Washington ne s'est pas contenté de doper ses champions à terre en stimulant pendant un temps artificiellement la demande. Le gouvernement fédéral a été bien plus loin en dépensant près de 50 fois plus que son homologue français pour accompagner la renaissance de ses champions malades. L'exercice aura été terriblement coûteux pour les contribuables et les actionnaires ainsi que très pénible pour les salariés qui ont soit perdu leur emploi, soit dû accepter une remise en question de leurs avantages acquis (salaire, retraite, couverture santé…). Il aura aussi constitué une forme de concurrence déloyale à l'encontre des constructeurs européens qui ont bénéficié de prêts d'urgence ou de soutiens structurels bien plus limités. Du coup, en cette période de sortie de crise, la vérité est que, même si elle est loin d'avoir remonté la pente, l'automobile américaine a saisi là l'occasion de prendre un nouveau départ. Ses constructeurs ont nettoyé leur bilan, réduit leurs coûts et fait le ménage dans leur portefeuille de marques. GM a retrouvé le chemin de la Bourse et Chrysler a pu lier son destin à celui de Fiat. L'Amérique a ainsi financé une renaissance de son industrie auto. La France et l'Europe ont, elles, choisi de financer un maintien en vie de leurs constructeurs en subventionnant les consommateurs.
Espérons qu'à long terme l'Europe automobile n'aura pas à regretter d'avoir refusé de faire des choix plus douloureux. Le Vieux Continent compte sans doute encore trop de constructeurs généralistes aux structures de coût peu compétitives. Des constructeurs qui risquent de se retrouver pris en sandwich entre des asiatiques dopés par la demande chinoise et des américains remontant en puissance.

mardi 21 décembre 2010

Double tranchant


La Chine ne s'en cache même pas. Il y a des secteurs stratégiques dans lesquels les industriels étrangers ne peuvent être au mieux que les partenaires minoritaires d'acteurs chinois. Les Etats-Unis l'admettent tout autant : les prises de contrôle de groupes stratégiques par des investisseurs non américains ne sont pas interdites par principe, mais restent soumises à un long processus d'approbation débouchant régulièrement sur un « no ». La France serait donc bien naïve si elle s'avérait être la seule à laisser filer vers l'étranger sans broncher ses pépites ou ses centres de décision. Le gouvernement Villepin avait d'ailleurs, en 2005, indiqué que, dans certains secteurs clefs, l'Etat souhaitait disposer d'un droit de regard.


Que les pouvoirs publics s'opposent au rachat d'Ingenico par un groupe américain n'est ainsi pas en soi choquant. Non seulement cette entreprise technologique est active dans l'univers de la défense et de la sécurité via ses produits de cryptologie, mais l'Etat est en outre déjà un actionnaire - certes indirect, via Safran -de ce groupe. On est donc loin de l'imbroglio dans l'univers du yaourt qui avait vu le gouvernement agir en coulisse pour dissuader Pepsi de partir à l'assaut de Danone.


Cela dit, au moment où la France s'énerve de voir Eurostar commander des trains chez Siemens plutôt que chez Alstom, ou alors que le ministère de la Défense a été tenté de bloquer une commande de camions passée à Fiat plutôt qu'à Renault Trucks, on peut légitimement se demander si le recours au patriotisme économique, qui devrait être l'exception bien plus que la règle, n'est pas en train de basculer du mauvais côté. Si, après Gemplus (Gemalto), l'Etat redoutait de voir une autre entreprise tricolore changer de couleur de passeport, il aurait pu le faire savoir en amont.


Car brandir ainsi, au dernier moment, l'arme de la préférence nationale est à double tranchant. Le gain à court terme peut s'avérer coûteux à long terme ! Trop protéger d'un éventuel prédateur ou de la pression de la concurrence internationale un producteur domestique, c'est prendre le risque d'avoir, demain, des entreprises françaises moins efficaces, tentant de vendre plus cher des solutions moins innovantes. Surtout, au moment où nos propres entreprises ont un besoin crucial d'aller chercher la croissance sur la scène internationale, fermer de façon arbitraire notre accès à certains, c'est prendre le risque qu'on nous claque, à notre tour, la porte au nez.

vendredi 17 décembre 2010

Virage agricole

Pour la première fois de l'histoire de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) il y avait hier deux candidats pour se disputer la tête du chef de file du syndicalisme agricole tricolore. Après dix années de présidence Lemétayer, la rivalité entre un « riche céréalier » et un « petit producteur » a pu donner l'image d'un monde paysan profondément désuni entre des champions de l'exportation cherchant à accroître encore leurs récoltes et des inquiets de la surproduction exigeant plus protection. Divisée en interne et fragilisée de l'extérieur par la montée en puissance de mouvements paysans plus corporatistes, la FNSEA traverse il est vrai une période difficile. Il est cependant crucial pour l'agriculture française qu'une fois l'élection passée, le monde agricole réapprenne à parler d'une voix, s'il souhaite peser, tant au niveau français qu'européen. Les chantiers qui attendent ce secteur stratégique de l'économie française sont en effet massifs.

Entre le coup d'envoi de la réforme de la politique agricole commune qui devra aboutir d'ici au début 2013 et la volonté de la France de profiter de son actuelle présidence du G20 pour tenter d'avancer sur le dossier de la régulation du prix des matières premières, l'agriculture va se retrouver au coeur de nombreux débats. Des débats dont l'issue à court terme influencera durablement notre paysage agricole.

Les paysans français se doutent que dans une Europe élargie et contrainte budgétairement la part allouée au soutien de l'agriculture -et en particulier de l'agriculture tricolore -va fatalement se réduire. Ils savent aussi qu'au-delà des ambitions affichées par Nicolas Sarkozy sur le terrain de la régulation, la capacité d'une France, encore isolée sur ce dossier, d'imposer plus de contrôles risque de se heurter à l'hostilité des marchés et à l'inertie de nombreux acteurs publics. En cette fin 2010, l'agriculture française peut donc avoir le sentiment qu'elle a plus à perdre qu'à gagner.

Ce n'est pourtant pas inéluctable. Face à une Europe qui a longtemps considéré qu'il fallait produire moins car les subventions coûtaient chères, elle doit retrouver l'ambition d'un secteur prêt à exporter et à se battre avec ses atouts sur le marché mondial. Elle devra pour cela accepter de renouer avec l'innovation technologique, source de productivité, et arrêter de considérer que produire plus et produire mieux sont fatalement incompatibles.

mardi 14 décembre 2010

TNT, acte II

En moins de cinq ans, la TNT s'est installée dans notre quotidien. Le passage d'un paysage audiovisuel composé d'une poignée de diffuseurs historiques à une offre d'une vingtaine de chaînes a profondément modifié l'écosystème télévisuel hexagonal. Les nouvelles chaînes captent désormais en cumulé plus de 20 % d'une audience de plus en plus fragmentée. Et elles seront sans doute bientôt collectivement aussi forte qu'un TF1 dont l'audience est passée en dix ans de 35 % à 25 %.

Si la TNT gratuite est un succès, la TNT payante, elle, reste par contre un échec. La petite dizaine de chaînes vendues soit en bouquet, soit à l'unité, n'a séduit que quelques centaines de milliers de personnes. La TNT gratuite a fragilisé TF1 ; sa version payante n'a pour l'instant guère causé de tort à Canal+, CanalSat ou les câblo-opérateurs commercialisant de la télévision à péage.

Au nom de la préservation des acteurs en place, certains semblent souhaiter l'échec d'une TNT payante présentée comme n'ayant que peu de chances de remporter un succès commercial. Au-delà de l'argument économique, les adversaires de la TNT payante soulignent que de plus en plus de Français reçoivent déjà leurs programmes par des boîtiers ADSL. Et demain, les progrès de la diffusion de contenus par Internet et le boom anticipé des téléviseurs connectés contribueront encore à enrichir l'offre de contenus, gratuits comme payants. A quoi bon, dans ces conditions, pousser une TNT payante ?

Cette vision quelque peu parisiano-centriste omet cependant plusieurs détails. Plus de 50 % des foyers devraient continuer pendant de nombreuses années à capter la télévision via un mode de réception hertzien TNT. Le public potentiel est donc là et la TNT payante peut proposer des offres très simples techniquement et peu chères. Pour 10 à 15 euros par mois, une offre relativement low cost de télé à péage devrait pouvoir se développer. Cela aurait une autre vertu : face aux GoogleTV ou AppleTV, qui rêvent de facturer directement les téléspectateurs tricolores depuis la Californie, l'émergence d'une TNT payante viable pourrait dynamiser l'offre de contenus et les acteurs hexagonaux.

jeudi 9 décembre 2010

La Silicon Valley et nous

Faut-il avoir peur de la Silicon Valley ? Nos industriels redoutent l'inexorable montée en puissance d'une Chine régulièrement accusée de concurrence déloyale. Dans la high-tech, nos start-up tricolores ne devraient-elles pas également trembler face à la toute-puissance de la Californie ? Car si le textile, l'électronique et une part croissante de l'industrie sont désormais « made in China », le monde de l'Internet est, lui, clairement « made in California ». Face aux Google, Apple, Facebook ou autres acteurs du Web qui peuvent s'appuyer sur l'anglais, un énorme marché domestique et une considérable avance accumulée pour conquérir la planète, les petits « Frenchies » peuvent-ils vraiment espérer être capables de trouver une place autre que modeste dans le cyberespace ?

Tout comme pour mieux rivaliser avec la Chine, il est primordial de réussir à devenir - seul ou en partenariat -un acteur clef sur le marché chinois, il faut aujourd'hui pour avoir une chance de s'imposer dans les nouvelles technologies apprendre à travailler avec la Valley, pas contre elle.

Pas question bien sûr de tout délocaliser à Palo Alto, d'immigrer et d'adopter la nationalité américaine. Mais il ne faudrait pas non plus céder à l'excès inverse et tomber victime du syndrome du village gaulois. Il est au contraire primordial d'aller dans la Valley, d'y ouvrir des bureaux, de s'intégrer dans cet écosystème si particulier, fait d'innovations et d'interactions permanentes. Il faut apprendre à partager sans avoir peur d'être pillé.

Ericsson, sans renoncer à son identité suédoise, l'a compris puisque l'équipementier télécoms a installé son patron du développement et de la technologie en Californie. Baigné dans la technologie IP, il reste en pointe et en alerte. Il peut puiser dans un vivier de compétences bien plus mondiales que simplement américaines et espérer en prime que les innovations nées dans la Valley s'exporteront.

La France ferait bien de suivre cet exemple. Multiplier les échanges en allant, pourquoi pas, jusqu'à créer un ministère du Numérique dont les bureaux seraient à San Francisco, et qui aurait vocation à faciliter le dialogue entre la France et l'Amérique.

La conférence Le Web, qui se tient cette semaine à Paris, le prouve. On y parle, certes, anglais mais les Américains ont fait le voyage jusqu'à Paris pour venir nouer des partenariats ou travailler avec le Silicon Sentier. Dans la Valley, l'Amérique est moins repliée sur elle-même et bien moins arrogante que certains le prétendent.

mardi 7 décembre 2010

Porte-monnaie 2.0


On peut payer ses impôts via Internet. Acheter une chanson ou un journal numérique via son iPhone ou son iPad. Passer un péage autoroutier sans marquer l'arrêt. Prendre le métro parisien en passant une carte sans contact. Mais on ne peut pas payer sa baguette avec un porte-monnaie électronique !


A l'heure où méga comme micro paiement électronique ne posent plus de problèmes tant technologiques que psychologiques, la pièce de monnaie fait de la résistance. Les banques abandonnent Moneo - la principale initiative française en terme de porte-monnaie électronique -et les solutions alternatives, comme l'intégration d'une fonction paiement sans contact à nos téléphones mobiles, nos cartes de transport ou de cantines ne progressent guère.


Gros utilisateurs de la carte Bleue, les Français ne ressentiraient pas le besoin d'une nouvelle forme de paiement. On devrait pourtant faire leur bonheur malgré eux en leur expliquant qu'à New York comme à Tokyo on peut payer son taxi, acheter une boisson ou remplir un parcmètre sans avoir besoin de trouver de monnaie. Pratique mais aussi très sûr (dans la mesure où un porte-monnaie électronique embarqué dans un téléphone peut par exemple être bloqué puis recrédité à distance en cas de perte), le porte-monnaie 2.0 devrait être le couteau suisse numérique du paiement au XXI e siècle.


Pour qu'une solution émerge, il faut cependant qu'un standard s'impose. Il faut que les commerçants disposent de terminaux de lecture sans contact. Et ils n'investiront pas argent ou espace dans une multitude de solutions.


Il faut aussi que tous les intervenants (banques, opérateurs télécom, émetteurs de cartes, sociétés de transport...) se mettent d'accord. Qui contrôlera les données personnelles stockées sur la puce ? Qui prélèvera les marges ? Qui gérera le système et garantira l'interopérabilité ?


Depuis des années, le dossier n'avance pas. Le porte-monnaie numérique reste une solution d'avenir en attente. L'Etat ne pourrait-il pas passer à la vitesse supérieure en vendant au plus offrant une concession exclusive ?

mercredi 24 novembre 2010

Fausse route


dans un monde de tricheurs, cela peut-il avoir un sens d'être le seul à respecter les règles ? Face à une Chine manipulant sa monnaie et échangeant contrats contre transfert de technologies ou face à des Etats-Unis n'hésitant pas à casser des appels d'offres publics lorsqu'ils ont été perdus par les firmes américaines, la France ne devrait pas faire preuve de naïveté. Il faut défendre le « made in France », taxer les importations, jouer la carte de la préférence nationale, lutter par la loi contre les délocalisations…


La rhétorique est séduisante mais la réalité économique est autre. Que l'armée française ayant besoin de camions préfère ne pas finaliser une commande remportée à la loyale par Fiat pour ménager Renault Trucks n'a guère de sens. D'abord parce que dans le cas présent, l'italien Fiat-Iveco s'est associé avec un partenaire français. Ensuite parce que Renault Trucks, bien qu'il produise en France, est désormais contrôlé par le suédois Volvo. Mais, enfin et surtout, car ce que les salariés des usines de Renault Trucks vont gagner sera sans doute demain payé par le contribuable français au travers de surcoûts. En effet, qui dit protectionnisme dit en général hausse des prix pour le consommateur.


L'affaire Iveco est d'autant plus maladroite que la défense est un monde à part. Au nom de l'intérêt supérieur de la nation, les Etats peuvent légalement s'affranchir des habituelles règles du jeu commercial. Pour préserver une industrie domestique stratégique, il est admis que le protectionnisme soit parfois de rigueur. Mais est-ce le cas pour des camions ?


Surtout, à l'heure où la contrainte budgétaire pèse sur les Etats, le signal adressé par la France est contre-productif. Plutôt que le chacun pour soi, la priorité européenne devrait, au contraire, être de dépasser le stade des champions nationaux pour favoriser via des coopérations poussées ou des fusions assumées la naissance de champions à l'échelle du continent. Dans les secteurs les plus stratégiques comme dans ceux qui le sont moins. Dans les porteavions comme dans les camions. Même si elle est difficile, seule cette route permettra d'innover, de rivaliser face aux Américains, Russes ou Chinois et ainsi d'exporter… Mais pour vendre aux autres, il faudra aussi accepter d'ouvrir nos marchés.

vendredi 12 novembre 2010

La concurrence débranchée


Aquelques jours du vote d'une loi censée développer la concurrence sur le marché de l'électricité, Poweo casse l'ambiance. Le Petit Poucet du kilowatt annonce être sur le point de rendre les armes face à EDF et d'abandonner le marché résidentiel. Quand on perd de l'argent sur chaque client, rien ne sert de chercher à se rattraper sur la quantité ! Un peu plus de trois ans après la libéralisation du marché et à la veille d'une nouvelle étape, la conclusion est cruellement claire : la concurrence électrique est un échec.


Que la libéralisation ait fonctionné dans les télécoms et pas dans le courant n'est pourtant guère surprenant. L'émergence de nouvelles technologies comme le mobile ou l'IP ont ouvert des brèches dans lesquelles de nouveaux acteurs du téléphone ont pu s'engouffrer. Difficile dans l'énergie, où l'innovation est limitée, de faire mieux qu'un acteur historique. Surtout si, comme EDF, il a su investir tôt et massivement dans le nucléaire, que ses prix de revient sont bas et qu'il a, en plus, rendu aux ménages et aux entreprises l'essentiel de cette « rente nucléaire » sous forme de prix bien plus bas que dans le reste de l'Europe. Dans la téléphonie, les rivaux de France Télécom faisaient souvent mieux et moins cher. Face à EDF, la mission est quasi impossible. La loi ne pourra pas y changer grand-chose : on ne va pas fragiliser un champion national pour faire plaisir à ses rivaux, ni augmenter brutalement les prix pour permettre à des concurrents moins efficaces de dégager des marges.


Mal partie, la concurrence reste pourtant souhaitable. Dans l'intérêt des consommateurs comme de l'indépendance énergétique de l'Hexagone, il faut qu'EDF soit soumis à une pression concurrentielle et que de nouveaux acteurs susceptibles d'investir dans le développement de nouvelles capacités de production misent sur la France. Aider de nouveaux acteurs au démarrage et favoriser ceux qui s'engagent à investir et à innover (comme GDF Suez dans le nucléaire ou d'autres dans les barrages) est utile. Ce qui le serait moins serait de faire naître demain une concurrence artificielle et administrée. La concurrence, ce doit aussi être moins d'Etat, moins de régulation et plus de marché. Pas plus de prix administrés ou plus de bureaucratie. Car, à long terme, les solutions artificielles agissent souvent comme des drogues dont il devient impossible de décrocher.