TOUT EST DIT

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mardi 26 octobre 2010

Quand le créateur du bouclier fiscal, Thierry Breton, critique sa version actuelle

Sommes-nous entrés dans une guerre des monnaies ?
 Il faut toujours être très attentif au poids des mots. L'économie, ce n'est pas la guerre. En revanche, il est clair que nous entrons dans une période de crispation. La mise en œuvre des plans de relance a pesé massivement sur la quasi-totalité des budgets des Etats. L'heure est venue de résorber ces déficits de crise. Trois types d'approches possibles : diminuer les dépenses des Etats - c'est nécessaire dans quasiment tous les pays, à commencer par le nôtre ; augmenter les impôts ; jouer sur la valeur des monnaies. A ce stade, recourir à des dévaluations compétitives serait très risqué pour l'économie mondiale. Je pense par ailleurs que l'inflation va devenir à son tour un sujet de débat. Aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et évidemment pour d'autres raisons dans les pays émergents, on en parle de plus en plus.
Quel pays est selon vous à l'origine de ces crispations monétaires, la Chine ou les Etats-Unis ?
A partir du moment où la Chine est sciemment devenue l'un des tout premiers créanciers des Etats-Unis avec l'accord tacite de Washington, comment s'étonner que les antagonismes s'exacerbent aujourd'hui ? La vraie nouveauté, c'est que nous avons, nous Européens, pris conscience du caractère inachevé de l'euro. L'harmonisation des politiques budgétaires et fiscales et les critères de Maastricht ont volé en éclats avec la crise. Il nous faut revenir à marche forcée vers cette politique de convergence si nous voulons disposer d'un levier sur les monnaies. Et s'accorder très vite sur un calendrier de retour à l'équilibre des finances publiques, pour ouvrir une nouvelle étape de la construction européenne.
L'euro va donc rester la variable d'ajustement ?
L'Europe dispose d'un atout considérable : son stock de capital et son extraordinaire patrimoine immatériel, de savoir et de connaissance accumulés au cours des siècles. Voilà pourquoi nous restons attractifs aux yeux de nombre d'investisseurs de la planète ! A condition de ne pas les dévaloriser, en tombant dans les pièges de la dévaluation compétitive et, a fortiori, de l'inflation.
De ce point de vue, les intérêts de l'Europe et des Etats-Unis divergent...
C'est probable. Dans la période actuelle, certains sont tentés de recourir à l'arme monétaire. Rien ne serait pire que de rentrer dans une logique à courte vue de dévaluation compétitive nous conduisant tout droit au protectionnisme. N'oublions pas les leçons de l'histoire : c'est le protectionnisme et le repli sur soi qui ont nourri dans la durée la crise de 1929.
Le niveau de la parité euro/dollar vous inquiète-t-il ?
Chacun en est bien conscient, notre devise est nettement surévaluée par rapport au dollar. La parité actuelle pèse sur la compétitivité et donc sur la croissance. Mais le plus pénalisant au fond, ce sont les fluctuations rapides. D'où l'importance cruciale de la coordination.
Un alignement fiscal de la France sur l'Allemagne serait-il un pas dans la bonne direction ?
L'Europe ne se construira pas sans une coordination d'envergure entre la France et l'Allemagne. Mais avant même de parler fiscalité, il faut se pencher sur les budgets et le déficit budgétaire. Paris doit urgemment adopter une démarche parallèle à celle de Berlin pour imposer dans notre constitution un point d'atterrissage de retour à l'équilibre au-delà des échéances électorales. L'Allemagne l'a fait de façon unilatérale en inscrivant cet objectif pour 2016 dans sa loi fondamentale. Par son initiative, elle est devenue sur ce point le marqueur de l'Europe pour la décennie qui vient.
La France, pour sa part, va devenir le premier pays émetteur de dettes en euro. Potentiellement, la charge des intérêts de la dette va représenter dans les années qui viennent plus du quart du budget de l'Etat ! Ce qui signifie aussi que la spéculation aura les yeux rivés sur la capacité des Etats emprunteurs à tenir leurs engagements.
La France est-elle en mesure de s'aligner sur l'Allemagne ?
Il n'est ni pertinent ni raisonnable de faire comme s'il n'existait pas de différences de nature économique et sociale entre nos deux pays. Nous devons pour ce qui nous concerne nous donner du temps, faute de quoi le remède serait pire que le mal. Viser un alignement à l'horizon 2020 me semble raisonnable pour la France et je note que c'est aussi ce qu'en dit le rapport Attali. Ceci étant, toute stratégie d'alignement nécessite une vision de long terme. Elle engage nécessairement les trois prochains présidents de la République. Si nous devions lui tourner le dos, ce sont les marchés qui nous l'imposeraient.
De quels leviers disposons-nous ?
Le volet dépenses me semble naturellement prioritaire, ce qui n'est pas synonyme, dans mon esprit, de régression sociale. On peut, on doit continuer à offrir les mêmes prestations en réduisant leurs coûts. Nous savons tous que c'est possible. Quant à la fiscalité, c'est un chantier qui ne peut s'inscrire qu'en complément d'un programme fondamental de la maîtrise de la dépense publique sur toute la décennie qui vient. Le rendez vous de l'élection présidentielle doit aussi permettre de porter ce débat.
Que pensez-vous de l'instauration d'une TVA sociale ?
Sur ce sujet fiscal en particulier, je trouve que l'on parle trop tôt et trop vite des impôts qu'il faudrait augmenter. Commençons par identifier les économies sur les dépenses publiques et le calendrier contraignant que nous nous assignons pour les réaliser.
Réformer avant les élections présidentielles l'ISF et le bouclier fiscal, dont vous êtes l'un des pères, n'est pas une bonne idée ?

Avec Dominique de Villepin et Jean-François Copé, nous sommes en effet à l'origine du bouclier. L'ISF est un mauvais impôt qui taxe le patrimoine et pas uniquement des plus fortunés. Nous avons donc imaginé un mécanisme permettant d'éviter qu'il ne devienne confiscatoire, dissuasif et contre-productif pour notre pays. La formule que nous avions mise au point - 60%, hors CSG et CRDS -, revenait à ne jamais imposer un contribuable à plus de 71% de ses revenus. Equilibré et acceptable. Réaménagé dans le cadre de la loi TEPA ce taux est tombé à 39%. La crise, depuis lors, nous impose un effort collectif. Et le bouclier, à ce niveau, soulève une question de justice sociale. Faut-il le supprimer, le compenser, l'aborder conjointement avec une réforme de l'ISF ? Il est opportun que l'on se penche sur le sujet.
On devrait aussi se poser la question du paiement de l'impôt à la source, qui donnerait un fantastique signal de modernité pour notre système fiscal. Je m'y étais intéressé de très près lorsque j'étais à Bercy. Nous sommes l'un des rares pays à ne pas l'avoir encore instauré. On y opposera à nouveau que la retenue à la source donnerait aux entreprises des informations sur l'ensemble des revenus de leurs salariés. La commission Bébéar que j'avais installé à cet effet avait conclut à la parfaite faisabilité du mécanisme dans le respect de la confidentialité comme c'est le cas de la totalité des pays qui l'ont mis en œuvre.
Le crédit d'impôt recherche est régulièrement dénoncé comme une niche fiscale coûteuse. Qu'en pensez-vous ?
Le crédit d'impôt recherche permet d'accueillir et/ou de retenir en France de nombreux centres de recherche et développement. C'est donc un outil très efficace au service de l'attractivité et de l'emploi. C'est une excellente mesure.
Quel est l'impact des réductions budgétaires des gouvernements sur l'activité d'Atos ?
La réduction des dépenses informatiques du gouvernement britannique est à l'origine de la moitié de la baisse de notre chiffre d'affaires global au troisième trimestre. Mais dans tous les pays où nous opérons une évidence s'impose : face au défi de la réduction des dépenses publiques l'informatique représente bien d'avantage une solution qu'une variable d'ajustement.
Le 16 novembre, vous fêterez vos deux ans à la tête d'Atos. Quel bilan faites-vous ?
Atos en est à la deuxième année de son plan de redressement qui court sur trois. Nous tenons nos objectifs, de sorte que nous sommes tout à fait confiants dans la capacité du groupe à générer une marge opérationnelle de l'ordre de 7 % à 8% fin 2011. Cette rentabilité ramènera Atos au niveau de ses meilleurs concurrents.
Où en est votre tentative de rachat de SIA SSB ?
Nous sommes toujours intéressés par ce spécialiste italien des services de paiements si un processus devait redémarrer. Nous entrevoyons par ailleurs d'autres opportunités de consolidation tant dans le domaine des services transactionnels de haute technologie que dans celui de l'informatique traditionnelle. Nous disposons d'une équipe dédiée aux fusions et acquisitions qui examine un flux croissant de dossiers. Il y en a beaucoup actuellement en Europe pour tous nos métiers mais nous sommes aussi attentifs aux pays émergents.

Procéderez-vous à une augmentation générale des salaires en 2011, comme le revendiquent les salariés?
Nous avons traversé la crise économique de ces deux dernières années en nous donnant les moyens de préserver au maximum l'emploi des 50.000 collaborateurs du Groupe. L'élaboration du budget d'Atos pour 2011 vient juste de démarrer et il prématuré de répondre précisément à une question de ce type à l'échelle du Groupe. Ceci étant sur ces questions il est clair que notre budget tiendra compte du changement de conjoncture économique et des perspectives de croissance pays par pays. Notre priorité demeure le maintien de l'emploi. Nous aurons d'ailleurs recruté 5.000 collaborateurs en 2010, dont la moitié de jeunes diplômés.
Reprendrez-vous le paiement de dividendes au titre de 2010 ?
A terme, il est normal de verser un dividende dans une entreprise comme la nôtre. C'est même de bonne politique. Mais je ne suis évidemment pas seul à fixer les règles et l'échéance !
Atos est en première ligne pour affronter les nouveaux acteurs du secteur des SSII. Avez-vous été approché par des groupes indiens, pour un éventuel rachat ?
Non.

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