TOUT EST DIT

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mardi 17 août 2010

La revanche de Jean-Louis Debré

Fidèle des fidèles de Jacques Chirac, ancien ministre de l'Intérieur, Jean-Louis Debré se pose aujourd'hui en garant des libertés et règle des comptes.
La question préoccupe déjà le gouvernement, et surtout ceux des ministres les plus réservés sur ces mesures. Les menaces de réforme, autour de la nationalité française, que Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux dégainent, ces temps-ci, comme l’inspecteur Harris ( Clint Eastwood) son Smith and Wesson 44 Magnum franchiront-elles l’obstacle du Conseil constitutionnel? La vénérable institution de la rue Montpensier semble devenue fort jalouse de son indépendance. Aspirée par le débat public, mieux connue, reconnue, même, par les Français, depuis l’introduction de la saisine directe, elle commence à se tailler une réputation de juridiction un peu rebelle, en tout cas, indocile. Sa récente condamnation de «la garde à vue à la française» a même été ressentie comme un rééquilibrage, tardif mais salvateur, au profit des justiciables placés aux mains de la police.

De tout cela, un homme profite. Et curieusement, un peu à contre-courant de sa carrière. Jean-Louis Debré, le président du Conseil constitutionnel. Il a été le président de l’Assemblée nationale de l’ère Chirac, mais c’est surtout comme ministre de l’Intérieur qu’on se souvient de lui –la fonction frappe peut-être davantage les esprits, et laisse des traces dans la chronique du pays. Il a été un membre du club, pas le pire, mais assez conforme tout de même au prototype forgé par la droite, sous la Ve République. Dur aux délinquants, et pas toujours regardant sur la manière. L’opinion de gauche lui avait notamment reproché l’évacuation des sans-papiers réfugiés dans l’église Saint-Bernard, à Paris, en août 1996.

Il avait dû quitter la place Beauvau, au moment de la dissolution de 1997, et par la suite, malgré sa proximité avec Jacques Chirac, il n’avait jamais retrouvé un poste ministériel. Le chef de l’Etat préférait savoir son plus fidèle compagnon au «perchoir» de l’Assemblée, où l’on peut conserver une plus grande liberté de parole. Ce dont Jean-Louis Debré avait usé contre les menées concurrentielles de Nicolas Sarkozy, à partir de 2002.

Pas un faucon, donc, mais pas une colombe non plus. Il est en tout cas assez savoureux de le retrouver aujourd’hui dans un rôle de garant des libertés publiques (garde à vue) ou de redresseur d’injustices passées (pensions aux anciens combattants étrangers), et plus généralement, au moins sur le chapitre de la constitutionnalité, comme le meilleur rempart national face aux outrances sécuritaires en cours du régime sarkozyste. Comme quoi, cela précisé pour Brice Hortefeux, il ne faudrait jamais désespérer tout à fait des ministres de l’intérieur, passés, présents et à venir. Il arrive qu’il leur vienne, même tard, des idées contraires aux traditions de la place Beauvau, et assez incongrues, au vu de leur parcours.

«C’est l’effet Becket», note le politologue Olivier Duhamel. Du nom du chancelier d’Henri II, Thomas Becket, qui après avoir fait appliquer l’interdiction des libertés cléricales, sur ordre de son roi, s’était mis à défendre ces mêmes libertés, une fois nommé archevêque de Canterbury… et à s’opposer au même monarque. Politiquement parlant, il ne peut plus rien arriver de fâcheux à un président du Conseil constitutionnel. Nommé généralement en fin de parcours professionnel, il est inamovible, installé, rue Montpensier, pour un mandat long (9 ans). Il renonce à toute autre fonction. Officiellement, il n’a plus de parti politique, et aucun compte hiérarchique à rendre. A la sagesse de l’âge vient s’ajouter la découverte, ou la confirmation, des délices de l’indépendance. En principe, il n’a plus pour maître que le droit constitutionnel.

A cet exercice de renversement de réputation, il y a eu des précédents. Comme celui de Roger Frey . Ministre de l’Intérieur, celui-ci avait réprimé la marche de protestation algérienne du 17 octobre 1961, laissant ses hommes jeter des manifestants à la Seine et se livrer à un véritable massacre; il avait dû endosser aussi la responsabilité, quelques mois plus tard, des événements tragiques du métro Charonne. Pourtant, devenu président du Conseil constitutionnel, il avait ensuite imposé la limitation des droits de fouille de la police, notamment dans les voitures particulières.

Quand il a été nommé, en février 2007, par Jacques Chirac, à la tête du Conseil, certains ont pensé, toutefois sans trop le dire, que Jean-Louis Debré était un peu étroit d’épaules, par rapport à quelques-uns de ses prestigieux prédécesseurs, Robert Badinter ou Pierre Mazeaud. Que le chef de l’Etat mettait à l’abri son vieux grognard avant de partir. Hors d’atteinte, déjà, de Nicolas Sarkozy et de son entourage, lesquels vouent une franche détestation à l’ancien président de l’Assemblée nationale, et à son persiflage incessant.

C’était oublier ce que la fonction de tuteur de la constitution peut pour l’homme auquel elle échoie. A quel point, soudain, elle le grandit. Oublier aussi que Jean-Louis Debré est d’abord un magistrat, et qu’il retrouve au Conseil constitutionnel sa culture de base. Celui qui a été souvent moqué, comme son père, Michel Debré, celui qu’on disait jaloux de son jumeau, Bernard Debré, grand médecin, lui aussi député, a pourtant eu le temps, avant d’être happé par la destinée politique de Jacques Chirac, d’être un juge d’instruction.

Pour des raisons encore floues, comme il fallait sans doute un idiot de la famille par génération, après son père, caricaturé avec un entonnoir sur la tête par les humoristes du début de la Ve République, il a été celui-là. Un peu benêt, Jean-Louis Debré. Toujours dans les jupes de Jacques Chirac. Fidèle comme l’est un toutou. Il est tout de même docteur en droit et ancien élève de l’Ecole de la magistrature; il a été le premier juge d’instruction des affaires Carlos, le terroriste. Mais dans son curriculum vitae, on a toujours préféré rappeler qu’après des échecs au bac, il avait dû en passer par la capacité en droit.

La suite a toujours été un peu trempée à la même sauce. Maire d’Evreux, député, ministre… un peu juste, Debré. Et toujours comme son père, qui avait fait sourire par sa candidature désespérée à l’élection présidentielle de 1981, alors que les moqueurs auraient dû trouver quelque valeur au co-rédacteur de la Constitution de 1958. Il n’est donc pas sans ironie que le fils maudit retrouve le père décrié autour du texte sacré de notre histoire politique récente.

Belle revanche, dira-t-on, pour le fils et pour le père. Contre le frère jumeau, et contre Paris, qui se goberge. Toutefois, le meilleur est sans doute à venir. Dans ces circonstances qui donnent désormais le droit à tout un chacun de saisir la Conseil constitutionnel par «les questions prioritaires de constitutionnalité». Beaucoup de gens, désormais, risquent de placer leur espoir en Jean-Louis Debré, sur le chapitre de l’égalité des droits devant la loi. Dans le contexte politique, c’est plus qu’il n’en faut pour une renommée.

Philippe Boggio

Concurrence : France Télécom et l'Etat de nouveau attaqués par l'UE

La Commission européenne, persuadée que l'Etat français a accordé une aide à France Télécom pour lui éviter la faillite en 2002, a déposé un recours auprès de la Cour européenne de justice, affirme, mardi 17 août, La Tribune.
Plombée par une dette de 63 milliards d'euros, contractée lors de l'acquisition de l'opérateur Orange deux ans plus tôt, France Télécom est alors au bord de la faillite. Son PDG, Michel Bon, est limogé. L'Etat français, premier actionnaire avec 56,45 % du capital, accorde à France Télécom une ligne de crédit de 9 milliards d'euros. Le groupe n'aura finalement pas besoin de cet argent.

Selon la Commission européenne, les interventions publiques du ministre de l'économie de l'époque, Francis Mer, constituaient un soutien voilé de l'Etat français à l'opérateur historique. M. Mer avait notamment déclaré "qu'en cas de problèmes de financement, l'Etat prendrait les décisions nécessaires pour qu'ils soient surmontés".

LONGUE PROCÉDURE D'APPEL

Sur la foi de ces déclarations, les agences de notation n'avaient pas dégradé davantage les notes de France Télécom, permettant ainsi à l'opérateur de se refinancer sans grande difficulté sur les marchés, sans avoir besoin d'utiliser le crédit accordé par l'Etat.

"Le crédit accordé constitue-t-il une aide publique, alors même qu'il n'a pas été utilisé ?" s'interroge le quotidien économique. L'Etat français et France Télécom ont toujours rejeté une quelconque aide voilée. Une position adoptée par le tribunal de première instance de l'Union européenne, qui avait débouté la Commission en mai.

La procédure d'appel pourrait durer plusieurs mois, sinon plusieurs années, précise La Tribune.

La planète fait crédit à partir de samedi

À partir du 21 août et jusqu’à la fin de l’année 2010, les Terriens vivront à crédit sur les ressources de la planète.

C’est une étude de l’ONG Global Footprint Network (GFN) qui l’affirme. L’association calcule le jour où la consommation de l’humanité en ressources naturelles a épuisé ce que la planète est capable de fournir en une année, de la filtration de l’eau douce à la fourniture de matières premières, y compris alimentaires.
Les ressources de la planète épuisées en neuf mois

Le fait que la date fatidique tombe cette année le 21 août préoccupe les militants.

”Il aura fallu moins de neuf mois pour épuiser le budget écologique de l’année, relève le président de GFN, Mathis Wackernagel. L’an passé, la limite avait été atteinte le 25 septembre, mais ce n’est pas parce que la consommation s’est emballée. C’est juste que cette année, on a révisé toutes nos données et on s’est rendu compte que jusqu’ici, on avait surestimé la productivité des forêts et des pâturages : en clair, on avait exagéré la capacité de la Terre à se régénérer et à absorber nos excès.”

GFN calcule les fournitures de services et de ressources par la nature et les compare à la consommation humaine et à ses rejets : déchets mais aussi émissions polluantes comme le CO2. “À la fin des années 1980, notre empreinte écologique était globalement équivalente à la taille de la terre. Aujourd’hui, c’est 50 % de plus”, insiste l’ONG.

Pour inverser la tendance, l’ONG avance une proposition encore controversée. “Il faut arriver à ce que la population mondiale commence à décroître. Les gens pensent que ce serait terrible. Pour nous ce serait en fait un avantage économique. Mais c’est un choix. On n’en veut pas encore”, assure le président de GFN.

Abdul et tonton Georges

Voici un rude coup porté à la poésie française. Le jeune rappeur Abdul X va bientôt comparaître devant un tribunal. Ce qu’on lui reproche ? Une chanson dont le titre résume la portée : “Tirer sur les keufs”. Le texte, d’une fulgurante modernité, n’abuse pas de la métaphore. Il préfère le dépouillement lexical, très premier degré : “Si t’en vises un, tue-le, ne le rate pas/Mets-lui une balle dans sa race”.

Le procureur, critiquant le fond plutôt que la forme, dénonce “une apologie de crime”. Pourquoi durcir ainsi le ton ? L’artiste, au commissariat, a plaidé le malentendu. Les paroles du morceau “ne reflètent pas sa pensée”. Un trop plein de lyrisme vous emporte, parfois… Bon. Quant au revolver brandi dans le clip vidéo, “il s’agit d’une arme factice”.

On se disait, aussi, que l’œuvre sonnait faux. Mais les voyous des cités, eux, utilisent des balles réelles.

Pourtant, le prévenu ne risque pas grand-chose. Sauf à appliquer la jurisprudence Montherlant : “En prison pour médiocrité !”.

A relire la prose du rappeur, ce qui lui manque saute aux yeux : le talent, encore plus que la morale. S’agissant de “rosser les cognes”, jadis, tonton Georges s’y prenait autrement. Tiens, les juges devraient condamner Abdul à apprendre tout Brassens par cœur ! Une leçon de style, pour la peine.

L'Europe face aux nouvelles puissances

Pendant la guerre froide (1947-1990), les priorités des diplomaties européennes étaient simples. Il fallait maintenir la garantie de sécurité américaine face à la menace soviétique, tout en existant face à Washington (essentiellement pour la France). Les relations transatlantiques l'emportaient.

Tel n'est plus le cas aujourd'hui. Avec la disparition de l'URSS et la montée en puissance des pays émergents, dont la Russie, la relation Europe - États-Unis n'est plus aussi centrale. D'autres dossiers sont devenus tout aussi prioritaires. Mais les pays européens semblent découvrir de manière dispersée, sinon individualiste, les nouvelles priorités de leur politique étrangère. Face à la Chine, l'Inde, la Russie ou le Brésil, y a-t-il le début d'une action, sinon d'une réflexion commune européenne ?

Jusqu'ici, les pays européens n'ont fait que prendre conscience du phénomène. Et ils se sont contentés d'un chacun pour soi mercantile. « Comment puis-je m'attirer les faveurs des nouveaux riches de la croissance, et traiter avec eux avant et mieux que les autres ? ».

Les pays émergents ne sont pas dupes de ces « discours amoureux ». Ils y voient de la faiblesse, voire de la naïveté ou de l'amateurisme. Il serait facile d'établir une comparaison entre les débuts de la diplomatie de la France de Nicolas Sarkozy face à la Chine, et ceux de la diplomatie britannique de David Cameron face à l'Inde. La France avait envoyé un message contradictoire à Pékin, mélangeant référence aux droits de l'homme et considérations commerciales. La Chine, consciente de la faiblesse des positions de Paris, n'allait pas manquer de « cibler » notre pays pour faire passer un message de fermeté à l'ensemble du monde occidental : « Vous avez besoin de nous, laissez-nous traiter nos problèmes comme nous l'entendons. »

De la même manière, David Cameron, lors de sa première visite en Inde, en a trop fait, s'alignant, peut-être avec justesse sur le fond, sur les critiques de Delhi à l'encontre du Pakistan. Il a dû faire amende honorable en recevant, peu de temps après et avec égards, le président pakistanais à Londres.

Dans cette course individuelle aux faveurs des pays montants, les pays européens ont tout à perdre. Si nous ne faisons pas de démarche ensemble, nous risquons de perdre ensemble.

Bien sûr, il faut tenir compte du poids des pays émergents. Près de 80 % de la croissance mondiale, entre 2010 et 2050, proviendra de leurs besoins et d'après un rapport de la Banque mondiale, la classe moyenne de ces mêmes pays représentera un milliard deux cents millions d'habitants en 2050 : une augmentation de 200 % par rapport à 2005. Cette classe moyenne sera plus importante que la population totale de l'Europe, des États-Unis, du Canada, en y incluant même le Japon !

Mais c'est précisément parce que le moteur de la croissance économique mondiale se trouve dans ces pays émergents que l'Union européenne, si elle veut être prise au sérieux, doit définir au plus vite une réflexion commune.

L'Union européenne est en train de se doter d'un service diplomatique commun. L'une de ses priorités doit être la définition d'une diplomatie commune à l'égard des pays émergents, avec des règles du jeu et une vision stratégique. Seule, en effet, l'Union en tant que telle a quelque chance d'être prise au sérieux par Pékin, Delhi, Moscou ou Brasilia...

(*) Conseiller spécial à l'Ifri (Institut des relations internationales).

Au miroir des solitudes

Un Français sur dix serait en situation de solitude objective et un sur quatre, faute de diversité suffisante dans ses relations sociales, pourrait le devenir. C'est ce que révèle l'enquête menée à la demande de la Fondation de France (zoom ci-contre), conduite auprès de plus de 4 000 personnes âgées de 18 ans et plus.
Selon cette étude, plus de quatre millions de Français, soit un adulte sur dix, n'accéderaient à aucun des quatre grands réseaux de sociabilité identifiés que sont la famille, les amis, la vie professionnelle et la vie associative. Dans la mesure où 25% des Français interrogés ne participeraient qu'à un seul de ces réseaux, le risque est patent : « Fragilisées, ces personnes se trouvent dans une situation d'exclusion potentielle sans en avoir conscience », commente la Fondation de France. Qui propose, avec son aide, de promouvoir de nouvelles formes d'habitat collectif, des gardes d'enfant 24 h sur 24 ou des cafés sociaux.
La tâche paraît immense face à un phénomène d'isolement qui certes n'est pas nouveau. La recomposition des familles, la précarisation des revenus et le sous-emploi chronique, le vieillissement de la population et même une forme de dénuement de l'urbanisme et des services collectifs concourent à alimenter la machine à produire des solitaires. Aussi efficace dans sa dureté à la campagne qu'en ville.
Les déchirures familiales sont citées comme étant à l'origine de l'isolement dans 56% des cas, loin devant les rupture à caractère professionnel. Souvent mésestimée par les politiques publiques, la famille française, on le sait, a considérablement contribué à adoucir les conséquences des crises économiques depuis près de quarante ans. Cet amortisseur, quasi invisible dans le budget de la Nation, montre désormais des signes d'essoufflement..
Paradoxe, à l'heure des réseaux sociaux électroniques ? Les bulletins de victoire des grands attrape-tout virtuels, qui alignent des millions d'adhérents, sont à côté de la plaque. Neuf solitaires sur dix ne fréquentent pas ces réseaux qui ne touchent que les meilleurs revenus. On peut d'ailleurs s'interroger sur le décrochement qui commence à se produire entre des tranches de populations gavées par un « hyperlien social » et les autres. « Les réseaux sociaux électroniques restent l'apanage de personnes disposant d'un capital social important », affirme la Fondation de France. Dans un pays collectivement convaincu par sa douceur de vivre, Internet n'est pas le grand rassembleur dont rêvent certains.

Antoine Latham

BIENFAITEUR DE L'HUMANITÉ

17 août 1737 ( En fait, Antoine Parmentier est né le 12 août 1737)
Naissance de Parmentier, qui réhabilita la pomme de terre en France. La première trace dont l'Histoire ait gardé le souvenir d'une consommation de pommes de terre dans notre pays (on l'appelait alors la cartoufle), serait d'avoir été servie à la table de Louis XIII en 1616, mais le roi dut les trouver immangeables car il n'y eut absolument aucune suite donnée à cette tentative. Turgot fit de nouveau un essai pour tenter de répandre l'emploi de la cartoufle en France. Il avait commencer à en lancer la culture dans certaines régions comme le Limousin ou l'Angoumois, mais les préventions de l'opinion publique étaient telles que, malgré un avis favorable et rassurant de l'Académie de médecine, il avait dû renoncer à son projet. Quand Parmentier reprit l'idée, il publia une analyse chimique de la pomme de terre, essayant ainsi de démontrer qu'elle ne présentait véritablement aucun danger. Mais les Français demeuraient toujours aussi réticents. Pour secourt leur routine, pour réussir à les convaincre, il fallait, pensait-il, un coup d'éclat et tout d'abord la protection d'un haut personnage. Il obtint celle de Louis XIV lui-même, à qui il demanda aussitôt cinquante arpents de la plaine des Sablons. Ce terrain était fait de sables qui semblaient à première vue assez stériles, mais Parmentier s'acharna : il laboura lui-même et planta les cinquante arpents. Les premières fleurs qui poussèrent furent aussitôt cueillies et portées au roi. Et l'on raconte que, malgré le sourire moqueur de nombreux courtisans, le 24 août 1786, veille de la Saint-Louis, le roi parut, une fleur de pomme de terre à la boutonnière. La vogue de la fleur entraîna celle du tubercule. Avant de devenir utile, la pomme de terre était devenue à la mode. Pour exciter encore la curiosité des Parisiens, Parmentier avait fait placer des gardes autour de ses champs. Pourtant, une nuit, une bonne partie des pommes de terre furent volées. En apprenant le larcin, Parmentier fut ravi et récompensa largement le porteur de la nouvelle : c'était pour lui la certitude « qu'il n'existait plus de préjugés contre la pomme de terre » disait-il. Quelque temps plus tard, il organisa un grand repas en invitant toutes les notabilités de l'époque, dont Franklin et Lavoisier. La pomme de terre avait été préparée sous toutes les formes possibles et imaginables : elle constituait absolument tous les services du repas, depuis le potage en allant même jusqu'à la liqueur, qui en avait été, elle aussi, extraite.

Certains biographes se sont trompés sur la date de naissance de ce bienfaiteur de l'humanité. Afin de faire cesser toute polémique sur ce sujet, voici une reproduction de l'acte de naissance qui nous intéresse :



Antoine augustin fils de Jean baptiste Augustin Parmentier et de Marie Euphrosine Millon ses père et mère de légitime mariage nacquit le douze d'aoust mille sept cent trente sept et fut baptisé le même jour, son parrain Antoine Millon, sa marraine Marie Pillon de la Tour, lesquels ont signé ce present acte avec nous prètre curé du S. Sepulcre de Montdidier...

Réduire le coût de la transition vers une économie décarbonée

Les objectifs de réduction des émissions de CO2 et de la consommation d'énergie fixés par l'Union européenne pour 2020 paraissent plus difficiles à atteindre que jamais. Les contraintes réglementaires imposées au secteur de l'énergie agissent comme un frein sur les investissements à réaliser pour parvenir à une consommation maîtrisée et raisonnée de l'énergie. Autres facteurs aggravants : la faiblesse de la croissance économique européenne et la diminution des dépenses publiques partout en Europe, qui limitera le soutien des Etats.

Pour atteindre les objectifs fixés, l'Europe aura besoin de près de 890 milliards d'euros en plus des investissements habituels. Par exemple, les aides pour la filière solaire et éolienne atteindront respectivement 85 milliards et 67 milliards d'euros au cours de la prochaine décennie, tandis que les coûts en crédits carbone pour la production d'électricité seront supérieurs à 200 milliards d'euros. Les nouvelles capacités de production représenteront 40 % des 890 milliards d'euros estimés, dont les deux tiers consacrés à l'éolien, au solaire à la biomasse et à l'hydraulique - la part des énergies renouvelables sera ainsi portée à 30 % en 2020. Au total, le coût global des objectifs de l'Union européenne pour 2020 se traduira par une augmentation moyenne de 25 % de la facture d'électricité des ménages européens.

Dans ce contexte, comment l'Europe peut-elle arriver à résoudre la difficile équation d'accélérer sa transition vers une économie décarbonée tout en en réduisant le coût ?

Depuis des années, l'Europe concentre son action sur la production et soutient massivement l'éolien, le solaire et le captage-stockage du carbone. Mais d'ores et déjà, dans certains pays comme l'Allemagne, les tarifs de rachat garantis pour cette électricité ont été revus à la baisse. Indépendamment de la question financière, ces nouvelles technologies ne suffiront pas à répondre à la demande avant une quinzaine d'années. C'est pourquoi il est temps d'envisager de nouvelles solutions.

Avant tout, il faut mieux utiliser l'électricité que nous produisons aujourd'hui. Nous gaspillons beaucoup trop d'électricité en périodes creuses et devons faire monter les centrales en régime en périodes de pointe. S'il était possible de stocker cette énergie non utilisée, nous n'aurions pas besoin de produire davantage lors des pics de demande. Le stockage d'énergie par air comprimé (Seac) représente une solution nouvelle et réaliste. Le principe consiste à utiliser l'énergie excédentaire pour comprimer de l'air, qui sera libéré pour faire tourner les turbines aux heures de pointe. Cette technologie simple peut être mise en oeuvre rapidement et dans la plupart des pays. Elle permet de limiter l'augmentation de la production du parc de centrales actuel et s'avère surtout moins onéreuse. Les installations de stockage à air comprimé coûtent près de deux fois moins cher à la construction que les centrales conventionnelles. Pourtant, il n'existe qu'une seule installation de ce type à ce jour en Europe.

Face aux résultats mitigés enregistrés du côté de la production, les efforts doivent également porter sur la demande. Ainsi, les compteurs intelligents seront déployés en Europe au cours des prochaines années, mais ne suffiront pas à eux seuls à réduire la consommation. Les acteurs de l'énergie doivent investir dans des techniques dites de « gestion de charge » afin d'inciter les consommateurs à éviter les périodes de pointe. En complément des compteurs intelligents, le recours à une tarification par plages horaires pourrait constituer un bon point de départ et amener les familles à faire tourner le lave-vaisselle la nuit et non juste après le dîner. Selon nos estimations, si 50 % des foyers et PME en Europe disposaient de compteurs intelligents en 2020, on observerait une réduction de 7 % de la consommation en période de pointe et de 5 % de la consommation globale. Ainsi, le besoin en capacité de production supplémentaire serait réduit de 10 à 19 %.

Ces deux solutions ne sont pas exhaustives, mais constituent des exemples de ce qu'il est possible de faire. A elles deux, elles pourraient conduire à une réduction de 5 % des émissions de CO2 et limiter l'augmentation de la facture énergétique des consommateurs à 90 euros au lieu de 120 euros, soit une économie de 26 %. Ces solutions, ainsi que toutes les autres, impliquent la participation active des producteurs et distributeurs d'énergie et des politiques plus innovantes de la part des gouvernements. Elles montrent qu'en élargissant le débat européen, actuellement focalisé sur les énergies renouvelables particulièrement coûteuses, aux méthodes plus immédiates et plus abordables, efficaces tant du côté de la demande que de la production, les objectifs de 2020 pourront être atteints plus rapidement et à moindre coût pour les consommateurs et les contribuables.


Jean-Marc Ollagnier

JEAN-MARC OLLAGNIER EST DIRECTEUR GÉNÉRAL DU SECTEUR ÉNERGIE ET RESSOURCES NATURELLES D'ACCENTURE EN EUROPE.

Une position juridique forte et logique

La décision du Conseil constitutionnel invalidant la procédure française de garde à vue appartient assurément aux jurisprudences destinées à faire date. Il en va ainsi non seulement en raison du sujet en cause - les droits de la défense -, qui est au coeur de la procédure pénale, mais aussi en raison de la portée de la décision. En exigeant la présence effective d'un avocat pendant toute la durée d'une garde à vue ordinaire (à l'exception des affaires de terrorisme ou de grand banditisme), le Conseil constitutionnel contraint à la révision d'un aspect essentiel de la pratique pénale.

Cette décision est-elle pour autant une surprise, voire le coup d'Etat juridique dénoncé par certains avocats de la souveraineté du Parlement ? Assurément non. Depuis qu'à la demande du président Sarkozy, le Parlement a voté la réforme du 23 juillet 2008 permettant aux citoyens de saisir les tribunaux d'une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) à propos de tout litige, il était inéluctable que toutes les lois passent un jour ou l'autre sous le scanner juridique des onze juges du Palais-Royal.

Il est vrai qu'à l'origine, en 1958, la nouvelle Constitution avait confié comme première mission au Conseil constitutionnel de veiller au respect par le gouvernement et par le Parlement de leurs compétences réciproques. Mais il y a belle lurette que le Conseil, à la manière de toutes les cours suprêmes occidentales, s'est émancipé pour jouer le rôle d'ultime gardien des principes de valeur constitutionnelle. A ce titre, dès 1971 il a défini un « bloc de constitutionnalité » incluant non seulement la Constitution de 1958, mais la Déclaration de 1789 et des principes généraux du droit dégagés pendant près d'un siècle par le Conseil d'Etat et la grande tradition républicaine du droit public. Contrairement à ce qu'enseignait Jean-Jacques Rousseau, la loi n'est plus la norme suprême. Les principes constitutionnels sont au-dessus d'elle. C'est en leur nom que le Conseil vient de statuer sur la garde à vue, dans le strict respect de la hiérarchie des normes, c'est-à-dire de l'Etat de droit.

Des niches à ne pas épargner

C'est une véritable plongée au coeur du mal français. Dans son rapport consacré aux niches fiscales sur l'épargne, qui tient en 43 pages, l'Inspection générale des finances montre comment une volonté politique mal appliquée peut déboucher sur un formidable gâchis. Des objectifs mal définis au départ. Une absence d'évaluation au final. Entre les deux, une sédimentation de dispositifs concurrents -ou contradictoires. Des dispositifs inefficaces, comme la vingtaine de niches qui attirent des montants dérisoires vers les placements en actions. Des effets pervers. Une effroyable complexité, qui fait par exemple que des dizaines de milliers de contribuables se précipitent chaque année sur un prélèvement libératoire qui leur coûte in fine plus cher que le régime commun. Une industrie financière qui s'en met plein les poches au détriment des particuliers et de l'Etat. Et au final, une addition salée : les cinquante niches explorées par les hauts fonctionnaires de Bercy ont coûté 11 milliards d'euros aux finances publiques en 2008, un chiffre à rapprocher des 200 milliards d'euros épargnés par les Français cette année-là. Tout se passe comme si l'Etat devait dépenser un euro pour convaincre un Français de mettre 20 euros de côté. Ce rendement de l'incitation fiscale à épargner est pitoyable. Il l'est d'autant plus que les Français placeraient tout de même beaucoup d'argent sans cette longue rangée de niches, car beaucoup d'entre elles exercent leurs effets non sur les montants épargnés, mais sur leur affectation.

Si le gouvernement voulait vraiment lutter contre le mal français, s'il en avait les moyens, il tirerait les conséquences de ce rapport qu'il a lui-même commandé. Il définirait trois ou quatre objectifs -l'encouragement de l'épargne retraite, le financement des PME, les missions allouées au Livret A (seul dispositif trouvant grâce aux yeux des rapporteurs). Il supprimerait dans la foulée 8 ou 9 milliards d'euros d'allégements fiscaux, en passant outre aux aboiements des « teneurs de niches ». Et si d'aventure l'épargne baissait, il s'en réjouirait, car cela signifierait que les Français consomment davantage. Mais il n'est hélas pas impossible que ce document aille s'entasser dans l'immense bibliothèque des rapports qui auraient pu sauver la France. Sans que l'on sache si cette mise au rebut vient d'une équipe gouvernementale trop affaiblie pour lancer une réforme fiscale après trois ans au pouvoir, ou de la volonté de préserver les centaines de milliards placés par les Français dans leur dette publique.

La participation se substitue au salaire et pénalise les comptes publics

Les sommes versées au titre de l'intéressement et de la participation ont plus que doublé depuis 1999, alors que la masse salariale n'a crû que de 40 %.
Conçue comme un outil de motivation et de flexibilité, l'épargne salariale accroît la productivité des salariés, mais elle présente un inconvénient de taille : au fil des ans, elle a de plus en plus tendance à se substituer au salaire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les montants versés au titre de l'intéressement et de la participation sont cinq fois plus importants qu'en 1990. Ils ont plus que doublé en dix ans, alors que la masse salariale n'a crû que de 40 %. Ils représentent désormais 7,7 % du salaire.

Pour l'Etat, c'est autant de recettes en moins. « Cette substitution pénalise les finances publiques », dénonce l'Inspection générale des finances. Subventionnés à hauteur de 5 milliards d'euros par l'Etat, l'intéressement et la participation représentent ainsi près de la moitié des sommes publiques investies en faveur de l'épargne. Un coût d'autant plus discutable qu'il ne profite qu'à 57 % des salariés, employés la plupart du temps par de grandes entreprises.

L'Inspection générale des finances en vient donc à s'interroger sur l'efficience de ces exonérations d'impôt et de charges, qui constituent un « effet d'aubaine » aussi bien pour les entreprises que pour les salariés. A terme, ceux-ci sortent pourtant perdants, car faute de cotiser pour les retraites, ils ne bénéficient pas de droits à pension sur ces revenus.
Avantages réétudiés

Des propositions devraient être faites à l'automne pour réduire les avantages fiscaux liés à ces dispositifs. Gilles Carrez, rapporteur du budget à l'Assemblée nationale, préconise notamment de raboter le crédit d'impôt sur l'intéressement (400 millions d'euros annuels), permettant aux entreprises de déduire les sommes versées de l'impôt sur les sociétés. Mais son initiative risque d'être mal comprise des syndicats, qui y verront un coup porté à la rémunération des salariés. Et elle marquerait une véritable rupture par rapport aux dix années précédentes, durant lesquelles l'épargne salariale a été de plus en plus défiscalisée.

Autre effet pervers, note l'inspection : l'épargne salariale, lorsqu'elle est versée en actions, expose les salariés à de lourdes menaces. L'importance des sommes qui leur sont versées (en moyenne 25.000 euros sur 12 sociétés étudiées) les rend très vulnérables à la santé de leur entreprise.

Bâle III devrait coûter beaucoup moins cher aux grandes banques

Selon les estimations de JP Morgan, l'impact des nouvelles règles de Bâle III devrait être réduit de près de moitié pour les grandes banques, compte tenu des aménagements apportés fin juillet. Une réduction qui bénéficierait notamment aux établissements français et britanniques. La réforme Obama devrait avoir un effet sur la rentabilité des banques américaines.
L'horizon semble s'éclaircir pour les grandes banques mondiales. Selon les analystes de JP Morgan, la rentabilité des fonds propres des 18 grandes banques étudiées devrait baisser d'environ un quart en 2011 - pour revenir de 13,3 % à 9,7 % en moyenne -, alors qu'ils prévoyaient une chute de 60 % en février dernier sur la base du projet initial du Comité de Bâle. De fait, l'impact total des nouvelles réglementations, celles liées à Bâle III révisé le mois dernier et celles découlant de la réforme financière américaine promulguée également en juillet, devrait s'élever à 51 milliards de dollars sur les résultats, contre 110 milliards estimés en février dernier par JP Morgan. En outre, l'ensemble des nouvelles mesures réglementaires devrait finalement coûter beaucoup moins de capital aux banques, autour de 208 milliards de dollars, contre 377 milliards annoncés en février. Une réduction de près de moitié qui bénéficierait notamment aux banques françaises et britanniques.

Régulés sur deux fronts, les établissements américains vont évoluer dans un environnement désormais plus difficile que celui de leurs concurents européens. C'est la conséquence directe de l'adoption de la grande réforme financière promulguée par le président Obama le 26 juillet dernier. Selon JP Morgan, au total, les banques américaines pourraient voir la rentabilité de leurs fonds propres (RoE) descendre sous la barre des 10 % du fait des nouvelles mesures concernant notamment la séparation de leurs activités pour compte propre, la restructuration de leurs activités de marché (dérivés, etc.) et la protection du consommateur. Ainsi, le RoE 2011 estimé de Bank of America passerait de 10,4 % à 5,7 %, celui de Citi de 9,7 % à 5,5 %, celui de Goldman Sachs de 12,6 % à 9,3 %.

Pour les banques européennes, l'impact de l'évolution réglementaire sur leur rentabilité serait globalement moins douloureux. Les banques britanniques RBS (7,5 %), Lloyds (7,8 %) et Barclays (7,5 %) ainsi que Deutsche Bank (8,1 %), UniCredit (9,2 %) et la Société Générale (9,7 %) n'atteindraient cependant pas les 10 %. BNP Paribas pourrait perdre 3,7 points, à 10,4 %, d'autres comme Credit Suisse ou Santander resteraient à des niveaux de RoE très élevés (plus de 18 %).

A cela deux raisons. D'abord, elles sont moins touchées par la réforme financière américaine. Ensuite, les aménagements du projet Bâle III, annoncés fin juillet, en matière notamment de déduction des intérêts minoritaires et de prise en compte des participations financières ou bien encore de liquidité, les concernaient en premier lieu : le seul impact de Bâle III sur leurs fonds propres serait divisé quasiment par trois, selon JP Morgan, revenant de 263 milliards de dollars à 95 milliards.

Un passage en douceur

Il n'en reste pas moins que certaines banques européennes vont se retrouver face à des besoins en fonds propres, estimés au total à 49 milliards de dollars, toutes choses étant égales par ailleurs. C'est le cas de Deutsche Bank (19,3 milliards de dollars), des britanniques RBS, Barclays et Lloyds (respectivement 10,9 milliards, 8,1 milliards et 5,6 milliards) et de la Société Générale (5,3 milliards). « Nous pensons que d'ici à 2015 la plupart des banques auront pu se mettre en conformité avec les nouvelles règles », soulignent cependant les analystes de JP Morgan.

Quant aux banques américaines, « nous ne prévoyons pas de déficit en capital et nous estimons que moins de deux ans de résultat seront nécessaires pour compenser l'impact des changements réglementaires sur les fonds propres », estiment-ils. Les délais accordés par les régulateurs devraient aussi faciliter un passage plus en douceur.

Le soutien fiscal à l'épargne provoque « effets d'aubaine » et « incohérences »

« Les Echos » dévoilent le rapport de l'Inspection générale des finances sur « l'évaluation des niches fiscales et sociales relatives aux revenus d'épargne financière ». L'assurance-vie ne remplit pas totalement ses objectifs en matière de financement des entreprises. Les incitations à la détention d'actions ne compensent pas l'aversion au risque des Français.
Essentielle au financement des entreprises, l'épargne revient cher à l'Etat. Pas moins d'une cinquantaine de niches fiscales et sociales existent pour inciter les Français à placer leur argent (assurance-vie, Livret A, épargne salariale, épargne retraite, plan d'actions, épargne logement). Le coût pour l'Etat (11,5 milliards d'euros estimés pour 2009) peut sembler élevé au regard des sommes épargnées (200 milliards). Dans un contexte d'austérité, le gouvernement a donc voulu savoir si ces aides publiques étaient utilisées à bon escient. Resté confidentiel, car sensible, le rapport d'« évaluation des niches fiscales et sociales relatives aux revenus d'épargne financière » établi par l'Inspection générale des finances et que dévoilent « Les Echos » montre que l'Etat pourrait faire mieux, avec moins d'argent. « Aucun objectif prioritaire ne se dégage de cette profusion de dispositifs fiscaux, qui se sont accumulés au fil du temps, sans logique ni cohérence identifiables », estiment les six auteurs.

Au moment où le gouvernement recherche au moins 6 milliards d'euros d'économies sur les niches fiscales et sociales, voilà qui a de quoi inquiéter les assureurs et les banques, principaux dépositaires de ces revenus. Nicolas Sarkozy avait déjà donné le ton en mars : « Il faut repenser en profondeur la fiscalité de l'épargne, pour la concentrer vers les placements longs en actions. » Déplorant « l'absence de priorité stratégique claire », il s'était demandé « si cela [avait] du sens de soutenir de manière indiscriminée tous les types de placements ». De fait, les subventions de l'Etat portent autant sur l'épargne risquée (actions, etc.) que non risquée (livrets, assurance-vie en euros, etc.), bloquée (épargne retraite, etc.) que non bloquée (Livret A), excluant ainsi toute stratégie d'ensemble.
Critiques tous azimuts

Aucun dispositif, ou presque, n'échappe aux critiques de l'Inspection des finances. L'assurance-vie, de loin la plus populaire - elle concerne 14,5 millions de ménages et coûte 1,2 milliard d'euros à l'Etat -remplit de moins en moins ses objectifs, à savoir le renforcement des fonds propres des entreprises et le financement de l'Etat, estime le rapport.

La crise est passée par là : les épargnants, qui pariaient jusqu'alors sur la hausse des marchés, à l'abri d'un régime fiscal avantageux, recherchent désormais une épargne de précaution. Conséquence : les contrats en actions, délaissés au profit des contrats en euros (à taux garanti), ne représentent plus que 18 % des encours. La tendance risque de s'aggraver avec la directive Solvabilité II, applicable à compter de 2012 : celle-ci va imposer des contraintes de solvabilité (immobilisation de fonds propres) telles que la détention d'actions va devenir de moins en moins stratégique pour les assureurs.

Pour y remédier, le gouvernement est tenté de renforcer les avantages fiscaux de l'assurance-vie en actions. Deux possibilités s'offrent à lui : il peut créer un nouveau contrat spécifiquement investi en actions, à l'instar du contrat DSK fermé fin 2004, mais plus simple et moins contraignant. Ou il peut durcir la fiscalité de l'assurance-vie sur le court terme, en reportant à 12 ans, au lieu de 8 aujourd'hui, l'échéance donnant lieu à abattement.

La vingtaine d'incitations à la détention d'actions (exonérations des plus-values, abattement forfaitaire sur les dividendes, etc.) ne produisent pas, elles non plus, les effets escomptés, poursuit le rapport. Les Français ne sont que 15 % à détenir des actions. Cette faible participation « ne résulterait pas tant de motifs fiscaux que d'une aversion au risque élevé », indique l'inspection. Des travaux de la direction du Trésor ont montré que la part des actions dans le portefeuille des Français était assez stable (12 %), avec ou sans taxe. Un comble, lorsqu'on sait que l'Etat renonce à 6 milliards de recettes chaque année pour inciter à la détention d'actions ! Au final, ce montant profite, pour 80 %, à la moitié la plus riche de la population, qui détient des actions pour diversifier son patrimoine, et non pour réduire ses impôts. Mais le gouvernement, qui a déjà annoncé la suppression du crédit d'impôt sur les dividendes pour financer les retraites, ne souhaite pas aller plus loin dans la réduction de ces avantages fiscaux. De même, il est très réticent à toucher aux niches liées à l'épargne salariale, pourtant critiquées (lire ci-dessous).

Dans ce réquisitoire contre les dépenses inutiles, seuls les livrets d'épargne (Livret A, livret développement durable, etc.) semblent trouver grâce aux yeux des auteurs du rapport. Pour un coût de 1 milliard d'euros, ils permettent à l'Etat de financer sur le long terme sa politique du logement social, la rénovation des universités (Livret A) ou les infrastructures de transport (LDD).

LUCIE ROBEQUAIN

lundi 16 août 2010

Bruxelles veut renforcer la supervision des grands conglomérats financiers

La Commission européenne a fait des propositions lundi pour renforcer la supervision des groupes financiers actifs dans un ou plusieurs pays de l'UE. Elle espère qu'ainsi les risques liés à leur structure diversifiée seront mieux maîtrisés.

La Commission européenne a fait des propositions lundi pour renforcer la supervision des grands conglomérats financiers actifs en Europe, tirant les leçons de la crise qui a obligé les pouvoirs publics à voler au secours d'une série de grandes institutions. Les conglomérats visés sont des groupes financiers actifs dans un ou plusieurs pays de l'UE, dans les secteurs de la banque et de l'assurance.

"En raison de leur taille, les conglomérats financiers ont souvent une importance systémique pour notre économie", c'est-à-dire que leur défaillance peut entraîner celle de l'ensemble du secteur au niveau d'un pays, voire de toute l'UE, souligne la Commission. Or dans certains cas, leur structure légale leur permet d'échapper en partie à la supervision, organisée en Europe sur des bases sectorielles, en particulier quand la maison mère est une holding.

Bruxelles entend donc "donner de nouveaux pouvoirs aux superviseurs nationaux pour superviser les maisons mères des conglomérats et les sociétés holdings". "Les superviseurs devraient pouvoir obtenir des informations à un stade plus précoce si une institution financière a des problèmes, et être mieux équipés pour intervenir", explique la Commission.

Elle propose de modifier la définition des conglomérats financiers, pour la baser non plus seulement sur la seule taille, mais aussi sur une évaluation du risque représenté, et d'y inclure les sociétés de gestion d'actifs.

Bruxelles espère qu'ainsi les risques liés à la structure diversifiée de ces groupes seront mieux maîtrisés, et que cela permettra de mieux protéger la stabilité financière.

La Commission vise une entrée en vigueur courant 2011 des nouvelles règles, encore susceptibles d'être modifiées par le Parlement européen et les gouvernements de l'UE.

La Commission européenne veut renforcer le rôle des Etats

La Commission européenne a proposé lundi d'accorder de nouveaux pouvoirs de contrôle et de régulation des grands groupes et des holdings aux autorités nationales de supervision financière de l'Union ce qui pourrait accentuer l'encadrement des bancassureurs.

Mettant en avant la complexité de la supervision des activités des multinationales exerçant à la fois dans le secteur de l'assurance et dans celui de la banque, avec parfois des centaines d'entités légales regroupées dans une holding, la Commission a mis au point cette nouvelle architecture de la supervision.

Ce projet de réforme est le résultat de plus de trois années de consultations. Il doit permettre de refondre la dernière directive européenne sur les conglomérats datant de 2002 qui n'a pas réussi à totalement répondre aux problèmes posés par la crise financière.

Les modifications ne seront introduites qu'après l'obtention d'un accord entre les 27 membres de l'Union europénne (UE) et le Parlement européen. La Commission espère voir la réforme engagée en 2011.

Une telle décision pourrait affecter au total 57 conglomérats européens, comme l'allemand Allianz, ou encore Old Mutual, coté à Londres, mais également des groupes financiers non européens qui développent des activités au sein de l'UE.

"La Commission propose de doter les superviseurs financiers nationaux de nouveaux pouvoirs pour mieux superviser les maisons mères des conglomérats, comme les sociétés holding", explique l'exécutif communautaire dans un communiqué.

"Cela permettrait aux régulateurs d'exercer à la fois la supervision bancaire, la supervision de l'assurance et une supervision complémentaire, donc de remédier aux failles imprévues identifiées dans le contexte de la crise financière."

RÈGLES EN VIGUEUR INSUFFISANTES

Selon la Commission, ces nouvelles règles permettraient aux superviseurs de concentrer davantage leurs efforts sur certains problèmes comme l'utilisation multiple de capitaux, lorsque les fonds d'une seule entité sont utilisés pour calculer le capital de cette entité mais également de sa maison-mère.

La Commission espère que les modifications qu'elle propose permettront aux superviseurs d'obtenir davantage d'information à un stade plus précoce dans le cas où un grand groupe financier connaîtrait des difficultés, ce qui faciliterait leur intervention en cas de crise.

En examinant les règles actuellement en vigueur, la Commission a découvert qu'il était impossible de réellement superviser certains groupes financiers en raison de la complexité de leur structure juridique.

"Dans certains cas, les superviseurs financiers ne disposaient pas des éléments appropriés, car ils devaient choisir entre une supervision du secteur bancaire ou une supervision du secteur de l'assurance, en se pliant aux directives spécifiques à chacun de ces secteurs", ajoute la Commission.

"Le principal objectif de cette révision des directives est de corriger les conséquences indésirables des règles en vigueur."

Les modifications évoquées proposent ainsi que les holdings soumises à une supervision relative au secteur bancaire restent supervisées par la même entité, même si elles développent d'importantes activités dans le secteur de l'assurance, et vice versa.

Les multinationales disposant au total de moins de 60 milliards d'euros d'actifs seraient en outre exemptés de la supervision complémentaire.

Pour les groupes concernés et exerçant dans plusieurs pays, cette supervision complémentaire devra être appliquée de la même façon dans tous les Etats membres de l'UE, ce qui implique une coordination étroite entre les autorités de supervision.

Marc Angrand et Catherine Monin pour le service français, édité par Nicolas Delame

Le gruyère suisse remporte l'exclusivité de l'AOC

Le gruyère suisse a remporté une victoire importante contre son homonyme français en obtenant l'exclusivité de l'appellation d'origine contrôlée (AOC). Les producteurs helvétiques continuent néanmoins leur combat pour obtenir une protection mondiale du nom dans le cadre de l'OMC, a indiqué lundi 16 août l'Interprofession du gruyère.
"C'est une bonne avancée mais la bagarre ne s'arrête pas là", a expliqué le directeur de l'association, Philippe Bardet. Désormais, estime-t-il, "il faut se battre pour une protection" au niveau mondial dans le cadre des accords de libéralisation des échanges à l'Organisation mondiale du commerce. "L'enjeu est de taille, car il porte sur la protection totale du nom." Ce que veulent concrètement les Suisses, c'est une protection identique à celle qui existe à l'OMC pour les produits viticoles. Mais, reconnaît M. Bardet, l'affaire n'est pas gagnée étant donné l'état laborieux des négociations entamées en 2001 à Doha (Qatar) et qui piétinent depuis.

UN DOSSIER TROP LÉGER

Revenant sur l'obtention exclusive de l'AOC au niveau européen pour le gruyère helvétique, le responsable a voulu tempérer la victoire suisse, rappelant qu'il existe depuis les années 1930 un accord entre la France et la Suisse accordant le droit aux deux pays d'utiliser le même nom pour les deux fromages très différents. Quand la France a voulu faire reconnaître l'AOC accordée à son gruyère au niveau européen en 2007 le différend a éclaté entre les deux capitales.

La Suisse a fait une demande identique dans la foulée, craignant pour les 13 000 tonnes d'exportations annuelles de son fromage phare. Au final, Bruxelles a jugé trop léger le dossier français et a recommandé à la France de se contenter de l'indication géographique protégée (IGP). Les producteurs français ont minimisé la décision de Bruxelles, faisant valoir qu'ils pourront continuer à utiliser le nom du célèbre fromage. Suisses et Français ont "construit ensemble le dossier" devant Bruxelles, a assuré Bernard Cassard, animateur du Syndicat interprofessionel du gruyère (France). "Nous nous sommes adaptés à la juridiction européenne pour pouvoir aboutir à la protection du mot gruyère" de chaque côté de la frontière suisse et française, a-t-il ajouté. Seul problème : l'IGP est beaucoup moins connue des consommateurs que l'AOC.

UN NOM POUR DEUX FROMAGES TRÈS DIFFÉRENTS

Les deux fromages n'ont en commun que leur homonymie. Le suisse, produit depuis le Moyen Age dans les alentours d'une bourgade éponyme du canton de Fribourg, dans l'ouest du pays, "est plus corsé", avec "un goût plus marqué", selon M. Bardet. Le gruyère français, produit un peu partout pendant de longues années avant d'être relocalisé dans les régions françaises proches de la frontière helvétique, "a un goût plus sucré dû aux trous", ajoute-t-il.

Dans la foulée, la Suisse et Bruxelles ont trouvé un accord de reconnaissance réciproque sur les AOC de plusieurs centaines de produits, dont une majorité de fromages (la Tête de Moine, le Vacherin fribourgeois et le Vacherin Mont d'Or) et la viande des Grisons.

La moitié du PIB russe va aux fonctionnaires corrompus

Selon un rapport indépendant publié lundi, le marché de la corruption représente 50% du PIB et le montant d'un bakchich moyen a doublé depuis le début de l'année 2010 pour atteindre 1500 euros.

En Russie, on achète un poste dans la police routière pour 40.000 euros et une décision de justice favorable pour 26.000 euros: la moitié du PIB russe va dans les poches de fonctionnaires corrompus, affirme un rapport indépendant publié lundi. Ce rapport a été réalisé entre le 2 juillet 2009 et le 30 juillet 2010 par l'Associations des avocats pour les droits de l'Homme (rusadvocat.com) qui a recueilli pendant cette période 6.589 plaintes.

Cette enquête a conclu, en se basant sur les statistiques officielles et les témoignages des plaignants, que "le marché de la corruption représente 50% du PIB" et le montant d'un bakchich moyen a doublé depuis le début de l'année 2010 pour atteindre 44.000 roubles (1.500 euros). "Ces chiffres correspondent à nos estimations", a déclaré Ivan Nenenko, responsable de Transparency International rappelant que la Russie occupait la 146ème place des 180 pays dans le classement allant du moins au plus corrompu.
"Les juges prennent ce qu'on leur donne"

Dans les tribunaux, il faut payer les services d'avocats qui servent d'intermédiaires et s'engagent à "régler l'affaire" avec le juge. Selon le témoignage d'Alexandra Belovinskaïa, secrétaire d'un tribunal à Kizliar, au Daguestan, l'une des républiques les plus pauvres du Caucase russe, les pots-de-vin dans le cadre d'affaires criminelles peuvent atteindre un million de roubles (26.000 euros) et près de 800 euros dans les affaires civiles.

En ce qui concerne les infractions administratives, "les juges prennent ce qu'on leur donne", selon Mme Belovinskaïa, qui dit avoir été limogée après avoir protesté contre ces pratiques. "La fusion du monde criminel et des forces de l'ordre a un caractère universel", selon le rapport.

En Russie, où le salaire moyen mensuel est inférieur à 600 euros, le poste d'assistant du procureur dans un parquet du district coûte 10.000 dollars (7.800 euros) et un poste dans la police de la route au moins 50.000 dollars (40.000 euros). "Les métiers les plus prestigieux sont ceux où la corruption est stable", souligne le rapport.

Les responsables de départements de police censés lutter contre le crime organisé et qui assurent leur protection à des business criminels gagnent jusqu'à 20.000 dollars par mois, et les procureurs 10.000 dollars pour les mêmes services, selon la même source.

Grâce à la corruption, les revenus des inspecteurs de la police de la route atteignent environ 5.000 dollars, selon le rapport.

L'inspection du travail n'est pas bienvenue à La Poste

L'inspection du travail pourra-t-elle, un jour, mener des contrôles à La Poste dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail ? En tant que société anonyme (SA) depuis le 1er mars, La Poste relève de sa compétence, tout comme EDF ou France Télécom.

Mais un projet de décret, applicable pour les 146 000 fonctionnaires et les 115 000 salariés contractuels, prévoit de différer au 1er janvier 2012 les interventions des inspecteurs du travail. Dans une note du 27 juillet, la direction générale du travail (DGT), autorité centrale de l'inspection, indique que "dans la mesure où ce décret (...) n'est pas encore publié et qu'il implique un certain nombre de modifications pour l'entreprise, il est rappelé qu'il convient de continuer à différer les interventions de l'inspection du travail (...) jusqu'au 31 décembre 2011". "Souffrance au travail et suicides à La Poste : l'inspection du travail sommée d'aller voir ailleurs si on y meurt...", ironisait le syndicat SUD-PTT dans un communiqué du 6 août.
Pour l'heure, La Poste continue donc à s'appuyer sur sa dizaine d'inspecteurs de la santé et de la sécurité. Rattachés au président du conseil d'administration, ils n'ont pas de pouvoir de sanction, contrairement aux inspecteurs du travail. Ces derniers peuvent toutefois déjà intervenir mais dans un champ limité aux salariés contractuels de droit privé et seulement sur des questions liées au contrat de travail et aux heures supplémentaires.

Ce dernier thème fait d'ailleurs l'objet d'un bras de fer entre la direction et le syndicat SUD, et "les inspecteurs ont établi plusieurs procès-verbaux", témoigne Hugo Reis, secrétaire fédéral de SUD-PTT. Les inspecteurs peuvent également être "sollicités" dans des cas précis : "risque grave", "désaccord sérieux et persistant" entre la direction et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, etc. Un domaine d'action insuffisant pour SUD-PTT, qui demande le retrait de cette note "hallucinante", selon M. Reis. "La Poste est une SA, les inspecteurs doivent pouvoir venir la contrôler dès aujourd'hui", précise-t-il.

D'autant que la situation des personnels serait alarmante. Le Syndicat professionnel des médecins de prévention de La Poste a, le 20 mai, adressé une lettre ouverte au président, Jean-Paul Bailly, décrivant "le mal-être au travail" des personnels. "La Poste crée des inaptes physiques et psychologiques", écrivait Jean-Paul Kaufmant, le président de ce syndicat qui regroupe 85 des quelque 140 médecins de prévention du groupe. La direction de l'entreprise, que nous n'avons pas pu joindre, avait alors répliqué que ce courrier était "exagéré par rapport à l'engagement de La Poste en matière de risques psychosociaux", selon l'Agence Emploi Formation. Un accord sur la santé et le bien-être au travail est actuellement soumis à la signature des syndicats.

Pour Astrid Toussaint aussi, membre du conseil national du syndicat SUD-Travail affaires sociales, qui réunit des inspecteurs, "la note de la DGT n'est pas acceptable. Le délai imposé n'a pas de motivation juridique si ce n'est l'attente de la parution des décrets. Sauf que ce décret, on l'attend depuis longtemps". Précisément, depuis la loi du 20 mai 2005 relative à la régulation des activités postales. Et déjà, une note du 11 mai 2006 demandait aux inspecteurs de "différer les interventions dans l'attente de dispositions du décret d'application". Les dispositions en vigueur actuellement sont donc celles d'un décret du 28 mai 1982...

Les syndicats de La Poste ne sont cependant pas tous sur la même ligne que SUD. Nadine Capdeboscq, secrétaire nationale CFDT de la fédération F3C (conseil, communication, culture), estime ainsi que "c'est d'abord aux organisations syndicales d'agir en matière de santé au travail".

En 2012, les fonctionnaires et les salariés contractuels se verront donc appliquer les règles du code du travail en matière de santé et de sécurité au travail, "qui sont beaucoup plus exigeantes que ce décret de 1982", estime Mme Toussaint. Les postiers ont perdu la bataille contre la transformation de La Poste en SA. Mais ils pourraient y gagner en termes de conditions de travail.

Francine Aizicovici

IL EST VRAI QU'AVEC LES STAKHANOVISTES QUI TRAVAILLENT À LA POSTE, L'INSPECTEUR N'A PAS DE LEÇON À DONNER, BORDEL !!!

Un cadre d'Apple inculpé pour avoir vendu des secrets industriels

Un cadre du fabricant informatique américain Apple a été inculpé aux Etats-Unis pour corruption, après avoir vendu des secrets industriels à des fournisseurs asiatiques, affirme le Wall Street Journal, dimanche 15 août.
Selon les premiers éléments de l'enquête, menée conjointement par le FBI et le fisc américain, Paul Shin Devine, un responsable de l'approvisionnement travaillant depuis 2005 chez Apple, a reçu plus d'un million de dollars (780 000 euros) depuis 2006 de six industriels chinois, sud-coréens et singapouriens. Les pouvoirs publics n'ont pas précisé le nom de ces entreprises.

M. Devine est accusé d'avoir utilisé ses fonctions à Apple pour obtenir des informations confidentielles qu'il a partagées avec des fournisseurs de la firme à la pomme afin de les aider à décrocher des contrats avantageux avec le groupe, précise l'acte d'inculpation. D'après le quotidien économique américain, ces informations portaient notamment sur le baladeur d'Apple, l'iPod, ou son téléphone multifonctions, l'iPhone. M. Devine demandait le versement des pots-de-vin par petites sommes vers des comptes créés à l'étranger au nom de son épouse, poursuit le Wall Street Journal.

POURSUITES AU CIVIL

L'employé d'Apple, âgé de 37 ans, est également poursuivi au civil par le groupe informatique de Cupertino, rapporte le San Jose Mercury News. Apple l'avait soupçonné à cause de courriers électroniques envoyés depuis son ordinateur portable professionnel, avant de le dénoncer aux autorités.

Incarcéré depuis jeudi, selon le Wall Street Journal, Paul Shin Devine a comparu le lendemain devant un tribunal de San Jose et doit à nouveau être entendu lundi 16 août.

Opacité

Le pire semble passé pour Moscou. Cet été, la capitale russe aura connu un épisode climatique sans précédent depuis le début des enregistrements météo il y a cent trente ans, avec des records de chaleur battus fin juillet, puis début août. Durant quelques jours, à cause de la fumée des incendies tout proches, le taux de monoxyde de carbone aura été cinq à six fois supérieur au maximum acceptable, selon les normes de santé publique. Des informations parcellaires et officieuses font état d’un fort taux de surmortalité. À l’échelle du pays, la canicule et la sécheresse ont favorisé des incendies de tourbières et de forêts qui ont ravagé au moins 800 000 hectares, l’équivalent de la région Alsace.

Ces événements mettent à rude épreuve le pouvoir. Certes, la politique de communication du Kremlin a montré le premier ministre Vladimir Poutine sur tous les fronts, y compris aux commandes d’un avion bombardier d’eau. Mais les Moscovites et les habitants des hameaux détruits à travers le territoire ont surtout constaté l’impuissance et l’impréparation de l’État.

Une catastrophe est toujours un test pour les sociétés et les dirigeants en place : sur leur aptitude à faire front, puis à en tirer des leçons. Or, l’opacité qui prévaut pour établir un premier bilan des victimes de la canicule montre que le Kremlin n’est pas prêt à regarder publiquement la réalité en face ni à renoncer à son contrôle sur les grands médias d’information. Sur Internet, nouvel espace de liberté, des témoignages se multiplient, tandis que des professionnels de la santé font état de consignes de silence. Cela n’est pas étonnant. L’objectif de Vladimir Poutine, depuis son arrivée au pouvoir en 2000, a été d’instaurer une « verticale du pouvoir » conduisant le gouvernement, l’administration, le Parlement, le parti majoritaire, les médias, les régions, les oligopoles économiques à être inféodés au Kremlin. Le pays ne compte plus d’opposition susceptible de dénoncer les manques ou les défauts du système, de relayer les attentes et les besoins de la population. Aucune coalition adverse n’est aujourd’hui susceptible d’arriver au pouvoir. Les leçons de l’été dépendront donc du bon jugement et du bon vouloir du Kremlin. Ce n’est pas suffisant.


Jean-Christophe Ploquin

États-Unis : l'argent, nerf de l'élection


Face à une économie stagnante et à un pessimisme croissant, la politique peine à trouver sa place aux USA. C'est l'argent qui remplace le discours du politique. Les Grecs parlaient d'oligarchie (un petit groupe gouverne), mais, dans une économie dominée par les gains spéculatifs, on devrait sans doute dire ploutocratie (les plus fortunés ont le pouvoir).

Pourtant, le parti démocrate a bien tenu ses promesses électorales. À la réforme du système d'assurance santé s'ajoutent celle de l'éducation et celle de la finance. Il est vrai que l'on n'a pas réussi à voter une loi antipollution et que la question de l'immigration a été évitée, mais cela tient surtout au refus de l'opposition. Barack Obama a pu tout de même se servir du pouvoir exécutif pour re-réglementer le capitalisme, laissé par son prédécesseur à l'état sauvage.

Néanmoins, le citoyen a un goût amer dans la bouche. Ces victoires sont le résultat de compromis qui ne satisfont ni la gauche ni la droite. Le gouvernement avance de façon pragmatique, mais délaisse cette autre fonction du politique qui est de donner au citoyen un sens pour le « bien vivre ensemble ».

Si la popularité du Président plane autour de 45-48 %, celle du Congrès est au ras des pâquerettes (20 %). La désapprobation touche les deux partis : 33 % se disent favorables aux démocrates, 44 % les désapprouvent ; les scores sont pires chez les républicains : 24 % de positifs et 46 % de négatifs. Les démocrates perdront certainement leurs imposantes majorités dans les deux Chambres aux élections du 2 novembre. Beaucoup de nouveaux élus se seront déclarés « indépendants », reflet du discrédit de la politique.

Et voici comment l'argent se met à dominer la scène politique. Selon un arrêt de la Cour suprême (1976), la garantie de la liberté de parole implique le droit de chacun de dépenser son propre argent comme il le veut pour se faire élire. Ainsi est né le phénomène actuel. Le premier milliardaire à s'y aventurer fut Ross Perot, candidat à la présidence en 1992, dont les 19 % des voix permirent à Bill Clinton de gagner avec seulement 43 % des voix. Plus récemment, Michael Bloomberg dépensait 109 millions de dollars, uniquement pour se faire réélire à la mairie de New York.

Aujourd'hui, lors des primaires en Californie, l'ancienne PDG de eBay dépensait 90 millions pour devenir la candidate républicaine au poste de gouverneur, alors que l'ancienne PDG de HP déboursait 42 millions pour gagner la sénatoriale. D'ici à novembre, dans le petit État du Connecticut, Linda McMahon promet de débourser 100 millions pour gagner un siège au Sénat. Le phénomène ne se limite pas aux femmes ni au parti républicain. En Floride, Jeff Greene a trouvé 5 millions quelques semaines avant la primaire démocrate.

Bien sûr, historiquement, les candidats autofinancés ne gagnent que 11 % de leurs élections, mais, en moyenne, un candidat ne dépense « que » 577 000 dollars, car peu de sièges sont vraiment compétitifs. Les chiffres dont on parle pour 2010 sont d'un autre ordre, qui devient malsain.

Cette ploutocratie qui se veut indépendante est seulement contre ; elle n'a pas de projet de société ; elle veut simplement gagner, à tout prix. Si sa montée est liée au climat actuel, cela voudrait dire que nous, Américains, l'aurions voulue autant qu'elle ne s'imposait.

(*) Professeur à Stony Brook University, New York, auteur d'Aux origines de la pensée politique américaine (Pluriel).

Et ce n'est pas fini !

La hausse des tarifs de l'électricité a beau être présentée comme modérée, elle n'en reflète pas moins une obscure clarté. L'augmentation moyenne de 3 % est tout de même la plus forte depuis plusieurs années et elle cache toujours, un an après le changement de grille tarifaire, pas mal de disparités selon les options. Ce qui est clair, c'est que le consommateur français va payer toujours plus cher son électricité. Ce qui reste obscur, ce sont les causes qui vont servir à justifier ces hausses perpétuelles.

c'est que le dogme de la concurrence, dont se gargarisent les libéraux d'ici et de Bruxelles, au lieu de se traduire par des baisses, nous impose des hausses. Il faut aligner les tarifs sur les plus chers, moins nucléaires que les nôtres. En même temps, on va nous faire payer les investissements d'EDF aux douteuses performances énergétiques, et le développement de réseaux tellement intelligents que pour nous permettre de dépenser moins, on paiera plus.

désormais, c'est que les hausses ne vont pas se limiter à l'étage eau, gaz, électricité. Transports, santé, bientôt la taxe d'habitation, vont aussi augmenter. Quant à la baguette de pain qui ne cesse de nous rouler dans la farine, parions qu'avec les prévisions sur le blé, elle va suivre le cortège attendu des hausses du poulet, du porc, du boeuf. Bref, ça va saigner aussi dans nos assiettes. Alors, pas de baisses en vue ? Mais si, sur les prestations sociales, les niches fiscales, la prime à la casse? Tout ce qu'il ne faut pas appeler rigueur, mais « ri-lance », selon la ministre des Finances.

à la croissance, Christine Lagarde se dope depuis hier au 0,6 % de PIB trimestriel. On est loin du nirvana allemand à 2,2 %, mais notre optimiste Pythie voit dans ce rebond la preuve du bien fondé de la politique suivie. C'est vrai que l'espoir fait vivre, surtout les ministres ! Mais si on se rapproche de la prévision de croissance pour 2010, celle de 2011 est très incertaine, fragilisée par les tours de vis, les doutes sur la reprise américaine et le pied au frein des pays émergents. Pour réduire le déficit comme promis, faudra qu'ça saigne encore !

XAVIER PANON

La tête hors du bidon


Les actions et l'ultimatum des producteurs ont payé. Sans obtenir satisfaction immédiate et totale, ils ont réussi à fissurer le front du refus des industriels. Les uns ont accordé les hausses exigées pour juillet et sur 2010, d'autres ont pris des engagements sous conditions. Avec la prudence qui s'impose, jusqu'à l'issue des négociations de la semaine prochaine, une éclaircie est donc en vue et l'on imagine qu'après les semaines d'angoisse qu'ils viennent de vivre, les éleveurs retournent avec un peu plus d'espoir dans leurs salles de traite.

Ce n'est que justice pour ces hommes et femmes, contraints de travailler à perte, et qui n'exigent que le respect d'un accord pour un juste prix. Mieux que les spectaculaires épandages de lait, les actions de stickage sur les produits leur ont attiré la sympathie des consommateurs. Les industriels ont compris qu'ils avaient plus à perdre qu'à gagner à l'extension d'un boycott coûteux pour leur image de marque. À quoi s'est ajoutée la pression du ministre de l'Agriculture, assaisonnée d'une promesse d'aide à la modernisation de cette filière.

Chacun sait bien, d'un bout à l'autre de la voie lactée, qu'il ne sert à rien de garder la tête dans le bidon face aux concurrents allemands. Encore faudrait-il que la course à la compétitivité se joue à la loyale, fiscalement, socialement et dans l'exigence sanitaire. Ce n'est pas le cas. Les uns parleront de dumping caché, d'autres de vraie politique laitière outre-Rhin. Au lieu de sauter de crise en crise dans nos campagnes, il est temps de tout mettre sur la table pour préserver le mode de production agricole français, tout en améliorant la compétitivité. Bonjour la future PAC !

L'Allemagne traira, demain comme aujourd'hui. Elle ne va pas renoncer, pour les beaux yeux de nos vaches, à sa puissance agricole. Ni à ses autos et machines-outils, bref à tout ce qui fait d'elle la championne des exportations et lui promet bientôt une croissance double de la nôtre. Sur tous les sujets, y compris l'immigration dont elle a grand besoin, nous divergeons avec notre premier partenaire et néanmoins ami. En voilà une vraie priorité nationale !

XAVIER PANON