TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mercredi 30 mars 2011

Une issue lointaine et incertaine

Entrer en guerre est une chose. En sortir, une autre. La réunion de Londres consacrée à l’avenir de la Libye a surtout laissé entendre que l’issue était aussi lointaine qu’incertaine. Car la coalition internationale est devant une impasse que les grands stratèges ne semblent pas avoir vue. Et choisir une autre option pour contourner l’obstacle serait aller au-delà de la résolution 1973 de l’ONU, avec le tollé que l’on imagine. Déjà, les États arabes, alliés si précieux sur un plan psychologique, semblent fléchir depuis que l’OTAN a pris les commandes : seuls sept pays sur les 24 de la Ligue arabe étaient représentés à la conférence.

Pourtant, la maîtrise du ciel libyen est acquise. Les troupes de Kadhafi sont stoppées en rase campagne par l’aviation de la coalition et, aussitôt, les forces « rebelles » s’emparent du terrain. Mais, faiblement armées, elles se débandent dès que l’artillerie « loyaliste », à l’abri dans les villes et villages - donc impossible à détruire sans énormes « dégâts collatéraux » -, tonne. Aujourd’hui, la situation est à peu près la même qu’il y a deux semaines : les volontaires de Benghazi restent bloqués devant Syrte et sont sur le point de perdre leurs récentes conquêtes.

Alors, que faire ? L’engagement au sol est totalement exclu à Washington où Barack Obama ne veut pas répéter les erreurs commises en Irak… et doit être soulagé de voir les Européens, essentiellement les Français et les Britanniques, assumer la responsabilité politique des opérations. Théoriquement aussi, l’ONU interdit cette escalade que représenterait un débarquement de soldats occidentaux, bien que la résolution soit ambiguë puisque tout peut être mis en œuvre pour protéger les populations civiles. N’en déplaise à Alain Juppé, armer l’insurrection relève de la même difficulté car il faudrait déployer des instructeurs sur place. De toute façon, ce ne serait envisageable que si la communauté internationale reconnaissait le « Conseil national de transition ». Jusqu’à présent, seuls la France et le Qatar ont franchi ce pas.

Le flou domine et dominera tant que Mouammar Kadhafi s’accrochera à Tripoli. Lui offrir un exil comme le suggère la diplomatie italienne paraît illusoire : le « guide », adepte de la terre brûlée, ne partira pas volontairement. Ses affidés trop compromis non plus. Négocier un vrai cessez-le-feu avec couloirs humanitaires, selon une initiative turque, relève aussi de l’utopie. Rome et Ankara, pour des raisons diverses, cherchent surtout à se démarquer du volontarisme franco-britannique… tandis que Berlin fait profil bas. Et il ne faut pas négliger d’autres facteurs en Libye même où des rivalités ancestrales opposent la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Une partition de fait n’est pas à exclure, avec à l’ouest le drapeau vert de la « Jamahiriya » et à l’est la bannière de l’ancienne monarchie du roi Idris. Sous un régime plus démocratique à Benghazi, peut-être pro-occidental… et garantissant l’accès au pétrole.

Mais une partition mènerait à un désastre politique face aux opinions arabes. Toute l’opération conduite pour secourir le peuple libyen se résumerait vite à une guerre pour le pétrole…

Comité Théodule

Les cours de récréation ne sont pas devenues des zones de non-droit, et pourtant, 250 000 élèves y sont victimes de violences physiques ou verbales. C’est peu et beaucoup à la fois. Peu, quand on sait que neuf enfants sur dix confessent se sentir bien à l’école, et beaucoup si, à en croire l’enquête menée par l’Unicef, un enfant qui souffre à l’école a toutes les chances de rater sa scolarité, voire sa vie d’adulte.

De tout temps, l’école a marqué le début d’une douloureuse intégration dans la société. Malheur, il n’y a pas si longtemps, à celui qui portait des lunettes, souffrait d’un prénom ridicule ou, comble du déshonneur, avait des parents divorcés, à une époque où la famille était plus décomposée que recomposée !

Les « critères » de discrimination entre gamins ont changé, mais le fier-à-bras existe toujours, et il aura vite fait de trouver son souffre-douleur.

Les temps ont changé depuis le Petit Nicolas, et les « délinquants juvéniles », comme on les appelait jadis, ont, parfois au sens strict du terme, un autre arsenal à leur disposition.

La guerre des boutons est devenue celle du portable ou de la casquette à la mode. Et, pour bien faire, on filme l’agression sur son téléphone. Passer un mauvais quart d’heure renvoie autant aux fameuses quinze minutes de célébrité chères à Warhol, qu’à un odieux remake d’« Orange mécanique ».

Le gouvernement annonce qu’il met en place un « conseil scientifique contre les discriminations à l’école ». L’expression sent le politiquement correct à plein nez. A-t-on vraiment besoin d’un conseil pour que le grand costaud ne pique pas la barre vitaminée du petit ? Les règlements intérieurs existent, les lois de la République, dans le pire des cas, devraient être appliquées pour éviter tous ces dérapages.

Il serait bon de s’interroger pour savoir pourquoi des enfants s’en moquent comme de leur première basket, avant de créer un énième comité. À moins que le ministre ne veuille courir le risque d’être battu comme plâtre par ses petits camarades de l’opposition à l’examen de 2012.

La guerre des chefs et des droites


On a presque envie d'écrire, en ce lendemain de défaite électorale pour la majorité, fratricide, que le PS a treize mois pour perdre la présidentielle et Nicolas Sarkozy autant pour remonter la pente et espérer l'emporter. La charge féroce de Jean-François Copé contre François Fillon - tout de même le patron du parti présidentiel accusant le chef de la majorité de manquer à la solidarité envers l'UMP dans le débat sur la laïcité initié par le chef de l'État - montre que la droite est au bord, sinon de la crise de nerfs, du moins de l'implosion. L'affaire est sérieuse car on n'est pas seulement dans un traumatisme de post-déroute, dans un affrontement entre deux rivaux qui se haïssent cordialement, mais dans un vrai malaise de fond. Au cœur de la tempête, Nicolas Sarkozy. La sanction des urnes l'a affaibli un peu plus. Il n'est plus le chef incontesté de son camp, plus le candidat aussi naturel et incontournable que son hyperprésidence voulait le suggérer. Il avait déjà dû subir deux remaniements plus qu'il les avait inspirés. Il doit maintenant répondre à des questions sur la ligne politique de l'UMP - le coup de semonce du FN l'oblige à une clarification -, sur la stratégie du parti unique et sur les valeurs. Les modérés avancent des raisons morales ou un tournant social pour s'opposer à l'extrême droite, alors que la frange droitière s'inquiète de la porosité avec le FN et milite pour durcir le discours identitaire et sécuritaire. La vague Marine Le Pen a bel et bien fracturé la majorité. En sifflant la fin de la récréation, hier à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a juste signé une sorte de paix armée entre les deux ténors. C'est toute son autorité sur une droite déchirée et inaudible qu'il doit à présent restaurer si, comme dirait Copé, il veut refaire un « collectif ». Il y a urgence quand par exemple un Jean-Louis Borloo menace de faire sécession...

Le commentaire politique de Christophe Barbier



Impuissance

Les cantonales ont été plus qu’un tour de chauffe. En formule 1, on parlerait de séance de qualification, car elles vont influer sur la grille de départ de la présidentielle. Au PS, par exemple, François Hollande se fixait une victoire en Corrèze comme étape obligée d’une marche vers l’Élysée. Il a gagné, il sera donc candidat à la candidature. S’il se décide à entrer dans la danse, Dominique Strauss-Kahn aura au moins un poids lourd sur son chemin, et peut-être deux, car les gains socialistes de dimanche rejaillissent également sur la première secrétaire, Martine Aubry. C’est une constante au PS : les succès régionaux et locaux, en aiguisant les ambitions, compliquent la donne plutôt qu’ils ne la simplifient. La victoire des cantonales n’est pas un gage de sérénité en vue des primaires, loin de là !

Du côté de l’Élysée, on regardait avec gourmandise la gauche aiguiser les couteaux de la discorde. Mais c’était avant les cantonales, et celles-ci ont mis la pagaille au Château, dispersant les soutiens du président de la République comme un coup de tonnerre fait s’envoler une nuée de moineaux. Depuis qu’ils voient les suffrages de droite partir par paquets vers le Front national, les amis de Jean-Louis Borloo, les centristes, les chiraquiens s’en prennent – un peu tard quand même ! — à la droitisation du discours présidentiel. Entre les deux tours, François Fillon a contredit le chef de l’État sur le « ni FN, ni PS ». Hier, le porte-parole du gouvernement, François Baroin, a souhaité l’arrêt du débat sur l’islam, ce qui apparaît comme un blasphème, quand on connaît l’amour de l’UMP — et du président – pour les débats qui fâchent les Français entre eux. Ces insolentes sorties sont en général suivies par des assurances d’indéfectible fidélité au chef de l’État, mais celles-ci ne trompent personne. Au sein du gouvernement, une fracture de plus en plus nette se dessine entre les sarkozystes et les autres.

Une fracture qui mène à la paralysie. Les rappels à l’ordre du président ne sont plus écoutés par personne, mais il est périlleux de changer de cheval. En 1974, l’appel de 43 élus de droite avait promu, à l’initiative de Jacques Chirac, la candidature de Giscard en lieu et place de celle de Chaban-Delmas. Mais celui-ci n’était pas président sortant… Désavouer Nicolas Sarkozy serait infiniment plus risqué. La droite grogne, mais c’est surtout d’impuissance.

mardi 29 mars 2011

Populiste


Il y a des jours où l’actualité vous invite au populisme. Hier, vous avez appris que, pour sauver l’industrie gazière française, le prix du gaz va augmenter de 5,2%. Mais vous vous souvenez, ou plutôt votre compte en banque se souvient, qu’avec les hausse précédentes, cela fait 20% d’augmentation en un an. Pris d’un accès de curiosité, vous regardez les comptes de Suez-GDF: ils ne se portent pas mal, avec 4,6 milliards d’euros de bénéfices pour un chiffre d’affaires de 84,5 milliards. Un excellent rendement, d’ailleurs salué par la bourse. Toujours curieux, vous découvrez que les revenus du président de GDF-Suez, Gérard Mestrallet, sont de 3,1 millions d’euros... Il vous reste alors deux options: expliquer comment tout cela est juste et normal compte tenu de la variation des prix du gaz à Rotterdam, ou vous laisser aller à un coup de gueule populiste. Ca ne diminue pas la facture, mais ça soulage.

Parfum de défaite et goût de trahison

Les hommes sont ce qu’ils sont. L’amer parfum de la défaite stimule chez eux le goût de l’abandon. Nicolas Sarkozy connaît trop bien cette musique acide et il ne s’étonnera donc pas des soudaines velléités émancipatrices d’une partie de ses troupes : elles craignent de couler avec le capitaine en 2012. En politique, la fidélité s’arrête là où commence l’instinct de survie. On approche, semble-t-il, de ce moment critique.

En dépit des mauvais sondages qui le créditent d’une infamante troisième position au premier tour de la présidentielle, le président de la République est pourtant loin d’avoir perdu toutes ses chances. En ces temps tourmentés où l’actualité va à toute vitesse, «l’opinion», par nature volatile, est sujette à des retournements tout aussi rapides. Douze mois et trois semaines - soit le temps qui nous sépare désormais de l’échéance - c’est très court et c’est très long à la fois. Une durée largement suffisante pour redresser une image en perdition ou pour naufrager une réputation. Nicolas Sarkozy a désormais... l’avantage de ne plus avoir rien à perdre. Tout le monde, ou presque, le donne battu ? Le voilà revenu outsider ! Or c’est toujours le dos au mur qu’il est le meilleur. Par ailleurs, il a devant lui une séquence favorable - rôle international valorisant et éclaircie économique - quand ses adversaires ont sans doute mangé leur pain blanc.

Oui, le chef de l’État peut s’en sortir, mais à deux conditions... qui ne sont réunies ni l’une, ni l’autre. Sa propre lucidité et l’appui indéfectible de son camp. Si son analyse de la défaite des cantonales n’est pas erronée - il n’y a pas eu de vague socialiste- elle s’est refusée à prendre en compte l’ampleur de la défaite de l’UMP. Un signe inquiétant auquel s’en ajoute un autre : le réveil des sensibilités qui avaient été étouffées par le béton idéologique utilisé pour cimenter le parti présidentiel. Nicolas Sarkozy avait oublié que le soutien des centristes était factice. Il ne reposait en effet que sur la veulerie de dirigeants qui se sont couchés devant le maître de l’Élysée... mais qui, au fond d’eux-mêmes, n’en pensaient pas moins. Un exemple parmi d’autres : le Jean-Louis Borloo, version candidat à Matignon, n’avait rien dit pour s’opposer à un discours de Grenoble qui, pourtant, piétinait toutes ses valeurs et celles de sa famille politique.

Personne, dans la majorité, n’a osé arrêter les dérives du président. On préférait l’applaudir. Les grands courageux ont attendu qu’il soit en position de faiblesse pour prendre leurs vertueuses distances. François Baroin a raison de préconiser l’arrêt des débats annoncés sur la laïcité et l’islam lestés de sous-entendus stigmatisants. Mais pourquoi n’a- t-il pas fait entendre sa voix - grave - plus tôt ? Enroué peut-être ? Dans l’hiver démocratique, ça arrive.

Nouvelles images choc du tsunami au Japon

Un film probablement tourné par un vidéaste amateur montre l'inexorable montée des eaux dans une ville du nord du pays. En près de six minutes, une partie de la localité est littéralement submergée.

La vidéo tourne en boucle sur Internet. Tournée juste après le séisme qui a frappé le nord-est du Japon le 11 mars dernier, elle montre pendant près de six minutes, l'inexorable avancée des eaux dans les terres, charriant tout sur son passage. L'auteur de ce film, probablement un vidéaste amateur posté en haut d'un immeuble, n'a pas été identifié. Il aurait été tourné dans la ville côtière de Kesennuma, au nord de la préfecture de Miyagi, la plus touchée par la catastrophe. La ville de Kesennuma compte 75.000 habitants. Elle est située à environ 150 kilomètres de Fukushima. Plusieurs médias, parmi lesquels la chaîne d'information américaine CNN, l'ont diffusé.

On assiste à la très rapide montée des eaux depuis un bâtiment situé à quelques dizaines de mètres de la mer. Des sirènes résonnent et une voix se fait entendre, probablement par haut-parleur. Les flots emportent d'abord les premiers véhicules garés en bord de mer avant de s'enfoncer vers les terres. Au large, un bateau dérive et fonce vers ce qu'il reste du rivage. Des bâtiments entiers cèdent, libérant dans l'eau des objets en tout genre. La ville n'est plus qu'une rivière.

L'urgence du rassemblement

À droite, à gauche et au centre, on n'a pas tardé à méditer les leçons des cantonales. Il faut dire que les enseignements sont suffisamment alarmants pour les uns, nets pour tout le monde, pour ne pas perdre de temps.

Pour l'UMP, le message est clair : le désaveu des électeurs et les dissensions internes risquent de faire trébucher Nicolas Sarkozy au premier tour de 2012. Dès hier matin, le président-candidat, qui veut y aller, et seul, a donc intimé l'ordre à ses compétiteurs de droite de lui épargner une concurrence jugée suicidaire.

Ainsi, Jean-Louis Borloo, que des velléités d'émancipation démangent, est déjà désigné comme responsable d'un échec du parti présidentiel s'il persistait dans son projet de fédération des centres. La mise en garde vaut aussi pour Dominique de Villepin et Hervé Morin, chaque point valant de l'or face à un Front national dédiabolisé et excité par l'idée de faire subir à Nicolas Sarkozy l'humiliation infligée en 2002 à Lionel Jospin.

La candidature unique serait jouable si la droite modérée et radicale se reconnaissait dans la politique suivie. Mais les centristes n'ont toujours pas digéré d'être réduits à la portion congrue dans le dernier gouvernement. Ils réclament, sans être toujours entendus, plus d'attention sociale et de justice fiscale. Ils ne comprennent pas les surenchères identitaires et sécuritaires.

Divisions au sommet

En quoi sont-elles prioritaires quand le prix de l'énergie augmente, que les bénéfices des multinationales sont inéquitablement distribués et que le salaire n'assure plus la fin de mois ? Ce genre de question divise jusqu'au sommet : Nicolas Sarkozy, contredisant François Baroin, le porte-parole du gouvernement, persiste curieusement dans une droitisation qui a déjà échoué. Celle-ci ouvre alors un vaste espace aux sensibilités sociales, laïques et humanistes. On va vite mesurer leur courage et leur capacité à s'exprimer et à s'unir.

Dire que la droite a déjà perdu et la gauche déjà gagné serait pour autant très imprudent. Martine Aubry sort renforcée des régionales et des cantonales. Les résultats d'hier renforcent même l'hypothèse, pour la première fois, d'une majorité de gauche au Sénat en septembre. Mardi, elle montrera qu'elle a un projet pour 2012.

Mais autant que les programmes, ce sont les hommes (ou les femmes) qui feront l'élection. Porté par des sondages quelque peu irréels, Dominique Strauss-Kahn, qui devrait annoncer sa décision juste après le G20 de Deauville, demeure le favori. Mais il risque, à chaque déclaration, d'éroder son capital de confiance. Jamais, à treize mois d'une présidentielle, le chouchou des sondages n'a été élu.

D'ailleurs, une cinquantaine de députés pressent Martine Aubry, qui ne fera rien contre lui, de se déclarer. Entre les deux, François Hollande, qui construit méthodiquement une sorte de synthèse entre le fond et la forme, espère créer la surprise. Chacun ayant sa chance contre Nicolas Sarkozy, la primaire, d'ici à octobre, promet d'être sportive.

Même si ses espoirs sont plus fondés que jamais, la gauche aussi doit prendre en compte le risque de l'élimination au premier tour. La cristallisation de l'antisarkozysme ne s'accompagne pas d'une dynamique en sa faveur. Pour elle aussi, il faudra sonner le tocsin du rassemblement.


lundi 28 mars 2011

Présidentielle : Sarkozy peut-il renoncer ?

Le leader naturel de l'UMP ressort affaibli des élections cantonales. Pour l'heure, la droite resserre les rangs et répète à l'envie que l'Élysée ne se gagnera pas sans Sarkozy en 2012. Jusqu'à quand ? 

« Il est indiscutablement le meilleur candidat, il est probablement le seul, non seulement pour nous qualifier pour le second tour de la présidentielle et probablement pour recueillir une majorité de suffrages » Lundi, sur Europe 1, François Baroin, le porte-parole du gouvernement, chiraquien de son état, entendait montrer son attachement au président de la République, malgré tout. 
Malgré la défaite de l'UMP aux cantonales. Malgré la poussée ininterrompue depuis des semaines du FN. « Il y a une abstention importante liée aussi à un désintérêt pour un scrutin local, a précisé François Baroin. (...) Nous devons tirer des enseignements de tout cela, comme nous devons tirer des enseignements de la poussée du Front national. »

« Pure folie »

 

« Ce serait une pure folie d'avoir un autre candidat » que Nicolas Sarkozy en 2012, avait d'ailleurs prévenu François Baroin dès dimanche soir. N'empêche, que le ministre du Budget reprenne à son compte cette hypothèse, même si c'est pour la démonter, montre bien que l'idée fait du chemin. De rumeur diffusée dans les alcôves parisiennes, l'idée d'une mise à l'écart de Sarkozy est devenue une possibilité. 
L'UMP ne peut en tous cas plus faire comme si de rien n'était. Les sondages ont, il est vrai, une portée relative et les huiles de la rue La Boétie ne manqueront pas de rappeler que, souvent, les enquêtes se trompent. Les résultats des cantonales, en revanche, ont une toute autre dimension, Même s'il ne s'agit que d'un scrutin local, ces élections ont confirmé la poussée du Front national et la baisse significative de l'UMP. Et comme l'illustrent les cafouillages de la majorité concernant le débat sur la laïcité, la droite est bien loin d'être unie.
Trois options semblent à présent s'offrir au président :
Soit le chef de l'État poursuit sa marche vers la droite lancée en juillet dernier lors du désormais fameux discours de Grenoble. Nicolas Sarkozy pourrait alors faire comme en 2007 et glaner au FN de précieuses voix. Rien ne dit qu'en 2012, cette tactique soit efficace ; le Front national, au plus bas en 2007, sera bien présent l'année prochaine.
Soit le président effectue un virage au Centre, histoire de ramener dans son giron les déçus du sarkozisme, les modérés prêts à voter PS lors de la prochaine élection présidentielle. C'est cette tactique que proposait lundi François Baroin en estimant qu'il fallait « mettre un terme » aux débats sur la laïcité et sur l'islam en France. C'est cette même route que François Fillon a écarté, lundi à l'Elysée lors d'une réunion du parti majoritaire, en assurant que l'UMP ne devait pas « changer de cap ».
Soit Nicolas Sarkozy renonce et s'évite une possible défaite au premier tour de la présidentielle. Pour l'heure, cette hypothèse n'est certainement pas à l'ordre du jour.

Vers la guerre civile ?

Malgré la reprise par les insurgés des villes stratégiques d'Adjedabia et de Brega, ce week-end, et bien que Kadhafi soit maintenant privé de défense anti-aérienne, l'intervention est de plus en plus critiquée. L'Union africaine s'y oppose, la Ligue arabe déplore le changement d'objectifs et l'Allemagne fait dissidence au sein de l'Union européenne, comme toujours divisée.

Certains disent que l'après-Kadhafi pourrait être pire que l'avant. Trois scénarios sont possibles : 1. La négociation : vendredi, le « guide » libyen était prêt à accepter l'arrêt des combats et une « transition » démocratique. Mais les rebelles ont refusé. 2. Le scénario le plus probable : la partition du pays, entre la Cyrénaïque, contrôlée par les opposants, et la Tripolitaine, tenue par le clan Kadhafi. 3. Victoire de l'opposition. Or, ce scénario se heurte au fait que la résolution de l'ONU ne prévoit pas de renverser Kadhafi ou d'intervenir au sol. Et frapper les bunkers où se cache le dictateur est fort difficile.

Despote « mécréant »

Question centrale. Qui prendrait le pouvoir en cas de départ de Kadhafi, sachant qu'en Libye, le vrai pouvoir est partagé en une dizaine de tribus, présentes dans l'armée, l'administration et l'économie. Les Libyens sont d'abord membres d'un clan avant d'être citoyens. Les tribus comme al-Warfala (un million de membres), dominante à Benghazi, les al-Zouaya ou les Touaregs ont été au premier rang de la rébellion, face à celle de Kadhadi, la Kadhafa, implantée au centre du pays. Mais les clans tribaux sont tellement divisés dans ce pays sans tradition étatique et nationale que le « guide » mégalo fut longtemps leur seul fédérateur. Avant lui, la puissante confrérie islamique des Senoussis joua ce rôle. Or celle-ci n'accepta jamais le Livre vert de Kadhafi (1977) qui prônait le féminisme et le socialisme... Aujourd'hui, les islamistes, présents en Libye et longtemps encouragés par l'Occident, se proposent de fédérer ces tribus après le départ du despote « mécréant »... Le risque de guerre civile ou de récupération du pouvoir par les islamistes est donc bien réel.

Nicolas Sarkozy en pleine crise d'autorité

François Hollande a perdu quelques kilos superflus et troqué son espièglerie familière contre la gravité qui sied à un candidat putatif à l'élection présidentielle. Mais il n'a rien perdu de son œil politique et de son sens de la formule. Celle-ci, par exemple, pour qualifier les palinodies au sommet de l'Etat au lendemain du premier tour des cantonales : "Une crise d'autorité".

L'essentiel est dit, effectivement. Semaine après semaine, presque jour après jour, le président de la République ne semble plus en mesure d'exercer toute l'autorité qui devrait être la sienne. L'on peine parfois à y croire, tant Nicolas Sarkozy s'était imposé, en 2007, comme le chef incontesté de son camp. C'est pourtant la réalité, dont les cantonales sont le révélateur impitoyable.

Le chef de l'Etat a d'abord perdu sa souveraineté absolue sur le gouvernement. En novembre 2010, déjà, il avait tant tardé à remanier son équipe, tant hésité à en changer le capitaine, qu'il avait fini par se voir, peu ou prou, imposer par "sa" majorité parlementaire le maintien de François Fillon à Matignon. Au regard des institutions de la Ve République, c'était une singulière innovation, autant qu'un signe de faiblesse.

L'entre-deux-tours des cantonales a accentué le trait. M. Sarkozy avait clairement fixé la stratégie, le 10 mars, avec l'équipe dirigeante de l'UMP. "Aucune alliance n'est possible avec le Front national", avait-il martelé; mais, face au Front national, il avait exclu tout désistement d'un membre de la majorité au profit d'un candidat de gauche. Dès les résultats du 20 mars connus et la menace du FN confirmée, la consigne – pourtant réitérée – a volé en éclats. Pas à l'initiative de quelque sous-secrétaire d'Etat en quête d'un quart d'heure de célébrité. Mais tout simplement du premier ministre, qui a appelé le 21 mars, en cas de duel entre le Parti socialiste et le Front national, à "voter contre le FN".

Les contorsions qui ont suivi pour rabibocher l'Elysée et Matignon n'ont trompé personne : François Fillon n'assume pas pleinement le coup de barre à droite donné par le président de la République depuis l'été 2010. Il redoute que cette attitude provoque l'effet inverse de l'effet voulu: en clair, un "21 avril à l'envers", qui verrait le candidat de la droite éliminé au soir du premier tour de l'élection présidentielle. Le moins qu'on puisse dire est que cela ne témoigne pas d'une confiance à toute épreuve dans la capacité du président à se faire réélire en 2012.

Il n'est pas seul. De manière plus ou moins explicite, plusieurs ministres, et non des moindres, se sont également démarqués du présidenten appelant à faire barrage au FN : Alain Juppé, Roselyne Bachelot, François Baroin, Valérie Pécresse, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez. Au point d'obliger le chef de l'Etat, au conseil des ministres qui a suivi, à un rappel à l'ordre pincé sur la nécessité de jouer "collectif". Qu'une telle mise en garde soit nécessaire en dit long.

Ce qui est vrai du gouvernement ne l'est pas moins de la majorité parlementaire. Menée à la baguette depuis quatre ans, elle a fini par se lasser et par ruer dans les brancards. Nicolas Sarkozy en a fait les frais début mars. La droite modérée – notamment les centristes, qui avaient, pour une fois, surmonté leurs querelles picrocholines – a obligé le gouvernement à renoncer à légiférer sur la déchéance de la nationalité, lors de l'examen du projet de loi sur l'immigration. Déjà rejetée par la majorité sénatoriale, cette disposition était pourtant l'une des mesures phares du discours du chef de l'Etat à Grenoble, en juillet2010.

Une rébellion similaire est désormais prévisible, en avril, si Nicolas Sarkozy s'entête à vouloir supprimer complètement l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Cette fronde-là a démarré il y a un an, après la lourde défaite de la majorité aux élections régionales. Plusieurs caciques de l'UMP avaient réclamé la suspension du "bouclier fiscal", instauré en juillet 2007, et qui, la crise aidant, apparaît comme un cadeau difficilement défendable fait aux contribuables les plus fortunés.

Le chef de l'Etat avait, alors, catégoriquement refusé, avant d'admettre, fin 2010, qu'il n'avait guère le choix. Mais, pour masquer son renoncement à une des mesures emblématiques du début de son quinquennat, il avait annoncé une réforme plus large de la fiscalité du patrimoine, et notamment la suppression de l'ISF, plutôt que son simple toilettage. Depuis, bien des responsables de la majorité ont expliqué qu'une telle mesure serait budgétairement impraticable et politiquement risquée. Voilà le président prévenu: s'il s'obstine, la majorité ne le suivra pas.

C'est enfin la droite elle-même sur laquelle Nicolas Sarkozy a perdu son ascendant. Pour l'emporter en 2007, il avait brillamment réussi à rassembler derrière lui toutes les familles de son camp, ou presque: les néogaullistes et une bonne partie des centristes, les bonapartistes et les orléanistes, les libéraux et les populistes, à quoi il avait ajouté, à l'été 2009, les souverainistes de Philippe de Villiers et les "chasseurs", toujours bons à enrôler.

Le style du président et son perpétuel activisme, la crise économique, l'usure du pouvoir, les revers électoraux des deux dernières années: tout a contribué à mettre à bas ce bel échafaudage. Et à placer désormais Nicolas Sarkozy devant un redoutable dilemme : s'il penche trop à droite, il s'aliène les modérés que rêve de fédérer Jean-Louis Borloo ; s'il veut ménager le centre, c'est Marine Le Pen qui menace de rafler de gros bataillons de l'électorat populaire.

L'UMP elle-même porte de plus en plus mal son nom : l'union est chaque jour un peu plus de façade ; le mouvement est paralysé; quant au qualificatif de populaire, les cantonales ont démontré cruellement sa fragilité. Sur un socle aussi branlant, le temps commence à manquer pour espérer restaurer une autorité de plus en plus contestée.

La pompe a fonctionné à l’envers

La défaite de la majorité lors de ces cantonales était annoncée. Elle fait plus mal que prévu, pour deux raisons : moins de la moitié des Français concernés sont allés voter – où sont passés l’espoir et l’enthousiasme de 2007 ? — et l’UMP a perdu sur deux fronts, à sa gauche (c’était attendu) et encore plus à sa droite. Voilà qui bouscule la donne. La pompe présidentielle consistant à siphonner les suffrages du Front national a fonctionné à l’envers, vidant une partie des réserves de l’UMP. S’il reste fidèle à la même stratégie, avec le maigre bilan qui est le sien dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre l’immigration illégale et du pouvoir d’achat – entre autres – le chef de l’État se prépare des lendemains encore plus difficiles. Un sondage Ipsos indique qu’il pourrait être éliminé dès le 1 er tour de la présidentielle, avec seulement 17 % des voix contre Dominique Strauss-Kahn et Marine Le Pen ! Ce n’est certes qu’une enquête d’opinion, mais elle en confirme d’autres, et est en cohérence avec les résultats des deux derniers week-ends. L’UMP est, effectivement, à 17-18 %.

Jamais, dans l’histoire de la V e République, un président sortant n’a été donné battu dès le 1 er tour. Porte-parole du gouvernement, François Baroin a jugé nécessaire, hier soir, de dire que ce serait « pure folie » de choisir un autre candidat de droite en 2012, ce qui prouve, en passant, que l’hypothèse est évoquée. Il va désormais falloir que Nicolas Sarkozy démontre à sa propre majorité qu’il reste le champion de son camp. Ça pourrait devenir aussi rock’n roll à droite qu’au PS.

Cela dit, les satisfactions sont loin d’être totales dans l’opposition, à gauche comme à l’extrême droite. Le PS conforte ses positions, et peut rêver au basculement du Sénat, en septembre, mais il remporte moins de départements qu’espéré. Quant au Front national, il gagne des voix entre les deux tours, ce qui lui permet d’obtenir des conseillers généraux. Mais la victoire a un goût d’inachevé. À peine deux élus avec 17 % au 1 er tour, c’est peu, et il ne faut pas accuser le mode de scrutin : pour la majorité des électeurs, le FN reste un parti à part, dont il convient de se méfier. En tout cas, ce n’est pas un parti de rassemblement. Marine Le Pen s’annonce comme la possible trublionne de l’élection présidentielle, mais elle n’a aucune chance de vaincre au 2 e tour.

La France a mauvaise mine

Quel parti peut-il honnêtement se réjouir des résultats de ces cantonales ? Aucun. Le niveau de l’abstention pourrait suffire à résumer le degré de désintérêt des Français pour un scrutin considéré à juste titre, comme marginal. Il va plus loin en exprimant l’exaspération silencieuse du pays contre une classe politique de plus en plus décalée par rapport au réel.

Et ce n’est pas fini… Hier soir, les prestations à la télévision des dirigeants de la majorité et de l’opposition, comme des autres mouvements qui s’estiment «différents», ont montré qu’au-delà des mots ils n’avaient toujours rien compris au phénomène de rejet dont ils sont l’objet : mêmes vantardises des vainqueurs, mêmes dénis des vaincus, mêmes langues de bois des uns et des autres, mêmes promesses qui sonnent creux, mêmes comédies hypocrites devant les caméras comme ce numéro rassembleur surréaliste de Patrick Devedjian. Les artifices grossiers après les affaires choquantes ? Le cocktail s’annonce dévastateur.

44 % de participation à un tel rendez-vous électoral, cela relève presque du miracle tant ces élections ont été instrumentalisées jusqu’à l’insupportable par l’ensemble de ses acteurs. Cette agitation cache une vérité dérangeante : au premier tour, tous les mouvements en lice sauf un (Europe Ecologie-Les Verts) avaient perdu des voix ! Si on la regarde de près, la «poussée» du Front national, par exemple, n’est que très relative : elle résulte avant tout de l’affaiblissement spectaculaire de l’UMP. Le parti de Marine Le Pen prospère, en effet, sur la porosité avérée de sa frontière avec l’aile la plus dure du parti présidentiel. Ses progrès traduisent surtout une droitisation très nette de la France conservatrice. Le FN ressort de ce scrutin avec l’assurance que ses idées les plus radicales et parfois les plus simplistes ont été banalisées, intégrées pleinement au débat. Quant à la gauche, sa victoire est plus laborieuse qu’il n’y parait car elle ne correspond à aucun élan populaire réellement mesurable. Elle n’ouvre pas «la porte du changement»comme le prétend Martine Aubry. Elle empile seulement les briques pour approcher les 50 % mais en superposant des divergences fondamentales. Comment résistera cette construction bancale au choc des primaires ? C’est une autre histoire…

Si ces cantonales 2011 sont, comme on l’a entendu, «le coup d’envoi de la présidentielle 2012», alors il y a lieu de s’inquiéter, et de redouter une profonde fracture démocratique. La France politique n’a vraiment pas bonne mine ce matin. Et s’il faut relativiser la valeur des sondages, on ne peut que s’interroger en voyant le chef de l’Etat arriver, dans l’un d’eux, en troisième position avec seulement 17 % des intentions de vote à un an seulement de l’échéance. Dans l’histoire et la logique de la V e République, cela fait désordre quand même.

Marine Le Pen, le cauchemar de Sarkozy

Qui sème la pagaille et l'ambiguïté récolte l'abstention ! L'entre-deux-tours a été tellement confus, le climat tellement délétère, l'enjeu local tellement escamoté par les postures tacticiennes, qu'il ne fallait guère espérer de sursaut dans les urnes. Le second tour marque un second choc de la participation. Les Français sont décidément de fort méchante humeur et ils manifestent leur désarroi, sur fond de crise économique, nucléaire et morale, de trois manières : en boudant les isoloirs, en émettant un signal protestataire, en infligeant au pouvoir un nouvel avertissement. C'est le troisième d'affilée pour Nicolas Sarkozy après les municipales de 2008 et les régionales de 2010. Ce dernier, outre la sanction d'une action politique, paie cash la note d'une folle semaine. La stratégie du « ni-ni » a échoué : pendant que l'UMP triait entre républicains respectables et infréquentables, excluait le vote FN sans vraiment l'exclure, pendant que Guéant chassait le dahu, son électorat se démobilisait. Le temps du siphonnage est bel et bien révolu. L'extrême droite remporte son pari du renouveau et confirme sa percée, non pas en sièges mais en voix. Son enracinement laisse présager une recomposition à droite et Marine Le Pen devient le problème numéro un du candidat Sarkozy. Certains, dans son camp, ne manqueront pas d'exploiter son décrochage. La dynamique du premier tour en faveur de la gauche est renforcée. Mais autant on observe un rejet de l'UMP, autant on ne sent pas de désir réel de Parti socialiste, compte tenu de l'impopularité du pouvoir. Il reste que des cantonales doivent s'analyser à l'aune des départements gagnés ou perdus. Pour le PS, le résultat comptable est bon.

Le commentaire politique de Christophe Barbier




Un sérieux avertissement

Cette fois l’avertissement est sérieux. En s’abstenant de nouveau massivement, les Français confirment leur apathie. Désintérêt ou désamour ? Le message envoyé à tous les partis est plus clair que la confusion qui a régné dans l’entre-deux-tours. À 13 mois de la présidentielle, chacun peut faire ses comptes. Le PS, avec ses alliés de gauche, progresse sous la houlette d’une Martine Aubry qui aimerait bien capitaliser personnellement sur cette victoire. Tout comme le Front national qui confirme sa poussée et démontre qu’il faut désormais compter avec lui. Le grand perdant reste l’UMP qui sort très affaibli de ce scrutin comme il l’a été lors des municipales et des régionales. Avis de tempête dans le clan de la majorité d’autant que les voix dissonantes sur la stratégie à adopter face à la montée du FN vont laisser des traces.

Les regards vont se tourner demain vers Nicolas Sarkozy que tous les derniers sondages éliminent du 1 er tour de la présidentielle. Certains se demandent s’il n’est pas en train de perdre son statut de candidat naturel pour ce scrutin majeur ? Les élus et parlementaires de la majorité, qui craignent en outre l’éventualité en septembre de la perte du Sénat, ont peut-être la réponse entre leurs mains. 2012, ça commence demain !

Trois enseignements pour 2012

Personne n'imaginait que les cantonales, élections d'abord locales, fourniraient autant d'indications nationales pour 2012. Au terme d'un second tour qui confirme le désintérêt des électeurs, la défaite de l'UMP au profit du PS, et un statu quo dans l'Ouest, trois enseignements peuvent être tirés.

Le premier : le Front national s'enracine, mais ne transforme pas l'essai. L'abstention dont sont victimes le parti présidentiel et, dans une moindre mesure, le Parti socialiste, explique que l'extrême droite ait pu accéder au second tour et conquérir une poignée de sièges avec l'aide d'une frange d'électeurs UMP.

La balle est à présent dans le camp des « républicains acceptables », selon l'expression d'Alain Juppé. S'ils privent, à l'avenir, le FN de toute alliance et s'ils donnent, à travers des candidatures et des projets sérieux, des raisons de dynamiser la participation à la présidentielle, ils peuvent écarter le risque extrémiste.

Il n'empêche que la rivale de Bruno Gollnisch à la tête du FN, en décomplexant son électorat, réussit son premier examen d'après congrès. Marine Le Pen peut, en tout cas, partir en quête des 500 signatures nécessaires pour concourir en 2012.

Le deuxième : l'UMP, même si elle résiste un peu, sort très ébranlée de ce scrutin. À son mauvais score s'ajoutent des divisions qui ont valu, pour la première fois, une mise en cause de François Fillon par des parlementaires et des critiques, en coulisses, reprochant à Nicolas Sarkozy de faire perdre son camp.

La menace extrémiste a réveillé, au-delà de toute attente, la divergence entre le RPR et l'UDF d'autrefois. Dans sa persistance à draguer dans les eaux frontistes, Nicolas Sarkozy ouvre un vaste espace au centre. Sans candidature centriste ¯ on pense surtout au radical, social et laïque Jean-Louis Borloo ¯ la droite a du souci à se faire. Mais l'opération, surtout si elle s'accompagnait d'une candidature Villepin, voire Morin, risquerait surtout de faire trébucher Nicolas Sarkozy.

Qui oserait porter la responsabilité de l'élimination du président sortant et d'une crise majeure de l'UMP ? Dilemme.

Le troisième : les socialistes et les écologistes sortent rassurés. La gauche, majoritaire en voix, en sièges et en départements, obtient une majorité un peu en trompe-l'oeil. Mais, malgré au moins trois départements gagnés, on est loin du raz-de-marée espéré. Sa victoire tient autant à un rejet de l'UMP qu'à une adhésion à ses idées. Enfin, si la droite est divisée, la gauche peut être qualifiée d'éclectique.

Le candidat du PS sera donc confronté à un devoir de rassemblement. François Hollande, auteur d'une construction méthodique de sa candidature, sera jeudi, après sa réélection comme président de la Corrèze, en situation de se déclarer, en attendant la décision de Dominique Strauss-Kahn et de Martine Aubry.

Ces trois enseignements ont un point commun : les Français attendent toujours de vraies réponses à leurs inquiétudes, sociales principalement. Des mécontentements montent partout en Europe, où la crise n'est pas digérée. Changer la vie dans un contexte de forte contrainte budgétaire devient de plus en plus difficile, et la campagne pour la présidentielle va être compliquée.

Fatigue


Oublions les sondages : rien ne vaut une élection, fût-elle cantonale, pour sonder les reins et les cœurs des Français. Et qu’avons-nous dit, en ces deux dimanches de printemps ? Que nous sommes victimes d’une grosse, d’une très grosse fatigue. Le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, l’avait diagnostiquée dès la semaine dernière. Les Français, disait-il, sont en « burn out », exaspérés, épuisés. Sans envie ni désir, sinon la rage de crier « merde », ou de gueuler « non ». On l’avait fait lors de l’élection présidentielle de 2002. On avait recommencé en 2005, contre le projet de Constitution européenne… La présidentielle avait en 2007 recréé l’espoir dans la politique, mais c’est fini, l’élan est retombé. Est-ce perdu pour 2012 ? Il faudra, expliquait Jean-Paul Delevoye, des réponses politiques, pas des postures, une vision, une morale. On ne saurait mieux dire.

dimanche 27 mars 2011

Un ferment révolutionnaire en Syrie

Impossible de dire si nous assistons aux prémices d'une révolution, a fortiori si la contestation qui s’étend pourrait déboucher sur un scénario à la tunisienne ou à l'égyptienne. Pourtant, tout se passe comme si le printemps arabe avait semé ses graines d'espoir en Syrie. Comme si, une fois encore, l'explosion des réseaux sociaux servait de levier à la révolte : les Syriens voient le monde changer autour d'eux, ils veulent devenir les acteurs du changement démocratique.

Le phénomène est aussi inédit qu'inattendu. Spontané, populaire, plutôt dépolitisé, au-delà des clivages communautaires, le mouvement semble échapper à toute structure et à une opposition il est vrai réduite au silence d’une quasi clandestinité. Il ne s’inscrit pas moins dans l'ordre naturel des choses. Le parti Baas, parti unique, gouverne par la peur. Il impose un carcan sécuritaire au pays qui, sous la férule de la dynastie Al-Assad, vit depuis un demi-siècle sous l'état d'urgence. C'est contre cet état d'urgence, contre les libertés étouffées, contre la corruption endémique que la rue bien sûr s'insurge.

Si le régime de Bachar Al-Assad est bousculé comme jamais, il est encore loin de vaciller, contrôlant l'armée et la police. Il répond au « péril » que représente pour lui le soulèvement populaire par une alternance de répression et de concessions tactiques. Brutalité sanglante contre les émeutes dont le bilan, faute d'images, reste imprécis. Tentative de désamorcer l'insurrection, hier, en libérant des prisonniers politiques.
Des leçons que le printemps arabe permet d’ores et déjà de tirer, il en est une, indubitable : quand le peuple se dresse, la réponse des régimes autoritaires ne peut plus résider seulement dans la répression. Ça devrait valoir pour la Syrie de Bachar Al-Assad.

José Socrates réélu à la tête du parti socialiste portugais

Quelques jours à peine après avoir été poussé à la démission, le premier ministre portugais José Socrates a été réélu à la tête du parti socialiste, avec 93,3 % des votes des militants, un score qui lui permettra de mener la bataille des élections législatives anticipées.

Ce score est supérieur de dix points à celui obtenu par le secrétaire général du PS à l'issue du dernier vote direct des militants en 2009, a précisé le PS dans un communiqué. Environ 32 000 militants socialistes étaient appelés à voter vendredi et samedi pour désigner leur secrétaire général, dont l'élection sera entérinée au prochain congrès du parti, du 8 au 10 avril. La consécration de M. Socrates intervient quatre jours après sa démission mercredi à la suite du rejet par le parlement de son nouveau programme d'austérité, censé éviter au pays un recours à un plan de sauvetage financier, dans le sillage de la Grèce et de l'Irlande.
CRISPATION AUTOUR DU PLAN DE SAUVETAGE
"Comme le PS, je ne fuirai pas mes responsabilités et je suis prêt à affronter le jugement de tous les Portugais", a déclaré M. Socrates, dans un discours prononcé en fin de journée devant les maires socialistes. Accusant le principal parti d'opposition de s'être "déjà rendu" à la nécessité d'un sauvetage, M. Socrates considère que "le moment est venu pour les Portugais de choisir entre ceux qui veulent un programme d'aide extérieure et le FMI, et ceux qui feront tout pour que le Portugal ne doive pas demander d'aide extérieure".
La démission du chef du gouvernement n'a pas encore été officiellement acceptée par le président de centre-droit Anibal Cavaco Silva, qui a entamé vendredi les consultations obligatoires avant de pouvoir dissoudre l'Assemblée et convoquer de nouvelles élections.
Tous les partis ont appelé à l'organisation rapide d'élections anticipées, mais le scrutin pourrait toutefois intervenir trop tard, compte tenu de l'urgence financière dans laquelle se trouve le pays, qui doit rembourser neuf milliards d'euros de dette d'ici à la mi-juin, les marchés exigeant de leur côté des taux d'intérêt historiquement élevés pour le refinancer.
75 MILLIARDS D'EUROS NÉCESSAIRES
Réunis la semaine dernière à Bruxelles, les dirigeants européens ont assuré qu'ils étaient prêts à "aider" le Portugal en débloquant, avec le soutien du Fonds monétaire international, les quelque 75 milliards d'euros jugés nécessaires, mais ils ont exigé, en échange, que le pays s'engage sur un programme d'austérité et de réformes que José Socrates ne peut plus assumer.
Selon un sondage paru vendredi, l'opposition de centre-droit pourrait obtenir la majorité absolue en cas d'élections législatives anticipées. Successeur probable de M. Socrates, le président du Parti social-démocrate Pedro Passos Coelho a multiplié les gages en direction des marchés et des dirigeants européens, réaffirmant son soutien aux objectifs de redressement des comptes publics et aux réformes structurelles.

Allemagne : percée des Verts et défaite historique de la CDU dans son propre fief

Alors que les Allemands ont défilé, samedi 26 mars, contre le nucléaire et contre leur propre chancelière, Angela Merkel, le camp conservateur-libéral a perdu une élection régionale cruciale, dimanche, au profit des Verts, selon un sondage sortie des urnes.

Les grands gagnants du scrutin dans le riche Etat du Bade-Wurtemberg (sud-ouest) sont les Grünen, qui recueillent 25 % des voix, contre 11,7 % en 2006. Ils peuvent revendiquer pour la première fois de leur histoire le poste de chef d'un gouvernement régional, en s'alliant comme prévu avec les sociaux-démocrates (SPD), qui ont obtenu 23,5 % des suffrages, selon la chaîne de télévision publique ARD.
Bien qu'arrivée en tête avec 38 % des suffrages, l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel n'obtient pas assez de voix pour conserver, avec son partenaire libéral FDP, le pouvoir qu'elle détenait depuis 58 ans.
Selon ces premiers chiffres, le FDP a obtenu 5 % dans ce Land, qui accueille 4 des 17 réacteurs nucléaires du pays, et où la gronde contre la politique nucléaire de Mme Merkel a dominé la campagne depuis l'accident de la centrale japonaise de Fukushima.
Les Verts ont recueilli 17 % des voix dans l'Etat voisin de Rhénanie-Palatinat (ouest), où le SPD, qui gouvernait seul, arrive en tête avec 35,5 % des voix et peut conserver le pouvoir en s'alliant avec les écologistes.
La CDU de Mme Merkel a obtenu 34 % des suffrages et reste dans l'opposition, selon ces sondages. Les Verts font ainsi une entrée fracassante au parlement de Rhénanie-Palatinat, où ils n'avaient pas recueilli en 2006 les 5 % de voix nécessaires pour siéger. A contrario, le parti libéral (FDP) du ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle, en est chassé, ayant réuni seulement 4 % des suffrages, selon ce même sondage.

Libye : Les défections dans le clan Kadhafi s'enchaînent

Les insurgés poursuivent leur marche sur Tripoli. Après Ras Lanouf, ils ont repris Ben Jawad ce dimanche. Selon la diplomatie américaine, les défections s'enchaînent dans le clan Kadhafi. 

Après Ras Lanouf tôt ce matin, les insurgés ont repris la ville de Ben Jawad ce dimanche. Cette localité est située à une cinquantaine de kilomètre à l'ouest du dépôt prétrolier. Les rebelles regagnent ainsi la position la plus avancée qu'ils occupaient début mars lors de leur première poussée vers l'ouest, avant que la ville ne soit reprise par les forces de Kadhafi le 6.
Ce sont une fois encore les frappes aériennes françaises qui, selon les rebelles, ont permis aux anti-Kadhafi de prendre l'avantage. Dans les rues, les insurgés victorieux dansaient ce dimanche et criaient « Mouammar, tu es un chien, nous avons marché droit sur Ben Jawad ». Ils ont ensuite repris la route vers Tripoli : elle passe par Syrte, ville natale du colonel Kadhafi, située à 150 km de là. Selon eux, « les forces de Kadhafi sont effrayées ». Certains auraient abandonné armes et uniformes et préfèrent désormais se vêtir en civil.

Le régime pourrait craquer, selon Gates

Et les soldats ne seraient pas les seuls à prendre leurs distances avec Kadhafi : selon Hillary Clinton et Robert Gates, respectivement responsables de la diplomatie et de la défense américaines, « de nombreux diplomates et chefs militaires en Libye basculent, changent de côté ».  Selon la secrétaire d'Etat, ils font défection « parce qu'ils voient comment ça va se terminer ». Sur NBC, le secrétaire à la Défense a pour sa part déclaré : « Ne sous-estimez pas la possibilité que le régime lui-même craque ».
Si l'intervention de la coalition commence à porter ses fruits, le chemin jusqu'à Tripoli reste long. Et, comme l'a rappelé Robert Gates, une victoire des insurgés ne signifiera pas forcément une stabilisation rapide du pays. En effet, comme l'a rappelé Robert Gates, « un changement de régime est quelque chose de très compliqué ».