TOUT EST DIT

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mardi 13 septembre 2011

Faut-il encore payer pour la Grèce?

Les marchés financiers ne croient plus en l’efficacité des plans de sauvetage. Le scénario d’une faillite de la Grèce fait son chemin avec un coût de 25 à 40 milliards d'euros (Mds€) pour la France.
Des mots à la réalité, il n’y a souvent qu’un pas. L’éventualité d’une faillite de la Grèce, avec son corollaire immédiat, une sortie de la zone euro, constitue désormais une hypothèse de travail pour les dirigeants européens. Et notamment allemands. « Pour stabiliser l’euro, il ne doit plus y avoir à court terme d’interdiction de penser certaines options, dont celle d’une insolvabilité ordonnée », a déclaré hier le ministre allemand de l’Economie.

 Entendez une faillite 
Il y a encore un mois, la simple évocation d’une telle issue suffisait à clouer au pilori ceux qui osaient la formuler. Mais après plus d’un an de plans de « sauvetage » à répétition, il semble que l’Europe se soit rendue lentement (mais sûrement ?) à l’évidence : les milliards d’euros injectés dans l’économie hellénique n’auront pas permis à la Grèce de redresser ses comptes. Pis ! Ces aides, assorties de mesures d’austérité, auront exacerbé la colère des Grecs et risqué de sceller un divorce définitif entre Bruxelles et des opinions publiques nationales amères de voir leurs deniers se déverser à fonds perdus.
Les marchés chutent
Un tel constat de faillite aurait bien sûr un coût. On n’efface pas quelque 350 Mds€ de dettes sans que les créanciers n’en souffrent. Pour la France, l’ardoise est estimée entre 25 et 40 Mds€, supportés par les banques, les assurances (qui les ont provisionnés en partie) et par les épargnants eux-mêmes. « Les banques françaises peuvent faire face à tout scénario grec » et n’ont pas de problème de liquidités ou de solvabilité, a estimé, hier, François Baroin, le ministre des Finances.
Il semble que les marchés, qui chutent de façon vertigineuse depuis la semaine dernière et hier encore, entraînés par les valeurs bancaires, pensent autrement. Certains investisseurs poussent même à une recapitalisation, voire à une nationalisation partielle de BNP Paribas, du Crédit agricole et surtout de la Société générale.
Quoi qu’il en soit, pour qu’une faillite grecque ne débouche pas sur un scénario à la Lehman Brothers, une reconfiguration politique et institutionnelle de la zone euro s’avère indispensable. Un gouvernement économique, une Europe à deux vitesses… La France et l’Allemagne l’ont envisagé cet été. A elles de jouer, il y a urgence.

Danger imminent

Le tabou est brisé. Ce qui il n’y a pas si longtemps encore passait pour une folle spéculation est désormais envisagé : un « défaut » de la Grèce, la faillite du pays et, éventuellement, son retrait de la zone euro sous une nouvelle drachme dévaluée de 40 % ou 50 %…

Le ministre allemand de l’Economie Philip Rössler du lilliputien parti FDP de la coalition gouvernementale n’a pas hésité à dire haut et fort ce que nombre d’économistes pensent tout bas. Une belle gaffe, sans doute, prouvant une fois de plus l’incapacité, voire l’irresponsabilité, des politiques face à la crise, chacune de leur prise de position jetant un peu plus d’huile sur le feu.

Mais sur le fond, c’est l’évidence. Athènes est à bout de souffle et dispose encore de liquidités jusqu’en octobre. Une anecdote qui en d’autres temps ferait sourire témoigne du marasme ambiant : décidée à la hâte dimanche par le gouvernement Papandreou, une taxe d’habitation va être collectée via les factures d’électricité… les pléthoriques services du fisc n’étant pas en mesure de rentrer les impôts ! Il y a plus grave. Les taux d’intérêts atteignent les deux chiffres, et les CDS – ces assurances sur prêts – s’envolent. Ainsi hier, pour une tranche de 10 millions d’euros empruntés par la Grèce sur cinq ans, les CDS se chiffraient à 4 millions.

Les marchés estiment que la Grèce représente désormais un risque absolu. Un risque d’autant plus grand que les tergiversations allemandes et les grands silences ailleurs laissent entendre que la zone euro n’est plus un filet de sécurité.

On connaît les conséquences. Plusieurs grandes banques françaises déjà menacées de dégradation par les agences de notation se sont enfoncées hier. Non pas parce qu’elles seraient trop engagées dans la dette grecque mais par crainte d’un effet domino entraînant le Portugal, l’Espagne et l’Italie, là où les banques et les assurances-vie françaises sont en première ligne !

Car c’est toute la zone euro qui vacille, faute d’une volonté politique impossible à manifester dans l’unanimité du consensus mou qui régit l’Eurogroupe. Avec son blabla sur l’indépendance de la Banque centrale de Francfort et sous les cris d’orfraie que fait pousser la seule évocation des « euro-obligations ». Pourtant, ces « euro-bonds », qui en quelque sorte, « communautariseraient » le service des dettes souveraines, viendront en dernier recours. Malheureusement, peut-être trop tard.

Dans l’immédiat, il n’y a pas grand-chose à attendre de Berlin, du moins pas jusqu’à la fin du mois : la chancelière Merkel ne sait pas sur quelle majorité parlementaire compter au Bundestag lors du vote sur le Fonds européen de solidarité, plusieurs élus de son camp se prononçant contre. Quant à la France, elle touille ses soupes électorales en ne voulant pas savoir que son triple « A » ne tient qu’à l’équilibrisme.

Tous les feux clignotent au rouge. Un « défaut » de la Grèce et ses multiples conséquences, de surcroît suivies par un « Lehman-Brothers » européen, seraient désastreux pour la monnaie unique. Et pour toute l’Europe.

Solidarité


Il a du mérite, notre Premier ministre, à monter au front défendre l’euro. Il le jure, les Européens seront solidaires dans l’adversité pour sauver leur monnaie. Et on aimerait le croire, d’autant que nous jouons dans cette crise l’avenir de nos emplois. Mais la solidarité des Européens tarde à se manifester, et pour tout dire, l’heure paraît plutôt au chacun pour soi. L’Allemagne ne veut pas payer, une fois de plus, et la France pas davantage. D’ailleurs, la lente noyade des Grecs ne nous émeut guère, sauf quand elle menace notre épargne à la Société générale. On peut le regretter mais c’est ainsi, dans l’Europe d’aujourd’hui, l’intérêt national prime sur « Bruxelles », cette espèce de monstre dont on a oublié qu’il était aussi le garant de notre monnaie et de nos porte-monnaie. Pour nous rassurer, Monsieur Fillon explique que l’histoire ne recule pas. Certes, mais parfois, elle déraille.

S'il n'y avait que le risque grec...

Face aux atermoiements politiques, la réponse des Bourses ne s'est pas fait attendre. Avec la propension à l'excès qui les caractérise, elles ont fait descendre, une nouvelle fois, les valeurs bancaires françaises aux enfers.

On peut certes se rassurer, à bon compte, en rappelant que le CAC 40 est une loupe grossissante, déformante... et inexacte. Assurément, les banques tricolores n'ont pas perdu les trois quarts de leur valeur réelle en deux semaines de plongée boursière. Il n'empêche. Dans un climat anxiogène où plus personne ne fait confiance à personne (pas même les banques entre elles), les Bourses restent, qu'on le veuille ou non, un formidable révélateur de risques... Et malheureusement, un accélérateur.

Les marchés, avec leur outrance moutonnière habituelle, mettent le doigt là où ça fait mal. En pulvérisant la langue de bois et une certaine arrogance des banquiers et des assureurs, eux aussi embarqués dans l'aventure. En pointant le risque de faillite de plus en plus menaçant en Grèce. Encore faut-il remarquer que ce pays n'est que la partie émergée de l'iceberg du danger. Foncièrement, les banques françaises ont les moyens de faire face à la faillite grecque. Personne n'en doute vraiment. C'est l'après qui pose problème, c'est-à-dire le probable effet domino d'une crise de la dette publique passant les frontières, bousculant l'Italie et l'Espagne. Les enjeux et les risques financiers des groupes tricolores seraient alors démultipliés.

À coup sûr, un défaut italien ou (et) espagnol serait catastrophique pour nos banques. Pis, pour la croissance, avec l'amorce d'une nouvelle spirale du pire : rationnement du crédit bancaire, asphyxie d'une économie déjà à la peine, récession, chômage massif accru...

On n'en est pas là, fort heureusement, mais trop de clignotants rouges s'allument pour que les politiques puissent se contenter, comme aujourd'hui, de propos vaguement rassurants. La demande insistante de recapitalisation des banques européennes de Christine Lagarde, les menaces de mauvaise note des agences de notation, les confessions tardives des banques elles-mêmes sur leurs expositions risquées, la méfiance des prêteurs américains, les dissensions au sein de la BCE : tout se cumule pour accroître les incertitudes et les peurs, pour accréditer un scénario noir. En prime, les banques font elles-mêmes l'aveu le moins rassurant quand elles reconnaissent ne se prêter entre elles qu'au compte-gouttes et à très court terme.

Bref, l'idée inédite de repasser aux guichets de l'État pour renflouer les banques - ou les prémunir du pire - refait recette. La nationalisation bancaire, fut-elle partielle et passagère, est-elle envisageable en France ? À supposer que sa nécessité soit avérée au-delà des avatars boursiers du moment, elle aurait quelques avantages, ne serait-ce que de contraindre la banque à se recentrer sur sa mission centrale : financer l'économie.

Mais elle se heurte évidemment à un double verrou. Idéologique : aux antipodes du Royaume-Uni, parangon du libéralisme qui avait sauvé une partie de ses banques en 2008 en les nationalisant le temps nécessaire, la France reste en la matière engoncée dans des querelles de religions paralysantes. Prosaïque : désargenté et en pleine cure de désintoxication budgétaire, l'État n'est sans doute pas très pressé de se porter au secours d'institutions bancaires dont les comportements, loin d'être exemplaires, rebutent toujours autant l'opinion...

La cuisine dénaturée par sa surmédiatisation

"Master Chef" ! "Un dîner presque parfait" ! La cuisine envahit chaque jour l'espace public. Outre ces émissions mettant en scène la préparation de repas, des centaines de blogs se consacrant à cette activité fleurissent sur le Web. Cet étrange phénomène contraint à poser deux questions : quel en est le sens ? Notre société n'accorde-t-elle pas trop de place à la cuisine ?

La télévision harponne l'art culinaire avec deux schèmes éprouvés : celui de la télé-réalité et celui du sport. La plupart des programmes combinent ces deux approches, en mettant en compétition sportive des "vrais gens". Ces émissions de cuisine d'un style nouveau prennent le relais de la télé-réalité, dont elles sont un dérivé. Qu'est-ce qui fait plus "vrais gens" que quelques congénères s'affairant aux fourneaux ?
Tous les soirs, sur TF1, une année durant, deux anonymes que l'on ne connaît que par les prénoms se rencontraient autour d'un plat, juste avant la grand-messe du "20 heures". La télévision doit ingurgiter du réel - les fameux "vraies gens", le décor anthropologique de Jean-Pierre Pernaut, un micro-trottoir - le malaxer, le désosser, le mettre en scène sans que rien n'y paraisse pour dégurgiter sur les écrans un produit fini fleurant faussement l'authenticité. Evidemment, il s'agit d'une imposture : la réalité ainsi présentée n'est qu'un produit fabriqué destiné à être jeté afin de pouvoir en consommer un autre le lendemain.
Parodie de l'eucharistie
En instaurant la compétition - sur le patron de la "Star Ac" - la télévision trahit la cuisine dont l'essence réside dans le don, cette grâce, cette gratuité qui soude la convivialité. Dans "Master Chef" - tout comme dans "Un dîner presque parfait" sur M6 - TF1 ne valorise pas la cuisine mais la compétition. En réalité, en transformant la cuisine en avatar du spectacle sportif il la détruit. Ainsi, à l'instar des émissions de télé-réalité, "Master Chef" célèbre le culte de la compétition, de la loi du plus fort, introduit violemment l'activité culinaire dans l'univers de la maxime barbare, "l'homme est un loup pour l'homme".
Longtemps nous avons vécu sous l'identification du religieux et du culturel. La religion fondait l'identité d'une civilisation. Son inscription dans le patrimonial - ce linceul ou ce tombeau qu'est le patrimoine - signe la mort de la religion comme alpha et oméga de la vie collective. C'est alors le patrimoine qui devient l'objet d'un culte, et non plus Dieu ou un prophète - on visite les églises et monastères pour leur beauté, non pour y prier. La folie collective pour la cuisine, si elle prépare à moyen terme sa mort par la patrimonialisation qui l'accompagne (la cuisine française vient d'entrer dans le Patrimoine mondial défini par l'Unesco), substitue à la vieille identification du religieux et du culturel une nouvelle identification : celle du culinaire et du culturel. L'identité d'une civilisation, ce n'est plus sa religion, c'est sa cuisine.
La situation extravagante faite à la cuisine n'est que le symptôme d'une société malade, "une société à la dérive" comme disait le philosophe Cornelius Castoriadis. Cela signifie que la cuisine est vécue, de manière imaginaire, comme le dernier lieu de stabilité, le dernier repère encore debout d'un monde en voie de liquéfaction. Autour d'une table, l'illusion de communauté unie peut se reformer. Autour de recettes, de façons de manger, l'illusion de communication avec toute une civilisation peut renaître - donnant lieu à une parodie involontaire de l'eucharistie.
La télévision démultiplie cette illusion à l'infini, attribuant à une émission culinaire le même office social qu'un match de football ou de rugby : souder, le temps d'un spectacle mercantile, des millions de personnes en leur laissant croire qu'à cette occasion survit quelque chose qui est déjà perdu, la communauté réelle. La cuisine se fait passer pour remède à la crise du sens, dont chacun s'alarme.
La montée en puissance de la cuisine, et sa létale exploitation médiatique, relèvent de la pathologie sociale. Le rôle qui lui échoit - jouer le fantôme du sens - le prouve. Les vrais amateurs de la table et de ses plaisirs voient d'un mauvais oeil cette promotion. Ils savent en effet que la vraie cuisine est sans enjeu, qu'elle n'est ni un spectacle, ni une complétion, ni surtout le dernier réduit du sens et de la culture nationale. C'est parce que la vraie cuisine est vide de ces parasites - les enjeux - qu'accède à la vérité l'adage du vieil Héraclite : "Les dieux sont aussi dans la cuisine."

La stabilité germanique a du plomb dans l’aile

La démission de Jürgen Stark, l’économiste en chef de la BCE, place l’Allemagne devant une réalité : le modèle de discipline monétaire et financière qu’elle a toujours défendu n’est plus adapté en ces temps de crise, estime la Frankfurter Allgemeine Zeitung 

Les institutions sont des forces d’inertie qui suivent toujours le même scénario routinier. Cela engendre une confiance dans les résultats de leur action. Elles détestent l’incertitude et s’adaptent mal au changement. Souvent, cela donne lieu à des débats sur leur raison d’être. A quoi servent-elles, au juste ? Cette question, Jürgen Stark – qui a démissionné de ses fonctions d’économiste en chef de la Banque centrale européenne, le 9 septembre – se l’est également posée.
La BCE a toujours été considérée comme l’enfant légitime de la Bundesbank, toute entière vouée à la stabilité monétaire. Jürgen Stark a un point de vue bien arrêté sur le fait que la Banque centrale achète à grande échelle des emprunts d’Etat à des pays endettés jusqu’au cou : "Dans le contexte actuel, la mise en place d’une politique financière rigoureuse devrait avoir de nombreuses retombées positives sur la confiance, ce que confirment des études de cas : les programmes de redressement ambitieux s’accompagnent rapidement d’effets positifs sur la croissance". Jürgen Stark propose donc de faire des économies, et c’est tout.
Vu sous cet angle, le système financier n’est rien d’autre que le pendant monétaire de l’économie réelle. Les citoyens mettent de côté et les entreprises investissent. C’est à ces conditions seulement que la réduction des dépenses publiques peut avoir, à long terme, des retombées largement positives.

L'épine européenne dans le pied allemand

Mais vivons-nous encore dans ce monde-là ? Le problème grec est tout autre. Le cycle économique dépend des revenus disponibles et des investissements, qu’ils émanent de l’Etat ou du secteur privé. Si tout le monde se serre la ceinture en même temps, l’économie entre dans une spirale récessionniste.
Les Grecs sont de plus en plus pauvres. Pourtant – et par voie de conséquence – ils sont toujours endettés. La Grèce n’est plus un cas isolé : la zone euro et l’économie mondiale sont aujourd’hui menacées par la contagion. Tous tentent de s’adapter, comme le réclame Jürgen Stark. S’adapter, d’accord, mais à quoi ? Dans la construction automobile ou la métallurgie, par exemple, y a-t-il des nouvelles technologies, ou bien des grandes industries mal en point ? La Chine a-t-elle déjà surpassé tous ses concurrents ? Loin de là.
Le problème ne réside pas dans les mutations de l’économie réelle, mais dans la volonté d’assurer le service d’une dette accumulée par le système financier ces quinze dernières années, et qui concerne aussi les emprunts d’Etat. C’est la dernière bulle en date d’un système détraqué. Les Etats ne peuvent réduire leur dette que s’ils n’essaient pas d’assurer le service de la dette passée au détriment du présent. En effet, les vieilles dettes ne sont jamais remplacées que par d’autres. Le désendettement n’est donc possible que si l’Etat dépense moins en phase de croissance qu’il ne lui est possible de faire.
Voilà l’épine européenne dans le pied allemand : Jürgen Stark entend financer la consommation d’hier – et donc la dette – avec la consommation d’aujourd’hui.

La difficulté allemande à s'adapter au changement

Hélas, la Grèce n’est pas le seul pays à poser problème. Actuellement, tous les pays occidentaux sont en crise ou sur le point d’y sombrer. Si tous les pays équilibrent leur budget en même temps, tous se retrouveront dans la même situation : une augmentation des dépenses résultant d’une hausse du chômage, d’une baisse des recettes et d’investissements en berne. La crise totale. Et pourquoi faisons-nous cela ? Non pas pour procéder à des ajustements structurels de l’économie réelle, mais parce que, entre-temps, des gens comme Jürgen Stark ont découvert que notre endettement était bien trop élevé et que nous devions le réduire. Or, réduire la dette de la sorte ne mène à rien : c’est pourquoi l’investissement est au point mort. En effet, les entreprises n’investissent que si elles entrevoient des bénéfices potentiels ou si l’Etat prend la place des investisseurs pendant la crise. Mais l’Etat ne doit pas investir, il doit consolider les finances du pays.
Le processus d’autodestruction finit par gagner l’ensemble de l’économie. Sans confiance, le système s’écroule. Voilà qui promet pour l’avenir. Et que veut Jürgen Stark, et avec lui de nombreux Allemands ? Une BCE qui cherche sa raison d’être dans un objectif devenu vain depuis longtemps : empêcher les Etats de faire faillite au moyen d’une politique de stabilité. A l’évidence, c’est mission impossible.
Ces gens-là vivent dans un monde illusoire, dans un passé depuis longtemps révolu. En tant que première puissance économique du continent, l’Allemagne est désormais la seule à pouvoir garantir la confiance dans les capacités de l’Union. Une faillite de la Grèce ne serait possible que si l’on garantit en même temps que les autres pays de la zone euro ne connaîtront pas le même sort. Mais c’est peu probable : les Allemands n’ont tout simplement pas la détermination nécessaire. Ils préfèrent croire à la raison d’être d’une institution qui s’est depuis longtemps volatilisée. Il est vrai que les Allemands ont toujours eu du mal à s’adapter à un monde qui change.

Cour de Karlsruhe

La fins des eurobonds

Bien que ce fut largement inaperçu, l'arrêt rendu la semaine dernière par la Cour constitutionnelle allemande a peut être fermé la porte à l'idée des eurobonds, en tant que solution à la crise de la dette en Europe. "Le verdict de la Cour ne laisse aucune autre alternative que de conclure qu'ils sont bien anticonstitutionnels", souligne Wolfgang Münchau dans le Financial Times. Les juges de Karlsruhe, explique l'éditorialiste, ont statué que "le gouvernement allemand ne devait pas accepter de mécanismes permanents – par opposition au Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui lui est temporaire – avec les critère suivants : s'ils impliquent une dépendance permanente à un autre pays, si ces engagements sont très importants ou difficilement quantifiables, et si les gouvernements étrangers, par leur action, peuvent déclencher le versement des garanties."
"Un eurobond est bien sûr, un mécanisme permanent. Et il implique une perte de contrôle. Leur taille devrait être considérable", remarque Münchau qui ajoute que bien que les responsables allemands commencent à évoquer l'idée d'eurobonds, c'est la raison pour laquelle ils ne pourront peut-être pas suivre leur inspiration.

9/11 2011

Ce siècle avait un an quand il a commencé. Les attaques terroristes de New York et Washington, le 11 septembre 2001, ont ouvert une nouvelle ère géopolitique, dans laquelle les Etats-Unis se sont durablement engagés dans "l'arc de crise" qui va du Moyen-Orient à l'Asie du Sud en passant par le golfe persique, et une nouvelle ère pour nos sociétés, focalisées sur le risque terroriste et le discours d'un choc des civilisations qui traverserait jusqu'à nos pays en plein bouleversement démographique.

Mais comme le montre très justement Timothy Garton Ash, les dix années qui se sont écoulées depuis le “9/11” ont aussi, et surtout, été celles d'un mouvement tectonique à long terme qui modifie radicalement les équilibres planétaires : la montée de la Chine et de l'Asie, l'affaiblissement de l'Occident accéléré par la crise.

Entre ces deux trames historiques, où se situe l'Europe ? Poser la question, c’est un peu y répondre, tant notre continent semble aujourd'hui incapable d'orienter la marche du monde. Et pourtant, cette décennie est riche en leçons.

En 2001, l'UE ne comptait encore que 15 membres, et l'élargissement à 25 puis 27 s'est fait selon une ligne de faille aggravée par le 11 septembre : le rapport aux Etats-Unis. On se souvient qu'en 2003, l'axe Paris-Berlin-Moscou contre la guerre en Irak a été contré par un axe Londres-Rome-Madrid s'appuyant sur les pays de l'ex-bloc soviétique qui s'apprêtaient à rejoindre l'Union. Si la politique extérieure de l'Europe s'était décidée à la majorité, comme le voudrait la logique communautaire, c'est le drapeau européen qui aurait flotté en Irak aux côtés de la bannière américaine.

Le 11 septembre a également accéléré la perte d'intérêt des Etats-Unis pour l'Europe et remis en cause la pertinence de l'Alliance atlantique telle qu'elle existe, sans que les Vingt-Sept ne soient en mesure d'élaborer une vision stratégique qui leur soit propre et appuyé par une vraie politique de défense. La manière dont Washington a obtenu d'implanter son bouclier antimissile sur le sol européen sans concertation avec l'UE en est l'illustration, de même que l'abstention allemande sur l'intervention en Libye.

2001 – qui s'en souvient ? – est également l'année où les Quinze ont créée la Convention sur l'avenir de l'Europe. Dix ans plus tard, après un projet de Constitution mort-né et un traité de Lisbonne adopté dans la douleur, force est de constater que l'Europe ne parle toujours pas d'une voix forte et que personne, y compris ses dirigeants politiques, n'est encore capable de proposer un projet qui réponde à la nouvelle donne mondiale. A l'heure où certains répondent à la crise financière par l'idée d'un nouveau traité, ce constat n'est pas le moins intéressant.

Deux syndicats demandent la mise en faillite de Saab

Deux syndicats ont demandé lundi 12 septembre la mise en faillite de Saab, poussant un peu plus vers la liquidation le constructeur automobile qui croule sous les dettes. Les syndicats ont expliqué avoir fait cette demande de mise en faillite parce que leurs membres n'avaient toujours pas reçu leurs salaires du mois d'août. Or, "le délai de paiement après la demande du syndicat est maintenant expiré", explique Unionen, qui compte 1 100 membres chez Saab, principalement du personnel administratif.

Dans un bref communiqué, Saab dit avoir pris connaissance des demandes de mise en faillite. "Le tribunal a reçu les demandes, mais n'a pas encore rendu de décision, ce qui pourrait prendre quelques semaines", précise Saab. "Nous comprenons que les syndicats doivent faire ce qu'il perçoivent comme étant la meilleure chose à faire pour leurs membres", a dit à l'AFP une porte-parole de Saab, Gunilla Gustavs. De son côté, Saab "tente de parvenir à une solution en faisant appel de la décision de rejet de sa demande de restructuration volontaire", a-t-elle ajouté.
Le constructeur automobile suédois est à nouveau au bord du gouffre. Son propriétaire néerlandais, Swedish Automobile (ex-Spyker), a demandé mardi 7 septembre à la justice la protection de la loi contre les faillites en présentant ce qu'il appelle une proposition de restructuration volontaire. Mais jeudi, le tribunal de Vänersborg a rejeté cette demande après avoir conclu qu'il "n'y avait pas suffisamment de raisons de penser qu'une restructuration de l'entreprise fonctionnerait". Lundi, Saab a interjeté appel de cette décision.

Royal promet de poursuivre Boutin en justice si elle la qualifie encore d'"illuminée"

Ségolène Royal a promis de poursuivre en justice la présidente du Parti chrétien-démocrate, Christine Boutin, "pour injure publique" si celle-ci répétait des propos tenus la semaine dernière lorsqu'elle a qualifié Mme Royal de"profondément méchante" et d'"illuminée".
"Si elle ne me respecte pas en tant que femme politique, qu'elle me respecte en tant que mère de famille", a lancé la présidente de Poitou-Charentes. Mme Royal a toutefois estimé qu'à tout prendre elle "préfér[ait] être illuminée qu'étranglée", en référence à d'autres propos tenus par Mme Boutin lors d'un entretien à Radio Classique, vendredi. Elle avait dit avoir eu envie d'"étrangler" à un certain moment le président de la République, Nicolas Sarkozy.

L'ILLUMINÉE DU POITOU DEVRAIT SE CONTENTER DE CE TERME, CAR CELUI D'IMMACULÉE  FERAIT DÉSORDRE, TANT ELLE EST TÂCHE !

Un super-ordinateur pour prédire les grands événements du monde

L'avenir se lit-il dans le passé, ou du moins dans l'actualité ? C'est le postulat de Nautilus, un super-ordinateur, installé au sein de l'université du Tennessee, qui digère des centaines de millions d'articles de presse en langue anglaise et des rapports publics de provenance gouvernementales – comme ceux issus de l'"Open source center" du gouvernement américain – afin d'essayer de prédireavenir. Les premiers résultats de ce travail mené par le chercheur Kalev Leetaru de l'university de l'Illinois a donné lieu à la publication dans la revue scientifique First Monday d'un article intitulé "Culturomics 2.0 : prévoir le comportement humain à grande échelle grâce à la tonalité des médias internationaux dans le temps et l'espace".

Nautilus est programmé pour extraire deux types d'information : l'humeur et la localisation géographique. Ainsi, à chaque fois que les mots "horreur", "bonheur", "terrible" apparaissent dans un article, ils sont "traités" par Nautilus. Tout comme les données géographiques. Ces données sont ensuite brassées par un ordinateur, très puissant, doté d'une capacité de traitement de 8,2 téraflops. Les méthodes de calcul employées sont "très proches des algorithmes utilisés dans les prévisions économiques", explique Kalev Leetaru, à la BBC.
BEN LADEN LOCALISÉ... DANS UN RAYON DE 200 KM
Pour valider la pertinence de l'expérience, les chercheurs ont essayé de déterminer de manière rétrospective si l'emplacement de la cache de Ben Laden aurait pu être découvert à l'étude des données disponibles. En l'occurrence, seul un article de presse a évoqué la ville d'Abbotabad, où se trouvait le chef d'Al-Qaida. Toutefois, les multiples informations géographiques digérées par Nautilus lui ont permis de localiser Ben Laden... dans un rayon de 200 km autour d'Abbottabad. Un périmètre dans lequel se trouvent également les villes de Peshawar et Islamabad, largement citées dans les articles au sujet de Ben Laden.
L'expérience a également été menée sur le printemps arabe. Les données analysées par Nautilus ont mis en lumière une détérioration des sentiments nationaux avant l'éclatement des révolutions.
Les chercheurs reconnaissent que le système d'analyse est encore imparfait : ils souhaitent lui permettre de fonctionner en temps réel et affiner les données géographiques. Mais M. Leetaru est confiant : "Je compare [notre travail] à des prévisions météorologiques. Elles ne sont jamais parfaites, mais nous faisons mieux que de deviner au hasard."

lundi 12 septembre 2011

Si la Grèce sortait de l'euro...

 La possibilité d'une faillite de la Grèce serait désormais envisagée par la zone euro. Athènes pourrait alors abandonner la monnaie européenne pour revenir au drachme, misant sur sa dévaluation pour sortir de la crise.

Le sujet n'est plus tabou. D'après des informations de l'hebdomadaire allemand Spiegel dévoilées ce dimanche, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble envisagerait sérieusement une faillite d'Athènes, laquelle pourrait se solder par une sortie du pays de l'euro. Même si cette information a ensuite été «démentie par l'Allemagne», selon le ministre grec des Finances Evangélos Vénizélos, elle intervient alors que les marchés sont de plus en plus sceptiques concernant un sauvetage de la Grèce, dont la situation économique ne cesse de s'aggraver. A cela, il faut ajouter les publications récentes d'économistes, qui publient maintenant des «fictions» concernant l'abandon de l'euro par Athènes.
Économiste chez Natixis, Patrick Artus a ainsi décrypté ce scénario dans une analyse publiée lundi dernier. En prenant en compte les niveaux de la dette, des déficits public et extérieur de la Grèce, il estime qu'Athènes devrait déprécier sa monnaie de 55% pour équilibrer ses comptes. Dans l'immédiat, le pays essuierait une forte récession «pour les 18 mois suivants». Celle-ci se caractériserait par une chute de croissance et d'«une forte dégradation du pouvoir d'achat» due à l'inflation, conséquence de la dévaluation («avec une flambée des prix à l'importation d'environ 30%») et de la monétisation des dettes publiques tant que le déficit extérieur persiste. Dans la même veine, la banque UBS évoquait dans une note publiée début septembre un coût de 9500 à 11.500 euros par personne la première année d'une sortie de la monnaie européenne.

Un scénario «imaginable» et «supportable»

D'après Patrick Artus, cette mauvaise passe devrait alors s'achever au bout de « deux ou trois ans », avec une reprise de la croissance. Mais pour l'Europe, la facture serait salée, puisqu'en sortant de l'euro, la Grèce devrait convertir sa dette publique dans sa nouvelle monnaie. Ce qui coûterait aux banques et investisseurs institutionnels de la zone euro quelques 166 milliards d'euros, selon la dévaluation retenue par Natixis.
Une sortie de l'euro d'Athènes demeure «imaginable» et «supportable», avance Patrick Artus. Toutefois, «[il] ne tenterait pas le coup», insiste-t-il, de peur que les marchés se mettent en tête que d'autres pays en difficulté ne quittent à leur tour la monnaie unique. Avec en ligne en mire, l'Italie et l'Espagne (sous perfusion de la BCE via un programme d'achat d'obligation), dont la sortie de l'euro n'est, cette fois-ci, «pas du tout imaginable», étant donné la taille de leurs économies.

Dépenses publiques ou austérité budgétaire ?

Pour l'économiste, seule une politique de relance de la croissance en Grèce permettrait de sortir la tête de l'eau. «Il faut arrêter cet acharnement envers Athènes concernant la réduction de son déficit, s'emporte-t-il. On est en train de tuer le pays. Au lieu de lui donner trois ans pour réduire son déficit, qu'on lui en donne six, et qu'on aide ses entreprises à retrouver le chemin de la croissance et de la compétitivité.»
Un point de vue que partage l'économiste Nouriel Roubini, qui préconise de réactiver le levier des dépenses publiques sous peine de sombrer dans une «Grande dépression». Mais que tance Jürgen Stark, l'ex-économiste en chef de la BCE, pour qui «un stimulus budgétaire ne ferait qu'accroître le niveau de la dette et ne ferait donc qu'accroître encore ces risques». Quoi que décide la zone euro, elle devra dans tous les cas agir vite pour éviter que les «tabous» ne se transforment en scénarii catastrophes. Comme l'a déjà été la contagion de la crise à Rome et Madrid.

Françafrique et « France à fric » de retour

Rarement un homme de l'ombre se sera autant mis en lumière. Et rarement le financement occulte des partis politiques aura été évoqué de manière aussi limpide, que par l'avocat Robert Bourgi, hier dans le Journal du dimanche. Des révélations qui relèvent, au choix ou simultanément, du bon coup de presse, de la vengeance bien sentie, du règlement de comptes politique ou peut-être du mauvais polar. Le récit, hallucinant par sa simplicité, du convoyage de billets des chefs d'État africains jusqu'à l'Élysée, par le porteur de valises (voire de djembés !), bénéficie en tout cas d'un luxe de précisions assez inédit, dans le dévoilement des dessous de la Françafrique, voire ici de la France à fric… Cette mise en cause frontale de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin arrive alors que le procès du premier vient de reprendre et que la décision d'appel sur l'affaire Clearstream, concernant le second, est attendue sous peu. Elle a lieu aussi à trois jours de la sortie du nouveau livre de Pierre Péan sur… la République des mallettes, qui vise justement à dévoiler ces mêmes pratiques de financement. Et alors que la question africaine est aussi à l'ordre du jour, via la « normalisation » - controversée - des relations entre la France et le Rwanda, avec la rencontre, depuis hier à Paris, de Paul Kagamé et Nicolas Sarkozy. Coïncidences plus que troublantes… Chirac et Villepin ayant déjà fait part de leur intention de porter plainte, la justice devrait donc se saisir de l'affaire. En attendant, ce nouvel épisode ne grandit pas la vie politique française, et ses effets collatéraux pourraient bien atteindre au-delà des deux cibles actuelles.

Comédies

C’est comme si le film défilait devant nous : des valises bourrées de dollars par des rois nègres, convoyées à Paris par des barbouzes, enfin ouvertes, comptées puis coffrées dans les palais de la République… C’est le scandale du jour, et le très vieux film de la Françafrique. Nous l’avons déjà vu et revu, avec des acteurs de gauche et de droite. C’est grave, bien sûr, et hautement condamnable. Mais ce n’est qu’une triste comédie, à côté de la vraie catastrophe qui menace : l’éclatement de l’euro. Impossible, nous expliquent les gens raisonnables, les conséquences en seraient trop dramatiques… Drôle de raison. L’euro est mortel, et les Européens donnent chaque semaine davantage l’impression de vouloir en hâter le terme. Alors, dissertons de la Françafrique, mais sachons qu’à l’échelle de nos vies quotidiennes et de nos emplois, l’implosion de l’euro serait beaucoup, beaucoup plus douloureuse.

Ground Zero a vécu

On avait imaginé une commémoration planétaire, et c’est une cérémonie à taille humaine que le monde a suivie. Une émotion simple et dépouillée, forte, à la hauteur de ces années d’attente que chacune des familles des victimes du 11 septembre 2001 a vécues. Cette dimension à la fois grave et lumineuse - celle de la vie qui continue - va sans doute permettre à New York d’échapper enfin à l’ombre gigantesque et fantomatique que les Twin Towers continuent de projeter sur la ville dix ans après avoir disparu de sa skyline.

Il fallait ces moments d’intimité pour chasser l’horreur. Ces mains qui caressent doucement l’identité, gravée pour l’éternité, d’un mari disparu, comme si elles le retrouvaient; ces prénoms égrenés un à un, déchirant l’anonymat de l’événement qui les a engloutis; ces visages souriants que des parents, debout, brandissent comme pour repousser l’atrocité de la mort d’un fils; l’hommage, fier et tremblant de ces garçons et de ces filles à un père ou une mère qu’ils n’ont connus que par le récit qu’on leur en a fait... et qui peuvent enfin se l’approprier; ces moments de communion et ces étreintes où l’on s’abandonne, toutes défenses à terre, parce qu’enfin tout est vraiment fini.

«Ground Zero» n’existe plus, et il faudra le rayer de notre vocabulaire. Il n’évoquait que le néant d’une destruction. Depuis hier, le no man’s land où erra trop longtemps un souvenir insaisissable est devenu un lieu où l’avenir peut à nouveau regarder vers le ciel. Un site pensé à travers un dédale de volontés contrariées, mais finalement inspiré. Bien inspiré. Ici, au rythme de l’eau et du recommencement inlassable des cascades qui l’emportent et la ramènent, la mémoire, jamais prisonnière du béton ou du marbre, sera toujours en mouvement. Définitivement libre.

Le 11 septembre de 2011 a vaincu celui de 2001. Si les New-Yorkais veulent maintenant effacer de leurs cauchemars les images des Boeing-suicide, des boules de feu et des gratte-ciel qui s’abattent, ils savent qu’ils n’oublieront jamais dans les trépidations du quotidien l’épisode qui a marqué, pour toujours, leur existence. Les voilà prêts à assumer, collectivement, ces stigmates d’un destin commun.

Discrets et volontairement brefs, Barack Obama et George Bush l’ont bien compris. L’un invoqua Dieu, l’autre Lincoln, les deux références indiscutables partagées par les Etats-Unis tout entiers. Ce jour n’était pas politique. Ni républicain, ni démocrate, ni guerrier, ni pacifiste, il n’appartenait ni à un président, ni à son successeur. Ils ont été seulement les spectateurs d’une Amérique qui s’est rassemblée au sommet au moment où, pourtant, les incertitudes économiques, la dette intérieure et les bouleversements des grands équilibres du monde fragilisent sa suprématie déclinante. Hier, New York, brave, a enterré dix ans de tragédie pour affronter l’angoisse de la décennie qui vient.

Économie : le grand dérèglement

Au terme du G7 « marseillais » des argentiers des pays riches, conclu sur des engagements aussi fortement affichés qu'ils sont flous sur leurs moyens de mise en oeuvre, la semaine et les mois à venir s'ouvrent sur des perspectives incertaines, pour ne pas dire chahutées. La Bourse, le révélateur caricatural des dérèglements de la planète libérale, n'est sans doute pas prête à retrouver de sitôt sa sérénité. Tant les signaux cumulés confirment qu'il n'y a pas de vrai pilote dans l'avion de l'économie mondiale, alors que les moteurs tournent au ralenti, que l'emploi est en panne, et que des bombes potentiellement ravageuses (Grèce, banques) restent à désamorcer. Encore heureux qu'il n'y ait pas, pour l'heure, une fronde généralisée des citoyens.

La réponse internationale « forte et coordonnée » promise par le G7 ne doit guère faire illusion. Ce que la rencontre de Marseille a d'abord illustré, ce sont les dissensions profondes de la gouvernance mondiale face à la crise financière et économique. Il y a bien un océan entre le choix américain du soutien coûteux à la relance et la volonté germano-européenne de privilégier l'apurement des dettes publiques. Ce qui augure mal de l'efficacité du prochain G20 made in France, dans le droit fil, il est vrai, d'un déclin quasi continu des sommets à 20, depuis celui de Londres en avril 2009. Cimentée hier par la peur d'un effondrement généralisé, la foi collective s'est délitée avec le retour en trompe-l'oeil de la croissance. Peut-elle renaître de la menace réapparue ?

Pour ne rien arranger, le pilotage européen lui-même laisse toujours autant à désirer. Ce n'est pas un hasard si les Bourses ont dévissé sur la simple annonce de la démission du chef économiste de la banque centrale européenne. En d'autres temps, cela aurait été anecdotique. Or là, les marchés ont immédiatement compris que la défection de Jurgen Starck signait une énorme réticence de l'Allemagne à voir la BCE, dont elle est le pilier, à payer pour les mauvais élèves de la zone euro. Difficile de leur donner tout à fait tort. Même si la France et l'Allemagne vont afficher, ce jeudi, des propositions communes sur la gouvernance européenne. Une nouvelle fois, dira-t-on, c'est bien ça le problème.

Ces inconséquences et ces défaillances du pilotage européen et mondial pourraient s'avérer très dangereuses pour une économie mondialisée qui avance sur le fil du rasoir. Le ralentissement général de la croissance - y compris dans les pays émergents - n'est pas un fantasme de boursier. C'est une donnée réelle qui produit du chômage et de l'angoisse, et qui peut faire exploser les deux bombes suivantes.

En Grèce, il est de plus en plus évident que l'équation de base « peu d'État, peu d'impôts » (et réciproquement) mène le pays au défaut de paiement. Au-delà de la nouvelle visite de la troïka de contrôle des comptes (FMI, BCE, UE), il est sans doute temps de se préoccuper d'un plan B, d'une alternative à un plan de redressement grec qui ne semble plus crédible. Pour l'autre bombe, bancaire, la situation est d'autant plus embrouillée que les banques françaises se font massacrer en Bourse malgré leurs assurances réitérées de bonne santé. Sans doute récoltent-elles les fruits amers d'une politique de non-transparence ou de crash test déconnectés des risques réels. De là à les recapitaliser dare-dare, voire les nationaliser, il y a un grand pas ! La fureur de la Bourse est souvent mauvaise conseillère.

Les États devront-ils voler au secours des banques ?

Les investisseurs ne cessent d'attaquer depuis plusieurs jours les valeurs bancaires exposées par la crise de la dette.

Chaque jour qui passe, surtout quand il est marqué comme vendredi par un coup de bambou en Bourse, met un peu plus de pression sur les banques. Les États européens devront-ils, comme en 2008, les aider? Aucune réponse certaine n'existe. Car ceux qui, à la tête de l'État, des banques et des banques centrales, ont une idée précise de la gravité de la situation ne parlent pas ou tiennent des discours lénifiants pour ne pas ajouter de la crise à la crise. Ceux qui ne sont pas aux affaires évoquent plus librement des scénarios de crise. Comme Ségolène Royal qui, samedi, a déclaré sans vergogne que «les banques vont sans doute redemander l'aide de l'État (…) sans doute dans la semaine».
• Pourquoi les banques auraient-elles besoin d'argent public?
Deux écueils les guettent potentiellement. Le premier serait l'assèchement complet de leurs ressources: les banques ont besoin d'emprunter sur les marchés pour financer leurs activités. Mais la crise des dettes d'État en Europe dissuade de plus en plus de prêteurs. L'éviction du marché dont ont été successivement victimes les établissements grecs, irlandais et portugais, puis espagnols et italiens, semble désormais gagner l'ensemble de la zone euro. Certes, les banques s'adaptent, en empruntant à plus court terme, en «coupant» leurs positions pour économiser leur cash et, enfin, en se procurant de l'argent frais à la Banque centrale européenne. Mais ces solutions ne sont pas pérennes et certaines banques européennes se retrouvent aujourd'hui en situation de grande fragilité sur le front de la «liquidité».
Le deuxième danger qui menace les banques, ce sont les pertes qu'elles pourraient avoir à encaisser du fait du ralentissement économique et de la crise des dettes d'État, la menace la plus immédiate étant celle de la dette grecque. Selon la presse allemande, Berlin prépare d'ailleurs un plan de soutien public au secteur financier, activé en cas de faillite de la Grèce.
• Toutes les banques auront-elles besoin d'aide?
Il est probable que certaines banques auront besoin d'aide. Le défi sera alors de circonscrire l'incendie. Dans le climat actuel de stress, l'annonce d'un sauvetage peut créer une crise systémique, les investisseurs achevant de ne plus prêter à aucun établissement, les épargnants préférant retirer leurs avoirs. En 2008, les États avaient mis en œuvre des plans d'aide extensifs, noyant dans la masse les cas des banques les plus fragilisées. Cette fois, essaimer large pourrait être contre-productif car cela accréditerait la thèse que l'on prépare l'ensemble du secteur bancaire à un choc majeur sur la dette souveraine. «Comme si les politiques envoyaient le signal qu'ils ne croient pas à leurs propres mesures» de sauvetage de la zone euro, relevait la semaine dernière le patron de la Deutsche Bank, Josef Ackermann.
• Quelle forme l'aide pourrait-elle prendre?
Pour les banques qui en ont besoin, l'idéal serait de se recapitaliser sur fonds privés. Fin juillet, deux banques grecques ont aussi annoncé une fusion rendue possible par une injection de fonds… du Qatar. Mais, sauf exception, les États européens seront bien en première ligne. Ce qui pose deux problèmes. Le premier est financier: certains pays déjà fragilisés risquent d'avoir du mal à porter des bilans bancaires parfois équivalents à leur PIB. La solution pourrait venir du Fonds européen de stabilité financière (FESF). L'accord européen du 21 juillet dernier - qui n'est pas encore validé par les parlements nationaux - prévoit qu'il puisse assumer cette mission.
Le deuxième sujet est politique: les opinions publiques accepteront-elles de «sauver» encore une fois les banques? «Seulement si elles paient beaucoup plus cher qu'en 2008 le capital qui leur est fourni et l'argent qui leur est prêté», répond un politique pour qui: «Un sauvetage justifierait aussi de nouvelles exigences en matière de rémunérations, de renouvellement des dirigeants et de séparation des activités.»
• Les banques françaises sont-elles en première ligne?
Les banques françaises, qui avaient plutôt bien traversé la crise de 2008-2009, sont plus chahutées par celle de 2011. Leur expansion en Europe, notamment en Grèce et en Italie, est devenue une faiblesse. Elles sont aussi assez consommatrices de liquidités sur les marchés pour deux raisons: leur modèle «universel» en fait des acteurs significatifs dans la banque d'investissement, et la structure du marché de l'épargne a déporté celle-ci vers l'assurance-vie et les OPCVM plutôt que dans les bilans bancaires. À ce panorama s'ajoutent les faiblesses réelles ou supposées de chacune: une grosse dépendance aux financements de marché chez Dexia, une réputation entamée et de fortes positions de marché à la Société générale, une filiale grecque au Crédit agricole…

Turquie: +8,8% du PIB au 2e trimestre

L'économie turque a connu une croissance de 8,8% au second trimestre 2011, confirmant ses performances depuis 2010, selon les données officielles publiées lundi par l'institut de la statistique (Tüik).

La croissance turque avait déjà atteint 8,9% en 2010, dépassant les prévisions du gouvernement, qui tablait sur une progression d'environ 7,0%. Le Tüik a par ailleurs révisé à la hausse le taux record du premier trimestre 2011 de 11,0% à 11,6%.

La Turquie, pays d'environ 73 millions d'habitants et 17e économie mondiale, conserve un des plus forts taux de croissance au monde. Le produit national brut (PNB) par habitant s'est chiffré à 10.079 dollars pour 2010, selon le Tüik, contre 8.590 dollars en 2009. En 2009, plongée dans la récession du fait de la crise mondiale, l'économie turque s'était contractée de 4,8%.

Va-t-on nationaliser les banques?

Après une nouvelle semaine agitée en Bourse et avant des décisions capitales sur la Grèce... 
 Que faire face à la chute des Bourses et au pilonnage des valeurs bancaires? Lorsque les rumeurs de défaut de la Grèce gagnent en crédit et que les dissensions sont telles au sein de la Banque centrale européenne qu’elles poussent à la démission son économiste en chef, l’Allemand Jürgen Starck? À Marseille, ces deux derniers jours, les ministres des Finances du G7 et les banquiers centraux ont martelé leur confiance envers le système bancaire européen et juré que les banques étaient à l’abri d’un krach… L’Allemagne, pourtant, plancherait sur un plan de sauvetage pour parer à un défaut grec. À Paris, l’Élysée et Matignon suivent désormais de très près le sort de la Société générale. Le massacre des banques en Bourse rappelle, séance après séance, leur fragilité. La crise des dettes souveraines, qui pèsent sur leurs bilans, confirme que la solution est politique et européenne. Passe-t-elle par une nationalisation, comme le soutiennent plusieurs experts, le moyen radical de sauver les maillons les plus faibles de la planète finance?

Marc Fiorentino, PDG de Monfinancier.com : "Prendre 30 % du capital tout de suite"
"Les banques ont besoin d’être recapitalisées et le seul acteur qui puisse les aider, c’est l’État". Le nouveau vent de panique qui a soufflé vendredi sur le secteur bancaire semble donner raison à Marc Fiorentino, expert des marchés. La Société générale a de nouveau fait les frais de l’inquiétude ambiante, son cours clôturant la semaine à – 13,8 % tandis que les autres valeurs bancaires chutaient de plus de 7 %. Pour le PDG de Monfinancier.com, une intervention radicale s’impose. "Elle doit prendre la forme d’une participation de l’État au capital des banques françaises de l’ordre de 30 %". L’expert chiffre le coût de la mesure entre 50 et 100 milliards d’euros. Pour la financer, la France pourrait emprunter en recourant au besoin au fonds de stabilité européen. Cette nationalisation ne suffira pas. Elle doit s’accompagner d’un recentrage des activités bancaires sur le financement de l’économie et non plus sur la spéculation financière. "Elles nous ont menti en 2008 et nous ne savons pas aujourd’hui si elles cachent d’autres bombes toxiques dans leurs bilans".
René Ricol, ancien médiateur du crédit : "L’urgence, les protéger de la spéculation"
Tous les banquiers parisiens, dont Frédéric Oudéa, patron de la Société générale, seront à New York mardi pour rencontrer des investisseurs internationaux. Un rendez-vous de longue date qui prend maintenant une importance capitale. De nouveaux chiffres –rassurants– seront diffusés à cette occasion. Suffiront-ils à calmer les Bourses et les gérants d’actifs qui font plonger les cours? "Il est impossible de rester sans réagir face aux attaques dont fait l’objet la Société générale. Il faut d’urgence arrêter les spéculateurs qui jouent sur tous les marchés : matières premières, obligations, comme actions des sociétés cotées", insiste René Ricol. Pour lui, la qualité des fondamentaux des banques françaises et ceux de la Société générale en particulier sont sains. "Il existe une batterie d’outils pour protéger un établissement : une garantie publique ou la mise à disposition de financements par des organismes gouvernementaux", ajoute-t-il. Coût de l’opération? Jusqu’à 10 milliards d’euros, selon plusieurs experts qui ont regardé le dossier. L’économiste Élie Cohen avance d’autres pistes : une augmentation de capital, une intervention du Fonds européen de stabilité ou l’entrée au capital d’un fonds souverain. "Sans un tsunami financier avec des défauts grec, italien ou espagnol en cascade, il n’y a pas de raison de nationaliser".
Georges Pauget, fondateur d’Économie, finance et stratégie : "Cela n’a pas de sens aujourd’hui"
La faillite de l’État grec peut encore être évitée. "Tout comme une intervention de l’État en faveur des banques françaises. Cela n’a pas de sens aujourd’hui", plaide Georges Pauget. Pour l’ancien patron de l’une des plus grandes banques françaises, le Crédit agricole, aujourd’hui à la tête du cabinet de conseil Économie, finance et stratégie, parler de nationalisation, même en cas de défaut grec, est excessif. L’exposition totale des établissements français à la Grèce se chiffre à environ 8 milliards d’euros. Soit ce qu’elles gagnent en un semestre. La solution, selon Pauget? "Un apport en garanties, sur le modèle de ce qui a été fait en 2008, permettrait de restaurer la capacité d’emprunt des banques".
François Hollande, candidat à la primaire socialiste : "En cas de défaut grec, l’État doit entrer au capital"
En pleine campagne des primaires socialistes, François Hollande ne veut pas verser dans l’idéologie des années Mitterrand. Mais il n’exclut pas une mesure de sauvegarde. "S’il advenait qu’il y ait un défaut de la Grèce et que les banques soient amenées à constater des pertes, il y aurait un appel à l’État, comme cela s’est produit dans la crise des subprimes. Dans ce scénario, à la différence de 2008, je recommanderais que l’État ne prête pas aux banques mais prenne une participation à leur capital", déclare-t-il au JDD. Un scénario où l’État deviendrait un actionnaire minoritaire et se retirerait en cas de retour à meilleure fortune. Pour Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, la méthode est dépassée : "Il existe des techniques sophistiquées qui permettent d’éviter la nationalisation". Les banques françaises sont exposées à un défaut de paiement de certains pays. "À ce stade, ce risque n’existe pas. Nous devons tout faire pour empêcher que les banques ne se trouvent en cessation de paiements pour protéger l’épargne des Français. En 2008, le gouvernement leur avait fait des avances remboursables. Ce dispositif a protégé les banques et l’argent des Français, tout en ne coûtant rien au contribuable. Au contraire, les banques ont payé les intérêts dus à l’État".

La Grèce veut vendre du soleil à l'Allemagne

Le Premier ministre grec, Georges Papandréou, a confirmé aujourd'hui l'intérêt de l'Allemagne pour "acheter du soleil" grec, en important de l'électricité produite par des parcs photovoltaïques en Grèce.

Georges Papandréou, qui donnait une conférence de presse de rentrée économique à Salonique, a indiqué qu'il se rendrait fin septembre en Allemagne pour discuter de ces projets avec son homologue allemande, Angela Merkel lors d'un congrès d'industriels allemands. "Nous pouvons fournir aux Allemands de 10.000 à 15.000 MW", a-t-il précisé, soulignant toutefois l'urgence pour le pays de lutter contre "la corruption et la bureaucratie", qui ont par le passé fait naufrager d'innombrables plans d'investissements.

Il a fait état d'un "énorme intérêt" allemand envers les capacités grecques de production d'énergies renouvelables, au vu de l'abandon prévu de la production d'énergie nucléaire en Allemagne, et des doutes pesant sur la stabilité politique de la rive sud de la Méditerranée.  "Il y avait un projet au Sahara, mais il est remis en question par les évolutions politiques", a-t-il indiqué.

Après la visite en Grèce d'un responsable allemand, dans le cadre d'un plan commun de promotion des investissements pour aider à la relance grecque, le ministère de l'Environnement avait indiqué travailler sur un projet d'installation de parcs solaires de 20.000 hectares destinés à l'exportation vers l'Allemagne.  Selon la presse, ce projet, baptisé "Helios", du nom antique du dieu soleil, est doté d'un budget initial de 20 milliards d'euros.

Le ministre allemand de l'Economie Philipp Rösler est attendu en Grèce en octobre en vertu d'un accord entre Athènes et Berlin conclu en mars pour coopérer en matière de développement d'énergies renouvelables. Le gouvernement socialiste grec cherche à attirer des investissements dans les énergies renouvelables pour remplacer les emplois perdus du fait de la récession exacerbée par des mesures d'austérité prises pour régler le problème de la dette. Il a également promis de rendre la production électrique progressivement moins dépendante du lignite, une variété de charbon très polluante.

Semaine cruciale pour les banques

Moody's pourrait dégrader les notes de crédit de la Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole. 

La semaine qui s'ouvre s'annonce à hauts risques pour le secteur bancaire européen en général, et les établissements français en particulier. Littéralement massacrées en Bourse depuis le début de l'été, les banques s'apprêtent à affronter de nouveaux vents contraires. Alors que les Européens doivent finaliser cette semaine le deuxième plan de sauvetage de la Grèce, l'agence de notation Moody's pourrait, selon certaines rumeurs, abaisser la note de crédit de trois banques françaises, BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale. Le 15 juin, l'agence les avait placées sous «surveillance» pour trois mois, avec «perspective négative», en raison de leur exposition à la Grèce. Si elle s'en tient à ce qu'elle avait indiqué avant l'été, Moody's abaisserait d'un cran les notes de BNP Paribas et du Crédit agricole et de deux crans celle de la Société générale. Pendant le week-end, Moody's et les trois banques concernées se sont refusées à faire tout commentaire.
En pleine tempête boursière, ce changement de note, même anticipé, sera un nouveau coup dur pour ces banques qui s'efforcent de rassurer les investisseurs sur leur capacité à se refinancer. Le climat reste délétère: l'action de la Société générale, la plus attaquée par les marchés, a ainsi perdu 56% depuis le 1er janvier, BNP Paribas, 37% et Crédit agricole, 43%. L'indice bancaire européen a dans le même temps chuté de 35%.

La troïka à Athènes

La tension est montée d'un cran vendredi lorsque le très orthodoxe chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), l'Allemand Jürgen Stark, a démissionné pour marquer son désaccord avec l'aide apportée par l'institut monétaire aux pays fragiles de la zone euro, y compris l'Italie et l'Espagne, sous forme de rachat de leurs emprunts obligataires sur le marché. Pour ne rien arranger, les banques rechignent à se prêter entre elles. Les dépôts au jour le jour des banques de la zone euro auprès de la Banque centrale européenne (BCE) sont à un niveau record.
Cette semaine, les représentants de la troïka (Union européenne, Fonds monétaire international et BCE), chargés de surveiller les comptes de la Grèce, y feront leur retour. Ils étaient partis de façon inopinée début septembre, estimant qu'Athènes n'avait pas rempli ses promesses en matière de privatisations et de réformes économiques. Le gouvernement grec a donné dimanche des gages supplémentaires et le commissaire européen Olli Rehn s'est dit confiant dans la perspective d'un accord d'ici à la fin du mois. Le temps presse en effet: la Grèce a absolument besoin du feu vert de la troïka pour recevoir une nouvelle tranche d'aide de 8 milliards d'euros tirée du premier plan d'aide de 2010. Un refus signifierait le défaut de paiement. Les banques qui lui ont prêté de l'argent, subiraient, alors de lourdes pertes.
Dans ce contexte, le débat fait rage pour savoir si les banques européennes, qui détiennent dans leurs bilans des paquets d'emprunts d'États de pays fragilisés de la zone euro sont suffisamment capitalisées.
Le 27 août, Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, avait estimé qu'il était «urgent» que les établissements financiers européens se renforcent avec de nouveaux capitaux. Samedi, elle a atténué ses propos, précisant, que le chiffre de 200 milliards d'euros de besoin de recapitalisation des banques européennes n'était qu'une estimation provisoire «actuellement en discussion»…


IN REMEMBERANCE












Les Allemands anticipent une mise en faillite de la Grèce

Organiser l'insolvabilité plutôt que la subir. À Berlin, c'est le nouveau credo d'une bonne partie des experts économiques n'écartent plus l'hypothèse du pire.

L'Allemagne a-t-elle déjà lâché la Grèce ? Selon plusieurs sources gouvernementales, la question n'est en tout cas plus de savoir si la Grèce va faire faillite mais plutôt comment. Histoire d'anticiper les conséquences pour le reste de la zone euro, et surtout ses banques.
Selon le magazine allemand « Der Spiegel », les troupes du ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, étudient deux hypothèses de sortie de crise brutale : l'une avec maintien de l'euro dans le pays, l'autre avec retour à la drachme. Le fonctionnement du Fonds européen de stabilisation financière, qui avait été adopté le 21 juillet dernier, pourrait être remanié lors du sommet du ministère des Finances prévu en fin de semaine en Pologne. Et ce, afin de parer au plus pressé en cas de scénario du pire. Dans l'hypothèse d'une faillite de la Grèce, les États en difficulté, comme l'Espagne ou l'Italie, se verraient automatiquement attribuer des lignes de crédit, tout comme les banques exposées à la dette grecque. Dans le quotidien « Die Welt », c'est le ministre de l'Économie, Philipp Rösler, qui évoque « l'insolvabilité ordonnée de la Grèce ». Des solutions destinées à limiter les risques de contagion, mais aussi à faire pression sur le gouvernement grec.
Un gouvernement grec qui a présenté dimanche une série de nouvelles mesures pour endiguer le dérapage de son budget, et tenter de convaincre ses créanciers de prolonger leur soutien. Des représentants du FMI (Fonds monétaire international), de l'Union européenne et de la BCE avaient quitté Athènes début septembre, en protestant contre le manque de coopération du gouvernement. Ce que le ministre grec des Finances, Evangelos Venizelos, a vivement démenti ce week-end en expliquant que ce départ était « planifié ». Une nouvelle taxe foncière sur tout l'immobilier du pays sera ainsi appliquée dès cette année, et collectée d'après les factures d'électricité. Au total, le pays s'engage à réaliser 2 milliards d'euros d'économies supplémentaires en 2011, ce qui limitera le déficit du pays à... 17,1 milliards d'euros.
Pour les marchés, qui avaient fondu vendredi sur l'euro, le marché obligataire et les banques les plus exposées à la crise grecque, les mesures risquent de ne pas suffire. La dégradation de la note de trois banques françaises que pourrait annoncer Moody's cette semaine devrait faire sortir du bois de nouveaux grecquo-sceptiques. Vendredi, le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, avait suggéré de mettre en berne à Bruxelles les drapeaux des pays « pécheurs » pour cause de méga-déficit...
L'Allemagne a-t-elle réellement intérêt à ce que la Grèce sorte de la zone euro ? Pas si sûr. En effet, avec un retour à la drachme, les autorités d'Athènes pourraient utiliser l'arme de la dévaluation monétaire. Dans un premier temps, cela pourrait relancer l'économie grecque. Mais cela constituerait aussi le meilleur moyen de faire une croix sur toutes les créances du pays, puisque la valeur des actifs serait ramenée à zéro ou presque. Cela pénaliserait fortement les banques allemandes très exposées à la Grèce, tout comme les françaises. Or, une banque préférera toujours récupérer un peu que rien du tout.
Par ailleurs, une dévaluation obligerait les banques à déprécier leurs créances. Si les établissements semblent avoir correctement provisionné leur exposition à la dette souveraine, ce que contestent toutefois plusieurs spécialistes, « cela n'est pas forcément le cas de la dette privée », indique un analyste. Pour les banques qui détiennent des réseaux bancaires grecs, comme Crédit Agricolegricole avec Emporiki et Société Généralecute; Générale avec Geniki, l'impact d'un défaut de la Grèce et d'un retour à la drachme serait évidemment dramatique. Un tel scénario serait long à mettre en place. Ne serait-ce que parce que le traité de Maastricht ne prévoit rien cet effet...