TOUT EST DIT

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lundi 5 avril 2010

Le site de la féria d'Arles piraté par des anti-corrida

Le site officiel de la féria de Pâques à Arles (Bouches-du-Rhône), qui doit s'achever lundi soir, a été piraté par des militants anti-corrida, qui ont affiché sur la page d'accueil le message "la fête est finie".

Le contenu du site a été remplacé par des photos d'un torero se faisant encorner et des images de taureaux morts. La page d'accueil présente également une phrase de Gandhi : "On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux."
Le ou les pirates ont également publié un message annonçant la fermeture définitive prochaine du comité de la féria.

ANTI-CORRIDA, MILITANTS ANTI-TOUT....MAIS PRO-CONNERIE !

« L'Eglise est avec vous ! »


L'Eglise catholique, éclaboussée par les scandales de pédophilie, a resserré les rangs, hier, autour du pape. Benoît XVI a prononcé une bénédiction de Pâques centrée sur les conflits en cours, notamment au Moyen-Orient, mais sans aborder ces affaires.

« L'Eglise est avec vous ! », a assuré au pape le doyen des cardinaux, Mgr Angelo Sodano, dans un message de voeu pascal tout à fait exceptionnel, lancé juste avant la messe présidée par Benoît XVI. « Avec vous les cardinaux, vos collaborateurs de la Curie romaine. Avec vous les confrères évêques éparpillés de par le monde. Particulièrement avec vous en ces jours, les 400 000 prêtres qui servent généreusement le peuple de Dieu », a affirmé le cardinal.

Accusé d'avoir couvert
des prêtres pédophiles
à Munich

Depuis plusieurs mois, l'Eglise catholique est touchée par une cascade de scandales révélés en Europe, particulièrement en Irlande. Son chef lui-même a été accusé dans la presse d'Allemagne, son pays natal, et des Etats-Unis d'avoir couvert des prêtres pédophiles quand il était archevêque à Munich, puis lorsqu'il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi avant de devenir pape en 2005.
En prononçant sa bénédiction « urbi et orbi » (« à la ville et au monde ») depuis le balcon de la basilique, le pape a affirmé que face à une crise « profonde », l'humanité a « besoin » d'une « conversion spirituelle et morale » et de « changements profonds, à commencer par celui de la conscience ». Mais Benoît XVI n'a pas fait d'allusion aux scandales en cours, devant la foule de fidèles massés sous la pluie place Saint-Pierre, qui l'ont acclamé avec ferveur. Interrogés, ceux-ci ont pour la plupart pris la défense de l'Eglise face aux scandales. « Les journalistes en font quelque chose de plus important que cela ne l'est en réalité », a estimé Edgar Meier, un catholique venu d'Allemagne.
Avant de souhaiter « Joyeuses Pâques » en 65 langues, Benoît XVI a appelé à la paix au Moyen-Orient, en Terre Sainte et en Irak, ainsi qu'en Afrique, particulièrement en République démocratique du Congo, en Guinée et au Nigeria. Il a également évoqué l'Amérique latine et les Caraïbes « touchés par une dangereuse recrudescence des crimes liés au trafic de la drogue », ainsi que Haïti et le Chili dévastés par des séismes. Il s'est aussi inquiété du sort des « chrétiens qui à cause de leur foi souffrent la persécution et même la mort », citant particulièrement le Pakistan.

L'une des périodes les
plus difficiles de l'histoire
de l'Eglise catholique

La semaine pascale qui commémore pour les catholiques le martyre, la mort et la résurrection du Christ, a coïncidé avec l'une des périodes des plus difficiles de l'histoire de l'Eglise catholique. Déjà ternie par les scandales de pédophilie, elle a été marquée par une polémique supplémentaire, vendredi soir, lorsque le prédicateur du Vatican a dressé indirectement un parallèle entre l'antisémitisme et les accusations contre l'Eglise et Benoît XVI. Le Vatican a immédiatement pris ses distances, soulignant qu'il ne s'agissait pas de sa position officielle. Mais devant le tollé suscité par ses propos, le père Raniero Cantalamessa a présenté ses excuses, regrettant d'avoir « contre sa volonté heurté la sensibilité des juifs et des victimes de la pédophilie ».
Toute la semaine, les médias du Saint-Siège, l'Osservatore Romano et Radio Vatican ont publié des messages de soutien au pape et à l'Eglise face à « une propagande grossière » voire « une machination ». Hier, au moins trois journaux italiens publiaient des interviews de prélats défendant Benoît XVI, assurant qu'il fut le premier à initier la lutte contre la pédophilie dans l'Eglise.

« Un silence coupable »

« Il y a une campagne de dénigrement et de calomnies qui vise à salir le pape », s'est insurgé hier dans Le Parisien le chef de l'épiscopat français, Mgr André Vingt-Trois. Dans une interview à La Stampa, un autre important cardinal français, Roger Etchegaray, a appelé l'Eglise à « remplir sa mission sans se laisser intimider et sans craindre les ennemis ».
Le primat de Belgique, Mgr André Léonard, a qualifié « d'exemplaire » la récente lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande pour affronter la question de la pédophilie dans le clergé, même si cet archevêque a reconnu que l'Eglise a « pendant des décennies mal géré le problème ». « Par un silence coupable, on a souvent préféré la réputation de certains hommes d'Eglise à l'honneur de ces enfants abusés », a-t-il admis.

La vérité, ce diamant fragile, par Christophe Deloire

En ces temps de crise, la vérité est une valeur sérieusement en baisse.

Cette bonne vieille vérité que l'on croyait venue à bout des mythologies, des chimères, des idéologies, vaut désormais moins qu'une incantation de chanteur ou un boniment d'actrice.

La France est un pays étrange, sécularisé, dans lequel la vieille morale bourgeoise a été quasi éradiquée, mais où il semble régner plus que jamais la distinction entre les observations qui ont le droit de cité et celles qui en sont bannies. Comme dans les vieilles familles, "toutes les vérités n'y sont pas bonnes à dire". Ne parlons pas de la Vérité, notion définitivement absurde, mais de ces petites vérités reposant sur des faits établis, sans doute partielles, mais toujours préférables au doigt mouillé ou à la profession de foi.
Dans la France de 2010, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) sanctionne une chaîne, Canal Plus, pour avoir retransmis les propos du journaliste polémiste Eric Zemmour. Ce dernier a prétendu dans l'émission "Salut les Terriens" : "Les Français issus de l'immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est un fait." La deuxième partie de la phrase est aussitôt critiquée. Aussitôt, l'employeur principal de l'impétrant le convie à un entretien préalable au licenciement. Un avocat général célèbre, Philippe Bilger, qui le soutient sur son blog, est aussitôt convoqué par le procureur général. Le monde médiatique s'en émeut, s'en offusque.

Au contraire, une grande partie du public s'offusque que l'on s'offusque. Sur les blogs qui traitent de l'"affaire", nombre d'internautes dénoncent ce qu'ils estiment être une atteinte à la liberté d'expression. Devant l'afflux des commentaires, et parfois leurs excès, les blogs décident les uns après les autres de fermer le robinet à paroles. Devant l'abondance du courrier des lecteurs, la convocation de Zemmour est annulée.

ÉLITE ÉCLAIRÉE FACE À UN POLÉMISTE ET UN PEUPLE VULGAIRES ?

Pour peu que l'on se renseigne sans a priori, il n'est pourtant pas absurde de penser que le propos sur "la plupart des trafiquants" est fondé. En 2007, journaliste au Point, j'avais tenté de révéler "ces statistiques qui dérangent". Après avoir compulsé des liasses de notes de synthèse de la direction centrale de la sécurité publique et de la direction centrale de la police judiciaire, j'avais estimé que 60 à 70 % des crimes et délits en France sont commis par des enfants de l'immigration africaine ou nord-africaine. Comme la délinquance est, au moins en partie, corrélée avec la relégation sociale ou culturelle, la statistique n'épuise pas la réalité, et surtout ne justifie pas l'excès de contrôles policiers. Mais le chiffre correspond (de manière plus ou moins pertinente) à un fait.

Toutes proportions gardées, un fait journalistique se reconnaît à la manière dont Karl Popper reconnaît une vérité scientifique. C'est une proposition réfutable sur le principe, qui n'a pas encore été réfutée. Des indices (la perception directe, les témoignages, les documents) permettent d'établir une vérité, qui sera récusée si d'autres indices me font changer de vérité. La croyance, religieuse ou politique, n'est en revanche pas réfutable. Elle est un choix, qui dépend de ma volonté plus que des indices.

Que préfère le monde médiatique ? Il est très intéressant de constater que les faits bruts avancés par Zemmour ont plus choqué dans le Landerneau que des opinions pour le coup très contestables. Ainsi le polémiste avait-il clamé que les entreprises avaient le "droit" de discriminer les Noirs et les Arabes. Que par "le droit" il ait entendu que la discrimination était "légitime" ou "légale", c'était soit scandaleux soit faux. A l'aune des réactions, ces assertions sans fondement étaient semble-t-il moins dérangeantes qu'une réalité toute crue.

Bien entendu la vérité est multiple, lointaine, profonde, même avec une "subjectivité désintéressée" comme la prônait Hubert Beuve-Méry. Mais avec l'occultation d'une réalité, d'un chiffre, d'un fait, même parcellaire, et l'interdiction d'en débattre, commence l'abolition de l'honnêteté et de l'idée même de vrai et de faux. Le plus étrange, en France, c'est qu'une vérité dérange plus que bien des inepties (ou les mensonges caractérisés qui prolifèrent impunément dans la vie politique).

Qui s'attache aujourd'hui à distinguer simplement le vrai du faux ? La vérité est sans doute une construction du réel, puisqu'elle repose sur un choix immanquablement subjectif de faits, mais elle ne souffre pas la négation du réel, ni la récusation des faits gênants. Ce devrait être le rôle premier des journalistes, de collecter tous les indices possibles pour comprendre le monde et la société, plutôt que de s'instituer en clercs proférant un prêchi-prêcha "responsable" et "moral". Si les journalistes s'avisaient seulement de lever le voile sur la réalité, peut-être seraient-ils plus populaires.

Autant que la crise économique, la défaite de la vérité, et son corollaire, la crise de la liberté d'expression, exaspèrent les Français. Sur certains sujets, le peuple (lecteurs et électeurs) ne supporte plus les leçons administrées par nos clercs autoproclamés. Sur l'immigration, la délinquance, la mondialisation, l'Europe, les communautarismes, les conflits d'intérêt, etc., les Français demandent que les médias leur disent la vérité (c'est-à-dire des vérités qui peuvent être différentes en fonction des lignes éditoriales), au lieu de s'évertuer à empêcher la révélation de faits bruts.

Il est absurde de s'étonner de la "dépression" française. Sans tomber dans la psychologie de bazar, tout corps social dont l'expression est retenue, auquel le déni de réalité est imposé, finit rongé de l'intérieur.

Une fois les éléments sur la place publique, les Français sont assez intelligents pour réfléchir. Quiconque pense le contraire doit proposer aussitôt l'établissement d'un despotisme éclairé à la place de la démocratie.
Etonnant paradoxe. L'humoriste de France Inter Stéphane Guillon peut raconter n'importe quoi, décrire untel en nazi et telle autre en "petit pot à tabac", il peut user d'une rhétorique déshumanisante, animalière, tracer des portraits diffamatoires sans se renseigner un instant sur la réalité de ce qu'il prétend "caricaturer", il passe pour un parangon de la liberté d'expression.

Tout est autorisé au divertissement, même les pires insinuations. L'air du temps spectaculaire préfère la méchanceté infondée au souci de l'exactitude.

Sur son blog, Brice Couturier, l'animateur de l'émission "Du grain à moudre", sur France culture, écrit à raison que la gauche bobo est désormais "bimi" : bien intentionnée, mal informée. On pourrait ajouter que la droite l'est autant. Il n'est point besoin d'avoir lu La Fabrique du consentement, de Noam Chomsky et Edward Herman, sur "la propagande médiatique en démocratie", pour savoir qu'en adeptes du "deux poids deux mesures", les médias peuvent colporter des intérêts particuliers, qu'ils soient nationaux, particuliers, ou de classe, sous couvert d'une doctrine de bonnes intentions.

QUE FAIRE ?

Mettre fin, immédiatement, à la traque du "dérapage" dans nos journaux. Vous avez remarqué ? Pour peu que l'on s'écarte de la pensée en ligne droite, c'est le "dérapage". Ceux qui sortent de la route doivent recevoir une leçon, pour l'exemple. Qu'ils votent "non" sur un traité constitutionnel européen, qu'ils soient favorables à une réflexion sur le protectionnisme, que le métissage général ne soit pas leur seul horizon politique, qu'ils dénoncent des conflits d'intérêt dans la société, ils doivent être remis dans le droit chemin. Ou éliminés dans le bas fossé du débat.

Dommage, car comme disait Gandhi, la vérité est "dure comme le diamant et fragile comme la fleur de pêcher". Plutôt que de nous aiguiller tels des magistrats du bien et du mal, les journalistes devraient nous aider à comprendre simplement ce que nous sommes, dans quel monde nous vivons.

L'on se demande parfois qui, de George Orwell, l'auteur de 1984, ou d'Aldous Huxley, celui du Meilleur des mondes, avait le mieux imaginé le monde futur. En tout cas, dans la France de 2010, pas besoin de Big Brother, le divertissement semble pris infiniment plus au sérieux que l'établissement laborieux des faits. Les journalistes devraient choisir leur camp tant qu'il en est encore temps.

Les sunlights du spectacle ou la recherche dans les laboratoires du réel.

Christophe Deloire est le directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ)

La croissance mondiale pourrait dépasser les 4 % en 2010

La croissance de l'économie mondiale pourrait atteindre 4,1 % en 2010 au lieu de 3,9 %, estime le Fonds monétaire international (FMI) dans un document que l'agence de presse italienne ANSA a pu consulter. La croissance des Etats-Unis atteindrait 3,0 % cette année, au lieu des 2,7 % que le FMI prévoyait en janvier, écrit ANSA.
Selon le quotidien des affaires Il Sole 24 Ore, le FMI devrait rendre ses prévisions publiques le 21 avril. La prévision de croissance de la zone euro a été revue à la baisse à 0,8 %, alors que le FMI tablait sur 0,9 % en janvier. L'estimation de croissance pour 2011 a elle aussi été abaissée de 0,1 point à 1,5 %. L'Europe "sort de la récession plus lentement que d'autres régions", juge le FMI, qui souligne que certains éléments freinent la reprise, notamment la crise budgétaire grecque. La première économie du Vieux Continent, l'Allemagne, devrait quant à elle bénéficier d'une croissance de 1,2 % de son PIB en 2010 et de 1,7 % en 2011. En France, la croissance devrait être de 1,5 %.

Hier, en marge d'une visite en Jordanie, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, a rappelé que l'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire". Pour Dominique Strauss-Kahn, si la reprise mondiale a été plus rapide qu'attendu, la demande privée n'est pas suffisamment forte pour marquer le début de la fin de la récession prolongée que subit l'économie. DSK a toutefois refusé de commenter les chiffres évoqués par le quotidien italien des affaires.

L'orgueil dangereux de la Chine


L'"ubris" cet orgueil démesuré tant narré par les Grecs n'est pas une particularité de l'histoire occidentale : la Chine d'aujourd'hui nous en donne la preuve. En effet, depuis le succès de ses Jeux olympiques et la réussite de son plan de relance économique, elle se comporte comme si elle était devenue la deuxième puissance mondiale. Mais une puissance vaniteuse, qui manifeste ouvertement son mépris pour les pays européens et le peu de crédit qu'elle leur accorde. Comme si l'Europe était devenue, pour elle, un fouillis de petits pays sur le déclin, qu'il s'agit de plumer. Et elle semonce ouvertement un président américain qui a pourtant beaucoup fait pour la ménager.

Mais là n'est pas le pire puisque, aussi bien, Obama n'a pas cillé devant les injures, et la puissance américaine, même diminuée, conserve une supériorité écrasante. Plus grave est d'abord le fait que les dirigeants chinois gèrent désormais leur économie pour peser sur le reste du monde. Ce comportement est risqué, car l'éclatement de la bulle financière chinoise pourrait engendrer de graves conséquences, d'autant que les dirigeants chinois n'ont pas encore eu le courage d'organiser la mutation nécessaire d'une économie d'exportation en économie de consommation.

Le pire est aussi que les gesticulations chinoises accompagnent une stratégie qui consiste à mettre à profit les ressources de tous ordres de notre monde, en participant le moins possible à la protection de la paix. Au risque, comme dans les affaires nord-coréenne et iranienne, d'interdire toute solution concertée. La Chine veut bien piller, au mieux acheter, mais non donner.

C'est enfin que ce régime, si modeste quand il avait besoin d'aide, se donne aujourd'hui en modèle au reste du monde, offrant aux tyrans corrompus de la planète, de Moscou à Khartoum, la possibilité de parer leurs exactions du prestige de la réussite chinoise. À l'heure où le modèle démocratique vacille et où nos économies stagnent, le danger est réel d'un désastreux clivage faussement idéologique, qui ne ferait que retarder les nécessaires entreprises de coopération.

On peut trouver des excuses aux dirigeants chinois. L'Occident a souvent traité scandaleusement mal leur pays ; leurs succès reposent aussi sur l'intelligence et les sacrifices ; ils ont été facilités par les politiques simplistes des dirigeants occidentaux et l'avidité de nos hommes d'affaires. L'ubris dont Pékin fait preuve aujourd'hui ne peut faire oublier la modestie que Deng Xiaoping prônait, la profonde amitié que le peuple chinois voue au reste du monde et, bien sûr, la nécessité de laisser à la Chine une place de choix dans la direction des affaires du monde.

Il n'empêche. Le temps est venu de changer de ton à l'égard du gouvernement chinois. S'il veut notre amitié, il faudra désormais qu'il la mérite.

(*) Directeur de recherche au Ceri-Sciences Po. Auteur de La Chine m'inquiète (Perrin).

dimanche 4 avril 2010

DSK : l'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire"

L'économie mondiale n'est "pas sortie d'affaire", a déclaré dimanche le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn, en marge d'une visite en Jordanie. Pour Dominique Strauss-Kahn, si la reprise mondiale avait été plus rapide qu'attendu, la demande privée n'était pas suffisamment forte pour marquer le début de la fin de la récession prolongée que subit l'économie.
"On observe une reprise de la croissance un peu partout, mais presque partout, les chiffres de la croissance sont liés au soutien public et la demande privée reste plutôt faible et insuffisante", a-t-il déclaré. Tant que la demande privée ne sera pas suffisante pour apporter de la croissance, il sera difficile de dire que la crise est terminée, a-t-il ajouté. Dominique Strauss-Kahn a également indiqué que si une récession en W - une récession suivie d'une légère reprise puis d'une autre récession -, n'était pas à exclure, le FMI ne la prévoyait pas.

Vendredi, l'administration Obama avait publié les chiffres de l'emploi pour le mois de mars aux Etats-Unis. Le ministère du travail américain a calculé que le secteur privé avait créé près de 130 000 emplois au mois de mars, soit les meilleurs chiffres depuis 2007. Le gouvernement américain se dit confiant sur le front de l'emploi, et estime que les créations de postes devraient s'accélérer.

Dominique Strauss-Kahn a toutefois refusé de commenter les chiffres publiés dimanche dans la presse italienne, qui rapporte que l'institution monétaire a relevé ses prévisions de croissance mondiale, expliquant qu'il ne les évoquerait que lorsqu'ils auront été officiellement rendus publics, dans "dix jours".

Rumeurs sur le couple Sarkozy : l'Elysée à la recherche d'un complot

"Pour que la peur change de camp, il fallait qu'il y ait une procédure judiciaire. Maintenant, on va voir s'il n'y a pas une espèce de complot organisé, avec des mouvements financiers, pourquoi pas." Interrogé par Rue89, Pierre Charon, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, s'est félicité de la plainte déposée par le Journal du Dimanche, après la publication de rumeurs visant le couple présidentiel sur un blog hébergé par le site du journal.
Le 9 mars dernier, les rumeurs publiées sur le blog avaient été reprises par plusieurs journaux étrangers, qui tous citaient comme source le Journal du Dimanche. Or, si le blog est bien hébergé sur le site de l'hebdomadaire, il n'était pas alimenté par la rédaction du site. Deux personnes ont démissionné suite à cette publication ; un responsable de Newsweb, filiale de Lagardère éditant le site Internet du JDD, et un employé, non journaliste, soupçonné d'avoir publié l'article sur le blog spécialisé dans les informations "croustillantes".

UNE PLAINTE QUI A PEU DE CHANCES D'ABOUTIR

D'après les informations du Nouvel Observateur, c'est sur pression de l'Elysée que la direction du Journal du Dimanche a également porté plainte pour "introduction frauduleuse de données dans un système informatique". Une enquête préliminaire de police a été ouverte par le parquet de Paris.

Il n'est pas sûr cependant que la plainte du Journal du Dimanche puisse aboutir. L'"introduction frauduleuse de données", définie par l'article 323-3 du code pénal, sanctionne en effet "Le fait d'introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé ou de supprimer ou de modifier frauduleusement les données qu'il contient". Puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende, ce délit vise en premier lieu les manipulations de bases de données, bancaires par exemple : c'est d'ailleurs l'un des chefs d'inculpation qui ont été retenus à l'encontre de Jérôme Kerviel, dont le procès doit s'ouvrir en juin.

Or, il sera difficile de prouver qu'un blogueur a "introduit frauduleusement" des données en publiant une note, un blog étant précisément un outil de publication, à moins de prouver que le blog a été piraté. Mais même si la procédure n'aboutit pas, elle aura permis l'ouverture d'une enquête. Et, peut-être, "fait changer la peur de camp", comme le souhaite M. Charon.

L'ELYSÉE CHERCHE UNE AUTRE SOURCE

En parallèlle, l'Elysée a mobilisé ses spécialistes informatiques pour remonter la piste de la rumeur. D'après l'entourage du président de la République, Nicolas Sarkozy soupçonnerait Rachida Dati d'avoir participé à la diffusion des rumeurs, ce que nie l'ancienne Garde des sceaux.

Pour Jean-Noël Kapferer, auteur du livre "Rumeurs, le plus vieux média du monde", les rumeurs sont, sauf exception, une production sociale spontanée, sans stratégie particulière, similaire à celle des histoires drôles. Le public se saisit de l'histoire imaginaire car elle revêt une signification pour lui ou parce qu'elle fournit une apparence d'explication à divers phénomènes, explique ce chercheur.

Pâques aux tisons

Mais où est donc passé le printemps? Depuis quatre mille ans, son solstice coïncide avec la Pâque juive avant les Pâques chrétiennes. Cette année, nous en scrutons les pousses.


Il en va de notre économie comme du temps. Le chômage s’allonge, les entreprises ferment. Une situation qui provoque le désespoir. Surtout quand les esprits déréglés ne dessinent plus de perspectives. Pourtant, regardons autour de nous. Les pays "émergents", la Chine, le Brésil, l’Inde, entraînent le monde dans leur reprise, très forte. Le commerce mondial est reparti. Et cette semaine, les Etats-Unis ont confirmé leur reprise. L’optimisme est au plus haut depuis 2004. Les créations d’emplois sont là, ce ne sera pas une jobless recovery. Une Amérique nouvelle émerge: moins tournée vers la consommation immédiate et l’endettement.

Et sans "Grenelle", le consommateur se met au vert et les Etats-Unis auront besoin de moitié moins de pétrole que prévu d’ici à quinze ans. L’Allemagne est repartie mais la France prendra plus de temps: les amortisseurs de crise sont, chez nous, des étouffoirs de reprise. Nous avons du mal à voir la sortie de la crise comme les Hébreux ne croyaient pas à leur libération d’Egypte ou les chrétiens au mystère de leur rédemption. Mais, oui, le printemps arrive. Malgré ces Pâques aux airs de Toussaint.

Les riches de plus en plus riches en France

La France abrite de plus en plus de riches. C'est ce que révèle l'Insee dans une étude publiée vendredi intitulée "Les revenus et le patrimoine des ménages". Si les indicateurs classiques d'inégalités de niveau de vie restent globalement stables (les 10 % de ménages les plus aisés gagnent un peu plus de trois fois ce que perçoivent les 10 % les plus pauvres), le nombre de foyers très riches
a fortement augmenté entre 2004 et 2007. Ceux qui gagnent plus de 500.000 euros par an ont littéralement explosé, de 70 %, en trois ans, passant de 6.500 personnes à 11.000 ! Un chiffre qui intervient en pleine polémique sur le bouclier fiscal.

La tendance s'explique essentiellement par l'augmentation du patrimoine des personnes concernées. Et pour cause : de fin 2003 à fin 2007, le CAC 40 est passé de 3.500 à 5.600 points. Du coup, les revenus du patrimoine ont logiquement bondi de 46 % et ceux exceptionnels - par exemple les plus-values ou les levées d'option - de 55 %. À eux seuls, les 1 % les plus riches - ceux qui ont déclaré au minimum 84.500 euros de revenus au fisc en 2007 - concentrent près du tiers des revenus du patrimoine. Les effets de la crise financière devraient donc modifier cette tendance dès 2008.

En attendant, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les impôts n'ont pas contribué à corriger la tendance à l'augmentation rapide des revenus des plus aisés. L'enquête de l'Insee révèle en effet que 1 % des plus riches ont bénéficié d'un taux d'imposition moyen de... 20 % de leurs revenus, grâce au petit jeu des niches fiscales. De quoi alimenter une belle polémique à ce sujet, alors que les caisses de l'État sont vides...

Les familles monoparentales, particulièrement exposées à la pauvreté

Si les revenus du patrimoine ont explosé, ceux du travail ont connu une évolution plus classique. Ils n'ont progressé "que" de 11 % en trois ans et les revenus moyens des 90 % de Français les moins dotés, encore moins vite, de 9 %. Du coup, le niveau de vie annuel moyen en métropole s'est établi en 2007 à 21.080 euros, soit environ 1.760 euros (1,6 % de plus qu'en 2006). En 2007, les salariés les mieux rémunérés du privé, souvent dirigeants ou financiers, sont payés sept fois plus que la moyenne des salariés à temps complet et ont bénéficié de hausses de salaires "substantielles" de 2002 à 2007, bien supérieures à l'ensemble des salariés.

Enfin, à l'autre bout du spectre, le taux de pauvreté connaît "une relative stabilité après une longue baisse", a expliqué Jean-Louis Lhéritier, un expert de l'Insee, lors d'une conférence de presse. En 2007, le seuil de pauvreté correspond à un niveau de vie de 908 euros par mois et concerne 13,4 % de la population, soit 8 millions de personnes. Les familles monoparentales, les personnes vivant dans un ménage immigré et les chômeurs restent particulièrement exposés au risque de pauvreté monétaire. "Plus de 30 % des personnes vivant au sein d'une famille monoparentale sont ainsi confrontées à la pauvreté", note l'Insee. Le risque d'être pauvre est 4,7 fois plus élevé si on est au chômage. Les ménages d'immigrés sont particulièrement fragiles. Plus d'un tiers des personnes qui en sont issues vivent sous le seuil de pauvreté.

Henri IV, la mort en direct

Quelle scène ! Décrite par un homme qui se trouvait à quelques mètres et dont l'historien Michel Cassan reproduit le témoignage inédit, elle reste l'une des plus saisissantes de l'histoire de France. Imaginez l'étroite rue de la Ferronnerie, le carrosse royal qui s'engage, puis s'arrête
, bloqué par un attelage. Un homme surgit, grimpe sur la roue arrière et se jette sur le souverain. Deux coups de couteau ! Le sang jaillit. En pleine rue, sans le moindre viatique, le roi de France s'éteint. Imaginez les cris, le carrosse emportant le roi mort à bride abattue sur les rues pavées : vite, il faut devancer la rumeur qui se répand aussitôt, il faut faire croire qu'Henri IV s'est éteint en monarque, dans son palais.

L'annonce de l'assassinat est retenue deux heures par le pouvoir. En ces temps où l'on ne circule qu'à cheval, elle mettra dix jours à atteindre l'ensemble du territoire. Comment est-elle prise par des Français qui vivent là leur deuxième régicide en vingt ans ? Comment la violence de cette scène est-elle supportée, alors que la paix est encore si fragile ? Des troubles politiques aux décès psychosomatiques en passant par la peur qui suinte des livres de raison, Michel Cassan, en érudit, raconte l'ampleur du traumatisme. Et, pour la première fois, l'une des scènes les plus incroyables de la royauté vue par le peuple de France.
La Grande Peur de 1610 , de Michel Cassan (Champ Vallon, 280 p., 23 euros).

Pougatchev, l'homme qui veut relancer France Soir

PRESSE - Ce fils d'oligarque n'a que 25 ans et tente de ranimer le vieux quotidien mythique de Pierre Lazareff. Il a mis 50 millions sur la table et promet une rentabilité rapide. Un pari impossible?

Sur l'avenue des Champs-Elysées, où la plupart des enseignes ont disparu des façades d'immeubles au nom de la préservation du prestige des lieux, on ne voit qu'elle. Depuis huit mois, le numéro 100 abrite les locaux de France Soir , et personne ne peut l'ignorer. Face au célèbre Fouquet's, le quotidien a eu l'autorisation de s'afficher en grand! Oublié Aubervilliers, où la rédaction s'était installée pour être, disait-on, au plus près de son lectorat populaire (et accessoirement faire des économies de loyer). Oubliés aussi, les sombres locaux étroits du XVIIe arrondissement où le titre en perdition s'était réfugié avant son rachat. Le voilà sur la troisième avenue la plus chère du monde! Le nouveau France Soir a de l'argent et de l'ambition, et le faire savoir était la priorité de son nouveau propriétaire, Alexandre Pougatchev, fils cadet d'un oligarque russe qui a racheté le titre il y a quinze mois. Le faire savoir à qui? «A la presse française. Elle doit savoir qu'on a envie de relancer ce journal et qu'il y a de l'argent derrière.»

Depuis deux semaines, plus personne ne l'ignore. Affiches, spots radio et TV: 20 millions d'euros ont été dépensés pour annoncer la nouvelle formule du quotidien, lancée le 17 mars. Une campagne d'une ampleur inédite dans la presse française au service d'un objectif stupéfiant: faire passer les ventes de France-Soir de 23.000 à 200.000 exemplaires!

Comment expliquer que personne dans la profession ne parvienne à prendre réellement au sérieux cette énième tentative de ressusciter le mythique quotidien façonné par Pierre Lazareff il y a plus de soixante ans? Jalousie, lucidité? «Il pense qu'il est plus malin que tout le monde, mais il court après un lectorat qui n'existe plus», grince un bon connaisseur de la presse française. Lorsque, trois jours après le lancement de la nouvelle formule, France-Soir s'est fait piéger par une photo prétendument récente de Johnny en vacances, tous les confrères se sont gaussés avec des mines faussement apitoyées. Dur, dur...

«Le président», puisque c'est ainsi que tout le monde au journal appelle ce jeune homme blond de 25 ans, reçoit dans son bureau du 3e étage - pas le plus grand ni le plus beau, qui est occupé par sa directrice générale, Christiane Vulvert. Visage fin aux traits slaves mais allure de golden boy londonien, Alexandre Sergueïevitch Pougatchev comprend mal qu'on puisse douter de la réussite de son entreprise. «On a vendu 150.000 exemplaires le premier jour! 50.000 de plus, ce n'est pas si loin...», répond-il avec une fraîcheur désarmante dans un bon français teinté d'accent russe. «On va maintenant analyser les ventes, région par région, pour savoir qui nous achète, on va organiser des groupes de lecteurs et on adaptera la formule.» Oh bien sûr, il le sait, une fois passé le succès de curiosité du premier jour, les ventes se sont tassées. Mais, qu'on se le dise, la reconquête ne fait que commencer. «Nous n'avons pas encore travaillé sur les grands comptes et les abonnements qui comptent pour l'OJD, vous savez, c'est de la diffusion France payée», énonce-t-il, usant d'un jargon de vieux patron de presse français. Et si la campagne de lancement concoctée par Publicis met en scène des nouveaux lecteurs arpentant le plus russe des ponts de Paris - le pont Alexandre III -, il ne faut y voir aucune allusion au nouveau propriétaire: «C'est une référence au film 125, rue Montmartre avec Lino Ventura.» Le président connaît ses classiques.

Il reste l'essentiel: le nouveau France Soir va-t-il rencontrer son public? Pour parvenir à ses fins, Pougatchev veut faire de son quotidien «un journal populaire, de qualité, avec des infos exclusives et des photos exclusives». Un clone du Parisien? Les premiers numéros lui ressemblent étrangement, mais il s'offusque qu'on puisse même faire la comparaison: «Il n'y a personne sur ce créneau, pas de concurrence», assure-t-il, là encore avec une assurance confondante.

Pendant des mois, Pougatchev et son bras droit, Christiane Vulvert - que certains appellent «la vraie patronne» -, ont reçu tout ce que Paris compte de vieux routiers du journalisme, de grosses pointures des médias en délicatesse avec leur employeur ou de gloires déchues en quête d'une dernière aventure. Malgré son gros carnet de chèques (on murmure qu'il aurait proposé 500.000 euros à un célèbre journaliste pour le poste de directeur de la rédaction), il a eu bien du mal à constituer son équipe. Mais il a tout de même fini par rassembler 90 personnes, dont une soixantaine de journalistes, un mélange de jeunes reporters et d'anciens expérimentés. Des chroniques ont été confiées à Patrick Poivre d'Arvor, Thierry Roland, la météo à Laurent Cabrol, etc. A la tête de la rédaction, Christian de Villeneuve, un vrai pro de la presse populaire, ex-directeur de la rédaction du Parisien, tout juste débarqué de celle du Journal du dimanche. Arrivé la veille du lancement de la nouvelle formule, Villeneuve s'est laissé séduire par ce «modèle économique inédit» dans la presse : des moyens très importants, une petite équipe, un format réduit (une quarantaine de pages, contre 80 au Parisien). Pour insuffler un esprit «commando» à la rédaction, une demi-douzaine d'anciens du Parisien ont été recrutés. Côté commercial et publicité aussi, des renforts sont arrivés.

France-Soir reste une petite structure, mais le journal retrouve peu à peu un fonctionnement normal. «Nous étions dans le dénuement absolu, se souvient Gérard Carreyrou, éditorialiste indépendant qui signe les billets politiques depuis trois ans. A un moment, nous n'avions même plus d'abonnement à l'AFP.»

Pougatchev ne se mêle guère de la vie au jour le jour du journal. Entre la rédaction et lui, il y a comme une distance polie. «Il est un peu froid, mais c'est sans doute de la timidité», avance un journaliste. Le jeune boss - sans doute le benjamin des troupes - a participé deux ou trois fois à la rituelle conférence de rédaction du matin, debout et sans dire un mot. «Il s'intéresse réellement et veut comprendre», raconte un journaliste qui a travaillé à ses côtés pendant plusieurs mois. Mais il a tout à apprendre: «Il a même demandé une fois à quoi servait un directeur de la rédaction!»

Comme tout patron de presse qui se respecte (ou qui joue le jeu), Pougatchev a entreposé dans son bureau quelques souvenirs de l'époque héroïque du journal, comme le fac-similé de la une annonçant la chute de Diên Biên Phu. L'époque où France-Soir tirait à plus d'un million d'exemplaires.

«Une des marques les plus connues en France »

Que représentent pour un jeune Pétersbourgeois de tout juste 25 ans (il les a fêtés en janvier) ces morceaux d'histoire de la presse française? D'histoire de France tout court? «Une marque, répond-il sans hésiter.France-Soir est une des marques les plus connues en France. J'ai acheté une marque», répète-t-il. Même si le journal était tombé à 22.700 exemplaires (chiffre officiel en 2009), «son nom reste très présent dans la tête des gens». C'est en tout cas ce qu'a vendu Jean-Pierre Brunois, le précédent propriétaire du titre, lorsque «après avoir fait le tour de tout le monde» (c'est Alexandre qui le dit) il est venu chercher Sergueï Pougatchev en 2006. Les deux hommes ont un ami commun, le magnat de l'immobilier monégasque Michel Pastor. L'oligarque, qui rachètera l'année suivante le traiteur Hédiard à Pastor, accepte de prendre 20% du capital. En janvier 2009, «l'investissement de portefeuille» se transforme en prise de contrôle. «Mon père voulait vendre sa part», déclare à l'époque Alexandre au Figaro. Mais lui veut y croire et c'est donc, une fois naturalisé français, comme l'exige la loi, qu'il prend les rênes du quotidien.

Jamais auparavant le jeune Pougatchev n'avait manifesté le moindre intérêt pour la presse. Arrivé en France il y a dix ans sans parler un mot de notre langue, il a passé sa jeunesse sur la Côte d'Azur entre les propriétés de son père, notamment une somptueuse villa à Saint-Jean-Cap-Ferrat, et l'International University of Monaco, un petit campus richement doté, qui accueille la jeunesse dorée du monde entier et s'est fait une réputation avec son master en produits de luxe et sa «capacité à faciliter de nouvelles opportunités de carrières»... C'est là, entre soirées en smoking et cours de management en anglais, qu'Alexandre et son frère aîné vont découvrir la douce France. Tous deux vivent aujourd'hui à Paris, l'aîné travaillant dans la finance.

Combien de temps son père lui a-t-il donné pour rentabiliser l'investissement dans France Soir? Deux ans? Cinq ans? Alexandre Pougatchev part d'un grand éclat de rire : non, c'est en 2010 qu'il vise la rentabilité. Les Pougatchev, qui ont déjà investi plus de 50 millions d'euros dans l'affaire, auront-ils la patience d'attendre au-delà? Certes, les sommes engagées ne pèsent pas grand-chose pour un oligarque qui a accumulé deux milliards de dollars (1,5 milliard d'euros), selon le magazine américain Forbes. Cela n'en fait pas - et de loin - l'homme le plus riche de Russie, mais autorise quelques fantaisies dans les investissements. Et laisse penser que l'intérêt pour France-Soir est ailleurs... «Tous les oligarques rachètent des journaux, explique un spécialiste des nouveaux maîtres de la Russie. Ils veulent à la fois corriger l'image de la Russie en Europe et se bâtir un réseau d'influence.» Outre-Manche, le milliardaire Alexandre Lebedev, déjà propriétaire du tabloïd The Evening Standard (290.000 exemplaires) vient de racheter le réputé The Independent.

Sergueï Pougatchev, le père, âgé de 47 ans, a connu Vladimir Poutine au tout début des années 90 lorsque ce dernier travaillait à la mairie de Saint-Pétersbourg. S'il a fait l'essentiel de sa fortune dans la banque, au point d'être un temps surnommé« le banquier du Kremlin », il a largement investi ces dernières années dans le complexe militaro-industriel russe ainsi que dans l'immobilier. Il est notamment propriétaire des deux grands chantiers navals de Saint-Pétersbourg, qui sont au cœur de délicates négociations sur la vente par la France des navires de guerre Mistral à la Russie (où ils seraient en partie construits). La directrice de France Soir, Christiane Vulvert, a reçu la Légion d'honneur des mains du président de la République le jour même du lancement de la nouvelle formule. De là à voir la main de l'Elysée dans ce sauvetage... Mais pourquoi précisément voler au secours de France-Soir dont la capacité d'influence est plutôt limitée ? Sauf à parier sur le succès de cette relance auprès d'un électorat populaire qui s'est éloigné du pouvoir.

Les frasques du père, la discrétion du fils

Conscient que l'univers des oligarques charrie autant de fantasmes que de craintes, Alexandre fait tout pour faire oublier qu'il est le fils de son père. Ce dernier n'est venu qu'une fois visiter la rédaction («On ne l'a pas vu, se souvient un journaliste, mais on a aperçu les deux gros vans noirs de sa sécurité garés devant l'immeuble»). Le fils n'assume qu'un seul goût de luxe: celui des belles voitures (une Bentley noire, ces temps-ci). Une passion qui lui a valu un retrait de permis l'été dernier. Pour le reste, la discrétion est de mise. Tout juste sait-on que son épouse et ses deux jeunes enfants vivent à Vienne, où il passe bon nombre de ses week-ends.

Rien à voir avec le flamboyant paternel dont la vie privée s'étale dans les tabloïds britanniques. Sergueï Pougatchev vit dorénavant avec une superbe comtesse russe de 35 ans (l'héroïne du spot de pub d'Hédiard, c'est elle), descendante de Tolstoï et rencontrée à Londres où elle réalisait des documentaires sur les chevaux pour la télévision. Ils vivraient désormais l'essentiel du temps sur la Côte d'Azur, même si, officiellement, Sergueï Pougatchev est retenu à Moscou et préoccupé uniquement des intérêts de la République de Touva, un petit territoire de 300.000 habitants aux portes de la Mongolie dont il a été nommé sénateur en 2001.

A la grande différence de ses pairs et nonobstant ses frasques, cet homme à la barbe fournie - ce qui lui donne un petit côté Romanov - est très proche de l'Eglise orthodoxe russe. «C'est un homme pieux, grand bienfaiteur de l'Eglise orthodoxe. Il a même enchâssé des icônes dans la carlingue de son avion», raconte un expert ès oligarques. La décision du gouvernement français, début mars, de vendre à la Russie un splendide site en bordure de Seine, à deux pas de la tour Eiffel, pour y construire une vaste église orthodoxe, n'a pu que le réjouir...

ON NE PEUT QUE SE RÉJOUIR DE VOIR UN JOURNAL COMME FRANCE SOIR DEVENIR
LA PRAVDA

Pâques, ce mot signifie « passage ». Il ...


Pâques, ce mot signifie « passage ». Il vient de la tradition biblique, commémorant la libération d'Égypte. Dans les temps anciens, les Hébreux, alors esclaves de Pharaon, s'enfuirent dans le désert pour gagner « la terre promise où ruissellent le lait et le miel », enseignent les Écritures.

La semaine dernière, ce grand passage de l'esclavage à la liberté fut célébré dans les synagogues. Et maintenant, sur toute la terre, les chrétiens célèbrent cet autre grand passage, celui de la mort à la vie : condamné à mort et exécuté au terme d'un faux procès, Jésus de Nazareth est apparu vivant à ses amis.

Puis, ces « douze hommes en sandales » ont fait trembler des empires en proclamant cette incroyable nouvelle au péril de leur vie. Près de deux mille ans plus tard, cet évènement n'a pas rejoint l'étagère poussiéreuse des légendes que l'on finit par oublier. Aujourd'hui encore, on continue de s'en souvenir. Certains sont même tués parce qu'ils annoncent cette nouvelle, à leurs yeux plus précieuse que leur propre vie. Car cet évènement dérange toujours autant les tyrannies, remet en cause les coutumes irrespectueuses des personnes, bouscule les mentalités enfermées dans le matérialisme.

Dans ces deux traditions, juive et chrétienne, l'évènement célébré se passe la nuit comme en écho à toutes les nuits humaines, à toutes les aurores guettées avec ferveur ou inespérées : de la nuit de la douleur à l'aube de l'espérance, de la sombre et lourde peine à la consolation lumineuse et douce, de l'angoisse à la plénitude.

Dans ces deux traditions, l'évènement tourne les regards vers une promesse, vers un avenir ouvert, bon, heureux mais pas toujours visible à l'oeil nu. Comme s'il sollicitait une partie secrète de l'être. Comme s'il invitait à une marche intérieure.

Mais cette promesse, ne fait-elle pas aussi écho à l'espérance de bonheur qui vit au plus profond des coeurs et que même les plus grands chagrins n'éteignent jamais complètement ? N'invite-t-elle pas à se tourner vers la joie, à se mettre en marche pour accomplir cette espérance ? À l'image de l'apostrophe biblique : « Ne pensez plus aux choses passées, voici que je vais faire une chose nouvelle, déjà elle pointe. Ne la reconnaissez-vous pas ? »

DÉFINITION

ABSTENTION: Mutisme électoral qui en dit long.

samedi 3 avril 2010

Bercy cherche 17 milliards d’euros

François Baroin et Eric Woerth, ministres du Budget et des Affaires sociales, ont la facture sur leur bureau.

Pour payer les retraites des fonctionnaires, il va manquer entre 15 et 20 milliards d’euros chaque année jusqu’au siècle prochain. Ce besoin de financement est détaillé dans un document de Bercy dont le JDD s’est procuré une copie. L’Etat - dont les comptes sont dans le rouge - va devoir faire face à une flambée des pensions de 25% d’ici vingt ans.

Comme pour le régime du privé, le gouvernement étudie l’hypothèse d’une hausse des cotisations salariales. "On ne pourra pas faire autrement", glisse Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales à l’Assemblée. Actuellement, les fonctionnaires rétrocèdent 7,85% de leur traitement à l’Etat pour qu’il paie ses retraités. Les primes donnent aussi lieu à une cotisation, plus faible, qui pourrait être révisée. Mais le gouvernement hésite à prendre le risque de baisser les salaires net…

"Le régime des fonctionnaires est peu lisible et les différences de calcul avec le privé sont souvent perçues comme injustes", insiste le député Denis Jacquat, le "M. Retraites" du groupe UMP. Les parlementaires et le gouvernement envisagent de rapprocher l’ensemble des 38 caisses (publiques et privées) existantes, au nom de l’équité. Eric Woerth entame la concertation avec les syndicats lundi 12 avril.

Eleveuses et femmes d'éleveurs laitiers manifestent à Poitiers

Une manifestation organisée à Poitiers par l'Association des producteurs de lait indépendants (Apli) a rassemblé samedi 400 éleveuses et femmes d'éleveurs venues avec leurs enfants faire part du malaise de la profession. Venues essentiellement du Poitou-Charentes et de l'Ouest, mais aussi d'Aquitaine, du Limousin, du Pas-de-Calais et du Cantal, elle ont bruyamment défilé après avoir partagé un pique-nique sous la pluie battante dans un parc.
"C'est la première manifestation de femmes et d'enfants d'Aplistes. On veut faire voir qu'on soutient nos maris et le boulot qu'ils font. Ce ne sont pas des hommes qui souffrent, ce sont des familles entières", a indiqué Laurence Legault, une des organisatrices. La présidente de la région Poitou-Charentes Ségolène Royal est venue soutenir les manifestantes.

Les éleveuses, qui protestent contre la perte importante de leurs revenus depuis deux ans, ont allumé plusieurs centaines de bougies devant une église de la ville et respecté une minute de silence en hommage aux agriculteurs qui se sont suicidés par désespoir ces derniers mois. "Je n'ose pas vous dire combien je gagne parce que nous ne nous versons plus de salaire depuis la crise", témoigne Marie-Hortense Guehenec, agricultrice morbihannaise de 56 ans qui travaille à perte avec son mari depuis des mois. Avant 2008 et la chute du prix du lait à la collecte, ils arrivaient à eux deux à dégager 1 600 euros de salaire mensuel.

Sommés par le gouvernement de s'entendre sur les prix du lait, producteurs et industriels français ont réussi mardi à trouver un compromis pour le 2e trimestre sur ce dossier. Mais cet accord, signé par la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL), branche du principal syndicat agricole FNSEA, ne satisfait pas les organisations minoritaires comme l'Apli.

Mort de l'un des pères de l'ordinateur personnel

Henry Edward Roberts, le créateur de l'Altair 8800, considéré comme le premier ordinateur personnel commercialisé, est mort jeudi premier mars des suites d'une pneumonie, à l'âge de 68 ans.

M. Roberts avait été contacté peu après le lancement de sa machine par les futurs fondateurs de Microsoft, Paul Allen et Bill Gates, qui lui avaient proposé d'écrire des programmes pour son ordinateur. Les deux hommes développent alors le langage Altair Basic, fondent Microsoft et concluent un accord avec M. Roberts pour distribuer leur programme avec ses ordinateurs.
Vendu entre 400 et 600 dollars à l'époque - selon qu'il était acheté en pièces détaché ou monté - l'Altair 8800 a précédé d'un an le lancement de l'Apple 1, le tout premier modèle créé par Steve Jobs et Steve Wozniak.

Les Français majoritairement opposés au recul de l'âge de la retraite

La quasi totalité des Français se déclare défavorable à une diminution du niveau des retraites et ils sont deux sur trois à être opposés au recul de l'âge de départ à la retraite au delà de 60 ans, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France. Interrogées sur les "mesures envisagées pour réformer le système de retraites", 93% des personnes sondées se déclarent défavorables à une diminution du niveau des retraites.
Les personnes interrogées se déclarent également hostiles au recul de l'âge de la retraite au delà de 60 ans (67 %), ainsi qu'à un allongement de la durée de cotisation (62 %). Elles sont également largement opposées (74 %) à une augmentation des cotisations sociales. L'hypothèse d'un complément de retraites par le biais d'un fonds de pension recueille l'assentiment de 46 % des personnes interrogées, 52 % n'y étant pas favorables.

COUP D'ENVOI : LE 12 AVRIL

Le coup d'envoi officiel de la réforme des retraites a été donné hier. La concertation gouvernement-syndicats-patronat commencera le 12 avril, deux jours avant une réunion cruciale du Conseil d'orientation des retraites (Cor) sur les perspectives financières du système. Eric Woerth, le ministre du travail a annoncé, vendredi, qu'"une première série de réunions bilatérales" sur "les objectifs" de la réforme et "la méthode de concertation" se tiendrait à cette date. CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, CGT, ainsi que le Medef, l'UPA et la CGPME sont conviés à cette première journée de bilatérales. Des réunions similaires auront lieu avec les syndicats de fonctionnaires à une date non précisée.

Les régimes de retraite par répartition, "un élément irremplaçable de notre modèle de protection sociale", sont "confrontés à d'importants déficits, qui menacent leur pérennité", a rappelé le ministre. Une retraite sur dix n'est plus financée en 2010, selon le gouvernement, le premier ministre François Fillon ayant chiffré le déficit du système à 100 milliards par an à l'horizon 2050. Conformément au souhait de Nicolas Sarkozy, cette "concertation approfondie" permettra "d'examiner l'ensemble des pistes possibles de réforme", aussi bien pour les salariés du privé que pour les fonctionnaires, a encore souligné M. Woerth. Le 12 mars, le chef de l'Etat avait exprimé son intention de "tout mettre sur la table", notamment la durée de cotisation, l'âge de départ à la retraite, la pénibilité.

ET ÇA VOUS ÉTONNE ? LES FRANÇAIS SONT LES TRAVAILLEURS LES PLUS FAINÉANTS DU MONDE !!

Claude Guéant, le vice-président

Il a jeté un coup d'oeil discret sur son portable et, après mille excuses, a décroché : "Ali ! Oui, bien sûr, Ali !" C'est Ali Bongo, le nouveau président du Gabon, qui appelle. Claude Guéant s'est éloigné de quelques pas. Sous les dorures de l'Elysée, il se tient bien droit dans cet uniforme intemporel des technocrates – chemise blanche, pull bordeaux, pantalon de flanelle grise et veste de jersey marine – qui contraste tant avec le chic américain des "Sarko boys". Une légère rougeur aux joues. Un ton affable et courtois et cette façon de dire " Ali " qui indique une familiarité surprenante.
Nicolas Sarkozy a-t-il assuré au chef d'Etat gabonais ce qu'il répète vingt fois par jour à tous ceux qui le réclament : "Si tu as un problème, un message à me faire passer, va voir Claude. Ce sera comme si tu me voyais…" ? Comme si tu me voyais…

Claude Guéant traite donc "Ali" en ami. Oh, ce n'est certes pas le même ton que celui de Nicolas Sarkozy. Le secrétaire général de l'Elysée ne possède ni la détermination tranchante ni la séduction vulgaire du chef de l'Etat. Mais lorsqu'il se rend à Kigali voir Paul Kagamé, le président du Rwanda, lorsqu'il part seul en Syrie ou en Arabie saoudite, il est reçu chaque fois avec plus d'égards que le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner parce que, comme il le dit avec un air faussement modeste, " en Afrique ou au Moyen-Orient, le facteur personnel joue beaucoup " et que le recevoir, c'est un peu recevoir le président français.

En France, sa place est tout aussi déroutante. Contraire psychologique de Nicolas Sarkozy et double du chef de l'Etat. Bien des chefs d'entreprise, bien des vieux fauves du pouvoir en ont fait l'étonnante expérience : après avoir décroché l'insigne faveur d'un rendez-vous avec le président, avoir monté le grand escalier du palais et salué Nicolas Sakozy, ils ont vu au bout de quelques minutes le secrétaire général arriver et entendu le chef de l'Etat s'excuser : " Cela ne vous ennuie pas de terminer l'entretien avec Claude ? " Guéant s'occupe de tout. Répond à tous. Sorte de vice-président à la française passé du statut d'homme de l'ombre à celui de numéro deux du pouvoir.

TOUS AZIMUTS

C'est auprès de lui que, le 20 mars dernier, Anne Lauvergeon, inquiète de ne pouvoir discuter de son sort avec Nicolas Sarkozy, a plaidé sa cause de patronne d'Areva.

La semaine dernière, c'est lui qui a vertement tancé Chantal Jouanno après que la secrétaire d'Etat chargée de l'écologie eut accusé le Medef d'avoir "planté" la taxe carbone. La réforme du juge d'instruction se concocte sous son étroit contrôle. Christian Blanc ne prend pas une décision sur le Grand Paris sans lui en référer.

C'est aussi lui qui supervise les grands contrats industriels de la France à l'étranger. En décembre dernier, avant que les Emirats arabes unis ne préfèrent aux Français l'offre du consortium coréen pour construire leurs quatre centrales nucléaires, il faisait encore trois réunions par semaine dans son bureau avec les patrons d'EDF et d'Areva. L'échec de la France l'a convaincu de changer tout le système : "Les Coréens étaient 140 et nous, nous n'avions qu'un seul représentant, de 35 ans, sur place !", explique-t-il avec l'assurance d'un connaisseur du commerce international de haut vol.

Lors des élections régionales, c'est aussi dans son bureau que s'est réglée la demi-douzaine de cas litigieux sur les listes UMP. Il intervient dans les médias aussi souvent qu'un ministre ou un chef de parti. François Fillon, qui s'exaspère de son omniprésence, a mis plus d'un an à obtenir qu'il n'assiste pas systématiquement à son traditionnel entretien hebdomadaire avec Nicolas Sarkozy.

Mais lorsqu'on évoque devant Claude Guéant ce pouvoir tous azimuts, il répond avec une naïveté feinte : "Seize réunions ou rendez-vous par jour, c'est sans doute trop", comme s'il s'agissait d'un simple problème d'agenda.

En vérité, son omniprésence est une première sous la Ve République. Certains de ses prédécesseurs ont été flamboyants et parfois très politiques. Edouard Balladur remplaça quasiment le président Georges Pompidou, gravement malade, pendant tout le temps que dura son agonie. Dominique de Villepin, qui se vantait parfois de " gérer le cerveau " du président, poussa Jacques Chirac à la décision politique la plus spectaculaire de son mandat : la dissolution. Mais aucun n'a assumé une telle diversité de responsabilités et une telle exposition médiatique.

"Etre secrétaire général est toujours une fonction centrale, reconnaît Hubert Védrine qui endossa ce rôle sous François Mitterrand. La nouveauté avec Guéant est qu'il apparaît publiquement. Son pouvoir découle du lien qu'on lui prête avec le président et il semble que Nicolas Sarkozy ait trouvé là cette relation féodale d'allégeance personnelle qu'il recherche."

Car Claude Guéant ne s'en cache pas : il est le gardien du dispositif et le meilleur des "sarkologues". Dans son esprit, cela suppose une adhésion complète à la personne du président et un dévouement corps et âme à sa fonction. Quinze à seize heures de travail par jour, week-end compris.

Lorsque Rose-Marie, sa femme, est tombée gravement malade, il s'est réorganisé une vie dans l'un des appartements de fonction du quai Branly, cet ensemble de logements à la disposition de la République, à deux pas de la tour Eiffel, où François Mitterrand avait logé Mazarine.

Chaque jour, pendant les quatre mois qu'a duré le fulgurant cancer de son épouse, il est venu déjeuner avec elle. Lorsque la maladie l'a emportée, presque tout le gouvernement s'est rendu aux obsèques. Le lendemain, Claude Guéant était de retour à la présidence. Mais dans le non-dit de sa vie, chacun devine, à l'Elysée, que cette tragédie a tout changé.

Sans doute cela a-t-il renforcé ce lien affectif qui l'unit à Nicolas Sarkozy sans que jamais on n'en voie la moindre démonstration, si ce n'est une certaine façon que le secrétaire général a de le protéger. Mais cette proximité avec le chef de l'Etat ne va pas sans susciter quelques jalousies.

Au sein même de l'Elysée, beaucoup de conseillers s'exaspèrent de ce dialogue exclusif entre le président et son cardinal. François Pérol, qui avait quitté la banque Rothschild pour devenir secrétaire général adjoint, est reparti dans le privé. La chef de cabinet Emmanuelle Mignon, qui avait contribué à construire le programme du candidat Sarkozy, a préféré se faire nommer au Conseil d'Etat plutôt que rester sous la férule d'un Guéant qu'elle juge au comble du conformisme.

Henri Guaino, l'homme qui prêta à Nicolas Sarkozy ses mots et son corpus gaullo-lyrique, supporte à peine le secrétaire général, le tutoie ostensiblement – il est le seul à l'oser – et refuse de le voir corriger ses textes.

Mais même la petite bande de sarkozystes de toujours, ceux que l'on appela longtemps "la firme", les Pierre Charon, Frédéric Lefebvre, Franck Louvrier ou Brice Hortefeux ont fini par taire leurs critiques. Et le cabinet du président de la République fonctionne désormais tout entier autour de cet étonnant duo qu'il forme avec Nicolas Sarkozy.

"Claude Guéant, un homme qui pratique la litote comme personne, remarque l'ancienne journaliste Catherine Pégard, devenue conseillère du président. Mais s'il ne gardait pas son calme en toutes circonstances, nous aurions la révolution chaque matin."

UN HOMME DISCRET

D'où vient pourtant que cet homme en apparence si lisse a pris tant d'importance au sein de l'Elysée ? Sa force n'est à l'évidence pas dans un charisme hors du commun. Depuis toujours, Guéant a adopté l'allure grise de ceux que l'on ne remarque pas. Jean-Paul Huchon, qui fut son condisciple à l'ENA, n'a gardé du jeune Claude de 1971, lorsqu'ils partageaient la vie de la promotion Thomas- More, que le vague souvenir d'un garçon en costume trois-pièces, quand le gros des troupes portait jeans et cheveux dans le cou.

"A l'époque, les plus fortes personnalités faisaient forcément de la politique et il est clair qu'il n'en était pas ", reconnaît le patron de la région Ile-de- France. Claude Guéant y voit pour sa part la marque de ses origines sociales. "Je suis fils, petit-fils et arrière-petit- fils d'instituteurs, dit-il, et je venais de Vimy, dans le Nord-Pas-de-Calais. J'avais obtenu une bourse, en terminale, pour passer un an aux Etats-Unis et cela avait été la grande aventure de mes 18 ans. Mais j'étais un provincial. Lorsqu'il a fallu choisir une affectation, à la sortie de l'ENA, j'ai préféré la préfectorale pour rester en province."

Un provincial, donc, auprès d'un président né à Neuilly. Cela peut être une bonne complémentarité. Mais ce qu'apporte Guéant à Nicolas Sarkozy est bien plus subtil. Ce sont d'abord une connaissance solide du fonctionnement de l'Etat et une fine maîtrise de ses réseaux de renseignement.

Si l'on observe son parcours, on tombe dès le début sur un ministère stratégique, celui de l'intérieur. De 1977 à 1981, lorsque Claude Guéant y commence sa carrière, il est alors dominé par la figure de Christian Bonnet. C'est le ministre idéal pour y apprendre les réseaux de la police.

L'expérience est aussi suffisante pour le cataloguer à droite et l'envoyer en province dès 1981. De droite, Guéant l'est en effet. Mais avec beaucoup de discrétion.

Il refusera longtemps de faire état de ses convictions, faisant passer sa loyauté administrative avant toute chose, et n'a d'ailleurs pris sa carte de l'UMP qu'en 2005.

Mais c'est un RPR haut en couleur, Charles Pasqua, qui le fait revenir à l'intérieur et à l'action. Pasqua l'a repéré comme haut fonctionnaire dans les Hauts-de-Seine.

Lorsqu'il devient ministre de l'intérieur, en 1993, le voilà qui rappelle Guéant pour en faire son directeur adjoint de cabinet puis le nommer en 1994 directeur général de la police nationale. "J'ai assez vite pu constater qu'il était notamment un homme de caractère, loyal et sûr, assure l'ancien ministre, mais aussi qu'il avait du sang-froid. Le genre d'homme à ne pas caler devant les difficultés."

Lorsque, le 24 décembre 1994, un commando de quatre hommes du Groupe islamique armé (GIA) prend en otage un Airbus d'Air France à Alger, Pasqua observe son remarquable sens de l'organisation et de la décision.

"Charles Pasqua m'a appris à manager les hommes ", assure en retour Guéant. Il lui apprend plus que cela. Auprès de ce dernier, il découvre l'Afrique, que le ministre de l'intérieur sillonne à partir de réseaux qui rappellent ceux de Jacques Foccart. Guéant connaît alors tous les investissements des Hauts-de-Seine au Gabon, en Côte d'Ivoire, en Angola.

Après l'élection de Nicolas Sarkozy, il contribuera d'ailleurs à "nettoyer" ces structures de coopération devenues trop suspectes de financements occultes. Mais il en conserve les relations avec les chefs d'Etat et une certaine clairvoyance sur un système de diplomatie parallèle.

Comme DGPN, il a aussi chapeauté la Direction de la surveillance du territoire (DST) et appris à connaître le chef des renseignements militaires syrien, Assaf Shawkat, beau-frère du président Bachar Al-Assad, ainsi que le patron des services secrets libyens, Moussa Koussa, un proche du colonel Kadhafi. Bientôt, ces contacts lui serviront auprès de Nicolas Sarkozy.

Avec ses airs de haut fonctionnaire impeccable, il force le respect. Même Jean-Pierre Chevènement, qui succède à Charles Pasqua en 1997, ne voit rien à redire à son action. "Il a du jugement, il est fin, précis. A l'époque, il connaissait déjà parfaitement l'Etat et le renseignement, remarque l'ancien ministre de l'intérieur de Lionel Jospin. Je l'ai gardé huit mois puis je l'ai nommé préfet chez moi en Franche-Comté, c'est dire mon estime… "

C'est sur la foi de cette réputation et avec les recommandations de Charles Pasqua que Nicolas Sarkozy l'appelle à ses côtés en 2002. Il cherche un véritable second et sait qu'il ne le trouvera pas parmi ses fidèles. Il lui faut un homme loyal, bien sûr, mais aussi un haut fonctionnaire capable de le seconder sur tous les grands dossiers économiques, policiers, sociaux. Capable aussi de tenir ses secrets.

Faut-il parler de coup de foudre ? Du côté de Claude Guéant indéniablement. Il paraît autant séduit que subjugué par Nicolas Sarkozy. "J'ai un grand plaisir à travailler avec lui, dit-il. Il est toujours en mouvement, inventif, et son désir d'action répond à mes frustrations de fonctionnaire."

Jusque-là, il n'a vu que bien peu de responsables politiques aussi énergiques. Nicolas Sarkozy l'a fait venir au ministère de l'intérieur ? Il l'impose aussi, en 2004, au ministère de l'économie où jamais la caste des inspecteurs des finances n'avait vu un préfet prendre la direction du cabinet du ministre. Le ramène avec lui à l'UMP, puis à nouveau à l'intérieur avant de le bombarder directeur de sa campagne. Puis secrétaire général de l'Elysée une fois l'élection présidentielle gagnée.

IL GÈRE TOUT, AGACE BEAUCOUP

Un parcours fulgurant et sans faute. Curieusement pourtant, aucun des fidèles de Nicolas Sarkozy ne qualifie Claude Guéant de sarkozyste. Il n'est pas des historiques.

C'est pourtant lui qui connaît le mieux les doutes et les décisions de leur champion et jusqu'à sa vie privée. C'est lui qui a géré les tergiversations de Cécilia Sarkozy et soutenu le candidat bouleversé par le départ de son épouse. C'est lui qui l'a emmenée jusqu'à Tripoli lorsque, grâce à ses contacts avec Moussa Koussa et contre une réintégration diplomatique du colonel Kadhafi en Europe, la France a obtenu la libération des infirmières bulgares détenues par le chef libyen.

"Nos contacts en Libye nous ont indiqué que la libération des infirmières bulgares était possible, dit-il aujourd'hui. Cécilia lui a donné de l'éclat." C'est aussi lui qui organisera, le 9 février 2008, l'union civile, à l'Elysée, entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Public-privé, gestion de l'Etat-affaires secrètes.

Quel rôle supplémentaire pourrait-il tenir encore ? Ce n'est pas toujours simple, cependant. Les diplomates du Quai d'Orsay sont chaque jour un peu plus outrés d'apprendre qu'il a pu recevoir le putschiste de Madagascar, Andry Rajoelina, ou le numéro deux de la junte de Guinée et qu'il a amorcé la reprise des relations avec le Rwanda.

On s'agace de le voir reprendre en main la cellule Afrique de l'Elysée et de le voir déjeuner à l'Hôtel Bristol, presque en face de l'Elysée, avec Robert Bourgi, cet avocat qui se veut le successeur de Jacques Foccart, au moins au Gabon. "Le Quai est parfois sur des positions anciennes", balaie-t-il en souriant.

Depuis que l'impopularité gagne le président, on s'inquiète surtout qu'il puisse manquer du sens politique nécessaire pour alerter le président. Lorsque l'affaire Jean Sarkozy a éclaté, il a ainsi continué jusqu'au dernier moment à renvoyer les journalistes qui s'étonnaient que le président pût pousser son fils dans les Hauts-de-Seine, en affirmant : "Ces attaques contre la famille du président frôlent le fascisme !"

Bigre… Des voix se sont élevées à l'Assemblée pour protester contre ses trop nombreuses interventions médiatiques, parfois à la place du premier ministre.

Il ne les ignore pas. Il les néglige cependant. Sûr de la confiance inaltérable du président. Nicolas Sarkozy, lui, continue de l'appeler dix fois par jour et de renvoyer les trop nombreuses demandes de rendez-vous sur lui : "Va voir Claude ! Ce sera comme si tu me voyais."
Raphaëlle Bacqué

L'iPad ouvre une nouvelle ère dans le monde de la micro-informatique

L'iPad, l'ardoise numérique qu'Apple a commencé à commercialiser aux Etats-Unis samedi 3 avril, va-t-elle faire bouger les lignes dans le secteur informatique ?

Selon des chiffres non confirmés par le groupe américain, qui, une fois de plus, a parfaitement orchestré le lancement de son dernier "gadget" (il s'accompagne d'une véritable hystérie médiatique sans pour l'instant aucune publicité), plusieurs centaines de milliers d'exemplaires ont été pré-réservés durant le mois de mars.
Parmi les premiers journalistes à avoir pu tester l'appareil, Walter Mossberg, du Wall Street Journal, a publié une chronique dithyrambique. David Pogue, son collègue du New York Times, a prédit que les technophiles détesteront, mais que le grand public adorera. Les analystes industriels sont également enthousiastes : 6 millions d'unités s'écouleront en 2010, selon Morgan Stanley. Le cabinet iSuppli prédit 7 millions en 2010, et trois fois plus en 2012...

Apple compte sur "l'écosystème" qu'il a réussi à créer autour de l'iPhone : ses plus de 140 000 applications (jeux, fils d'actualités, etc.) disponibles sur le téléphone, qui se retrouveront en quasi-intégralité sur l'iPad. Et aussi sur toutes celles qui seront développées spécifiquement pour l'ardoise (environ un millier dès son lancement).

Le pari reste risqué : il s'agit de créer de nouveaux usages autour d'une proposition inédite dans l'univers de la micro-informatique. L'iPad a les fonctionnalités d'un ordinateur (suite bureautique, clavier virtuel), mais il est surtout conçu pour consommer du contenu de loisirs (livres, vidéos, jeux...). Ce n'est pourtant ni une télévision, ni une liseuse électronique, ni une console de jeux, mais un peu de tout cela à la fois. L'engin, par ailleurs plus coûteux que beaucoup d'appareils "dédiés" à un seul usage, est beaucoup moins "transportable" qu'un téléphone. Sur ce créneau, Microsoft ou Hewlett-Packard (HP), respectivement premier éditeur de logiciels et premier concepteur de PC au monde, se sont déjà cassé les dents au début des années 2000, faute de demande.

Pour l'instant, à l'exception des produits d'Archos, une PME française qui ne dispose pas des moyens d'Apple (5,7 milliards de dollars de profits pour son exercice 2009), la concurrence est quasi inexistante. Mais "tous les géants de l'informatique traditionnelle s'intéressent aux ardoises", assure Carolina Milanesi, analyste au cabinet Gartner, et sont en embuscade. Pas question de laisser Apple seul si le succès est au rendez-vous, même si plusieurs millions d'ardoises vendues en 2010 pèseront peu comparées aux 300 millions de PC et quelques qui pourraient s'écouler dans le monde sur la même période. Car l'iPad concurrence les "mini-PC", ces petits ordinateurs déstinés à la consultation des courriels et à l'accès à Internet, grâce auxquels les constructeurs ont maintenu leurs ventes ces deux dernières années malgré la crise.

Parmi les plus avancés, HP a présenté début 2010 son "slate", une "ardoise" avec un écran deux fois moins grand que l'iPad, équipée d'un système d'exploitation Windows 7 de Microsoft. Le géant informatique a aussi annoncé un "smartbook", entre l'ardoise et le "mini-PC" (il sera doté d'un clavier physique). Son compatriote Dell travaille sur un projet de tablette, le "mini 5", avec un système d'exploitation Android (Google). Les constructeurs asiatiques Lenovo et Asus ont aussi confirmé des projets de machines hybrides, entre l'ardoise et le mini-PC. Cependant, aucun de ces industriels n'a précisé de date de lancement. Francis Sideco, du cabinet californien iSuppli, estime néanmoins qu'"ils n'abordent pas le sujet des ardoises en dilettantes, car les investissements requis pour concevoir, développer et lancer ce type de produits requièrent un certain niveau d'engagement".

Les fabricants de liseuses électroniques et de consoles de jeux sont aussi sur leurs gardes. Le japonais Nintendo a lancé, début mars, une version "XL" de sa console portable DS, dotée d'un embryon de bibliothèque virtuelle. Le cybermarchand américain Amazon, concepteur du Kindle (la liseuse qui se vend le mieux), a annoncé qu'il allait rendre disponible sa propre bibliothèque numérique sur l'iPad. Il travaillerait aussi à doter le Kindle d'un écran couleur.

A ce stade, les analystes pensent effectivement que "l'ère monolithique du PC" s'achève. Mais pas seulement à cause de l'iPad. "Le marché du PC a déjà commencé à se segmenter. Les consommateurs ont des besoins de plus en plus sophistiqués", estime Ranjit Atwal, du cabinet Gartner. L'iPad participerait de cette évolution, caractéristique d'un marché - occidental - en voie de saturation. "Il y aura probablement une petite cannibalisation entre produits", ajoute M. Atwal, mais le PC devrait perdurer, pour des usages plutôt professionnels, à côté d'une quantité d'autres terminaux.
Cécile Ducourtieux
ENCORE UNE FOIS APPLE MONTRE SON GÉNIE ET SON POUVOIR INNOVANT.

Déception


Un an déjà ! Voilà un an qu'à Londres, les dirigeants du G20 se réunissaient avec tambours et trompettes. Leur ambition ? Endiguer la finance-casino pour éviter que la crise ne tourne au chaos. Conscients de leur responsabilité face à l'Histoire, les capitalistes en chef s'étaient engagés à bouter le protectionnisme, à hisser haut le contrôle, à pousser le multilatéralisme financier. Un an après, que sont ces belles intentions devenues ? Un champ de déceptions. Certes, les États n'ont pas pris le risque de se claquemurer derrière des protections mortifères. Pour autant, un égoïsme mâtiné de nationalisme est apparu ici ou là, et entre autres en Europe. Certes, les paradis fiscaux ont été mis à l'index. Mais les experts notent une opacité accrue des transactions financières. Certes, le FMI a vu ses moyens renforcés. Sans que le Fonds puisse cependant contrebalancer les pouvoirs retrouvés des grands acteurs de la finance. Résultat ? Les bonus sont de retour et les banques irlandaises au bord de l'implosion. La Grèce se retrouve menacée par les spéculateurs et la coordination des plans de sortie de crise enterrée. Esprit de Londres, où es-tu ?

Pause pascale


Pascale... L'adjectif, a fortiori au féminin, évoque la lumière. L'espérance. Son grand pouvoir ne sera peut être pas suffisant pour faire rêver le chef de l'État d'une résurrection rapide dans les sondages d'opinion, mais il aura au moins l'élégance de lui offrir une pause précieuse.
Rarement la parenthèse rituelle de ces trois jours de Pâques n'aura autant justifié son statut d'exception. L'édition 2010 marque même bien davantage qu'un temps suspendu. Une césure dans le quinquennat. Elle est si nette dans l'écriture du pouvoir qu'avec un peu de recul, elle apparaîtra comme une rupture dans le rythme, le ton, le style et le récit du roman présidentiel. Tout à coup, l'histoire commencée bien avant la victoire de 2007 n'est plus du tout la même.
La semaine qui s'achève a accéléré la fin d'une séquence. Celle où, pour la droite, la victoire semblait durable face à une gauche déchirée, sans projet et sans majorité de rechange. Ni les inévitables déboires de réformes polémiques, ni la crise économique, ni même les pratiques contestées de l'exécutif, ne semblaient pouvoir remettre en cause la suprématie d'un modèle néo-conservateur dominant. Même la défaite annoncée aux régionales ne devait être qu'une intempérie passagère trop inconséquente pour empêcher un deuxième bail pour le locataire de l'Élysée.
L'enchaînement d'une campagne ratée, d'une cuisante défaite dans les urnes et de résultats économiques désastreux a tout fait basculer. Tombée à 28 %, la faible popularité du président a changé la perception d'un personnage qui, jusque là, avait toujours su rebondir. Les records atteints par la dette ont entamé sa crédibilité. Et les récriminations dans les circonscriptions contre un bouclier fiscal jugé indécent ont dressé les députés UMP contre leur ancienne icône, tout à coup descendue de son piédestal. Et ce n'est pas le succès d'un dîner très symbolique avec Barack Obama à la Maison Blanche qui pourra restaurer son autorité morale. La magie qui permettait de croire le message fétiche - demain, tout est possible - est retombée. Même dans ses pires cauchemars, le vainqueur triomphant de 2007 n'avait imaginé un scénario aussi sombre
Dos au mur, l'Élysée n'a pas voulu céder un pouce de terrain. Pas question de reconnaître un état de faiblesse avant d'affronter un printemps social délicat jalonné par les mines de la réforme des retraites. Officiellement on ne changera pas de cap, donc, mais il faudra bien inventer une nouvelle stratégie de navigation pour éviter les écueils de cette année de tous les dangers. Il faudra bien, aussi, revoir la psychologie du capitaine pour l'adapter à une météo qui, pour le moment, ne lui est plus favorable. Pour le président, la pause pascale ne sera pas de trop pour réfléchir au profil qu'il doit trouver pour rebondir. Et pour l'accepter.

Copé : "On ne peut pas continuer comme ça sur les déficits"

Le président du groupe UMP à l'Assemblée se dit " engagé à fond " aux côtés de Nicolas Sarkozy, mais ne renonce pas à son rôle de " défricheur d'idées ", et ne cache pas ses ambitions élyséennes. Sur la dette et les déficits, il plaide pour un contrat de législature à proposer aux Français en 2012. Et propose de fusionner impôt sur le revenu et CSG-CRDS.

Selon vous, Nicolas Sarkozy a-t-il clos le débat sur le bouclier fiscal dans la majorité ?

J'ai crée le bouclier fiscal lorsque j'étais ministre du Budget de Dominique de Villepin, avec un plafond à 60%. Il a été descendu à 50% en 2007 en y incluant la CSG et la CRDS. Autant vous dire qu'il s'agit à mes yeux d'un élément absolument essentiel de notre système fiscal. Parce que la France n'est pas une île. Et parce que l'impôt ne doit pas être confiscatoire : on ne doit pas prendre aux Français plus de la moitié de ce qu'ils gagnent. Il ne faut pas se leurrer, si les Français qui gagnent le plus partent à l'étranger alors, tout le fardeau fiscal pèsera sur les seules classes moyennes. C'est pour éviter cela que nous avons crée ce bouclier. L'approche idéologique dans ce domaine est grotesque ; il faut la laisser aux socialistes. Seul le pragmatisme doit compter. Lorsqu'un débat sur ce sujet à été rouvert par quelques uns de mes amis députés, j'ai pris mon temps pour réfléchir à nouveau. Sur le fond, il n'y a pas dans la majorité de remise en question du principe du bouclier fiscal. Mais dans l'hypothèse où il devrait y avoir augmentation ponctuelle d'une taxe ou d'un impôt, pour répondre à des circonstances exceptionnelles et pour une durée limitée, il serait alors normal que chaque Français participe à l'effort..
Vous êtes sur la même ligne que Gilles Carrez, le rapporteur général du Budget...

C'est une position de sagesse qui concilie à la fois la compétitivité et l'équité.

Pourquoi organisez-vous mardi un forum de Génération France sur la dette ?

L'intitulé résume à lui seul l'esprit dans lequel je me trouve : " On ne peut plus continuer comme ça !". Chacun est bien conscient que la résorption du déficit et de la dette n'est pas une affaire qui peut être réglée en un ou deux ans. En revanche, il faut donner une orientation, travailler sur un contrat de législature à proposer aux Français en 2012. La réduction des déficits devra être prioritaire. La dette atteint un niveau tel qu'elle bride la compétitivité et la croissance, menace le modèle social et réduit à néant les marges de manoeuvre politique.
Ce n'est pas un message très porteur...

Je ne suis pas d'accord. Les sondages le montrent, les Français ont beaucoup mûri sur ces questions notamment avec la crise grecque. La dette les inquiète. Ils privilégient la réduction des dépenses comme solution. A ce titre, je propose que l'on réfléchisse dès maintenant à l'élaboration d'une règle constitutionnelle contraignante.

Faut-il interdire le déficit à moyen terme, comme l'ont décidé les Allemands ?

Je propose plutôt que l'on modifie la Constitution en prévoyant que la loi de programmation des finances publiques, qui deviendrait quinquennale, fixe un objectif contraignant de réduction des dépenses pour l'Etat et la Sécurité sociale. Le projet de loi de Finances et le projet de loi de financement de la Sécurité sociale devraient s'y conformer. L'équilibre budgétaire dépend trop de la conjoncture. Mieux vaut fixer une obligation portant sur le niveau de dépenses publiques. Pour les collectivités locales, je suggère de conclure un pacte de stabilité, un peu comme en Espagne, reposant sur une norme d'évolution des dépenses, avec un bonus malus à la clef en matière de dotation de l'Etat, selon le respect ou non de l'objectif.

Mais comment, concrètement, réduire les dépenses ?

Rappelons d'abord ces chiffres peu connus : les dépenses de l'Etat ont progressé de 35% entre 1996 et 2008, contre 61% pour la Sécurité sociale et 78% pour les collectivités locales. Soyons clair : réduire le train de vie de l'Etat est indispensable mais ne réglera pas tous les problèmes ! Il faut continuer sur la voie engagée en poursuivant le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, et en étendant la règle aux quelques 600 opérateurs de l'Etat.

Cela signifie 100.000 nouvelles suppressions de postes entre 2011 et 2013. Est-ce tenable ?

Oui, si on le fait de manière intelligente, en établissant des priorités. On peut aller beaucoup plus loin dans la réduction des effectifs de l'administration centrale quand les responsabilités doublonnent avec les territoires.

Faut-il aller au-delà de la norme " zéro volume ", qui limite au niveau de l'inflation l'augmentation des dépenses de l'Etat ?

Oui, après la crise il faudra tendre vers le zéro valeur, cela imposera une réduction sur cinq ans de tous les budgets de l'Etat.

Que préconisez-vous pour la Sécurité sociale ?

L'effort principal doit porter sur les retraites et l'hôpital. En ce qui concerne les retraites, avec François Sauvadet et Pierre Méhaignerie nous venons de mettre en place des groupes de travail UMP et Nouveau Centre et nous ferons des propositions fortes au mois de Juin. Je souhaiterais que chaque groupe, y compris à gauche, fasse ce même travail, je suis impatient de connaître leurs propositions. En ce qui nous concerne nous allons aborder toutes les questions sans tabou, y compris la question de la convergence des systèmes de retraites publiques-privées. De même, la fusion des caisses de retraites pour le régime de base doit faire l'objet d'une vraie réflexion. En ce qui concerne l'hôpital, la loi qui a été récemment adoptée ouvre de vraies perspectives de meilleure gestion. Il y a ensuite une vaste réorganisation administrative à mener au sein de la Sécurité Sociale, il faudrait par exemple créer un guichet unique en rapprochant les CAF et les CPAM.

Quid des médecins libéraux ?

Je pense que l'on devrait avoir un discours beaucoup plus positif. C'est d'abord un problème de considération vis-à-vis d'une profession beaucoup plus fragilisée qu'on ne le croit. Le problème n'est pas uniquement comptable.

Les collectivités dépensent-elles trop ?

Un chiffre : 60% de la hausse de leurs dépenses est liée à leurs décisions propres et non à des transferts de compétence. Il y a le feu à la maison ! Il y a des augmentations d'effectifs irresponsables et disproportionnées. Je suis partisan d'une fusion des conseils régionaux et des conseils généraux. Il faut fusionner les compétences et les administrations, pas seulement les conseillers territoriaux. Si on réalisait 10% d'économies sur les dépenses de fonctionnement des départements et des régions, cela représenterait un gain de plus de 6 milliards d'euros.
C'est la fin des départements...

Non, ce sera la fin des doublons administratifs pour une meilleure efficacité de l'action locale.

Sur les recettes, que proposez-vous ?

Je suis contre les augmentations d'impôt. Dans le contexte de crise, cela aurait pour effet de casser la croissance. Et d'une certaine manière, ce serait une facilité car ce serait s'exonérer de l'effort de réduction des dépenses. En revanche, on doit réfléchir à une plus grande cohérence de notre système fiscal. Je propose de fusionner impôt sur le revenu et CSG-CRDS. Tout simplement parce qu'on déplore depuis des années le fait que l'impôt sur le revenu n'est payé que par la moitié des contribuables alors que la CSG et la CRDS sont acquittées par tous. Et parce que l'impôt sur le revenu est " familialisé ", avec le quotient familial, alors que la CSG ne l'est pas. L'assiette fiscale serait plus large. Et ce dispositif profiterait aux classes moyennes. Je propose aussi de fusionner, à cette occasion, les Urssaf et l'administration fiscale. Ce qui donnerait tout son sens à cette fameuse retenue à la source que j'appelle de mes voeux depuis longtemps.

Est-ce que ce serait un moyen d'augmenter les recettes fiscales ?

Cette réforme n'est pas conçue pour augmenter les recettes.

Que suggérez-vous sur la fiscalité du patrimoine ?

L'ISF est un énorme tabou mais disons les choses : est-il logique de taxer la détention du patrimoine plutôt que les revenus du patrimoine ?

Au sujet des niches fiscales, faut-il donner un coup de rabot comme certains le proposent dans la majorité ou s'y attaquer niche par niche ?

Vérifions d'abord que le jeu en vaut vraiment la chandelle. La plupart des niches ne coûte que quand elles marchent, à l'instar du crédit impôt pour l'emploi à domicile.
Les entreprises viennent de bénéficier de la suppression de la taxe professionnelle et de l'abandon de la taxe carbone. Doivent-elles contribuer à la réduction des déficits ?

A l'heure actuelle, l'idée c'est plutôt de stimuler la compétitivité de notre économie. C'est vrai pour les ménages, dont il ne faut pas casser le pouvoir d'achat. C'est vrai aussi pour les entreprises. Je préconise d'ailleurs que nous adossions davantage notre économie à l'économie allemande, que nous nous inspirions de leur exemple.

Vous ne partagez pas les critiques émises récemment sur le modèle allemand, pas assez coopératif en Europe ?

Pas du tout. On ne va pas demander aux Allemands d'arrêter d'exporter ! Nous ferions mieux de nous inspirer de leur tissu entrepreneurial très performant notamment pour faire grandir nos PME.

Vos propositions sont pour la législature à venir. Que faut-il faire d'ici à 2012 ?

Il y a beaucoup de choses qu'on peut mettre en oeuvre dès maintenant. Mais d'ici à 2012, l'effort de réduction des déficits doit se faire en fonction de la reprise. Nous sommes encore en pleine crise économique.
Après vous être fait le chantre de l'hyper-parlement, vous vous dites aujourd'hui " à fond " derrière Sarkozy. Pourquoi tant de zèle ?

D'abord, il n'y aucune incompatibilité entre le fait de soutenir l'hyperprésident et de militer à fond pour l'hyperparlement. C'est même à mon sens totalement cohérent. Ensuite, je considère que nous sommes dans un moment extrêmement difficile de notre majorité. La gauche, qui a remporté les élections régionales, est en situation d'emporter la prochaine échéance nationale. Dans ce contexte, il nous faut être rassemblé derrière celui qui est notre président et dont je souhaite qu'il soit notre candidat. Mais que les choses soient claires : le fait d'en appeler au rassemblement n'exclut pas une totale liberté de débat et d'expression. La co-production législative s'impose plus que jamais. C'est totalement l'esprit du nouveau pacte majoritaire que j'ai proposé.

Le test principal de la coproduction ne va-t-il pas être sur les retraites ?

On a d'abord un test sur la burqa. Mais sur les retraites, il est clair que le gouvernement devra nous écouter. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons lancé notre propre groupe de travail.

Si Nicolas Sarkozy vous proposait Matignon dans les prochains mois, accepteriez-vous ?

La question ne se pose absolument pas. Mes amis députés m'ont élu à leur tête pour cinq ans, je ne bougerai pas et chacun le sait.
Propos recueillis par Stéphane Dupont, Pierre-Alain Furbury et Etienne Lefebvre, Les Echos

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Le casse-tête des socialistes pour organiser leurs primaires

Les militants voteront le 3 juillet pour choisir la méthode de désignation de leur candidat pour la présidentielle. La commission Montebourg s'apprête à rendre ses conclusions. Chaque camp a sa propre stratégie.

L'heure du choix approche. Après la victoire aux régionales, les socialistes doivent maintenant s'entendre sur le mode de désignation de leur candidat à la présidentielle. Il leur faut répondre à trois questions simples. Quand? Comment? Avec qui? Comme souvent au PS, les réponses ne sont pas simples à élaborer. Certes, ce sont les militants qui se prononceront en dernier ressort, lors d'une convention ad hoc le 3 juillet sur une proposition de la direction, mais encore faut-il réussir à la formuler. La commission prépara­toire, présidée par Arnaud Montebourg, est censée rendre ses conclusions d'ici une quinzaine de jours. Pas simple pour «l'homme d'une seule ­cause», comme certains le surnomment, qui se trouve souvent minoritaire au sein de sa commission. Parfois, les discussions sont tendues: la semaine dernière, on n'était pas loin du clash lorsqu'un des membres, Pascale Boistard, a claqué la porte faute de pouvoir exprimer ses arguments.

Évidemment, chaque camp a sa stratégie. La première secrétaire, Martine Aubry, et le directeur du FMI, Domi­nique Strauss-Kahn, sont aujourd'hui les favoris des sondages. Ségolène Royal et François Hollande suivent en rivaux. Et puis il y a les autres: Manuel Valls et Pierre Moscovici en outsider. Sans oublier ceux qui n'ont pas encore révélé leurs intentions mais qui pourraient en avoir: Laurent Fabius, Gérard Collomb ou Arnaud Montebourg.

Pour départager tout le monde, le PS n'a pas encore arbitré la procédure. Montebourg plaide pour un scrutin en trois tours. Une phase éliminatoire pour les «petits candidats» suivie d'un vote classique en deux tours. «C'est une usine à gaz», réplique la quasi-totalité du PS.

Problème de calendrier

Mais le principal problème, c'est le calendrier: avant ou après l'été 2011, avant ou après le prochain congrès statutaire? Sur ce dernier point, le débat est âpre. D'un côté, certains défendent l'idée d'un congrès chargé de préparer les primaires. Mais comment, dès lors, éviter de jouer le match avant le match? D'autres plaident pour un congrès de ratification après les primaires. Mais comment éviter que se joue le match retour? La direction du parti penche pour la deuxième option et s'interroge: faut-il se lier les mains dès le 3 juillet en verrouillant le calendrier? En 2011, il faudra aussi tenir compte de deux rendez-vous incontournables. Tout d'abord, les élections cantonales de mars, qui seront lourdes de conséquences sur les sénatoriales de septembre. Hors de question pour le PS de mener de front les primaires et cette campagne électorale où il espère de nouvelles conquêtes. Ensuite, il y a le G20 de juin, auquel participe le directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn.

C'est pourquoi les partisans de DSK plaident pour une désignation à l'automne, afin que «tous ceux qui veulent pouvoir se présenter puissent le faire». Martine Aubry, qui a conclu un accord avec DSK, défend ce scénario qui l'avantage, elle aussi. «La primaire n'a de sens que si elle produit un effet sur le vote national», estime Pierre Moscovici.

Mais, face à eux, les partisans d'un calendrier accéléré ont des arguments à faire valoir. «Il faut un calendrier qui rend fort, explique François Hollande. Le candidat désigné aura trois tâches à accomplir: un travail sur lui-même, le rassemblement de son camp et enfin nouer un accord avec les partenaires.» Forte de son expérience, l'ex-candidate Ségolène Royal partage la même analyse. Sans être candidat lui-même, Bertrand Delanoë «conseille» aussi à Martine Aubry une désignation «avant l'été 2011». «Le problème est le même pour Dominique, quel que soit le calendrier», affirme-t-il: DSK devra, s'il veut revenir, démissionner du FMI avant la fin de son mandat.

Candidature unique

À cette question du calendrier s'ajoutent celles du périmètre (avec toute la gauche ou seulement le PS) et du corps électoral. «Je ne peux pas répondre à la place de nos partenaires», expliquait Martine Aubry il y a quelques jours. Certains socialistes s'interrogent sur le bien-fondé d'une candidature unique de la gauche. «Elle n'est pas le gage d'une victoire. Mitterrand a perdu en 1974 avec 43% au premier tour», rappelle Pierre Moscovici. À l'opposé, d'autres se souviennent des conséquences de la dispersion de la gauche avant le 21 avril 2002. Il faudra bien trancher et éviter que les primaires ne se transforment en ma­chine à perdre.

MAIS IL EN MANQUE SUR LA PHOTO