TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

vendredi 28 janvier 2011

Bonus : scandale ou symptôme ?


Question pour le jeu « Qui veut gagner des millions ? » : qui perçoit en France, dans le monde des affaires (hors show-business et sport), les rémunérations les plus élevées ? Réponse A : les patrons des entreprises du CAC 40. Réponse B : les quarante traders les mieux payés. Même si vous n'avez pas lu le rapport récemment remis à Christine Lagarde par Michel Camdessus, qui occupe l'ingrate fonction de contrôleur des rémunérations des professionnels de marché, vous savez que la réponse B est la bonne. Le rapport constate pourtant, à propos des bonus payés en 2010 au titre de l'exercice 2009, une « nette modération », due aux mesures d'encadrement. Tout est relatif : les six plus gros groupes bancaires français ont tout de même versé à ce titre 3 milliards d'euros. Et le bonus individuel le plus élevé varie, selon les banques, de 1,8 million à plus de 10 millions d'euros...
A quoi sert l'encadrement des bonus ? A freiner, certes, une escalade de gains qui choque l'opinion - mais pourquoi les virtuoses des marchés seraient-ils moins payés que ceux de la chanson ou de la raquette ? Il vise surtout à désamorcer le mécanisme qui est au coeur du gonflement des bulles et du déclenchement des crises : l'incitation à la prise de risque. On peut alors s'interroger sur l'efficacité des règles imposées aux banques et sur cette « modération » dont se félicite le rapport Camdessus. Croit-on sérieusement qu'en réduisant d'un quart un bonus de 3 millions d'euros (niveau moyen dans une des banques contrôlées), on abaisserait sensiblement la propension au risque ?
En réalité, les bonus ne sont qu'un symptôme. Tant que les marchés offriront des occasions de gains énormes et rapides, il se trouvera des opérateurs pour prendre les paris - puisque, selon Oscar Wilde, « le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder ». Il faut donc s'attaquer à l'objet même de la tentation, c'est-à-dire à la nature des produits financiers, à leur opacité et à leurs dangers potentiels. C'est une tâche moins spectaculaire que la lutte contre la dérive des bonus, mais plus vitale.

0 commentaires: