TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

dimanche 3 avril 2011

Comme un Guéant

On ne s'improvise pas homme de l'ombre. Les coulisses sont une longue patience. Il y a un art de rester derrière : c'est le contraire de celui de se mettre en avant. Parler aux masses s'apprend comme une langue étrangère. Guéant a oublié que les mots sont d'autant plus lourds qu'ils tombent dans des millions d'oreilles. Le drame de Claude Guéant : celui d'avoir dû jouer les premiers après être devenu un second. Il a perdu la tête qu'il n'avait plus sur les épaules solides de Nicolas Sarkozy. Il a voulu se faire aussi gros que le beauf. C'est le pot-au-Hortefeu.

On ne se doute pas du nombre de micros, d'appareils photo et de caméras qui suivent les moindres faits et gestes de nos hommes politiques. C'est Natalie Portman sur le tapis rouge des oscars, sauf que c'est tous les jours. Le moindre des propos, des sourires ou des soupirs d'un homme politique est reproduit à l'infini sur les chaînes info et Internet. Il habite à l'intérieur d'une caisse de résonance. Ce ne sont plus ses enfants qui ne l'écoutent pas, c'est le peuple entier qui l'entend. Griserie de voir le monde nous accorder autant d'attention que nous en avons pour nous-mêmes depuis que nous sommes au monde. L'injustice que nous avons subie - ne pas être reconnus comme le centre de l'univers - est enfin réparée : nous sommes au centre de l'univers, aussi appelé poste de télévision. La tentation est alors trop forte de dire la vérité qui nous offrira le rôle final de prophète. Et la vérité, pour Guéant, c'est qu'on n'est plus chez nous.

Le pays a changé, certes, depuis notre lointaine enfance blanche, et il y a sans doute en chacun de nous - nous, les Français de plus de 50 ans, comme Claude Guéant - le désir de retourner dans cet univers idyllique où les mamans étaient décolorées et non teintes, où les papas avaient une situation et non un emploi, où la télé était en noir et blanc et non à la carte et où les banlieues étaient rouges et non noires. A l'école primaire, il y avait des maîtres, pas des instits ; au lycée, des professeurs, pas des enseignants. On sent bien dans l'entourage quinquagénaire et sexagénaire du président, et chez le président lui-même, cette nostalgie d'une société où les jeunes parlaient bien et s'habillaient mal, alors qu'aujourd'hui c'est l'inverse. Ces grands premiers de la classe des années 70 et 80 semblent vouloir refuser la planète telle qu'elle erre désormais entre guerres civiles et désastres financiers, massacres religieux et brutalités politiques, exodes et génocides, catastrophes et famines, fabriquant expulsés et réfugiés à tire-larigot. Jaurès avait bien dit que le capitalisme, c'était la guerre, mais on ne l'a pas laissé finir son croissant au café. Je me souviens d'une visite de Poto-Poto, quartier de Brazzaville, en 2006, et du commentaire de mon chauffeur : "C'est le quartier des immigrés d'Afrique de l'Ouest ." Comment les aurais-je reconnus ? Guéant se décidera-t-il à admettre que ces masses de jeunes Français ni blancs, ni chrétiens, ni très bons à l'école, sauf exception, sont chez eux chez nous ?

Pour certains commentateurs, Claude Guéant, militaire dans l'âme, ou missionnaire dans l'arme, ou mercenaire en larmes, serait allé au casse-pipe pour Nicolas Sarkozy afin de provisionner en voix FN le compte du futur candidat de la droite à l'élection présidentielle. C'est trop compliqué pour moi. Ce que je vois, c'est que Nicolas Sarkozy sera réélu en 2012 par une France qui a, pour reprendre l'expression du regretté et visionnaire Georges Marchais, glissé à droite. Le Pen ? Dans notre pays sexiste, on a toujours saccagé les femmes politiques : Garaud, Cresson, Barzach, Dati, Royal et même l'idole posthume Françoise Giroud. Ainsi que l'idole anthume Simone Veil, soigneusement tenue éloignée de la tête de l'Etat depuis sa loi sur l'avortement. C'est un vrai cimetière marin dans lequel Mlle Le Pen aura bien du mal à ne pas s'allonger. DSK ? La seule chose qu'il ait de gauche, c'est sa démarche.

Affaire Tapie : Lagarde pourrait poursuivre les députés PS qui l'accusent

La ministre de l'Économie est accusée par l'opposition d'"abus d'autorité" dans le règlement de l'affaire.

La ministre de l'Économie Christine Lagarde a annoncé samedi qu'elle envisageait de poursuivre en justice les députés socialistes qui l'accusent d'"abus d'autorité" dans le règlement de l'affaire Tapie/Crédit lyonnais. "Christine Lagarde examine les actions judiciaires susceptibles d'être engagées à l'encontre des auteurs" d'une lettre adressée à Jean-Louis Nadal, procureur près la Cour de cassation, selon un communiqué de son ministère.
Dans ce courrier, des députés PS visent expressément le choix de Christine Lagarde d'avoir recouru à un tribunal arbitral en 2008 plutôt que de s'en remettre à une cour d'appel pour régler l'affaire. C'est ce tribunal qui, après plus de 15 ans de bataille judiciaire, a condamné en 2008 le Consortium de réalisation (CDR, gérant le passif du Crédit lyonnais) à verser 285 millions d'euros de réparations à M. Tapie, dont 45 millions pour le seul préjudice moral. Les députés, qui dénoncent "la complaisance et la connivence du pouvoir" dans ce qu'ils jugent être "une affaire d'État", demandent une saisine de la Cour de justice de la République, seule habilitée à juger des ministres dans l'exercice de leur fonction.
"Ni dissimulation d'information, ni falsification"
Christine Lagarde "est déterminée à défendre très fermement sa position dans ce dossier", affirme son entourage, sans fournir plus d'indications sur le type d'action en justice envisagé. Dans son communiqué, Christine Lagarde défend point par point une "procédure transparente et respectueuse du droit" qui "ne recèle (...) ni dissimulation d'information, ni falsification". "Le recours à l'arbitrage ne constitue en aucune façon un 'abus d'autorité'", ajoute la ministre, en réaffirmant que son choix "a été fait pour sauvegarder les intérêts de l'État". "L'objectif de cette procédure était de mettre un terme de manière globale et définitive aux nombreuses procédures coûteuses (...) engagées depuis de nombreuses années et qui auraient pu se poursuivre encore plusieurs années", dit-elle. Le risque financier encouru "s'élevait à plusieurs milliards d'euros", fait-elle encore valoir.
Elle souligne que "le recours à l'arbitrage par le CDR a été jugé régulier par le tribunal administratif de Paris le 8 octobre 2009, décision confirmée en appel par la cour administrative d'appel de Paris le 31 décembre 2010", ajoutant qu'un pourvoi est en cours devant le Conseil d'État. "Au vu de ces éléments techniques et juridiques, l'accusation de détournement de fonds publics n'a pas de sens", estime la ministre. Selon elle, "toutes les sommes payées par le CDR aux liquidateurs du groupe Tapie l'ont été en vertu d'une condamnation prononcée par le tribunal arbitral dans le respect des formes et règles de droit applicables", soulignant que "cette sentence (...) a l'autorité de la chose jugée".

Hollande ou l'éternité


Pourquoi ce trouble quand François Hollande affirme à Tulle qu’il aura un destin? Rien à voir avec lui – pas seulement – mais tout à voir avec ce pays pétri d’éternels retours. La figure du notable de province et de progrès, une revendication du bon sens commun et d’une décente modération, et l’écoute du peuple, jurer qu’on nous rendra la fraternité, et la France en avant…


Et ce discours, surtout, d’où le monde et les soubresauts d’ailleurs sont absents. La Chine puis le Brésil prétendent secourir le Portugal, le monde émergent renverse l’Europe, les peuples arabes se ruent vers la liberté, la Terre se réchauffe, mais Hollande nous parle comme on nous parlait il y a trente ans, un siècle, comme si la tradition ne s’épuisait jamais de ces humanistes de préfectures, et la République n’en finissait jamais de se reproduire à l’identique.


Hollande est ainsi, ou ce qu’il en montre, tenant l’équilibre entre Chirac et Mitterrand. Il prend des notes en visite chez des marins pêcheurs, il dit "la jeunesse" comme on a toujours dit dans les banquets républicains. Rien n’est faux, mais tout est déjà vu. Peut-être at- on besoin de cela, cette éternité émolliente, cette revendication d’une normalité sans contenu défini, pour se guérir de la brutalité versatile du sarkozysme. Mais on ne se protégera pas du monde en l’ignorant. Il y a autre chose dans la geste de Hollande, que l’on devine, et qui affleure dans ses mots. Nous sommes moins l’enjeu de cette bataille que lui-même: en reconquête d’estime après avoir été tant brocardé. Son discours est une thérapie. Son introspection, ce corps reconquis à force de privations, ce sérieux devenu une seconde nature, forcé parfois, et l’on se demande alors ce qui était vrai dans ses jovialités d’antan, au temps de l’intelligence et des occasions perdues.


On a cette impression d’un homme que la vie et la politique ont martyrisé, et qui s’est fait violence, et qui nous prend à témoin de son courage, et notre écoute nourrira sa guérison. Il y a comme une supplique quand il insiste sur sa volonté de gagner, ou l’idée d’un examen qu’il passerait, devant les médias d’abord, les sondés ensuite, et qu’il atteindrait au statut de véritable candidat en épousant les canons du genre, talentueux jusque dans l’imitation. Et validé, il pourrait revivre. Cette supplique est belle mais perdue pour la politique, et l’on attend Hollande là où elle fait mal. L’Europe éclatée, les finances ruinées, le tissu social déchiré, qu’en ferait-il? En tristesse, il dit peu, quand il ne disait rien jadis au temps de la gaieté. C’est un autre invariant de la République que cette offrande de soi-même et de son rachat en guise de projet. Rarement, cette offrande aura été aussi émouvante et embarrassante que dans ce retour d’un faux gentil, vrai écorché, de notre République.

La France moins à droite

C’est une idée reçue dans le monde politique: la France serait de plus en plus ancrée à droite. Cette tendance européenne constituerait la meilleure assurance pour Nicolas Sarkozy de conserver son poste l’an prochain. La percée du Front national aux cantonales exprime des relents autoritaires, un rejet de l’immigré et de l’autre. Une demande de plus de sécurité face à la montée des délinquances.

Pourtant, la France vote de moins en moins à droite à chaque élection depuis 2007. Ce fut le cas aux municipales, aux régionales, aux cantonales et pas seulement pour s’opposer au pouvoir en place. La gauche peine à recueillir les fruits du désamour sarkozyste. Et le FN progresse sur le terreau des valeurs du travail et du mérite, dévoyées par l’ostentation et l’argent roi. Mais le vote Front national n’est qu’en partie un vote de droite. Jean-Marie Le Pen avait déjà siphonné les voix des anciennes banlieues rouges. Marine Le Pen séduit des déçus de la gauche.

Elle attire les votes populaires par une défense des "petits". Les Français veulent se protéger du XXIe siècle. Plus qu’un besoin sécuritaire, les voix FN expriment une demande de sécurité économique et sociale face au déclassement. Les réponses à ces peurs peuvent être de droite: la responsabilité individuelle, l’ordre, la famille, la sécurité. Elles peuvent être de gauche: la justice, le partage, la solidarité collective, la liberté des moeurs. Depuis une vingtaine d’années, les idéologies se sont confondues au profit de valeurs fluctuantes. Cette "poussée à droite" n’est peut-être qu’une illusion d’optique. La clarté des choix sera une des clés de 2012. Pas la confusion.

TF1: "Donner au 20 Heures un nouveau rebond"

Comment Catherine Nayl, directrice de l’information de TF1, veut redynamiser son JT du soir. Interview. 
Le joker de Laurence Ferrari, Harry Roselmack, qui décide de quitter son poste, le rédacteur en chef du journal remercié, des audiences en dents de scie depuis janvier… Le journal de 20heures de TF1 – le premier d’Europe – a été bousculé ces dernières semaines. En février, sa part d’audience a reculé à 27 % (7,9millions de téléspectateurs). En mars, elle atteignait 26,8% (6,8millions de téléspectateurs), réduisant de plus en plus l’écart avec France 2. Catherine Nayl, la patronne de l’information de la chaîne, revient pour le JDD sur les changements en cours, destinés à enrayer la baisse. Et conforte Laurence Ferrari, qui animera le rendez-vous présidentiel mensuel de la chaîne.
Pourquoi y a-t-il une érosion des audiences du journal de 20 heures?
L’érosion des audiences du 20 Heures est sensible depuis janvier. Les causes sont structurelles, avec la multiplication depuis deux ans des canaux d’information: Internet, les chaînes d’information gratuites, les chaînes de la TNT qui se positionnent aussi sur ce créneau… Le paysage audiovisuel est recomposé, toutes les chaînes historiques ont baissé. Les JT ont plutôt mieux résisté, en particulier sur TF1, alors que le public est plus volatil et qu’il n’est pas ciblé. Les causes sont aussi conjoncturelles, avec une information politique et étrangère très présente depuis janvier. Cela constitue une perte de repères pour nos téléspectateurs. Lorsque le quotidien du monde est trop lourd à porter, la tentation est de se reporter sur les programmations frontales, de fiction, sur France 3 et M6. À nous de leur montrer que ces actualités sont en lien direct avec leur quotidien.
Quelles évolutions souhaitez-vous pour pallier cette baisse?
Il n’est pas question de changement éditorial profond ou de mesures drastiques. Nous avons discuté avec le patron de la chaîne, Nonce Paolini, de la durée du journal. Le raccourcir pour une question d’audience n’a pas été notre réponse. Les trente minutes du JT ont leur utilité comme carrefour de l’antenne. Nous avons néanmoins entamé avec les équipes une réflexion globale sur l’éditorial, l’habillage et le décor de nos journaux. Ces changements interviendront à la rentrée, pour apporter une cohérence supplémentaire à l’info.
Mais vous avez, d’ores et déjà, changé de rédacteur en chef pour le 20 Heures…
Nous voulions donner au journal un nouveau rebond. Michel Floquet est un très bon journaliste, qui a porté le 20 Heures avec Laurence Ferrari depuis le début. Son départ n’est lié à aucune faute: il fallait simplement redémarrer la machine, faire en sorte de recréer une nouvelle alchimie entre présentateur et rédacteur en chef. Michel Floquet exercera ses talents de grand reporter à Washington et est remplacé par Anne de Coudenhove, la rédactrice en chef du 13-heures.
L’arrivée sur TF1 de Laurent Delahousse, le présentateur de France 2, est-elle envisagée?
Non. Il n’a pas été approché. C’est un excellent journaliste, mais nous avons sur TF1 Jean-Pierre Pernaut, Claire Chazal et Laurence Ferrari, qui font les meilleures audiences d’Europe sur leurs JT respectifs. Je ne vois pas pourquoi nous les remplacerions. Ce serait un choix curieux, inenvisageable. Le 20 Heures de TF1 rassemble entre 1,8 et 2,5millions de téléspectateurs de plus que France 2. Laurence Ferrari et Claire Chazal font parfaitement le job.
Avez-vous de nouveaux projets pour Harry Roselmack, qui a choisi de ne plus rester joker de Laurence Ferrari?
Harry a souhaité se consacrer aux émissions Sept à huit et Harry en immersion. Il a pris sa décision dès le mois de septembre: nous en avons discuté pendant plusieurs mois, je me suis battue! Arrêter de présenter le 20 Heures est une décision qui peut paraître surprenante. Il l’a fait, même si ce n’était pas facile. Ce n’est pas un choix par dépit, c’est un choix mûri. Harry Roselmack est une figure emblématique de l’information à TF1. Nous réfléchissons à de nouveaux projets avec lui.
Gilles Bouleau, qui le remplace, fera-t-il la transition ou restera-t-il à ce poste à la rentrée?
Oui, il restera, ce n’est pas une transition. Gilles Bouleau a un profil complet de correspondant à Londres et Washington, de présentateur. Il prendra ses fonctions de joker en juin, pour remplacer Laurence Ferrari pendant ses congés d’été. Il occupera également un poste au côté du directeur de la rédaction, comme appui éditorial.
Le joker de Laurence Ferrari, Harry
Roselmack, qui décide de quitter
son poste, le rédacteur en chef du
journal remercié, des audiences en
dents de scie depuis janvier… Le
journal de 20heures de TF1 – le premier
d’Europe – a été bousculé ces
dernières semaines. En février, sa
part d’audience a reculé à 27 %
(7,9millions de téléspectateurs). En
mars, elle atteignait 26,8% (6,8millions
de téléspectateurs), réduisant
de plus en plus l’écart avec France
2. Catherine Nayl, la patronne de l’information
de la chaîne, revient pour
le JDD sur les changements en
cours, destinés à enrayer la baisse.
Et conforte Laurence Ferrari, qui
animera le rendez-vous présidentiel
mensuel de la chaîne.
Pourquoi y a-t-il une érosion des
audiences du journal de 20 heures ?
L’érosion des audiences du 20 Heures
est sensible depuis janvier. Les
causes sont structurelles, avec la
multiplication depuis deux ans des
canaux d’information: Internet, les
chaînes d’information gratuites, les
chaînes de la TNT qui se positionnent
aussi sur ce créneau… Le paysage
audiovisuel est recomposé, toutes
les chaînes historiques ont
baissé. Les JT ont plutôt mieux résisté,
en particulier sur TF1, alors
que le public est plus volatil et qu’il
n’est pas ciblé. Les causes sont aussi
conjoncturelles, avec une information
politique et étrangère très présente
depuis janvier. Cela constitue
une perte de repères pour nos téléspectateurs.
Lorsque le quotidien
du monde est trop lourd à porter, la
tentation est de se reporter sur les
programmations frontales, de fiction,
sur France 3 et M6. À nous de
leur montrer que ces actualités sont
en lien direct avec leur quotidien.
Quelles évolutions souhaitezvous
pour pallier cette baisse ?
Il n’est pas question de changement
éditorial profond ou de mesures
drastiques. Nous avons discuté avec
le patron de la chaîne, Nonce Paolini,
de la durée du journal. Le raccourcir
pour une question d’audience
n’a pas été notre réponse.
Les trente minutes du JT ont leur
utilité comme carrefour de l’antenne.
Nous avons néanmoins entamé
avec les équipes une réflexion
globale sur l’éditorial, l’habillage
et le décor de nos journaux. Ces
changements interviendront à la
rentrée, pour apporter une cohérence
supplémentaire à l’info.
Mais vous avez, d’ores et déjà,
changé de rédacteur en chef
pour le 20 Heures…
Nous voulions donner au journal
un nouveau rebond. Michel Floquet
est un très bon journaliste, qui a
porté le 20 Heures avec Laurence
Ferrari depuis le début. Son départ
n’est lié à aucune faute : il fallait
simplement redémarrer la machine,
faire en sorte de recréer une
nouvelle alchimie entre présentateur
et rédacteur en chef. Michel
Floquet exercera ses talents de
grand reporter à Washington et est
remplacé par Anne de Coudenhove,
la rédactrice en chef du 13-heures.
L’arrivée sur TF1 de Laurent
Delahousse, le présentateur
de France 2, est-elle envisagée ?
Non. Il n’a pas été approché. C’est
un excellent journaliste, mais nous
avons sur TF1 Jean-Pierre Pernaut,
Claire Chazal et Laurence Ferrari,
qui font les meilleures audiences
d’Europe sur leurs JT respectifs. Je
ne vois pas pourquoi nous les remplacerions.
Ce serait un choix curieux,
inenvisageable. Le 20 Heures
de TF1 rassemble entre 1,8 et 2,5millions
de téléspectateurs de plus que
France 2. Laurence Ferrari et Claire
Chazal font parfaitement le job.
Avez-vous de nouveaux projets
pour Harry Roselmack,
qui a choisi de ne plus rester
joker de Laurence Ferrari ?
Harry a souhaité se consacrer aux
émissions Sept à huit et Harry en
immersion. Il a pris sa décision dès
le mois de septembre: nous en avons
discuté pendant plusieurs mois, je
me suis battue! Arrêter de présenter
le 20 Heures est une décision qui
peut paraître surprenante. Il l’a fait,
même si ce n’était pas facile. Ce n’est
pas un choix par dépit, c’est un choix
mûri. Harry Roselmack est une figure
emblématique de l’information
à TF1. Nous réfléchissons à de nouveaux
projets avec lui.
Gilles Bouleau, qui le remplace,
fera-t-il la transition ou resterat-
il à ce poste à la rentrée ?
Oui, il restera, ce n’est pas une
transition. Gilles Bouleau a un profil
complet de correspondant à
Londres et Washington, de présentateur.
Il prendra ses fonctions
de joker en juin, pour remplacer
Laurence Ferrari pendant ses
congés d’été. Il occupera également
un poste au côté du directeur
de la rédaction, comme appui
éditorial. g

Mafiosa

Depuis la victoire du Front national aux élections cantonales, analystes et politologues s'interrogent sur les raisons qui poussent une bonne partie de nos compatriotes à s'abstenir ou à voter pour ce parti populiste. Il y a pourtant une raison simple au discrédit actuel de la politique et cela s'appelle tout simplement la morale politique. Quand, dans le département des Bouches-du-Rhône, le socialiste Jean-Noël Guérini, dont le frère est en prison et dont le comportement a été dénoncé par un rapport accablant de son camarade du PS Arnaud Montebourg, est réélu en triomphe à la présidence du conseil général, on croit rêver. Dans l'urne, pas un bulletin blanc ou nul. Pas une seule candidature alternative ne serait-ce que pour l'honneur. Certes Monsieur Guérini nous rappelle à juste titre qu'il n'existe pas de « délit de fraternité », il est à ce jour présumé innocent puisqu'il n'est pas poursuivi dans les affaires de son frère, mais peut-on pour autant considérer qu'il honore la politique ? L'élection par ses pairs est démocratique mais ce n'est pas un brevet de probité, l'omerta par peur ou par intérêt n'est pas un signe de civisme. On pense à Mafiosa cette série de Canal + qui se passe heureusement en Corse, pas à Marseille ! La direction du PS, sous l'impulsion de Martine Aubry, a dépêché un ancien ministre intègre, Alain Richard, pour enquêter sur place, et son rapport est attendu avec impatience. Une question pour terminer à tous les candidats à la primaire socialiste : faut-il suivre l'exemple marseillais pour redonner l'envie de la politique ?

Côte d’Ivoire : la guerre du cacao ?

Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo laisse la place à son rival, Alassane Ouattara, dont les forces ont investi Abidjan et ont pris le contrôle des principales villes du pays. Sa femme, Simone Gbagbo, qui estime que « Dieu l’a choisi », lui avait conseillé de résister jusqu’au bout. Mais en avait-il les moyens ? Son armée était minée par les défections, et l’embargo international le privait de rentrées d’argent et donc de munitions et d’armes, dont manquent déjà ses « Jeunes Patriotes ». Rappelons que, le 7 mars dernier, Gbagbo a voulu nationaliser le secteur du cacao et a lancé un ultimatum aux exportateurs, les menaçant de saisir leurs stocks sur place puis de les vendre. De son côté, Ouattara a appelé à poursuivre l’embargo international sur les exportations de cacao et de café ivoiriens afin de couper les finances de l’Etat contrôlé par Gbagbo (40 % du territoire au sud du pays). Certes, les compagnies internationales, désireuses de ne pas perdre leurs stocks, ont été tentées de suivre la société hongkongaise Noble Group, qui menaçait de violer l’embargo dès le 31 mars si Gbagbo avait encore « l’effectivité du pouvoir ». Elles ont été prises de court par l’armée de Ouattara, qui a lancé un assaut décisif contre le Sud, puis par le vote de la résolution 1975 de l’ONU sanctionnant Gbagbo et ses proches. Est-ce un hasard si cette nouvelle résolution a été votée la nuit du 30 mars, un jour avant l’expiration de l’ultimatum de Gbagbo et des compagnies hostiles à l’embargo ? Rappelons que la Côte d’Ivoire produit 42 % du cacao mondial. Si les producteurs et cultivateurs ivoiriens lâchent en masse Laurent Gbagbo, c’est aussi parce qu’il est désormais incapable de leur acheter les fèves, faute de liquidités. A contrario, Alassane Ouattara, soutenu par le FMI, dont il fut membre, et par l’ONU, les Etats-Unis et la France, incarne l’espoir de la reprise de l’économie ivoirienne sinistrée. Son installation effective au pouvoir permettra la levée d’un embargo dont les premières victimes sont comme toujours les civils.

Les nuits noires de l’Afrique

Depuis le mois de novembre, et la contestation du résultat de l’élection présidentielle ivoirienne, on le redoutait ce scénario de l’horreur qui évoque inévitablement la sinistre séquence génocidaire du Rwanda, les horreurs de Charles Taylor au Liberia, les cauchemars du Soudan, les règlements de comptes au Congo… Cet interminable chapelet de massacres intercommunautaires que l’histoire contemporaine de l’Afrique n’en finit pas d’égrener sur le chemin de croix de l’émancipation douloureuse d’un continent meurtri par le sort. Aucun fatalisme ne pourra s’accommoder de cette répétition de la solution sanglante. De ces paroxysmes de violence qui, à bout de cruauté, ouvrent la voie à des règlements politiques.

On espérait tellement que le verdict des urnes permettrait à la Côte d’Ivoire d’échapper à cet épilogue tripal en dépit d’une rivalité ethnique qui, derrière le duel entre deux hommes, annonçait des périls meurtriers. On se prenait à imaginer que malgré l’héritage empoisonné des découpages coloniaux, ce pays aux deux cultures, l’un des plus avancés d’une région du monde qui en compte peu, pourrait s’engager sur le chemin d’une démocratie moderne et apaisée. Et le voilà au bord du gouffre, miné au-delà de la probable fin politique de Laurent Gbagbo, par les massacres perpétrés par les vainqueurs. Les violences probables des forces pro-Ouattara ne valent guère mieux que la terreur des voyous de Gbagbo.

Comment construire sur un tel désastre ? Ainsi le président élu, l’ancien directeur adjoint du FMI soutenu par l’Amérique et la France n’a manifestement pas réussi à contenir la sauvagerie de ses partisans les plus exaltés. Ces « dérapages » étaient inévitables, tranchent, las, certains observateurs. Toutes les diplomaties tendaient le dos depuis des semaines en espérant que le face-à-face nord-sud, entre deux parties de la Côte d’Ivoire et entre leurs deux chefs de file, ne tournerait pas à la guerre civile pure et simple. Mais ils n’y croyaient pas trop, misant plutôt sur la victoire d’un camp sur l’autre, anticipant le coût humain d’un tel dénouement.

Aurait-on pu faire autrement ? Éviter ça ? Contrer la folie d’un Gbagbo ayant perdu toute lucidité devant un rapport de force qui avait tourné à sa défaveur. Maîtriser la soif de revanche des « Burkinabés » auxquels on avait si longtemps refusé la reconnaissance de leur identité ivoirienne. Empêché les vengeances intercommunautaires dans les régions où paradoxalement le pays ne faisait qu’un ?

L’Occident se rassure en se disant que rien n’aurait été pire pour l’avenir démocratique de l’Afrique qu’un statu quo pérennisant le déni d’un scrutin. Peut-être, mais c’est une analyse écrite avec le sang de civils, de leurs femmes et de leurs enfants. L’aube ne s’est pas levée sur Abidjan.

Présidentielle: Fillon en tête, devant Sarkozy, chez les électeurs de droite

François Fillon arrive en tête, devant Nicolas Sarkozy, des candidats que les électeurs de droite souhaiteraient voir concourir à la présidentielle de 2012, selon un sondage Harris Interactive publié dimanche dans Le Parisien/Aujourd'hui en France.
Les électeurs se déclarant de droite sont 57% à souhaiter que le Premier ministre soit candidat et 54% à préférer le chef de l'Etat.
Les deux têtes de l'exécutif devancent largement les autres personnalités de droite comme Alain Juppé (41%), Jean-Louis Borloo (33%), Dominique de Villepin (29%) ou encore Jean-François Copé (22%).
Parmi les seuls sympathisants UMP, c'est Nicolas Sarkozy qui arrive en tête (78%) devant François Fillon (70%).
Concernant les sujets qui devraient occuper une place importante dans le projet des candidats en 2012, on retrouve dans l'ordre l'emploi (pour 97% des personnes interrogées), la croissance (95%), le système social (94%), le pouvoir d'achat (94%), l'éducation (93%).
La laïcité, sur laquelle l'UMP organise un débat controversé le 5 avril, arrive loin derrière, n'étant un sujet prioritaire que pour 66% des sondés.
Sondage réalisé du 29 au 31 mars auprès d'un échantillon de 594 personnes se situant à droite (méthode des quotas).
Avec un charisme aussi bon que celui d'une huitre, Fillon est bien barré !!!

Abidjan dans les combats, 800 morts dans l'Ouest

Les soldats soutenant Alassane Ouattara se sont heurtés à une vive résistance des combattants du président sortant Laurent Gbagbo samedi à Abidjan, où les deux camps se disputent le contrôle de la Côte d'Ivoire.
Signe de l'ampleur et de la gravité que revêt le conflit, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé que des violences intercommunautaires avaient fait au moins 800 morts le 29 mars à Duékoué, ville de l'ouest du pays tombée ce jour-là aux mains des forces de Ouattara.

A Abidjan, des combats opposaient les forces adverses autour du palais présidentiel, de la radio-télévision ivoirienne (RTI) et de camps militaires.
La RTI, que le camp Gbagbo contrôle toujours mais dont les combats avaient interrompu les émissions durant une journée, les a reprises en diffusant des images de Gbagbo, l'air détendu et buvant du thé. Ces images auraient été prises ce samedi.
Fusillades et tirs d'armes lourdes ont retenti toute la matinée aux abords du palais présidentiel, au Plateau, a rapporté un journaliste de Reuters. Des accrochages ont aussi eu lieu aux abords des locaux de la RTI et de camps de gendarmerie.
"Nous allons combattre jusqu'à la mort pour défendre notre territoire. C'est la mort ou la victoire. Il y a beaucoup de morts dans les deux camps", a lancé un combattant pro-Gbagbo.
Répondant à un appel lancé à la télévision, de nombreux "Jeunes patriotes" ont été vus convergeant vers le palais présidentiel ou vers d'autres lieux stratégiques d'Abidjan.
S'agissant des événements de Duékoué, l'organisation Caritas a rapporté que des dizaines de personnes y étaient aussi portées disparues en plus des 800 morts dont fait état le CICR.

1.300 RESSORTISSANTS ÉTRANGERS REGROUPÉS
"Il y a eu de très nombreux meurtres derrière la progression des forces de Ouattara et il se peut que beaucoup de gens se soient enfuis", a dit Jean Djoman, représentant de Caritas, par téléphone d'Abidjan. "Nous pensons que le total des morts et des disparus s'élève à un millier."
Sur cette base, le bilan confirmé des victimes de violences depuis l'élection présidentielle du 28 novembre atteindrait environ 1.300 morts. Gbagbo refuse de céder le pouvoir à Ouattara bien que celui-ci ait été reconnu vainqueur du scrutin par la quasi-totalité de la communauté internationale.
Le bilan réel est sans doute beaucoup plus lourd du fait de l'étendue des combats et parce que les forces de Gbagbo révèlent rarement leurs pertes ou le nombre des civils tués.
En France, le ministère de la Défense a fait savoir samedi que la base militaire française de Port-Bouët, dans le sud d'Abidjan, accueillait désormais plus de 1.300 ressortissants étrangers, dont un tiers de nationalité française.
Dans un communiqué la présidence française indique que "la France, avec le président Ouattara, en appelle solennellement aux parties ivoiriennes pour qu'elles s'astreignent à la plus grande retenue."
Paris affirme que "trop de crimes ont déjà été commis en Côte d'Ivoire" et promet que ceux qui se rendent coupables de violations des droits de l'homme "auront à en rendre compte".
Des habitants du quartier d'Adjamé - proche de celui de Cocody, où se trouve la résidence officielle de Gbagbo - ont signalé de fortes déflagrations près du camp de gendarmerie d'Agban, le plus important de la ville.
"C'est très puissant et nous nous abritons dans nos maisons", a dit Jules Konin, qui vit à proximité.  
Les forces de Ouattara ont atteint Abidjan jeudi après une progression rapide vers le sud qui avait d'abord rencontré très peu de résistance.
GBAGBO NE COMPTE PAS SE RENDRE
Mais elles font maintenant face aux combattants les plus aguerris de Gbagbo, les quelque 2.500 membres de la Garde républicaine regroupés dans la métropole lagunaire avec les derniers éléments de l'armée régulière encore fidèles.
Les pro-Ouattara semblent handicapés par des divisions entre les différentes factions, a dit une source parmi les rebelles. Les forces commandées par Guillaume Soro, le Premier ministre de Ouattara, ne coopèrent pas avec les insurgés anti-Gbagbo qui ont pris le nord d'Abidjan il y a un mois.
"Les commandos invisibles" dirigés par Ibrahim Coulibaly, commandant de la rébellion en 2002-2003, ont favorisé l'arrivée des forces pro-Ouattara par le nord de la ville. Mais depuis, un contentieux est né avec Soro.
"Il (Coulibaly) accuse tout le monde de voler la rébellion. Maintenant, il veut avoir sa part du gâteau, mais son importance est faible. Ce sont nos hommes qui mènent la plupart des combats", a dit Patrick Achi, porte-parole de Soro.
Un demi-millier de partisans de Ouattara refaisaient le plein de carburant dans une station-service située à deux kilomètres au nord d'Abidjan et transformée en base arrière. Ils se montraient peu bavards quant à la tournure prise par les combats en ville.
"Tout va bien, tout va bien", a dit l'un d'eux auquel on demandait s'ils rencontraient des difficultés.
La RTI a diffusé un communiqué selon lequel Gbagbo repousserait toute proposition d'exil. Un officier apparu à l'écran avec ses soldats a lancé un appel aux forces de sécurité pour qu'elles s'unissent contre l'offensive des pro-Ouattara.  
Gbagbo a enregistré des défections de hauts gradés de l'armée depuis l'arrivée des pro-Ouattara à Abidjan. Mais son camp affirme qu'il restera en Côte d'Ivoire et ne se rendra pas.
Patrick Achi, porte-parole de Ouattara, a déclaré à Reuters par téléphone que la chute de Gbagbo était néanmoins imminente.
"Où ira-t-il ? Il ne contrôle ni l'armée, ni la gendarmerie. Elles sont épuisées et commencent à manquer de munitions, a-t-il dit. Tous leurs généraux se sont rendus. Ce n'est plus guère une force."
Avec Emma Thomasson à Genève, Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Philippe Bas-Rabérin pour le service français








La France des optimistes

Jean-Hervé Lorenzi a raison: il faut que le pays donne un bon coup de talon au fond de la piscine pour remonter. Mais pour que les Français retrouvent confiance, il reste à rénover d'urgence les outils de l'Etat providence.
 Assez du pessimisme! Assez du déclin! Assez de la déprime nationale! Le temps est venu du sursaut optimiste. Du regard objectif sur les atouts du pays. Du projet. De la confiance. Jean-Hervé Lorenzi, le fondateur et président du Cercle des économistes, vient d'écrire un livre qui claironne ce sursaut en même temps qu'il a créé un site Internet, Tousoptimistes.com. Sa démarche en rencontre d'autres. Un ras-le-bol du pessimisme monte en France. Lorenzi résume:
«Eloignons cette fatalité selon laquelle il nous serait impossible de nous soustraire au destin de l'échec programmé.»
Pour un chroniqueur dont l'une des dernières parutions était titrée «La France dans un état critique», l'offensive est dérangeante. Essayons de faire la part des choses.
Les optimistes ont raison de souligner que la France garde des atouts considérables. Jean-Hervé Lorenzi en liste plusieurs. La natalité d'abord qui remet en cause, au coeur et au ventre, le discours décliniste. Malgré la crise financière, les naissances continuent de croître. L'indicateur de fécondité atteint 2,00 enfants par femme, un niveau jamais atteint depuis la fin du baby-boom, il y a plus de trente-cinq ans. Ensuite, «une soif de savoir» couplée à «une soif de travail».
«Le goût du travail est bien réel mais on le cache derrière un écran idéologique, un mythe, qui consiste à dire que la France est un pays d'assistés.»
La vérité, plus simple, est un «Code du travail carcan» qui décourage. L'immigration qui «nous oblige à remettre en cause notre modèle de société mais qui réactive les valeurs auxquelles nous croyons». Le goût du loisir très développé par nos RTT mais dans lequel il faut voir «un appétit du bonheur, harmonisant vie professionnelle, vie familiale et partage», autonomie et engagement collectif. Les Français s'affirment comme sujets d'un «style de vie» qui leur est propre. Le désir de justice sociale, enfin, qui reste une valeur très partagée. Voilà des aspects très positifs incontestables de l'exception française.
S'ajoute un argument fondamental d'un autre type: générationnel. Le discours décliniste est tenu, dit l'optimiste, par une génération de sexagénaires qui trustent les postes et les titres et n'en cèdent rien au prétexte qu'après eux arrivent la fin de la France, la fin de la culture, la fin de l'Europe, la fin des valeurs et la fin des haricots. Ils déblatèrent contre le monde tel qu'il vient dans un réflexe défensif de justification conservatrice.
Les discours pessimistes s'autoconsolident autour d'«une France inactive, sclérosée et dépassée» et interdisent l'éclosion d'«une France active, jeune et innovante». Ils brisent «la confiance» dans l'oeuf. Pour «y croire» la France a besoin de l'inverse, d'optimisme appuyé sur un projet. «Les contours» sont: la cohésion sociale, un contrat de travail unique, une fiscalité du travail très allégée, un investissement de 150 milliards d'euros dans les secteurs porteurs d'emplois et le retour du goût du risque.
Au bout du livre, on adhère volontiers à la thèse. Oui, la France déprimée doit donner le coup de talon au fond de la piscine qui la fera remonter à l'air libre. Ce coup de talon est d'abord psychologique, il doit venir du discours des élites. Mais est-ce si facile? Le président du Cercle des économistes ne traite pas, curieusement mais volontairement, des raisons macroéconomiques (compétitivité, déficits) qui motivent l'inquiétude des pessimistes. Il y aurait beaucoup à dire car les fondamentaux de la France sont alarmants. Mais restons dans le champ des mentalités choisi par l'auteur.
L'idée du livre est que le modèle français n'est pas menacé, sauf par la perte de la foi en lui. C'est là que tout se joue, car c'est vrai en profondeur: la France restera un pays de justice sociale forte. Mais ce qui est démoli par la mondialisation, ce sont les outils de sauvegarde de ce modèle. La solidarité est tuée par un marché dual du travail avec les in et les out (les jeunes). L'élitisme républicain est tué par une école en échec. L'innovation est tuée par l'égalitarisme des chercheurs. La classe moyenne est tuée par l'atrophie de l'industrie. Le regain de confiance en l'avenir passe par la rénovation urgente et complète de ces outils de l'Etat providence. Le désarroi des Français vient de cette confusion entre le but et les moyens. Elle est entretenue non par les discours des clercs mais par ceux, obscurs et hypocrites, des politiques.
Chronique également parue dans Les Echos


Le FN est-il un parti d'extrême droite?

Face aux évolutions du parti de Marine Le Pen, faut-il utiliser un terme plus adapté? 
 En bonne forme dans les sondages comme dans les urnes, Marine Le Pen veut pousser son avantage sur le terrain sémantique. La présidente du Front national s’est récemment élevée contre l’étiquette «extrême droite» attribuée à son parti, estimant que le terme «recèle un jugement politique» et lui préférant celui de «droite nationale».
Cette tentative un peu directe de guider la plume des journalistes n’a pas eu beaucoup de succès. Pourquoi, néanmoins, ne pas accorder un examen honnête à la question soulevée? Que recouvre précisément le concept d’«extrême droite», et dans quelle mesure correspond-il au Front national?
Précisons d’abord que les protestations de Marine Le Pen sont tout sauf neuves. Son père aussi rejetait l'appellation «extrême droite», allant jusqu’à faire condamner en justice, au milieu des années 1990, les médias qui l’utilisaient. Le souci de dédiabolisation ne date pas d’hier. «Economiquement de droite, socialement de gauche, nationalement de France», martelait le président-fondateur du FN –tandis que la variante «Ni droite, ni gauche, français d’abord» était, pour le coup, empruntée au très fasciste Jacques Doriot.
Si le terme heurte Marine Le Pen, c’est bien sûr parce qu’il va à l’encontre de sa volonté d’adoucir l’image du parti pour en faire une formation de masse.
«Personne n’aime être qualifié d’extrême, note le politologue Erwann Lecoeur, spécialiste de l’extrême droite. Besancenot non plus: il dit être de gauche, point. Mais il est vrai que ses protestations sont moins relayées.»
Cette plainte de la leader frontiste est en effet un aspect parmi d’autres de l’offensive du langage lancée depuis son accession à la tête du FN.
En témoigne le succès du slogan «La vague bleue marine» arborée par les affiches FN lors des cantonales et souvent repris dans la presse; l’abréviation du nom de la leader frontiste en un familier «Marine»; ou encore la distinction entre «mondialistes» et «patriotes», par laquelle celle-ci aimerait remplacer le clivage droite/gauche. En politique, imposer ses mots, c’est déjà gagner un peu. Marine Le Pen s’y emploie.

Un concept mouvant

Prudence, donc, au moment de discuter de la pertinence du terme «extrême droite». Même si, d’entrée, il s’avère difficile d’en donner une définition exacte.
«Beaucoup d'écrits scientifiques répertorient une foule de critères variables», explique à l’AFP le spécialiste de l’extrême droite Jean-Yves Camus. «Définir des critères objectifs est très complexe, reconnaît aussi Gaël Brustier, politologue engagé au PS et co-auteur de l’ouvrage Voyage au bout de la droite. Il n’est pas évident de faire tenir dans le même groupe le FN français, le Vlaams Belang flamand, le British National Party anglais et la Ligue du Nord italienne. Certains sont nationalistes, d’autres régionalistes, les racines des uns remontent à la Deuxième Guerre mondiale, celles des autres n’ont rien à voir... Il y a plutôt des droites extrêmes qu’une extrême droite
Au plan chronologique, difficile aussi de ranger sous le même titre les ligues factieuses qui marchaient sur l’Assemblée le 6 février 1934, et le FN mariniste, autoproclamé «laïc et républicain».
Certes, à l’origine du mouvement, la filiation est indubitable. En 1972, le jeune Jean-Marie Le Pen, ex-député poujadiste, cohabite en haut du parti avec les néofascistes d’Ordre nouveau ou l’ex-SS Pierre Bousquet. Malgré de régulières scissions, le FN ne cessera jamais d’héberger des représentants de toutes les chapelles de l’extrême droite: «cathos tradis», pétainistes, solidaristes... Jusqu’à aujourd’hui, comme l’indiquent les supposées sympathies nazies d’un jeune candidat frontiste aux cantonales –qui crie au montage.
Mais en dépit des sorties de son fondateur sur la «démocrassouille» et la «ripoublique», le FN s’est bien acclimaté aux institutions de la Ve République, participant à 5 élections présidentielles, 9 législatives, 6 européennes...
Une vraie différence par rapport à certains prédécesseurs prompts à conspuer la «gueuse». Mais pas assez pour invalider l’étiquette d’extrême droite. «Avec un tel raisonnement, même un parti authentiquement fasciste cesserait de l’être en accédant légalement au pouvoir», note le journaliste Michel Soudais dans son ouvrage Le Front national en face. D’ailleurs, dans l’entre-deux-guerres, certaines formations d’extrême droite étaient présentes aussi bien dans la rue que dans les urnes.

Changement de discours

En fait, c’est surtout l’évolution du discours du parti qui fait interroger la pertinence du terme «extrême droite. Déjà, à l’origine du discours de Valmy en 2006, symbole de la «républicanisation» du FN, Marine Le Pen a intensifié le mouvement depuis son arrivée à la tête du parti.
Pour elle, l’extrême droite, ce sont les ultras de Rivarol, de l’Oeuvre Française ou du Parti de la France. Ils abhorrent sa ligne modernisatrice, elle les qualifie méprisamment «d’oripeaux freinant notre marche vers le pouvoir».
Tandis que certains de ces groupuscules persévèrent dans un discours ouvertement raciste et antisémite, la leader frontiste ne manque plus une occasion de célébrer la république et la laïcité –même si la notion de préférence nationale reste au coeur de son projet.
Autre évolution notable, celle du discours économique. «On nous a situé à l'extrême droite de manière artificielle: la droite est libérale, nous sommes contre», s'est une fois indignée Marine Le Pen. C'est oublier que peu de partis étaient aussi libéraux économiquement que le Front national des années 1980. Par anticommunisme, pour séduire son électorat d'artisans et de commerçants, le FN prônait alors baisses d'impôts, hausse du temps de travail, suppression du smic...
La conversion à des thèses plus sociales s'est faite progressivement, en réponse à l'émergence d'un vote FN ouvrier. Marine Le Pen peut certes demander à n'être jugée que sur son propre discours: difficile, puisque le programme économique du FN, «en cours de réactualisation», n'est plus disponible en ligne. «Surtout, historiquement, les partis d'extrême droite ont bien souvent développé un discours social fort, explique le politologue Pascal Perrineau. Par exemple, le national-socialisme est intervenu de manière massive dans l'économie.»
La confusion augmente encore lorsque, à ce –très relatif– recentrement du FN répond une droitisation de l’UMP.
«La distinction entre droite classique et extrême droite s’estompe, relève Gaël Brustier. La droitisation de l’UMP est notamment due à la destruction de l’appareil gaulliste par Jacques Chirac et Alain Juppé. Quant au FN, il se débarrasse de son folklore d’extrême droite. Privé de cadres par les scissions, il est beaucoup plus malléable idéologiquement et peut arborer un vernis républicain
Alors comment délimiter les contours de l’extrême droite quand tant de référents habituels semblent bouleversés?

Un nouveau concept?

Selon le politologue spécialiste de l’extrême droite Pascal Perrineau, le FN continue de vérifier quatre critères propres à l’extrême droite:
«D’un point de vue universitaire, le terme ne vise pas à stigmatiser. Simplement, dans l’histoire, le programme, l’analyse du parti, il y a des éléments forts d’intimité avec ce courant. D’abord, un diagnostic de la société fondé sur la notion de décadence: déclin de la natalité, perte de la solidarité nationale etc. Puis l’explication par une causalité diabolique, un bouc émissaire, comme les immigrés. Ensuite, une utopie du passé, visant à restaurer les valeurs perdues. Enfin, un culte du chef qui exprimerait en direct toutes les préoccupations du peuple
Une définition complétée par Jean-Yves Camus, qui évoque lui «l'ethnocentrisme, une vision hiérarchisante de la société, le rejet d'une société multiculturelle», ainsi qu’un «rejet des élites traditionnelles, de l'ensemble des partis politiques traditionnels». Selon le chercheur, il est donc légitime d’utiliser le terme «extrême droite» pour parler du FN «à la condition qu'on ne confonde pas extrême droite avec néo-fascisme ou néo-nazi, ce que à l'évidence, le Front national n'est pas».
Malgré tout, le concept peut sembler aujourd’hui trop large pour rendre compte du changement de look de nombres de cette tendance au niveau européen. «Selon moi, on peut l’utiliser, mais ce n’est pas le meilleur terme, affirme Erwan Lecoeur. Est-ce que le Parti socialiste est toujours de gauche? Est-ce que le Front national est toujours d’extrême droite? Je préfère donc parler de néo-populisme
Popularisé par le politologue Pierre-André Taguieff, le concept de «national-populisme» permet lui aussi une définition plus fine. «Il correspond assez bien à ces droites radicales modernes, post-industrielles, jouant à la fois sur le social et le malaise identitaire», explique Pascal Perrineau. Pas sûr cependant qu’il remplace de sitôt le terme «extrême droite». Ni qu’il convienne beaucoup plus à Marine Le Pen.

Pourquoi le PS s'obstine à draguer les jeunes?

François Hollande veut faire de la jeunesse un axe de sa campagne. Le PS organise dès ce week-end une convention sur ce même thème. Sans doute pensent-ils à tort que les jeunes votent à gauche. Décryptage.

La jeunesse est de gauche! Mais qui a bien pu décreter cette idée folle? Lorsqu'on regarde pour qui elle vote, on constate qu'il existe en réalité une vraie pluralité d'opinions au sein de la jeunesse. 
En 2002, par exemple, le candidat qui a reçu le plus grand nombre de suffrages des 18-24 ans fut Jean-Marie Le Pen. 20% d'entre eux avaient glissé un bulletin pour l'octogénaire candidat du Front National. Suivirent tout de même deux candidats de gauche, Lionel Jospin (12%) et Noël Mamère (11%). 
Selon Gaël Sliman, le directeur général adjoint de BVA, l'idée qui consiste à classer les jeunes à gauche est née après mai 68, à une époque où la jeunesse avait un esprit contestaire très prononcé. 
Sauf que depuis les années 90, cette théorie ne tient plus la route. "Aujourd'hui, les jeunes cherchent avant tout à s'insérer dans la société avant de refaire le monde, contrairement aux générations précedentes qui restaient insouciantes plus longtemps". En trois mots: "métro, boulot, dodo"! 
Elections, piège à cons!
Mais attention, si la jeunesse n'est pas de gauche, elle n'est pas non plus de droite! D'ailleurs, le clivage "droite-gauche" est très virtuel pour une partie d'entre elle. Selon un sondage Ipsos, réalisé en mars 2007, 48% des 18-35 ans considèrent ce clivage comme "dépassé", contre 46% qui l'estime "toujours d'actualité".  
D'un point de vue électoral, on constate que le vote jeune est très segmenté. Au premier tour de la dernière présidentielle, Ipsos constate que 29% des 18-24 ans ont voté pour Ségolène Royal, 26% pour Nicolas Sarkozy et 19% pour François Bayrou. C'est à dire à peu près comme l'ensemble des Français. 
En revanche, les jeunes sont bien plus nombreux à s'abstenir. En 2007, 22% d'entre eux ne se sont pas rendus aux urnes (contre 15,4% pour l'ensemble des Français). 
Une abstention qui s'explique par une forme de rejet de la classe politique. Selon une étude réalisée par SCP Communication pour l'Observatoire de la Fondation de France, 84% des 15-35 ans font "peu" ou "pas du tout" confiance aux hommes politiques.  
Une logique "L'Oréal"
Malgré cela, les differents partis politiques aiment, lors de chaque campagne, exalter la jeunesse. Et 2012 n'échappera bien sûr pas à la règle. François Hollande a décidé d'en faire un axe principal de sa campagne. D'ailleurs, le PS commence dès ce week-end, avec une convention sur la jeunesse organisée par le Mouvement des jeunes socialistes. Martine Aubry y prononcera un discours cadre sur l'importance et la place des jeunes dans le futur projet socialiste. 
Mais paradoxalement, cette appétence pour la jeunesse de la part des partis politiques ne présente guère d'interêt électoral. "D'une part, les jeunes s'abstiennent beaucoup, et surtout démographiquement, ils ne pèsent rien", explique Gaël Sliman. 
En réalité, ceux qui devéloppent des discours orientés sur la jeunesse sont dans une logique "L'Oréal", note le directeur général adjoint de BVA. "De la même manière que les sociétés de cosmétiques utilisent des jeunes mannequins pour vendre les crèmes anti-rides déstinées à une clientèle plus agée, les hommes politiques exaltent la jeunesse afin de développer une vision d'avenir et envoyer un message d'optimisme qui s'adresse finalement plutôt à un électorat d'actifs." 
Antoine Blondin écrivait: "Je n'ai jamais osé être de gauche quand j'étais jeune de peur de devenir de droite en vieillissant". Pourquoi? Les vieux sont de droite? Mais qui a bien pu décreter cette idée folle? 

"Je souhaite qu'Hollande ne se présente pas"

François Hollande s'est déclaré candidat à la primaire du PS... Comment ses camarades socialistes accueillent-ils sa candidature? Le zapping des matinales.


samedi 2 avril 2011

Gbagbo doit être jugé

Pour Laurent Gbagbo, battu lors de la présidentielle ivoirienne de novembre et qui s’accroche au pouvoir depuis, l’histoire pourrait se terminer dans les prochaines heures, et peut-être s’est-elle close pendant l’impression de ce journal. Le mauvais perdant a multiplié les forfaits pour refuser le verdict du suffrage universel, allant jusqu’à organiser une guerre civile pour garder son poste. Il doit être jugé pour ce crime contre la démocratie qui l’a conduit, notamment, à faire tirer sur des femmes désarmées.

L’ancien exilé à Mulhouse, qui a milité pour le multipartisme, s’est comporté comme tous les dictateurs qui l’ont précédé ou qu’il a côtoyés. Il faut le juger aussi pour comprendre comment un militant autoproclamé « démocrate » peut se retourner contre les principes dont il se targue. Et comment, surtout, il peut entraîner un grand courant de pensée mondial dans son sillage : l’Internationale socialiste vient seulement d’exclure – le 19 mars ! — son parti, le FPI, comme elle avait exclu le parti de Ben Ali quatre jours après sa fuite de Tunisie. Drôle, non, cette internationale qui amalgame les dictateurs tant qu’ils sont au pouvoir, et qui les vire quand ils se font éjecter… Drôles aussi (enfin pas vraiment !), ces socialistes français qui, comme l’ancien premier secrétaire Henri Emmanuelli ou l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas, s’obstinent à soutenir un homme dont on ne compte plus les exactions… Il suffisait pourtant de lire les titres de la presse qui glorifiait Gbagbo pour voir qu’il avait inventé un national-ethno-socialisme de la pire espèce.

Alassane Ouattara a conquis – avec un sérieux coup de pouce de la communauté internationale, qui a étouffé financièrement et économiquement l’usurpateur Gbagbo — la légitimité du président élu. Cette légitimité ne lui donne pas le droit de poursuivre la guerre civile. À lui de remettre la Côte d’Ivoire, qui ne manque pas de richesses, sur la voie du progrès. Et à l’Onu de vérifier qu’il ne confisque pas, à son tour, le pouvoir au seul profit de son clan.

L’utilisation de la force pour faire respecter un verdict électoral en Afrique noire francophone est une première. Jusqu’à présent, les coups d’État étaient la règle et les scrutins des alibis. Même avec quatre mois de retard, la présidentielle ivoirienne peut marquer une étape sur le chemin de la démocratie. On veut le croire. Que la route est longue cependant…

L'heure de vérité en Côte d'Ivoire

La Côte d'Ivoire était plongée hier soir dans une situation aussi confuse que violente, balançant entre le risque d'une guerre civile, toujours possible, et l'espoir d'une libération qu'il restait à transformer. Quelle que soit l'issue de l'assaut final contre Laurent Gbagbo et de la bataille d'Abidjan, un autocrate est en train de tomber. Luttant pour repousser la fin de son règne avec le même acharnement qu'il a mis à s'accrocher à son trône maculé de sang, à réprimer, diviser et enfoncer le pays dans le marasme. Comparaison n'est pas raison mais on est tenté d'avancer des similitudes avec les révolutions arabes au sens où le peuple, d'une certaine façon, a pris son destin en main. En Afrique noire aussi, un régime autoritaire s'est effondré plus vite qu'on l'imaginait. Et ici aussi, la peur, propagée par un pouvoir qui brutalise la population et dilapide les richesses, a changé de camp. Les forces républicaines voulaient en finir avec une situation surréaliste et inique dès lors que les urnes avaient choisi. Gbagbo, quatre mois durant, a nié le suffrage universel. Muré en son palais, il a refusé d'abdiquer avec une obstination suicidaire. Autour de lui, les rats ont quitté le navire. Gendarmes et policiers ont rallié Alassane Ouattara. Lui seul incarne la légalité, la légitimité populaire. Il a reçu l'onction d'une communauté internationale qu'on a peut-être critiquée un peu rapidement. Les forces pro-Ouattara ont été saluées pour leur professionnalisme dans la prise éclair d'Abidjan. Or, il a bien fallu qu'elles soient conseillées, entraînées... Nul ne sait ce que le régime aux abois du « Néron ivoirien » réservait. On sait juste de quel cynisme aveugle il était capable...

Sauvez le soldat Ashton

Alors que la crise libyenne se déroule aux portes de l’Europe, le Haut réprésentant pour la politique extérieure de l’UE est totalement absent de la scène. C’est à se demander si son poste a encore un sens, écrit l’analyste José Ignacio Torreblanca. 

D’abord la Tunisie, ensuite l’Egypte, puis la Libye. L’UE n’avait rien vu venir ; elle a systématiquement tardé à réagir, pire elle s’est montrée extrêmement divisée sur la conduite à tenir. Elle a au moins eu le mérite de le reconnaître. Soyons honnêtes : d’abord, les capitales portent une responsabilité plus lourde que Bruxelles dans l'échec de cette politique méditerranéenne et elles n'ont pas rendu de compte pour cela.
Ensuite, la lenteur de leur réaction est compréhensible : la prudence est toujours le réflexe naturel de la diplomatie, une réalité à laquelle même Obama a été confronté, lui qui est pourtant à la tête d’une immense machinerie diplomatique. Enfin, cette division entre Européens est dans une certaine mesure tout aussi inévitable : chaque Etat membre a sa propre histoire et ses propres intérêts, parfois difficilement conciliables.

Un énorme budget pour une politique qui ne décolle pas

C’est un point qu’on oublie trop souvent. Or, si l’unité avait prévalu dès le départ, il n’y aurait pas eu besoin de dirigeants, ni d’institutions pour créer une politique extérieure commune, mais seulement des fonctionnaires pour l’exécuter docilement. Et c’est précisément la raison pour laquelle nous avons besoin de dirigeants et d’institutions européennes : afin d’élaborer des politiques communes à partir d’intérêts divergents. Voilà pourquoi nous nageons en plein paradoxe. Pendant 10 ans nous avons déploré le manque d’institutions européennes en matière de politique extérieure.
Le Haut Représentant [pour la politique étrangère], Javier Solana, avait beaucoup de bonne volonté, mais peu de moyens et des institutions faibles, ce qui l’obligeait à passer d’une crise à l’autre à bord d’avions prêtés pour l’occasion tout en se débrouillant avec une équipe réduite au stricte minimum et un budget de fonctionnement inférieur à celui consacré par la Commission européenne au nettoyage des bâtiments officiels. Aujourd’hui, semble-t-il, nous sommes confrontés à la situation inverse.
Nous sommes enfin dotés d’un ministère des Affaires étrangères européen qui ne s’avoue pas comme tel mais n’en possède pas moins toutes les qualités. Nous l'avons doté d'un énorme budget, de son propre service diplomatique, et mieux encore, de tout le pouvoir qui jusqu'alors était fragmenté entre trois institutions (le Conseil, la Commission et la présidence tournante de l’Union), qui se chevauchaient et ne cessaient de se contredire.
Forte du traité de Lisbonne, l'Europe est une et trinitaire, et la Haute représentante est toute-puissante. Et pourtant, sa politique ne décolle pas. En somme, nous avons enfin les institutions, mais nous n'avons toujours personne, apparemment, pour exercer un leadership fort.
Les révolutions arabes ont mis la politique étrangère européenne à rude épreuve. Après un an et demi à ce poste, Ashton est de plus en plus critiquée, parfois avec raison, parfois injustement. Les médias l'accusent d'être allergique aux feux de la rampe, de fuir la presse, de préférer rester discrètement au second plan. Et dans les capitales nationales, elle ne suscite pas non plus d'enthousiasme.

La Syrie d'El Assad : le test pour les chancelleries européennes

Ainsi, lors du Conseil européen extraordinaire sur la Libye, Sarkozy a tancé publiquement Ashton pour sa passivité, sans que personne ne prenne sa défense, pas même son compatriote Cameron. Ses défenseurs font valoir qu'Ashton s'est vu confier une mission impossible : faire le travail de trois personnes et régner sur 27 ego nationaux qui se considèrent tous plus compétents qu'elle. Ils ont tous partiellement raison, et par là même partiellement tort : Ashton ne veut pas taper du poing sur la table, alors que Sarkozy adore le faire. Quand on voit la surenchère d'El Assad en Syrie et les précédents de la Tunisie, de l'Egypte et de la Libye, il est évident que le soldat Ashton risque fort de rester isolé derrière les lignes ennemies.
Aussi est-il urgent d'organiser une mission de sauvetage pour préserver la suite de son mandat, dont il lui reste encore trois ans et demi. Idéalement, ce devrait être les ministres de Affaires étrangères des Vingt-Sept qui se portent volontaires pour le sauvetage et insuffler de l'énergie à la politique étrangère européenne. Mais y sont-ils vraiment prêts ? N'est-ce pas eux, qui par leurs actes, mais aussi leurs omissions, sont les principaux responsables de la situation actuelle ? Nous aurons bientôt la réponse à ces questions quand nous saurons jusqu'où ils sont prêts à aller avec la Syrie d'El Assad, elle aussi tellement choyée par de nombreuses chancelleries européennes.

Une gendarmerie aux abonnées absentes...

Il n’est pas si facile de tourner la page de la Françafrique. L’épilogue de la crise ivoirienne montre à quel point la place de la France est désormais ambiguë dans les états du continent qui furent ses colonies. On peut se demander ce matin ce qu’il reste des liens particuliers que le Général de Gaulle avait établis, après l’indépendance de la Côte d’Ivoire avec celui qui avait été son ministre, le président Houphouët-Boigny, et s’interroger sur l’évolution, incertaine, des relations entre les deux pays.

La prise effective du pouvoir par Alassane Ouattara, dont l’élection a été ardemment soutenue dès le départ par Paris, est plutôt une bonne nouvelle pour le gouvernement français. C’est avec plaisir qu’il verra disparaître de son horizon diplomatique un Laurent Gbagbo qui entretenait avec lui des relations conflictuelles depuis dix ans, mêlant la méfiance aux soupçons de recolonisation rampante, quand elles ne dérivaient pas franchement vers des épisodes de provocations violentes.

La France n’en donne pas moins le sentiment d’avoir attendu le dernier moment, et l’offensive foudroyante des forces pro-Ouattara, pour définir dans l’urgence un positionnement et une stratégie. Très engagé sur le terrain libyen après avoir été étonnamment passif durant les premiers épisodes du printemps arabe, Nicolas Sarkozy a semblé délaisser également un conflit ivoirien embourbé et ingrat qui aurait dû, toutefois, le mobiliser davantage. En investissant sans relâche, et courageusement, son énergie sur le terrain libyen, il a pu donner l’impression de préférer Benghazi à Abidjan... Au point de susciter cette question: à l’inverse de ses prédécesseurs à l’Élysée, l’Afrique noire l’intéresse-t-il ?

On ne peut reprocher à l’Élysée de se placer dans la continuité des accords de Marcoussis (2003) qui ont, de fait, volontairement limité le pouvoir d’intervention des soldats français en le plaçant dans le cadre, multinational, de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). De même, la réduction de la Force Licorne, présente à Abidjan, passée de 5 000 à 900 hommes en sept ans, s’est inscrite dans une révision des accords bilatéraux qui voulait changer la nature, paternaliste, qu’avait fait prévaloir l’ancienne puissance coloniale depuis 1961. Il n’empêche: ces deux évolutions majeures, dont les intentions étaient louables, ont cantonné aujourd’hui la France dans un rôle si secondaire qu’il surprend nos quelques 12 500 ressortissants inquiets devant les inévitables dérapages d’une situation explosive qui peut à tout moment dégénérer. Les soldats tricolores seront-ils en mesure d’assurer seulement leur sécurité après que l’armée française ait renoncé depuis longtemps à servir de gendarme de cette partie du continent où elle avait encore une part de son histoire ?

Zapatero : "L'Europe n'est pas parfaite, mais c'est ce que nous avons de mieux"

La crise économique a brutalement mis un terme à quinze ans de croissance ininterrompue en Espagne. Le taux de chômage, qui avait chuté de plus de 20 % à moins de 8 % des actifs, a retrouvé son niveau antérieur en l'espace de quelques mois. La popularité du président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a suivi le même mouvement. Au point que la plupart des observateurs de la politique espagnole jugent que le président socialiste du gouvernement ne sera pas en mesure de briguer un troisième mandat lors des élections législatives du printemps 2012.
M. Zapatero a répondu aux questions du Monde et de quatre autres journaux européens – The Guardian, El Pais, Der Spiegel et la Gazeta Wyborcza.
La pression est forte pour que le Portugal accepte un plan de sauvetage. Le gouvernement portugais doit-il s'y plier ?
La volonté du Conseil européen et des institutions européennes, c'est que le Portugal puisse continuer à se financer. Pour cela, il est fondamental que le Portugal applique le plan d'ajustement présenté par José Socrates au Parlement. Comme ce plan n'a pas été approuvé, l'engagement des partis de gouvernement qui s'affronteront aux élections est essentiel. J'ai confiance en la capacité de José Socrates à surmonter cette situation difficile. Par conséquent, il ne me paraît ni adapté, ni bon, pour le Portugal et pour la zone euro, qu'il demande une aide financière.
Craignez-vous que l'Espagne puisse se trouver dans une situation similaire ?
C'est une question que l'on ne me pose plus. J'ai toujours dit que cette possibilité était exclue. Il y a six mois, elle était écartée à 90 %, aujourd'hui elle l'est à 99,9 % ou à 100 %.
Lors du dernier sommet de l'Union européenne (UE), vous avez annoncé de nouvelles mesures. Où en est leur application ?
D'abord, nous respecterons strictement les objectifs de déficit pour cette année. Nous avons un plan pour faire émerger et régulariser les emplois au noir et nous avons une batterie de mesures en faveur de la formation professionnelle. Le processus de réforme du système financier avance. Enfin, après une phase de concertation au Parlement, nous allons réformer la loi de finances pour maîtriser, de manière structurelle, les dépenses publiques et le déficit. Nous voulons aussi associer à la maîtrise des dépenses publiques les régions autonomes à travers un grand pacte.
A quelle hauteur voulez-vous limiter le déficit public ?
Cela fera partie de la négociation politique. Le but, c'est que les dépenses publiques n'augmentent pas plus vite que la croissance ; qu'en cas d'excédent, celui-ci ne soit pas affecté à des dépenses courantes mais à la réduction de la dette ; et qu'en cas de déficit, on applique des plans d'économies stricts.
Qu'est-ce qui a fait le plus de mal à l'UE : la crise elle-même ou la réticence à réagir vite de certains Etats, dont l'Allemagne ?
Nous aurions tous aimé une réaction plus rapide. Mais l'UE, c'est 27 pays différents, et parfois distants. Et entre pays démocratiques, il y a quelque chose qui s'appelle le processus de prise de décision. Il est très fréquent qu'au Conseil européen, l'Espagne soit avantagée parce que son Parlement est très européiste et que les décisions qui concernent l'Europe y trouvent en général un large soutien. Par exemple, ici, pas une voix n'a discuté le prêt que nous avons fait à la Grèce ou la partie qui nous revenait dans l'aide à l'Irlande. Certains Parlements en Europe discutent jusqu'au dernier centime ! C'est ainsi. J'ai assisté à certains débats, au Conseil, où des premiers ministres arrivent avec un mandat impératif de leur Parlement. Je l'ai encore vu au dernier Conseil.
C'est une allusion à l'Allemagne ?
Il y a plusieurs pays dans ce cas. Le Parlement allemand se prononce toujours et il pose des conditions à la chancelière.
Certains, à gauche, disent qu'en économie, vous faites le "sale boulot" de la droite. En quoi votre politique diffère-t-elle de celle de David Cameron ?
C'est se payer de mots. Le gouvernement fait les réformes nécessaires pour le pays. Il est vrai que, ces derniers temps, on identifie le mot réforme à celui de coupes budgétaires. Dès qu'un citoyen entend parler de réformes, il s'imagine le pire. Mais toutes les réformes n'impliquent pas moins de droits. Qu'avons-nous fait en Espagne ? Deux mesures d'économie ont affecté les citoyens : la baisse de 5 % des salaires des fonctionnaires et la non-revalorisation, pendant un an, des pensions de retraites, exception faite des plus faibles. Les autres mesures (réduction des investissements, réforme du marché du travail, des retraites) sont de simples changements absolument indispensables pour que notre économie soit compétitive.
Un projet de gauche doit miser sur la production de richesse, la compétitivité et l'innovation. La différence fondamentale entre la gauche et la droite, c'est la capacité à redistribuer et à éliminer les obstacles à l'égalité des chances. De tous les pays européens qui ont souffert de la crise, je crois que l'Espagne sera le seul à ne pas avoir réduit les dépenses d'éducation (cette année, malgré les économies, nous aurons un nombre inégalé de bourses et nous atteindrons pour la première fois 5 % du PIB pour l'éducation), de la santé (nous continuons d'avoir un service de santé gratuit et universel à 100 %) et de dépendance. Par conséquent les grands piliers de l'Etat social ont été préservés.
Un gouvernement est aussi de gauche quand il aide ceux qui souffrent le plus de la crise, c'est-à-dire ceux qui ont perdu leur emploi. Malgré la crise, nous avons atteint le plus fort taux de chômeurs indemnisés de notre histoire (75 %). Le grand bloc de politiques sociales a été maintenu en dépit de la grande réduction des dépenses.
Ça ne serait pas plus simple en augmentant les impôts des plus riches ?
Nous l'avons aussi fait, pour l'impôt sur le revenu et sur le capital. Mais la politique fiscale a ses limites, car si on augmente les impôts des entreprises, sur les bénéfices et le travail, on rogne la capacité économique. Dans une grave crise économique, augmenter la pression fiscale de manière substantielle peut freiner la reprise. Ce qu'il faut faire, ce sont les réformes pour favoriser l'activité, améliorer la formation, assainir le système financier, désendetter l'économie. En Espagne, l'endettement a été le fait du secteur privé, pas du public. Dans la crise, le secteur public a dû assumer une part de la dette du privé. Au début de la crise, le déficit extérieur représentait 10 % du PIB. Nous sommes aujourd'hui tombés à 3,9 % du PIB.
Face à la crise, aux révoltes arabes, certains jugent l'UE paralysée, sans leader ni projet, peu solidaire. Est-ce votre analyse ?
Nous vivons une époque de grands changements. La capacité de croissance s'est déplacée vers l'Asie et les pays émergeants. C'est une bonne chose. Des dizaines de millions de personnes dans le monde sortent de la pauvreté et intègrent les classes moyennes. Ce rééquilibrage de la richesse et des capacités de développement se stabilisera. L'Europe souffre aujourd'hui de ce mouvement. Elle peut réagir de deux manières. Soit en restant immobile et en accusant les émergents. Soit en se transformant et en se réjouissant de cette évolution. Et ne pas rester immobile, cela suppose plus d'Europe. La seule façon pour que notre énergie soit plus compétitive, que nos universités fassent pièce à celles d'Amérique du Nord, que notre recherche ait le même potentiel… c'est en nous unissant sur des projets européens. C'est la réponse si nous voulons maintenir notre modèle social.
Seconde transformation à attendre de l'essor de la communication et du savoir: les changements politiques. Plus il y a d'information et de savoir, plus il y a de démocratie. C'est ce que l'on voit dans les pays arabes. Nous allons vers des temps de plus grande démocratie. L'Europe est l'unique puissance présente dans les changements qui se produisent au sud de la Méditerranée. Bien sûr, on aimerait que ce soit de façon plus organisée, plus unie, également en matière de défense. Mais qui a été à l'origine de la résolution du conseil de sécurité pour intervenir en Libye? Deux pays européens, la France et l'Angleterre. Je crois que c'est significatif.
Mais volonté politique et capacité à demeurer un modèle ne sont-elles pas ébranlées en Europe ?
Non. Nous sommes dans un processus de réponse à la crise où la crise est plus visible que la réponse, mais, à la sortie, on aura un approfondissement de l'Europe, une Europe plus unie. L'Europe n'est pas parfaite, mais c'est ce que nous avons de mieux.
Vous apprêtez-vous à annoncer que vous ne vous représentez pas aux élections générales de 2012 ?
Ma réponse est très concrète: je ne vais pas annoncer ce que je vais annoncer ou ce que je ne vais pas annoncer! Il y a déjà assez de gens qui parlent de cela. Une réflexion évidente: la stabilité politique, parlementaire, est très importante pour accomplir la tâche qui nous revient dans le domaine économique. Ce travail, je le fais, le gouvernement est en mesure d'affirmer qu'il ira au terme de la législature avec l'appui parlementaire suffisant et ça, c'est une très bonne nouvelle économique!
Quel sera votre rôle dans la campagne des élections municipales et régionales du 22mai ?
Comme toujours, actif dans la mesure du possible. J'expliquerai que nous sommes sortis de la crise, grâce à qui et en dépit de qui.
L'Espagne est sortie de la crise ?
La croissance est déjà positive, nous sommes hors de danger quant aux risques de la dette et proches du thermomètre final qu'est la création d'emploi. Nous en sommes tout proches.

Avant de laisser flotter sa devise, la Chine souhaite l'internationaliser

Après le séminaire G20 de Nankin, au cours duquel le président français Nicolas Sarkozy a tenté d'ouvrir, jeudi 31 mars, une rélfexion sur la réforme du système monétaire international, Le Monde a demandé à Zhang Ming, directeur adjoint du département de finance internationale au sein de l'Institut de la politique et de l'économie mondiale de l'Académie des sciences sociales chinoises, comment Pékin envisage l'avenir de la devise chinoise, le yuan-renminbi (RMB).

Le gouvernement chinois mise beaucoup sur l'internationalisation du renminbi, la devise chinoise. Quels en sont les principes, et comment mesurer ses avancées ?
Je doute qu'à l'origine, le gouvernement chinois ait eu une feuille de route très précise sur la question. C'est la crise des subprimes qui l'a poussé à accélérer le rythme de l'internationalisation du renminbi. La méthode actuelle est très gradualiste. Ça a commencé avec la facturation des échanges transfrontaliers libellés en renminbi.
Bientôt, il sera possible pour des entreprises chinoises d'investir à l'étranger en renminbi. L'idée principale est de parvenir à développer une plateforme offshore pour le renminbi, à Hongkong. Au début, tout s'est fait lentement : la facturation en yuan ne portait, en 2009, et jusqu'au milieu de l'année 2010, que sur quelques milliards de yuans.
Puis, à partir de mi-2010, il y a eu deux grandes avancées : d'abord, l'expérience a été élargie à une plus grande échelle, de cinq villes chinoises à l'origine, à 20 provinces aujourd'hui. Et un plus grand nombre d'entreprises chinoises ont été autorisées à y prendre part. Les contraintes ne sont pas strictes, donc le nombre de participants a toutes les chances de grossir.
Le volume des échanges extérieurs libellés en renminbi a ainsi augmenté très vite depuis le second semestre de l'an dernier. Il a atteint à la fin de l'année 500 milliards de yuans, soit environ 2,5% du commerce extérieur. Attention, 70 % de ce commerce libellé en renminbi a toutefois lieu pour l'instant avec des entreprises de Hongkong. Dans 80 % des cas, il s'agit d'importateurs chinois qui sont facturés en renminbi.
L'avantage, c'est que le jour où par exemple, 20% du commerce extérieur chinois est libellé en renminbi, la Chine n'aura pas à accumuler tant de réserves de change. Et cela réduit aussi les risques de change pour les entreprises.
La seconde avancée, c'est l'accord signé l'an dernier entre la banque centrale chinoise et les autorités monétaires de Hongkong pour autoriser les entreprises étrangères à détenir à Hongkong des comptes en renminbi dans les banques commerciales de la Région administrative spéciale. Les dépôts en renminbi à Hongkong ont donc aussi gonflé très vite, jusqu'à atteindre 360 milliards fin 2010, plus de la moitié étant le fait de sociétés (contre à peine 1 % en 2009), l'autre moitié étant des particuliers résidant à Hongkong.
Le consensus, aujourd'hui, c'est que les dépôts en renminbi à Hongkong pourraient atteindre les deux trillions de yuans d'ici la fin 2012. Ce qui serait suffisant pour permettre la création d'un marché boursier en renminbi. Il y a une forte probabilité que ce marché soit d'ailleurs lancé dès cette année.
Quelle fonction remplira cette plateforme offshore de renminbi et quelle place fera-t-elle aux mécanismes du marché ?
Si le marché offshore du yuan à Hongkong se développe assez vite, il pourra attirer des flux de renminbi en provenance de pays frontaliers de la Chine, où de plus en plus de devises chinoises circulent, comme le Vietnam, le Laos, la Mongolie. Ces pays qui peuvent ensuite avoir intérêt à réinvestir leurs renminbi quelque part. Si, par exemple, une société chinoise réalise un investissement en renminbi dans un pays d'Amérique latine, celui-ci peut souhaiter les garder et bénéficier d'une appréciation future de la devise chinoise.
La plateforme offshore de Hongkong permettra ainsi à ces entreprises étrangères ou à ces pays de placer leurs RMB quelque part, par exemple dans des obligations dim-sum, ou divers produits financiers en renminbi. Plus ces placements sont attractifs, plus cela renforce la motivation d'investir en renminbi à Hongkong.
Il y a déjà une forte demande pour le renminbi dans les pays voisins de la Chine, et on a vu que dès que les entreprises chinoises ont eu l'autorisation de commercer en renminbi avec l'étranger, un grand nombre d'entre elles l'ont fait. Cette évolution n'est donc pas seulement impulsée par une politique, elle s'inscrit également dans une dynamique de marché, dans un contexte de forte attractivité du renminbi.
L'autre objectif de cette réserve offshore de renminbi, est que la Chine ne peut pas libéraliser du jour au lendemain son régime de change. Le gouvernement chinois souhaite utiliser Hongkong comme un terrain d'expérimentation. Le marché de taux de change à terme donne une indication de la demande : par exemple, actuellement, un taux de change à terme du RMB par rapport au dollar de Hongkong peut être supérieur de 3 % au taux de change spot. Plus ce marché offshore est volumineux, plus il permet de mesurer les anticipations des acteurs et d'ajuster la politique de change.
Le Japon a tenté, en vain, dans les années 80-90, d'internationaliser sa devise. Quelles leçons en tire la Chine ?
L'expérience nipponne offre des enseignements précieux. D'une part, il faut, pour internationaliser sa devise, pouvoir garder un fort rythme de croissance économique et se méfier des trop fortes variations, comme les bulles. Ce qui oblige à éviter de poursuive une politique monétaire trop souple. Or, après la crise financière globale, le gouvernement chinois a très fortement assoupli sa politique monétaire, et on a vu apparaître des risques de bulles, notamment dans l'immobilier. Il est donc indispensable que la politique monétaire se normalise.
La deuxième raison de l'échec japonais, c'est qu'il est nécessaire pour internationaliser sa monnaie d'avoir une structure de commerce extérieur équilibrée. Plus de 50 % des importations japonaises étaient le fait de matières premières et d'énergie, libellées en dollar. Dans le cas de la Chine, il y a peu de chance certes qu'elle puisse facturer une grande partie de son commerce extérieur avec les Etats-Unis ou l'Europe en renminbi. En revanche, la solution pour elle est de concentrer ses efforts sur les pays d'Asie comme l'Asean, et peut-être aussi l'Afrique et l'Amérique latine.
La Chine bénéficie de volumes d'échanges de plus en plus élevés avec ces pays, et tisse avec eux des relations capitalistiques. Imaginez qu'une entreprise chinoise investisse en renminbi dans un de ces pays, par exemple l'Afrique. La société africaine peut utiliser ces renminbi pour acquérir des équipements en Chine ou bien des produits chinois.
Il y a déjà des efforts dans cette direction : par exemple, la Chine est parvenue à un accord avec la Brésil pour qu'à l'avenir, le commerce bilatéral en énergie et en matières premières soit libellé en devise locale. La Chine et la Russie pourrait également passer ce genre d'accord.
Comment s'articulerait la proposition de donner à l'avenir un plus grand rôle aux DTS (droits de tirage spéciaux) dans le système monétaire mondial, discutée ces derniers jours au séminaire du G20 à Nankin, avec cet effort d'internationalisation du renminbi ?
La Chine n'est sans doute pas contre l'idée de se doter dans le futur d'une devise super-souveraine. Tout dépend de la volonté des Etats-Unis de voir le dollar abandonner son rôle de devise de référence, et de l'avancée des discussions collectives. Mais pour le gouvernement chinois, un moyen plus réaliste de progresser est de promouvoir l'internationalisation du renminbi et d'exercer un rôle plus actif dans la coopération monétaire en Asie de l'Est. Je ne pense pas que le gouvernement chinois considère que l'internationalisation du yuan et la question des DTS soient antinomiques.
Pour pousser plus loin la collaboration au niveau des DTS, il faudra d'abord qu'il y ait des monnaies fortes capables de concurrencer le dollar, comme l'euro bien sûr, mais aussi par exemple, une combinaison yuan-yen. Et la manière d'y parvenir, c'est de faire jouer au renminbi un rôle international plus important. Mais ceci est un objectif à court et moyen terme.
Les DTS sont un objectif à plus long terme. Mais en parler dans le cadre du G20 est une très bonne idée, et c'est à cela que le G20 devrait servir. La convertibilité du renminbi reste également un objectif, et l'internationalisation du yuan ne la met nullement en cause.
Le gouvernement chinois a déclaré qu'il ferait de Shanghai une place financière mondiale d'ici 2020, donc on est amené à penser que c'est à cet horizon qu'elle pourrait avoir lieu.