A la suite des événements de Nantes, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé sont fragilisés. Cela fait deux ans qu'ils vivent sur un double discours. Peut-on dire qu'ils incarnent une schizophrénie assumée ou même un cynisme décomplexé?
lundi 24 février 2014
Le tandem Duflot-Placé, incarnation du cynisme décomplexé en politique?
Bien qu'opposés au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les Verts enmenés par le tandem Duflot-Placé ne comptent pas quitter le gouvernement. Pour Thomas Guénolé, ce double discours relève du cynisme pur.
A la suite des événements de Nantes, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé sont fragilisés. Cela fait deux ans qu'ils vivent sur un double discours. Peut-on dire qu'ils incarnent une schizophrénie assumée ou même un cynisme décomplexé?
A la suite des événements de Nantes, Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé sont fragilisés. Cela fait deux ans qu'ils vivent sur un double discours. Peut-on dire qu'ils incarnent une schizophrénie assumée ou même un cynisme décomplexé?
Oui. L'on arrive à cette situation pathétique en quelques étapes. D'abord, le tandem Duflot-Placé prend la tête d'une maison mourante, les Verts de l'après-2007: un leadership dont plus personne ne veut hormis eux, à force d'écroulement électoral. Puis la locomotive Cohn-Bendit/Hulot produit aux européennes de 2009 et aux régionales qui s'ensuivent une percée électorale spectaculaire, jusqu'à tourner autour de 15 % des suffrages exprimés
. Ensuite, sur cette base, une grande distribution de postes et de sièges s'opère, en liaison avec le partenaire dominant socialiste. Ainsi, le tandem Duflot-Placé et ses affidés, ce sont les al-Saoud de la vie politique française: du pétrole est trouvé sous leurs pieds, ils n'y sont pour rien, mais les voilà riches. Par la suite, les mêmes tuent la poule aux œufs d'or, en bloquant par jeux d'appareil la prise de contrôle d'EELVpar Daniel Cohn-Bendit : ils ont préféré saboter la locomotive mais rester aux commandes, plutôt que voir le parti prendre en puissance mais en perdre le contrôle. Puis, là encore par peur de perdre le contrôle de la boutique, le tandem Duflot-Placé bloque par de nouveaux jeux d'appareil la meilleure candidature présidentielle possible pour EELV, celle de Nicolas Hulot, et pousse celle d'Eva Joly : on retrouvera alors le score catastrophique de Dominique Voynet à la présidentielle de 2007. Enfin, depuis lors, le tandem se comporte en co-gérants de la distribution de places éligibles par le partenaire dominant socialiste.
Vous avez écrit un livre sur le mensonge en politique à paraître le 6 mars: le Petit guide du mensonge en politique. À quelle catégorie de menteurs appartiennent Duflot et Placé?
Le plus souvent, ils utilisent la méthode la plus basique du mensonge en politique, que j'appellerais la «méthode Cahuzac». L'âne est blanc, tout le monde voit que l'âne est blanc, et vous, en regardant le téléspectateur droit dans les yeux par caméra interposée, vous jurez aux Français que l'âne est noir. C'est de cette façon que communique le tandem Duflot-Placé à chaque fois qu'il est pris en flagrant délit en train d'avaler une couleuvre: il nie «droit dans les yeux», même l'évidence.
Fréquemment, la dénégation éhontée vient d'ailleurs après avoir fait une provocation pour rester présents dans le débat public, généralement en ayant attaqué un membre du gouvernement:Cécile Duflot qui attaque Manuel Valls, Jean-Vincent Placé qui attaque Arnaud Montebourg, par exemple. Par ailleurs, Jean-Vincent Placé s'est fait une spécialité de nier avoir menacé qu'EELV quitte la coalition gouvernementale, généralement après s'être assuré un surcroît de places éligibles.
Comment expliquez-vous qu'ils ne parlent jamais d'écologie? Peut-on encore les qualifier d'écologistes?
Je ne dirais pas qu'ils ne parlent jamais d'écologie. Simplement, ils s'en tiennent à quelques sujets très marquants, emblématiques:gaz de schiste, nucléaire, etc. C'est une méthode très courante en politique de nos jours. Pendant la présidentielle de 2012, François Hollande a fait la même chose envers l'aile gauche de l'électorat du PS avec la tranche à 75% d'impôt sur le revenu, et Nicolas Sarkozy a également fait de même
envers l'aile sécuritaire de l'électorat de l'UMP avec la proposition de diviser l'immigration par deux. Cette méthode consiste à agiter un épouvantail, ou à proposer une mesure-choc, uniquement pour garder fidèle tel ou tel électorat.
Pourquoi François Hollande a-t-il encore besoin d'eux?
On peut se poser la question. Quand EELV était une locomotive avec Daniel Cohn-Bendit pour chef de file, son poids électoral rendait rationnel et cohérent pour le PS de donner des places aux écologistes. En revanche, depuis la gifle reçue par la candidature présidentielle d'Eva Joly, et surtout depuis les départs successifs de Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère, l'EELV de 2009 est redevenu Les Verts post-2007, c'est-à-dire un astre mort politique au même titre que le Parti Radical de Gauche.
Dans la mesure où Les Verts ne pèsent plus électoralement, il n'y a qu'une explication au comportement de François Hollande: l'obsession de l'unité maximale de la gauche. Cette obsession, bien qu'il ne soit plus rationnel de donner autant de places et de poids aux Verts, peut se comprendre: il ne faut jamais oublier que cet homme est devenu le leader du PS le 21 avril 2002.
Genre
Genre
Un lecteur de Paris veut bien nous demander ce que nous pensons de cette théorie du genre qui enflamme les imaginations et gonfle les défilés. Au risque de le mécontenter, nous lui répondrons que nous n’en pensons rien et que ces calembredaines ne méritent pas tant d’efforts. Là où nous sommes, en humble servant du « saint langage », « honneur des hommes » selon Valéry, seule la logique nous importe, et force nous est de constater que les défileurs antigenre manquent à la fois de logique et de confiance. Car enfin l’utopie du genre a déjà été réalisée (dans les kibboutzim par exemple) avec le bonheur que l’on sait. Il ne faut pas être grand devin pour prédire le même succès aux maternelles scandinaves qui promeuvent le genre neutre. Manque de confiance en la force des choses, laquelle fait régulièrement table rase de toutes les tables rases que tous les rêveurs totalitaires ont tâché de nous imposer depuis deux siècles ; combattre à ce point ces théories insanes, c’est leur accorder une réalité dont elles n’ont pas l’ombre d’un commencement. Contester, c’est prendre un peu trop au sérieux ; discuter c’est approuver en donnant corps à ce que l’on discute. Cette dialectique élémentaire est illustrée par les dibboukim de la Kabbale, ces êtres négatifs qui se nourrissent et se renforcent de tout le mal que l’on pense d’eux. Le contraire de l’idéologie c’est la réalité, ce n’est pas une idéologie contraire. Manque de logique, aussi, que nous reprochons à nos contestataires antigenre : car enfin l’homme nouveau, soit le citoyen public, laïc et obligatoire voulu par Jules Ferry, nos socialistes actuels sont encore à espérer son avènement. C’est peu dire que la tentative a raté, malgré l’immensité des moyens mis en oeuvre depuis plus de cent vingt ans : en toute rigueur, nous devrions tous être “de gauche”, et le problème ne se poserait pas…
Valeurs
Valeurs
Au nom de quoi les valeurs se raient-elles exclusivement de gauche ? C’est à longueur de temps pourtant qu’on me donne des leçons, à tout propos et à propos de tout : guerre, sexualité, revenus, justice, pain au chocolat, drogue… Je serais donc définitivement du mauvais côté, je pense mal : je voudrais élever mes enfants moi-même mais qu’on les éduque à l’école en leur inculquant des fondamentaux basiques. Je suis archaïque car j’ai du bon sens ; le bon sens est de droite, pas l’idéologie.
Les valeurs de gauche consis tent par exemple à conspuer la richesse au détriment d’une générosité spoliatrice avec l’argent des au tres (on avait bien compris que la richesse était une antivaleur, sauf en Bourse !). Je ne comprendrais donc rien aux “valeurs de la République” ? Consistant entre autres à marier tous ceux qui ne se mariaient pas et à ne plus marier les autres (les bourgeois) qui ne sont pas des citoyens à valeur ajoutée !
Mon vocabulaire se déprécie, même si je tente de supprimer certains mots médiatiquement radiés ; je ne comprends pas bien ce que sont les “valeurs de progrès”, d’autant que le progrès est à géométrie variable : voir le principe de précaution ! Tout, pour moi, n’est pas équivalent : il existe des qualités et des défauts, l’effort a un sens, la responsabilité individuelle est un des fondements de la République et la justice consiste à punir les coupables et pas uniquement à leur trouver des excuses ; je comprends mal que l’on me souhaite bon courage quand il y a la queue à la boulangerie, car pour moi le courage est une vraie valeur…
Un pilote dans l’avion
Un pilote dans l’avion
Pendant combien de temps encore la grotesque « comédie du pouvoir » entre le PS et EELV va-t-elle durer ? Il faut vraiment que les Verts aiment les maroquins pour rester dans un gouvernement dont ils ne cessent de dénoncer la politique. Et il faut que l'exécutif soit sacrément dans le besoin (électoral) pour tolérer les manquements des écolos à la solidarité gouvernementale. La manifestation des opposants à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et les débordements qui l'ont suivie, samedi, s'inscrivent dans cette guérilla politique larvée où les Verts ne cessent de souffler sur les braises en se défendant de vouloir mettre le feu.
Sur ce dernier point, on se gardera bien de céder aux amalgames qui furent si allègrement pratiqués par la gauche pour déconsidérer les manifs « réactionnaires » sur la défense de la famille. On n'assimilera donc pas tous les manifestants pacifiques de samedi aux ultra-gauchistes et anarchistes des « Black Blocs » qui ont saccagé le centre-ville de Nantes. Ce qui n'empêche pas d'interpeller Manuel Valls sur une vigilance républicaine qui fut moins vétilleuse, et moins efficace, ici qu'ailleurs.
D'autant plus que personne n'ignorait les connivences évidentes entre certains écologistes et les occupants altermondialistes présents sur zone depuis les arrêtés préfectoraux de décembre autorisant les travaux préalables de l'aéroport. Il y a donc une bonne part d'hypocrisie dans les proclamations d'innocence des Verts timidement invités par Jean-Marc Ayrault à lever les ambiguïtés.
Le problème est que, depuis des mois, le pouvoir jouait l'enlisement sur ce dossier comme il tergiverse autour des questions environnementales. Dans l'esprit de François Hollande, désormais tourné vers la relance de l'économie, la loi sur la transition énergétique a perdu de son acuité. Le temps n'est plus aux promesses qui faisaient chavirer Cécile Duflot. À François Hollande de le dire clairement et de rompre le charme. Et à Cécile Duflot et ses amis d'en tirer les conséquences. Bien plus que d'un aéroport, il y a grand besoin d'un vrai pilote dans l'avion.
Les failles de la gouvernance Hollande expliquées par le profil psychologique du Président
A en croire le livre "Jusqu'ici tout va mal" de Cécile Amar, les multiples "couacs" gouvernementaux s'expliqueraient par la stratégie personnelle de François Hollande : une pratique solitaire du pouvoir, et une tendance à tester ses idées auprès de son entourage avant de les abandonner sans prévenir.
A en croire votre livre Jusqu'ici tout va mal (éd. Grasset), beaucoup de "couacs" gouvernementaux s'expliqueraient par le comportement même de François Hollande. En quoi son comportement les encourage-t-il ?
Cécile Amar : François Hollande n’encourage pas ce que vous appelez les « couacs » gouvernementaux. Le pouvoir isole et François Hollande a une pratique solitaire du pouvoir, c’est ce que je raconte dans le livre. Il est très sûr de lui et n’a vraiment confiance en personne. C’est sa nature, elle s’accentue à l’Elysée, car il a choisi de ne pas s’entourer de ses proches historiques ou de ses amis. Il « bouscule ses collaborateurs pour mettre de l’ordre dans ses idées » explique Michel Sapin. Hollande avoue parfois « contourner » ses collaborateurs ou ses ministres, il « préfère faire que faire faire ». Et du coup, parfois, les ministres ou les députés parlent, croyant savoir ce que le chef de l’Etat veut et ils se trompent, ou lui a changé d’avis entre temps.
Yves Derai : En formant son gouvernement, j’ai trouvé que François Hollande avait pris les décisions sages en fonction de l’intérêt du pays, faisant des choix qui correspondaient à une réalité politique. Par exemple, Vincent Peillon était son meilleur spécialiste de l’éducation, Aurélie Filippetti sa meilleure spécialiste de la culture et Manuel Valls était le meilleur sur les questions de sécurité. Il a recruté ses ministres comme un vrai chef d’entreprise. En revanche, ce n’est pas le cas au sein de son cabinet à l’Elysée : le problème de management se situe plutôt là. Le cabinet qu’il a choisi est à sa main, acquiesce quoi qu’il fasse : peu de personnes sont véritablement capables de le remettre en question. Or, il avait d’autres options possibles, avec des gens de plus haut niveau, dotés de plus de sens politique, comme le brillant avocat Maître Villemot. Non, il a choisi Emmanuel Macron. Pour piloter son comité stratégique de campagne, il s’était entouré de personnages très politiques : Manuel Valls, Stéphane Le Foll, Aquilino Morelle, Pierre Moscovici... Une fois élu, quand il a formé son cabinet, il n’a presque gardé personne. Pour diriger les affaires de la France, il lui manque des personnalités compétentes en sciences politiques.
Il croit ne pas avoir besoin d’une équipe qui lui donne des conseils et l’oriente. Il ne veut pas être ennuyé dans l’exercice solitaire de son pouvoir. Pourtant, il ne connaissait pas la machine de l’Etat et aurait dû s’entourer de gens qui l’initient à cette machine, comme cela se fait dans la plupart des cabinets de tous les ministères, au sein desquels c’est souvent le directeur de cabinet, qui connait bien l’administration, qui initie le ministre dans les six premiers mois.
Convaincu de ses propres connaissances en politique et en communication, François Hollande a pensé, malheureusement pour lui, qu’il n’avait besoin de personne en la matière. Il se croyait auto-suffisant et voulait décider de tout. Il pensait n’avoir besoin que de conseillers techniques sur des sujets particuliers. On connait le résultat.
Le président de la République testerait des idées auprès de son entourage puis les abandonnerai sans les en informer. Cela explique-t-il les prises de paroles parfois contradictoires de certains membres de la majorité ? A quels exemples précis peut-on penser ?
Cécile Amar : Son mode de fonctionnement par « itérations » comme il le dit dans le livre est parfois difficile à suivre pour ceux qui sont chargés au gouvernement ou dans la majorité d’expliquer sa politique. Quand il demande à ses conseillers « mais qui a parlé ? » alors que c’est lui, forcément c’est difficile à vivre ! François Hollande est fondamentalement un pragmatique, il avance en marchant et veut toujours surprendre. Il évolue donc sans prévenir ceux qui croyaient savoir et qui parlent et se trompent.
Et puis Hollande est secret. Cet été, il envisageait d’utiliser la CSG pour la réforme des retraites, tous les responsables de la majorité se sont donc calés sur cette position. Et puis, il a préféré utiliser les cotisations, mais ne leur a pas dit qu’il avait changé. Ses troupes ont parfois du mal à le suivre. Je raconte aussi que lorsque Cécile Duflot présente en conseil des ministres le projet de loi sur l’encadrement des loyers, promesse de campagne du candidat Hollande, le Président prend ensuite la parole et demande « les agences immobilières sont mécontentes, y a-t-il vraiment eu une concertation ? Et l’encadrement des loyers est-ce vraiment bien ? ».
Yves Derai : Jacques Chirac fonctionnerait déjà comme cela : il rassemblait des gens autour d’une table, faisait des réunions, il écoutait chacun, puis il faisait ce qu’il voulait. Dans le cas de la présidence Hollande, le problème vient plutôt d’une défaillance dans le tandem de l‘exécutif. Jean-Marc Ayrault n’a pas vraiment le pouvoir d’être le chef du gouvernement. En découle un problème de respect et de coordination avec les ministres, qui croient pouvoir n’en faire qu’à leur tête puisque le Premier ministre manque d’autorité. On retrouve un système proche du tandem Nicolas Sarkozy-François Fillon, avec un hyper-président, bien que François Hollande soit plus mou. Il y avait peut-être moins de couacs sous Nicolas Sarkozy car ses collaborateurs craignaient son autorité.
Jean-Marc Ayrault, qui était pourtant réputé pour être autoritaire, est sans cesse court-circuité. Comme François Hollande est quelqu’un qui hésite souvent avant de prendre une décision, on obtient un cocktail détonnant.
François Hollande agit-il ainsi par nature ou par tactique ? A-t-il toujours fonctionné ainsi ? Quels bénéfices en tire-t-il ? Surpassent-ils les inconvénients générés par ces couacs à répétition ?
Cécile Amar : C’est sa nature, sa personnalité. Il est très attaché à sa liberté, de mouvement et de pensée, et sa pratique du pouvoir est de plus en plus personnelle. Il « engueule » ses conseillers, ses ministres, parce qu’il pense qu’ "à la fin, c’est lui qui paie tout". Hollande estime qu’il « n’est pas compliqué à comprendre », mais peu ont le mode d’emploi. « Il est secret, cherche toujours à préserver son espace, cherche toujours à laisser jusqu’au bout des options ouvertes » analyse Stéphane Le Foll, qui a dirigé pendant onze ans son cabinet rue de Solférino. Lui savait le comprendre. Mais au gouvernement, à l’Elysée, ou dans la majorité, tous sont loin de décrypter François Hollande, on le voit depuis vingt mois.
François Hollande apparaît finalement comme un président opaque, qui ne se confie jamais vraiment à personne. Est-ce que ce comportement, cette tendance à tout faire remonter à lui, peut perturber le fonctionnement de l'État ?
La Véme République, dénoncée en son temps par François Mitterrand et les socialistes, concentre les pouvoirs et François Hollande s'est coulé dans ce moule. Son exercice du pouvoir est très personnel, solitaire même. C'est le choix qu'il a fait. Il est très secret, cela perturbe parfois ses ministres ou ses conseillers, mais cela fait longtemps que les socialistes ont abandonné tout désir de changer de République.
Dans ce contexte, comment interpréter les rumeurs de remaniements ?
Yves Derai : Ce n’est pas étonnant, lorsqu’il y a de tels problèmes. De plus, la popularité de François Hollande est au plus bas, autour de 20% et celle du Premier ministre est à peine au-dessus. Mais je pense que ce remaniement n’aura pas lieu tout de suite : c’est trop tôt. François Hollande ne formera pas de nouveau gouvernement avant les élections municipales, sachant que la gauche risque de perdre beaucoup dans ces élections, ainsi qu’aux européennes.
Je pense qu’il va user Jean-Marc Ayrault et son gouvernement jusqu’à la corde, attendre les résultats des élections municipales et européennes, puis il remaniera ensuite pour essayer de redonner un second souffle aux deux dernières années du quinquennat.
François Hollande apparaît finalement comme un président opaque, qui ne se confie jamais vraiment à personne. Est-ce que ce comportement, cette tendance à tout faire remonter à lui, peut perturber le fonctionnement de l'État ?La Véme République, dénoncée en son temps par François Mitterrand et les socialistes, concentre les pouvoirs et François Hollande s'est coulé dans ce moule. Son exercice du pouvoir est très personnel, solitaire même. C'est le choix qu'il a fait. Il est très secret, cela perturbe parfois ses ministres ou ses conseillers, mais cela fait longtemps que les socialistes ont abandonné tout désir de changer de République.
Pourquoi François Hollande choisit toujours de fausses solutions pour résoudre de vrais problèmes
François Hollande ne réussit pas parce qu'il choisit toujours des fausses solutions pour résoudre des vrais problèmes. Des étudiants en sciences politiques se sont récemment penchés sur la question permanente du Président français lors d’un atelier de travail.
Alors les explications sont multiples. On pense évidemment aux contraintes politiques mais le rôle d’un homme politique justement ce n’est pas de caresser son opinion dans le sens du poil, c’est de la convaincre qu'un autre chemin est possible. On pense aux structures syndicales qui sont habitées par cette culture du conflit et qui ne réussissent pas à accoucher d’un compromis, sans doute mais un certain nombre de conflits sociaux ont trouvé des solutions. Dès lors que l’Etat ne s’en mêlait pas (Renault par exemple). On pense enfin à la pression économique qui stérilise les initiatives, et fige les situations, mais la conjoncture est la même en Allemagne, et les allemands eux s’en sortent.
En France, on frise la caricature, depuis dix-huit mois, alors que les problèmes sont très clairement identifiés, connus, reconnus et partagés par tous les acteurs du monde de l’économie, des affaires, des syndicats et de la politique, on a un président qui réussit cet exploit de prendre ou de faire prendre systématiquement les fausses décisions. On connait le mal, on choisit le mauvais médicament. Et quand on ne choisit pas, on nous sort un bouc émissaire. Nous sommes les champions du monde du bouc émissaire. Ça n’est jamais de notre faute. Les problèmes économiques sont ultra simples. Face à la mutation mondiale, à la concurrence et au progrès technique, nous manquons de compétitivité. Nos entreprises sont trop peu nombreuses, pas assez dynamiques, avec des produits chers et pas forcément tous de bonne qualité. Cette situation-là est partagée par tout le monde y compris publiquement par le président de la République. Alors il y a encore des courants extrémistes qui ont des interprétations différentes, mais ridicules parce qu'incohérentes.
Ce déficit de compétitivité explique que nous n’ayons pas d’activité, pas d’emplois, pas assez de recettes sociales et fiscales, pas d’exportation. Comme on veut maintenir notre niveau de vie nous sommes obligés de nous endetter.L’équation n’est pas très compliquée. Et bien face à ce déficit de compétitivité, le bon sens sous indique qu’il faudrait en retrouver et pour en retrouver, il faut investir, innover, travailler dans des conditions qui soient plus compétitives. Donc, il faut baisser ce qu'on appelle les frais de structures et les frais généraux. A commencer par ceux, générés dans l’Etat.
Eh bien face à ce problème qui est au cœur de nos difficultés et qui n’est ni de droite, ni de gauche, on sort des solutions confuses et contradictoires.
- 1er exemple, on a commencé à relever les impôts pour essayer de réduire l’endettement sans s’apercevoir que les impôts anesthésiaient l’activité, ce qui a par conséquent creusé les déficits.
- 2ème exemple, on a essayé d’initier une politique d’offre et de compétitivité.Très bien, mais sur une trajectoire cohérente dessinées au départ par Louis Gallois, on a mis en place des conditions inapplicables, (il n’y aura pas de contreparties à la baisse des charges parce que ça n’est pas possible). Le résultat, c’est que la mise en place du pacte de responsabilité s’enlise dans des comités, et des commissions à Matignon au point où le premier ministre perd toute autorité.Or, un président sans directeur général qui ferait le boulot, est un dirigeant bien diminué.
- 3ème exemple, la politique du logement. Très simple à régler. Les prix sont trop élevés. Ils sont trop élevés parce qu'il n y a pas assez de logements. Il aurait donc fallu tout faire pour favoriser l’investissement logement, libérer du foncier par exemple. On a fait tout le contraire, Mme Duflot qui voulait s’occuper des mal-logés et de tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer un loyer, a mis en place des régulations et des contrôles qui ont bloqué encore davantage le secteur. La loi a été vide de beaucoup de dispositions sous le poids des lobbies. Reste les dispositions qui vont faire fuir les investisseurs. Il y aura moins de logements et plus chers.
- 4ème exemple, l’ouverture des magasins le dimanche. On a voulu faire plaisir à tout le monde, on a fâché tout le monde. Y compris le conseil d’Etat qui se retrouve accusé très souvent d’avoir mal interprété un décret.
- 5ème exemple, les taxis. Cette histoire tourne à la farce et provoque la colère.Plutôt que de libéraliser le secteur en multipliant les autorisations et en faisant de fait baisser les prix des licences, on a multiplié les contraintes. Aux dernières nouvelles, le gouvernement n’a pas voulu prendre le risque d’appauvrir les chauffeurs qui avait payés leur plaque très chère. C'est gentil ! Mais il fallait en distribuer, gratuitement à tous ceux qui en avait déjà. Le chauffeur qui avait payé sa plaque 200 000 euros se retrouvait avec disons 4 plaques. Le prix tombait à 50 000 euros, mais comme il en avait quatre, son capital était protégé. Cette opération de libéralisation ne coûtait pas un sou à l’Etat. On a fait tout le contraire, on a renforcé les monopoles et les privilèges.
- 6ème exemple, la question des inégalités offre un florilège de fausses solutions. S’il y a des pauvres et c’est vrai, mais c’est de la faute des riches. On va donc faire des riches un problème. Alors que c’est l’inverse. Le problème c’est la pauvreté. Pourquoi ? Comment ?
- 7ème exemple, la question des baisses de dépenses publiques donne lieu à des débats invraisemblables de confusions et d’hypocrisie. Il n'y a que deux solutions pour réduire de façon significative les dépenses publiques et sociales.
Ou bien, on réduit la rémunération des fonctionnaires (actifs et retraités). Ou bien, on réduit le périmètre de l’Etat et de ses administrations. Le reste, c’est du débat pour énarques inemployés.
Les exemples sont donc innombrables. Les lois de finances sont pleines de contradictions, la chasse aux exilés fiscaux évite soigneusement le gros gibier, donc elle ne sert à rien. L’amélioration de l’attractivité du site France tel qu'on essaie de la vendre à nos amis étrangers ne servira à rien. La France n’attirera jamais d’usines ou d’ateliers. Mieux vaudrait renforcer la compétitivité pour aller monter des usines dans les pays émergents (C’est là-bas que sont les marchés) et attirer chez nous des laboratoires de recherche et des start’up à haute valeur ajoutée. On pourrait d’ailleurs commencer à attirer et à fidéliser les touristes qui commencent à regarder ailleurs.
Quand face à des vrais problèmes, le gouvernement est à cours de solutions, y compris des fausses solutions, il nous offre la parade des bouc-émissaires. C’est la faute à l’euro trop fort (bien sûr), aux allemands, à la banque centrale européenne qui ne travaille pas comme la banque centrale américaine (c’est vrai elle ne peut pas faire des subprimes, elle !) aux importations pas assez chères, aux exportations, aux fonctionnaires trop payés, à Bruxelles et ses technocrates, etc. etc.
- 2ème exemple, on a essayé d’initier une politique d’offre et de compétitivité.Très bien, mais sur une trajectoire cohérente dessinées au départ par Louis Gallois, on a mis en place des conditions inapplicables, (il n’y aura pas de contreparties à la baisse des charges parce que ça n’est pas possible). Le résultat, c’est que la mise en place du pacte de responsabilité s’enlise dans des comités, et des commissions à Matignon au point où le premier ministre perd toute autorité.Or, un président sans directeur général qui ferait le boulot, est un dirigeant bien diminué.
- 3ème exemple, la politique du logement. Très simple à régler. Les prix sont trop élevés. Ils sont trop élevés parce qu'il n y a pas assez de logements. Il aurait donc fallu tout faire pour favoriser l’investissement logement, libérer du foncier par exemple. On a fait tout le contraire, Mme Duflot qui voulait s’occuper des mal-logés et de tous ceux qui n’ont pas les moyens de payer un loyer, a mis en place des régulations et des contrôles qui ont bloqué encore davantage le secteur. La loi a été vide de beaucoup de dispositions sous le poids des lobbies. Reste les dispositions qui vont faire fuir les investisseurs. Il y aura moins de logements et plus chers.
- 4ème exemple, l’ouverture des magasins le dimanche. On a voulu faire plaisir à tout le monde, on a fâché tout le monde. Y compris le conseil d’Etat qui se retrouve accusé très souvent d’avoir mal interprété un décret.
- 5ème exemple, les taxis. Cette histoire tourne à la farce et provoque la colère.Plutôt que de libéraliser le secteur en multipliant les autorisations et en faisant de fait baisser les prix des licences, on a multiplié les contraintes. Aux dernières nouvelles, le gouvernement n’a pas voulu prendre le risque d’appauvrir les chauffeurs qui avait payés leur plaque très chère. C'est gentil ! Mais il fallait en distribuer, gratuitement à tous ceux qui en avait déjà. Le chauffeur qui avait payé sa plaque 200 000 euros se retrouvait avec disons 4 plaques. Le prix tombait à 50 000 euros, mais comme il en avait quatre, son capital était protégé. Cette opération de libéralisation ne coûtait pas un sou à l’Etat. On a fait tout le contraire, on a renforcé les monopoles et les privilèges.
- 6ème exemple, la question des inégalités offre un florilège de fausses solutions. S’il y a des pauvres et c’est vrai, mais c’est de la faute des riches. On va donc faire des riches un problème. Alors que c’est l’inverse. Le problème c’est la pauvreté. Pourquoi ? Comment ?
- 7ème exemple, la question des baisses de dépenses publiques donne lieu à des débats invraisemblables de confusions et d’hypocrisie. Il n'y a que deux solutions pour réduire de façon significative les dépenses publiques et sociales.
Ou bien, on réduit la rémunération des fonctionnaires (actifs et retraités). Ou bien, on réduit le périmètre de l’Etat et de ses administrations. Le reste, c’est du débat pour énarques inemployés.
Les exemples sont donc innombrables. Les lois de finances sont pleines de contradictions, la chasse aux exilés fiscaux évite soigneusement le gros gibier, donc elle ne sert à rien. L’amélioration de l’attractivité du site France tel qu'on essaie de la vendre à nos amis étrangers ne servira à rien. La France n’attirera jamais d’usines ou d’ateliers. Mieux vaudrait renforcer la compétitivité pour aller monter des usines dans les pays émergents (C’est là-bas que sont les marchés) et attirer chez nous des laboratoires de recherche et des start’up à haute valeur ajoutée. On pourrait d’ailleurs commencer à attirer et à fidéliser les touristes qui commencent à regarder ailleurs.
Quand face à des vrais problèmes, le gouvernement est à cours de solutions, y compris des fausses solutions, il nous offre la parade des bouc-émissaires. C’est la faute à l’euro trop fort (bien sûr), aux allemands, à la banque centrale européenne qui ne travaille pas comme la banque centrale américaine (c’est vrai elle ne peut pas faire des subprimes, elle !) aux importations pas assez chères, aux exportations, aux fonctionnaires trop payés, à Bruxelles et ses technocrates, etc. etc.
On donc un talent très sophistiqué pour éviter la question de nos difficultés. François Hollande fera tout pour convaincre son électorat qu' il faut que chacun range sa chambre et fasse un effort de redressement. Du moins, c’est ce qu'on nous explique. Possible mais peu d’électeurs sont désormais prêt à la suivre.
Cure de désintoxication
Cure de désintoxication
Nous venons de vivre cinq belles journées sur les hauteurs alpines, par moins 5 à10 degrés, dans un hameau perdu, à 2000 mètres d’altitude, avec, faisant office de télévision, d’ordinateur et de radio, un simple poêle à bois. Grand ski dans la journée et le soir, bain de silence à l’exception du murmure des flocons de neige sur les vitres de notre fermette. Il faut se couper du monde de temps en temps, se ressourcer dans la solitude, s’enfuir de la chape de connerie qui submerge la France. J’ai remarqué que la lâcheté et la crétinerie ne s’élèvent que rarement au dessus de 1200 mètres environ et qu’au-delà d’une certaine hauteur, on est à peu près tranquille. Mon ami Henri Guaino a bien raison de dire qu’il ne reconnaît plus son pays. http://unionrepublicaine.fr/henri-guaino-je-ne-reconnais-plus-mon-pays-ma-france/ Le retour à la vie urbaine, hier soir, est brutal, d’une violence inouïe. Le tribunal de la pensée unique a encore frappé, contre Ivan Rioufol, Elisabeth Levy et Eric Zemmour. http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/02/21/31003-20140221ARTFIG00276-ivan-rioufol-le-commissaire-joffrin-s-est-fait-une-specialite-de-denoncer-les-journalistes-deviants.php. Je trouve cette mode de l’intolérance, du lynchage hystérique envers toute forme de dissidence, voire même de nuance vis-à-vis de l’idéologie dominante, ce refus de l’échange et du débat d’idées, absolument ignobles. Si notre époque était moins cotonneuse, il ne fait aucun doute qu’ils ressortiraient les charrettes, les bourreaux et la guillotine. L’invective, la haine, la violence verbale, les amalgames stupides en guise de procès truqués et de petite Terreur, quand on est à court d’argument, incapable d’aligner deux mots intelligibles et que le sol se dérobe inéluctablement.
samedi 22 février 2014
Désastre électoral en vue : François Hollande en plein sauve-qui-peut
Tous les gestes et actions du président de la République n’ont désormais qu’une seule ambition : la chasse aux voix, pour éviter la Bérézina qui menace le camp socialiste aux prochaines élections municipales.
un mois du premier tour des élections municipales, c’est la mobilisation générale à l’Elysée pour éviter un désastre dans les urnes pronostiqué par les sondages. François Hollande fait donner toute la machinerie politicienne rodée pendant des années au sein du Parti socialiste et qui lui a permis de se hisser au sommet de l’Etat. Tous ses gestes n’ont désormais qu’une seule ambition : la chasse aux voix, pour éviter la Bérézina qui menace. Ainsi envoie-t-il des signaux aux jeunes par les réseaux sociaux pour les inciter à ne pas rester à l’écart de la consultation de la fin mars. De même, il fait l’éloge de la communauté musulmane qui lui avait apporté ses suffrages en 2012 et risque de se détacher de lui en raison des prises de position sur la famille et l’éducation. Par ailleurs, le Premier ministre a pris l’engagement par écrit de ne pas toucher à la situation financière des fonctionnaires. On pourrait multiplier les exemples dans tous les domaines : refus de changer le statut des intermittents du spectacle, soutien en faveur des chauffeurs de taxis, etc.
Mais là où François Hollande déploie sa stratégie ambiguë avec le plus grand machiavélisme, c’est bien à propos du chantier du pacte de responsabilité et des réformes de structure. Officiellement, tout se met en place à grands renforts de création de comités Théodule. En pratique, tout ce qui concerne les mesures concrètes susceptibles de générer des économies et de froisser certaines catégories de contribuables est mis à l’arrêt pour être reporté au-delà des élections. En revanche, on met l’accent sur la nécessité de connaître au plus vite les contreparties sur lesquelles doit s’engager le patronat, afin de bien ancrer dans l’opinion l’idée que le gouvernement n’a pas l’intention de faire des cadeaux aux riches. Et comme le pouvoir sait que les municipales ne sont que le premier volet d’une chaine de consultations qui pourraient retarder encore un peu plus les réformes, il a pris discrètement langue avec Bruxelles dans l’espoir que l’Europe accorderait de nouveaux délais à notre pays pour se mettre en règle avec les engagements pris mais jamais respectés de réduire son endettement.
Il est vrai que l’on se montre discret en haut lieu sur les dernières statistiques qui montrent que l’écart se creuse entre la France et ses voisins. En février, l’activité du secteur privé a encore fléchi, revenant à son niveau le plus bas depuis neuf mois, alors qu’elle reprend partout ailleurs. L’an dernier, le nombre des faillites a connu un record depuis 2009. Les permis de construire déposés sont en retrait sensible sur 2013, alors que la construction de logements est en baisse régulière depuis deux ans. Par ailleurs, les impôts rentrent mal, alors que les dépenses publiques ne parviennent pas à se stabiliser. Conséquence : le déficit pourrait atteindre cette année 4,3% du produit intérieur brut, ce qui commence à alerter les bailleurs de fonds internationaux. Ainsi, les taux d’intérêt des emprunts à dix ans se redressent depuis quelques semaines. Pour l’instant, l’Elysée continue d’afficher sa doctrine de vivre dans l’instant comme si chaque journée passée était gagnée, alors qu’elle est au contraire un moment de plus perdu pour le redressement du pays, qui ne fera qu’alourdir la facture qui sera présentée un jour aux Français.
François Hollande, un imposteur ?
Dans L’imposteur (Balland), le journaliste Jaques Cotta entend faire le bilan, à mi-mandat, de la présidence de François Hollande en relayant les témoignages recueillis sur le terrain et auprès de nombreux parlementaires.
"Pourquoi la courbe du chômage continue-t-elle de monter alors que le Président annonçait dès les premiers jours de son élection en faire sa bataille N
°1 ? Qui décide véritablement des lois en France ? Les députés ? Le gouvernement ? L’Europe ?"Voici quelques unes des questions que se pose Jacques Cotta dans son dernier ouvrage L’imposteur (Balland)."Pourquoi la courbe du chômage continue-t-elle de monter alors que le Président annonçait dès les premiers jours de son élection en faire sa bataille N
Bilan de mi-mandat
A quelques semaines des élections municipales et européennes, le journaliste entend faire le bilan, à mi-mandat, de l’action de François Hollande à la tête de l’Etat. Pour étayer son propos, Jacques Cotta s’appuie notamment sur des témoignages recueillis auprès des Français ainsi que sur les révélations de parlementaires de la majorité expliquant les raisons de leur déception face à la politique du gouvernement.
Chômage, compétitivité des entreprises, éducation, décentralisation, souveraineté de la France… sont autant de sujets abordés par l’auteur qui entend partager ici les conclusions de son travail de terrain réalisé auprès des Français.
François Hollande, un président normal ?
A l’approche des échéances électorales, plusieurs ouvrages dressent un premier bilan de la présidence de François Hollande. Parmi les titres récents, on notera l’ouvrage de Cécile AmarJusqu’ici tout va mal (Grasset) dans lequel elle s’intéresse notamment à l’attachement que le chef de l’Etat a toujours exprimé vis-à-vis de sa liberté d’action.
L’Ukraine restera à tout jamais la honte sanglante de l’Occident
L’Ukraine restera à tout jamais la honte sanglante de l’Occident
Le 21 novembre dernier, des centaines de milliers d’Ukrainiens descendaient dans les rues de Kiev en agitant une forêt de drapeaux nationaux azur et or et autant de drapeaux européens aux mêmes couleurs pour réclamer pacifiquement la démission du président Viktor Yanoukovitch, qui venait subitement de refuser l’accord d’association passé entre son pays et l’Union européenne au terme de longues négociations. Les « pro-européens » souhaitaient qu’il fasse marche arrière et tienne enfin ses engagements internationaux.
Trois mois après, l’Ukraine connaît depuis mercredi un véritable bain de sang dont le bilan exact ne sera jamais rendu public, mais qui a déjà fait en quarante-huit heures plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés dans la seule ville de Kiev. Sur la place Maïdan, la célèbre place de l’indépendance occupée nuit et jour par des milliers d’opposants au régime, les redoutables « berkout », ces hommes de main du régime regroupés en une milice créée au lendemain de la « Révolution orange » et qui n’ont aucun état d’âme pour tirer sur le peuple, cherchent toujours à les déloger par la force. Et depuis mercredi, ils en ont officiellement reçu l’ordre.
Tout doit être réglé avant dimanche prochain 23 février, qui marquera cette année la fin des Jeux olympiques de Sotchi, mais fut célébré pendant des décennies comme la fête de l’Armée rouge.
Il aura ainsi fallu plus d’une trentaine de morts et plus de 300 blessés, bien souvent victimes de tirs à balle réelle des forces de l’ordre, pour la seule journée de mercredi pour que l’Europe – dont rêvaient naïvement des centaines de milliers d’Ukrainiens depuis trois mois – commence enfin à s’émouvoir et à se bouger.
Cette répression sanglante aux images insoutenables de braves gens tirés comme des lapins par des snipers embusqués restera assurément à tout jamais la honte indélébile d’une Union européenne.
A Kiev, ce sont de véritables scènes de guerre civile qui se déroulent au beau milieu de bâtiments en feu, conformément aux ordres de l’apparatchik Yanoukovitch qui – après avoir longtemps tergiversé et joué avec le feu – a décidé mardi dernier d’en finir avec les « terroristes » qui occupent le centre de la capitale ukrainienne, où ils ont érigé des barricades de fortune qu’ils défendent avec les moyens du bord, à coup de pavés ou de coktails Molotov artisanaux.
Mais tous les témoignages des secouristes et infirmiers qui se relaient pour soigner les blessés dans les hôtels environnants, transformés en hôpital de campagne, concordent pour affirmer que les tirs des policiers démontrent leur volonté de tuer.
Poussés à bout par un pouvoir qui n’a plus rien à perdre, les opposants et indignés se sont donc peu à peu radicalisés et transformés en révoltés ou même insurgés eux aussi, prêts à tout pour défendre leur peau, après avoir vu tomber à leurs pieds un frère ou un ami. Et c’est en chantant l’hymne national ukrainien que les insurgés enterrent ou évacuent chaque jour leurs nouvelles victimes tombées au champ d’honneur : plus de 39 morts pour la seule journée de jeudi.
« On peut renverser Yanoukovitch
comme Poutine et Staline en Russie »
C’est dans ce contexte insurrectionnel que Laurent Fabius et ses homologues allemand et polonais, Frank-Walter Steinmeïer et Radoslaw Sikorksi, ont débarqué jeudi à Kiev pour tenter bien tardivement une « médiation européenne » visant à relancer le dialogue entre le camarade Yanoukovitch et trois des leaders de l’opposition, eux aussi visiblement dépassés par les événements. « Nos partenaires européens ont suffisamment fait les médiateurs », lâchait pendant ce temps à Moscou le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, comme pour siffler la fin de la partie ?
A Bruxelles, les vingt-cinq autres ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis autour de Catherine Ashton, décidaient cependant de répliquer en annonçant une série de sanctions à l’encontre des responsables de cette répression inqualifiable qui seront identifiés. Des sanctions on ne peut plus classiques – et somme toute assez décalées par rapport à l’extrême gravité des événements – comme le gel des avoirs à l’étranger d’un certain nombre de dirigeants ukrainiens, la suppression de visas pour ces mêmes personnes dans l’ensemble de l’Union et le gel de toute livraison de matériel répressif ou de maintien de l’ordre à l’Ukraine.
Autant de sanctions qui ne risquent pas d’impressionner beaucoup Yanoukovitch, qui sait pouvoir compter sur l’appui indéfectible de Vladimir Poutine, son grand allié, dénonçant toujours et systématiquement « l’ingérence » de l’Union européenne dans la crise ukrainienne et une « tentative de coup d’Etat ». Comme si la Russie – elle – respectait la souveraineté de l’Ukraine à la tête de laquelle le Kremlin est plus déterminé que jamais à garder un « homme de paille » que leKGB local « tient par les couilles » pour des affaires de corruption inavouables.
Car la réalité politique ukrainienne est terriblement simple : une poignée d’oligarques et d’apparatchiks corrompus se serrent les coudes et s’accrochent jalousement au pouvoir autour de Yanoukovitch et de son « grand frère » russe auxquels ils doivent tout. Et eux ne lâcheront jamais, même si Yanoukovitch, qui ne cesse de louvoyer depuis trois mois, proposait une « trêve » à l’opposition et laissait à nouveau entendre, jeudi soir, qu’il pourrait finir par accepter des élections anticipées en guise de geste d’apaisement. Mais plus un seul Ukrainien n’y croit et il n’y a plus que les ministres européens des Affaires étrangères pour faire semblant de le croire sur parole et ne pas oser dénoncer cette nouvelle ruse qui ne trompe plus personne.
« C’est avec lui qu’il faut faire, quoiqu’on pense du personnage », avouait d’ailleurs jeudi soir sur France-Info Thierry Repentin, ministre délégué aux Affaires européennes, témoignant ainsi une nouvelle fois de l’extraordinaire impuissance de l’Europe à faire entendre raison à un dictateur que l’on a trop longtemps ménagé, pour ne pas froisser Moscou et Poutine.
Sur l’esplanade des Invalides, où se sont rassemblés jeudi soir plusieurs centaines d’Ukrainiens de France pour dénoncer le « bain de sang » qui se déroule dans leur pays, comme à la sortie de l’église Saint-Vladimir, la paroisse ukrainienne de Paris faisant l’angle de la rue des Saints-Pères et du boulevard Saint-Germain, on faisait moins de diplomatie après avoir longtemps prié avec ferveur et émotion pour les victimes innombrables et innocentes de Maïdan. « Chez nous, on peut résister et renverser Yanoukovitch. Comme Poutine et Staline en Russie », lance une jeune ukrainienne au bord des larmes sous les ovations d’une poignée de compatriotes. Et dans l’indifférence manifeste des Parisiens. Qu’elle est belle, « leur » Europe !
Ambulance diplomatique
Ambulance diplomatique
En Ukraine, aussi, la ligne rouge a été franchie. Le nombre des victimes de la sanglante répression n'a cessé d'augmenter. Plus de 100 morts lors d'affrontements hier matin place Maïdan. Devant ce bilan insupportable, l'Union européenne a dépêché sur place, toutes sirènes hurlantes, son « ambulance diplomatique ». À son bord, les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais, chargés d'une difficile mission de médiation pendant qu'à Bruxelles, leurs collègues s'accordaient laborieusement sur la mise en 'uvre de sanctions contre ceux qui ont « du sang sur les mains ».
Mais il y avait dans tout cela une forme de grand écart diplomatique. Comment punir, au moins symboliquement, les responsables de violences sans braquer le président Ianoukovitch et s'interdire tout compromis ? Comment venir au secours des Ukrainiens sans indisposer Moscou et provoquer l'ire de Vladimir Poutine qui, en coulisse, tire les ficelles de la marionnette Ianoukovitch ? Bref, comment sortir du piège dans lequel l'UE s'est enfermée par manque d'anticipation ?
Là s'est située la faiblesse : face à la présidence « musclée » de Poutine, l'UE n'a que trop longtemps opposé une diplomatie anémiée. Impossible de nier le rôle prépondérant du président russe qui, là comme sur d'autres dossiers, impose sa stratégie du « niet » à ses interlocuteurs européens et américain. Et si, d'aventure, devait se dégager une « sortie de crise », il faudra bien en tirer les leçons pour que l'Europe se dote d'une diplomatie et d'une politique étrangère efficientes, agissant avant que ne surviennent les désastres.
La perspective, encore très incertaine, d'élections présidentielles et parlementaires dès 2014 en Ukraine, tiendrait d'ailleurs autant à l'isolement progressif de Ianoukovicth, « lâché » par les oligarques et des députés de sa majorité qu'au « forcing » de l'UE. À quoi il faudrait ajouter les contacts directs d'Angela Merkel et Barack Obama avec Vladimir Poutine, s'accordant pour une solution politique. Il est bien possible que le président russe soit plus réceptif à ces relations parallèles qu'aux sirènes de notre « ambulance diplomatique ».
CHAMP DE COMPLAINTES
CHAMP DE COMPLAINTES
Le Salon de l’agriculture, 51e du nom, ouvre ses portes ce matin. Avec son habituel concert de clichés (la première ferme de l’Hexagone, la campagne qui s’en vient à la ville…) et, à la manière du patinage artistique aux Jeux Olympiques, ses figures imposées. Première d’entre elles, le passage (risqué) ce matin de François Hollande… L’automne dernier, en Auvergne, lors du sommet de l’élevage, le chef de l’État avait été chahuté. Là, il a promis d’aller à l’essentiel… À peine sept heures. Beaucoup moins qu’en 2012 lorsqu’il était en campagne (douze heures) ou bien encore en 2013 pour son premier salon présidentiel (dix heures). Dans son sillon, plusieurs ministres et un troupeau de sujets qui fâchent. Car la manifestation ne se limite pas à l’exhortation de nos verts pâturages et des racines d’une France que l’on dit profonde. Elle pose sur la table des interrogations dont l’écho dépasse le poids réel du monde agricole (à peine 3,3 % de la population active). Un pré carré parcouru par un fort ras-le-bol. Trop de contraintes environnementales, des rapports tendus avec la grande distribution, des difficultés de plus en plus grandes à moderniser l’outil et à transmettre les exploitations… Et l’on en passe. Un vaste champ de complaintes.
Salon de l'agriculture. La 51e édition ouvre ses portes samedi
Au salon de l'agriculture cette année, l'élevage industriel, les OGM ou la traçabilité des produits seront plus que jamais au cœur des débats...
Les nouvelles technologies et l'agriculture urbaine sont les deux thèmes de ce 51e salon qui s'ouvre samedi, en présence de François Hollande. "On voulait sortir de l'image d'Épinal de l'agriculteur car ce n'est pas ça l'agriculture compétitive", martèle Jean-Luc Poulain, président de l'événement.
L'agriculture compétitive ce sont, selon lui, les drones dans les champs qui aident à la gestion des parcelles, des machines agricoles ultra-sophistiquée ou des robots pour nourrir ou traire les vaches. "Si on veut rester dans la cour des grands, il faut s'appuyer sur ces technologies",plaide Jean-Luc Poulain.
La France recule au niveau mondial
Car si la France reste la première puissance agricole en Europe, elle ne cesse de reculer au niveau mondial, où elle est passée en quelques années du rang de 2e exportateur agroalimentaire au 5e.
Mais comment remonter la pente ? D'un côté, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, croit en l'"agroécologie", certain que respect de l'environnement n'est pas incompatible avec productivité et compétitivité. De l'autre, la puissante FNSEA, syndicat agricole majoritaire, demande du"réalisme".
La FNSEA veut imposer ses sujets
Le syndicat tient d'ailleurs, ce vendredi, des états généraux pour demander entre autre au gouvernement un allégement des normes environnementales pesant sur les exploitations et une simplification administrative, espérant obtenir des réponses du président de la République dés l'inauguration samedi.
La FNSEA demande par exemple que la simplification des procédures pour la création ou l'extension des porcheries soit accordée à tous les élevages, explique Xavier Beulin, son président.
Des "fermes-usines" ?
Depuis janvier, les éleveurs de porcs (jusqu'à 2 000 têtes) n'ont plus besoin pour ouvrir ou agrandir une porcherie d'une "autorisation", qui s'accompagnait d'une longue enquête administrative destinée à en mesurer l'impact environnemental.
Une décision qui a offusqué les organisations environnementales, les rejets nitratés issus du lisier étant considérés comme une cause majeure de pollution des eaux et de prolifération des algues vertes sur le littoral.
Mais pour les filières d'élevage, qui souffrent économiquement, de telles mesures s'imposent pour se relancer.
Deux visions de l'agriculture s'opposent également sur le projet de la ferme des 1 000 vaches dans la Somme. Les "paysans" de la Confédération paysanne, les militants de protection de l'environnement et des animaux s'opposent vigoureusement à un projet d'élevage industriel qu'ils qualifient de "ferme-usine".
Xavier Beulin lui, ne veut pas diaboliser ce type de projets et objecte "que dans une exploitation (plus) grande, on maîtrise mieux les pollutions diffuses". Et puis, affirme-t-il, "on est dans une Europe à 28 et chez nos voisins, il y en a des fermes de 1 000 à 2 000 vaches".
Consommateurs déboussolés
Et c'est sans compter sur le débat sur les OGM, ravivé cette semaine alors que le gouvernement a bien du mal à trouver un biais juridique pour assurer leur interdiction sur le territoire.
Au milieu de tout cela, reste le principal intéressé: le consommateur, qui a perdu ses repères face à des fraudes alimentaires de grande ampleur comme l'affaire des lasagnes au cheval l'hiver dernier.
"Pour rassurer le consommateur et lui donner une visibilité", le logo +Viande de France+"vient d'être lancé et sera un des gros axes de communication au salon", répond Stéphane Le Foll.
La question des OGM
Il demeure néanmoins que ce logo n'a aucune valeur contraignante et les industriels comme la grande distribution seront libres de l'utiliser ou pas. Car seule Bruxelles a le pouvoir de contraindre les pays européens à la transparence des étiquettes. Or la Commission ne semble pas prête à aller dans ce sens, arguant notamment qu'un étiquetage de l'origine des viandes sur les plats préparés coûterait trop cher.
Stéphane Le Foll, de plus en plus isolé à Bruxelles ne cache pas du coup un certain agacement, estimant qu'après l'autorisation des farines animales pour nourrir les poissons d'élevage, l'autorisation en cours du maïs OGM TC1507 de Pioneer-Dupont, "il faudrait écouter ce que souhaite l'opinion européenne de temps en temps".
La rage aux dents de L’Obs
L’éternel retour des heures les plus sombres
Hier, je lisais Le Nouvel Observateur chez le dentiste. Au milieu d’une pile de Closer, entre deux Automagazine et trois brochures détaillant pour les enfants en bas âge les étapes essentielles du brossage de dents, on trouve toujours un Nouvel Obs caché quelque part. Sa lecture a sans doute un effet immensément bénéfique sur les patients condamnés à patienter en attendant le diagnostic libérateur.
Cette semaine, Laurent Joffrin est épouvanté. Dans son édito que j’ai lu en cherchant à calmer ma rage de dents, il a l’épouvante historique, se référant à Léon Blum découvrant avec horreur en 1933 la tendance néo-socialisto-pré-fasciste incarnée par Adrien Marquet et Marcel Déat. Vous l’avez compris : Léon Blum aujourd’hui, c’est Laurent Joffrin et Marcel Déat, c’est Causeur. C’est bien normal. Laurent Joffrin a des épouvantes de Grande Tradition. Au Nouvel Obs, on pétoche Label rouge s’il-vous-plaît, on a toujours les foies dans le sens de l’histoire.
Le crime reproché à notre bande de flibustiers est d’avoir donné la parole à Dieudonné, en somme d’avoir accordé un entretien à Belzebuth. Personnellement, en lisant son interview, je me suis dit que l’aura du personnage eût été conséquemment diminuée si on l’avait fait parler plus tôt. Je veux dire par là : parler sérieusement, pas camouflé derrière le prétexte du rire et le bouclier du comique, en exposant clairement sa vision des choses, tout à fait édifiante. Cinq pages d’entretien suffisent à démontrer que ce type possède peut-être un certain génie comique mais qu’il ne comprend pas les termes qu’il emploie à longueur de temps, judaïsme, juif, sionisme, tout ceci surnageant dans une bouillie conceptuelle épaisse. On voit qu’il est urgent de lui faire lire les manuels d’histoire et de géographie qu’il confie avoir envie de déchirer car, visiblement, sa vision du monde et de l’histoire est aussi simpliste que lacunaire. À lire cet entretien, j’ai eu vraiment l’impression que Dieudonné était une affaire classée. Il n’est même pas utile de donner tort ou raison à son complotisme délirant, ce type démontre parfaitement bien lui-même qu’il est complètement à côté de la plaque.
Bon, je ne voudrais pas en conclure que Causeur a fait plus œuvre utile que mille éditoriaux de Laurent Joffrin pour rendre à Dieudonné sa vraie dimension. Si j’étais taquin, je dirais même plus que l’indignation de commande des Joffrin et consorts a fait davantage pour la sulfureuse notoriété de Dieudonné – en en faisant un martyr de la liberté d’expression – que mille dossiers de Causeur. Pour s’en rendre compte, il suffisait de le laisser parler. Voilà. C’est fait, passons à autre chose.
Ah, mais on me signale que Laurent Joffrin a toujours l’air épouvanté. Rendez-vous compte, de vils esprits ont pu reprocher à l’Obs d’avoir accolé sur sa couverture Eric Zemmour, Alain Soral et Dieudonné, comme si le journal était coutumier des rapprochements hasardeux… Allons donc. AuNouvel Obs, on adore les listes, c’est comme ça. À défaut de réflexion, on se contente des associations et autres procès d’intention, ça occupe et ça vous meuble un édito aussi sûrement qu’un bon plombage vous renfloue une molaire défaillante. Alors, hop, c’est reparti, Joffrin l’épouvanté refait rapidement le coup du bottin de la fachosphère : Elisabeth Lévy (l’Annie Cordy de la réaction…), Ivan Rioufol (le Carlos du conservatisme ?), Renaud Camus (le Claude François de la xénophobie), Eric Zemmour (le Plastic Bertrand de l’islamophobie), etc. Tout ça pour aboutir aux heures les plus sombres…
Cette manie des associations me rappelle étrangement une nouvelle de Stephen King dont le titre ne me revient pas (si cela dit quelque chose à quelqu’un) mais dont je me rappelle l’histoire : un couple traverse en voiture l’ex-Yougoslavie. Les deux visiteurs échouent dans un village, perdu dans la campagne où ils vont être associés à une étrange coutume locale, vestige du titisme : en grimpant tous les uns sur les autres, les habitants du village et leurs prisonniers (le couple de touristes) forment un être géant, une sorte de version cauchemardesque de l’homme nouveau titiste, formé d’un assemblage de corps humains, qui va affronter le bonhomme géant du village voisin. Je suggérerai bien à Laurent Joffrin d’organiser le même rituel. On pourrait demander à tous les affreux réacs de s’agglomérer pour former une version grandeur nature et suffisamment terrifiante de la bête immonde tandis que la courageuse équipe du Nouvel Obs s’agglomérerait à son tour pour aller combattre le monstre. Imaginez ! Ça aurait de la gueule : le bonhomme Causeur et le bonhomme Observateur en train de se coller des tartines en plein Paris, sur la place de la Concorde, histoire d’en rajouter une louche dans le symbolique ! Ça ferait certainement un carton et ça permettrait de relégitimer de manière spectaculaire « l’humanisme républicain délégitimé » – dixit Joffrin. Evidemment, à la fin les fachos seraient écrasés et le bonhomme Observateur ferait triomphalement le tour de la France pour aller à la rencontre du bon peuple, un peu comme Axel Kahn. Je ne sais si Laurent Joffrin serait moins épouvanté par cette suggestion, en tout cas moi j’ai moins mal aux dents.
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