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samedi 22 février 2014

L’Ukraine restera à tout jamais la honte sanglante de l’Occident

L’Ukraine restera à tout jamais la honte sanglante de l’Occident
Le 21 novembre dernier, des centaines de milliers d’Ukrainiens descendaient dans les rues de Kiev en agitant une forêt de drapeaux nationaux azur et or et autant de drapeaux européens aux mêmes couleurs pour réclamer pacifiquement la démission du président Viktor Yanoukovitch, qui venait subitement de refuser l’accord d’association passé entre son pays et l’Union européenne au terme de longues négociations. Les « pro-européens » souhaitaient qu’il fasse marche arrière et tienne enfin ses engagements internationaux.
Trois mois après, l’Ukraine connaît depuis mercredi un véritable bain de sang dont le bilan exact ne sera jamais rendu public, mais qui a déjà fait en quarante-huit heures plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés dans la seule ville de Kiev. Sur la place Maïdan, la célèbre place de l’indépendance occupée nuit et jour par des milliers d’opposants au régime, les redoutables « berkout », ces hommes de main du régime regroupés en une milice créée au lendemain de la « Révolution orange » et qui n’ont aucun état d’âme pour tirer sur le peuple, cherchent toujours à les déloger par la force. Et depuis mercredi, ils en ont officiellement reçu l’ordre.
Tout doit être réglé avant dimanche prochain 23 février, qui marquera cette année la fin des Jeux olympiques de Sotchi, mais fut célébré pendant des décennies comme la fête de l’Armée rouge.
Il aura ainsi fallu plus d’une trentaine de morts et plus de 300 blessés, bien souvent victimes de tirs à balle réelle des forces de l’ordre, pour la seule journée de mercredi pour que l’Europe – dont rêvaient naïvement des centaines de milliers d’Ukrainiens depuis trois mois – commence enfin à s’émouvoir et à se bouger.
Cette répression sanglante aux images insoutenables de braves gens tirés comme des lapins par des snipers embusqués restera assurément à tout jamais la honte indélébile d’une Union européenne.
A Kiev, ce sont de véritables scènes de guerre civile qui se déroulent au beau milieu de bâtiments en feu, conformément aux ordres de l’apparatchik Yanoukovitch qui – après avoir longtemps tergiversé et joué avec le feu – a décidé mardi dernier d’en finir avec les « terroristes » qui occupent le centre de la capitale ukrainienne, où ils ont érigé des barricades de fortune qu’ils défendent avec les moyens du bord, à coup de pavés ou de coktails Molotov artisanaux.
Mais tous les témoignages des secouristes et infirmiers qui se relaient pour soigner les blessés dans les hôtels environnants, transformés en hôpital de campagne, concordent pour affirmer que les tirs des policiers démontrent leur volonté de tuer.
Poussés à bout par un pouvoir qui n’a plus rien à perdre, les opposants et indignés se sont donc peu à peu radicalisés et transformés en révoltés ou même insurgés eux aussi, prêts à tout pour défendre leur peau, après avoir vu tomber à leurs pieds un frère ou un ami. Et c’est en chantant l’hymne national ukrainien que les insurgés enterrent ou évacuent chaque jour leurs nouvelles victimes tombées au champ d’honneur : plus de 39 morts pour la seule journée de jeudi.
« On peut renverser Yanoukovitch
comme Poutine et Staline en Russie »
C’est dans ce contexte insurrectionnel que Laurent Fabius et ses homologues allemand et polonais, Frank-Walter Steinmeïer et Radoslaw Sikorksi, ont débarqué jeudi à Kiev pour tenter bien tardivement une « médiation européenne » visant à relancer le dialogue entre le camarade Yanoukovitch et trois des leaders de l’opposition, eux aussi visiblement dépassés par les événements. « Nos partenaires européens ont suffisamment fait les médiateurs », lâchait pendant ce temps à Moscou le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, comme pour siffler la fin de la partie ?
A Bruxelles, les vingt-cinq autres ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis autour de Catherine Ashton, décidaient cependant de répliquer en annonçant une série de sanctions à l’encontre des responsables de cette répression inqualifiable qui seront identifiés. Des sanctions on ne peut plus classiques – et somme toute assez décalées par rapport à l’extrême gravité des événements – comme le gel des avoirs à l’étranger d’un certain nombre de dirigeants ukrainiens, la suppression de visas pour ces mêmes personnes dans l’ensemble de l’Union et le gel de toute livraison de matériel répressif ou de maintien de l’ordre à l’Ukraine.
Autant de sanctions qui ne risquent pas d’impressionner beaucoup Yanoukovitch, qui sait pouvoir compter sur l’appui indéfectible de Vladimir Poutine, son grand allié, dénonçant toujours et systématiquement « l’ingérence » de l’Union européenne dans la crise ukrainienne et une « tentative de coup d’Etat ». Comme si la Russie – elle – respectait la souveraineté de l’Ukraine à la tête de laquelle le Kremlin est plus déterminé que jamais à garder un « homme de paille » que leKGB local « tient par les couilles » pour des affaires de corruption inavouables.
Car la réalité politique ukrainienne est terriblement simple : une poignée d’oligarques et d’apparatchiks corrompus se serrent les coudes et s’accrochent jalousement au pouvoir autour de Yanoukovitch et de son « grand frère » russe auxquels ils doivent tout. Et eux ne lâcheront jamais, même si Yanoukovitch, qui ne cesse de louvoyer depuis trois mois, proposait une « trêve » à l’opposition et laissait à nouveau entendre, jeudi soir, qu’il pourrait finir par accepter des élections anticipées en guise de geste d’apaisement. Mais plus un seul Ukrainien n’y croit et il n’y a plus que les ministres européens des Affaires étrangères pour faire semblant de le croire sur parole et ne pas oser dénoncer cette nouvelle ruse qui ne trompe plus personne.
« C’est avec lui qu’il faut faire, quoiqu’on pense du personnage », avouait d’ailleurs jeudi soir sur France-Info Thierry Repentin, ministre délégué aux Affaires européennes, témoignant ainsi une nouvelle fois de l’extraordinaire impuissance de l’Europe à faire entendre raison à un dictateur que l’on a trop longtemps ménagé, pour ne pas froisser Moscou et Poutine.
Sur l’esplanade des Invalides, où se sont rassemblés jeudi soir plusieurs centaines d’Ukrainiens de France pour dénoncer le « bain de sang » qui se déroule dans leur pays, comme à la sortie de l’église Saint-Vladimir, la paroisse ukrainienne de Paris faisant l’angle de la rue des Saints-Pères et du boulevard Saint-Germain, on faisait moins de diplomatie après avoir longtemps prié avec ferveur et émotion pour les victimes innombrables et innocentes de Maïdan. « Chez nous, on peut résister et renverser Yanoukovitch. Comme Poutine et Staline en Russie », lance une jeune ukrainienne au bord des larmes sous les ovations d’une poignée de compatriotes. Et dans l’indifférence manifeste des Parisiens. Qu’elle est belle, « leur » Europe !

1 commentaires:

Vilistia Komarovsky a dit…

Vous avez gagné le 1er prix de la russophobie. Pujadas laisserait sa place, j'en vois une opportunité pour vous.