TOUT EST DIT

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mardi 25 octobre 2011

De la crise de l’euro à celle de l’Europe politique

Une même crise, mais des mots différents pour la qualifier. En France, on parle sauvetage de la Grèce, recapitalisation des banques, création d'un fonds européen pour voler au secours des Etats en faillite. En Allemagne, les responsables politiques en sont à l'étape suivante, et tentent de tirer les conséquences politiques de cette crise, la plus grave qu'ait jamais connue l'Union européenne.

Ils ont de nouveau le mot "fédéralisme" à la bouche, la ministre de la santé de la chancelière allemande Angela Merkel, Ursula von der Leyen, allant jusqu'à employer le mot "Etats-Unis d'Europe", prononcé par Winston Churchill, à Zurich, en 1946.
Étonnante différence d'approche, à la veille du conseil européen qui doit décider, mercredi 26 octobre, du sauvetage de l'euro. Les Français restent sur le terrain de jeu fixé par les marchés financiers, tandis que les Allemands, à la tête de la première puissance économique du continent, définissent le débat en termes politiques, dans le cadre d'une démocratie parlementaire mature.
Toute la construction européenne depuis 1945 est en jeu. Le sujet est politique. Nicolas Sarkozy s'inquiète de la faible conscience qu'en ont ses concitoyens. "Notre destin se joue dans les dix jours", a-t-il lancé, le 18 octobre, à l'Elysée, parlant de guerre et de paix, comme jadis le chancelier Helmut Kohl (1982-1998). "Ceux qui détruiront l'euro prendront la responsabilité de la résurgence de conflits sur notre continent", a-t-il averti.
"GAGNER DU TEMPS"
Les plus fédéralistes, à l'instar du social-libéral Jean-Pierre Jouyet, retrouvent espoir. "C'est la grande ironie de l'Histoire : ce sont les marchés financiers qui vont imposer l'Europe politique", assure l'ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes. L'intégration européenne a toujours progressé de crise en crise. Elle serait de retour après le coup d'arrêt donné par le non des Français au référendum de 2005 sur la Constitution européenne.
Au contraire, l'eurosceptique UMP Jacques Myard prédit la fin de l'euro, mal conçu. "La maladie du XXe siècle fut de vouloir construire des systèmes dans lesquels on veut faire rentrer la réalité: cela ne marchera pas. Les dirigeants européens ne font que gagner du temps", accuse le député des Yvelines. La monnaie unique devait faire converger les économies européennes. Affranchies de la contrainte des marchés, qui provoquaient la dévaluation des pays mal gérés, les économies les plus faibles ont perdu de leur compétitivité par rapport à l'Allemagne, se croyant protégées par l'euro, avant que les marchés ne leur fassent payer l'addition.
Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le socialiste Pascal Lamy, résume l'enjeu. "La réalité se rappelle à ceux qui voulaient faire l'euro sans l'union politique. Aujourd'hui, c'est un pas en avant ou trois pas en arrière : si on fait sauter l'union monétaire, on fera ensuite sauter le marché intérieur puis l'union douanière. On se retrouvera chacun chez soi, dans un monde encore plus globalisé."
Le Vieux Continent est sous la menace d'un détricotage d'une Europe fondée sur l'économie, depuis la mise en commun du charbon et de l'acier en 1951, le Marché commun, créé avec le traité de Rome de 1958 et achevé par l'Acte unique de 1986, le tout couronné par l'euro lancé à Maastricht en 1991.
INTÉRÊT VITAL
Le pire n'est pas à exclure. L'étude des années 1930 montre que les dirigeants ne purent empêcher des événements qu'ils virent parfois se profiler. En 2008, l'administration de George Bush n'avait plus le pouvoir politique d'empêcher la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers qu'elle savait destructrice.
Il ne suffit pas de se savoir au bord du gouffre pour ne pas y sombrer. "Je suis vraiment inquiet", met en garde un haut négociateur français. A la veille du sommet de Bruxelles, il craint une attaque des marchés contre l'Italie, si la réponse des Européens est jugée insuffisante: "L'enjeu est de savoir si les marchés jugent que la faillite de la Grèce est un cas unique ou s'ils considèrent que les peuples auront à l'avenir pour option de ne pas payer leurs dettes."
Pourtant, Paris et Berlin ont un intérêt vital à sauver l'euro. La France a le plus à perdre : depuis soixante ans, elle cherche à faire de l'Europe le levier d'Archimède de son influence et se retrouverait incapable de choisir entre une Europe latine exclue de l'euro et l'Allemagne, son premier partenaire, qui lui sert depuis un demi-siècle de modèle de vertu.
L'Allemagne, elle aussi, a son destin lié à la monnaie unique. Certes, il lui est souvent reproché de vouloir être au choix une petite Chine ou une grande Suisse. Un pays industriel ultra-compétitif, intégré dans la mondialisation, qui n'aurait pas plus besoin de l'Europe que n'en avait la City de Londres sous Gordon Brown. Ou une île au cœur de l'Europe, heureuse de sa richesse et de sa quiétude, soucieuse de ne pas s'impliquer dans les affaires d'autrui.
SAUT FÉDÉRAL ET VIRAGE ÉCONOMIQUE
Tout cela est faux. L'Allemagne réalise la majorité de ses excédents commerciaux avec l'Europe et a intérêt au bien-être de ses voisins, dont l'hostilité lui serait très vite néfaste. C'est une des raisons qui avait conduit Helmut Kohl à renoncer au deutschemark après la chute du mur de Berlin en 1989.
Ainsi fut lancé l'euro à Maastricht. "François Mitterrand avait imposé l'euro à Helmut Kohl, mais l'Allemagne avait imposé ses conditions. Depuis, Nicolas Sarkozy a imposé des réunions des chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro dont Angela Merkel ne voulait pas, mais les Allemands veulent imposer leur ligne économique ", résume l'ex-secrétaire général de l'Elysée de François Mitterrand, Hubert Védrine (1991-1995).
Vingt ans après, les deux pays doivent chacun briser leur tabou : les Allemands, qui se jugent trahis par les tricheries comptables des Grecs, doivent accepter ce que les Français appellent gouvernement économique, assorti d'aides financières aux plus faibles et d'une vraie gestion commune des finances publiques ; les Français sont invités à faire à la fois le virage économique de 1983, lorsque François Mitterrand fit le pari de la rigueur et de l'ancrage en Europe deux ans après les désillusions de mai 1981, et le saut fédéral qu'ils ont toujours refusé.
Explication : l'Allemagne réunifiée avait accepté l'euro à condition que la stabilité de la monnaie, qui a fait le miracle économique de l'après-guerre, soit confiée à une banque centrale indépendante. La phobie de l'inflation ne s'explique pas que par la ruine due à l'hyperinflation de 1923, dans la foulée de l'occupation de la Ruhr par l'armée française et des réparations de guerre imposées par Paris. Les Allemands ont été ruinés à deux autres reprises, par l'inflation cachée de la dictature nazie et par la faillite de la RDA.
"TALON D'ACHILLE"
Seconde exigence: marqués par l'éthique protestante, les Allemands voulaient que chacun gère son budget en bon père de famille, et la monnaie serait préservée. "Les Allemands avaient l'illusion qu'on pourrait vivre sur le modèle de l'étalon or et de l'équilibre budgétaire absolu comme c'était le cas jusqu'en 1914", analyse un proche de Nicolas Sarkozy.
Tout a changé avec la Grèce. Angela Merkel a découvert qu'un petit pays, tel un talon d'Achille, pouvait faire sombrer l'Europe entière. La chancelière est prête à prendre ses responsabilités. Ce n'est pas "l'Allemagne paiera" de Georges Clemenceau lors du traité de Versailles en 1919 : elle a déjà payé en étant la première contributrice du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Mais elle va exiger en contrepartie un droit de regard sur les fonds et la gestion budgétaire des autres pays européens. "Le fédéralisme, cela veut dire de l'argent et des contraintes", résume Jean-Louis Bourlanges, président de la fondation du Centre. Les Français sont-ils prêts à l'accepter? Rien n'est moins sûr.
Depuis le lancement de l'euro, la France a toujours renâclé à équilibrer ses finances. Lionel Jospin ne voulait pas casser la croissance. Jacques Chirac fit voler en éclats le pacte de stabilité. A peine élu, M. Sarkozy fila au conseil des ministres des finances européens pour expliquer qu'il ne tiendrait pas les engagements de la France.
Sans cesse, la France reste marquée par l'école keynésienne, soucieuse de piloter la croissance. Un conflit lourd se dessine entre les tenants latins d'un recours magique à l'inflation pour laminer les dettes européennes, et les partisans germaniques de l'austérité, afin de restaurer une compétitivité perdue dans la mondialisation, au risque de sombrer dans la déflation.
TUTELLE DES MARCHÉS
Deuxièmement, les Français se sont toujours crus fédéralistes… à condition d'être certains que leur point de vue s'impose. Ils n'ont jamais fait le choix de l'Europe politique. Sous Pierre Mendès France, les députés ont rejeté, en 1954, la Communauté européenne de défense (CED), ouvrant la voie au réarmement de l'Allemagne via la création de l'Alliance atlantique. Rien n'a changé depuis: l'expédition franco-britannique en Libye a révélé l'absence de défense européenne, qui prive l'Union de toute diplomatie sérieuse.
Après Maastricht, le premier ministre Edouard Balladur (1993-1995) a refusé l'idée d'un "noyau dur" en Europe, formé autour de l'Allemagne, la France et le Benelux, et proposé par deux hommes de confiance d'Helmut Kohl, les députés Karl Lamers et Wolfgang Schäuble. Enfin, les Français ont rejeté en mai 2005 la Constitution européenne.
La révolution induite par le sauvetage de la Grèce remet l'Europe politique à l'ordre du jour. Sous des abords très techniques, les peuples européens n'auront plus le loisir de choisir réellement leur budget, enjeu essentiel des campagnes électorales et prérogative fondamentale des Parlements.
La France, qui n'échappera pas à un tour de vis budgétaire, connaît une campagne présidentielle sous la tutelle des marchés, qui surveillent sa notation financière, et l'œil des Européens. "On va retrouver les débats engagés depuis Maastricht", prédit l'essayiste Alain Minc, qui s'empresse d'ajouter: "Mais, cette fois-ci, on va le gagner." Rien n'est moins sûr. Un responsable du Quai d'Orsay estime que le refus des transferts de souveraineté, acté par le référendum de 2005, persiste.
Or, le fonctionnement actuel souffre de légitimité démocratique. Les décisions sont prises à l'unanimité des dirigeants de la zone euro et ratifiées par les Parlements nationaux. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe exige désormais une consultation du Bundestag, qui donnera son aval à Mme Merkel avant le sommet de mercredi. M.Minc fait mine de ne pas s'en inquiéter. "Dieu merci, les Allemands ont un système démocratique qui ne tient pas trop compte de l'opinion publique." En réalité, le système de décision européen octroie un pouvoir jugé exorbitant à une minorité: le Parlement slovaque a failli faire capoter tout le plan de sauvetage grec tandis que les Irlandais, sauvés par leurs partenaires, continuent d'avoir un taux d'impôt sur les sociétés jugé déloyal.
CONTRAINTES BUDGÉTAIRES
La parade consisterait à décider non plus à l'unanimité mais à la majorité. En contrepartie, il faudrait l'aval d'une instance européenne démocratique, pour l'instant introuvable. La Commission s'est tellement appauvrie qu'elle ne peut pas prétendre incarner l'intérêt européen. Les peuples ne reconnaissent pas la légitimité du Parlement européen. Le recours à la Cour de justice européenne, pour valider les budgets nationaux, est jugé impraticable.
Hubert Védrine croit déceler une "tentation post-démocratique". L'idée de soumettre les décisions à un mini-Parlement de la zone euro est envisagée. A court terme, Paris estime qu'il vaut mieux "ruser" en prenant les décisions dans des sommets de la zone euro. Et au lieu de nommer un gendarme européen, l'Elysée suggère d'intégrer dans chaque Constitution nationale des contraintes budgétaires strictes.
A supposer que le cas de la Grèce, mise sous tutelle, reste une exception, les Européens ont deux modèles. Un exemple à ne pas suivre, celui du président du conseil italien Silvio Berlusconi, qui ne passe pas des paroles aux actes, même après s'être fait convoquer par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Face à lui, le premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, fait figure de pénitent modèle. Il devance l'appel en s'infligeant cure d'austérité et contrainte constitutionnelle. Et accepte de perdre le pouvoir.

Barbus

La barbe irrite, c’est bien connu. Comme nous irritent les barbus de tous poils, qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens, voire laïques, l’intolérance n’ayant pas toujours besoin d’un dieu pour excuse. C’est dire qu’une victoire des barbus en Tunisie ne peut être une bonne nouvelle. Pas plus que l’application de la charia en Libye… Je suis inquiète, dit Madame Aubry. La vigilance s’impose, renchérit Monsieur Juppé. Très bien, il faut combattre une dérive qui emporterait d’abord Tunisiens et Libyens. Tout de même, ces victimes potentielles des barbus, elles auraient aimé entendre Madame Aubry et Monsieur Juppé afficher inquiétude et vigilance plus tôt, quand elles étaient les victimes bien réelles de Ben Ali et Kadhafi -trente à quarante années durant lesquelles la France de Mitterrand puis de Chirac a loué les vertus des deux dictateurs. Comme quoi, on ne s’inquiète jamais assez tôt.

Les variations incertaines de la liberté

Comment ne pas se réjouir de l’immense succès des élections en Tunisie ? Quand 90 % des électeurs se déplacent pour élire une assemblée constituante dans un pays qui n’a aucune tradition démocratique, ce n’est pas seulement un signe politique. C’est un élan irrépressible qui parle, forcément, aux héritiers de la Révolution de 1789 que nous sommes tous. Plus de deux siècles nous ont convaincus que l’expression de la volonté du peuple par le choix de ses représentants - et la conscience de détenir ce pouvoir - était bien l’un des socles d’une nation libre. C’est désormais un acquis. Contre tous les scepticismes.

La force de la participation dans le scrutin tunisien, celle-là même qui suscitait tant d’interrogations, apparaît comme la plus précieuse des victoires fragiles du printemps arabe. Mais l’admiration qu’elle suscite est ambivalente : à un niveau aussi élevé, elle va conférer une légitimité incontestable aux résultats sortis des urnes qui favorisent, comme prévu, le parti islamiste Ennahda. Peut-on vraiment se réjouir de cet épilogue et passer la défaite des mouvements laïques en pertes et profits au prétexte qu’elle est le fruit d’un vote libre ? Bien sûr que non, même si les droits des femmes ont été garantis par le mouvement victorieux tout au long de la campagne électorale, qui sait si la liberté n’accouchera pas d’entraves aux libertés ?

En Libye, la désillusion est bien plus grande encore. Tant d’efforts pour se débarrasser d’un tyran et entendre ses vainqueurs annoncer, le jour de la libération officielle du pays, que le modèle d’organisation juridique sera la charia ! Les pays occidentaux n’ont pas à regretter d’avoir contribué à sauver Benghazi, pourtant, mais la suite des opérations était-elle à ce point improvisée pour laisser derrière elle, et apparemment sans plus d’état d’âme, le risque d’un régime de type religieux où les opposants n’auront guère plus de droits que ceux qui résistaient au colonel mégalomane ?

Aveuglés par la manne pétrolière à récupérer, ni Paris, ni Londres, ni Washington n’ont vraiment réfléchi sérieusement à l’après-Kadhafi, préférant céder au romantisme oratoire d’une libération qu’on savait déjà prête à être confisquée par les combattants les mieux organisés. Il sera difficile pour la France de faire pression sur le Conseil national de transition - incapable de contenir les exactions contre les vaincus ! - en se contentant d’affirmer qu’elle sera « vigilante » sur « le respect des droits de l’Homme et les principes démocratiques ». De telles formules sentent tellement la résignation et l’impuissance diplomatiques…

Prenons garde au pugilat politique

Passée la primaire socialiste, nous voilà entrés de manière plus nette dans la précampagne électorale. Même si Nicolas Sarkozy n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature, la bataille est clairement ouverte entre deux camps. Il est tentant, chez chacun, de s'employer à décrédibiliser l'adversaire. Stratégie dans laquelle viennent clairement de s'engager, front contre front, l'UMP (à l'exception de quelques-uns de ses membres) et le Parti socialiste.

Ce faisant, les uns et les autres oublient très vite l'une des grandes leçons de la primaire socialiste : les Français ont apprécié cette manière de débattre sans anathème, qui poussait chacun des candidats à développer posément ses arguments. Ils ont eu, pour une fois, le sentiment d'être respectés par ceux qui briguaient leur suffrage, et qui abandonnaient partiellement, pour un temps, le jeu des petites phrases assassines...

Cette aspiration à entendre et à pratiquer la politique autrement, sans doute faut-il la rapprocher en partie du succès de François Bayrou au premier tour de la présidentielle de 2007. Le Béarnais n'avait pas seulement capitalisé un vote protestataire. Il avait incarné une véritable attente d'un changement dans la manière de faire de la politique.

Cette attente n'avait ensuite pas trouvé de concrétisation. La crise ne fait que rendre cette attente plus intense. Les Français veulent des explications, des repères. Ils demandent à comprendre, pour pouvoir assumer leurs responsabilités, choisir et, si nécessaire, consentir à des sacrifices, sous réserve qu'ils leur paraissent justifiés.

D'un côté, un probable candidat campe dans la position du meilleur capitaine de navire en tant de crise ; de l'autre, un adversaire dénonce la prétention de son rival à jouer les Superman, opte pour un rassemblement fondé sur le fait de dévoiler le moins possible de ses intentions tout en manoeuvrant au mieux les appareils partisans... Si le débat politique devait se borner à cette opposition de deux postures, il y a fort à parier que la déception serait grande dans l'opinion publique.

Si les partis privilégient, comme cela commence, le travail de démolition de l'adversaire, plutôt que le sens de la responsabilité collective, on ne préparera pas la mobilisation des Français sans lesquels ne seront gagnés ni le pari de la réduction de la dette ni celui de la recherche d'une nouvelle croissance. Si, de surcroît, ce débat se déroule sur un arrière-fond de déballage d'affaires, autant dire que notre vie politique s'engagera sur la voie de la déroute honteuse des Bleus au mondial de foot, plutôt que sur le chemin de la reconquête de l'honneur d'une équipe de France de rugby en difficulté qui a su privilégier la solidarité dans l'adversité.

Dans une élection présidentielle, il est tentant de donner la primeur à la bataille politicienne sur la pédagogie et la délibération citoyenne. La priorité, c'est alors de battre l'adversaire, non de chercher, dans le débat, à construire la meilleure politique. Ce dispositif nous fait perdre du temps, au moment où nous aurions besoin de construire des solutions en commun.

On en a vu les effets caricaturaux au Congrès américain en juillet dernier, où les stratégies de blocage des Républicains ont conduit à la dégradation de la note des États-Unis par Standard & Poor's. Au moment où le triple A de la France est mis sous surveillance, nous avons besoin de davantage d'intelligence politique et d'un plus grand sens de l'intérêt national. La France ne peut pas attendre pour commencer à s'attaquer aux problèmes et aux défis qui se dressent devant elle.

Ennahda, un parti soupçonné de tenir un double discours

Le probable vainqueur des élections tunisiennes de dimanche, le parti islamiste Ennahda (en français, «la renaissance») refuse d'être considéré comme un parti religieux.

Depuis la fuite de Ben Ali le 14 janvier dernier, Ennahda a retrouvé le droit d'exister en Tunisie. Longtemps interdit, il apparaît aujourd'hui comme la principale force politique d'un pays en reconstruction.


• Origines. Ennahda trouve ses origines au début des années 1970. Il est le fruit de la rencontre de Rached Ghannouchi, admirateur de Nasser converti aux thèses controversées des Frères Musulmans depuis son séjour en Egypte, Abdelfattah Mourou, juriste, et Hmida Enneifer, lui aussi proche des Frères Musulmans. Ensemble, ils fondent le Mouvement de la Tendance Islamique (MTI) qui prendra le nom d'Ennahda en 1989.

• Son interdiction Le président Ben Ali prend peur face à la force du mouvement lors des élections législatives de 1989. Ennahda obtient officiellement 14% des voix. Certains annoncent des résultats frôlant les 30%. Sous le prétexte de lutter contre l'extrémisme religieux, Ben Ali fait alors interdire le parti et engage une répression qui jettera des milliers de militants et dirigeants en prison. Rached Ghannouchi quitte la Tunisie et rejoint Londres en 1991, où il obtiendra l'asile politique. En 1992, il est condamné à la prison à vie au pays. Les pays occidentaux, dont la France, laisseront faire, érigeant Ben Ali en rempart contre l'islamisme. Ennahda est légalisé en mars 2011 après la Révolution de jasmin et le retour de Ghannouchi en Tunisie le 30 janvier, quelques jours seulement après le départ de Ben Ali.

• Son programme Issu du travail de 182 experts, universitaires ou hommes d'affaires, le programme en 365 points d'Ennahda se veut un projet de société «pour la renaissance de la Tunisie». Le parti cherche à rassurer et se veut le garant des libertés, du système républicain, de l'économie de marché et de la séparation des pouvoirs. D'un point de vue purement politique, Ennahda se dit favorable à la constitution d'un régime parlementaire doté d'une Assemblée unique chargée d'élire le président de la République, responsable devant elle.

• La religion et la place des femmes Ennahda se défend d'être un parti religieux. Son modèle politique est l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie. L'idéal de société qu'il préconise est un Etat basé sur un Islam adapté à la vie moderne. Ennahda se refuse en outre à imposer la charia, la loi coranique qui régit la vie de certains Etats musulmans. Le parti veut également assurer les droits des minorités religieuses. Il affirme enfin vouloir défendre le statut de la femme tunisienne, généralement considéré comme le plus avancé du monde arabe. Mais Ennahda est accusé par ses détracteurs de tenir un double discours, démocratique en façade et intégriste en son sein.

• Un financement remis en question Si aucun chiffre officiel n'est communiqué quant au nombre d'adhérents que compte le parti, sa propension à quadriller le territoire est une preuve de sa force. Ennahda a mené une campagne de grande envergure. Distribution massive de tracts, réunions publiques très suivies : le parti a été plus présent que ses adversaires aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger, en France notamment. Mais pour assurer une telle présence, un parti a besoin de fonds. Hamadi Ghebali, un cadre du mouvement, assure qu'Ennahda bénéficie de dons «de quelque 100.000 adhérents». Ses adversaires parlent de financements en provenance du Qatar mais n'ont jamais été en mesure d'apporter des preuves concrètes.

"Guignols", le coup de vieux


Putain, vingt-trois ans ! Arrivés à l’antenne (sous le titre "Les Arènes de l’info") le 29 août 1988, quatre mois après la réélection de François Mitterrand, "Les Guignols" s’apprêtent à couvrir leur quatrième campagne présidentielle. Ceux qui accéderont au droit de vote en 2012 sont nés après que la parodie de journal télévisé animée par "PPD" a reçu ses deux premiers 7 d’or.Autant dire que l’affaire est techniquement rodée. De la réunion matinale des auteurs jusqu’au direct du soir, le rituel n’a pas varié. Habilleuses, costumières et accessoiristes s’affairent dans le bâtiment qui est réservé aux "Guignols", à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), où s’entassent quelque 350 marionnettes. En fin d’après-midi, marionnettistes et imitateurs enchaînent les répétitions à quelques centaines de mètres de là, au Studio104 de la Plaine Saint-Denis, sous la baguette d’Yves Le Rolland, producteur et grand ordonnateur de l’émission depuis 1995. Au rayon imitateurs, si Nicolas Canteloup (désormais sur TF1 à 20h35) a été discrètement remplacé depuis la rentrée, Yves Lecoq reste fidèle au poste – essentiel, puisqu’il assure en moyenne près de 70% des voix – qu’il occupe depuis l’origine. Bref, tout le monde est là. Y compris les téléspectateurs, que "Les Guignols" ont retrouvés en nombre (plus de 2 millions en moyenne, selon Canal+) depuis que leur diffusion a été avancée à 19h50, face à la pub qui précède la grand-messe des (vrais) JT.
La sextape des Guignols avec DSK en couverture.

La sextape des Guignols avec DSK en couverture.Studio Canal
Seul manque l’écho que suscitait jadis la même émission: le "Mangez des pommes !" de Jacques Chirac victorieux du "couille molle" (Edouard Balladur), la "boîte à coucou" de Johnny, les "tout à fait Thierry" et autres "Jean-Pierre Papin P.A.P. 1" avaient fait les beaux jours des cours de récréation comme des salles de rédaction. Autant de gimmicks qui datent, faute d’avoir été renouvelés. Le dernier DVD de l’année écoulée, La Sextape des Guignols (DSK en peignoir léopard, cigare à la main, sur la jaquette) fait parfois sourire, plus rarement rire.
Ceux qui travaillent quotidiennement sur l’émission le savent et en conviennent volontiers : "On n’est plus à la mode", concède Yves Le Rolland. Tout aussi sincères, les auteurs, Lionel Dutemple et Julien Hervé, arrivés en 1999, et Philippe Mechelen, qui les a rejoints en 2009, font le même constat.
Les explications avancées sont multiples. Primo, le trio d’auteurs de "l’âge d’or" du début des années 1990 (Bruno Gaccio, Benoît Delépine et Jean-François Halin) est a posteriori jugé "brillantissime". "Des orfèvres", estime Julien Hervé. Secundo, le contexte – médiatique et politique – est radicalement différent. Quand l’offre de programmes s’est multipliée, l’esprit "Guignols" – l’art de la dérision et de l’autodérision emblématique de la chaîne cryptée – s’est largement diffusé hors des frontières de Canal+. "Les Guignols ont ouvert une brèche. Tout le monde s’y est engouffré", souligne Lionel Dutemple. "On évite de regarder ou d’écouter les autres. Sinon ça pourrit la tête", ajoute Julien Hervé. "Il est plus difficile d’exister aujourd’hui alors que tout s’est 'guignolisé'", note un de leurs prédécesseurs, Alexandre Charlot.
Bernadette Chirac et son célèbre sac à main.

Bernadette Chirac et son célèbre sac à main.Canal+
La matière a également changé en vingt ans : "Au début, les hommes politiques étaient des espèces d’icônes qu’on voyait peu. Désormais, ils gavent le public d’images", souligne Yves Le Rolland. "On ne rit que de ce qui résiste. Or, le politique ne résiste plus beaucoup", analyse Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit et auteur, en 2006, du livre De quoi rions-nous ? La Société et ses comiques, (Plon). Pour lui, "Les Guignols" s’apparenteraient aujourd’hui à "une espèce de Musée Grévin".
La hantise des "Guignols" est de se "bébête-showiser", à l’instar de l’émission de TF1 qu’ils avaient ringardisée peu après leur création. Ils n’en sont pas là. De nouveaux programmes, comme "Le petit journal", de Yann Barthès, ou, depuis la rentrée, la très vive série "Bref", également diffusée dans "Le grand journal" de Canal+, ont menacé de les démoder. Jamais de les détrôner. Quand souffle l’air du temps, les marionnettes d’Alain Duverne plient, mais ne rompent pas. Le latex a la peau dure.
Jean-Baptiste de Montvalon

La Grèce peut-elle s'inspirer de l'Argentine?

En 2001, l'Argentine s'enfonçait dans une crise qui rappelle celle de la Grèce. Dix ans plus tard, le pays affiche une croissance insolente. Avec des leçons à donner à l'Europe? Les réponses de Roberto Lavagna, ministre argentin de l'Economie de 2002 à 2005, principal artisan de la relance du pays.
 Peut-on comparer la situation de la Grèce et de l'Argentine en 2001?
Oui, surtout du point de vue économique. Dans les deux cas, il y a un déficit fiscal important, un déficit des balances de paiement, presque quatre ans de récession. A cela s'ajoute une monnaie fixe qui empêche de dévaluer (l'euro pour la Grèce, le dollar pour l'Argentine en 2001). Et, bien sûr, une dette qui ne cesse de se creuser puisque le PIB recule.
Il y a tout de même des différences...
La situation sociale de la Grèce est moins critique : son PIB par habitant est deux fois plus élevé que celui de l'Argentine en 2001.A l'époque, presque la moitié de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté.
La seconde différence est institutionnelle : l'Argentine était un pays isolé quand la Grèce appartient à un ensemble politique économique extrêmement puissant qui peut l'aider... s'il le souhaite. Jusqu'ici, il me semble que la voie choisie par l'UE n'a pas été la bonne. Il faut agir et vite.
En déclarant par exemple un défaut sur sa dette, comme l'Argentine?A ce stade, une large restructuration de la dette grecque est en tout cas nécessaire. C'est d'ailleurs plus simple qu'en Argentine. Dans notre cas, il y avait plus de 500.000 personnes ou investisseurs qui détenaient des bons du pays, huit monnaies et huit systèmes légaux différents. Dans le cas de la Grèce, la dette est concentrée dans les banques, principalement en euros.
La Grèce doit-elle aussi poursuivre ses efforts d'ajustement?Non, il faut surtout mettre un terme aux programmes proposé par la Troïka et le FMI. Comme en Argentine en 2001, on suggère actuellement à la Grèce de nouveaux prêts d'urgence, en échange de nouveaux sacrifices, des réductions de salaires, etc.Mais quand le chômage augmente, quand l'économie se contracte, il n'y a plus de recettes fiscales. Le problème de la dette ne fait donc que s'accroître. Ce sont ces politiques de rigueur qui ont conduit à l'explosion de 2001. Les programmes qui ne comprennent pas de plan de relance ne servent que les banquiers et certains pouvoirs économiques.
Comment avez-vous opéré cette relance ?Il n'y a pas de relance véritable sans consommation. Il faut soutenir l'emploi, le pouvoir d'achat et augmenter les investissements. En 2002, une des premières choses que nous avons faites a été de redonner à la population ce qu'on lui avait enlevé.
Mas l'Argentine avait un autre atout pour repartir : le "boom" du prix des matières premières qu'elle exporte...Quand j'ai pris mes fonctions en 2002, le cours du soja était à 220 dollars la tonne. Quand j'ai quitté mon poste fin 2005, il n'avait presque pas bougé. C'est à partir de 2007 - donc bien après la relance de l'Argentine - qu'il a commencé à augmenter, jusqu'à frôler les 600 dollars. Aujourd'hui, l'Argentine a plus d'atouts que la Grèce, mais ce n'était pas le cas au moment où il fallait sortir de la crise.
L'Argentine a aussi rebondi grâce à la dévaluation et la fin de la convertibilité peso-dollar. Une sortie de l'euro est-elle imaginable pour la Grèce? Cela ne me semble pas une bonne idée. La force de l'Union européenne devrait permettre d'éviter cette solution. Mais si la politique proposée à la Grèce ne change pas, la crise pourrait pousser le pays à une telle extrémité. Avec un risque de contagion invraisemblable. Hier on parlait de l'Italie ou de l'Espagne, aujourd'hui on parle de la France. Tout cela est le résultat de deux ans de chocs permanents pour le pays. Il faut aujourd'hui du courage politique pour changer de voie.

La presse se fait l'écho des tensions entre dirigeants après le sommet de Bruxelles

Au lendemain du sommet de Bruxelles sur la crise de l'euro, la presse européenne s'accorde à dire que si les priorités font consensus – restructuration de la dette grecque, recapitalisation des banques et déploiement du Fonds européen de stabilité financière –, peu de solutions concrètes ont émergé. "Chacun a été clair sur ce qu'il fallait faire pour le sort de l'Europe. Mais pourtant le succès semble incertain", rappelle Der Spiegel.

De Berlin à Londres, les quotidiens nationaux constatent l'absence de solutions pérennes et attendent de voir le second sommet programmé, mercredi 26 octobre. Peu étonnant, constate Die Zeit, car "la crise est tellement complexe", de l'aveu même des dirigeants européens.
A défaut de solutions concrètes, les quotidiens européens relèvent les dérapages verbaux entre dirigeants européens qui ont émaillé la rencontre de Bruxelles.
"SHUT UP"
La Une du Guardian, le 24 octobre.
La Une du Guardian, le 24 octobre. DR

En Angleterre, c'est le "shut up" qu'a laissé échapper Nicolas Sarkozy à l'adresse de David Cameron qui a retenu l'attention. "You have lost a good opportunity to shut up" ("Vous avez perdu une bonne occasion de vous taire"), a rétorqué le président français face aux critiques anglaises. Mais si tous les journaux britanniques relaient l'anecdote, c'est pour mieux souligner le rôle joué par David Cameron pendant ce sommet.
Le premier ministre britannique a pris la tête de la fronde des pays membres de l'Union européenne mais pas de la zone euro, en obtenant un sommet à 27 mercredi – et non pas à 17 comme initialement prévu. "Le Royaume-Uni craint qu'une nouvelle régulation financière entre membres de la zone euro nuise à la City, centre de la finance globale", s'alarme The Telegraph.
Pourtant, David Cameron joue une partie complexe, rappelle The Guardian. Lundi, au lendemain du sommet, les députés britanniques réfléchissent à un éventuel référendum sur l'Union européenne. "Une mauvaise question au mauvais moment", indique le ministre des affaires étrangères, William Hague, repris sur tous les sites.
ARROGANTS COMME ZIDANE
Il Giornale (Italy)Il Riformista (Italy)
En Italie, aussi, on regrette l'attitude de Nicolas Sarkozy et ses "sourires ironiques" au cours d'une conférence de presse commune avec Angela Merkel . "Sarkozy comme Zidane", titre Il Giornale. "Quand ils sont en difficulté, les Français deviennent arrogants", juge l'éditorialiste. Avant d'avancer son explication : les Français sont jaloux d'avoir perdu la présidence de la Banque centrale européenne au bénéfice de l'Italie.
Mais en Italie comme au Royaume-Uni, les préoccupations nationales prennent le dessus. Les quotidiens italiens se concentrent sur les conséquences du sommet, synonyme pour le gouvernement italien d'une réforme des retraites qui doit être étudiée lors d'une réunion  exceptionnelle du conseil des ministres, lundi à 18 heures. Une mesure qui suscite déjà une levée de bouclier de la part des anciens alliés de la Ligue du Nord et des partis d'oppositions, comme le souligne Le Corriere della Serra.
Quand ce n'est pas Nicolas Sarkozy, seul, qui irrite, c'est son association avec Angela Merkel. "Merkozy", tel qu'on les surnomme dans les travées des institutions européennes. "On se souviendra des amabilités qu'ils se sont échangées", tance un économiste italien dans une tribune publiée par la Repubblica, mais ils n'ont eu aucune réponse à apporter, continue-t-il. Même sentiment du côté de la BBC, où l'on s'interroge sur la subite crainte que suscite l'Italie. Pourtant, "l'Italie est aussi endettée que la France ou le Canada", explique la chaîne anglaise, savants calculs à l'appui.
DES DIRIGEANTS PAS À LA HAUTEUR
En Espagne aussi, on regrette l'attitude d'Angela Merkel, qui a demandé des efforts supplémentaires à Madrid. Alors que, rappelle El Pais, l'Espagne n'est plus à la pointe de la crise et ne craint plus la contagion. Même Nicolas Sarlozy l'a dit, insiste le quotidien.
Une contagion que redoutent de plus en plus les pays membres de l'UE qui ne font pas partie de la zone euro. Pologne, Suède et Royaume-Uni ont fait part de leur inquiétude au cours du sommet, car l'Union européenne n'est pas l'union monétaire, insiste El Pais. "Le mécontentement ne fait qu'augmenter parmi les pays non membres de la zone euro", analyse le quotidien espagnol. Assiste-t-on à la naissance d'une Union européenne "à deux vitesses, où la zone euro prédomine et où les autres Etats ne peuvent que suivre le mouvement" ?
Le sommet européen de dimanche aura donc soulevé plus de problèmes qu'il n'en aura résolu. Pour le Wall Street Journal, les dirigeants européens n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu. Pourtant, écrit-il, "les décisions qui vont être prises dans les prochaines semaines détermineront le destin de l'Europe pour des générations".

lundi 24 octobre 2011

La Grèce s'inquiète des effets d'une décote de 50 % de sa dette

La zone euro est "relativement proche" d'un accord avec les créanciers privés de la Grèce sur les pertes qu'ils devront subir, a assuré, lundi 24 octobre, Amadeu Altafaj, un porte-parole de la Commission européenne, rappelant que l'Europe "préfère un accord négocié" à une mesure imposée aux banques. Selon une source diplomatique européenne, le lobby bancaire qui négocie avec les Etats a porté son offre de décote volontaire à 40 % sur les créances grecques détenues par les banques.


La décote constitue la part de la dette grecque que les banques créancières sont prêtes à passer par pertes et profits. Cette part était à 21 % dans l'accord conclu le 21 juillet sur le second plan d'aide à la Grèce. Les Etats européens cherchent eux à obtenir 50 à 60 % de décote pour assurer la soutenabilité de la dette grecque, selon des sources européennes concordantes. Les grandes banques, réunies au sein de l'Institut de la finance internationale (IIF), ont prévenu qu'il y avait "des limites à ce qui peut être considéré comme volontaire" au niveau de la dette publique grecque.
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INQUIÉTUDES EN GRÈCE
La Grèce s'alarme des conséquences pour ses banques et ses caisses de retraite d'une telle décote. La presse en particulier dramatise les répercussions pour l'économie grecque dans son ensemble. "Décote profonde, on joue avec le feu", titre le journal Ta Nea alors que le quotidien financier Naftemporiki craint "des répercussions sur les caisses de retraite". Eleftherotypia craint pour sa part que la nationalisation de la Banque nationale de Grèce (BNG), principal établissement du pays, et de la petite Attica Bank, n'aboutisse qu'à une "mise sous tutelle"
Actuellement, la marge des banques grecques est très limitée, sinon inexistante. Du fait des provisions passées en application de l'accord du 21 juillet (prévoyant une décote de 21 %), mais aussi pour faire face à la montée des prêts défaillants, les quatre principaux établissements – BNG, Eurobank, Alpha et la Banque du Pirée – ont déjà essuyé des pertes cumulées de 3,2 milliards d'euros au premier semestre. En cas de décote à 50 %, ils devront être recapitalisés à hauteur de 8,9 milliards d'euros pour maintenir leur niveau de fonds propres durs à 9 %, selon les calculs de Natixis. Au total, les banques grecques et les caisses de retraite détenaient à la fin août pour 52 milliards d'obligations grecques, soit 15 % de la dette souveraine grecque, estimée à 350 milliards d'euros.
Faire appel aux marchés ? Hormis le fonds du Quatar, qui va investir dans le capital de la nouvelle banque à naître de la fusion entre Alpha et Eurobank, les investisseurs privés ont plutôt tendance à vendre leurs titres. La Bourse d'Athènes a clôturé lundi en recul de 4,51 %, entraînée par la dégringolade des titres bancaires.
Joignant ses critiques à celle d'économistes et du dirigeant de la Banque du Pirée, le patronat grec a mis en garde contre les conséquences catastrophiques pour l'économie réelle d'une décote de la dette grecque de 50 %. Car non seulement elle ne réduira son montant que de 43,6 milliards d'euros, mais elle conduira à une "dévaluation du patrimoine financier et immobilier" des Grecs et à "l'asphyxie du secteur privé".
RECAPITALISATION
Quant au besoin de recapitalisation de l'ensemble des banques européennes, il est estimé entre 100 et 110 milliards d'euros, mais certaines peuvent réduire les bonus ou puiser dans leurs bénéfices. Pour les établissements français, Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a précisé, lundi, que le besoin de renforcement des fonds propres serait inférieur à 10 milliards d'euros. "C'est quelque chose qui est parfaitement absorbable par les banques elles-mêmes et qu'elles sont tout à fait à même de réunir sans aucune aide de l'Etat."
Les marchés financiers tablent sur un besoin de recapitalisation des banques allemandes de 5,5 milliards d'euros environ, a rappelé pour sa part Christian Brandt, le président de la fédération allemande des banques publiques. "Je crois qu'un renoncement à plus de 21 % des créances est possible, du moment que celui-ci représente un investissement dans l'avenir de la zone euro et de l'ensemble de l'Union européenne" a-t-il ajouté.

Allemagne : la fin du nucléaire passe par le charbon

L'hiver qui commence à se faire sentir en Allemagne prend, cette année, un relief particulier. Huit des dix-huit réacteurs nucléaires étant arrêtés depuis le printemps, l'Allemagne pourrait être menacée de black-out ou être contrainte d'importer massivement de l'électricité. Ce sera le premier test que devra affronter ce pays qui, après la catastrophe de Fukushima, au Japon, a décidé d'abandonner le nucléaire en 2022.
D'ici là, il y aura bien d'autres obstacles à franchir. La loi votée (à la quasi-unanimité) le 30 juin sur la sortie du nucléaire n'est qu'un début. "Le vrai travail commence maintenant", a reconnu Philipp Rösler, ministre de l'économie et des technologies, devant le Parlement, le 19 octobre. Le ministre s'est fixé trois objectifs : "Assurer la sécurité des approvisionnements et protéger l'environnement, le tout dans des conditions financières acceptables." A ses côtés, Norbert Röttgen, le ministre de l'environnement, a affirmé des priorités légèrement différentes : "Les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique sont les deux piliers de la nouvelle politique énergétique", a-t-il dit.

Ces deux approches résument le débat allemand. Maintenant que la décision d'arrêter le nucléaire est prise (un neuvième réacteur va être arrêté en 2015, un en 2017, un en 2019 et les six derniers en 2021 et 2022), les financiers sont surtout soucieux d'assurer la sécurité des approvisionnements, quitte à investir dans des centrales à énergies fossiles classiques. Pour ceux qui sont surtout sensibles aux questions d'environnement, il ne suffit pas de sortir du nucléaire, il faut entrer, enfin, dans l'ère des énergies renouvelables. Tels sont d'ailleurs les objectifs de la loi : leur part doit passer de 17 % à 35 % en 2020 et 80 % en 2050.
Malgré la fermeture des centrales nucléaires, qui assuraient, au printemps, 22 % de la production d'électricité du pays, l'Allemagne affirme qu'elle réduira ses émissions de CO2. En 2020, celles-ci devraient être de 40 % inférieures à ce qu'elles étaient en 1990. La tâche est immense : il faut notamment développer l'énergie éolienne dans le nord du pays, construire des réseaux à haute tension pour la transporter dans le sud, là où sont les industries, prévoir des centrales classiques pour les jours où il n'y a ni vent ni soleil et investir dans l'isolation du parc immobilier.
Les six mois qui viennent de s'écouler n'ont été qu'à moitié convaincants. La Commerzbank affirme que c'est notamment en raison des importations d'électricité au second trimestre que la croissance a été si faible (+ 0,1 %). L'Association des industries électro-intensives (VIK) s'est plainte, le 19 octobre, que le prix de l'électricité avait augmenté et que sa qualité était moindre. En 2012, ses adhérents devraient voir leur facture croître de 9 %. Malgré tout, le pays a supporté la fermeture de huit réacteurs et la part des énergies renouvelables est passée de 17 % à 20,8 % de l'électricité produite.
Combien va coûter la révolution énergétique en cours ? Nul ne le sait. Seule certitude : l'agence de l'énergie estime qu'il faudra développer 4 500 km de lignes électriques à haute tension dont le coût oscille entre 22 et 29 milliards d'euros. Pour réduire de dix à quatre ans la construction de ces lignes, le gouvernement a limité le pouvoir des Etats-régions avec un argument à la clé : tout kilomètre de ligne à haute tension donnera lieu à un dédommagement de 40 000 euros à la commune concernée.
Pour financer les réseaux et la transition énergétique, l'Allemagne dispose de deux outils principaux. Le premier est le fonds climat-énergie, qui va être alimenté par la vente aux enchères des quotas de CO2 octroyés aux industriels et dont on attend environ 3 milliards d'euros par an. Le second est le prélèvement "énergies nouvelles" sur la facture d'électricité payée par les particuliers - la plupart des entreprises en sont exonérées. En 2010, ce prélèvement qui permet aux producteurs d'énergies renouvelables de vendre leur électricité à un prix supérieur à celui du marché s'est élevé à 13 milliards d'euros. En 2012, il se traduira par un prélèvement de 3,59 centimes par kilowattheure (kWh) consommé, en légère hausse par rapport à 2011. En moyenne, ce prélèvement coûte 120 euros par an à un ménage (14 % de sa facture).
Alors que le mégawattheure coûte, en Allemagne, environ 60 euros, ce prix s'élève à 90 euros pour l'énergie éolienne, 150 pour l'éolien offshore et 370 pour le solaire. Les énergies renouvelables ont un coût mais les Allemands l'acceptent : selon un sondage réalisé par TNS Infratest, 79 % d'entre eux jugent le prélèvement "énergies nouvelles" "raisonnable". Seuls 15 % le jugent "trop élevé".
Malgré tout, pour assurer la transition énergétique, le gouvernement prévoit également de subventionner de nouvelles centrales au gaz mais aussi une dizaine de centrales au charbon très polluantes. Il estime les besoins à environ 10 000 mégawatts. Au grand dam des écologistes, 5 % du fonds climat-énergie (soit 150 millions d'euros) pourraient être utilisés pour subventionner jusqu'à 15 % de ces centrales. A condition que Bruxelles autorise ces aides auxquelles seuls les industriels qui possèdent moins de 5 % de parts de marché en Allemagne peuvent prétendre.
Principaux intéressés : les 900 régies municipales, mais aussi des producteurs étrangers comme EDF, GDF Suez, voire Gazprom. Avec la sortie du nucléaire, l'Allemagne vit une véritable révolution industrielle, suivie de près tant par les industriels occidentaux que par les financiers. En témoigne l'annonce en août par le fonds américain Blackstone d'un investissement de plus de 1 milliard d'euros dans un parc éolien en mer du Nord.

en hommage




Jean Amadou et le sens de l’humour de François... par deuxanes

Pour nous aussi, l'euro est un casse-tête

Difficile, dans la jungle des discussions de l'Europe - Bruxelles étant la capitale de la jungle -, de s'y retrouver. De comprendre qu'il ne reste que quelques jours pour sauver l'euro. De croire que deux sommets y suffiront. Difficile de déambuler entre les chiffres : plus la crise s'aggrave, plus la Grèce se rapproche du précipice, plus la facture enfle. Et encore nous explique-t-on, à nous, citoyens ingénus mais pas dupes, qu'on ne fera pas appel à l'argent public. On parle maintenant de 108 milliards pour recapitaliser les banques et compenser les pertes subies à aider la Grèce à effacer la moitié de sa dette. Dans le langage de la jungle, la restructurer. Nous en sommes là, nageant dans la confusion, entre fébrilité des marchés et désaccords franco-allemands. Il ne nous a certes pas échappé que la jungle est inextricable. Que si les dirigeants européens ont jusqu'à présent évité le chaos, ils ont aussi, un accord finalisé en été devenant obsolète à l'automne, un plan de sauvetage chassant l'autre, cherché à gagner du temps. Nous avons noté qu'il faudra régler une fois pour toutes la crise de la dette grecque avant d'espérer stabiliser la zone euro. Passer du compromis de circonstance à un nouveau système, une nouvelle Europe. Pour l'heure, dans une apparence de panique générale, la vieille Europe est divisée. L'Allemagne mène la danse, la résistance. Le président français est condamné à s'entendre avec une chancelière de fer. Hier toutefois, un accord s'esquissait. La preuve, Angela Merkel a offert à Nicolas Sarkozy un ours en peluche pour la naissance de Giulia. Un ours dans la jungle ?

Tout n’est pas noir


Pour rester un sport de voyous joué par des gentlemans, le rugby se complaît dans la complexité de ses règles et se repaît de coups du sort avec son ballon en olive aux rebonds fantasques. Ainsi hier, le XV de France a perdu la finale qu’il méritait de gagner d’une Coupe du monde qu’il ne lui revenait pas de soulever, au vu de l’ensemble de son œuvre.

Chez eux, sur leur archipel où les Britanniques, défaits au XVIII e siècle par les guerriers maoris devenus de redoutables défonceurs-plaqueurs sur les terrains, ont laissé le rugby pour garantir une mixité sociale durable, ces Néo-Zélandais féroces et véloces devaient nous blackbouler.

Ils voulaient effacer 24 ans d’humiliations dans leur pré-carré, subies le plus souvent à cause de ces imprévisibles Français, sans compter celle du naufrage du « Rainbow Warrior ».

Mais il ne suffit pas de crier haka et de se prendre pour des faucons fondant sur leurs proies pour plumer 22 coqs indignés ayant démonté leurs egos pour remonter sur leurs ergots au fil de l’épreuve. En autogestion salutaire, après avoir abandonné son entraîneur lunaire à ses déboires avec la presse, cette équipe de France a su vaincre ses individualismes, ses contradictions et ses à peu près pour entrer en rébellion et en construction.

En cela, ils ont été exemplaires. Trouillomètre à zéro, regards dans les chaussettes, les Néo-Zélandais marchaient la tête à l’envers quand les nôtres la relevaient en même temps que la mêlée noire et leur défi collectif. Nos héros ont perdu. Ils reviennent glorieux. Tout n’est pas noir dans cette drôle d’histoire du bout du monde.

Le dos au mur

Promis, juré ! Enfin, des solutions à la crise devraient sortir du Conseil européen et du sommet de l’Eurogroupe! Aussi bien sur une recapitalisation des banques, sur le sauvetage de la Grèce via une décote de sa dette que sur une extension «non bancaire» du Fonds de stabilité FESF... Oui, mais quelles décisions? Il faudra attendre mercredi, peut-être jeudi matin, pour les connaître. En espérant que d’ici là, les marchés sauront patienter.

Officiellement, ce retard a pour cause la «complexité technique» des mesures à prendre. En réalité, la chancelière Merkel doit d’abord rendre compte aux commissions du Bundestag et obtenir leur aval. L’exercice, certes, honore la démocratie, mais étale au grand jour les faiblesses innées de la monnaie unique. En montrant que faute d’une gouvernance propre à la zone euro, il est impossible d’agir dans l’urgence, quitte à encore accélérer la crise qui déjà se nourrit à la vitesse électronique des ordres de marchés. De surcroît, les gouvernements sont prisonniers de traités dépassés, datant d’une autre époque et pourtant à respecter à la lettre. Lancé par beau temps économique, l’euro n’a pas été conçu pour résister aux tempêtes, car il n’y a pas de pilote aux commandes hormis le pilote automatique basé sur un logiciel sous contrôle de la BCE et jamais mis à jour depuis les années 1990...

Apparemment, il y a enfin une prise de conscience de cette paralysie, puisqu’il est désormais question d’une refonte des institutions, d’une révision des traités. Un beau sursaut de réalisme qui, malheureusement, n’aboutira pas du jour au lendemain, et certainement pas sans nouveaux psychodrames et autres poussées nationalistes.

Cette même étincelle de réalisme vient aussi de jaillir face à la crise grecque. Pourtant, voilà plus d’un an que l’évidence saute aux yeux : jamais la Grèce anémiée par les plans d’austérité imposés en guise de remède ne pourra rembourser sa dette. Une restructuration sous une forme ou une autre s’imposait déjà à l’automne 2009. Mais faute de décisions courageuses impossibles à obtenir dans un système basé sur l’unanimité et qui n’a jamais envisagé une possibilité de faillite, que de temps perdu en perfusions, bricolages et replâtrages. Moins pour sauver la Grèce que pour éviter – ou retarder – l’effet domino dans la zone euro. Un effet domino qui déjà ébranle l’Italie, la troisième économie de l’UE...

Les Dix-Sept de l’euro sont le dos au mur. La situation est certes inconfortable, mais elle a l’avantage de pousser au sursaut. Elle semble aussi avoir ressoudé l’entente franco-allemande en mettant les divergences sous silence. Pourvu que les décisions reportées à mercredi soient à la hauteur des espoirs!

Europe : encore un peu de patience !

Face à une tâche aussi gigantesque que de sauver l'euro et l'Europe - un défi sans précédent dans l'histoire - il n'est pas choquant, en soi, que les politiques réclament un peu de temps. La complexité des solutions à apporter nécessite une appréciation aussi rigoureuse que possible des conséquences dans un environnement mouvant, incertain et souvent hostile. Une recapitalisation mal calibrée des banques et cela peut être la catastrophe pour les banques elles-mêmes, les États, les contribuables. Une digue mal construite pour sauver la Grèce et c'est le doute ravageur qui s'instille pour les édifices suivants, italien en tête.

Il serait évidemment injuste d'accabler les politiques, car ils ont su agir ces derniers mois : venir au secours de l'Irlande et de la Grèce, créer un fonds permanent de solidarité européen... Il serait tout aussi irresponsable de les dédouaner sans autre forme de procès, tant ils font d'efforts pour démontrer, avec une constance désarmante, qu'ils ont le bras un peu court depuis le début de la crise. Et ce n'est pas la timide esquisse de révision du traité de l'Union qui semble y changer grand-chose.

Le sommet de Bruxelles renforce plutôt ce que les révélateurs irlandais et grecs dessinent depuis un an. Les patrons politiques de l'Europe font trop peu, trop tard, trop incohérent. Trop peu ? Ils passent leur temps à abonder, laborieusement, des fonds et des plans de soutien qui se révèlent chaque fois trop justes ! Trop tard ? Avant même que le plan d'aide à la Grèce du 21 juillet ne soit adopté avec une lenteur démocratique un peu désespérante, la roue de l'histoire était déjà passée à la phase de l'effacement d'une partie de la dette grecque !

Trop incohérent ? C'est peu dire que la communication a été et reste désordonnée, décousue, contradictoire. Faussement rassurante, donc contre-productive, auprès des marchés toujours prêts à s'enflammer à la moindre mèche de petite phrase, comme auprès des opinions déboussolées.

En fait, le problème central de l'Europe, souligné plus que jamais ce week-end, réside dans l'absence cruciale d'une gouvernance solidaire, bâtie sur un projet, une politique économique et un destin communs. Bref, fédéraliste. Les désaccords multipliés entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne sont pas seulement affaire de culture, de contexte politique interne ou de tempérament (il serait trop pressé, elle serait trop lente.) Ils traduisent l'existence d'un handicap majeur de vision partagée qui pourrait s'avérer mortifère.

L'Europe manque cruellement d'un patron incontesté et incontestable, parce que ses deux leaders naturels ont des philosophies politiques assez antinomiques. La querelle du moment sur les rôles du fonds européen de solidarité et de la Banque centrale (BCE) illustre, une fois de plus, le fossé qui sépare profondément l'Allemagne « rigoriste » qui rechigne à sortir le chéquier, d'une France plus volontariste mais qui semble parfois « dépensière. »

Le souci, l'énorme souci, c'est qu'à force de tergiverser, on se rapproche un peu plus d'une vraie cassure franco-allemande et de la déflagration nucléaire que constituerait l'éclatement de la zone euro. Alors que déjà deux autres crises inquiétantes se greffent, aujourd'hui, sur celle des dettes souveraines. Économique : la France a un bon pied dans la récession et l'Allemagne s'en rapproche. Sociale : la capacité des peuples à accepter la situation fait de plus en plus débat et défaut. Pas seulement en Grèce.

Disparition : Jean Amadou, l'art d'en rire

Voix de la radio et figure de la télévision, ce chroniqueur cher aux Français était un lettré et un passionné.

Jean Amadou est mort ce soir, a annoncé RTL sur son site Internet. La disparition de l'humoriste, a été confirmée peu après par son ami Jacques Mailhot, directeur du Théâtre des Deux Ânes à Paris qui lui fut si souvent associé sur scène, à la radio ou à la télévision depuis les années 70. «Jean était malade depuis quelques mois. Il est décédé vers 18h chez lui. Il a joué aux Deux Ânes jusque en février 2010. Il avait démarré ici en 1996», a confié Jacques Mailhot qui avait connu son compère «en 1974, aux Théâtre de Dix Heures». Célèbre pour sa collaboration au «Bébête Show» de TF1 dans les années 80, le chansonnier était âgé de 82 ans.

Originaire de Lons-le-Saunier (Jura), Jean Amadou débute à Lyon. Il monte à la Capitale dans l'espoir de devenir acteur mais échoue au troisième tour du concours du Conservatoire. Il devient chansonnier à Paris en 1958 au Théâtre de Dix-Heures puis au Don Camillo. Il doubla les films de De Sica mais c'est à la radio que sa belle voix chaude devint familière aux Français. À France Inter dans «L'Oreille en coin» dans les années 70. Puis à Europe 1 en duo avec Maryse Gildas. Depuis 15 ans, il était «sociétaire» des «Grosses Têtes», l'émission de Philippe Bouvard sur RTL. A la télévision, il collabora à l'écriture des textes du «Bébête Show» en compagnie de Stéphane Collaro et Jean Roucas, pamphlet en direct qui égratigne les politiques et prélude au «Guignols de l'Info». Il participa à «Tournez Manège», autre émission historique de la télévision des années 80 sur TF1.

«Jean Amadou était extrêmement cultivé», a rappelé Jacques Mailhot. «C'était un grand amateur d'histoire, imbattable sur les XIXe et XXe siècles. Rien ne lui échappait de l'actualité. Il aimait les citations et avait une très jolie plume. C'était un grand chansonnier, dans la grande tradition de notre métier. Il a apporté une vraie modernité à la radio, mais aussi à la télévision avec «Sérieux s'abstenir» et le «Bébête Show». À la télévision, il a traîné sa longue silhouette : «Samedi Soir» animé par Bouvard, «Tournez Manèges» (TF1). Grand amateur de sports Jacques Amadou a commenté pour France Inter et le quotidien L'Équipe leTour de France, le tournoi des Cinq Nations et la Coupe d'Europe de Football. Ce soir sur RTL, Philippe Bouvard a rendu hommage à son ami, malade depuis plusieurs mois. « C'était quelqu'un de discret, courtois, qui appartenait à la race des amuseurs rares.»

Mort du chansonnier et humoriste Jean Amadou

Le chansonnier et humoriste Jean Amadou, 82 ans, célèbre notamment pour sa collaboration au "Bébête Show" de TF1 dans les années 80, est décédé dimanche à Paris, a-t-on appris auprès de son ami Jacques Mailhot, directeur du Théâtre des Deux Ânes à Paris.



Jean_amadou par ContribuablesAssocies

"Jean était malade depuis quelques mois. Il était très fatigué ces derniers temps. Il est décédé vers 18h00, chez lui. Il a joué aux Deux Ânes jusque en février 2010. Il avait démarré ici en 1996", a expliqué Jacques Mailhot, précisant qu'il avait connu son compère "en 1974, aux Théâtre de Dix Heures". Originaire de Lons-le-Saunier (Jura), Jean Amadou avait débuté sa carrière de chansonnier à la fin des années 50 à Paris.
Homme de théâtre et de radio (France Inter, Europe 1), auteur de plusieurs livres, il fut aussi le créateur, avecf Stéphane Collaro et Jean Roucas, de l'émission satirique Le Bébête Show, diffusé par TF1 de 1983 à 1995. Dans cette émission quotidienne, des marionettes des principaux hommes politiques commentaient l'actualité du jour.