TOUT EST DIT

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mercredi 21 septembre 2011

FOCUS/DETTE/Sur la Grèce, la France applique la méthode Coué

Surtout, ne pas en parler. Même si plusieurs pays commencent à l'évoquer et que des dirigeants européens semblent l'envisager en coulisses, la France s'en tient officiellement à un message en forme de méthode Coué en excluant toute possibilité de faillite pour la Grèce.

Un défaut de paiement de la Grèce "n'est pas une hypothèse de travail", a affirmé lundi le ministre des Finances François Baroin.

Le Premier ministre François Fillon est allé plus loin en traitant d'"irresponsables" ceux qui suggèrent, à l'instar de l'ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, d'annuler une partie de la dette grecque pour permettre à Athènes de partir sur de nouvelles bases.

Et pourtant, dans plusieurs pays, de l'Allemagne à l'Autriche en passant par les Pays-Bas, on évoque désormais ouvertement la possibilité d'un défaut de la Grèce et d'une restructuration massive de sa dette. Une solution que les Français rechignent à aborder.

"C'est de la méthode Coué", estime Jacques Delpla, membre du Conseil d'analyse économique auprès du gouvernement.

Plus sévère, Charles Wyplosz, directeur du Centre international d'études monétaires et bancaires de Genève, critique une forme d'"aveuglement".

"Le gouvernement français pense pouvoir éviter l'inévitable simplement en disant +non+", déplore cet économiste. Selon lui, "les marchés sont désormais convaincus qu'il y aura un défaut" et le nier ne fait qu'aggraver la situation.

"Les Allemands en ont accepté l'idée, ils se montrent un peu plus réalistes et les Français finiront bien par suivre le mouvement", prédit-il.

La position de la France tient en deux points: il faut mettre en oeuvre rapidement l'accord du 21 juillet, qui prévoit un renforcement du fonds de sauvetage de la zone euro et une nouvelle aide à Athènes avec la participation des banques; et la Grèce doit, d'ici là, tenir ses engagements en matière de réformes, de privatisations et de réduction du déficit.

Inutile de "réfléchir comme certains à une autre stratégie" tant qu'on n'a pas mis celle-ci en musique, a fait valoir François Baroin.

Le problème, c'est que plus le temps passe, "plus on doute que l'accord du 21 juillet sera appliqué", relève Jean-François Robin, économiste chez Natixis. "Du coup, les marchés ne voient qu'une alternative, le défaut".

La situation a déjà évolué depuis juillet: le gouvernement grec semble bien en peine de respecter les promesses budgétaires prises il y a à peine deux mois.

Or, lorsqu'on l'interroge sur ce qui se passerait si les créanciers internationaux décidaient de couper les vivres à Athènes --une solution qu'il n'exclut plus--, le gouvernement français reste muet, quitte à donner l'impression qu'il ne se prépare pas à toutes les éventualités.

En coulisses pourtant, au niveau européen, un défaut de la Grèce et une restructuration de sa dette, avec des pertes sèches importantes pour les Etats et les banques, semble bien être une hypothèse de travail.

Mais selon certains experts, le discours français n'est pas forcément le plus mauvais. Jean-François Robin note d'ailleurs que Paris est sensiblement sur la même position que le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, "l'exemple à suivre".

"Le marché n'aime pas la cacophonie", souligne-t-il, regrettant que l'Allemagne sorte souvent des rangs, jetant une ombre sur la crédibilité des décisions prises en commun.

Pour Jacques Delpla aussi, la France "a raison d'être prudente". "Parler de défaut, c'est dangereux. Une restructuration de dette, ça ne s'annonce pas à l'avance, ça se prépare en coulisses", estime-t-il.

La seule solution, à ses yeux, c'est de se préparer à un éventuel défaut grec en bâtissant des "fortifications" pour éviter que l'Italie et l'ensemble de la zone euro ne soient emportées, via notamment une forme de mutualisation des dettes européennes.

Nuages

Jusqu’ici, tout va bien. L’Italie flanche, l’Europe vasouille, la croissance patine, mais chez nous, en France, tout va bien. Nos banques sont en pleine forme, jure Monsieur Pébereau, le président BNP Paribas. Il est inspecteur des Finances, donc il sait mieux que nous, d’ailleurs sa banque bat des records de bénéfices. La France tient bon, confirme notre Président. Elle a réformé ses retraites, elle jouit d’une politique rigoureuse, elle peut dormir tranquille sur son oreiller AAA... On se doute bien qu’ils nous mentent un peu, ces docteurs Tant Mieux. Nous voyons que l’euro se fissure, que les méchantes agences scrutent notre dette, que les experts envisagent le pire... Mais notre Président a raison, c’est son rôle de rassurer, d’arrêter à nos frontières le nuage d’inquiétude qui traverse l’Europe. Alors qu’on se le dise: jusqu’ici, tout va bien - mais la chute continue.

Crise. La Grèce coule, l’Italie plonge : à qui le tour ?

Dégradée par une agence d e notation en raison de sa dette faramineuse et de la gouvernance Berlusconi, l’Italie a été sanctionnée par une agence de notation et par les marchés. La contagion s’étend, menaçant l’euro, l’’économie, l’emploi dans tous les pays de l’UE qui ne s’entendent pas

D’où vient la crise ?

Elle a éclaté aux Etats-Unis le 15 septembre 2008, avec la faillite de la banque Lehman Brothers, victime de crédits immobiliers à risques (les « subprimes »). La crise de confiance s’est étendue à l’ensemble du système financier et des banques des deux côtés de l’Atlantique. Les Etats ont essayé d’éteindre le feu avec de l’argent public. Mais ils ont ainsi alourdi leurs dettes, et la crise de confiance s’est propagée aux Etats. Aujourd’hui, ils sont pris en étau par les marchés et les agences de notation : il leur faut d’un côté réduire la dette, donc réduire les dépenses et augmenter les impôts ; de l’autre éviter une récession. Le risque est de mourir guéri, sans dette et sans croissance.

La France est-elle à l’abri ?

Elle a un atout, la note « AAA » que les agences donnent à sa dette, marquant leur confiance dans la capacité de la France à la rembourser. « Son trésor national », insiste Alain Minc. Elle le doit, selon le gouvernement, à la réforme des retraites et à la baisse du nombre de fonctionnaires, preuves du sérieux de sa gestion. Mais la France est la plus endettée du club des AAA (Allemagne, Finlande, Autriche…), autrement dit en tête de liste des pays menacés après l’Italie et l’Espagne. Elle vient de décider un plan de rigueur de 12 milliards, en taxant par exemple les mutuelles. « Des mesures supplémentaires seront indispensables », prévient le FMI, après avoir révisé à la baisse ses perspectives de croissance, donc de recettes.

Que fait l’Europe ?

Elle s’active de sommets en téléconférences, sans grande efficacité. Elle doit à la fois aider la Grèce à ne pas faire faillite, éviter la contagion à d’autres pays, et soutenir ses banques. Le problème est que tout le monde n’est pas d’accord : faut-il demander aux mauvais élèves de s’amender avant de les aider (thèse du bon élève, l’Allemagne), ou d’abord les sauver pour qu’ils changent ensuite (réponse des mauvais élèves) ? Problème de mécanique, aussi : les décisions prises dans l’urgence du sommet du 21 juillet attendent pour être appliquées, d’avoir été adoptées par tous les parlements. Problème politique, enfin : la solution est dans plus de solidarité, donc plus d’intégration « fédérale », mais les peuples européens y sont-ils prêts ? Que fait l’Europe ?

Et le reste du monde ?

Les Etats-Unis sont plus endettés que l’Europe, mais plus riches. Ils ont choisi de lutter contre la crise en s’endettant encore davantage, avec le dernier plan de Barack Obama, et pressent l’Europe de les imiter – ce qu’elle refuse. En filigrane, une bataille est engagée entre le dollar, monnaie dominante, et l’euro, son challenger. Ces tensions, note l’économiste Denis Kessler, sont « arbitrées par les pays du Pacifique ». La Chine, qui regorge d’argent, prête aux Etats-Unis et achète en Europe. Elle a fédéré les « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui proposeront demain à New York d’aider l’euro : c’est le monde à l’envers, ou plutôt l’amorce d’un basculement de la puissance.

La crise est-elle mortelle ?

Oui pour l’euro, et donc aussi pour l’Union européenne, qui ne résisterait pas au déchaînement des nationalismes suivant la déflagration. La fin peut être progressive (sortie de la Grèce, puis d’un autre pays..), ou rapide, car provoquée par l’Allemagne, avec ou sans la France. Nul doute que ce scénario du pire est aujourd’hui étudié.

Aubry en Une de Libé: Dark Knight ou Blue Velvet?

La photographie de Martine Aubry en Une de Libération fait jaser. L'intéressée n'a pas aimé le portrait qui, selon certains, dessert son propos. 

"Je la trouve horrible, cette photo." En déplacement à Nantes, ce mardi, Martine Aubry, n'a pas manqué, à l'heure du déjeuner, de réagir à la Une de Libération qui lui est consacrée, après sa longue rencontre avec la rédaction du quotidien. Le cliché montre l'ovale du visage de l'ex-première secrétaire sortant de l'obscurité, yeux verts maquillés, lèvres froncées. 
La photo est l'oeuvre de Yann Rabanier, qui a photographié les stars du dernier festival de Cannes pour Libé. A Martine Aubry, qui s'inquiétait de "l'effet photomaton", on a promis que tous les autres candidats à la primaire PS seraient traités de la même façon. "Sinon, je me plaindrai à la haute autorité des primaires", a plaisanté la maire de Lille. 
Depuis qu'elle a commencé à circuler sur Twitter, la Une de Libé a beaucoup fait réagir. "Je pense que Martine a suivi un tuto maquillage sur Youtube pour la une de Libé", vanne marion_mdm.BenjaminPoulin la compare même à "Heath Ledger dans the Dark Knight". 
Pour Rue89, cette Une fait curieusement écho à celle qu'avait consacrée en 1997 le Figaro Magazine à celle qui était alors la ministre du Travail de Lionel Jospin. Un gros plan du visage assez martial qu'accompagnait alors la légende suivante : "Martine Aubry, elle incarne la ligne dure du gouvernement". 
La Une de Libération le 20 septembre 2011.
La Une de Libération le 20 septembre 2011.
Yann Rabanier/ Libération
Sur son blog Parergon, Olivier Beuvelet, enseignant en esthétique de l'image à Paris III, relève l'antagonisme entre le titre de Une ("La politique telle que je l'aime") et le visage de Martine Aubry, qui lui évoque "celui d'un revenant ou d'un Mage inquiétant" ou encore Isabella Rosselini dans l'univers très lynchien d'un Blue Velvet... 
Dans le contexte post-interview de DSK sur TF1, l'effet est, selon ce spécialiste de l'image, dévastateur. "Il y a certainement un projet d'érotisation du sujet dans ce traitement de l'image qui la met du côté de la nuit et du désir subjectif et lui donne une profondeur de femme fatale, écrit Olivier Beuvelet, mais le résultat, dans le contexte précis de ce début de semaine difficile qui a vu DSK faire d'elle une menteuse (tiens, tiens...) et une doublure (ce qui sert parfaitement la tactique de Hollande), est aux antipodes, me semble-t-il, de l'effet apparemment escompté. Elle ressemble à une apparition fantasmatique étrange plus qu'à une femme d'action..." 

Sarkozy: le salut par l'étranger?


Nicolas Sarkozy se prendrait-il pour le général de Gaulle qui a construit son mythe sur la politique étrangère et sur la place de la France dans le monde? Cette politique peut-elle le sauver en 2012? Peu de chance. Le chômage, le pouvoir d'achat, l'échec face à la crise économique en France: voilà ce que retiendront les Français. Sauf aggravation de la crise, Nicolas Sarkozy est condamné à réussir et à être convaincant sur le territoire national.




"Que DSK prenne sa retraite!"

Après l'intervention de DSK, politiques et journalistes commentent les propos de l'ex-directeur du FMI. Les internautes de LEXPRESS.fr aussi. Leurs réponses à nos analyses. 

1. L'attitude de la presse
Lors de son interview sur TF1, Dominique Strauss-Kahn a violemment pris à parti L'Express, le qualifiant de "tabloïd". La réponse de Christophe Barbier: "Le vrai sujet n'est pas l'attitude de la presse, c'est la vôtre". 
[Lire: Lettre de Christophe Barbier à Dominique Strauss-Kahn] 
"M.Barbier. Votre lettre sonne aussi juste que l'intervention de DSK a pu sonner faux. L'Express, vous-même, n'avez pas jugé utile de prendre des gants particuliers pour traiter du sujet durant tous ces mois. En revanche, vous vous êtes attachés à dire tout ce que vous saviez et ce que vous en pensiez. Bon, et alors? Ca gène? Pourquoi?
M. Barbier, je pense que vous lui en voulez de nous avoir tous déçus, et si c'est le cas vous avez rudement raison. Je pense que DSK ne vous pardonnera pas votre pugnacité, et il aura rudement tort. Qu'il n'oublie pas: "ce n'est pas en coupant les cordes de la lyre qu'on empêche les oiseaux de chanter" (Tourlette) 
2. Le rapport médical fait débat
Principal reproche de DSK, la publication par L'Express du rapport d'examen de Nafissatou Diallo à l'hôpital St Luke's Roosevelt. Un document qu'il a tenté de faire passer pour une simple "fiche d'entrée".  
[Lire : M. Strauss-Kahn, un rapport est un rapport] 
"Je suis médecin et un rapport médical est un rapport qui retrace avec mesures et photos les constatations et cela d'autant plus fidèlement que les constatations servent souvent à la justice. Il est vrai qu'un médecin d'un président de la république (socialiste) à fait des rapports mensongers de bonne santé donc a pu porter préjudice à la crédibilité des rapports médicaux mais ici le personnel médical n'avait aucun intérêt à ne pas dire la vérité et n'a pas eu le temps d'être subordonné. Les descriptions des lésions constatées du rapport me laisse songer à une violence. (jansti) 
3. L'avenir de DSK
Dimanche soir, DSK a déclaré vouloir se reposer et ne pas s'immiscer dans la primaire. Mais après? Il n'a visiblement pas l'intention d'abandonner la politique. Quelles pistes s'offrent à lui?  
[Lire: DSK a-t-il encore un avenir politique?] 
"La décence, l'éthique sont les seuls fondements humains qui vaillent. Au regard de ces valeurs qui nous distinguent des autres espèces vivantes, DSK aurait dû non seulement s'excuser, mais surtout ne pas se montrer désireux de revenir un jour "au service du bien public" parce que sa "faute morale" est inexcusable, humiliante pour Mme Diallo, Anne Sinclair, contraire à l'esprit public. Qu'il prenne sa retraite, écrive... Le PS a perdu une compétence, mais a gagné en crédibilité comme en témoigne le 1er débat dans le cadre de la primaire. (alterserein) 
4. Le pacte avec Aubry
Le pacte entre Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry n'aura cessé d'entraver la course de la maire de Lille. Jusqu'à la petite phrase lachée par DSK dimanche soir lors de son interview sur TF1. 
[Lire: La petite phrase de DSK qui a plombé la candidature de Martine Aubry] 
"Je ne vois pas où est le problème d'un pacte passé. DSK était très haut dans les sondages, Aubry a pu estimer à l'époque que sa candidature ne ferait pas le poids. Supposons qu'il lui ai proposé le fauteuil de 1er Ministre, pourrait-on dire qu'un 1er Ministre aurait moins d'ambition ou d'envie qu'un président? (riri) 
5. Claire Chazal contre Twitter
La télévision ne sait pas comment intégrer Internet à ses débats? Aucune importance, Twitter, notamment, fait sa petite cuisine devant l'écran, comme dimanche soir lors de l'interview de DSK. Et ce n'est qu'un début pour David Abiker. 
[Lire: Le jour où DSK sera interviewé par Twitter] 
"Le jour où on scindera en 2 l'écran comme vous dites, j'éteindrai pour de bon ma télé et je supprimerai mon compte Twitter. Ce ne seront pas des échanges ou de l'influence, mais du simple spam. Savoir ce que des centaines de types que je ne connais pas pensent instantanément de la prestation d'un homme politique qu'ils aiment ou qu'ils n'aiment pas, franchement, je m'en contrefous, il y a des élections pour ça. Coup de bol, on en a. Non au spam Twitter." (siboretbora) 

Poubelles et système D

Le 19 septembre, le gouvernement grec a annoncé de nouvelles économies pour rassurer ses partenaires et obtenir la 6e tranche de l’aide internationale. Mais dans les rues d’Athènes, de plus en plus de gens recherchent de quoi manger au moindre coût. 

Jusqu’à présent, ce phénomène était inconnu dans notre pays. Mais avec la crise économique, nous voyons de plus en plus de personnes chercher de quoi se nourrir dans les poubelles. Avant, seuls les Roms ou les clochards le faisaient. Puis sont arrivés les immigrés d'Asie ou d'Afrique qui faisaient entrer le plus de choses possibles dans un cadis de supermarché. Aujourd’hui, ce sont des Grecs qui font les poubelles. Beaucoup cherchent des choses à revendre. Tandis que d'autres recherchent tout ce qui est comestible.
Samat Eftehar est originaire d'Iran. Il est propriétaire depuis 25 ans d'une taverne à Exarchia. "C’est encore un petit quartier vivant. Je connais la plupart des habitants depuis des années. J'ai vu des personnes à bas revenus voir leur salaires réduits, des personnes dignes, mais contraintes de fouiller dans les poubelles pour manger", raconte-t-il.
De temps en temps, il donne à manger à des personnes dans le besoin qu'il connaît. "Je pense que l'on a pas encore vu la dernière scène de cette tragédie. Les choses empirent, il y a une vraie famine, constate Samat Eftehar. Famine ne signifie pas ‘je n'ai plus à manger’ comme en Afrique, la famine, selon moi, c'est aussi quelqu'un qui ne peut même pas acheter de la viande une fois par mois".
En ces temps de récession, beaucoup de nourriture finit aux ordures. Chaque année, 89 millions de tonnes de nourriture sont jetées, ce qui représente 180 kilos pour chaque Européen. Les foyers jettent 43% de cette quantité, souvent à cause des dates de péremption.

A la recherche du yaourt le moins périmé

Giorgos Arabatzoglou travaille au service nettoyage de la mairie de Penteli, dans le nord d'Athenes : "Même dans cette banlieue cossue, les gens font les poubelles, surtout à la fin des marchés. Ce phénomène a augmenté dernièrement", dit-il. On trouve sans cesse des sacs poubelles déchirés, donc on suppose que les gens cherchent. Au-delà des supermarchés et des poubelles, il y a les vendeurs de souvlakis [brochettes]. Récemment, j'ai vu une scène inédite. Une jeune femme, devant un supermarché, bien habillée, cherchait dans un tas de yaourts périmés, le moins périmé de tous."
Giannis Apostolopoulos, conseiller à la mairie d'Athenes, constate que  "le phénomène s’est accru depuis un mois et demi, même s'il existe depuis dix ans dans le pays. On le remarque davantage parce qu’il nous touche directement. Il y a des petits retraités avec moins de revenus, des chômeurs parfois jeunes". Il note que ce phénomène dépasse la ville d'Athènes. "C'est un fait. Mais ici, nous organisons tous les jours une soupe populaire et des personnes habitants d'autres quartiers font le déplacement. De plus, les bennes à ordures d'Athènes sont plus remplies".
Dimitri à 40 ans. Depuis plusieurs années il conduit les grues de la mairie d'Athènes. Il a 4 enfants et a trouvé dans les déchets des autres un meuble pour son entrée. "Je n'avais pas 10 euros en poche pour acheter des cigarettes. La mairie ne nous payait pas depuis plusieurs mois et je voyais les meubles jetés dans le quartier d’Aigaleo. J'ai donc saisit l'occasion. Un collègue m'a dit de les revendre pas cher et la première fois, j'en ai gagné 60 euros en deux après-midi !"
Dimitri a changé de voiture et acheté une petite camionnette. Quand sa fille aînée voit des objets jetés dans la rue, elle l'appelle pour qu'il aille les chercher. Le garage de son immeuble est devenu un atelier d'où il extrait les matériaux (essentiellement du fer et du cuivre) des objets récupérés. "J'en retire 300-400 euros par mois et surtout, je peux avoir de l'argent de poche". Comme lui, de plus en plus de ferrailleurs ont fait leur apparition.


A la Une

Encore des sacrifices

Encore des sacrificesComme la plupart des quotidiens grecs, To Ethnos annonce "du sang et des larmes" à ses lecteurs, expliquant que "le gouvernement envisage des licenciements et une nouvelle baisse de salaire de 20% dans la fonction publique". Car Athènes est sous pression de la troïka UE-BCE-FMI pour annoncer un plan de réduction de son déficit et de réforme de l'Etat si la Grèce veut obtenir la 6e tranche du plan d'aide engagé en 2010. Cette tranche de 8 milliards aurait due être versée courant septembre.

Les enfants de Marx et Microsoft

Ils revendiquent la transparence et la démocratie directe, et près d’un électeur berlinois sur dix vient de voter pour eux. Le Parti pirate n’est plus seulement celui de quelques "nerds", mais défend des revendications qui émanent de l’ensemble de la société, estime la Süddeutsche Zeitung. 

Les électeurs berlinois [qui ont voté le 18 septembre], qui se divisent en une multitude de milieux différents, ne semblent se retrouver que sur deux points : leur désamour pour le FDP [la Parti libéral], qui ne recueille jamais plus de 3%, y compris dans les arrondissements bourgeois de l’Ouest de la capitale – et leur intérêt pour le Parti pirate, qui dépasse allègrement la barre des 5% dans tous les quartiers de la ville.
Souvent, les pirates sont devant les Verts, et parfois même devant la CDU. La base électorale du parti ne se réduit pas à une sorte de cybercommunauté.
Les principes et le programme électoral du Parti pirate de Berlin contiennent des idées telles que la gratuité des transports en commun et le droit à une allocation universelle qui les rapprochent de la gauche radicale. L'habitus du pull à capuche de certains membres renforce peut-être cette impression. Pour autant, les valeurs fondamentales des pirates échappent à la classique dichotomie gauche-droite.

L'idéologie du libertarisme

"Liberté", "ouverture", mais surtout "transparence", sont les mots-clés à retenir du programme du mouvement pirate, qui s’est constitué pour la première fois en parti politique en Suède, voilà cinq ans, au terme d’une lutte contre la législation sur le droit d’auteur. L’un des textes fondateurs du mouvement est la "Déclaration d’indépendance du cyberespace", rédigée par l’ancien parolier des Grateful Dead et cofondateur de la Electronic Frontier Foundation, John Perry Barlow, en 1996. Contre la volonté du gouvernement de réglementer Internet, il invoquait les grands noms du libéralisme, Thomas Jefferson, John Stuart Mill, Alexis de Tocqueville ou Louis Brandeis.
"Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu'ont connue autrefois les amoureux de la liberté et de l'autodétermination, qui ont dû rejeter l'autorité de pouvoirs distants et mal informés", peut-on y lire. Et encore : "Nous sommes en train d'établir notre propre contrat social. Nous nous gouvernerons en fonction des conditions de notre monde et non du vôtre. Car notre monde est différent".
Cette idéologie est celle du libertarisme. D’une haute estime accordée à la liberté individuelle découle un scepticisme très marqué à l’égard de l’Etat et du gouvernement, qui ne peuvent parvenir à la légitimité que par la participation directe. En Allemagne, jusqu’à présent, c’était tout au plus le dada d’un petit groupe de libéraux partisans de la ligne dure. Le libertarisme est un mouvement largement répandu aux Etats-Unis, en revanche. En font partie les disciples d’Ayn Rand, la prophétesse du capitalisme radical et égoïste, ainsi que des socialistes libertaires, qui se rapprochent des penseurs anarchistes de la fin du XIXe siècle.

Certains se rallient aux idées de Karl Marx

Mais il ne faudrait pas surestimer l’importance de ces racines théoriques. A l’heure qu’il est, la fidélité à la doctrine n’est pas la vertu première des pirates. Parmi les nouveaux députés berlinois, certains se rallient aux idées de Karl Marx ; quant au président fédéral du mouvement, il avait autrefois sa carte à la CDU. Ce qui est libertaire chez les pirates, c’est leur aspiration à une forme la plus directe possible de démocratie. Les députés doivent représenter la volonté clairement articulée de leurs électeurs, qui évolue sans cesse et peut être entendue grâce aux outils participatifs. La conviction de pouvoir trouver de meilleures solutions pour chaque cas particulier à l’aide des moyens fournis par Internet trouve ses racines dans le cyber-libertarisme de Barlow.
Que ce mouvement plaise autant à l’électorat tient également au fait que c’est aujourd’hui une génération entière qui a été socialisée selon les lois d’Internet. Les gens qui n’ont ni eu besoin de permis de construire, ni été soumis à un contrôle de l’administration lors de l’ouverture d’une entreprise sur Internet ne verront pas l’intérêt d’une réglementation bureaucratique ailleurs. Et ceux qui ont découvert qu’on pouvait suivre en deux clics la trace du moindre euro dépensé par le gouvernement auront du mal à comprendre que les pouvoirs publics invoquent le devoir de réserve à tout bout de champ.

"Oser plus de démocratie"

Beaucoup de membres des partis établis, on l’a vu après l’attentat qui a frappé la Norvège, voient encore Internet comme une menace et entendent le soumettre aux lois du monde "offline". Or, il semblerait qu’une fraction considérable de l’électorat préfère prendre le chemin inverse et étendre son espace de liberté, y compris en dehors d’Internet.
"Oser plus de démocratie", disait le slogan le plus fameux de l’ancien chancelier Willy Brandt. Les pirates l’ont repris à leur compte. Voilà longtemps que l’exigence d’ouverture et de transparence n’est plus l’apanage d’une communauté d’internautes. La protection des "dénonciateurs" fait l’objet d’un article à part entière dans le programme du Parti pirate allemand. Dans l’ère post-Wikileaks, ce programme trouve un écho favorable, en particulier dans une ville où une majorité du gouvernement régional a obtenu – par voie de référendum – que les contrats de privatisation des compagnies des eaux soient rendus publics.

Suède

L’effet de mode est déjà passé

L’effet de mode est déjà passéLes Pirates font “peur aux Verts”, assure la Tageszeitung qui explique que les écologistes allemands pourraient perdre leur originalité auprès de leurs électeurs et par conséquent être affaiblis à long terme.
La Berliner Zeitung est plus circonspecte. En Suède, où le Parti pirate a été créé, le succès "de ce parti monothématique est déjà passé“, constate son correspondant à Stockholm. En 2009, profitant d'un débat houleux sur la protection de la vie privée, les Pirates suédois avaient remporté plus de 7 % des voix et un siège lors des élections européennes. "Ils ont été une sensation à Stockholm, comme maintenant à Berlin. […] Mais ils sont revenus à la case départ, à savoir 0,65 % lors des législatives suédoises en 2010", note le quotidien.
Leur charismatique leader à cédé son poste à une inconnue pour aller assister la création de partis frères partout en Europe et, selon VoteWatch, leur député européen vote à 99 % avec les Verts. "En Suède, maintenant, les Pirates exercent plutôt une influence indirecte que directe", explique la Berliner Zeitung. "Sans eux, les conservateurs au pouvoir n'auraient guère libéralisé leur position sur la propriété intellectuelle. […] Mais ils n'ont pas réussi le saut pour passer d'un parti monothématique à un parti généraliste, comme l'ont fait leur modèle, les Verts."

mardi 20 septembre 2011

Primaire PS : François II et les autres

Le débat des primaires socialistes sur France 2 aura été un événement politique plus important encore que ne l’espéraient ses promoteurs. Cinq millions de téléspectateurs pendant près de trois heures pour suivre une émission austère, sans coups de gueule ni dérapages, cela traduit une forte attente de l’opinion autour du futur adversaire de Nicolas Sarkozy. C’est l’assurance du succès des primaires et d’une participation qui pourrait atteindre plusieurs millions de personnes. C’est donc un avertissement sérieux pour le camp du président de la République : les primaires, cela plaît aux Français et elles vont devenir la règle du jeu des futures élections à droite comme à gauche. Cela dit, on a vu deux candidats qui n’iront pas sur le podium l’an prochain mais qui compteront plus tard : Manuel Valls, criant d’authenticité et de modernité, et Arnaud Montebourg, habile et pompeux procureur de la Montagne, comme on disait en 1793 ! Un régional de l’étape, Jean-Michel Baylet, et une grosse déception nommée Ségolène Royal, qui a raté son come-back. Ne pouvant griffer ses camarades, l’ancienne candidate de 2007 a donné l’impression de ronronner. Reste une Martine Aubry déterminée et pugnace qui a porté quelques coups sévères à M. Hollande, notamment sur le nucléaire, mais qui semble avoir du mal à le rattraper. Enfin François Hollande, le favori des sondages, qui se glisse de plus en plus dans les habits et les postures de François Mitterrand. François II se positionne de plus en plus comme celui qui est en mesure de battre le président sortant. Il se montre habile, rusé, sarcastique, autoritaire comme Mitterrand, et comme lui il sait cultiver le flou et la dissimulation. Comment maîtriser la dette ? trouver l’argent ? remplacer progressivement le nucléaire ? François Hollande laisse Martine Aubry se dévoiler, faire des pas vers les écologistes comme si elle était déjà au deuxième tour de 2012. Tandis que lui, bon élève de Mitterrand, reste exclusivement tendu vers les primaires et le premier tour. Il joue bien, mieux que les autres.

Affaire DSK : On verra ? C’est tout vu!

L’interview de Dominique Strauss-Kahn au journal de 20 heures de TF1 fut une grandiose entreprise de communication, de complaisance et de réhabilitation de l’ex-directeur du FMI. D’abord, je partage l’opinion d’Alain Duhamel selon laquelle « une amie d’Anne Sinclair ne devait pas interroger DSK ». Mais, outre cette faille originelle de crédibilité, cette interview théâtralisée, mise en scène au millimètre, a manqué de vérité et de vraie sincérité.

Les Français ont eu droit à moins d’égards que les salariés du FMI qui avaient, eux, reçu les excuses de Dominique Strauss-Kahn. Ici point d’excuses mais la reconnaissance d’une simple « faute morale », c’est le service minimum. Quant à « la légèreté perdue pour toujours », on demande à voir.

Aucune explication plausible n’est apportée sur la scène du Sofitel : s’il n’y a eu « ni violence, ni contrainte, ni agression » et s’il n’y a pas eu de relation tarifée, que s’est-il donc passé ? Peut-être un coup de foudre de la femme de ménage pour le client ? On se moque de nous.

Clou de la soirée, Dominique Strauss-Kahn a accrédité la fameuse théorie du complot en insistant sur les zones sombres. Quand on connaît la propension des gogos à croire à ce genre d’explications fallacieuses, on se dit une fois encore que plus c’est gros, mieux ça passe.

Et puisqu’il fallait atteindre l’objectif central qui était de remettre Dominique Strauss-Kahn sur une trajectoire de retour en politique, l’occasion lui fut donnée de mélanger les genres : une petite claque à Martine Aubry, la remplaçante, l’ancienne alliée, qui a eu l’audace de prendre ses distances, et une recommandation de mettre fin d’un trait de plume à la dette grecque alors que le FMI sous Dominique Strauss-Kahn avait tout fait pour obliger les Grecs à rétablir leurs finances. Alors un avenir en politique ? On verra, dit M. Strauss-Kahn. Pour beaucoup de Français, c’est déjà tout vu !

Dominique Strauss-Kahn a-t-il copié Bill Clinton ?

Après le passage de Dominique Strauss-Kahn dans le journal télévisé de TF1, ce montage vidéo réalisé par Canal + est en train de faire le buzz. Il fait un parallèle entre les excuses de l'ancien patron du FMI et celles présentées par Bill Clinton le 17 août 1998 après l'affaire Monica Levinsky. En comparant les deux discours, on remarque que les propos de DSK ressemblent beaucoup à ceux de l'ancien président des États-Unis.

DSK, le jour d’après

Dominique Strauss-Kahn a fait mieux, à lui seul, que tous les “Enfoirés” réunis. Se mettant à table sur TF1, il a battu les “Restos du cœur” - jusqu’alors record d’audience 2011 de la chaîne. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. 13,4 millions de téléspectateurs, à l’heure dite, se tenaient campés devant leur poste.

D’éminents analystes y décèlent un regain d’intérêt des Français pour la politique. On en déduirait, sinon, que les faits-divers crapoteux continuent de passionner l’opinion. L’attente, dimanche soir, portait moins sur la pensée économique de l’invité que sur sa version de “l’affaire”. Et qu’a-t-on appris ? Qu’il n’y avait rien à apprendre. L’unique vérité repose dans le rapport du procureur de New York.

Aucune poursuite pénale n’étant engagée, l’ex-patron du FMI s’estime quitte. Il admet, certes, une “faute morale” relevant de la vie privée, mais se pose en victime publique. Et de répéter, l’air grave : “J’ai beaucoup perdu”. La France aussi, croit-on comprendre, qui se trouve privée d’un candidat idéal pour l’Élysée…

On voit ainsi, souvent, émerger des regrets par-dessus un champ de ruines. “Quel artiste va périr avec moi !” se lamentait déjà Néron au crépuscule de sa déchéance. DSK, plus optimiste que le tyran romain, refuse d’insulter l’avenir. Il garde ses talents en réserve du PS et de la République. Demain, en cas de malheur, le pays pourra toujours compter sur lui.

Efforts

Drôle d’Europe ! Quand l’argent manque, Barack Obama taxe les riches, et l’Europe taxe les pauvres. Face à la crise, le président américain augmente les impôts de ses millionaires, et l’Union européenne supprime l’aide alimentaire à ses chômeurs… Soyons honnêtes, c’est un peu plus compliqué. Les millionnaires sont davantage taxés en Europe, et les pauvres plutôt moins aidés aux Etats-Unis. Tout de même, le choc des annonces est désastreux. Et mieux vaudrait que tous deux suivent l’exemple de l’Irlande : pour récupérer l’argent dépensé à renflouer les banques du pays, elle met aux enchères les œuvres d’art saisies chez les riches faillis. La plus belle pièce est estimée à un demi-million de dollars, elle appartenait à un magnat de l’immobilier. C’est un tableau d’Andy Warhol, « Dollar Sign » — oui, le signe du dollar peint sur une toile. Cela fera au moins rire les pauvres.

Le fatalisme, gangrène de notre société

La politique n'a plus prise sur l'économie. La crise gréco-européenne devrait être réglée depuis cet été mais se solde par une division de l'« Union », sans solution. Comment s'attendre à ce que dans la « vraie » vie, les problèmes soient résolus avec plus d'efficacité ? Quand une entreprise voit ses charges augmenter et ses recettes diminuer ; que cet effet ciseaux aboutit à un résultat nul, voire négatif ; qui peut lui imposer de ne pas réduire ses charges - masse salariale y compris ? La question est différente quand la réduction des effectifs a pour objet d'accentuer une rentabilité pourtant déjà confortable, règle d'or des actionnaires financiers. Mais le résultat est souvent le même : si le groupe décide de supprimer 127, 220 ou 800 postes, qui les en empêche ? Les politiques se montrent solidaires, surtout en campagne électorale, mais sont souvent démunis. Restent les syndicats. Dans le cas d'une faillite, ils peuvent pleurer. Dans le cas de décisions financières, le combat n'est pas toujours perdu d'avance, en témoigne la résistance qui dure depuis quatre ans sur le site Goodyear d'Amiens. Pour cela, il leur faut une existence réelle de représentation. Or ce n'est pas le cas. Les salariés se complaisent dans la fatalité et peinent à s'investir dans une vie syndicale, qui exige certes un minimum d'altruisme. Quant aux politiques, malgré les discours, ils ne sont pas les meilleurs soutiens des syndicats. Ce sont pourtant souvent d'efficaces alliés dans les combats pour le maintien ou le développement des emplois… quand ils ne se sabordent pas eux-mêmes dans des luttes intestines.

Emilie Gobin, présidente de l’Usine à Design : une fille bien dans ses meubles

Un millier de modèles, des combinaisons par millions… Son site Web bouscule les Ikea et compagnie, en alliant originalité et prix cassés.

A 26 ans, Emilie Gobin semble taillée pour le succès. Elle vient d’ailleurs de remporter le prix Trajectoires HEC au féminin, qui récompense un début de carrière prometteur. Car l’Usine à Design, l’entreprise qu’elle a créée il y a deux ans avec deux copains de promo et un industriel du meuble, a le vent en poupe. Le concept ? Proposer des canapés, fauteuils ou lits personnalisables – on peut choisir les matériaux, les couleurs, les dimensions et les finitions – à des prix inférieurs de 30% à ceux du marché. «L’idée nous est venue en observant nos chambres d’étudiants, raconte la jeune femme. Elles se ressemblaient toutes car le mobilier provenait de la même enseigne suédoise. Comment rendre le meuble abordable sans tomber dans la standardisation ? C’était le défi.»

Pour le relever, la start-up a mêlé plusieurs recettes. D’abord, faire fabriquer là où le rapport qualité-prix est le meilleur. «Si le produit exige beaucoup de main-d’œuvre, on opte pour l’Asie. En revanche, certaines techniques d’à-plats de couleurs n’existent qu’en Europe», précise Emilie Gobin. Ensuite, supprimer les stocks : chaque article est réalisé à la commande, d’où un délai de livraison de huit à dix semaines. Enfin, réduire les intermédiaires. En Chine, où sont conçus les canapés chesterfield, le best-seller 2010, tout est géré par une équipe locale : choix du cuir, négos avec les industriels, inspection des produits, transfert par cargos…

La société ne compte que 18 salariés en France (et 6 en Asie) mais dépasse déjà les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il y a un an, elle a franchi un cap en persuadant le CIC de met tre au pot 1,6 million d’euros. Avant cela,
la jeune patronne avait rencontré pas moins de 70 investisseurs. Maligne, elle a su s’entourer d’hommes d’expérience tels qu’Olivier Mathiot, cofonda
teur de PriceMinister et HEC comme elle, ou Cyril Karaoglan, qui siège au conseil consultatif de Sotheby’s France.

Ses trois conseils pour bien s’entourer
“Admettre qu’on ne peut pas être expert en tout. Nous voulions concevoir le site Web nous-mêmes mais nous ne comprenions rien. Plutôt que de nous obstiner, nous avons recruté un directeur technique.”
“Varier les profils. Des managers ont moins de 30 ans, d’autres plus de 50. Une équipe composée uniquement de jeunes nous priverait d’expertises utiles.”
“Privilégier les partenariats à long terme avec les fournisseurs. C’est une garantie de qualité pour nos produits. Nous ne voulons pas être un soldeur, où les clients viendraient seulement chercher un prix.”

Sa plus grosse erreur
“Avoir sous-estimé l’importance du catalogue. Nous avons lancé le site avec trois références : un canapé, un tapis, un fauteuil. Nous pensions que nos prix attractifs nous garantiraient un millier de commandes en dix jours. Nous n’en avons enregistré que 100.”

DSK : Le baiser de la mort à Aubry

En révélant dimanche qu’il était bien lié par « un pacte » avec Martine Aubry et qu’il « voulait être candidat » en 2012, Dominique Strauss-Kahn fragilise la campagne de la maire de Lille.

Maladresse ou perfidie ? En confiant dimanche soir, sur TF1, qu’il « voulait être candidat » à la présidentielle avant son arrestation le 14 mai, à New York, pour agression sexuelle, Dominique Strauss-Kahn plonge son « amie » Martine Aubry dans l’embarras. Car, en parallèle, il reconnaît avoir été lié à elle (et à Laurent Fabius, NDLR) par « un pacte » de non-concurrence, selon lequel seul le mieux placé se présenterait à la primaire socialiste. Disons-le franchement : ce n’est pas une révélation, tout juste une confirmation.
Cette alliance est née d’une discussion, le 1er juin 2008, dans un restaurant du XIIIe arrondissement de Paris. Autour de la table : Aubry, Fabius, Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Moscovici, représentants de DSK retenus à Washington. Inquiets de la montée en puissance de Ségolène Royal, contre laquelle ils décident de s’allier pour rafler le parti au congrès de Reims, ils évoquent l’idée d’une « présidentielle externalisée » – autrement dit d’une primaire – avec un candidat commun. Ce soir-là, Moscovici claque la porte : « Je n’en suis pas ! », lance-t-il.
L’idée chemine pourtant. Elle est entérinée au cours de l’été, quand Aubry rend visite à Strauss-Kahn à Marrakech. « Rien n’a été signé mais ils se sont mis d’accord, raconte un témoin. En novembre, DSK apporte son soutien à Aubry et, avec Fabius, ils continuent à échanger pour la présidentielle. » Favori des sondages, Strauss-Kahn fait part de son envie de concourir. Patatras ! Ses ambitions s’écroulent le 14 mai. Aubry, qui –malgré les dénégations de ses proches – avait renoncé à se présenter, décide alors de briguer l’investiture socialiste.

"Candidate de substitution"

Aussitôt attaquée par l’entourage de François Hollande sur son « manque de préparation et d’envie », elle tente depuis, à grand peine, de décoller l’étiquette d’une « candidate de substitution ». Mais celle-ci est tenace. Et dimanche soir, DSK l’a lui-même accréditée, ouvrant une brèche dans laquelle se sont engouffrés, lundi, les « hollandais ». « La volonté, l’envie, ça ne s’improvise pas après un empêchement », tacle ainsi le député Bruno Le Roux. Moscovici, coordinateur de campagne du député de Corrèze, renchérit : « Quand on entre dans une élection comme la primaire, on doit être déterminé par soi-même et par ses convictions. » Et André Vallini d’enfoncer le clou : « Hollande, lui, n’a jamais été dans aucun pacte ni arrangement. »
Cette charge violente, à moins d’un mois du premier tour de la primaire, a contraint Aubry à répliquer, lundi à Nice. « Est-ce que j’ai l’air d’une candidate de substitution ?, ironise-t-elle. Non, je suis la candidate qu’il faut, voilà le bon slogan ! » A Moscovici qui l’accuse d’avoir « nié » l’existence du pacte, elle répond qu’elle « n’aime pas ce terme ». « Nous n’allons pas nous lancer dans une bataille de mots, relaie Olivier Dussopt, son porte-parole. Martine a toujours dit qu’elle s’inscrivait dans un travail commun avec Strauss-Kahn, Fabius et Delanoë. Je ne vois rien, dans les déclarations de DSK, qui la mette en porte-à-faux. » Elle n’en apparaît pas moins fragilisée.
Tristane Banon : "Ça fait mal" 
« Ça fait mal », a réagi lundi sur Canal+ Tristane Banon au sujet de l’intervention de Dominique Strauss-Kahn sur TF1. Il n’a « pas un mot ni pour Nafissatou Diallo, ni pour moi », s’est-elle indignée. Alors que DSK a confié avoir perdu sa « légèreté » depuis son arrestation à New York, Banon a ironisé : « Je suis navrée pour lui. Moi, en ce qui me concerne, la légèreté je l’ai perdue le 11 février 2003 » – date de la tentative de viol supposée dont elle accuse l’ex-patron du FMI. Ce jour-là, « je pense que si j’avais pas eu beaucoup, beaucoup de chance, ça aurait fini par un viol », a-t-elle réaffirmé. D’ailleurs, si l’affaire est classée par la justice, « je me constituerai partie civile » pour obtenir la désignation d’un juge d’instruction, a-t-elle prévenu. DSK a qualifié dimanche d’« imaginaires » les accusations de la jeune femme de 32 ans, après avoir toutefois reconnu dans le cadre de l’enquête lui avoir fait des « avances ». « C’est pas normal […] qu’on offre le JT de TF1, comme une rock star […] à quelqu’un qui est encore sous le coup de deux procédures dans deux pays », s’est insurgée Tristane Banon.

Martine Aubry, l’autre victime présumée de DSK

Il y a des amis dont on se passerait volontiers. Ceux qui, de bout en bout, vous portent la poisse, mais auxquels les hasards intéressés de la vie vous lient au-delà de la raison. Le couple politique que forment Martine Aubry et DSK avait-il vraiment un avenir alors qu’il reposait, depuis des années, sur des bases illusoires ?

Déjà, l’ancien ministre de l’Économie de Lionel Jospin avait lesté sa partenaire gouvernementale de l’encombrant bébé des 35 heures, qu’il avait conçu, mais dont il ne reconnut jamais la paternité, laissant à sa petite camarade le soin d’assumer seule sa responsabilité. Les chemins de l’improbable duo divergèrent dans les plaines désespérantes de l’opposition avant de se croiser à nouveau, en 2008, à Reims. Le sacre, un peu volé, de la nouvelle première secrétaire du PS ne fut possible qu’avec le soutien des Strauss-Kahniens...

Efficace et pragmatique, la patronne des socialistes admit assez vite, en échange, l’ascendant pris dans les sondages par l’homme de Washington, magnifié à la fois par la distance et par sa dimension internationale. Loyale, elle finit par voir en lui l’incontournable vainqueur à la présidentielle que la gauche attend depuis 1988. Et composa avec cette réalité.

Obligée d’attendre dans l’antichambre de la présidentielle que Monsieur 63% ait fini de se mettre en condition à New York avant de se décider à conquérir l’Élysée, la première secrétaire resta ligotée à son fauteuil de la rue de Solférino. Contrainte de regarder s’élancer François Hollande... qui en profita pour prendre une avance dont on mesure aujourd’hui l’importance.

Le funeste 14 mai, les frasques du favori déchu la laissèrent dévastée. Elle se dévoua bravement pour entretenir la façade de la maison PS éclaboussée par le déshonneur. Puis, enfin, elle se lança, conquérante... Mais l’éclat qu’elle voulait donner à sa candidature fut aussitôt éclipsé - cruel hasard de la chronologie - par la révélation des mensonges de Nafissatou Diallo ! La curiosité qui s’était fugitivement portée sur elle, repassa de l’autre côté de l’Atlantique. Depuis ce décollage raté, la campagne Aubry n’a jamais trouvé sa vitesse de croisière.

Écartelée entre ses valeurs féministes et sa fidélité à un homme à terre dont elle défendit courageusement la présomption d’innocence, «Martine» dut se résoudre, tardivement, à adopter une prudente réserve sur les comportements de «Dominique» avec les femmes. Est-ce cette petite trahison, légitime, que DSK a voulu lui faire payer en la compromettant par deux fois dimanche soir en révélant qu’il devait être candidat aux primaires du parti et que Martine Aubry aurait renoncé à l’être ? «Le pacte de Marrakech», ce n’est pas un titre très vendeur pour une héroïne de gauche, prise en flagrant délit de mensonge, puisqu’elle avait nié l’existence de tout arrangement. Et si c’était sur Martine Aubry que le piège, évoqué sur TF1, s’était finalement refermé ?
OUI, MAIS ÇA ELLE NE LE SAIT PAS ENCORE !!

CRISE – La Chine, sauveur de l'Europe ?

 La Banque centrale de Chine est prête à soutenir les pays en difficulté pour rembourser leur dette. Le rachat par l'Empire du Milieu d'obligations européennes pourrait calmer les marchés et sortir la zone euro de la crise. Mais cette générosité n'est pas sans contreparties : Pékin espère bien aussi en tirer quelques dividendes sur le plan diplomatique
 Rachat d'obligations italiennes ou non ? En milieu de semaine, le bruit d'un rachat de titres d'Etat italiens par la Chine a donné une bouffée d'oxygène aux marchés financiers européens. Les bourses ont terminé mardi 13 septembre sur un net rebond. Une information qui a également renforcé l'Euro, au plus mal depuis ces derniers mois : il s'échangeait à 1,3692 dollar dans la soirée.


La Chine à la rescousse de l'Europe…
Très vite les rumeurs ont été démenties par l'Italie. Reste que l'hypothèse d'un soutien de la Chine à destination de la zone euro est particulièrement prise au sérieux par les marchés. La Banque centrale de Chine est prête à soutenir les pays en difficulté pour rembourser leur dette. "Nous soutenons la zone euro dans ses efforts pour s'attaquer à la crise de la dette", a déclaré vendredi Mme Jiang Yu, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Et la Chine est déjà venue à la rescousse de pays de la zone euro en difficultés ces derniers mois.
Fin mai, Pékin avait fait part de son intention d'acheter des titres de dettes émis par le Fonds européen de stabilité pour le Portugal. En janvier, la Chine avait acheté des titres européens destinés à renflouer l'Irlande. Et dès le début de la crise, la Chine était venue en aide à l'Europe malade de ses dettes. En début d'année, le pays avait acheté des obligations d'Etat espagnoles pour une centaine de millions d'euros. L'Empire du Milieu s'est également engagé à acquérir des obligations grecques.
Il faut dire que les réserves de change de la Chine sont les plus élevées du monde. Elles ont dépassé en 2011 les 3.000 milliards de dollars. Une cagnotte qui a rapidement augmenté ces dernières années avec l'afflux des investissements étrangers en Chine, les forts excédents commerciaux --plus de 183 milliards de dollars en 2010-- et, en partie, l'entrée d'argent spéculatif. Pékin multiplie ces dernières années ses efforts pour diversifier ses réserves de changes, jusque là en grande partie investies en bons du Trésor américain. Au programme, évidemment, de l’achat d’or mais aussi d’euros. La monnaie unique est ainsi devenue la deuxième monnaie de réserve mondiale.
…Sous certaines conditions
Les promesses d’aide de la Chine sont évidemment intéressées. L’Empire du Milieu a tout intérêt à voir se maintenir un euro fort, en particulier face au dollar et au yuan. Cela favorise ses exportations vers l'Europe, son premier partenaire commercial. Pékin avance ses pions économiques sur le Vieux Continent, en profitant des difficultés dans la zone pour acheter des infrastructures – portuaires essentiellement (port du Pirée).
Pékin espère bien aussi tirer de sa générosité financière quelques dividendes sur le plan diplomatique, avec deux priorités : obtenir la fin de l'embargo sur les armes, et décrocher le statut d'"économie de marché"."Selon le calendrier de l'Organisation mondiale du commerce, le statut d'économie de marché à part entière sera reconnu à la Chine en 2016. Si les pays de l'UE peuvent faire preuve de sincérité quelques années plus tôt, cela refléterait notre amitié", a déclaré le Premier ministre Wen Jiabao. "J'espère qu'il y aura des avancées sur ce sujet lors du prochain sommet UE-Chine". Une manière de mettre la pression sur les gouvernements européens, puisque ce statut permettrait d'éviter de payer des droits de douane.
La Chine pourra-t-elle sauver l’Europe à elle toute seule ? Si elles rassurent, les promesses d’aide de la Chine – au Portugal ou à la Grèce par exemple – n’ont jusqu'à présent pas suffit pour durablement calmer les marchés.

La Grèce réfléchirait à un référendum sur l'euro-presse

Le gouvernement grec envisagerait la tenue d'un référendum sur le maintien de la Grèce dans la zone euro pour raffermir sa légitimité dans sa gestion de la crise de la dette, rapporte mardi le quotidien grec Kathimerini sur son site internet.
Un projet de loi préalable à ce référendum serait débattu dans les prochains jours, ajoute le journal de langue anglaise qui cite des sources non précisées.
Les autorités grecques sont pressées par leurs créanciers étrangers d'accélérer les réductions des dépenses budgétaires tandis que de l'autre côté, des manifestants dénoncent quotidiennement les ravages de la politique d'austérité.
Le Premier ministre George Papandreou, qui a rejeté par le passé l'idée d'un référendum, l'envisage désormais comme un moyen d'obtenir un nouveau mandat des urnes pour que son gouvernement poursuive la politique de rigueur attendue par les partenaires financiers à la Grèce, dont l'Union européenne et le FMI.
Mais Kathimerini note que le gouvernement est divisé, certains ministres plaidant pour une initiative plus radicale avec dissolution du parlement et élections anticipées; d'autres refusent au contraire tout retour dans les urnes, que ce soit pour un référendum ou pour des législatives.
www.ekathimerini.com (Henri-Pierre André pour le

Martine Aubry : "Je pense que je vais gagner la primaire"

"Les gens savent quelles sont mes convictions et que je ne lâcherai pas. C'est la raison pour laquelle je pense que je vais gagner la primaire", déclare Martine Aubry dans une interview à paraître mercredi 21 septembre dans Les Inrockuptibles et dont des extraits ont été publiés lundi.

"Des femmes et des hommes issus de milieux très différents disent : avec elle, on sait où on va, on sait qu'elle va faire ce qu'elle dit. Et ce mouvement-là, je ne le sens pas ailleurs. C'est le résultat de l'expérience acquise dans les responsabilités associatives, syndicales et ministérielles que j'ai exercées", dit-elle. Mme Aubry s'exprimait alors que des partisans de François Hollande soulignaient qu'elle était une candidate "par défaut" suite aux déclarations de Dominique Strauss-Kahn sur TF1, dimanche.
>> Lire notre décryptage "Pacte DSK-Aubry" : le camp Aubry réplique aux soutiens de Hollande
"JE PENSE QUE CE SERA MOI"
L'ex-première secrétaire du Parti socialiste, nettement distancée par François Hollande dans les sondages avant le premier tour de la compétition interne pour désigner le candidat du PS à l'élection présidentielle de 2012, se dit "extrêmement optimiste".
Elle ajoute : "Est-ce que vous pensez que pendant trois ans j'ai fait tout ce que j'ai fait, en pensant d'abord aux Français, pour dire 'Si c'est pas moi, j'irai sous ma couette' ? Non ! Mais je vous rassure tout de suite,  je pense que ce sera moi".
QUELLE HORREUR, AU SECOURS !!!!

L'acte de contrition de DSK fait écho à celui de Bill Clinton

Les deux affaires sont très différentes mais les actes de contrition télévisuelle se ressemblent étrangement. Dimanche 18 septembre au soir, à peine terminée l'intervention télévisée de Dominique Strauss-Kahn sur le plateau du 20 heures de TF1, beaucoup de commentateurs l'ont déjà relevé : un certain nombre d'éléments de langage employés par l'ancien patron du FMI semblaient faire écho à l'intervention de l'ancien président américain, Bill Clinton, le 17 août 1998.

Ce soir-là, l'ancien président démocrate était venu s'expliquer à la télévision, face caméra et devant des millions d'Américains, sur sa relation avec Monica Lewinsky. L'"affaire Lewinsky" – ou le "Monicagate" comme on l'appelait déjà à l'époque –, avait éclaté sept mois auparavant aux Etats-Unis. A cette époque, des rumeurs affirment que Bill Clinton aurait eu, entre 1995 et 1997, des rapports intimes avec une stagiaire de la Maison Blanche, Monica Lewinsky. Le 21 janvier 1998, devant un grand jury et alors qu'il était sous serment, M. Clinton nie les faits.

Mais, le 28 juillet 1998, le procureur en charge de l'enquête, Kenneth Starr, obtient les aveux de Monica Lewinsky en échange de son immunité. En l'espace de quelques jours, l'étau se resserre autour de Bill Clinton, qui se voit obligé de réviser sa stratégie de communication : le 17 août, il s'adresse directement à la Nation pour reconnaître des relations sexuelles avec Monica Lewinsky.

Il est important de noter que l'"affaire Lewinsky", à la différence de l'"affaire DSK" ne comporte aucun volet pénal et qu'il n'y a jamais été question de relation sexuelle contrainte. En ceci, les deux affaires diffèrent complètement ; mais dans les deux cas, les principaux intéressés ont été amenés à faire une acte de repentir public et télévisuel. Dimanche soir, Dominique Strauss-Kahn a ainsi utilisé certaines expressions relevant du champ lexical de la moralité qui rappellent le discours prononcé par Bill Clinton, 13 ans plus tôt.

La déclaration de Dominique Strauss-Kahn, le 18 septembre 2011


LA "RELATION INAPPROPRIÉE"
Dès les premiers mots de son entretien avec Claire Chazal, l'ancien patron du FMI reconnaît plus qu'une "relation inappropriée", "une faute" :
  • DSK : "Ce qui s'est passé, c'est une relation non seulement inappropriée mais plus que ça. Une faute."
Bill Clinton avait alors employé pratiquement les mêmes mots, avec la même syntaxe :
  • Clinton : "J'ai bien eu une relation avec Mlle Lewinsky, qui n'était pas convenable. En fait, c'était mal." ("I did have a relation with Miss Lewinsky that was not appropriate. In fact, it was wrong")
LES "REGRETS" ENVERS LES PROCHES
M. Strauss-Kahn mentionne ensuite rapidement sa famille et ses proches et dit à quel point il regrette de les avoir fait souffrir. Puis Claire Chazal lui demande si il a eu une "relation tarifée" avec Nafissatou Diallo : DSK répond laconiquement et s'empresse de sortir du volet judiciaire – la prostitution est interdite dans l'Etat de New York – pour revenir sur le volet moral de l'affaire.
  • DSK : "Une faute vis à vis de ma femme, mes enfants, mes amis. Mais aussi une faute vis à vis des Français qui avaient placé en moi leur espérance de changement."
  • DSK : "Non, ce n'était pas un rapport tarifé. Est-ce que c'était une faiblesse ? Je crois que c'est plus grave qu'une faiblesse, je crois que c'est une faute morale et je n'en suis pas fier. Et je la regrette infiniment, je l'ai regrettée tous ces jours, au long de ces quatre mois et je crois que je n'ai pas fini de la regretter."
Bill Clinton avait lui aussi insisté pour dire à quel point il regrettait d'avoir entraîné ses proches dans cette affaire. Mais le président faisait alors référence non pas à sa relation avec Mlle Lewinsky, mais au fait d'avoir menti devant un grand jury :
  • Clinton : "J'ai trompé le public, y compris ma femme. Je le regrette profondément." ("I misled people, including even my wife. I deeply regret that.")
  • Plus loin, Bill Clinton ne parle pas de fierté, mais de "honte" et dit avoir menti pour "[se] protéger de la honte de [sa] propre conduite" ("to protect myself from the embarrassment of my own conduct")
LES "ATTAQUES TERRIBLES" ET LE TON SOLENNEL

Dominique Strauss-Kahn est également revenu sur son arrestation du 14 mai et sur toute la période d'instruction pendant laquelle presse, commentateurs et analystes politiques ont énormément parlé de l'affaire. Prenant un ton très solennel, il rappelle que lui aussi a "beaucoup perdu" dans l'affaire.
  • DSK : "Dans cette affaire, j'ai vécu des choses violentes, oui. Des attaques terribles. Et j'ai beaucoup perdu, même si d'autres, dans d'autres circonstances, ont pu parfois perdre plus que moi."
  • DSK : "Je comprends que cela ait choqué, je l'ai payé lourdement, je le paye toujours. J'ai beaucoup perdu dans cette histoire. Depuis quatre mois, j'ai vu la douleur que j'ai créée autour de moi et j'ai réflechi. J'ai beaucoup réflechi. Et cette légéreté, je l'ai perdu, pour toujours."
Bill Clinton s'en était lui pris à l'enquête menée par le procureur Kenneth Starr. Mais, de la même manière, il ne s'était nullement dédouané : il avait employé un ton solennel et en avait même référé à Dieu :
  • Clinton : "L'enquête indépendante s'est ensuite étendue à mes collaborateurs et amis, puis à ma vie privée. Et désormais l'enquête elle-même fait l'objet d'une enquête. Ceci a duré trop longtemps, coûté trop cher et blessé trop de personnes innocentes." ("The independent counsel investigation moved on to my staff and friends, then into my private life. And now the investigation itself is under investigation. This has gone on too long, cost too much and hurt too many innocent people.")
  • Clinton : "Maintenant, cette affaire est entre moi, les deux personnes que j'aime le plus – ma femme et notre fille – et Dieu. Je dois réparer cela et je suis prêt à faire tout ce qui sera nécessaire pour y parvenir." ("Now, this matter is between me, the two people I love most – my wife and our daughter – and our God. I must put it right, and I am prepared to do whatever it takes to do so.")
A la fin de l'entretien sur TF1, Dominique Strauss-Kahn a endossé ses habits d'ancien patron du FMI pour parler de la crise financière mondiale et aussi sans doute rappeler ainsi aux Français qu'il existe des problèmes bien plus sérieux dans le monde actuellement :
  • DSK : "Je crois que la situation est très sérieuse. Avec le défi écologique, le défi que nous rencontrons dans cette crise est sans doute le plus sérieux pour les générations qui sont présentes et si nous ne réagissons pas vite, dans 25 ans, l'Europe sera une terre de désolation."
A la fin de son discours, Bill Clinton avait alors usé de la même rhétorique, mais avait dit de façon bien plus claire et directe ce qu'a sous-entendu hier M. Strauss Kahn :
  • Clinton : "Maintenant, il est plus que temps de tourner la page. Nous avons d'importantes questions à résoudre, de réelles opportunités à saisir, de réels problèmes de sécurité à affronter." ("Now it is time – in fact, it is past time to move on. We have important work to do – real opportunities to seize, real problems to solve, real security matters to face".

Lettre de Christophe Barbier à Dominique Strauss-Kahn

Lors de son interview sur TF1, Dominique Strauss-Kahn a violemment pris à parti L'Express, le qualifiant de "tabloïd". La réponse de Christophe Barbier: "Le vrai sujet n'est pas l'attitude de la presse, c'est la vôtre". 
Monsieur l'ex-directeur général du FMI, 
Prenant la parole, pour la première fois en France, après les faits survenus dans la suite 2806 du Sofitel de New York et le feuilleton judiciaire qui s'en est suivi, vous avez qualifié L'Express de "tabloïd", l'accusant d'"acharnement" à votre égard et contestant les documents que nous avons publiés le 17 août dernier. Dans un exercice de communication ciselée, qui visait à imposer "votre" vérité, vous avez proféré là trois mensonges. 
Pour avoir subi outre-Atlantique les attaques injurieuses et les Unes graveleuses de la vraie presse de caniveau, vous savez bien que L'Express n'est pas un tabloïd. Pas une ligne de notre journal ne s'est éloignée de la quête des faits et d'une ligne éditoriale intraitable quant au respect dû aux femmes, à l'éthique que doivent respecter ceux qui représentent la France et à l'exemplarité nécessaire pour briguer la présidence de la République. L'Express est cité dans le rapport de Cyrus Vance, que vous avez brandi à la télévision: le procureur aurait-il accordé du crédit à un tabloïd? L'Express est le seul journal à avoir reproduit intégralement ce document, derrière lequel vous vous abritez aujourd'hui. Est-ce là une méthode de "tabloïd" qui s'"acharne"? 
L'Express ne s'acharne jamais, si ce n'est à établir la vérité. Dès octobre 2008, en consacrant notre Une à l'affaire Piroska Nagy, nous avions mis en lumière votre comportement contestable envers les femmes et le danger que votre vie privée faisait peser sur votre vie publique. Avoir raison avant tout le monde ne s'appelle pas de l'acharnement, mais de la lucidité. Peut-être est-ce cela que vous ne pardonnez pas à L'Express? Si vous aviez tenu compte jadis de nos analyses, plutôt que de nous les reprocher aujourd'hui, vous seriez en ce moment le favori de l'élection présidentielle. 
L'Express a publié un rapport médical, rédigé par un praticien spécialisé dans les agressions sexuelles, document standard et officiel établi par les hôpitaux compétents à chaque fois que se présente un cas similaire: cela s'appelle les "sexuals assaults forensic exams notes". Que le procureur Vance ne l'ait pas jugé suffisant pour étayer un éventuel procès ne le dénature en rien. La justice américaine a abandonné les charges contre vous parce qu'aucune preuve matérielle ni aucun témoignage fiable - Nafissatou Diallo ayant perdu toute crédibilité - ne permettent d'asseoir une accusation solide face à un jury. Le doute vous profite, et c'est normal. Demeure la relation sexuelle "précipitée", dont vous dites qu'elle n'a pas été tarifée, mais dont la brièveté laisse peu de place à la tendresse et aucune à la dignité. 
Monsieur l'ex-directeur général du FMI, L'Express n'a ni ennemi, ni parti. Nous pratiquons la même intransigeance envers tous les politiques qui briguent le pouvoir. Vous en prendre à un journal ne changera rien: depuis quatre mois, le vrai sujet d'interrogation n'est pas l'attitude de la presse, c'est la vôtre. Et puisque l'opinion a entendu dimanche soir que vous souhaitiez emprunter le chemin de la rédemption, afin d'être à nouveau "utile au bien public", puissiez-vous comprendre qu'il faut, pour servir ce "bien public", s'efforcer de faire aussi le bien en privé.


L’Express, ce « tabloïd » dans la ligne de mire du couple DSK-Sinclair.

DSK au JT : "Je suis restée sur ma faim"

L'intervention de Dominique Strauss-Kahn sur le plateau de TF1 dimanche soir a suscité de nombreuses réactions sur notre site. France-Soir.fr vous propose un bref récapitulatif de vos coups de gueule, interrogations et parfois messages de soutiens.

« Dans tous les cas c'est un excellent comédien ». Pour beaucoup de nos internautes, les paroles et les mimiques de Dominique Strauss-Kahn sont loin d'avoir fait l'unanimité, lors de son rendez-vous télévisé avec les Français dimanche soir sur TF1. Eowedrinidd s'explique : « Concernant le fond de l'"affaire", je suis resté sur ma faim. La relation sexuelle est maintenant avouée mais était-elle consentie ou imposée comme l'affirme la victime ? Cela change tout au plan pénal ». Dominique Strauss-Kahn a reconnu face à Claire Chazal avoir eu une relation « non tarifée » avec la femme de chambre du Sofitel de New-York, Nafissatou Diallo, et confessé une « faute morale ».

Mica56, de son côté, s'étonne de voir que certains Français attendaient « la description de l'acte sexuel entre DSK et Mme Diallo », arguant qu'il s'agit là d'une « affaire privée ».