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lundi 21 mars 2011
La majorité bousculée par le FN
À quatorze mois de la présidentielle, la victoire de la gauche et la chute de l'UMP aux cantonales constituent une photographie indiscutable de l'opinion. Mais si le FN talonne le parti présidentiel, il est trop tôt pour tenter une projection à partir du premier tour d'un scrutin qui concerne la moitié des électeurs, qui reste par nature en partie local et qui résulte d'une piètre participation, de l'ordre de 45 %, comme aux régionales.
Le taux - historique - d'abstention confirme les prévisions : à défaut de connaître leur conseiller général et ses compétences, les Français savent qu'il n'existera plus, dans trois ans. Ce système suranné n'encourage pas à voter, surtout quand il fait beau, que l'on distingue mal l'étiquette de certains candidats et que l'angoissante actualité relativise l'importance du vote.
On peut, malgré tout, vérifier si les glissements vers les thèmes d'extrême droite, l'audace risquée de Nicolas Sarkozy en Libye ou la catastrophe nucléaire de Fukushima modifient le score du Front national, de la majorité ou des écologistes.
Deux constantes se confirment. Les scrutins intermédiaires défavorisent la majorité en place : l'UMP, en dépit de l'activité de Nicolas Sarkozy sur la scène internationale, en fait les frais. Et l'abstention profite aux petites formations à forte identité : le Front national et le Front de Gauche l'illustrent. Et c'est ce double mouvement qu'il faut retenir des résultats d'hier soir.
Pour la droite, il signifie que le FN, absent des assemblées départementales, va se retrouver dimanche face à l'UMP ou au PS dans plus de deux cents duels - mais seulement cinq dans l'Ouest - malgré le relèvement du seuil d'accession au second tour. L'enracinement du parti de Marine Le Pen va priver la majorité de réserves de voix, et renforcer mécaniquement la gauche, qui préside déjà 58 départements sur 100.
En appelant à refuser à la fois toute alliance avec le FN et tout front républicain avec la gauche, Jean-François Copé risque même d'accentuer l'abstention et la montée de ses rivaux. Il pourrait aussi accroître les dissidences entre l'aile dure et l'aile sociale-chrétienne de son parti. Ce sera le talon d'Achille de la majorité lors de la présidentielle et des législatives qui suivront.
Pour la gauche, le constat est double. D'une part, le PS gagne, mais par défaut. En pourcentage, il conserve son score de 2008. Mais en raison de l'abstention, il arrive en tête avec moins de voix. Même dans la Corrèze de François Hollande, sa victoire ne sera pas un raz-de-marée. On retrouve le phénomène observé par les enquêtes d'opinion : un net rejet de la majorité sans une vraie adhésion au PS.
Mais à la différence de l'UMP, le PS peut compter sur des réserves importantes à travers des alliances avec les écologistes, dont les idées sont validées par l'actualité, et avec le Front de Gauche - en réalité, surtout le Parti communiste - qui réalise un bon score pour ce genre d'élection. Leader incontestable devant deux alliés de poids comparable, le PS est en situation de faire l'union.
Divisions certaines à droite, rassemblement possible à gauche : après sa victoire aux régionales, l'opposition peut rafler plusieurs présidences de départements et, en attendant un candidat et un projet, se donner un élan supplémentaire.
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Original
Drôle de soirée, hier, pour notre Président. Un œil sur les cartes d’état-major détaillant les mouvements de l’aviation française, l’autre sur la carte des cantons se couvrant de petits drapeaux PS et FN. Une oreille pour recueillir les compliments du monde, une autre pour entendre monter la complainte de l’UMP assiégée… Notre Président nous expliquera bien sûr que le succès en Libye, c’est lui, et l’échec aux cantonales, c’est les autres. Mais on doute que les battus de son camp en soient convaincus.
Car, si la déroute est cantonale, la stratégie était nationale. C’est notre Président qui a lancé la course au peuple,
et qui vient d’être distancé au premier tour de piste.
Le peuple a préféré hier l’original à la copie, ou simplement choisi hier de rester chez lui. Mais, tous les militaires vous diront qu’il n’y a rien de plus périlleux qu’un changement de stratégie
en pleine bataille…
Drôle de soirée, hier, pour notre Président. Un œil sur les cartes d’état-major détaillant les mouvements de l’aviation française, l’autre sur la carte des cantons se couvrant de petits drapeaux PS et FN. Une oreille pour recueillir les compliments du monde, une autre pour entendre monter la complainte de l’UMP assiégée… Notre Président nous expliquera bien sûr que le succès en Libye, c’est lui, et l’échec aux cantonales, c’est les autres. Mais on doute que les battus de son camp en soient convaincus.
Car, si la déroute est cantonale, la stratégie était nationale. C’est notre Président qui a lancé la course au peuple,
et qui vient d’être distancé au premier tour de piste.
Le peuple a préféré hier l’original à la copie, ou simplement choisi hier de rester chez lui. Mais, tous les militaires vous diront qu’il n’y a rien de plus périlleux qu’un changement de stratégie
en pleine bataille…
La tête ailleurs...
Rarement élections auront été marquées par une telle indifférence. Il est bien légitime d’avoir la tête ailleurs. La préoccupation du moment se trouve plus au Japon et en Libye que dans le fond des urnes. Et certains ne manquent pas de s’interroger sur le crédit à accorder aux résultats d’un scrutin local qui a vu se déplacer moins d’un électeur sur deux ? Il n’empêche. En ce jour de printemps, beaucoup ont l’intention de se servir de ce dernier baromètre électoral pour prendre la température de 2012. Et de vérifier in situ les prédictions des tout récents sondages. “L’effet” Marine Le Pen semble avoir largement joué dans cette élection qui n’est d’ordinaire pas favorable au Front national, parti dépourvu de tout élu jusque-là. Conséquence de cette poussée de l’extrême-droite, le recul sensible de l’UMP qui fait sans doute les frais d’un vote sanction lié aux difficultés économiques et sociales de ces derniers mois et de l’impopularité du Président. L’avertissement, s’il se confirme au second tour, va créer le doute et la confusion au sein du parti de la majorité sur la question du “bon” candidat à la présidentielle. Question qui va également se poser au Parti socialiste mais dans des termes différents. La victoire annoncée du PS, qui conforte son ancrage local sur le territoire en volant de succès en succès dans les scrutins locaux, sera aussi celle de Martine Aubry. Qui ne voudra peut-être pas se faire voler la vedette par un certain DSK ?...
Sombre dimanche pour Nicolas Sarkozy
Enfin un sondage grandeur nature non suspect de trucage ! Tout juste sera-t-on en droit d'objecter que l'échantillon ne rassemblait qu'une moitié de Français, que ceux-ci avaient la tête ailleurs, à Fukushima ou à Tripoli, et qu'à l'évidence ils n'étaient pas motivés pour désigner des représentants du suffrage universel appelés à disparaître dans le tourbillon d'une réforme absconse. Il s'agissait du dernier test avant la mère des batailles et ce tour de chauffe permet de sentir l'humeur du pays. Sans conteste, elle est à la défiance envers l'offre politique puisque l'abstention reste le premier parti. Quels qu'en soient les ressorts, cette désaffection massive souligne le doute et le désenchantement des Français. Elle doit certes inciter à la prudence dans l'analyse, beaucoup ayant considéré ces cantonales comme une non-élection, mais elle sanctionne Nicolas Sarkozy. Le chef de l'État reçoit un nouvel et sévère avertissement, dans la lignée des régionales, et continue de glisser sur une pente savonneuse. Le score de l'UMP marque un échec de sa stratégie de parti unique, lequel ne semble guère disposer de réserves de voix. Compte tenu de la consigne assez vague donnée hier soir par Jean-François Copé - ni front républicain, ni alliance avec le FN -, il se prépare un entre-deux-tours compliqué. La droite est bel et bien prise en tenaille entre un Front national qui défend ses thèmes identitaires et un PS qui capte le mécontentement social. Le premier réussit une percée historique dans ce type de scrutin qui, faisant la part belle aux notables, ne l'avantage pourtant pas, et tire bénéfice de la popularité de son chef de file. Le second - et au-delà la gauche - profite à plein de la démobilisation de l'électorat. Son bon score pourrait même donner quelques idées à Martine Aubry...
dimanche 20 mars 2011
La France imbéciles!
En portant la France contre Kadhafi, Nicolas Sarkozy nous a épargné un remords. Il y avait l’Espagne républicaine, la Tchécoslovaquie, Srebrenica, le Rwanda. Il n’y aura pas Benghazi. Cela n’annule aucun grief, mais cela peut aussi justifier un mandat. Un homme de pouvoir, à l’arrivée, ce sont quelques gestes, quelques choix, qui vous placent du côté de l’honneur ou du regret. Et ce n’est pas un hasard si Sarkozy, dans l’honneur, a retrouvé Bernard-Henri Lévy. Le philosophe trimbale ses rires et ses scories. Mais quand vient l’essentiel, il est du bon côté. Ça justifie une vie.
À cette aune, Claude Guéant, serviteur de l’État, est en danger. Deux petites phrases – "Les Français veulent que la France reste la France", "les Français ne se sentent plus chez eux"– l’installent en Gribouille politique. De quelle France parle-t-on, et de quels Français? France paysanne, prolétaire, d’avant l’exode rural ou les délocs? Qui fumait des gauloises? Quand les rugbymen avaient du bide mais aussi des couilles? Quand Bataves et Britanniques ne rachetaient pas le Sud-Ouest? D’avant le jazz? Sans grands ensembles? Sans Europe? Sans mondialisation? D’avant l’orgie télévisuelle et le rire qui cautionne les petites saloperies de la peur? Jean Nohain, lui, n’aurait pas pris Zemmour?
Chacun a des raisons de virer mécontemporain. Un pays change, tout le temps, et c’est pénible, ou excitant. L’Amérique s’est irlandisée, coréanisée, judéisée, polonisée, elle est devenue italienne et noire et hispanique sans cesser d’être. Quant à la France, Claude Guéant la manipule. Ou il n’y a pas pensé. Ses représentations datent. Ses raisonnements boitent. Ce n’est pas l’immigration "sans contrôle" qui nous transforme: c’est la vie. L’immigration aussi. L’immigration légale, installée. Musulmane aussi. Qui n’est plus une immigration mais une part de ce pays, un élément de nous-même. Halal à Paris, c’est cacher à Brooklyn, ou paki à Londres.
C’est la France réelle que ses gouvernants devraient chérir au lieu de la nier. Et tant de "Muslims" s’en foutent d’ailleurs, du halal, et le seul enjeu est de vivre. Pas seulement vivre ensemble, cohabitants d’une république délitée, mais vivre. Pouvoir le faire: l’économie, imbéciles! Le suggéré de Guéant et les acrobaties de l’UMP posent de côté quelques millions de Français, présumés antithétiques de leur propre pays. C’est odieux. Et bête, parce que c’est vain. La folie de tout ça : en allant secourir les Libyens, Sarkozy sort la France du sam’suffit mental qui sous-tendait nos non-interventions. Nous seuls, et que crève le monde entier ! Il n’y avait pas que des principes, mais aussi des moisissures dans nos indépendances, Irak inclus. Mais ces moisissures rongent ce que le même Sarkozy fait ou laisse faire à une partie de la France. Souffle de Benghazi, viens balayer nos miasmes!
Moment français
Savourons ce moment où la France a fait basculer l'Histoire.
Evidemment que c’est tard! Et que la première démarche, solitaire et intempestive, avait braqué nos partenaires. Mais entre jeudi soir à New York et samedi à Paris, la communauté internationale se trouve mobilisée pour les droits du peuple libyen. Il a fallu l’inspiration de Bernard- Henri Lévy. Envoyé spécial en Libye (pour le JDD…), il a convaincu, de Benghazi, le président français de prendre la tête de ce combat. Comme il avait convaincu, il y a trente-six ans, Valéry Giscard d’Estaing d’accueillir les boat people et, il y a vingt ans, François Mitterrand de soutenir la Bosnie. Il a fallu le professionnalisme d’Alain Juppé, qui a mobilisé la machine diplomatique française pour entraîner. Et donner à l’action contre Kadhafi la légitimité indispensable de l’ordre juridique international. Il a fallu la concentration exceptionnelle de Nicolas Sarkozy. L’homme qui provoque des tensions et vit dans l’urgence se trouve à son meilleur quand la crise rencontre l’Histoire. Il n’existe jamais de bataille gagnée d’avance, même si les peuples partent à la guerre la fleur au fusil. Muammar Kadhafi n’a pas perdu sa capacité de rebond. La bataille de Benghazi risque de durer plus longtemps qu’espéré. Et notre pays pourra subir des pertes. Mais savourons ce moment où la France a fait basculer l’Histoire. La parole française se trouve applaudie à la fois au Moyen-Orient et aux États-Unis. "Plus nous avons du passé derrière nous, plus (justement) il faut le défendre, le garder pur", écrivait Péguy. Mais cette guerre a déjà sa victoire: la bataille pour le peuple libyen n’est pas un combat occidental. Menée sous l’égide des Nations unies, elle est appuyée par les instances du monde arabe. Ce n’est pas la guerre des civilisations. Mais un combat pour la civilisation.
Des frappes aériennes, et après ?
L'intervention tardive d'une coalition hétéroclite a donc commencé en Libye. On y trouve surtout des pays ayant de vieux comptes à régler avec le dictateur de Tripoli plus que des nations unanimement mobilisées pour défendre le droit à la démocratie d'une population en rébellion. Et à l'heure des premières frappes, chacun peut s'interroger sur la portée de cet engagement face à un adversaire dont la capacité de nuisance et l'habilité à rebondir ont fait leurs preuves depuis 40 ans. La seule zone d'exclusion aérienne ne suffit déjà plus, et le premier tir a eu lieu contre un véhicule terrestre menaçant la population. Les chars et lance-roquettes font en effet autant de victimes et de dégâts que des bombes d'aviation. Surtout ils occupent le terrain, à la différence des missiles et autres patrouilles de Rafale. Car l'axiome d'un conflit moderne demeure toujours le même, de la bataille d'Angleterre aux conflits en ex-Yougoslavie et à l'Afghanistan : une guerre contre un ennemi décidé, et Kadhafi a démontré qu'il l'est, se gagne et se consolide au sol. En s'engageant dans un affrontement armé, même légitime, la France et l'Angleterre ainsi que leurs alliés laissent beaucoup de questions sans réponses. Comment éviter des victimes collatérales ? Que veulent-ils et peuvent-ils faire concrètement en Libye ? L'objectif est-il d'obtenir le retrait de Benghazi, la destruction des armes lourdes du régime, ou le départ de Kadhafi et ses proches ? Comment réunifier le pays sans guerre civile ? Quelle politique avec les tribus et les actuels soutiens du satrape de Tripoli ? Comment maintenir l'ordre dans un pays désertique propice à la guérilla ? Les leçons de l'Irak devraient pourtant avoir été retenues. Dire qu'on veut instituer la démocratie ne suffit pas, il faut surtout en réunir les conditions locales. Cela aura un coût et exigera inévitablement du temps et des souffrances
Le canton et les canons…
Les cantonales constituent l’ultime élection au suffrage universel direct avant la présidentielle de l’année prochaine. Ce dimanche (et le suivant, en cas de second tour), seule la moitié environ du corps électoral est appelée aux urnes: il sera difficile, par conséquent, de s’appuyer sur les résultats des 20 et 27 mars 2011, pour se projeter au printemps 2012. Mais tout de même : si des tendances lourdes apparaissent, les futurs candidats à l’Élysée ne pourront en faire abstraction.
Les analystes, ce soir, se pencheront notamment sur le taux de participation. En cas d’abstention forte – hypothèse très plausible -, cela favorisera les partis qui, habituellement, mobilisent mieux que les autres, et qui se situent plutôt dans les extrêmes.
Le rendez-vous de ce dimanche dégage surtout un parfum de nostalgie, car l’élection des conseillers généraux est la dernière du genre. Eux-mêmes et les conseillers régionaux seront remplacés, en 2014, par des « conseillers territoriaux », qui siégeront à la fois dans l’assemblée départementale et au conseil régional.
Une page d’histoire se tourne, puisque ce changement s’accompagnera d’un redécoupage et d’un élargissement des cantons. Né sous la Révolution, du temps où l’on se déplaçait à cheval, cet échelon de base de la démocratie française a traversé les siècles parce qu’il répond toujours à un besoin essentiel de proximité. Celle-ci est querelleuse parfois, comme dans les textes de Brassens où se battent « les femelles du canton », mais rassembleuse beaucoup plus souvent.
Avec des accents musicaux, le mot « canton » nous vient – merci Larousse - de l’ancien provençal où il signifie… le « coin ». Un Coin de paradis, dirait encore Brassens, un abri sécurisant dans un monde sans frontières. Contraste saisissant entre cette relative quiétude et les fracas de l’univers sur fond de crise armée en Libye. Les canons d’une part, le cocon de l’autre…
A la prochaine échéance, dans trois ans, le coin va s’agrandir, mais il reste et restera cher au cœur des citoyens. Alors, une manière simple, ce dimanche, de lui rendre hommage: déposer un bulletin dans l’urne. Son canton, quand on l’aime…
Une nouvelle donne géopolitique
L’opération aérienne lancée par la France au-dessus de la Libye au nom de la résolution 1973 de l’ONU marque aussi un tournant géopolitique. Un tournant pour la diplomatie française certes, enfin sortie de sa léthargie et désormais prête à passer de la parole à l’action, y compris sur le plan militaire. Mais le vrai tournant concerne toute l’Europe, avec des conséquences encore imprévisibles. Car il ne faut pas se leurrer. Malgré la participation des armées de l’air de plusieurs pays, dont des États arabes, la France et le Royaume-Uni sont aux avant-postes et mènent de facto la coalition.
Pas l’OTAN, reléguée au rang de l’intendance. Pas les États-Unis qui, volontairement, se tiennent en retrait, tirent leurs missiles de croisière de loin en fournissant aussi leurs avions ravitailleurs, les avions radar et, semble-t-il, toute leur capacité de brouillage électronique contre la DCA. Barack Obama, en voyage officiel au Brésil, ne veut en aucun cas endosser l’uniforme de commandant en chef. Il n’est pas question pour Washington, échaudé par l’Irak et l’Afghanistan, de s’engager directement, du moins pour l’instant. Et la secrétaire d’État Hillary Clinton l’a fait savoir à plusieurs reprises: la Libye est voisine de l’Europe.
Malheureusement, tous les Européens ne se sentent pas concernés. L’Allemagne qui, au Conseil de sécurité, s’était abstenue avec les voix de la Chine et de la Russie, manque à l’appel, sans doute pour d’obscures raisons de politique intérieure afin de ne pas effriter le ciment d’une coalition gouvernementale fragile avec le pâle ministre des affaires étrangères libéral Guido Westerwelle en quête de « profil ». Forte de sa puissance économique, Berlin tient le haut du pavé dans l’UE. Le faux-pas diplomatique à l’ONU que la chancelière Merkel tente vainement de rattraper pourrait changer la donne.
Reste d’abord à mener la mission libyenne à bien, en ne tombant pas dans les pièges de Kadhafi, en protégeant les populations civiles, sans dégâts collatéraux, en libérant les Libyens de leur dictateur et en commençant par ouvrir des zones à l’acheminement de l’aide humanitaire. Ce ne sera pas facile. Sauf si une révolution de palais devait renverser Kadhafi abandonné par ses mercenaires et ses prétoriens – et c’est aussi un but psychologique de l’intervention aérienne – il faudra du temps. Donc persévérer en sachant que plus longue sera l’opération, plus les risques seront grands... bien que tous les spécialistes s’accordent à dire que l’armée libyenne, en dehors du maintien sanguinaire de l’ordre, ne vaut pas tripette.
Car même aérienne, même menée pour des raisons nobles, il s’agit bien d’une opération de guerre !
L’opération aérienne lancée par la France au-dessus de la Libye au nom de la résolution 1973 de l’ONU marque aussi un tournant géopolitique. Un tournant pour la diplomatie française certes, enfin sortie de sa léthargie et désormais prête à passer de la parole à l’action, y compris sur le plan militaire. Mais le vrai tournant concerne toute l’Europe, avec des conséquences encore imprévisibles. Car il ne faut pas se leurrer. Malgré la participation des armées de l’air de plusieurs pays, dont des États arabes, la France et le Royaume-Uni sont aux avant-postes et mènent de facto la coalition.
Pas l’OTAN, reléguée au rang de l’intendance. Pas les États-Unis qui, volontairement, se tiennent en retrait, tirent leurs missiles de croisière de loin en fournissant aussi leurs avions ravitailleurs, les avions radar et, semble-t-il, toute leur capacité de brouillage électronique contre la DCA. Barack Obama, en voyage officiel au Brésil, ne veut en aucun cas endosser l’uniforme de commandant en chef. Il n’est pas question pour Washington, échaudé par l’Irak et l’Afghanistan, de s’engager directement, du moins pour l’instant. Et la secrétaire d’État Hillary Clinton l’a fait savoir à plusieurs reprises: la Libye est voisine de l’Europe.
Malheureusement, tous les Européens ne se sentent pas concernés. L’Allemagne qui, au Conseil de sécurité, s’était abstenue avec les voix de la Chine et de la Russie, manque à l’appel, sans doute pour d’obscures raisons de politique intérieure afin de ne pas effriter le ciment d’une coalition gouvernementale fragile avec le pâle ministre des affaires étrangères libéral Guido Westerwelle en quête de « profil ». Forte de sa puissance économique, Berlin tient le haut du pavé dans l’UE. Le faux-pas diplomatique à l’ONU que la chancelière Merkel tente vainement de rattraper pourrait changer la donne.
Reste d’abord à mener la mission libyenne à bien, en ne tombant pas dans les pièges de Kadhafi, en protégeant les populations civiles, sans dégâts collatéraux, en libérant les Libyens de leur dictateur et en commençant par ouvrir des zones à l’acheminement de l’aide humanitaire. Ce ne sera pas facile. Sauf si une révolution de palais devait renverser Kadhafi abandonné par ses mercenaires et ses prétoriens – et c’est aussi un but psychologique de l’intervention aérienne – il faudra du temps. Donc persévérer en sachant que plus longue sera l’opération, plus les risques seront grands... bien que tous les spécialistes s’accordent à dire que l’armée libyenne, en dehors du maintien sanguinaire de l’ordre, ne vaut pas tripette.
Car même aérienne, même menée pour des raisons nobles, il s’agit bien d’une opération de guerre !
La morale à l'épreuve du feu
Le régime libyen a annoncé un cessez-le-feu, le 18 mars, quelques heures après un vote de l'ONU approuvant des opérations militaires contre lui. Cette décision va peut-être simplifier une situation que la presse européenne jugeait risquée tout en approuvant une guerre éventuelle.
"Enfin. La communauté internationale, qui pour une fois mérite son nom, a su adopter une position claire sur la Libye", se félicite Libération. Pour le quotidien français, "le forcing diplomatique des autorités françaises a payé. Apparemment isolée, avec la Grande-Bretagne, il y a encore deux jours, la France a finalement réussi à faire adopter par le Conseil de sécurité de l'ONU une résolution autorisant ‘les Etats membres […] à prendre toutes les mesures nécessaires […] pour protéger les civils et les zones peuplées de civils sous la menace d’attaques' de la part du régime libyen. Et à faire aboutir sa volonté de clouer au sol l’aviation de Kadhafi pour empêcher l’écrasement de l’insurrection."Pour la presse française, le mérite de ce vote revient avant tout à Nicolas Sarkozy. “Pris à contre-pied par la révolution tunisienne, timoré face à celle qui a renversé Moubarak, Paris se retrouve en pointe sur le dossier libyen", remarque Libération. "Nicolas Sarkozy a rapidement saisi l’ampleur de la tragédie, y voyant une occasion de retrouver un rôle semblable à celui qu’il avait joué dans la crise géorgienne, en août 2008, alors qu’il présidait l’Union européenne." "Notre pays a joué pleinement son rôle en mobilisant la communauté internationale et en tirant les Etats-Unis de leur torpeur", ajoute Le Figaro. "Puissance méditerranéenne, la France se doit de contribuer à sauver le printemps arabe.”
"L'héritage de l'Irak hante chaque action"
"Il est d'une ironie amère de noter que l’anniversaire du début de la guerre en Irak tombe précisément ce week-end", rappelle outre-Manche The Independent. "Huit ans après les batailles de Bagdad et Bassorah, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne dans un autre pays arabe. L’héritage de l’Irak hante chaque action." Mais face à Kadhafi, la communauté internationale, et les Européens en particulier, ne pouvaient pas se permettre de ne rien faire. "Il suffit d’un fusil ou même d’une corde pour tuer les gens dont nous voyons les visages souriants en Une des journaux et à la télévision", s'émeut Rzeczpospolita. "Espérons cependant que le monde n’agit pas trop tard. Espérons qu’il peut empêcher un nouveau Rwanda."
De fait, estime Le Figaro, "à Benghazi, l’impératif moral s’impose à tous. Adopté par les Nations unies en 2005, pour tirer la leçon du Rwanda et de la Bosnie, le 'devoir de protéger' les populations civiles menacées ne peut trouver d’application plus évidente. Il ne s’agit pas seulement d’altruisme. Le 'réalisme', que l’on oppose parfois à la morale, est, dans ce cas, du même bord."
Plus prosaïquement, note The Times, nous ne sommes pas "au Rwanda ou au Darfour, où nous pouvions laisser des centaines de milliers de gens se faire tuer, et que le seul impact était sur nos consciences. Ce qui se passe en Libye est plus proche, à beaucoup d’égards, de la Bosnie où nos intérêts étaient beaucoup plus en jeu."Mais que de temps perdu pour en arriver là, déplore Le Temps. "Un temps précieux a été dilapidé en gesticulations diplomatiques”, regrette le quotidien, suisse. “Voilà à quoi ressemble notre monde de 'gouvernance douce' d’après la Guerre froide, d’après le grand mensonge américain en Irak. Plus aucun gouvernement n’a le courage d’intervenir ‘à l’ancienne’ et de larguer quelques barbouzes dans la brousse ou le désert pour épauler secrètement une guérilla ou un mouvement de libération. Le politiquement correct a gagné la géopolitique. La légalité a pris le pas sur la justice.”
Le maintien de Kadhafi : une humiliation pour tous les Occidentaux
En annonçant un arrêt de ses opération militaires, le 18 mars, le régime libyen a peut-être changé la donne. Mais s'il tentait tout de même de réprimer l'insurrection concentrée autour de Benghazi, la communauté internationale serait de nouveau face à une opération militaire qui s'annonce "hasardeuse", estime De Standaard. Que ferons-nous si les opérations aériennes échouent ?, interroge le quotidien belge. "Mettre le pied sur le sol libyen ? Et si Kadhafi utilise sa défense antiaérienne et ses tanks dans des zones peuplées et que des civils meurent pendant un bombardement ? Serons-nous surpris si nous sommes accusés de néocolonialisme alors que les pays arabes sont fiers de se libérer eux-mêmes ? (...) D’un point de vue moral, nous ne pouvons que soutenir la résolution de l’ONU", concède De Standaard.
Mais la zone d'exclusion est-elle la bonne solution ? "Depuis l’Irak, nous savons que la guerre est imprévisible dès le premier jour et ne mène pas à la démocratie. Ce n’est pas une invasion, mais, comme l’a démontré l’exemple du Kosovo en 1999, beaucoup de temps peut s'écouler avant qu’un dictateur ne change d’avis."
Union européenne
Cameron et Sarkozy, les généraux de l'UE
Avec un David Cameron "qui a effectué un virage à 180 degrés vers l’interventionnisme", et un Nicolas Sarkozy, qui est passé "du zéro à l'infini" en quelques jours, l'UE dispose d'un "axe franco-britannique [qui] aspire à diriger la sécurité européenne", constate José Ignacio Torreblanca dans El País.
Les autres européens, en particulier l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, opposées à une intervention en Libye, vont maintenant se retrouver face "à un imbroglio", analyse le quotidien madrilène : "respecter les compromis [une intervention mais après un vote de l'ONU] ou laisser les éventuelles opérations militaires entre les mains de ce mini-directoire franco-britannique". Une victoire du dictateur libyen serait difficile à supporter pour l’UE, avertit El País. "Son humiliation serait triple", à cause de "sa passivité initiale, par les divisions qu'elle a montrées" et "parce qu’elle devrait ensuite vivre avec le constant chantage énergétique et migratoire auquel Kadhafi la soumettrait".
Angela Merkel ou l’art de semer la panique
La chancelière allemande récidive : après avoir semé la panique dans la zone euro l’année dernière, elle réussit maintenant à transformer la catastrophe japonaise de Fukushima en une crise mondiale de l’énergie nucléaire, ironise Jean Quatremer.
Angela Merkel a l’art de semer la panique. L’année dernière, la chancelière allemande a largement contribué, par ses hésitations, à transformer la crise grecque en crise systémique de la zone euro, les marchés s’étant mis à douter de sa détermination à sauver la monnaie unique. Cette fois, elle vient de transformer la catastrophe nucléaire japonaise, une crise locale, grave, mais locale, en crise mondiale de l’énergie nucléaire en décidant lundi, sans en référer à quiconque, de suspendre l’application de la loi prolongeant l’activité du parc nucléaire allemand au-delà de 2020 qu’elle a fait adopter l’an dernier, de mettre à l’arrêt sept réacteurs (sur 17) et d’entamer une campagne de vérification de la sécurité des centrales. Elle a aussitôt déclenché un tsunami en Europe, l’énergie nucléaire étant désormais l’objet de toutes les suspicions, ce qui plonge tous ses partenaires dans l’embarras le plus extrême.
Il faut dire que la réaction de la chancelière est hallucinante : l’accident japonais ne s’est pas produit parce que la sécurité de la centrale n’était pas assurée, comme à Tchernobyl, mais à cause de l’un des tremblements de terre les plus violents de l’histoire (9 sur une échelle de Richter qui compte 9 degrés) suivi d’un tsunami. Or, aux dernières nouvelles, les activités sismiques sont pour le moins limitées en Allemagne (et en Europe), sans parler du risque de tsunami sur la Baltique…
Lire la suite sur le blog Coulisses de Bruxelles...
Vu de Prague
Des réactions trop émotives
Libye : Kadhafi fustige l'«agression» de la coalition
Dans le cadre de l'opération «Aube de l'Odyssée», plus de 110 missiles ont été tirés depuis des navires de guerre américains et britanniques. Le leader libyen a une nouvelle fois menacé d'attaquer des objectifs «civils et militaires» en Méditerranée.
23h20 : Aucune information ne filtre sur l'endroit où se trouve actuellement Kadhafi. Une choses est sûre : ses partisans font office de boucliers humains autour de sa caserne militaire, dans les faubourgs de Tripoli.22h50 : Dans un enregistrement sonore diffusé par la télévision officielle libyenne, Mouammar Kadhafi menace d'attaquer des objectifs «civils et militaires» en Méditerranée et affirmé que les «dépôts d'armes» étaient ouverts pour défendre la Libye, après le lancement par l'Occident d'une opération militaire contre ses troupes.
Il affirme que la Méditerranée est devenue «un vrai champ de bataille» et jugéeque les frappes aériennes et aux missiles étaient une «agression croisée injustifiée» contre laquelle «le peuple libyen va lutter».
«Nous appelons les peuples et citoyens des pays arabes et musulmans, mais aussi d'Amérique latine, d'Asie et d'Afrique, à se tenir aux côtés du peuple héroïque libyen face à cette agression, qui ne fera qu'accroître la force, la détermination et l'unité du peuple libyen», a continué le colonel Kadhafi.
22h35 : Les attaques aériennes par avions et missiles de croisière sur la Libye, des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, sont «coodonnées» à partir d'un quartier-général américain basé à Stuttgart, en Allemagne, indique un responsable français sous couvert d'anonymat. «Ce QG fait de la coordination avec les centres opérationnels aériens français basé à Lyon et britannique implanté à Northwood», assure-t-il.
22h33 : La ville natale du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Syrte, a été la cible samedi de missiles et de raids aériens menés par la coalition internationale, a rapporté l'agence officielle libyenne Jana.
22h21 : Joint par Europe1, l'état-major français a assuré que tous les avions français étaient bien rentrés après leurs raids sur les cibles libyennes, démentant ainsi implicitement les informations de la télévision libyenne affirmait qu'un avion français avait été abattu dans la région de Tripoli.
22h18 : Mouammar Kadhafi va s'exprimer sous peu sur la situation.
22h12 : La télévision officielle libyenne affirme qu'un avion français avait été abattu par la défense anti-aérienne libyenne dans la région de Tripoli. Une information à prendre avec précaution. L'état-major des armées françaises n'a pas encore réagi.
Toujours selon les médias officiels libyens, les «croisés ennemis» bombardent des objectifs civils aussi bien à Tripoli qu'à Syrte, Benghazi, Zouarah et Misrata.
21h49 : Sur son site internet, le ministère de la Défense donne des détails sur cette première journée de l'opération «Harmattan» - le nom de l'opération française dans le cadre de «Aube de l'Odyssée» : «Depuis 13h30 ce jour, les avions de l'armée de l'air sont engagés dans le ciel libyen. Au total, une vingtaine d'aéronefs sont engagés aujourd'hui (8 Rafale , 2 Mirage 2000-5, 2 Mirage 2000 D, 6 avions ravitailleurs C 135, un E3F Awacs) ainsi que deux frégates anti-aérienne et de défense aérienne (le Jean Bart et le Forbin ) positionnées au large de la Libye», peut-on lire.
21h35 : Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont lancé une première vague d'environ 110 missiles de croisière Tomahawk sur la Libye, annonce l'amiral américain William Gortney lors d'un point presse.
Les missiles ont été envoyés depuis des navires et des sous-marins et ont touché «plus de 20 objectifs» parmi lesquels des systèmes de défense anti-aérienne et des noeuds de communication stratégiques, tous situés sur la côte, a précisé le militaire. Les opérations se déroulant de nuit, l'amiral a indiqué qu'il faudrait «un peu de temps» pour évaluer l'impact des attaques
21h30 : La Comité international de la Croix-Rouge (CICR) presse toutes les parties engagées dans le conflit en Libye d'épargner les civils et de respecter le droit humanitaire international.
21h24 : Barack Obama a annoncé avoir donné le feu vert aux forces américaines pour engager des opérations militaires limitées. Le président américain a dit aussi que Kadhafi n'avait tenu aucun compte des occasions que lui avait données la communauté internationale et avait au contraire continué d'attaquer son peuple.
Selon lui, Washington ne pouvait rester les bras croisés alors qu'un «tyran» annonce à son propre peuple qu'il sera sans merci. Aussi les Etats-Unis répondent-ils aux appels du peuple libyen et servent-ils aussi bien les intérêts de Washington que du monde entier, a-t-il continué. Il a confirmé que les Etats-Unis n'interviendraient pas au sol en Libye
21h15 : Privilégiant la négociation, le comité de l'Union africaine (UA) rejette «toute intervention militaire étrangère quelle qu'en soit la forme» en Libye, a déclaré le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz à l'ouverture d'une réunion à Nouakchott des membres de ce comité.
La situation «exige une action urgente pour une solution africaine à la crise gravissime que traverse ce pays frère», a-t-il ajouté. «Cette solution doit être conforme à notre attachement au respect de l'unité et de l'intégrité territoriale de la Libye, ainsi qu'au rejet de toute intervention militaire étrangère quelle qu'en soit la forme».
21h11 : L'opération de la coalition, baptisée «Aube de l'Odyssée», vise à arrêter les attaques de Mouammar Kadhafi contre les Libyens et à faire respecter la zone d'exclusion aérienne, indique le Pentagone. Les Etats-Unis sont en pointe dans cette opération, qu'ils dirigent depuis leur poste de commandement unifié pour l'Afrique.
21h06 : La télévision libyenne annonce que des objectifs civils sont bombardés dans la capitale Tripoli par des avions des «ennemis croisés» - allusion à l'Occident. La TV d'Etat annonce aussi que des bombardements ont touché des réservoirs de carburant alimentant Misrata, troisième ville de Libye à 200 km à l'est de Tripoli, et sa région.
21h05 : Les forces britanniques sont en action dans le ciel libyen dans le cadre de la résolution du Conseil de sécurité, a déclaré le premier ministre britannique David Cameron.
21h01 : Les Français ne sont plus seuls à intervenir. Les Etats-Unis ont frappé samedi des sites anti-aériens libyens à l'aide de missiles de croisière Tomahawk pour faciliter la mise en oeuvre de la zone d'exclusion aérienne par les forces de la coalition, a déclaré un haut responsable militaire américain. Ces frappes doivent se dérouler essentiellement aux abords de Tripoli et de Misrata, selon lui.
Deux destroyers américains, le Stout et le Barry, ainsi que trois sous-marins, le Providence, le Florida, et le Scranton, se trouvent actuellement en Méditerranée à proximité de la Libye et sont équipés de missiles de croisière Tomahawk.
20h36 : De fortes explosions ont retenti à l'est de Tripoli, où des boules de feu ont été vues à l'horizon, ont indiqué des témoins à l'AFP, sans être en mesure de préciser l'origine des détonations.
20h32 : Les avions français ont procédé au total à quatre frappes aériennes en Libye, détruisant plusieurs blindés des forces pro-Kadhafi, a-t-on appris de source militaire française. Selon l'état-major des armées, un premier tir a eu lieu vers 17h45 contre «un véhicule libyen clairement identifié comme appartenant aux forces pro-Kadhafi». Dans l'heure qui a suivi, les avions de chasse, Rafale et Mirage 2000, ont procédé à trois autres tirs, détruisant «plusieurs blindés» des forces libyennes dans la région de Benghazi.
20h20 : Interrogé sur France 2, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a assuré que les opérations en Libye «vont se poursuivre dans les jours qui viennent». Et ce «jusqu'à ce que le régime libyen accepte les résolutions des Nations unies, c'est-à-dire cesse toute violence contre ses populations, retire ses troupes de là où il les a fait pénétrer et laisse s'exprimer l'aspiration du peuple libyen à la liberté et à la démocratie». «Il y a malheureusement «peu d'espoir» que Mouammar Kadhafi se plie aux exigences de l'Onu, a-t-il ajouté.
«L'objectif, c'est de permettre au libyen de choisir leur avenir», a assuré le chef de la diplomatie française, assurant que le but de l'opération n'était pas de faire tomber Kadhafi.
«Nous avons prise des risques», «calculés et maîtrisés», a convenu Alain Juppé, qui n'a pas su dire combien de temps l'opération allait durer . «Il n'y aura pas d'intervention au sol», a tenu à préciser Alain Juppé, qui affirme aussi que «les Américains vont participer pleinement aux opérations».
19h41 : Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates repousse à la dernière minute un voyage qu'il devait effectuer en Russie, afin de pouvoir suivre la situation en Libye, annonce le Pentagone.
19h34: La Russie regrette l'intervention armée étrangère en Libye, indique Alexandre Loukachevitch, le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. Dans son communiqué, la diplomatie russe appelle à un cessez-le-feu le plus rapidement possible en Libye. «Nous restons convaincus que pour régler de manière stable le conflit interne en Libye (...) il faut rapidement arrêter les effusions de sang et que les Libyens entament le dialogue», est-il ajouté.
19h11 : La communauté internationale ne peut se contenter d'un «assagissement» de Mouammar Kadhafi et doit obtenir son départ, estime l'écrivain-philosophe Bernard-Henri Lévy, après le sommet de Paris sur la Libye.
» La campagne libyenne de Bernard-Henri Lévy
18h55 : Les avions français opérant au-dessus de la Libye ont détruit plusieurs blindés des forces fidèles à Mouammar Kadhafi lors de leur premier engagement, a déclaré un responsable du ministère de la Défense. Al-Jazera parle de quatre chars détruits près de Benghazi. Le reponsable français a déclaré ne pas pouvoir confirmer ce chiffre
18h49: Le président vénézuelien Hugo Chavez juge «irresponsable» l'intervention armée étrangère en Libye.
18h28: L'avion de chasse abattu au-dessus de Benghazi, était bien un appareil des insurgés et a été touché «par erreur», a déclaré Azeldine al Charif, un militant de l'opposition.
18h25 : Une source autorisée du ministère français de la Défense indique au Figaro que les représentants de l'Union africaine, absents au sommet de l'Elysée organisé aujourd'hui à Paris, sont en train de constituer un groupe de contact pour négocier avec le colonel Kadhafi. Et l'empêcher de lancer son armée à l'assaut de la population libyenne. Ce groupe de contact pourrait être à Tripoli dès lundi.
Sur le terrain, toujours d'après cette même source, un Mirage français aurait détruit un char libyen en rase campagne, dans la région de Benghazi.
17h56 : Les Français sont passés à l'action. Le ministère annonce que des avions de chasse ont ouvert le feu contre un véhicule militaire «appartenant aux forces pro-Kadhafi», à 17h45. «La cible a été détruite», ajoute-t-on. Seuls des moyens français ont été utilisés dans l'opération, aujourd'hui, en Libye. Les frappes se concentrent dans un périmètre de 100 à 150 km autour de Benghazi.
17h48 : Une vingtaine d'avions ont participé aux opérations, annonce le ministère de la Défense, qui ajoute que le porte-avions Charles de Gaulle va appareiller dimanche vers la Libye. Il sera accompagné de deux frégates, Dupleix et Aconit, et du pétrolier ravitailleur La Meuse. Le porte-avions transportera des Rafale et des Super étendard modernisés.
17h43 : Les Etats-Unis ont des «capacités uniques», des moyens militaires dont ne disposent pas leurs alliés, et ils vont les apporter à la coalition, déclare la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, toujours à Paris. Elle n'a pas précisé concrètement les moyens qui seront mis en oeuvre.
17h40 : La télévision d'Etat libyenne affirme que des centaines de Libyens se sont rassemblés au QG du dirigeant Mouammar Kadhafi à Tripoli «en prévision de frappes françaises». «Les foules se rassemblent autour des cibles désignées par la France» pour les bombarder, ajoute la télévision, diffusant des images en direct de Libyens qui selon elle sont rassemblés à la résidence à Bab al-Aziziya ainsi qu'à l'aéroport international de Tripoli.
17h31 : «Notre coalition est prête à agir» en Libye, affirme Barack Obama lors de déclarations à la presse après une recontre avec son homologue brésilienne Dilma Rousseff à Brasilia. «Les Libyens doivent être protégés», ajoute le président américain.
17h28 : Des opérations aériennes d'importance seront menées «très bientôt» en Libye et un blocus naval du pays a été mis en place,déclare le premier ministre canadien Stephen Harper. «Des opérations navales sont en cours, y compris un blocus naval», a-t-il ajouté.
17h17 : Cinq avions français sont pour l'instant engagé dans des opérations au-dessus de la Libye, a indiqué une source militaire française à l'agence Reuters. Il s'agit d'un avion-radar Awacs, de deux Rafale et deux Mirage.
17h11: Cet après-midi, les loyalistes continuent de tirer à l'arme lourde contre des quartiers résidentiels tout proches de Benghazi, selon des témoins contactés par l'AFP. «Ils ont l'ordre de tirer indistinctement. Ce qui se passe est un massacre», a affirmé l'un d'eux.
Selon des sources rebelles, l'artillerie et les chars ont tiré contre les quartiers ouest, et certains des obus ont touché le centre de la ville. Les forces de Kadhafi tiraient depuis des véhicules.
16h42 : L'ancien ministre libyen de l'Intérieur, le général Abdel Fattah Younis, qui avait fait défection pour prendre en charge le commandement des insurgés à Benghazi, dément avoir repris ses anciennes fonctions au sein du gouvernement. En milieu de journée, la télévision d'État avait annoncé que l'ancien ministre de l'Intérieur était rétabli dans ses fonctions.
16h22 : Selon Al Arabia, des avions italiens ont entamé une mission de reconnaissance dans le ciel libyen, peu après le lancement d'une mission similaire par des avions français. Mais Silvio Berlusconi a infirmé ces informations, assurant que pour l'heure, l'Italie se contente de fournir des bases pour l'opération.
L'AFP confirme que des mouvements d'avions ont été notés dans plusieurs bases aériennes du nord et du sud de l'Italie. Trois AWACS sont prêts à décoller à Trapani (ouest de la Sicile) où ont été également rassemblés les Tornado ECR italiens habituellement basés à Piacenza (nord) et spécialisés dans la destruction de défenses antimissile et de radars, ainsi que les Tornado IDS d'attaque de Ghedi (nord) et les chasseurs Eurofighter de Grosseto (centre).
En outre, six F-16 danois sont arrivés à la base de Sigonella (sud-est de la Sicile), tandis que le préfet de Pordenone (Vénétie, nord) a annoncé l'arrivée prochaine d'avions américains à la base d'Aviano, toujours selon Ansa.
16h17 : Le premier ministre britannique David Cameron estime que le temps était venu de «passer à l'action» en Libye. «C'est Kadhafi qui l'a voulu. Il a menti à la communauté internationale, il a promis un cessez-le-feu, il a rompu le cessez-le-feu. Il continue de brutaliser son propre peuple. Il est donc temps de passer à l'action. C'est urgent», a déclaré le premier ministre conservateur lors d'un bref entretien à la BBC et à SkyNews.
16h12 : L'Allemagne ne participera pas aux opérations militaires en Libye même si elle reconnaît la nécessité de mettre fin à la violence, assure aujourd'hui la chancelière allemande, Angela Merkel.
15h46 : Nicolas Sarkozy prend la parole pour faire une mise au point sur le sommet d'urgence qui vient de se terminer. Les pays «exigent un cessez-le-feu immédiat. Nos forces aériennes s'opposeront à toute agression du colonel Khadafi contre les populations de Benghazi», déclare-t-il.
Jusqu'ici, «le colonel Kadhafi a méprisé ces avertissements (...) Il est encore temps pour lui d'éviter le pire. Notre détermination est totale. Chacun se trouve désormais placé devant ses responsabilités (...) La france est décidée à assumer son rôle», assure le chef de l'Etat français.
«Les peuples arabes ont décidé de se délivrer de la servitude (...) Ces peuples arabes ont besoin de notre aide et de notre soutien. En Libye,une population pacifique se trouve en danger de mort. L'avenir de la Libye appartient aux Libyens. Nous ne voulons pas décider à leur place (...) Si nous intervenons, c'est au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes».
» Libye : ultime fenêtre diplomatique ouverte
15h40 : Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé que le dirigeant libyen Kadhafi avait «perdu toute légitimité» et devait abandonner le pouvoir, dans une interview accordé au quotidien espagnol El Mundo publié aujourd'hui.
15h09 : Plusieurs avions de chasse Rafale de l'armée française survolent «l'ensemble du territoire libyen» pour des missions de reconnaissance, révèle une source militaire française.
Les Rafale ont décollé en début d'après-midi de la base de Saint-Dizier, dans l'est de la France, où ils sont habituellement stationnés. Selon la même source, ces «missions de reconnaissance» doivent durer toute l'après-midi et les Rafale n'ont rencontré aucune difficulté après plusieurs heures de survol du territoire libyen.
Les Rafale sont conçus pour des missions de bombardement, de reconnaissance et de défense aérienne.
15h04 : Des rebelles libyens annoncent avoir repoussé une offensive la veille des forces gouvernementales à Misrata, ville toujours contrôlée par l'opposition à quelque 200 km à l'est de Tripoli, au prix de 27 morts dans les rangs de la rébellion.
14h37 : Le Canada, favorable à une action rapide contre la Libye, a besoin de deux jours pour préparer une mission, annonce son porte-parole.
14h01 : L'hôpital Jala de Benghazi fait état de 26 morts et de plus de 40 blessés à la suite du bombardement de la ville ce matin.
13h40 : Début du sommet à Paris entre l'Union européenne, la Ligue arabe, l'Union africaine et d'autres responsables consacré à la préparation d'éventuelles frappes aériennes contre les forces fidèles au colonel Mouammar Kadhafi.
» Libye : sommet d'urgence samedi à Paris
13h27 : Une source proche des discussions sur le sommet d'urgence à Paris affirme que la France, la Grande-Bretagne, le Canada et la Norvège devraient être les premiers à effectuer des frappes contre Tripoli. Suivraient plus tard les Etats-Unis puis des pays arabes. La même source indique par ailleurs que les frappes pourraient démarrer dès la fin du sommet, c'est-à-dire entre 15h et 16h.
» Washington laisse les premiers rôles à Paris et Londres
13h24 : Tripoli affirme que des Libyens s'offrent en boucliers humains.
13h02 : Cessez-le-feu : Tripoli demande à Ban Ki-moon l'envoi d'observateurs, assure un ministre libyen. Le gouvernement estime avoir rempli tous ses engagements vis-à-vis de la résolution de l'ONU, poursuit-il.
12h51 : L'avion qui s'est abattu ce matin à Benghazi était un appareil des insurgés, affirme une source rebelle. Les avions dont disposent les insurgés avaient été pris aux forces loyales au colonel Kadhafi. De premières informations avaient fait état d'un Mig-23. L'armée de l'air libyenne dispose ds Migs et de Mirages.
12h14 : Les forces de Kadhafi ont bombardé ce matin à l'artillerie Misrata, ville tenue par les rebelles située à l'ouest, rapporte un habitant. L'eau dans la ville est toujours coupée.
12h06 : Le ministre de l'Intérieur, le général Abdel Fattah Younis, qui avait fait défection pour prendre en charge le commandement des insurgés à Benghazi, est rétabli dans ses fonctions annonce le télévision d'Etat.
11h45 : Nicolas Sarkozy devait rencontrer le premier ministre britannique David Cameron et le secrétaire d'Etat américain Hillary Clinton avant le sommet de Paris sur la crise libyenne, indique une source américaine. La réunion aura lieu à 12h30.
11h07 : Mouammar Kadhafi a adressé des messages à Barack Obama, Nicolas Sarkozy, David Cameron et Ban ki-Moon, affirme son porte-parole. Il aurait notamment dit à Sarkozy et Cameron : «vous regretterez toute initiative vous conduisant à une ingérence dans nos affaires intérieures». A Obama, il aurait écrit : «les Libyens sont prêts à mourir pour moi».
10h45 : Des centaines de personnes fuient par le nord-est la ville de Benghazi.
10h25 : Moustafa Abdeldjeïl, chef du Conseil national libyen formé par les insurgés, réclame une intervention rapide de la communauté internationale. «Il y a actuellement un bombardement à l'artillerie et à la roquette sur tous les quartiers de Benghazi», assure-t-il à al-Jezira. «La communauté internationale tarde à intervenir pour protéger les civils face aux forces de Kadhafi (...). Il y aura aujourd'hui une catastrophe à Benghazi si la communauté internationale ne met pas en oeuvre les résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu», estime-t-il.
10h18 : Une intervention étrangère en Libye pousserait les voisins du pays à se joindre aux forces du colonel Kadhafi, affirme le vice-ministre libyen des Affaires étrangères Khaled Kaaim dans une interview accordée à la radio BBC 4. «Si une attaque de l'étranger avait lieu (...), ce ne sont pas seulement les Libyens qui se battraient mais vous verrez des Algériens, des Tunisiens, des Egyptiens... Tous, ils prendraient part aux combats sur le sol libyen», assure-t-il.
08h52 : Les forces de Mouammar Kadhafi n'effectuent aucune intervention militaire à Benghazi, le fief des insurgés dans l'est de la Libye, déclare un porte-parole du gouvernement libyen. «Il n'y a aucune attaque d'aucune sorte sur Benghazi. Comme nous l'avons dit, nous respectons le cessez-le-feu et nous souhaitons la venue d'observateurs internationaux», assure Moussa Ibrahim. «Des rebelles attaquent des villages et des villes et tentent de provoquer une intervention militaire étrangère», a-t-il ajouté.
08h35 : Un avion militaire a été abattu au-dessus de Benghazi. Il n'a pas été possible dans l'immédiat de déterminer comment l'avion a été abattu, mais on sait qu'il s'est écrasé sur une zone d'habitations. Sa chute a été accueillie par des tirs de joie rebelles dans Benghazi.
08h15 : Malgré les pressions internationales, les forces de Mouammar Kadhafi sont entrées samedi dans les faubourgs ouest de Benghazi, le fief des insurgés libyens, a rapporté un envoyé spécial d'al-Jezira présent sur place. Plusieurs explosions ont secoué la ville ce matin. Une série de quatre explosions rapprochées ont été entendues depuis le centre de la ville. Plusieurs colonnes de fumée noire s'élevaient au-dessus de la zone, qui pourrait être une zone d'habitations. Des incendies se déclaraient dans les parties bombardées.
samedi 19 mars 2011
De Tchernobyl à Fukushima, l’info reste floue
En 1986, les Estoniens étaient des citoyens soviétiques et ne savaient rien de ce qui se passait à Tchernobyl. Aujourd'hui membres de l'Union européenne, il n'est pas sûr qu'ils soient mieux informés, remarque le quotidien Postimees.
Une personne très croyante qui vivait dans ma ville natale racontait souvent que lors de la catastrophe de Tchernobyl, en 1986, elle avait eu une vision très particulière : un jour tout à fait habituel, alors que la majorité des gens de tout l’espace soviétique faisaient, comme à l’accoutumée, la queue devant les magasins, qu'ils menaient tranquillement leur quotidien et que les chaînes d’information ne disaient pas un mot sur ce qui se passait dans la République socialiste soviétique d’Ukraine, la main de Dieu dans le ciel désignait le sud [en dirigeant les nuages dans cette direction].Aujourd’hui, nous percevons les catastrophes naturelles au Japon et ses conséquences dans un environnement totalement différent, car nous faisons partie de l’espace médiatique mondial. Nous contribuons à alimenter cet espace tout en consommant avidement toute l’information que l'on y trouve. Mais sommes-nous pour autant réellement mieux informés sur la réalité qu’à l’époque soviétique, lorsque nous vivions dans une ignorance "heureuse" ?
Au lieu de l’absence de l’information, nous vivons dans une surabondance totale de celle-ci. Des dizaines de milliers de leaders d’opinion, d’experts, de commentateurs étouffent nos écrans à travers l’Internet. Qui croire et écouter ? Certes, à l’époque, un seul et unique parti politique avait cru nécessaire de garder le silence. Mais aujourd’hui, dans ce fouillis d’informations, beaucoup ont des intérêts en jeu.
La menace vient de Russie
En dépit du fait que beaucoup d’Etats proposent leur aide au Japon, le monde en concurrence reste incroyablement cynique. A l’heure où le Japon est confronté à des dépenses monumentales et doit attribuer des sommes importantes pour garder son économie en vie, les "marchés nerveux" et les spéculateurs font leurs calculs pour savoir combien de millions se sont rajoutés à leurs comptes. Par ailleurs, l’attention du public est détournée de la Libye; on ne compte plus pour savoir si ce sont des centaines ou des milliers de personnes qui ont été tuées par le dictateur Kadhafi soucieux de garder son pouvoir.Dans cette situation, les médias devraient constituer un refuge. Au lieu de cela, ils se laissent emporter par un courant général. Plutôt que d’offrir de la qualité, ils misent sur la quantité, facilement utilisable par chacun pour son intérêt propre. A un moment où l’Union européenne, avec sa société ouverte et des relations publiques puissantes, annonce qu’elle a l’intention de tester ses centrales nucléaires, que les Verts manifestent à Helsinki, personne ne fait particulièrement attention aux centrales nucléaires qui se trouvent en Russie, dont la plus proche, Sosnovy Bor [entre Saint-Petersbourg et la frontière Russie-Estonie], marche tout près de nous.
On pourrait donc dire que 25 ans après Tchernobyl, la main de Dieu est toujours là. A la différence qu’aujourd’hui, nous ne percevons pas tous ces événements dans le ciel bleu clair mais sur nos écrans plats. L’augmentation du nombre de contacts signifie aussi l’augmentation de la peur et de la panique : il paraît qu’en Finlande, on fait déjà des provisions de tablettes d’iode en grosse quantité.
Grâce à l’Europe, Kadhafi a les mains libres
L’attitude des Européens face à la féroce répression des insurgés libyens évoque leur lâcheté lors de la guerre de Bosnie, écrit l’intellectuel italien Adriano Sofri. A force de tergiverser, ils donnent l’impression de se désintéresser du drame qui se déroule à leur porte.
Seulement ce n’est plus du crédit militaire des rebelles qu’il est en question, mais du sort d’une population civile en proie aux représailles. Pour parler de ce qui se passe aujourd’hui, je voudrais rappeler deux dates assez récentes. Le 15 avril 1986, deux missiles SCUD lancés depuis la Libye sont tombés en mer à quelques kilomètres des côtes de Lampedusa. Onze jours plus tard, le 26 avril, la centrale de Tchernobyl explosait. Les missiles libyens répondaient à une attaque massive de l’aviation américaine qui visait à tuer Kadhafi. Quant au nuage de Tchernobyl, il se promenait de-ci de-là au dessus de l’Europe, et en Italie, on restreignait par mesure de vigilance la consommation du lait et des légumes.
Depuis l'Europe, on voit à l'oeil nu la fumée de Benghazi
Vingt-cinq ans ont passé et Kadhafi achève sa reconquête. La Communauté internationale masque au mieux son embarras derrière l’émotion suscitée par le désastre japonais et la grande peur nucléaire.Qu’est-il advenu pendant ces vingt-cinq ans ? Comment est-on passé d’une rétorsion militaire américaine opérée par pas moins de 24 bombardiers sur de nombreux objectifs libyens — y compris Tripoli et Benghazi — pour venger un attentat sanguinaire contre une discothèque allemande, à l’omission de toute action, au moment où le dictateur déchaine contre la population insurgée l’écrasante supériorité de ses forces militaires ?
Tant de choses se sont passée depuis : la Somalie, en 1993, le 11 septembre 2001, la guerre en Irak et en Afghanistan… Ceci explique l’abstention d’Obama, sans toutefois la justifier. Mais l´Europe ? L´Europe fait de belles affaires sur le marché de l’armement mais quand il s’agit d’une action de police, elle devient plus pacifiste qu’un fakir hindou "pour ne pas déranger". L´Europe a laissé massacrer les Bosniaques pendant des années – or la Bosnie était européenne – jusqu’à ce que Bill Clinton en ait assez. Depuis l’Europe, on voyait à l’œil nu la fumée de Sarajevo, comme on voit aujourd’hui à l’œil nu la fumée de Benghazi.
Les puissances démocratiques — doit-on les appeler comme ça ? — ne se rendent-elles pas compte qu’une telle inertie face aux représailles des milices de Kadhafi justifie a posteriori l’agression unilatérale de Bush contre Saddam Hussein ? Saddam avait parié, comme aujourd’hui Kadhafi, sur l’impuissance des puissances démocratiques. Il a mal joué et il a perdu ; mais il semble que Kadhafi ait plus de chance. Les puissances démocratiques l’ont mis au ban et l’ont menacé de le traîner devant le Tribunal pénal international, lui donnant tout le temps de se ressaisir après le coup infligé par la rébellion et de reconstituer ses forces armées.
Ces puissances se contentent d’être les spectatrices d’une reconquête qui livre aux représailles des gens sans défense. Grisés par leur libération, les insurgés avaient eu la naïveté d’intimer à Kadhafi de se rendre, comme si un condamné pouvait intimer au peloton d’exécution de ne pas tirer, convaincu d’avoir pour eux le soutien — en plus des applaudissements — des forces démocratiques.
Sans police internationale, la police et le TPI ne sont qu'une plaisanterie
Le dilemme est désormais ancien, seul le contexte est nouveau. Tant qu’il n’existera aucune police internationale, la justice et le Tribunal international ne seront qu’une plaisanterie. Kadhafi ne pourra être arrêté ou chassé que dès lors qu’une bonne partie de ses sujets se seront rebellés contre lui, pas avant. On peut objecter qu’une insurrection qui ne compte pas sur ses propres forces n’a pas la légitimité pour gagner, ce à quoi le droit-devoir d’ingérence humanitaire a déjà répondu qu’il fallait la mettre en condition de gagner. Ce n’est pas vrai, ça ne l’a été que très rarement. Une dictature moderne, dynastique et tribale comme celle de Kadhafi confisque suffisamment de richesse pour entretenir un vaste soutien social et une importante garde prétorienne, en exploitant le travail servile d’un grand nombre de sujets, un peuple de fourmis invisibles jusqu’au jour où il se précipite aux frontières.L'Europe semble plus divisée que jamais. La France de Nicolas Sarkozy a été trop impulsive et a voulu trop en faire, donnant l’impression de céder à un calcul électoral, à la vanité personnelle, et au poids des pertes en Afghanistan ou de la malheureuse opération de libération des otages au Niger, mais au moins l'a-t-il dit. De même la position combative de David Cameron, qui en d’autres temps aurait été prise au sérieux, sonne comme pure rhétorique.
Angela Merkel a employé une expression révélatrice : elle veut "attendre et voir comment la situation évolue". Les peuples qui couvent des désirs de rebellion et de liberté sont ainsi avertis. On dirait que les fausses notes des déclarations européenness sont le concert d’un continent uni pour s'en laver les mains. L’Italie d’ailleurs est insignifiante et entend bien continuer à le rester. Chaque jour qui passe rend le dénouement de la situation de plus en plus complexe. Il est improbable que la persuasion et quelques mesures d’embargo puissent convaincre la bande de Kadhafi à partir.
Nombreux sont ceux qui rêvent que Kadhafi se remette solidement en selle et qu’on puisse recommencer à commercer et trafiquer avec lui comme avant, mais il y a peu de chances pour que ce rêve se réalise. Alors ? Alors, comme le temps est un facteur décisif, pour un éventuel déblocage de la situation, l’Europe prend, c’est-à-dire perd, son temps. L’Europe, c’est perdre son temps.
Sarkozy-Le Pen, on refait le match
Étranges cantonales pour lesquelles une partie des Français est appelée aux urnes dimanche. Pas seulement parce que nous avons assisté à une non-campagne où les événements internationaux ont éclipsé les enjeux locaux. Un homme et une femme l'auront accaparée, qui a priori ne sont pas concernés au premier chef par ces élections. Lui, c'est Nicolas Sarkozy. Il pourra mesurer l'ampleur du trouble qui a saisi son électorat, à lire les sondages. Quoi qu'il dise, qu'il fasse ou qu'il change dans ses gouvernements, sa radicale impopularité demeure, démontrant que la perspective d'une défaite à la présidentielle devient plausible. Au point que sa candidature suscite un début de contestation dans son propre camp et que le spectre d'un 21 avril est avancé. François Fillon agite le scénario d'une droite éliminée du second tour. On peut y voir, à la veille d'aller voter, le signe d'une téméraire liberté de parole comme d'un doute profond. Elle, c'est Marine Le Pen dont l'ascension affole la sphère républicaine. Du PS qui s'interroge sur l'utilité des primaires en attendant Godot-DSK, à l'UMP qui en tire argument pour dissuader les candidatures de division et devra, dimanche soir, clarifier sa position : ni alliance avec le diable, ni front républicain en cas de duel gauche-FN au second tour des cantonales, mais quelle consigne de vote ? La percée de la fille idéologique de son père n'a rien d'un phénomène surnaturel. Elle sanctionne une insécurité économique et sociale et un président qui s'égaille dans des débats identitaires au lieu de rassembler. Dans un monde anxiogène, quand la droite se droitise, l'extrême droite bondit. Le paradoxe n'est pas mince : c'est le FN qui donne le ton des cantonales, non pas à travers un programme peau de chagrin dont il ne parle d'ailleurs pas mais en nationalisant un scrutin qui aura vu la droite mettre le drapeau sarkozyste sous le boisseau !
Étranges cantonales pour lesquelles une partie des Français est appelée aux urnes dimanche. Pas seulement parce que nous avons assisté à une non-campagne où les événements internationaux ont éclipsé les enjeux locaux. Un homme et une femme l'auront accaparée, qui a priori ne sont pas concernés au premier chef par ces élections. Lui, c'est Nicolas Sarkozy. Il pourra mesurer l'ampleur du trouble qui a saisi son électorat, à lire les sondages. Quoi qu'il dise, qu'il fasse ou qu'il change dans ses gouvernements, sa radicale impopularité demeure, démontrant que la perspective d'une défaite à la présidentielle devient plausible. Au point que sa candidature suscite un début de contestation dans son propre camp et que le spectre d'un 21 avril est avancé. François Fillon agite le scénario d'une droite éliminée du second tour. On peut y voir, à la veille d'aller voter, le signe d'une téméraire liberté de parole comme d'un doute profond. Elle, c'est Marine Le Pen dont l'ascension affole la sphère républicaine. Du PS qui s'interroge sur l'utilité des primaires en attendant Godot-DSK, à l'UMP qui en tire argument pour dissuader les candidatures de division et devra, dimanche soir, clarifier sa position : ni alliance avec le diable, ni front républicain en cas de duel gauche-FN au second tour des cantonales, mais quelle consigne de vote ? La percée de la fille idéologique de son père n'a rien d'un phénomène surnaturel. Elle sanctionne une insécurité économique et sociale et un président qui s'égaille dans des débats identitaires au lieu de rassembler. Dans un monde anxiogène, quand la droite se droitise, l'extrême droite bondit. Le paradoxe n'est pas mince : c'est le FN qui donne le ton des cantonales, non pas à travers un programme peau de chagrin dont il ne parle d'ailleurs pas mais en nationalisant un scrutin qui aura vu la droite mettre le drapeau sarkozyste sous le boisseau !
La guerre du bluff
Kadhafi, insaisissable derviche tourneur, n’a pas fini de donner le tournis aux Occidentaux. Après l’adoption de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, Paris et Londres pensaient avoir les moyens de dompter le guide libyen. C’était une illusion : incroyablement résistant, le bédouin n’a cessé, depuis, de les égarer sur les pistes de sa stratégie de survie, ce désert mental apparemment indéchiffrable dont il connaît tous les détours.
Les membres de la coalition pourraient payer très cher leur retard à l’allumage. Jouant avec le cessez-le-feu comme un jongleur, le dirigeant libyen a profité du temps de préparation de ses adversaires pour gagner du terrain jusqu’au dernier moment. Tout était prêt pour une action militaire contre lui, avait déclaré Alain Juppé, hier soir. Oui, mais rien n’était encore déclenché et les alliés pourraient regretter longtemps l’erreur d’avoir attendu le week-end, et le sommet de Paris pour entrer en action.
Ce vendredi crucial a été celui d’un double bluff. D’un côté, la menace pour faire plier le dictateur. De l’autre, la grande manipulation de Kadhafi, qui mystifie tout le monde avec un incroyable culot, osant le mensonge le plus éhonté pour continuer de pousser ses pions. Annoncer son intention de respecter la résolution 1973 pour mieux la violer en douce, continuer de bombarder tout en affirmant vouloir faire taire les armes ? Aucun scrupule ne l’arrête. Aucun tabou. Cet homme qui promet froidement toutes les folies et jure qu’il mettra la Méditerranée à feu et à sang, parvient à compenser un rapport de forces militaire défavorable.
L’horloge des événements joue fatalement contre les démocraties, qui, elles, respectent le droit… Les Occidentaux doivent échapper au piège tendu par leur insaisissable adversaire, mais aussi aux filets de leurs propres ambiguïtés. Défensif, aérien et destiné exclusivement à protéger les populations civiles, le recours à la force voté à New York n’a pas vocation, en effet, à faire chuter Kadhafi… Sur le papier en tout cas. Les cinq grands qui se sont abstenus, dont l’Allemagne, pourraient contester la lecture extensive de cette autorisation que font désormais valoir les Américains.
La confusion qui a dominé toute la nuit a mis en évidence les limites des visées de l’Occident et les doutes sur sa capacité réelle à peser sur le destin immédiat de la Libye. Le pire serait un statu quo, objectivement favorable à Tripoli, qui respecterait les termes de la résolution onusienne. Au mieux, si on peut dire, il ouvrirait la porte à une guerre civile qui, fidèle aux antiques rivalités tribales, opposerait pour longtemps la Tripolitaine, à l’ouest, fidèle au «guide», et la Cyrénaïque, à l’est, partiellement tenue par ses opposants. Un conflit interminable en perspective.
Kadhafi, insaisissable derviche tourneur, n’a pas fini de donner le tournis aux Occidentaux. Après l’adoption de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, Paris et Londres pensaient avoir les moyens de dompter le guide libyen. C’était une illusion : incroyablement résistant, le bédouin n’a cessé, depuis, de les égarer sur les pistes de sa stratégie de survie, ce désert mental apparemment indéchiffrable dont il connaît tous les détours.
Les membres de la coalition pourraient payer très cher leur retard à l’allumage. Jouant avec le cessez-le-feu comme un jongleur, le dirigeant libyen a profité du temps de préparation de ses adversaires pour gagner du terrain jusqu’au dernier moment. Tout était prêt pour une action militaire contre lui, avait déclaré Alain Juppé, hier soir. Oui, mais rien n’était encore déclenché et les alliés pourraient regretter longtemps l’erreur d’avoir attendu le week-end, et le sommet de Paris pour entrer en action.
Ce vendredi crucial a été celui d’un double bluff. D’un côté, la menace pour faire plier le dictateur. De l’autre, la grande manipulation de Kadhafi, qui mystifie tout le monde avec un incroyable culot, osant le mensonge le plus éhonté pour continuer de pousser ses pions. Annoncer son intention de respecter la résolution 1973 pour mieux la violer en douce, continuer de bombarder tout en affirmant vouloir faire taire les armes ? Aucun scrupule ne l’arrête. Aucun tabou. Cet homme qui promet froidement toutes les folies et jure qu’il mettra la Méditerranée à feu et à sang, parvient à compenser un rapport de forces militaire défavorable.
L’horloge des événements joue fatalement contre les démocraties, qui, elles, respectent le droit… Les Occidentaux doivent échapper au piège tendu par leur insaisissable adversaire, mais aussi aux filets de leurs propres ambiguïtés. Défensif, aérien et destiné exclusivement à protéger les populations civiles, le recours à la force voté à New York n’a pas vocation, en effet, à faire chuter Kadhafi… Sur le papier en tout cas. Les cinq grands qui se sont abstenus, dont l’Allemagne, pourraient contester la lecture extensive de cette autorisation que font désormais valoir les Américains.
La confusion qui a dominé toute la nuit a mis en évidence les limites des visées de l’Occident et les doutes sur sa capacité réelle à peser sur le destin immédiat de la Libye. Le pire serait un statu quo, objectivement favorable à Tripoli, qui respecterait les termes de la résolution onusienne. Au mieux, si on peut dire, il ouvrirait la porte à une guerre civile qui, fidèle aux antiques rivalités tribales, opposerait pour longtemps la Tripolitaine, à l’ouest, fidèle au «guide», et la Cyrénaïque, à l’est, partiellement tenue par ses opposants. Un conflit interminable en perspective.
L'honneur est sauf...
« Nous venons ce soir et il n'y aura pas de pitié », menaçait le dictateur Kadhafi. Les habitants de Benghazi, terrorisés, s'enfuyaient.
Un pays s'est levé le premier pour empêcher le massacre : la France. Une fois encore, après d'autres drames, tel celui de la Géorgie, le président de la République française, quasiment seul en prenant beaucoup de risques, s'est dressé contre le pire.
Le ministre des Affaires étrangères s'est précipité à l'Onu. Il a redonné confiance aux dirigeants des autres pays. Il a su les convaincre. Il a arraché la motion qui, in extremis, barre la route à Kadhafi. Celui-ci s'est arrêté aux portes de la ville qu'il voulait châtier, comme on faisait jadis envers l'ennemi. Seulement voilà, ces temps affreux sont révolus. Les droits de l'Homme sont passés par là. La poursuite des criminels, agissant sans humanité aucune contre l'Humanité, sont et seront désormais poursuivis. Voilà de quoi faire réfléchir les tyrans autour du monde.
Enfin, et de justesse, notre honneur a été sauvé d'un désastre qui aurait lourdement pesé, demain, en minant la confiance dans la communauté internationale, représentée par l'Onu.
... mais nous ne sommes pas quittes
L'honneur est sauf, mais nous ne sommes pas quittes. Il va nous falloir maintenant honorer notre parole, tenir nos promesses. Ce ne sera pas facile, si nous voulons éviter les erreurs de tirs qui tuent des innocents, ceux que, précisément, nous voulons protéger. Ce ne sera pas facile si nous voulons, et il le faut absolument, éviter les erreurs psychologiques vis-à-vis de ces populations fières et courageuses ; si nous voulons éviter les fautes politiques dans cet « Orient compliqué ».
Heureusement, les Occidentaux ne sont pas seuls dans cette épreuve : la Ligue arabe fait cause commune. C'est nouveau et ce pourrait être, souhaitons-le, fécond pour demain.
Certes, de grands pays émergents ¯ Inde, Brésil, Chine, Russie ¯ se tiennent à l'écart. Mais deux veto ont été évités... Bien sûr, l'attitude distante de l'Allemagne nous pose question et nous déçoit, comme nous a déçus l'attitude de l'Union européenne... Il nous faudra nous expliquer pour dissiper les équivoques et nous comprendre.
Quoi qu'il en soit de l'avenir, un coup d'arrêt a été porté à la dictature ; un geste fort et un message ont été signifiés aux défenseurs de la liberté et des droits de l'Homme ; un soutien est apporté aux démocrates qui veulent construire une société plus juste.
Surtout si vous êtes de droite…
Bon, je sais bien qu’un demi-siècle de « désistement républicain » m’a appris que je ne devrais pas avoir d’ennemi à gauche. Et que je dois plus que jamais me souvenir de cet impératif catégorique électoral, à quelques heures des élections cantonales dont tout le monde se moque totalement entre l’apocalypse nô et la guerre civile en Lybie. Mais encore faudrait-il qu’ils soient de gauche, les ennemis. A votre avis, la phrase suivante, elle est de Sarkozy ou de DSK ? « La réalité, c’est que ces gens-là, ils sont dans la merde. Et y sont gravement. Ils ont beaucoup bricolé, ils savent très bien qu’ils ne paient pas d’impôts, que c’est un sport national de ne pas payer d’impôts en Grèce, que ça truande un maximum. Mais d’un autre côté, si on n’était pas venu à la dernière minute quand ils nous ont demandé de venir, ils seraient tombés au fond du gouffre. » Que tout ça ne vous empêche pas de voter socialiste au second tour, surtout si vous êtes de droite, si par malheur les candidats du Front de Gauche étaient battus au premier.
Non, ce n’est pas la fin du monde
Ce qui se passe actuellement au Japon est terrible, triste à pleurer, certains dévouements de sauveteurs sont admirables et le bilan effrayant, c’est terrible et pourtant ce n’est pas la fin du monde.Au lieu de préparer des plans pour aider les Japonais, fournir ce qui leur manque, soigner les blessés et les brûlés, on assiste un peu partout aux prêches de ces prophètes de l’Apocalypse que dénonce avec raison Jean de Kervasdoué (*). C’est vrai que la matière et l’époque y sont favorables : la matière c’est le nucléaire avec son péché originel, la bombe d’Hiroshima. Quoi qu’on fasse et qu’on dise le réflexe est pavlovien, même si un cœur de réacteur ne peut exploser comme une bombe. Quant à l’époque, c’est celle des sectes millénaristes, des théories du complot, genre on nous cache tout, des salmigondis fantastico-religieux où les sept cavaliers de la Bible portent dans le ciel la mort nucléaire, la fin du monde pour 2012 du calendrier maya, tout cela relayé en boucle sur le Net. Et quand le Commissaire européen à l’Energie et quelques politiques irresponsables en rajoutent, cela ne fait qu’ajouter le catastrophisme à la catastrophe, les peurs irrationnelles au drame bien réel. Il est vain de dire que le charbon tue beaucoup plus que le nucléaire et qu’un barrage qui se rompt en Chine fait 30.000 morts. Face aux mauvais prophètes il faut des leaders responsables, parmi les candidats de 2012, sur le nucléaire, MM. Sarkozy et Strauss-Kahn et Mme Aubry le sont heureusement.
Ce qui se passe actuellement au Japon est terrible, triste à pleurer, certains dévouements de sauveteurs sont admirables et le bilan effrayant, c’est terrible et pourtant ce n’est pas la fin du monde.Au lieu de préparer des plans pour aider les Japonais, fournir ce qui leur manque, soigner les blessés et les brûlés, on assiste un peu partout aux prêches de ces prophètes de l’Apocalypse que dénonce avec raison Jean de Kervasdoué (*). C’est vrai que la matière et l’époque y sont favorables : la matière c’est le nucléaire avec son péché originel, la bombe d’Hiroshima. Quoi qu’on fasse et qu’on dise le réflexe est pavlovien, même si un cœur de réacteur ne peut exploser comme une bombe. Quant à l’époque, c’est celle des sectes millénaristes, des théories du complot, genre on nous cache tout, des salmigondis fantastico-religieux où les sept cavaliers de la Bible portent dans le ciel la mort nucléaire, la fin du monde pour 2012 du calendrier maya, tout cela relayé en boucle sur le Net. Et quand le Commissaire européen à l’Energie et quelques politiques irresponsables en rajoutent, cela ne fait qu’ajouter le catastrophisme à la catastrophe, les peurs irrationnelles au drame bien réel. Il est vain de dire que le charbon tue beaucoup plus que le nucléaire et qu’un barrage qui se rompt en Chine fait 30.000 morts. Face aux mauvais prophètes il faut des leaders responsables, parmi les candidats de 2012, sur le nucléaire, MM. Sarkozy et Strauss-Kahn et Mme Aubry le sont heureusement.
Encore Plus Risible
Les Français ont de la chance. Grâce à l’EPR, le fameux réacteur que le monde entier leur envie – mais que seuls les Finlandais et les Chinois ont acheté jusqu’à présent – ils disposent du nucléaire le plus sûr au monde. Nicolas Sarkozy et Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, ne sont pas souvent sur la même longueur d’ondes. Ils viennent de se retrouver en marge de la catastrophe de Fukushima pour affirmer qu’en France, un tel accident n’aurait pas été possible… grâce à l’EPR. Nombre de députés ont embrayé sur ce thème, faisant fi de toute décence envers les Japonais en deuil et en lutte, et oubliant quelques vérités qui devraient les inciter à la prudence.
Un : à l’heure actuelle, aucun EPR n’est en service dans le monde. Rassurer les Français en leur vantant un réacteur qui n’existe pas encore relève de l’abus de langage. Deux : les autorités de sûreté nucléaire française, finlandaise et anglaise n’ont toujours pas donné leur feu vert au réacteur. Elles jugent son informatique de contrôle et de commande trop fragile. Trois : les chantiers d’Olkiluoto, en Finlande, et de Flamanville, en France, connaissent des retards à répétition, notamment pour des raisons de sécurité. À Flamanville, le chantier a été suspendu en 2008, pendant des mois, par l’ASN, le gendarme du nucléaire, en raison d’anomalies dans le coulage du béton.
Enfin, une double coque autour du réacteur ne suffit pas. Fukushima démontre qu’il faudrait également surprotéger les pompes et les diesels de secours, ce qui n’est le cas ni dans les centrales anciennes, ni pour l’EPR.
Plus puissant, plus compact, moins générateur de déchets que les réacteurs de la « génération Fessenheim », l’EPR bénéficie de trente ans d’expérience nucléaire. Cette expérience rejaillit sur la sécurité, c’est indéniable. Mais d’ici à prétendre que la petite merveille technologique franco-allemande aurait été à l’abri d’un tsunami, il y a de la marge. Le discours de voyageur de commerce des autorités françaises n’est pas convenable. EPR signifie European Pressurised Reactor (réacteur pressurisé européen). Il ne faudrait pas que le sigle devienne l’acronyme d’Encore Plus Risible… que la communication en marge de Tchernobyl. À l’époque, le nuage radioactif était miraculeusement resté de l’autre côté du Rhin… dans les discours officiels. En réalité, il avait pollué la France comme tous ses voisins.
Une guerre trop tard ?
On savait que «la communauté internationale» n’existait pas. Qu’elle n’était qu’un concept de journaliste. Une création du vocabulaire médiatique. Une représentation floue de l’imaginaire diplomatique. On la soupçonnait de n’être, en fait, qu’une hydre sans morale et sans âme. Un agrégat d’intérêts, écartelée par les égoïsmes nationaux.
Le dossier libyen nous prouve que c’est sans doute cette réalité-là qu’il faudra retenir pour toute définition.
Il aura donc fallu attendre que le massacre des insurgés libyens soit imminent pour que les grandes puissances occidentales se décident à faire un geste tardif pour les protéger de la vengeance sanguinaire de l’enragé de Tripoli. Un fou pas si fou que ça, joueur habile capable de planifier un bain de sang en misant à la fois sur l’impotence de l’Europe des 27, sur les hésitations de l’Amérique et sur l’inopérance des gesticulations françaises pour ébranler le froid cynisme du G8. Bingo !
C’est in extremis, en dernier ressort, et après avoir cruellement pris son temps - au point qu’on a pu se demander s’il ne voulait arriver après la bataille - que le conseil de sécurité de l’ONU a fini par donner son feu vert à des frappes ciblées au moment même où les mercenaires de Kadhafi envoyaient leurs premières bombes sur Benghazi.
Faut-il rappeler que les hommes du «guide» libyen sont armés jusqu’aux dents - 50 fois plus que leurs adversaires - avec l’argent du pétrole acheté par les bons amis européens du régime...qui le sont restés jusqu’au 15 février dernier, au moins ?
On espère, entre soulagement et appréhension, qu’il ne sera trop tard. Que les raids aériens annoncés par Alain Juppé auront été lancés dès l’aube et qu’ils parviendront à arrêter les colonnes qui ont déjà semé la mort partout sur le sinistre chemin de la «purge». Mais y aura-t-il encore quelque chose à sauver quand ils seront déclenchés ?
Après s’être spectaculairement et trop longtemps compromis avec Tripoli, Paris a sauvé l’honneur en arrachant à ses partenaires le droit d’intervenir militairement dans le ciel libyen avec le soutien de la Ligue Arabe, et de l’Amérique.
Le président Sarkozy a eu le courage d’aller jusqu’au bout de ses annonces téméraires et brouillonnes qui ont fait naître d’immenses espoirs de reconnaissance chez les opposants libyens mais sans être sûrs de pouvoir les concrétiser. C’est son ministre des affaires étrangères qui a tenu la promesse...
Place à une guerre incertaine, donc, grâce à l’abstention de la Chine et de le Russie. Au nom des droits de l’homme ? Ils n’ont pas pesé très lourd dans cet épisode diplomatique peu glorieux pour les ambassadeurs de la liberté. Ils n’ont pas le pouvoir de faire une politique, c’est sûr. Seulement la capacité de faire sangloter les démocraties d’un œil, en gardant l’autre sec.
On savait que «la communauté internationale» n’existait pas. Qu’elle n’était qu’un concept de journaliste. Une création du vocabulaire médiatique. Une représentation floue de l’imaginaire diplomatique. On la soupçonnait de n’être, en fait, qu’une hydre sans morale et sans âme. Un agrégat d’intérêts, écartelée par les égoïsmes nationaux.
Le dossier libyen nous prouve que c’est sans doute cette réalité-là qu’il faudra retenir pour toute définition.
Il aura donc fallu attendre que le massacre des insurgés libyens soit imminent pour que les grandes puissances occidentales se décident à faire un geste tardif pour les protéger de la vengeance sanguinaire de l’enragé de Tripoli. Un fou pas si fou que ça, joueur habile capable de planifier un bain de sang en misant à la fois sur l’impotence de l’Europe des 27, sur les hésitations de l’Amérique et sur l’inopérance des gesticulations françaises pour ébranler le froid cynisme du G8. Bingo !
C’est in extremis, en dernier ressort, et après avoir cruellement pris son temps - au point qu’on a pu se demander s’il ne voulait arriver après la bataille - que le conseil de sécurité de l’ONU a fini par donner son feu vert à des frappes ciblées au moment même où les mercenaires de Kadhafi envoyaient leurs premières bombes sur Benghazi.
Faut-il rappeler que les hommes du «guide» libyen sont armés jusqu’aux dents - 50 fois plus que leurs adversaires - avec l’argent du pétrole acheté par les bons amis européens du régime...qui le sont restés jusqu’au 15 février dernier, au moins ?
On espère, entre soulagement et appréhension, qu’il ne sera trop tard. Que les raids aériens annoncés par Alain Juppé auront été lancés dès l’aube et qu’ils parviendront à arrêter les colonnes qui ont déjà semé la mort partout sur le sinistre chemin de la «purge». Mais y aura-t-il encore quelque chose à sauver quand ils seront déclenchés ?
Après s’être spectaculairement et trop longtemps compromis avec Tripoli, Paris a sauvé l’honneur en arrachant à ses partenaires le droit d’intervenir militairement dans le ciel libyen avec le soutien de la Ligue Arabe, et de l’Amérique.
Le président Sarkozy a eu le courage d’aller jusqu’au bout de ses annonces téméraires et brouillonnes qui ont fait naître d’immenses espoirs de reconnaissance chez les opposants libyens mais sans être sûrs de pouvoir les concrétiser. C’est son ministre des affaires étrangères qui a tenu la promesse...
Place à une guerre incertaine, donc, grâce à l’abstention de la Chine et de le Russie. Au nom des droits de l’homme ? Ils n’ont pas pesé très lourd dans cet épisode diplomatique peu glorieux pour les ambassadeurs de la liberté. Ils n’ont pas le pouvoir de faire une politique, c’est sûr. Seulement la capacité de faire sangloter les démocraties d’un œil, en gardant l’autre sec.
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