TOUT EST DIT

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samedi 22 octobre 2011

Le roman Hollande

Normal, François Hollande ? Allons donc ! Il brigue une fonction exceptionnelle sous une crise exceptionnelle. Et cette "primaire" qui le met sur le pavois est encore, chez nous, exceptionnelle. Je saluais, au printemps, l'innovation de la "primaire" comme plutôt heureuse, et je n'en démords pas. Elle sied à la Ve République.

D'abord, l'élu, adoubé par le suffrage, se trouve grandement affranchi pour contenir les ambitions disparates du parti. Ensuite, l'exposition médiatique de la primaire n'aura pas instruit que la seule gauche. Les non-socialistes y auront reconnu le déploiement habituel de l'illusion lyrique : le rêve, le rêve... Mais on aura aussi mesuré la résistance "européenne" de Hollande et Aubry aux coquecigrues du fringant Montebourg. Qui sait même si cet épisode n'arbitre pas contre la vieille gauche mitterrandienne d'Aubry, et en faveur de Hollande, glissant dans le flou vers une gauche rocardienne enfin désentravée ?

En installant un compétiteur renforcé face au président sortant, la primaire conforte aussi le système binaire des deux grands partis. Il nuit à l'expression autonome d'un centre peu ou prou absorbé par les deux grands : il y a du centre (Manuel Valls) chez Hollande comme il y a du centre (Borloo, Raffarin) chez Sarkozy. L'étau des deux grands, c'est le prix à payer pour réduire la dispersion gauloise. La Ve République - on lui en sait gré - contraint à des consensus élémentaires un peuple rétif aux consensus.

Dans la glaciation de notre représentation démocratique, dans le désaveu populaire pour la classe politique, cette primaire est une hirondelle. Elle ne fait pas le printemps. Et j'ignore si elle convertira un jour la droite. Mais l'appétit et la participation qu'elle a suscités feront réfléchir des partis encroûtés. En France, leur faible militantisme les y invite."La primaire ne signifie pas la fin des partis mais (peut-être) leur mutation." (1).

Très romanesque, cette éclosion du rosier "Hollande" dans la serre d'un parti desséché ! Enarque beurre frais, déniaisé dans le mitterrandisme, il aura longtemps joué le cornac dans la ménagerie des vieux éléphants du PS. Il y aura déployé, avec un humour sarcastique, le talent évasif d'un élu de Corrèze où, d'Henri Queuille à Jacques Chirac, il n'est aucun problème qu'une absence de solution ne résolve. Inusable recette qui, sous la toile peinte d'un village paysan, entretient, depuis trente ans en France, la magie funeste de l'inaction.

Le roman national a effleuré Hollande lorsqu'il était "époux", prince consort d'une Ségolène Royal bergère new wave, qui entendit des voix et offrit en 2007 à la France une première échappée belle hors des marécages du vieux parti.

Mais le vrai roman éclate lorsque, huit mois auparavant, Hollande change de femme, de lunettes et de régime. Contre le scepticisme goguenard des experts, et alors même que DSK bouchait, de son aura, tout l'horizon socialiste, il laisse éclater dans sa candidature une ambition bien macérée.

Sacré coup de dés, séducteur de hasards - et comme la politique les chérit - puisque les neuf minutes lubriques de DSK au Sofitel de New York et une fastueuse primaire vont coiffer notre Rastignac de Corrèze de la couronne aux épines du peuple de gauche ! Après la Corrèze, ce sera le Zambèze... et le reste du monde à découvrir."Quelle histoire !" souffle à ce Rastignac son Vautrin, Mitterrand !

L'exceptionnel attend le marathonien à chaque tournant d'une redoutable épreuve physique et mentale. L'exceptionnel d'une médiatisation féroce qui dispense ou retire le petit tas de votes qui, in fine, font la décision. L'exceptionnel d'une crise mondiale où l'on se souciera moins du sexe des anges socialistes que du sort de la France. L'exceptionnel de ce remugle des années 30 qui, sans se répéter, bégaie avec les "indignés" et leur révolution introuvable. L'exceptionnel d'une Babel européenne gigotant d'impuissance. L'exceptionnel d'un moment convulsif de l'Histoire qui brise ou bronze ses appariteurs.

Après la providentielle Nafissatou Diallo, après l'échec d'une Martine Aubry mère Courage du vieux parti mais commère des 35 heures et empêtrée dans ses rengaines, Hollande dispose encore d'un atout sûr. Et c'est l'impatience brutale du peuple dans les misères de la crise : il la met en vrac au débit de tous les sortants. La crise les fait glisser, de gauche ou de droite, dans ses sables mouvants.

Reste Sarkozy ! Victime d'abord de son ébriété de pouvoir, égaré par ubiquité et trivialité, il aura ensuite excellé, par énergie et savoir-faire, dans la crise. Le cycliste, chez lui, attend les fameux "juges de paix", les cols de haute montagne, pour garder son Tour de France. Et contre le fortuné champion des étapes de plat.

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