TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

samedi 10 juillet 2010

Rigueur : appeler un chat un chat !

« Je suis à la tête d'un État qui est en situation de faillite », avait déclaré François Fillon, en septembre 2007. Il faisait ainsi connaître, à la fois, sa lucidité, sa grande inquiétude et sa détermination. Cela signifiait, pour le pays, combien il allait falloir fournir d'efforts pour redresser la situation.

Aussitôt, on lui fit reproche d'affoler les Français. Pourtant, aujourd'hui, les évolutions actuelles, aggravées par la crise, sont devenues encore plus difficiles à gérer. C'est le cas pour la France, mais aussi pour nombre de pays européens comme pour les États-Unis.

Des mesures d'austérité sont prises un peu partout, y compris en France, notamment avec le plan Baroin de réduction des déficits publics, entre 2011 et 2013. Les Anglais ont pris, eux aussi, des dispositions sévères. Mais contrairement aux Français, ils osent appeler cela « rigueur ».

« Je ne cache pas au Parlement que l'impact de ce changement des impôts et des allocations sociales sera dur pour les gens », a déclaré, fin juin, à la Chambre des communes, George Osborne, chancelier de l'Échiquier, l'équivalent de notre ministre des Finances. Il ajoutait : « Mais c'est inévitable, étant donné la taille de la dette à laquelle notre pays doit faire face et la catastrophe que cela provoquerait si nous ne nous en occupions pas. » La presse en a rajouté : c'est « le pacte de la hache et des impôts », c'est « un budget de l'enfer », « de la douleur pour maintenant et encore plus pour plus tard ». Mais un journal conclut : « Dur ? Oui... mais juste ? »

En France, les déclarations et les explications sont plus feutrées. Doit-on, en cet anniversaire des terribles journées de juin et juillet 1940, retrouver là cette différence entre nos deux peuples qui poussait l'un à ouvrir ses villes sans combattre et l'autre à barricader le pays pour éviter l'invasion ? Les paroles, terribles d'exigence et de vérité d'un Churchill promettant de la sueur, du sang et des larmes, nous ont sauvés.

Un langage de vérité

Les Français savent, eux aussi, combien la situation est grave. En 2006, François Fillon a publié un livre intitulé La France peut supporter la vérité. Il avait raison et la vérité doit être dite explicitement si l'on veut mobiliser le pays dans l'effort indispensable. Par conséquent, il faut appeler un chat un chat. C'est ce que l'on commence à faire avec le problème des retraites dont « les enjeux sont terrifiants » aux yeux de Michel Rocard qui évoquait, dans France-Soir (1), la manière dont les ministres accueillirent, en 1981, l'annonce faite par François Mitterrand de la baisse de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans : « Tous les ministres en charge de l'économie ¯ même Fabius et surtout Delors ¯ étaient effondrés, décomposés. » L'ancien Premier ministre poursuit : « En faisant de l'âge légal de départ à la retraite un symbole, le Parti socialiste est encore en train de se tromper de combat... Quant à faire reposer les retraites sur la fiscalité, c'est absurde et dangereusissime. Il faut absolument que le régime des retraites s'auto-équilibre... C'est une réforme courageuse. Le gouvernement a eu raison de la faire. Je suis socialiste, je le reste, mais je le dis, tout en regrettant que le gouvernement n'ait pas suivi la voie de la négociation. »

Il y a les retraites... et tout le reste. Un langage de vérité, associé à une volonté de justice, de solidarité et de dialogue authentique, dans la recherche permanente d'une rigueur nécessaire qui ne paralyse pas une croissance indispensable, voilà la seule manière d'obtenir la compréhension et l'adhésion des Français. Cela ne pourra se faire dans la division. L'union est nécessaire en ces domaines si l'on veut sortir de l'impasse et préparer l'avenir.

Cependant, réfléchissons à l'interrogation du Financial Times qui s'interrogeait récemment à propos du nouveau gouvernement britannique : « Peut-être que seul un gouvernement jeune ¯ par son âge et le caractère récent de son arrivée au pouvoir ¯ pouvait oser un tel pari. » Dans les circonstances actuelles, les Français peuvent être amenés à se poser la même question...