TOUT EST DIT

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lundi 17 janvier 2011

Responsabilités partagées


Le policier est puni avant le malfaiteur. C'est la singulière conclusion à laquelle pourrait conduire la décision prise, ce week-end, par le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, d'assainir le fonctionnement de l'organisme public chargé d'assurer la sécurité des médicaments. Mise en cause par l'Inspection générale des affaires sociales pour avoir fait preuve d'une longue et « inexplicable tolérance » à l'égard du Mediator, l'Agence de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) se voit infliger par sa tutelle une leçon d'éthique en deux parties. Un : la transparence ne suffit pas à garantir l'indépendance. Aussi, les experts, s'ils veulent le rester, ne pourront plus se contenter de déclarer un intérêt avec un laboratoire, ils devront y renoncer. Juste mais vaste programme dans un milieu inondé, scientifiquement comme financièrement, par l'industrie pharmaceutique... Deux : le principe de précaution a été contourné, sinon retourné, à compter de 1999, date à laquelle les premiers signalements de décès suspects liés au Mediator sont restés sans suite. Désormais pour obtenir la commercialisation d'un médicament, a fortiori son remboursement, un fabricant ne pourra plus s'en tenir à prouver une absence de risque, mais démontrer un bénéfice avéré. Périlleuse pour des laboratoires français déjà à la traîne en matière d'innovation, une nouvelle étape s'ouvre dans la mise en oeuvre du principe de précaution. Ironie de l'histoire, vingt ans après avoir tiré les leçons du scandale du sang contaminé, qui avait conduit à « dépolitiser » la gestion du risque sanitaire, le politique réimpose son autorité sur cette administration déconcentrée. C'est une revanche, aussi, sur la justice, car elle sera moins prompte à sanctionner celui qui, à l'origine de la chaîne, est désigné par l'Igas comme le responsable de l'affaire : Servier. Le rapport est accablant pour une firme désignée pour avoir cyniquement trompé les experts, les autorités et l'opinion sur la nature et les effets de ce Mediator, véritable « subprime » du système de santé. Mais sa mise en cause n'exonère pas d'une réflexion sur les responsabilités à l'autre bout de la chaîne : celles des médecins et des malades. Que des généralistes aient continué de prescrire du Mediator en anorexigène après 1997, date à laquelle les coupe-faim - dont l'Isomeride de Servier -ont été interdits devrait déboucher sur une double obligation, celle de se former en continu et celle de signaler, par écrit, sur l'ordonnance une prescription hors indication thérapeutique. Quant aux malades que nous sommes tous, il nous faut reconnaître cette schizophrénie qui nous fait repousser le principe de précaution quand celui-ci se traduit par le déremboursement ou le retrait d'un médicament familier...

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