TOUT EST DIT

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mercredi 28 septembre 2011

Les syndicats enseignants sont responsables de la paupérisation des professeurs

Grève des professeurs ce mardi pour protester notamment contre les suppressions de postes au sein de l'Éducation nationale. L'occasion pour le Président de l'UNI, Olivier Vial, de remettre en cause le rôle joué par les syndicats d'enseignants.

Dans un monde qui évolue de plus en plus vite, il est rassurant de savoir que certaines choses n'évolueront jamais, à l'image des syndicats de l'Éducation nationale. Depuis des décénies, leurs mots d'ordres restent les mêmes : plus de postes et défense du sacro-saint statut de la fonction publique.
Ce n'est pourtant pas cela qui permettra d'améliorer notre système scolaire ou le sort des enseignants. La dernière enquête de l'OCDE a d'ailleurs rappelé que l’amélioration des résultats des élèves n’est pas corrélée à la seule hausse des moyens et encore moins à celle du nombre de postes. Si la France dépense beaucoup plus pour ses lycéens (12 087 USD en 2008) que la Finlande (7 461 USD) [1], et qu'elle dispose également d'un taux d'encadrement beaucoup plus élevé [2], les résultats de ses élèves n'en sont pas meilleurs pour autant - et ils sont parfois pires.

Des syndicats responsables de la paupérisations du métier d'enseignant ?

De façon cynique, on comprend bien où se situe l'intérêt des syndicats dont le pouvoir est directement proportionnel au poids relatif du corps enseignant dans le reste de la société. En faisant ce calcul, ils ont toujours exigé des créations de postes plutôt que des hausses de salaires, entrainant ainsi une relative paupérisation du monde enseignant. La politique menée depuis un an pour revaloriser les débuts de carrière et permettre aux enseignants de se partager 1,5 milliard d'euros grâce aux heures supplémentaires s'est faite quasiment contre eux. Le pouvoir d'achat des enseignants n'était pas la priorité syndicale.
Cette paupérisation est, en partie, responsable de la crise des vocations qui touche l'éducation et nuit à la qualité future du recrutement des enseignants et donc à la qualité de l'enseignement. "Un candidat au CAPES de lettres modernes a ainsi deux fois plus de chance aujourd'hui qu'il y a dix ans de décrocher un titre de certifié […] En 1999, le rapport présents/postes offerts était de l'ordre de 17,5 %. En 2005, il est passé à 37,17 %. Entre temps la moyenne du dernier admissible est passée de 8/20 à 6,25/20."[3] En 2010, les premiers résultats d'admissibilité des Capes externes ont confirmé cette tendance. Dans certaines disciplines, le nombre d'admissibles fut même inférieur au nombre de postes ouverts [4].

Prendre en compte le mérite des enseignants

Le second mot d'orde des syndicats n'est pas moins cynique. En s'opposant à toute prise en compte du mérite des enseignants pour leur évolution de carrière ou leur rémunération, au prétexte de défendre le statut de la fonction publique, les syndicats font des enseignants "leurs obligés". Qu'il soit exemplaire ou "tire au flanc", un professeur sera traité quasiment de la même façon. Dès lors, son salut et surtout ses espoirs de hausse de son pouvoir d'achat ne viendront que d'une action collective et syndicale aboutissant, par exemple, à une évolution de la grille d'indice. Dans son dernier essai, Chantal Delsol dénonce cet état d'esprit. " le mépris du mérite individuel, une fois le concours réussi, mépris qui a pour cause l'égalitarisme, engendre des mentalités bien particulières. Comme rien ne peut, dans le cadre du travail, se conquérir par soi-même, par son propre effort ou résultat [..] Nous entrons dans le monde de la supplication et, à l'extrême, de la révolte."[5] Un monde ou les syndicats sont rois.
En soutenant aujourd'hui les mots d'ordres syndicaux, les enseignants grévistes continuent à tisser les liens avec lesquels les syndicats les entravent. Il est temps, pour eux, de couper ces liens pour s'affranchir de la tutelle des syndicats.


[1] La dépense moyenne pour un lycéen dans les pays de l'OCDE est de 9396 USD
[2] Le taux d'encadrement qui correspond au nombre d'élève par enseignant s'élève à 9,5 en France, pour 16,2 en Finlande et 13,6 pour la moyenne OCDE.
[3] Claire Mazeron, Autopsie du Mamouth, éditions Jean Claude Gawsewitch, 2010
[4] En éducation musicale, 120 postes ont été ouverts, mais il n'y a eu que 114 candidats admissibles aux épreuves orales ; de même en lettres classiques, seulement 103 candidats ont réussi la première partie du concours pour 185 postes ouverts.
[5] Chantal Delsol, La détresse du petit pierre qui ne sait pas lire, éditions Plon, 2011

Le triomphe de la gauche aux sénatoriales cache son divorce avec le peuple

Le triomphe de la gauche aux sénatoriales cache son divorce avec le peuple.


 Les résultats des élections sénatoriales symbolisent-ils une situation politique où la gauche triomphe sur le plan local, quand la droite reste depuis des années victorieuse lors des élections nationales?

Christophe Guilluy : De fait c'est ce qui se passe. Mais avec la manière dont vous posez la question, on a l'impression qu'il s'agit d'une répartition consciente, voulue. Évidemment, ce sont les événements qui font que cela se passe ainsi. Dans les faits, c'est toutefois exact : le PS gère le local et l'UMP gère le national. Avec cette idée de fond que ce sont les grands partis qui gèrent et le local, et le national.
Mais le plus intéressant, selon moi, c'est la façon dont la gauche gagne les élections depuis 10 ans. Si l'on étudie plus en détails à ce qu'il s'est passé aux régionales ou aux européennes, on constate qu'il s'agit des élections où le taux d'abstention des catégories populaires est le plus élevé. La gauche gagne donc systématiquement quand les employés et les ouvriers ne vont pas voter. Pour résumer : les élections gagnantes de la gauche sont les élections sans le peuple.
Or, dimanche la gauche a remporté le Sénat, c'est-à-dire l'Assemblée, de fait, la plus éloignée du peuple. Cette victoire s'inscrit donc finalement dans la même logique que ces dix dernières années. C'est l'aboutissement d'un long divorce entre la gauche et le peuple.
Ainsi, quand j'entends les dirigeants crier victoire, à mon avis, ils vont un peu vite en besogne. Le divorce entre la gauche est le peuple reste présent. La victoire aux sénatoriales pourraient même constituer une très mauvaise nouvelle ! En effet, symboliquement, gagner le Sénat, comme gagner Paris d’aillleurs, n’est pas vraiment le signe du retour d’une « gauche populaire ». Paris c'est la ville bourgeoise ancrée dans la mondialisation la plus éloignée des catégories populaires. Et le Sénat c'est évidemment l'élection indirecte la plus éloignée du suffrage universel et des catégories populaires.


Tout dépend cependant de la façon dont vous définissez le peuple...

Effectivement, je pense aux classes populaires, et plus précisément aux nouvelles classes populaires : les ouvriers, les employés, les chômeurs, les retraités issus de ces catégories et plus généralement les catégories sociales qui subissent les effets négatifs de la mondialisation. Cette France précaire, celles des bas ou des petits revenus, c’est la « France périphérique et populaire », celle qui est la plus éloignée  des grandes métropoles. Or c’est précisément cette France qu’une partie de la gauche, la gauche « terra nova » (NDLR : think tank dont l'une des dernières notes avaient créé une polémique) souhaite abandonner pour un nouvel électorat, celui des bobos et des minorités.
C’est d’ailleurs cette « gauche terra nova », que l’on a entendu dimanche à travers la voix de Martine Aubry quand elle explique que la victoire au Sénat  allait enfin permettre de proposer le droit de vote aux étrangers dans les élections locales ! Comment mieux signifier le divorce avec des ouvriers et des employés aujourd’hui tentés par le vote FN ?   


Mais ces minorités ne s'inscrivent-elles pas elles-aussi dans le peuple ?

Bien-sûr. Ils sont une partie du peuple. Mais le sens de la note de Terra Nova n’est pas de parler à l’ensemble des classes populaires ni de les réconcilier mais de s’adresser à un nouvel électorat contre l’ancien. Un choix suicidaire puisque l’électorat ciblé est minoritaire et loin d’être acquis à cette gauche là.


Aujourd'hui, le peuple ne se tourne-t-il pas de toute façon vers le Front national ?

Dans un contexte où la bipolarisation est de moins en moins pertinente, les classes populaires se tournent avant tout vers l'abstention. Puis, effectivement, vers le Front national. Elles sont dans une logique d'appréhension de la mondialisation au sens large (mondialisation économique, mais aussi de l'immigration, une autre facette de la mondialisation). Face à cette insécurité sociale et culturelle, les classes populaires demandent à l’Etat de jouer un rôle de protection. Mais en écho, c’est toujours le refrain de la mondialisation heureuse qu’ils entendent de la part des responsables politiques et singulièrement ceux de la « gauche terra nova ».

La chasse aux riches est ouverte

Dans l’œil des marchés : Dominique Trenet, stratégiste dans une société de gestion indépendante, dresse un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers les plus en vue du marché cette semaine.

« La chasse aux riches est ouverte », tel est le titre de la couverture de The Economist cette semaine. Tout en rappelant que le 1% des Américains les plus riches paye 25% des taxes fédérales et 40% de l’impôt sur le revenu, il met en exergue cette citation de Barack Obama « faire payer les riches ce n’est pas la lutte des classes, c’est une simple question de mathématiques ».
Le secteur privé va être fortement mis à contribution dans les pays développés, c’est ce que Russell Napier a expliqué la semaine dernière dans le cadre de son intervention au CLSA Forum de Hong Kong. Aux États-Unis et en Europe, les investisseurs privés et les sociétés vont être de plus en plus incités à souscrire des obligations d’Etat puisque « les experts » ont décidé de nouvelles règles dites de prudence qui disent que plus une banque prête de l’argent à des Etats, mieux elle est notée ! Les financements bancaires seront donc principalement orientés vers les Etats au détriment des sociétés...
Un nouveau mur de fer va s’élever autour du capital dont tout sera fait pour empêcher la mobilité. Le résultat est simple selon Russell Napier, il n’y aura pratiquement pas de croissance des résultats des sociétés au cours des dix prochaines années, ce qui n’incite pas beaucoup à acheter des actions dans les pays qui pratiquent ce type de politique.
Libérez les marchés en leur laissant fixer le prix des actifs, c’est ce qu’écrit Charles Gave, le Président de GaveKal à Hong Kong. La quasi-totalité des classes d’actif est manipulée : les taux américains, les prix du pétrole, la parité de l’Euro, du Yen, les rendements des dettes souveraines. Il fait remarquer que rarement dans l’histoire il n’y a eu une telle combinaison d’incompétence et d’arrogance intellectuelle dans les classes dirigeantes.
Sur le marché américain, Tobias Levkovich Chief US Strategist chez Citigroup reste néanmoins optimiste. Selon lui, l’indice S&P 500 sera à 1400 à la fin de l’année contre 1149 actuellement. Son avis est également partagé par Thomas Lee stratégiste chez JP Morgan qui explique que les investisseurs ont une occasion historique d’acheter des valeurs américaines dans d’excellentes conditions.
En Europe on cumule les erreurs. C’est ce qu’explique Frédéric Leroux gérant de la société de gestion Carmignac. Avec la mise en œuvre de plans de rigueur budgétaire qui creuseront encore plus les déficits et gonfleront le poids des dettes en réduisant les recettes fiscales, l’Europe a opté pour la voie japonaise. Cette voie est suicidaire fait-il remarquer… Il ne faut pas émettre des Eurobonds mais des EuroBunds, recommande Michel Didier de COE Rexecode. Sept pays de la zone Euro présentent des dettes d’une qualité très proche : l’Allemagne, la France, les Pays Bas, la Belgique, l’Autriche, la Finlande et le Luxembourg. La fusion des dettes les mieux cotées constituerait un marché de la dette de près de 5000 Md€ qui serait le deuxième marché obligataire du monde après celui des Etats Unis.
Sur les marchés européens, Jean-Luc Buchalet de Primeview note que la dette globale par rapport au PIB de chaque pays atteint des niveaux rarement vus dans l’histoire de l’Europe si l’on additionne les dettes des ménages des sociétés non financières et des administration publiques. L’Espagne est en tête avec 265% suivie par le Royaume Uni, 248% pour l’Italie, 208% pour la France et 184% pour l’Allemagne. Il en tire la conclusion que la croissance en Europe sera atone et peu favorable aux actifs financiers. Il faut cependant acheter les valeurs européennes actives sur les marchés émergents, telle est la recommandation d’Andrew Bary de Barron’s aux Etats Unis. L’eurostoxx 50 se paye 8 fois les résultats des sociétés pour les douze mois à venir tout en offrant un rendement supérieur à 5%.

L’art politique allemand

« Jusqu’où descendra l’abjection française ? » s’était écrié, il y a plus d’un demi-siècle, dans la France Catholique, Jean de Fabrègues. Que dirait-il aujourd’hui de ce torrent de boue, de cet étang vaseux où croupit ce qui reste du marigot, non même plus des crocodiles, mais des sortes de poissons morts, au ventre retourné, dont l’agitation est le fruit des seuls remous ?

Tout est crevé là-dedans, et les bulles qui s’échappent à la surface ne sont que des relents de pestilence. Détournons-nous de cette pourriture et allons respirer, une fois n’est pas coutume, du côté de Berlin.

J’avais écrit, il y a longtemps, un opuscule sur l’art politique français qu’on appelle aujourd’hui d’une plus jolie formule « le management capétien ». Cette formule est jolie parce qu’avec capétien management reprend son origine française tout en conservant son allure toute moderne de gouvernement des hommes. Je transformerai volontiers mon titre en « art politique allemand » quand je lis ce que notre Pape a enseigné, à Berlin, au Bundestag.

Magistrale leçon de philosophie politique où les maux modernes sont analysés lumineusement et où la voie pour les écarter est indiquée de façon tout aussi lumineuse. Jolie leçon d’ironie aussi quand le Saint-Père, dont on annonçait que les Verts bouderaient la venue et appelleraient à déserter l’assemblée pour ne pas entendre son discours, s’est plu à citer l’initiative écologique allemande comme l’annonce d’un retour au réel.

« Vous me permettrez de commencer mes réflexions sur les fondements du droit par un petit récit tiré de la Sainte Ecriture. Dans le premier Livre des Rois on raconte qu’au jeune roi Salomon, à l’accession de son intronisation, Dieu accorda d’avance une requête – que demanda le jeune souverain en ce moment ? Succès, richesse, une longue vie, l’élimination de ses ennemis ? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre, il demanda : « Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (1R 3,9). Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en définitive doit être important pour un politicien. Son critère ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherche le succès sans lequel il n’aurait aucune possibilité d’action politique effective ! Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une séduction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice.

« Enlève le droit et alors qu’est-ce qui distingue l’Etat d’une grosse bande de brigands », dit un jour saint Augustin. Nous Allemands, nous savons par expérience… » – et le Pape entame une longue méditation sur l’essence même du droit, qui, dans notre tradition issue d’Athènes, de Rome, et de Jérusalem, ne peut être ni le commentaire scripturaire d’une loi qui serait révélée ni le pur produit d’une majorité. « Contrairement aux autres grandes religions, le christianisme n’a jamais imposé à l’Etat et à la société un droit révélé, ni un règlement juridique découlant d’une Révélation. Il a au contraire renvoyé à la nature et à la raison comme vraies sources du droit – il a renvoyé à l’harmonie entre raisons objective et subjective, une harmonie qui toutefois suppose le fait d’être toutes deux les sphères fondées dans la Raison créatrice de Dieu –. Avec cela, les théologiens chrétiens se sont associés à un mouvement philosophique et juridique qui s’était formé depuis le IIe siècle avant Jésus Christ. Dans la première moitié du deuxième siècle pré-chrétien, il y eut une rencontre entre le droit naturel social développé par les philosophes stoïciens et des maîtres influents du droit romain. De ce contact est née la culture juridique occidentale qui a été et est encore d’une importance déterminante pour la culture juridique de l’humanité !…

« Pour le développement du droit et pour le développement de l’humanité, il a été décisif que les théologiens chrétiens aient pris position contre le droit religieux demandé par la foi dans les divinités et se soient mis du côté de la philosophie, reconnaissant la raison et la nature dans leur corrélation comme source juridique valable pour tous. »

C’est la vraie libération que l’Eglise a apportée aux hommes en distinguant ce qui est de l’ordre spirituel et ce qui est de l’ordre temporel, ce qui est d’Eglise et ce qui est d’Etat, ce qui est précepte religieux et ce qui est règle de droit.

Les autres religions ne connaissent pas cela, et, même, le christianisme, en dehors de l’Eglise, n’est pas source aussi féconde d’ordre et de liberté. Seule l’Eglise de Rome a su maintenir cette distinction qui a fait l’essor de la civilisation occidentale. Benoît XVI à Berlin, à l’automne 2011, c’est aussi ancien et aussi neuf que l’essor de la raison et de la nature, chez Thomas d’Aquin, puis, chez nos juristes, et légistes, de Bologne et de Paris, de Dijon, Bourges, Montpellier, Toulouse, Salamanque, des universités et des écoles de Droit qui nous ont appris – à nous et à nos princes – ce qui est juste, id quod justum est.

Mais dans cette libération il y avait aussi un danger. Celui de voir notre raison réduire la nature et son champ de réflexion à ce qui était strictement matériel. Le positivisme juridique est ainsi dénoncé dans ses carences, non comme un mal à rejeter absolument, mais comme une grave insuffisance à compléter par un regard qui voit mieux et plus profondément ce qui est. « Il faut ouvrir à nouveau tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l’étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste. »

Après ce sourire à l’écologie dans ce qu’elle a permis d’ouvrir les fenêtres, Benoît XVI rappelle : « il reste aussi une écologie de l’homme – l’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il respecte la nature, l’écoute et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de soi. C’est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine… »

Et les nations ? Ne peut-on pas dire de même et voir que leurs gouvernements ne peuvent pas faire abstraction de leur nature et des conditions de leur développement ? Peut-on imaginer un avenir harmonieux pour la France en dehors des lois de sa nature et de sa vocation dessinée dès l’origine ? Il y a une écologie de la terre. Il y a une écologie de l’homme. Il y a une écologie des nations.

L’autre soir, au dîner du Cercle de l’Œillet blanc, avenue de Breteuil, je disais au Prince Jean ma joie de savoir qu’il habite maintenant, lui et les siens, à Dreux, dans le Domaine royal, et que son fils aîné, le Prince Gaston, avait fait ses premiers pas sur la colline en promontoire d’où, il y a plus de mille ans, son ancêtre Robert défendait l’Ile-de-France contre les invasions.

La fraîcheur de ce petit dauphin de France jouant comme un enfant au jardin millénaire de ses ancêtres, me paraissait comme le plus lumineux symbole de notre prochaine renaissance nationale. Je me suis interrompu… « Mais cela, on me le dit souvent, ce n’est pas sérieux, c’est de la poésie. »

Le Prince reprit : « Les poètes, Maître, sont souvent les meilleurs des politiques, car ils voient les réalités que beaucoup de politiques… ne voient pas… »

Nous étions encore avec Benoît XVI, à mille lieux du marigot, de la fange et de la boue, non plus seulement à Berlin, mais à Dreux, au Domaine royal… chez les premiers capétiens, les maîtres du management moderne.

Bouée pour la Grèce, béquille pour l’euro

Dire une chose et son contraire, tout en bénéficiant du statut d’oracle : c’est le privilège des « marchés ». Télescopage révélateur, les voici qui dénoncent d’un même souffle la ruine de l’économie grecque, étouffée par l’austérité, et la désinvolture italienne, qui en ralentit la mise en œuvre. Ne peut-on imaginer une autre « règle d’or » que celle qui consiste à s’affranchir à ce point du joug de la raison ?

Supposons que l’urgence soit bien aujourd’hui de « sauver » la Grèce. Si l’on suit le mouvement des idées qui semblent encore dominer, cela signifierait empêcher tout défaut de paiement de l’Etat hellène, et maintenir le pays dans la zone euro. Non seulement parce qu’il serait catastrophique pour les Grecs de faillir à l’un ou l’autre de ces objectifs, mais aussi parce que les conséquences seraient dévastatrices pour le reste de l’Europe. Dans ce sens, sauver la Grèce serait bon pour les Grecs et pour les Européens dans leur ensemble. Admettons un instant cela, et posons-nous la question suivante : quelles en seraient les conditions de possibilité ?
Pour mettre les choses au mieux, supposons qu’Athènes parvienne à rétablir ses finances publiques d’ici trois ou quatre ans, en sorte que la dette ne dépasse pas l’équivalent de 200 % du produit intérieur brut (PIB). Ce n’est pas gagné : elle approche actuellement les 160 %, et le déficit budgétaire enregistré pour la période janvier-août 2011 est de 18 milliards d’euros (soit 9 points de PIB). Loin de se résorber, ce dernier s’accroît, en grande partie du fait que l’austérité effarante imposée à la population a encore approfondi la récession ; l’activité économique reculera de 5 % en 2011. La ristourne de 21 % sur le montant de leurs créances, acceptée « bénévolement sous la contrainte » par les banques européennes, en vertu de l’accord du 21 juillet, pourrait néanmoins aider à rendre ce seuil de 200 % plausible. La question revient donc à savoir qui pourrait porter à long terme une telle dette, à des conditions financières qui n’asphyxient pas complètement la société grecque (on ne parle pas de lui rendre sa joie de vivre…) ?

Alors, le pire deviendrait certain

Première partie de la réponse : en l’absence de toute mesure contraignante, seule la puissance publique européenne aura encore bientôt le goût de détenir cette dette. Comme l’énonce en toute simplicité une officine financière, « nous n’imaginons pas que les investisseurs reviennent à l’achat  ». Non (...)
Retrouvez la version intégrale de cet article dans Le Monde diplomatique d’octobre 2011 actuellement en kiosques.

François Fillon accuse la gauche de "fouler aux pieds" la présomption d'innocence

François Fillon a accusé la gauche de "fouler aux pieds" la présomption d'innocence dans le dossier Karachi et dénoncé un climat de suspicion qui mine selon lui les institutions républicaines, mardi 27 septembre, lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

"La vérité, c'est qu'hier la gauche se drapait dans la présomption d'innocence pour protéger Dominique Strauss-Kahn. Aujourd'hui, vous la foulez aux pieds, cette présomption d'innocence. La présomption d'innocence dans votre conception de la République, c'est pour la gauche, pas pour la droite", a clamé le premier ministre. "C'est une drôle de conception de la République", a-t-il ajouté, tandis que les députés de la majorité accueillaient ses déclarations par des applaudissements debout.
M. Fillon répondait à une question du chef de file des députés socialistes, Jean-Marc Ayrault, sur le basculement du Sénat à gauche et sur la politique du gouvernement. Mais il s'est emporté en évoquant une précédente question posée par Noël Mamère (EELV), sur Karachi, à laquelle il avait laissé répondre le garde des Sceaux Michel Mercier. François Fillon s'est dit "scandalisé" par les "amalgames émanant d'un élu de la République qui ose accuser des membres de la majorité et du gouvernement d'avoir du sang sur les mains".

Mamère : "Certains responsables ont sans doute... par lemondefr
"Mais de quel droit, M. Mamère, pouvez-vous faire le lien entre l'attentat de Karachi et le financement d'une campagne électorale présidentielle qui a eu lieu neuf ans avant [celle d'Edouard Balladur en 1994-95]? Rien ne vous permet d'avancer ces accusations", s'est exclamé M. Fillon. "Je vous le dis, je suis inquiet de voir notre démocratie traversée par ce climat de suspicion permanente (...), où l'on s'accuse sans preuve, où l'on insinue, où l'on spécule, où l'on fait circuler de faux documents", a-t-il poursuivi.


Affaire Karachi : Fillon répond à Mamère par lemondefr
"En vous faisant les complices de ceux qui n'ont pas d'autres objectifs que de déstabiliser la République, vous ne commettez pas seulement une faute politique, vous commettez une faute morale", a asséné le premier ministre, à l'adresse de M. Ayrault. Le terme de "faute morale" avait été utilisé le 18 septembre sur TF1 par Dominique Strauss-Kahn pour catactériser la relation sexuelle qu'il a eue avec une femme de chambre d'un hôtel de New York le 14 mai dernier. L'ancien directeur général du Fonds monetaire international avait été inculpé de tentative de viol mais a bénéficié d'un abandon des poursuites aux Etats-Unis.

Sous le désespoir, le rire

De nombreux Grecs sentent qu’on leur vole leur avenir. Mais la faute à qui ? Pour l'un, c'est Angela Merkel la responsable, pour l'autre, son peuple doit se convertir à la vertu. Reportage à Athènes. Extraits.

Elle rit. Il s’en trouve encore, des gens qui rient dans les cafés. Beaucoup de cafés font même le plein. Descendre au café est un acte de rébellion, contre ces journées qui rendent fou, contre ces matins où l’on sait, en ouvrant les yeux, que l’on s’est enfoncé un peu plus dans le tunnel, où l’on sent monter la panique. Ils sont assis devant un expresso et un verre d’eau, souvent des heures durant, le regard rivé sur cette ville qui leur est de plus en plus étrangère, et dans ce pays qui leur échappe. "Vous, les Allemands, vous allez aux champignons dans la forêt", lâche Ersi Georgiadou. "Nous, on va au café. C’est tout ce qui nous reste".
Ersi Georgiadou connaît bien les Allemands. Elle enseigne leur langue aux Grecs. Ce qui est moins facile qu’à une époque. Cette année, les élèves n’avaient pas de manuel à la rentrée. Ils ont reçu un CD et doivent désormais imprimer les premiers chapitres chez eux ou se procurer les photocopies. Ersi Georgiadou se prend la tête à deux mains et se met à rire. Là aussi, un acte de désespoir.

La sorcière à tuer

Elle doit vivre avec l’idée que, désormais, aux yeux du monde – des Allemands – les Grecs passent pour des voleurs et des tire-au-flanc. Et que la frange de la population qui s’est vraiment rendu coupable de vols a également volé l’avenir du pays. "On ne sait pas ce qui nous attend d’une semaine sur l’autre", soupire Ersi Georgiadou. "Les gens ne pensent qu’au lendemain. On ne parle plus que de survie". Mercredi, c’est le jour de la paie, et l’enseignante ne sait toujours pas quel pourcentage de son salaire elle touchera.
D’un côté, un gouvernement incompétent qui panique et brasse de l’air sans stratégie, comme le pensent la plupart des gens ; de l’autre, des voleurs et des fraudeurs, à qui on n’a demandé pour l’heure aucun compte. Ersi Georgiadou se reprend à rire, nous parle de l’île de Zakynthos, où un habitant sur cinq s‘est déclaré aveugle, ce qui serait surprenant d’un point de vue médical, à moins que ce ne soit lié à cette lucrative allocation versée aux non-voyants. Le gouvernement vient d’envoyer des ophtalmologues sur l’île pour en avoir le cœur net. Ersi Georgiadou avoue qu’elle a commencé à stocker des vivres. De l’huile, du riz, du miel. "Mais j’essaie de rester positive". Un jour ou l’autre, les choses finiront bien par se tasser. "Dans dix, quinze ans peut-être ? Vous ne pensez pas ?"
Il faut que les choses bougent. Certains partent, les autres crient leur colère de tous leurs poumons, d’autres encore se tuent. Le suicide a toujours été tabou dans cette société où l’Eglise orthodoxe exerce une emprise totale. Les chiffres officiels du suicide n’ont jamais été fidèles à la réalité : la honte empêche les familles d’avouer que l’un des leurs s’est donné la mort. "Nous, les Grecs, on n’est pas des gens dépressifs. On est bruyants et extravertis. On n’a jamais eu beaucoup de suicides", assure le psychologue Aris Violatzis. "Aujourd’hui, on enregistre la plus forte progression mondiale".
Souvent, l’élément déclencheur est la situation sociale ou économique, analyse le thérapeute. Selon lui, c’est donc au gouvernement d’agir. "Ces gens-là ne veulent pas mourir. Ils veulent tuer leur douleur. C’est là que commence la responsabilité de l’Etat". Il a également un message à l’adresse des Européens : "La diabolisation de la Grèce défie le bon sens. Les Européens paniquent et se disent : on n’a qu’à brûler une sorcière pour purifier le reste d’entre nous. Mais est-ce vraiment la petite Grèce et ses dix millions d’habitants qui ont provoqué ce cataclysme financier ? C’est une chasse aux sorcières".

L'époque se prête à la comédie

D’autres préfèrent reconnaître les torts du pays. Comme Costas Bakouris, de Transparency International, ancien entrepreneur à succès. "Individuellement, nous sommes très talentueux. Mais collectivement, nous sommes une vraie catastrophe", lâche-t-il au sujet des Grecs. "Nous devons revoir nos valeurs". Le tableau n’est pas complètement noir pour autant. Le tourisme explose, les exportations sont en hausse de plus de 10%. Et, en 2010, la corruption a reculé pour la première fois en Grèce.
Certains refusent de croire même à cette lueur d’espoir. "C’est une question de dignité", avance Thanos Tzimeros. L’homme a fait ce qu’il devait faire. Il a écrit une lettre à Angela Merkel, cette chancelière allemande que tant de médias grecs s’emploient à diaboliser. Ce courrier est un réquisitoire contre la Grèce – doublé d’un appel à l’aide. Il y est question de "transactions obscènes", d’une "illégalité orgiaque", et naturellement du "premier violateur des lois", c’est-à-dire l’Etat grec lui-même. Thanos Tzimeros souhaite que les Européens ne donnent plus un seul centime à son pays aussi longtemps que les observateurs de l’UE n’auront pas constaté l’observance de la totalité des promesses de réformes. Les Allemands devraient également être chargés de ces contrôles. Thanos Tzimeros veut aujourd’hui fonder un nouveau parti.
Où trouver de l’humour en enfer ? Quand le coupable est ligoté à la roue et que l’on fait tirer les cordes, millimètre par millimètre, jusqu’au grand craquement qui annoncera la rupture des membres ? "Précisément là !", assure l’auteur et metteur en scène Michalis Repas. Ah bon ? L’époque se prête-t-elle donc à la comédie ? La réponse fuse comme une balle : "A merveille".
"A merveille", confirme Thanasis Papathanasiou, son coauteur. Tous deux sont des metteurs en scène de théâtre et de cinéma reconnus, et ont écrit une pièce qui porte un nom allemand, "Raus" [Dehors !]. Elle parle du gérant d’une maison de passes qui fait passer son établissement pour un institut culturel auprès de l’Union européenne, et d’un inspecteur allemand dépêché à Athènes pour vérifier que l’argent a été employé à bon escient.Pourquoi un Allemand ? "Ce sont de tels modèles de rigueur", répond l’un. "Et ils font formidablement peur", poursuit l’autre. "Raus" est joué depuis déjà plus d’un an.
Tous deux ne se contentent pas de faire rire ; ce sont deux auteurs politisés qui tentent également, dans leurs comédies, de s’attarder sur ce nouveau spécimen parti à la conquête du monde et qu’ils ont baptisé "l’homme cupide". Lequel finit par se dévorer lui-même. Michalis Repas et Thanasis Papathanasiou sont des Européens convaincus et n’éprouvent aucune gêne à traiter le sujet de ces Allemands aujourd’hui si décriés en Grèce. Leur nouvelle pièce est une adaptation d’une farce anti-nazie d’Ernst Lubitsch, Jeux dangereux [To be or not to be].

Merkel veut "une Grèce forte"

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé ce mardi vouloir "une Grèce forte dans la zone euro", lors d'un point presse commun avec le Premier ministre grec Georges Papandréou, mais répété que l'avis des bailleurs du pays serait incontournable pour les futures aides.

"Nous voulons une Grèce forte dans la zone euro", a dit Mme Merkel, en assurant que l'Allemagne était "prête à fournir toute l'assistance nécessaire" pour aider Athènes sur la voie des réformes.

Un retour de la troïka à Athènes jeudi au plus tard

Mme Merkel a toutefois fait savoir que l'avis de la "troïka", c'est-à-dire des envoyés de l'Union européenne, du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE), serait décisif pour débloquer les prochains versements de l'aide promise à la Grèce.

"Nous suivons l'avis de la troïka", a-t-elle dit à la chancellerie avant un dîner de travail avec le Premier ministre grec. Le retour des chefs de mission de la "troïka" des bailleurs de fonds à Athènes aura lieu mercredi ou jeudi, avait annoncé un peu plus tôt le chef de file de la zone euro, Jean-Claude Juncker.

mardi 27 septembre 2011

La retraite à 67ans, vite!

Il va falloir travailler jusqu’à 67 ans! Jeudi, François Fillon a lâché benoîtement : "Il faudra aller vers un âge de retraite commun" avec l’Allemagne. Une petite phrase destinée aux marchés financiers.
Notre triple A ne tient plus qu’à un fil. Après l’Italie, la France pourrait bien être attaquée. Toute la question est de savoir si, dans les prochaines semaines, nous allons basculer du côté des "Pigs" : Portugal, Italie, Grèce, Espagne (Spain en anglais). Ou si la France va rester arrimée au club des forts : Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande, tous notés AAA. L’enjeu est crucial. Si Paris flanche, il y a du souci à se faire pour l’Union européenne. En martelant la nécessaire "convergence économique et sociale" franco-allemande, tant sur "le temps de travail" que sur "la retraite", le Premier ministre veut montrer aux marchés et aux agences de notation que la France est sérieuse et ne basculera pas du côté des "Pigs". Le pays va se "germaniser". Promis, juré…
Cette convergence est la clé de l’euro. Puisque nous ne pouvons plus dévaluer à l’intérieur de l’Europe, nous devons devenir aussi performants que les Allemands, sous peine de perdre toute notre industrie. C’est simple : si les Renault ne sont plus compétitives, nous roulerons tous en Volkswagen. On a longtemps pensé qu’en créant une monnaie unique les modèles économiques allaient naturellement converger. C’était le "pari" de l’euro. Il a échoué. Aux politiques de jouer pour forcer le mouvement. Angela Merkel ne dit pas autre chose lorsqu’elle déclare : "Nous ne pouvons pas avoir une monnaie commune et certains avoir plein de vacances et d’autres très peu, à la longue cela ne va pas". La France va devoir s’administrer les réformes allemandes des années 2000 : modération salariale, réduction des allocations chômages à un an, retraite à 67 ans… Dur? C’est ça, ou la fin de l’euro.

Une Europe d’exclusion

Le 1er janvier prochain, Copenhague prendra la présidence tournante de l’UE. Deux gros dossiers attendent le gouvernement de gauche récemment élu : l’euro et Schengen, symboles d’une UE qui ne sait plus rassembler.
Lorsqu’à la mi-janvier le nouveau Premier ministre danois, la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt, se lèvera dans l’hémicycle du Parlement européen pour présenter la présidence danoise de l’UE, ce sera peut-être le début d’une rude partie pour elle. La zone euro et l’espace Schengen, deux des principaux projets politiques de l’UE, traversent en effet une grave crise. Et, même si le Danemark n’est un acteur important dans aucun des deux [il n’est pas membre de la zone euro], ces dossiers influeront largement sur la présidence et sur la place du pays dans l’UE.
Déjà, nous sommes impliqués dans la réforme de Schengen. Pour faire plaisir au Parti du peuple danois [extrême droite], le Premier ministre sortant, le libéral Lars Løkke Rasmussen, a accepté un renforcement des contrôles douaniers aux frontières du Danemark, provoquant ainsi les pays voisins et les institutions européennes.

Le Danemark plusieurs fois épinglé en privé

Le 16 septembre, la Commission européenne a enfin proposé d’exiger l’autorisation de Bruxelles avant tout rétablissement provisoire des contrôles aux frontières par un pays. Initialement prévu à l’ordre du jour de la Commission le mardi précédent, le projet s’est retrouvé comme par magie reporté au lendemain des élections législatives danoises.
Plutôt que de se demander s’il s’agissait là d’une initiative intelligente ou bien d’une ruse, mieux vaut constater à quel point la Commission redoute les débats nationaux sur ces questions. Il est également intéressant d’observer le double jeu dans la présentation du projet de réforme de Schengen. D’un côté, on précise que les contrôles douaniers danois ne sont pas à l’origine du projet de la Commission, puisqu’il s’agit de contrôler l’immigration illégale ; de l’autre, le commissaire chargé de ces dossiers, la Suédoise Cecilia Malmström, a plusieurs fois épinglé en privé le Danemark comme exemple d’une "dangereuse tendance" à un retour des frontières intérieures de l’UE.
Ce double jeu illustre deux défis pour la présidence de l’UE de Helle Thorning. D’une part, même si la bataille aux frontières vise davantage l’immigration illégale en Europe du Sud, elle est inexorablement associée au Danemark dans le débat sur la politique européenne ; d’autre part, le climat de l’UE est globalement très délétère au moment où le Danemark s’apprête à reprendre les rênes de l’Europe, pour la première fois depuis 2002, pendant la période faste de l’élargissement vers l’Est. A l’époque, il s’agissait surtout de voir comment l’UE pouvait intégrer dans un maximum de domaines autant de pays membres que possible.

Une renégociation difficile des traités

Avec les crises au sein de l’espace Schengen et de la zone euro, on s’interroge plutôt aujourd’hui sur les conditions nécessaires à l’exclusion d’un pays. Mais le projet renferme aussi une nouveauté : un pays qui n’assure pas la sécurité des frontières extérieures de l’UE doit pouvoir être provisoirement exclu de l’espace Schengen.
Au sein de la Commission, cette disposition est qualifiée de “clause grecque”. Elle pourrait en principe frapper également l’Italie ou d’autres, mais elle vise surtout le système d’immigration défaillant de la Grèce. Et la boucle est ainsi bouclée avec l’autre séisme politique du moment, la crise de la dette dans la zone euro. La Grèce est devenue le symbole même d’un chaos administratif et d’un endettement de plus en plus en plus lourd à porter pour l’Allemagne et les autres pays riches de la zone euro.
Lorsque le président français et la chancelière allemande ont assuré, le 14 septembre, qu’ils n’avaient pas l’intention d’exclure la Grèce de la zone euro, leur déclaration a eu l’effet presque inverse de celui escompté. Car, tout de même, le fait que Sarkozy et Merkel ressentent le besoin de le préciser était impensable il y a quelques années.
Ce n’est qu’avec le traité de Lisbonne, en décembre 2009, que l’UE s’est dotée de règles autorisant explicitement un pays à sortir de l’UE. On ne peut cependant en être exclu – pas plus que de la zone euro – à moins que l’Allemagne, les Pays-Bas ou d’autres ne souhaitent une refonte complète des règles fondamentales. Dans ce cas, la présidence danoise pourrait se voir chargée d’une nouvelle et difficile renégociation des traités de la communauté.

Sénatoriales : La peau de l’ours

Il n’y a vraiment aucune raison de pavoiser pour l’UMP, pour la droite et pour le président de la République. La prise par la gauche du Palais du Luxembourg est une grosse défaite qui pèsera lourd sur le semestre à venir avant l’élection présidentielle.
Tout a été dit ou presque sur les causes de cet échec : c’est à la fois la conséquence mécanique des élections locales perdues auparavant, c’est l’effet double peine, mais la mécanique n’explique pas tout. Les réformes mal comprises, réforme territoriale et taxe foncière, ont déconcerté beaucoup d’élus et le contexte des affaires a pourri le climat.

Les grands électeurs de dimanche ne s’intéressent pas seulement aux dossiers de leur département, ils suivent l’actualité nationale, et comme beaucoup d’autres, ils ont du mal à avaler une boule puante par jour. Le président de la République, qui est par nature et par volonté au cœur de la politique française depuis plus de quinze ans, a été atteint par les amalgames, mal protégé et mal défendu, donc affaibli.

L’élection de 2012 serait-elle jouée pour autant ? Je ne le crois pas. Certes les socialistes sont renforcés et le désir d’alternance comme en 1981 nourrit une dynamique de victoire pour leur camp, mais elle peut aussi les pousser à la faute dans la suite des primaires. Il suffisait de voir les sourires hilares dans la cour du Sénat et certaines déclarations pour comprendre que l’on vend un peu vite la peau de l’ours ! Reste que la séquence de rebond des derniers mois pour Nicolas Sarkozy est effacée et qu’il devra se relancer par l’action : la crise économique et financière pourra lui en donner l’occasion. D’autant que l’électorat des grands électeurs sénatoriaux n’est quand même pas superposable avec celui du pays, la meilleure illustration c’est qu’un parti estimé à 18-20 % dans les sondages, le Front national, était totalement absent des élections sénatoriales, comme si un électeur sur cinq n’existait pas.

Aux Impôts à Athènes : « Trop tard, tout est asséché ! »

Les impôts en Grèce : aïe, aïe, le casse-tête ! Entre fraude et évasion fiscale, on ne compte plus les milliards perdus dans la nature. Pour avoir un aperçu de l'ampleur, nous avons passé une matinée avec la sous-directrice d'un centre des Impôts, à Athènes. Et rencontré sur le terrain des inspecteurs « mal à l'aise ». Instructif.  

  « Mais comment veux-tu que je paie 600 € d'un coup ? Tu vas faire quoi ? Me mettre en prison ? » L'homme, belles bacchantes balkaniques, brandit une feuille jaunie, griffonnée de chiffres. Il défend son bout de gras avec ardeur. « Tssst, tsst, ça peut s'arranger, tente de le calmer la fonctionnaire. Du moment qu'il te reste à manger, c'est l'essentiel non ? » Le contribuable glapit : « Eh, pouvoir dormir aussi ! »
Ce jour-là, Konstantina Georgopoulou, la sous-directrice du centre des impôts de Galatsi, quartier à l'ouest d'Athènes, a décidé d'être taquine : « Eh, on ne peut pas tout avoir dans la vie ! » Finalement ces deux-là s'arrangeront : l'homme aux bacchantes paiera en trois fois. « Faut de temps en temps blaguer avec les gens, dit en aparté Konstantina. Ils ont tellement le moral dans les chaussettes. Ils sont tellement angoissés, serrés de toutes parts ! »
On entre et on sort de son bureau comme dans un moulin. Et on négocie directement, dans un tutoiement délicieusement oriental. Les collaborateurs de Konstantina n'hésitent pas : « Si tu veux un arrangement, va voir la boss. Sa porte est toujours ouverte. »
Elle admet qu'il lui reste un peu de marge de manoeuvre. « Ici, on met de l'huile pour que la machine roule encore. » Dans un coin de la pièce, il y a des sacs postaux et même un chariot de supermarché, tous remplis de déclarations d'impôts. Mais on se dit que tout ça ne sera pas suffisant pour combler la dette du pays.
Les impôts ! Aïe, aïe, le casse-tête de la crise grecque. Sujet tabou ! Qui fait grincer des dents, cloue les becs et déclenche même des orages. « On est au bout, se tracasse Konstantina. Les salaires baissent, la pression fiscale augmente sans cesse. Et la collecte est de plus en plus difficile. Ce ne sont pas les gens du peuple qui font le plus de problème. Ce sont les ' grands ', autrement plus futés et à même de résister. »
Nous voilà au coeur de la machine infernale. La fraude fiscale. Évaluée à 15 milliards d'euros. « Notre système est une vraie passoire, bouillonne l'économiste Iannis Varoufakis. C'est devenu un sport national de ne pas payer les taxes. Et on peut parler dans certains cas d'immunité fiscale facilitée par la loi. »
« Les "grands" posent problème »
Yourgos Kordalos est inspecteur dans un service juridique des Impôts, à Athènes. Il fait la chasse aux fraudeurs. Il dit son « malaise » quand il faut arracher 50 € mensuels à un petit contribuable étranglé. Mais il raconte aussi « les 31 milliards d'arriérés » que l'État est incapable d'encaisser « parce que les entreprises ont fermé ou sont parties ailleurs ».
Il décrit les recours interminables devant les tribunaux : « L'évasion fiscale, ici, se fait au grand jour. Une firme doit 1 million d'euros au fisc. Elle fait opposition. Procédure pénale. On examine le dossier; ça dure des années; et encore opposition. Pendant ce temps-là, l'argent est parti. »
Il ouvre les bras en signe d'impuissance. « On a un énorme déficit de données sur les grandes fortunes. Normalement, en quelques clics d'ordinateur, on devrait y arriver. Mais non, il faut faire la demande à 150 services différents pour obtenir des informations. Il n'y a pas de véritable volonté politique de secouer tout ça. »
Toutefois, depuis le début 2011, un site gouvernemental affiche la liste de 6 000 entreprises qui doivent au fisc plus de 150 000 €. Et la chasse aux signes extérieurs de richesses (piscines, appartements, voitures...) est autorisée. « Mais faut les moyens pour traquer tout ça, rouspète Yourgos. On est deux dans le service et on passe notre temps au tribunal ! »
Ce système de « clientélisme, de corruption, de fraude » peut-il encore être réformé ? « Oui, rétorque l'économiste Iannis Varoufakis. Mais cette réforme arrivera trop tard. Tout est asséché. Tout ce qu'il y avait à drainer chez les salariés l'a été. Et ceux qui ont l'argent l'ont placé à l'étranger. Même si Dieu descendait en Grèce pour collecter les impôts, il n'aurait plus rien à extraire. »
Dans le bureau de la sous-directrice du centre des Impôts de Galatsi, le rythme des visites n'a pas baissé. Entre deux dossiers, Konstantina se laisse aller à quelques confidences. « J'ai un garçon de 30 ans et deux filles de 23 et 22 ans. Deux n'ont pas de travail, malgré les diplômes. Qu'est-ce que je leur dis ? À une époque, j'étais du bon côté pour négocier avec le parti, dont j'étais proche (la droite était au pouvoir, N.D.L.R.). Je n'ai pas abusé. Je ne suis pas intervenue. J'ai préféré donner la possibilité à mes enfants d'arriver par leurs propres moyens plutôt que de recourir au clientélisme. Je le regrette. Je me sens coupable. » Dans la Grèce épuisée, il va être long le chemin pour changer les mentalités !

Quand les économistes plaident pour effacer la dette de la Grèce

Il faut permettre à la Grèce d'effacer la moitié de sa dette et dans le même temps apporter un soutien supplémentaire aux banques qui l'ont financée, estiment, mardi 27 septembre, dans une tribune, des conseillers politiques français et allemands. Les décisions prises le 21 juillet dernier pour maîtriser la crise de la dette grecque ne sont pas suffisantes, juge dans le Financial Times Deutschland"sages" économiques allemands, un conseiller au gouvernement français et un responsable de la revue économique du Fonds monétaire international (FMI). "Les créanciers devraient renoncer environ à la moitié de la valeur nominale de leurs obligations grecques, écrivent-ils. Alors il serait possible pour la Grèce de ramener son endettement à un niveau viable par ses propres moyens." un groupe comprenant un comité de

Les dirigeants de la zone euro sont convenus le 21 juillet d'une décote de 21 % sur les obligations grecques par un échange de dette, donnant à Athènes plus de temps pour rembourser ses emprunts. Mais de nombreux intervenants jugent toujours inévitable un défaut plus étendu d'Athènes sur sa dette. Les auteurs de la tribune du Financial Times Deutschland demandent qu'il soit possible pour les banques d'échanger des titres grecs contre des obligations émises par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), afin de garantir le bon déroulement du processus de restructuration.
"En outre, les banques détenant de larges montants d'obligations souveraines grecques ont besoin d'un soutien particulier", lit-on dans la tribune. "Ceci est particulièrement vrai pour les banques grecques." Les actions des banques grecques ont chuté lundi de plus de 6 %, à un plus bas de dix-neuf ans, après des informations de presse signalant une décote plus importante que prévu sur la dette d'Athènes, et malgré le démenti du gouvernement grec.
L'INTÉRÊT DE L'ALLEMAGNE
"En tant que nation exportatrice, nous avons particulièrement besoin d'une monnaie commune stable. La croissance à venir et de nombreux emplois en dépendent, ici même en Allemagne", affirme mardi au quotidien populaire Bild le ministre de l'économie, Philipp Rösler, du parti libéral FDP, qui compte de nombreux opposants au sauvetage de la Grèce. Les entreprises sont sur la même longueur d'onde. "Un effondrement de la zone euro sera bien plus coûteux que son sauvetage", a ainsi mis en garde le patron du groupe Bosch, Franz Fehrenbach, l'un des plus grands groupes allemands, dans le Handelsblatt. "Cela entraînerait une grave crise économique et des conséquences incalculables sur les marché financiers", ajoute-t-il.
Lors d'une rencontre mardi à Berlin avec la chancelière allemande, Angela Merkel, le premier ministre grec, George Papandréou, s'est voulu rassurant. "Je peux vous garantir que la Grèce va remplir tous ses engagements", a-t-il promis à la conférence annuelle de la Fédération allemande des industriels (BDI). Le chef de gouvernement a invité les Allemands à cesser leurs "critiques permanentes" contre son pays et à mesurer l'effort politique "surhumain" d'Athènes et "les sacrifices" consentis par les Grecs.
La Grèce respectera ses engagements dans le cadre du plan de sauvetage financier élaboré par l'Union européenne et le Fonds monétaire international, a répété, mardi, George Papandréou, lors de son intervention devant des chefs d'entreprise à Berlin. "Je vous promets que nous, les Grecs, allons bientôt retrouver le chemin de la croissance et de la prospérité après cette période douloureuse", a-t-il ajouté.
NOUVELLE TRANCHE D'AIDE
Les députés grecs devraient entre-temps approuver dans la journée une taxe immobilière impopulaire, une nouvelle mesure d'austérité censée ouvrir la voie au retour des inspecteurs de la "troïka" — FMI, Union et Banque centrale européennes — chargés d'évaluer si Athènes pourra recevoir la prochaine tranche du plan d'aide décidé en mai 2010 et ainsi échapper à la faillite.
Cette sixième tranche sera versée "à temps, courant octobre", a assuré mardi le ministre des finances grec à Athènes. "C'est ridicule de dire que la Grèce ou un pays d'Europe va faire faillite", a critiqué Evangelos Venizélos à son retour de Washington, où il a participé aux réunions du FMI et du G20. Un accord "a été trouvé" entre la Grèce et la troïka de ses créanciers "sur le budget 2011 et 2012" a-t-il précisé. "Nous devons nous entendre sur 2013 et 2014", a-t-il ajouté, précisant que les représentants de cette troïka allaient venir "cette semaine" à Athènes.

Karachi : Nicolas Sarkozy estime qu'on veut le «salir»

Au cours du petit-déjeuner de la majorité, le chef de l'État a réfuté toute volonté de «manoeuvres en coulisses» au Sénat. 

Nicolas Sarkozy est longuement revenu mardi matin, lors du petit-déjeuner des dirigeants de la majorité, sur «l'affaire Karachi» et les soupçons de financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur, pour lesquels deux de ses proches (Nicolas Bazire et Thierry Gaubert) ont été mis en examen.
«À chaque élection, on trouve quelque chose, s'est agacé Nicolas Sarkozy devant ses troupes. Une fois, c'est mon possible divorce, une autre fois, c'est l'affaire Clearstream… Cette fois, on sort un truc d'il y a seize ans ! Tout le monde sait que je n'ai rien à voir là-dedans. D'autant plus que j'avait été réservé sur ces contrats quand j'étais ministre du Budget. Tout cela est infâme. C'est toujours les mêmes (le juge Van Ruymbeke, NDLR), comme par hasard. C'est toujours la même volonté de nuire.» Le président a rappelé qu'«en 35 ans de vie politique», il n'avait jamais été impliqué dans une seule affaire: «Ce n'est pas un hasard», a t il martelé, en appelant les responsables de la majorité à se montrer «combatifs».

«Méfiez-vous des prévisionnistes»

Au cours de cette réunion hebdomadaire, jugée plus «sombre» que d'habitude par des participants, Nicolas Sarkozy est revenu aussi sur la défaite de la droite aux sénatoriales. Il a fustigé l'indiscipline des dissidents, et estimé que les divisions avaient coûté à la majorité présidentielle quelque sept sièges. Le président a réfuté toute velléité de «manoeuvres en coulisses» pour garder la présidence du Sénat. «On sera battu mais dans la dignité», a-t-il avancé, devant le président du Sénat Gérard Larcher qui a dit en substance la même chose. «Quand une victoire est nette, il n'est pas question de la contester, a ajouté Sarkozy, qui refuse tout «tripatouillage».
Le chef de l'État a appelé à l'unité, estimant que la division entre l'UMP et le centre était suicidaire. «La division nous tue», a t il lâché. Fillon est lui aussi monté au créneau sur ce thème: «Il faut se serrer les coudes, a-t-il lancé. La presse a essayé de m'opposer une nouvelle fois à Jean-François (Copé, NDLR), c'est faux». Le premier ministre a toutefois estimé qu'il fallait peut-être attendre un peu avant de réintégrer les dissidents. Lundi soir sur TF1, Jean François Copé avait estimé qu'il était «logique» de réintégrer Pierre Charon, élu sénateur de Paris après avoir présenté une liste dissidente, au sein de l'UMP.
Enfin, Sarkozy a redit que le temps de la campagne présidentielle n'était pas arrivé, et qu'il était tout entier concentré sur la crise: «La crise est systémique, la crise de confiance l'est devenue, la réponse à cette crise doit donc être systémique aussi. C'est là-dessus que se jouera la présidentielle.» Le chef de l'Etat a terminé par une mise en garde, alors que le moral de ses troupes est au plus bas : «Méfiez-vous des prévisionnistes. Rappelez-vous Giscard (battu en 1981, alors qu'il était donné vainqueur, NDLR). Les Français détestent ceux qui se comportent comme s'ils avaient déjà gagné.»

Les choses sérieuses débutent au Sénat

Ensemble, tout devient possible… même de faire passer le Sénat à gauche. Au lendemain de ce basculement historique, l'ironie est facile à l'égard de Nicolas Sarkozy. Le président pourra, certes, trouver une posture gaullienne dans cette situation : le Général avait dû, lui aussi, faire avec une Haute Assemblée hostile… Mais la consolation sera aussi faible que les éléments de langage distillés depuis dimanche par l'UMP pour banaliser la victoire de la gauche en une simple « conséquence arithmétique » des scrutins précédents. L'attitude disparate des ministres-candidats, hier, n'est pas de nature non plus à rehausser l'image de la droite - entre une Chantal Jouanno démissionnant de son poste, un Gérard Longuet restant dans son ministère, tout comme Maurice Leroy, pourtant battu… Quant à un hypothétique maintien - à contre-courant - de Gérard Larcher à la présidence, il apparaîtrait comme la conséquence de tractations et de tripatouillages de mauvais perdants n'acceptant pas le verdict démocratique des urnes. Reste que les choses sérieuses commencent pour la gauche, et au premier chef, pour le PS. La désignation de son candidat à la présidence du Palais du Luxembourg, aujourd'hui, sera la première marche à ne pas louper. La suivante sera l'installation d'une présidence de gauche, samedi. Pour la suite, il s'agira de gérer au mieux, sans sectarisme, ce nouvel espace jusqu'à avril 2012. Enfin, dans l'hypothèse d'une victoire de la gauche à la présidentielle et aux législatives, la réforme du Sénat ne devra pas être oubliée. Même si les institutions apparaissent toujours plus acceptables lorsqu'on les dirige.

La défaite de l’élégance démocratique

Ce n’est pas la moindre des vertus des démocraties. Par nature, le pouvoir politique y est préparé à encaisser toutes sortes de défaites électorales.

En France, depuis 1981, le rythme des alternances a habitué personnalités et institutions à accepter de passer la main avec philosophie en veillant à respecter un minimum de sérénité républicaine.

Le changement de majorité au Sénat aurait dû respecter ces règles de fair-play avec d’autant plus de naturel que cette belle maison a toujours été un havre de courtoisie et d’élégance. Au-delà de l’onctuosité de rigueur, l’élection du président de la Haute assemblée, samedi prochain, semble pourtant s’engager sur des bases très vulgaires.

Tout se passe comme si la droite ne parvenait pas à accepter une défaite dont la clarté n’est plus contestable. L’UMP — car il s’agit d’elle — continue d’espérer conserver dans les couloirs du palais du Luxembourg « le plateau » qu’elle a mathématiquement perdu dans les isoloirs de dimanche.

La personnalité du sortant, Gérard Larcher, n’est pas vraiment en cause : attachant, l’homme est sympathique, consensuel au-delà de sa famille politique, et il a bien servi l’institution. Il est naturel qu’il soit candidat à sa propre succession, fût-ce par dignité, ou pour prendre date… On a bien vu, au soir du scrutin, à quel point cette personnalité peu impressionnable était bouleversée par l’échec des siens, et en colère contre son propre parti et ses divisions.

Mais il est profondément choquant de voir ses proches manœuvrer en coulisse, sans aucun complexe, dans l’espoir de débaucher une demi-douzaine de voix à gauche pour le maintenir coûte que coûte à son poste. Trois voix de majorité ne signeraient-elles pas à leurs yeux une légitimité suffisante pour qu’il faille tripatouiller un arrangement de circonstance, forcément bancal ? Un tel bricolage dans l’urgence, toujours possible au Sénat où rien n’est vraiment rationnel — le valeureux Daniel Hoeffel, battu par Christian Poncelet en 1998, en fit la cruelle expérience — n’est souhaitable pour personne.

Une telle séquence donne une image bien peu ragoûtante de la politique dans une période critique où, précisément, elle souffre d’un déficit de considération. Elle abîme inutilement la crédibilité d’une assemblée au moment où la possibilité de l’alternance en son sein fait porter sur elle un autre regard.

La réputation du président de la République, qu’il faudrait à tout prix protéger de l’humiliation d’un Sénat perdu, mérite-t-elle de telles manœuvres d’arrière-garde ? Le chef de l’État aurait été bien inspiré de les faire cesser immédiatement. Muré dans un silence infantile, garde-t-il seulement suffisamment d’autorité pour prétendre faire respecter cette discipline de comportement qui l’engage plus qu’il ne le croit ? Sidérés, nous en sommes réduits à en douter.

L'union fait l'élection

En dépit de la sobriété des réactions, l’Élysée, Matignon et l’UMP bruissent, depuis hier, d’une fébrilité inhabituelle. On comprend pourquoi : leur échec aux sénatoriales prolonge une sombre séquence durant laquelle le sommet de l’État s’est trouvé cerné par les affaires, la crise, les mauvais sondages et la dynamique de la primaire à gauche.

Suprême humiliation, c’est à un socialiste – peut-être le très effacé Jean-Pierre Bel – que pourrait échoir la responsabilité constitutionnelle, certes assez théorique, de remplacer le président de la République, en cas de défaillance !

En elle-même, l’alternance au Sénat ne révolutionnera pas la vie politique. Contrairement à une idée reçue, la présidence du Palais du Luxembourg n’a pas toujours été de droite ni de la couleur du pouvoir. Cette nouvelle cohabitation en mode mineur peut certes compliquer la vie du gouvernement, mais sans paralyser l’État, l’Assemblée nationale, qui reprend ses travaux aujourd’hui, ayant toujours le dernier mot. L’important est d’une autre nature.

Parce qu’il est aux trois quarts composé d’élus des bourgs et des petites villes, le corps électoral des sénatoriales représente indirectement cette France dite profonde, que l’on classait plutôt à droite et que l’on considérait plutôt conservatrice. À sept mois de la présidentielle, le score de dimanche est un précieux indicateur de l’état d’esprit d’élus braqués contre une fausse décentralisation, et de territoires en proie au sentiment d’abandon.

Seconde considération majeure, il faut analyser ce résultat, certes comme une continuation logique des dernières élections locales au profit de la gauche, mais tout autant comme une défaite de la droite.

Les dissidents de l’UMP ont tous été préférés par les électeurs. Les compétitions internes à la majorité et les divisions de l’UMP – Paris, le Morbihan, les Hauts-de- Seine, lesPyrénées-Atlantiques… – ont amplifié de sept ou huit sièges, jusqu’au basculement, le score de l’opposition. La personne et la politique de Nicolas Sarkozy provoquent des rejets, au-delà du périmètre classique de la gauche.

Cette défaite est donc à la fois celle du président de la République, victime d’une crise de confiance que ne corrigent pas sa présidentialisation tardive et son succès en Libye. Celle de François Fillon, mal parti pour faire d’une UMP qui tangue une rampe de lancement pour la mairie de Paris. Celle de Jean- François Copé et Jean-Claude Gaudin, impuissants à mater les guerres picrocholines qui minent la majorité.

Pour la droite, la conclusion relève de l’évidence : face à une gauche qui gère ses différences, il faut rassembler. Rassembler l’UMP ? Ce n’est pas gagné lorsque l’on constate que l’étiquette est souvent jugée contreproductive.

Rassembler la droite ? En gagnant des sièges, les centristes et les radicaux considèrent avoir démontré que l’on ratisse plus large à deux que seul. Pour Nicolas Sarkozy, ils ont surtout pénalisé le parti présidentiel. Jean-Louis Borloo, Hervé Morin, Dominique de Villepin et même François Bayrou doivent s’attendre à recevoir des émissaires de l’Élysée et de l’UMP pour s’entendre rappeler que l’union fait l’élection.

Sarkozy a-t-il déjà perdu la présidentielle ?

A sept mois de la présidentielle, la défaite de la majorité au Sénat est un sérieux avertissement pour Nicolas Sarkozy.
Sale temps pour l’Elysée. A sept mois de l’élection présidentielle, les ennuis s’accumulent pour Nicolas Sarkozy. Déjà confronté à la multiplication des affaires, empêtré dans la crise, englué dans une image de « président des riches », donné obstinément battu par la gauche, sondage après sondage, le chef de l’Etat a subi dimanche un nouveau revers électoral au Sénat. Certes, l’événement ne devrait guère changer le rapport de forces au sommet de l’Etat dans les prochains mois, mais c’est un très mauvais signe électoral : aux élections sénatoriales, ce sont les « grands électeurs » qui ont sanctionné la majorité. Or ils sont les représentants de cette France profonde et rurale qui, pour certains, votaient depuis toujours à droite.

C’est « un avertissement sérieux », a concédé lundi Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, en charge du projet pour 2012. D’ici au premier tour de la présidentielle en avril 2012, la pente à remonter paraît quasi insurmontable pour Sarkozy, alors que la cure d’austérité médiatique à laquelle il s’astreint depuis de longs mois a à peine fait frémir sa cote de popularité, toujours scotchée au plancher. « Le risque en 2012, c’est l’abstention », soupire un ministre. Le cauchemar de l’Elysée : que les bataillons électoraux de l’UMP décident, au soir du premier tour, de rester chez eux, voire de voter FN. De ce point de vue, le climat d’affaires ambiant ne vient rien arranger.
Pourtant, dans l’entourage de Sarkozy, on y croit dur comme fer. « C’est lui le candidat et il est bon », martèle la députée UMP Valérie Rosso-Debord. Paradoxalement, c’est la crise qui pourrait offrir un nouveau mandat à Sarkozy. C’est en tout cas le pari de l’Elysée qui ne cesse d’insister sur la « crédibilité » du « capitaine » Sarkozy face à la supposée « irresponsabilité » du PS. Les difficultés économiques et financières et la peur d’un scénario à la grecque pourraient ainsi jeter les Français dans les bras du président sortant. De fait, sur ce terrain de la lutte contre les déficits, les études d’opinion montrent que le chef de l’Etat reste plus crédible que la gauche. « Bien sûr, ça ne va pas être un vote d’enthousiasme, soupire une élue UMP. Mais l’époque n’est pas à l’enthousiasme… »
Sarkozy fait aussi le pari qu’une fois désigné, le candidat socialiste sera davantage exposé aux critiques, ce qui devrait entraîner un rééquilibrage des forces. Le président sortant, a contrario, prendra soin de ne descendre dans l’arène de la campagne que le plus tard possible, pas avant février. D’ici là, officiellement, il « travaille », cependant que ses troupes mettent – discrètement – en place le dispositif de campagne.

La "bête de campagne" Sarkozy

A charge pendant ce temps pour le Premier ministre, François Fillon, de défendre le bilan du quinquennat et de garder les mains dans le cambouis, pendant que Sarkozy, lui, prend de la hauteur en se rendant en Libye ou à l’ONU. Mais parce que « l’international, ça compte, mais ça ne fait pas gagner », selon le mot d’un ministre, le chef de l’Etat continue parallèlement à sillonner le territoire chaque semaine. Samedi, il était à Nantes. Aujourd’hui, il est attendu dans l’Oise pour parler des biocarburants.
Le temps de la campagne proprement dite viendra ensuite. Elle sera courte, intense et ne tournera qu’autour de deux ou trois thématiques simples. La majorité compte alors sur la « bête de campagne » Sarkozy pour arracher le morceau in extremis. Une façon de se rassurer à peu de frais ? En tout cas, même le PS s’en méfie : « Sarkozy sera bon en campagne puisqu’il ne sait faire que ça », prévient le député PS Bruno Le Roux (proche de Hollande). Il faudra que nous convainquions les Français que six mois de bonne campagne de Sarkozy, c’est l’assurance d’avoir cinq ans de mauvais Sarkozy. »
La “pré-campagne” s’organise
Officiellement, Nicolas Sarkozy ne pense pas à la présidentielle de 2012. Il travaille. Il est donc encore trop tôt pour mettre en place une équipe de campagne en tant que telle : « Ça se verrait tout de suite », souligne-t-on à l’UMP. Mais la « pré-campagne », elle, est bien lancée. « Occupez le terrain » face à la gauche, a donné comme consigne le chef de l’Etat aux cadres de l’UMP. Chaque argument socialiste doit donner lieu à une riposte. Parallèlement, le patron de l’UMP, Jean-François Copé, a envoyé les parlementaires expliquer le projet sur le terrain, auprès des militants. « Les militants ont besoin de parler. Il faut leur donner des arguments », explique un ministre.
Au cœur de ce dispositif : Brice Hortefeux, pressenti pour diriger la campagne du futur candidat. En attendant, le député européen et vice-président de l’UMP a pris la tête de la nouvelle « cellule riposte » du parti présidentiel, une équipe d’une douzaine de ministres (Nadine Morano, Laurent Wauquiez, Thierry Mariani, Nora Berra) et d’élus (Eric Ciotti, Hervé Novelli, Axel Poniatowski, Edouard Courtial) chargée de valoriser le bilan du quinquennat et de répliquer à la gauche dans les médias. Elle se réunira désormais une fois par semaine, le mercredi. De ce point de vue, la mise en cause de Brice Hortefeux dans l’affaire Karachi constitue une très mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy.

L’intouchable fortune de l’Eglise

Alors que le pays se débat dans la crise et ses conséquences, le patrimoine de l’Eglise orthodoxe échappe toujours aux sévères mesures d’austérité du gouvernement. Un tabou que protègent ses liens étroits avec l’Etat et son influence sur la politique. 

L'Eglise et les monastères grecs ne paieront pas la très impopulaire nouvelle taxe immobilière décidée dans l'urgence, dimanche 11 septembre, par le gouvernement grec pour remplir les objectifs budgétaires imposés par les bailleurs de fonds du pays. "L'Eglise sera imposée sur les biens qu'elle exploite commercialement", précise toutefois un porte-parole du ministère des Finances devant le tollé suscité par cette annonce. Seraient exemptés les lieux de culte et les organismes de charité. Mais les frontières sont parfois floues et les comptes de l'Eglise orthodoxe restent opaques.
L'argent de l'Eglise reste un sujet tabou en Grèce. "Ses revenus sont imposables, mais il y a deux gros problèmes, prévient le professeur de sociologie religieuse à l'université égéenne de Rhodes Polikarpos Karamouzis. Il n'y a pas de système économique pour détailler ses revenus véritables et personne ne connaît l'étendue de ses propriétés, car il n'y a pas de cadastre."
Cette situation arrange aussi bien l'Eglise que l'Etat, "car les hommes politiques ne tiennent pas à se mettre à mal avec les autorités orthodoxes", explique Stéfanos Manos, un député indépendant, qui est l'un des rares hommes politiques à demander une séparation de l'Eglise et de l'Etat. "L'Eglise de Grèce est une église nationale, explique Polikarpos Karamouzis, cela signifie qu'il y a une connexion politique entre l'Eglise et l'Etat, qui lui a donné ses privilèges. Son rôle spirituel est étroitement lié à son rôle politique, entretenant une confusion entre les fidèles et les citoyens, qui est exploitée par les politiciens en quête de votes."

Popes et évèques sont payés par l'Etat

Les popes sont des relais d'opinion que les hommes politiques préfèrent ne pas froisser. En décembre 2010, le Saint Synode, regroupant treize évêques, a dénoncé, dans un texte distribué dans toutes les paroisses, la "troïka" – les représentants du Fonds monétaire international, de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne – comme une force d'"occupation étrangère".
L'Eglise orthodoxe est un des éléments constitutifs de la nation grecque. La Constitution est écrite "au nom de la Trinité sainte consubstantielle et indivisible". Les prêtres bénissent les rentrées scolaires et les nouveaux gouvernements ; le catéchisme est enseigné dans les écoles publiques ; des gens de tout âge se signent quand ils passent devant une église.
C'est en mars 2010 que le gouvernement socialiste de Georges Papandréou a décidé d'imposer les églises à hauteur de 20 % sur les revenus commerciaux et entre 5 % et 10 % pour les dons déclarés. Les 10 000 popes et leurs évêques sont payés par l'Etat, ce qui représente un budget de 220 millions d'euros annuels.
L'ancien ministre des Finances, Georges Papaconstantinou, a essayé de réduire la participation de l'Etat, mais dès que ce genre d'informations filtraient, la volonté du gouvernement s'envolait. L'actuel ministre des finances, Evangélos Venizélos, très proche des milieux orthodoxes, n'a pas ce genre de velléités.

La richesse de l'Eglise, "un mythe"?

Les polémiques suscitées par l'exemption de cette nouvelle taxe immobilière ont poussé l'Eglise à sortir de sa réserve en publiant, vendredi 16 septembre, le montant de ses impôts. Sa direction des services économiques affirme avoir payé 2,5 millions d'euros d'impôts fonciers et de revenus en 2010. Elle indique au passage qu'elle possède trente propriétés à Athènes (dont six inoccupées) et quatorze à Salonique.
Dès que l'Eglise est attaquée sur ses biens, ce qui est de plus en plus fréquent, l'archevêque d'Athènes, Hiéronymos, qui est la plus haute autorité orthodoxe en Grèce, réagit en expliquant que la richesse de l'Eglise est "un mythe". Il ne resterait que 4 % des biens qu'elle détenait avant la révolution grecque de 1821, mettant en avant les nombreuses confiscations de propriétés par l'Etat.
Les journaux ont publié des documents sur la fortune de l'Eglise orthodoxe. Selon Kathimerini (centre droit), ses biens s'élevaient à 700 millions d'euros en 2008. Stefanos Manos, ancien ministre de l'Economie, l'évalue à plus d'un milliard d'euros. Les 2,5 millions d'euros acquittés par l'Eglise semblent bien faibles au regard de ces montants non confirmés officiellement.
Mais il ne s'agit là que d'une partie des biens ecclésiastiques, gérés par les services centraux de l'Eglise. Cela ne concerne pas les paroisses, dont certaines sont très riches. Ni les propriétés directes des 80 évêchés grecs qui bénéficient d'une large autonomie. C'est sans compter non plus sur les biens des 450 monastères, dépendants de l'Eglise de Grèce ou non (comme ceux du Mont-Athos, qui ont un statut à part). Pour être complet, il faudrait ajouter les biens possédés en Grèce par les patriarcats orthodoxes de Constantinople, Jérusalem ou Alexandrie.

Le deuxième propriétaire foncier du pays

L'Eglise est le deuxième propriétaire foncier (derrière l'Etat grec), avec 130 000 hectares de terrains. "Il s'agit de forêts, de terrains non constructibles", explique Vassilis Meichanetsidis du service de communication de l'archevêché d'Athènes. Il s'agit aussi d'immeubles dans les quartiers chics d'Athènes ou dans les riches banlieues balnéaires au sud de la capitale.
L'Eglise est actionnaire à hauteur de 1,5 % de la Banque nationale de Grèce, avec un représentant au conseil d'administration, l'évêque de Ioannina, Théoklitos, qui aurait touché selon le magazine financier Forbes 24 000 euros en 2008 en jetons de présence.
Même les terrains nus permettent les affaires. Les moines du riche monastère de Penteli, au nord d'Athènes, cherchent des investisseurs, à hauteur de 1 milliard d'euros, pour exploiter une partie de leur montagne pour la transformer en parc photovoltaïque et récupérer l'énergie solaire. C'est la nouvelle stratégie officielle de l'Eglise : rentabiliser ses biens pour en faire bénéficier ses organismes philanthropiques. L'Eglise a consacré plus de 100 millions d'euros en 2010 à ses activités charitables, qui se sont accrues avec la crise. "A Athènes, nous fournissons 10 000 à 12 000 plats quotidiens", explique Vassilis Meichanetsidis.
Mais la vocation philanthropique de l'Eglise orthodoxe est relativement récente et a connu des soubresauts. En 2010, elle a été obligée de mettre fin et de changer le nom de son association Solidarité pour cause de très mauvaise gestion.