TOUT EST DIT

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mercredi 25 novembre 2009

Khamenei fait du pied à la Turquie

Après avoir refusé l’offre américaine d’accord nucléaire, les Iraniens cherchent de nouveaux alliés. Les Turcs semblent favorables à cette alliance périlleuse mais lucrative.
Puisque l’ayatollah Khamenei se rapproche de Recep Tayyip Erdogan, il pourrait apprendre du Premier ministre turc comment maintenir l’équilibre dans ses alliances. “Si un ennemi possède des alliés, la position de l’ennemi est forte”, a écrit Sun Tzu, le célèbre stratège chinois, dans L’Art de la guerre. Le guide suprême iranien constate aujourd’hui que les Etats-Unis, qu’il considère comme l’ennemi de ses ambitions nucléaires, s’évertuent à nouer des alliances, y compris avec la Russie. Et cela le contrarie beaucoup. Au point que l’Iran a récemment rompu l’accord passé avec la Russie pour lancer son satellite de communication, s’adressant à la place à l’Italie [qui a refusé]. Pour enfoncer le clou un peu plus, Téhéran s’est plaint du retard pris par la Russie sur la livraison du système de missiles sol-air S-300. Jusqu'à récemment, l’Iran ne lavait jamais son linge sale devant les caméras, mais à huis clos. Maintenant que Khamenei juge la Russie déloyale, son gouvernement ne se prive pas d’exprimer ses griefs en public.

Le gouvernement iranien a décidé de reprendre l’initiative et de chercher un nouveau partenaire pour remplacer la Russie. A en juger par le récent échange de visites entre Téhéran et Ankara, il semblerait que Khamenei a trouvé un interlocuteur bien disposé en la Turquie. Mais, à la différence de la Russie, les Turcs n’ont pas de droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, leur cote au Moyen-Orient et dans le monde musulman est en hausse certaine. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, est considéré de plus en plus comme un défenseur crédible des intérêts arabes et musulmans. Dans la rue, beaucoup de gens respectent son autorité parce qu’il a été élu à la suite d’un scrutin réellement démocratique. On ne peut pas en dire autant du président égyptien, Hosni Moubarak, ni du roi Abdallah d’Arabie Saoudite, qui ont décroché leur poste de façon bien peu démocratique.

Les relations qu’entretient Erdogan avec les Etats-Unis et l’Europe jouent également en sa faveur. Même s’il s’est rapproché récemment de ses voisins musulmans dans la région, il n’a pas coupé ses liens avec l’Ouest, jouant avec habileté sur les deux tableaux. De plus, ses rapports avec les Etats-Unis ne reposent pas sur une faiblesse de la Turquie. Il a déjà résisté aux pressions américaines et a même refusé une promesse de 6 milliards de dollars [4 milliards d’euros] d’aides et de 20 milliards de dollars [13,3 milliards d’euros] de garantie de prêts parce que l’accord ne lui convenait pas. Ses attaques verbales contre Israël après la dernière guerre de Gaza ont aussi certainement contribué à lui donner une bonne image dans la région.

Maintenant que Khamenei a rejeté l’offre nucléaire de Barack Obama, il doit penser que les risques de sanctions sont plus grands. Il lui faut donc changer de stratégie pour affronter les difficultés qui l’attendent. Une solution est de transformer son bras de fer avec Obama en une nouvelle confrontation Est-Ouest. Si l’on en croit le débat télévisé organisé récemment au Qatar et diffusé dans plusieurs pays, débat où le programme nucléaire iranien a été discuté par plusieurs analystes du Moyen-Orient, la position de Khamenei suscite incontestablement la sympathie. Pour beaucoup dans la région, le programme nucléaire iranien est le seul moyen de contrer la supériorité d’Israël dans le rapport de forces. C’est une stratégie qui a des chances de réussir. Par ailleurs, la popularité croissante d’Erdogan dans la région ainsi que l’embellie dans les relations de Téhéran avec le gouvernement turc permettraient à Khamenei de renforcer sa propre position lorsque les temps seront durs. Il sera également aidé par l’absence de progrès dans le processus de paix israélo-palestinien.