TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

lundi 18 mars 2013

Une année délicate

Une année délicate


La campagne des élections municipales a commencé lentement, presque en catimini. La plupart des villes sont agitées de frémissements annonciateurs d’une campagne électorale naissante. Les sortants se hâtent d’améliorer leur bilan, et les opposants contiennent de plus en plus mal leur impatience. Tous ceux qui s’affronteront au printemps 2014 partagent cependant la même crainte : voir les enjeux nationaux balayer les préoccupations locales.
La majorité redoute un vote sanction. Alors qu’au fil des scrutins, les socialistes et leurs alliés ont volé de victoire en victoire jusqu’à la présidentielle de 2012, le ressort semble s’être cassé, ou tout au moins distendu. Les cotes de popularité du chef de l’État et de son Premier ministre sont calamiteuses. Les espoirs de l’an dernier ont été douchés par la crise. Le chômage s’envole, les fermetures spectaculaires de grandes entreprises témoignent de l’impuissance des politiques à s’opposer au tsunami économique. Des affaires comme celle de la viande trafiquée ne sont pas faites pour améliorer le moral de la société française.
Même les réformes sociétales, pourtant estampillées « made in gauche », ne font plus vibrer les électeurs de François Hollande. Le bouillonnant Vincent Peillon a beau secouer l’Éducation nationale, il ne fait plus tout à fait recette. Cette défiance est exprimée par de nombreux maires de gauche qui, inquiets du coût de sa réforme des rythmes scolaires, ont reporté son application à 2014.
L’opposition n’a guère plus de motif d’optimisme que la gauche. L’UMP n’en a pas totalement fini avec son combat des chefs. Sa base, lassée par ces jeux de pouvoir, pourrait ainsi sanctionner sévèrement un parti où Nicolas Sarkozy, pourtant sévèrement désavoué, fait figure de recours. Enfoncés dans ce brouillard politico-économique, les électeurs pourraient être nombreux à bouder les urnes ou à choisir un vote protestataire, au moins au premier tour.
Les candidats et les partis auront bien du mal à arracher les Français au marais de la morosité. Il leur faudra prouver qu’ils sont capables de se rapprocher du quotidien d’électeurs qui ont le sentiment d’être seuls au monde, face à l’incertitude des temps.

Votre épargne: la nouvelle source de financement pour la crise de l'euro

Ce weekend, la troïka composée de l’UE, de la BCE et du FMI a imposé une taxation de l'épargne des résidents chypriotes (9,9% pour les montants supérieurs à 100.000 euros, 6,75% pour les montants inférieurs) comme condition pour l’obtention d’un plan de sauvetage de 10 milliards d’euros pour Chypre. Ce matin, de nombreux commentateurs sont revenus sur cette mesure sans précédent.
« Légalement, c’est un impôt sur la fortune. Economiquement, c’est une ‘coupe de cheveux’ », écrit-il. « Moi-même, j’aurais privilégié une coupe de cheveux, ou une taxe, sur les dépôts de plus de 100.000 euros, la portion qui n’est pas couverte par la garantie des comptes de dépôts. Il n’y a aucune raison morale ou économique de protéger les étrangers qui ont décidé de placer de grosses sommes d’argent sur un compte bancaire chypriote quelle qu’en soit la raison. (…) Je n’en croyais pas mes oreilles lorsque j’ai entendu que les ministres des Finances de la zone euro ont décidé de s’en prendre aux petits épargnants à Chypre ».
Mais le pire reste à venir, pour Münchau, qui ne doute pas que cette mesure va déclencher un immense mouvement de fuite des capitaux hors de l’Europe du Sud. « La vraie question qui se pose, c’est: pourquoi les gens n’ont pas retiré leur argent avant ? Est-ce qu’ils ne lisent pas les journaux ? », écrit-il. «Peut-être qu’ils ont fait confiance au nouveau président de Chypre, qui leur avait promis qu’il n’accepterait jamais cela ? Et pourquoi y a-t-il eu si peu de fuites de dépôts ailleurs dans l’Europe du Sud ? Eux aussi, ils ont fait confiance à leur gouvernement ? Mais de façon plus importante, est ce qu’ils vont continuer, maintenant ? »
Beaucoup ont pensé que Mario Draghi avait réussi à désamorcer définitivement la crise de l’euro, lorrsqu’il avait promis de tout faire pour sauver l'euro en juillet dernier. « Les épargnants comprennent maintenant que si la crise était terminée, c’était parce que la zone euro avait trouvé une nouvelle source de financement : leurs économies », conclut-il.
1. Elle risque de raviver le risque de contagion dans d'autres régions de la zone euro. Les épargnants comprennent désormais qu’ils seront mis à contribution pour les plans de sauvetage, et que les dirigeants européens ont brisé la promesse qu’ils bénéficiaient d’une garantie des dépôts jusqu’à 100.000 euros qui leur permettrait de conserver leurs économies en cas de faillite d’une banque.
2. On peut défendre l’idée selon laquelle les déposants participent au plan de sauvetage de leur pays, y compris pour les étrangers qui résident dans le pays, plutôt que les contribuables des autres pays de la zone euro. Maistaxer les veuves chypriotes sans mettre à contribution les créanciers des banques ou les investisseurs en dette publique chypriote est critiquable sur le plan moral.
3. La troisième erreur est stratégique: le plan de sauvetage de Chypre n'est pas cohérent avec les mesures qui ont été prises par le passé. Au lieu d’employer le Mécanisme de Stabilité Monétaire pour recapitaliser les banques, et de briser le lien entre les problèmes de financement des banques et ceux des gouvernements, la zone euro continue de consentir des plans de sauvetage qui s’adressent d’abord aux Etats. Et forcer les épargnants locaux à prendre en charge les pertes éloigne le projet de mutualisation des dettes européennes. Enfin, la mesure cadre mal avec la volonté de remettre de l’ordre dans le système bancaire. En effet, l’idée sous-jacente derrière la volonté de recapitaliser les banques, c’est de leur permettre d’attirer plus de capitaux. Mais avec cette décision, les dépôts dans les banques européennes prennent soudain un caractère ambivalent, puisque d’un côté, ils sont garantis, et de l’autre, ils sont susceptibles d’être taxés soudainement.

    Les paradoxes de François

    Les paradoxes de François


    Le monde entier a les yeux rivés sur Rome, ces jours-ci, et encore davantage le monde des catholiques attachés, par « sensibilité » certes mais surtout par souci de vérité et d’honneur rendu à Dieu, à la forme traditionnelle du rite romain. Le pape François ne leur – ne nous ! – a pas apporté beaucoup de consolation sur ce plan. Et c’est plutôt l’inquiétude qui domine, voire un abattement profond, à voir ses célébrations d’apparence désinvolte, sa mitre piteuse, ses chasubles en polyester que ne renierait pas un curé de paroisse « pro-pro », ses allures de « simple prêtre » alliées à un ars celebrandi qui, visuellement, réduit le sacré à la portion congrue.
    Il veut une « Eglise pauvre pour les pauvres » ! Mais cette pauvreté qu’il invoquait devant plusieurs milliers de journalistes n’est que misérabilisme et pire, spoliation des pauvres lorsqu’elle les prive de la nécessaire beauté. Notre correspondant à Rome, présent à la rencontre du pape François avec la presse samedi, nous raconte qu’entendant cette phrase, la salle Paul VI a pris des allures de meeting de Front de Gauche. Un engouement médiatique qui « frise l’hystérie », nous dit-il.
    C’est donc le « pape des pauvres » que les médias mettent en avant, oubliant de souligner l’appel du Saint-Père aux journalistes à prêter une « attention particulière au Vrai, au Bon, au Beau ». « Cela nous rend particulièrement proches, parce que l’Eglise existe pour communiquer justement ceci : la Vérité, la Bonté et la Beauté “en personne” », a-t-il dit. Le Christ, ce Christ qui était au centre de son discours aux cardinaux en la salle Clémentine la veille, et dont il a dit aussi aux journalistes :
    « Le Christ est le centre, non pas le successeur de Pierre. Le Christ ! Le Christ est le centre ! Il est la référence fondamentale, le cœur de l’Eglise… Sans lui, Pierre et l’Eglise n’existeraient pas et n’auraient pas de raison d’être. »
    C’est tout le paradoxe de ce pape qui rejette les marques humaines de la grandeur de sa fonction – importantes, pourtant, et pleines de sens profondément symbolique – mais qui exhorte les chrétiens à n’oublier ni de louer Dieu, ni surtout de l’adorer. « Si tu n’adores pas Dieu, c’est que tu adores autre chose », lançait-il lors d’une interview réalisée en espagnol par la chaîne américaine EWTN.
    Qui a-t-il cité au cours de ces premiers jours de pontificat ? Léon Bloy (et Dieu sait si ce catholique radical, mais amoureux de la liturgie la plus splendide, détone au Vatican) ; mais aussi son « grand ami » le cardinal Hummes, qui lui a indirectement soufflé son nom en l’embrassant au moment où le vote des cardinaux atteignait les deux tiers – « Pense toujours aux pauvres ! » Et Hummes n’est pas réputé de droite. A l’Angélus, le premier, ce fut le cardinal Kasper, « un très bon théologien ». Il y a de quoi être inquiet.
    En même temps, et lors de ce même Angélus, le pape François a plaisanté en disant : « N’allez pas croire que je fais de la publicité pour les livres de mes cardinaux ! » Mes cardinaux ? Voilà que celui qui s’est seulement présenté comme l’évêque de Rome rappelle malicieusement sa primauté : il est à la tête de ses troupes.
    Et il n’en fera qu’à sa tête. Chaussures noires (mais ce ne sont pas les chaussures rouges qui font la papauté) ; visite à l’hôpital de son vieux confrère cardinal argentin, le cardinal Jorge Mejia, qui n’a pas une réputation de moderniste ; coups de fils passés en direct au point de réduire le standardiste de la Maison généralice des jésuites à Rome à une quasi-syncope, bain de foule impromptu. Impossible de faire un pronostic sur la direction que prendra le pontificat de François, mais une chose est d’ores et déjà sûre : il décidera.
    Et le cardinal Ouellet, dans une interview en langue française, s’en est d’ores et déjà montré ravi, lui qui, réputé conservateur, a annoncé discrètement qu’il s’était déjà vu attribuer une mission précise. Il a également annoncé que le nouveau pape allait prendre connaissance du rapport des trois cardinaux sur le Vatican : des conséquences en vue ?
    Le pape François cultive le « dialogue interreligieux ». En même temps il secoue les catholiques comme des paroissiens, les invitant aussi bien à la messe de dimanche – où il a prêché debout et sans notes – et à l’Angélus, à découvrir les abîmes de la miséricorde de Dieu en faisant l’aveu personnel de leurs fautes. « Il ne se lasse jamais de pardonner, mais nous, nous nous lassons de demander pardon. Ne nous lassons plus, ne nous lassons plus ! »
    Le pape François n’a pas appliqué avec générosité à Buenos Aires – c’est peu de le dire – le Motu proprio Summorum Pontificum. Entre hostilité et indifférence, selon les sources.
    Mais cela n’a pas empêché cette bonne nouvelle : le Coetus internationalis Summorum Pontificum organise fin octobre un pèlerinage à Rome pour marquer la clôture de l’année de la foi. La demande de célébrer une messe à Saint-Pierre selon le rite traditionnel a été déposée avant l’entrée en conclave. Elle a été acceptée et confirmée au lendemain de l’élection du pape François par le cardinal Comastri, archiprêtre de la basilique.
    Nous ne sommes pas au bout des surprises.

    Les nouvelles tentations politiques

    Les nouvelles tentations politiques


    On ne voit et on n’entend que le premier. Le second se cache mais inspire dans l’ombre le leader, Beppe Grillo. Le Mouvement cinq étoiles vient d’envoyer à la Chambre et au Sénat italiens une cohorte de parfaits inconnus.
    Ces nouveaux élus sans aucune expérience sont jeunes et diplômés. Ils sont la troupe soumise et extatique d’un duo constitué d’un bateleur et d’un stratège.

    L’homme de l’ombre, Gianroberto Casaleggio, dirige une société de conseil en stratégie digitale. La guerre éclair menée pour sortir ce parti du néant et jouer les arbitres de la classe politique en moins de dix ans doit tout à la science du marketing viral de cet homme d’entreprise qui se prend aussi pour un penseur. La magie du Web permettra selon lui d’enfanter une nouvelle démocratie, parfaite cette fois, et directe bien sûr.

    Celui qui croit à la « transparence » totale grâce au Web, à la « vérité » que la Toile seule permet puisque tout y est « vérifiable », à la fusion dans une grande « communauté » grâce à la mise en réseau du Net, prend des libertés avec ces valeurs proclamées. Il s’exonère du devoir de transparence en se rendant très discret, sur sa personne mais aussi ses activités. Il s’épargne même les contraintes de la démocratie en dissuadant toute insoumission et en décourageant la critique.

    Le phénomène est aussi intéressant qu’inquiétant. Il pourrait ne pas se limiter à l’Italie, qui enregistre de façon exacerbée les mêmes tensions que le reste de l’Europe. Nos sociétés en panne voient se creuser chaque jour un fossé entre élites dirigeantes et une population en attente de solutions, qui ne viennent pas. L’impuissance politique ouvre la voie à des tentations.

    Elles étaient avant la dernière guerre, martiales et radicales, avec nazisme et stalinisme. Elles sont aujourd’hui plus douces et plus molles, et plus insidieuses. Elles promettent une démocratie totale parce que servie par l’accès de tous au savoir et à la décision sur Internet. Elles font miroiter aux yeux d’une jeunesse rejetée dans le chômage et la précarité l’avènement d’un monde où tout ce qui est jeune vaincra et tout ce qui est vieux disparaîtra.

    Ces tentations ont la séduction de la modernité et de la fluidité techniques. Elles
    divisent le monde entre une avantgarde connectée et une arrière-garde égarée. Elles promettent un monde sans travail et sans effort, sans initiation et sans réflexion, dans lequel les machines pourvoiront à tout. Il ne restera plus alors qu’à se connecter, jouer et consommer. Ces deux produits du baby-boom, Beppe et Gianroberto, avec leur look branché et leur discours décalé, entretiennent avec la jeunesse un faux rapport d’identité. Comme d’autres tribuns hier se voulaient plus prolétaires que les ouvriers et plus nationalistes que les patriotes.

    Les boulevards de la crédulité


    Ils existent, ces gens qui pensent que la Terre est plate ! On a beau leur dire que des images prises de l’espace prouvent sa rotondité, ils répondent qu’il s’agit d’un montage.
    Ils sont un peu plus nombreux à penser que l’homme n’a jamais posé un pied sur la Lune. Ils sont plus nombreux encore à croire que les attentats du 11 septembre 2001 sont l’oeuvre de la CIA.

    Les progrès de la science et l’élévation du niveau de l’instruction n’ont pas vaincu la crédulité, contrairement à certains espoirs nés des Lumières. Elle menace toujours de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, un dictateur pour un philanthrope, un démagogue pour un sauveur, un Trissotin pour un génie.

    Elle trouble même les esprits les plus riches, leur faisant juger inapplicables des solutions accessibles, et possibles des idées saugrenues. Un sociologue, Gérald Bronner (1), soutient que la production gigantesque et sans cesse croissante d’informations invérifiables sur l’Internet et leur accès immédiat et universel permettent aux croyances, les plus bizarres parfois, de se répandre en épidémie et de s’ancrer dans bien des esprits.

    Notre actualité est riche de ces erreurs de perspective, de ces hagiographies infondées, de ces condamnations expéditives. Ni Dieu ni Diable, Hugo Chavez est un tribun populiste qui finançait ses généreuses idées par la manne pétrolière, mais sans construire une économie solide capable de garantir une durable redistribution.

    Stéphane Hessel était un honnête homme et un esprit brillant, mais rien dans sa vie ni son oeuvre ne le désigne pour entrer au Panthéon ou pour la béatification.

    Marcela Iacub n’est ni un monstre ni une sorcière, mais une intellectuelle à la pensée riche et paradoxale. Que certains illuminés imaginent une Terre plate ne gêne pas grand monde. Que d’autres croient que les autorités américaines ont piégé les tours du World Trade Center inquiète davantage, et en dit long sur l’altération du jugement que provoque un aveuglement idéologique. D’autant qu’ils pourront nourrir leur suspicion à partir de véritables opérations de désinformation, comme les fausses preuves de l’existence des armes de destruction massive en Irak.

    La persistance de la crise en Europe ouvre des boulevards aux démagogues et aux manipulateurs. Qu’ils entrent dans les parlements ou fassent descendre des foules dans la rue, ils sapent progressivement les fondements de la démocratie en s’appuyant sur notre fâcheuse et très ancienne propension à la crédulité.
    1. Gérald Bronner, « La démocratie des crédules », aux PUF ; « Pourquoi sommesnous si crédules », dans La Revue des Deux Mondes, février 2013.

    Normes… anormales !

    Normes… anormales !


    Regrouper deux élevages ? C'est quatre fois plus long en France qu'en Allemagne. Une ligne haute tension ? Six ans de procédures ici, deux ans au Danemark, pourtant écolo. Refaire des vestiaires, ouvrir une maison d'assistante maternelle ? Galère assurée. Les exemples de normes courtelinesques, de contrôles administratifs tatillons pullulent.
    « On en crève ! » C'est le cri unanime des élus de tous bords, des industriels, des artisans… La France s'épuise au tir de barrage des 400.000 normes, circulaires et règlements qui classent notre pays 126 e sur 144 pour cause de complexité administrative. En trente ans, elle s'est accrue d'un tiers malgré les mises en garde à répétition ! Une poterie romaine ici, un escargot là. Le casse-tête continue.
    Bien sûr, tout n'est pas à jeter, car la norme, depuis l'Antiquité, a permis de rationaliser, protéger, assurer une saine concurrence, sécuriser. Il ne s'agit pas de prôner la loi de la jungle. Encore faut-il raison garder et ne pas céder à une inflation normative aux surcoûts insupportables. Ils minent le redressement du pays.
    Les gouvernements, depuis quelques années, tentent de limiter les excès. Mais le grand coup de balai se fait attendre. L'urgence désormais commande. Quand le bâtiment va… Mais rien ne va plus. Le docteur de l'Élysée promet des ordonnances. Vite, s'il veut un pays « normal » !

    « Vérité, bonté, beauté »

    « Vérité, bonté, beauté »


    C'est un grand message que le pape François a délivré hier. Un message simple et chaleureux, respectueux de la conscience de chacun et tourné vers le grand mystère de l'aventure humaine. Pape, il se pense en serviteur des pauvres et de la paix, en messager de l'amour du Christ : « Il devrait apparaître que nous sommes appelés non pas à nous communiquer nous-mêmes mais à communiquer cette triade existentielle : vérité, bonté, beauté », a-t-il dit, indiquant aux journalistes auxquels il s'adressait que cette recherche les rapprochait.

    La recherche de la vérité est de tout temps une nécessité. Notre époque n'échappe pas à la règle même si ses connaissances, notamment scientifiques, grandissent. Et d'autant plus que le mirage des apparences prend de plus en plus d'emprise sur les esprits. Au point, et c'est un comble, qu'il paraît parfois plus important de bien communiquer que d'agir en vérité ! Et puis, sans recherche de la vérité, quel espoir y a-t-il de s'entendre pour construire la paix dans les villes et les cités où vivent des personnes de mentalités et de cultures si différentes ? Loin d'être un poids, la recherche de la vérité ouvre les portes de la liberté. Ces paroles viennent à l'esprit :« La vérité vous rendra libre » (1).
    La bonté, source de la fraternité : des bidonvilles aux pays en guerre, en passant par la solitude des grandes villes... Il n'est pas de détresse qu'un rayon de bonté ne puisse apaiser. Issu des compagnons de Jésus, autre nom des jésuites, le pape François connaît la longue marche vers l'espérance. Avec ses jours de beau temps et ses orages où, sur le chemin, chacun accompagne les autres.
    La beauté, porte de l'émerveillement : elle est si chère à la civilisation européenne, pétrie de tant d'oeuvres d'art inspirées par les textes bibliques et évangéliques. Il semble exceptionnel qu'un pape, dès ses premières interventions publiques, ait ainsi attiré l'attention sur l'importance de la beauté. Comment ne pas évoquer la lettre de Pie XII aux artistes : « Le beau doit nous élever [...]. En face d'une culture sans espérance, faites donc sourire sur la terre, sur l'humanité, le reflet de la beauté et de la lumière divine et vous aurez, en aidant l'homme à aimer tout ce qu'il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d'aimable, contribué grandement à l'oeuvre de la paix. »

    (1) Évangile de saint Jean ch.8-32.

    Bernard Thibault ou la mue inachevée de la CGT


    Arrivé à la tête de la CGT il y a quatorze ans avec une image de dur, Bernard Thibault a donné un tour moins contestataire à la première centrale syndicale française et montré que si elle pouvait s'opposer, elle était aussi capable de négocier.
    Mais après quatre mandats, l'ex-cheminot de 54 ans cédera la place cette semaine à Toulouse, au 50e congrès de la CGT, à Thierry Lepaon, ancien chaudronnier adoubé en novembre après une longue crise de succession, sans avoir achevé la mue de son organisation.
    En succédant en 1999 à 40 ans à Louis Viannet, qui a eu dit-on du mal à lui faire accepter cette responsabilité, l'ancien leader de la CGT cheminots, figure des grandes grèves de 1995, a donné un coup de jeune à la confédération.
    Ce parisien né le 2 janvier 1959 dans une famille modeste originaire du Morvan est alors aussi célèbre pour ses interventions télévisées que pour sa coupe de cheveux en forme de casque, destinée, confie-t-il, à cacher ses oreilles.
    En dépit d'un discours ferme, ce fils de bûcheron à la ville de Paris, entré comme apprenti à la SNCF en 1974, s'est efforcé de moderniser une vieille centrale profondément marquée par la culture communiste.
    Entré au PCF en 1986, Bernard Thibault a été promu membre du conseil national dix ans plus tard, avant de quitter ce poste en 2001 afin que la CGT puisse prendre ses distances avec un parti en pleine déroute électorale.
    C'est aussi lui qui fait adhérer la CGT à la Confédération syndicale internationale, d'inspiration réformiste, créée le 1er novembre 2006.
    Même s'il est resté à titre personnel membre du PCF et entretient des liens cordiaux avec le Front de gauche, l'époque où les actions de la CGT étaient décidées au siège du parti est bel et bien révolue.
    La décision prise en 2012 d'appeler à voter François Hollande pour faire barrage à Nicolas Sarkozy est une initiative purement cégétiste, dit-on à la CGT.
    Une décision que Bernard Thibault semblait cependant presque regretter au début du mois en appelant à la mobilisation contre l'accord du 11 janvier sur la sécurisation de l'emploi.
    "Ce n'est pas confortable (...) de passer de 2012, où nous avons contribué à notre manière à un changement de majorité, à devoir moins d'un an après en appeler à la mobilisation parce que les projets du gouvernement sont considérés comme néfastes", expliquait-il.
    RESTER UTILE À LA CGT
    La CGT doit pourtant aussi à son secrétaire général son retour parmi les syndicats signataires d'accords nationaux interprofessionnels, comme en 2003 sur la formation professionnelle.
    Bernard Thibault rappelle régulièrement que le mot compromis n'est plus un tabou à la CGT, qui signe la grande majorité des accords collectifs dans les entreprises.
    Le syndicaliste a aussi beaucoup milité pour l'unité d'action avec les autres centrales, avec des bonheurs divers.
    Bernard Thibault a ainsi vécu comme un coup de poignard dans le dos la signature, en 2003, par la CFDT, de la réforme Fillon sur les retraites. Ce qui ne l'empêchera pas de faire figure en 2007-2009 d'interlocuteur privilégié d'un président de droite, Nicolas Sarkozy.
    L'unité d'action se reformera en 2010 contre la nouvelle réforme des retraites de Nicolas Sarkozy. Mais le dirigeant de la CGT, qui refuse alors d'appeler à la grève générale, sera accusé de mollesse par une partie de ses troupes.
    L'image de Bernard Thibault a été également écornée par les rumeurs début 2011 sur sa volonté de quitter son poste plus tôt que prévu. La presse évoquait alors une lassitude liée au conflit sur les retraites, aux bisbilles internes, au recul des adhérents dans certains bastions mais aussi à ses problèmes de dos.
    L'affaiblissement du dirigeant syndical s'est manifesté en 2012 lorsqu'il a tenté sans succès d'imposer Nadine Prigent pour lui succéder.
    Bernard Thibault est cependant repassé à l'offensive ces derniers mois contre les politiques d'austérité, l'accord sur la sécurisation de l'emploi et pour défendre les réactions de colère des salariés, comme ceux de l'usine Goodyear d'Amiens-Nord. "On n'est pas dans un monde de Bisounours", disait-il début février au quotidien Le Monde.
    Contrairement à son ancien homologue de la CFDT, François Chérèque, qui a rejoint l'inspection générale des affaires sociales, il n'envisage pas de prendre un poste officiel dans la haute administration.
    Il entend rester "au service" de la CGT "de manière différente, sans implication dans les organes de direction".
    "J'ai plusieurs idées, plusieurs pistes en tête. J'en discuterai avec la direction de la CGT lorsqu'elle sera élue", confiait récemment Bernard Thibault.

    Hollande: 67% de mécontents (sondage)

    La cote de popularité du président François Hollande a fortement chuté en mars: 67% des Français sont mécontents de son action (+10 points par rapport à février) contre seulement 31 % de satisfaits (-8 points), selon le baromètre OpinionWay pour Métro et LCI.
    Ce sont les sympathisants de gauche (PS, Front de gauche, écolos) qui sont plus nombreux à manifester leur insatisfaction avec 13% en moins de satisfaits suivis du MoDem (-12% de satisfaits) puis de la droite UMP-UDI (-5% de satisfaits).

    Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a également reculé avec 62% de mécontents (+8 points) et 31% de satisfaits (-5 points). Là aussi c'est la gauche qui est moins satisfaite par rapport à février (- 9), suivie du MoDem (-6) et de la droite (-4). 67% des Français interrogés estiment que "les choses ne changent pas" contre 33% qui trouvent qu'elles changent.

    Valls en tête à gauche, Juppé à droite

    Au sein du gouvernement, le ministre de l'Intérieur Manuel Valls est toujours en tête mais perd 2 points par rapport à février avec 58% de satisfaits, talonné par le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian qui gagne 4 points à 52%. La porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem fait une percée avec +7 à 51%, entrant dans le trio de tête de la popularité des ministres au détriment du chef de la diplomatie Laurent Fabius qui perd 6 points avec 47% de satisfaits. La garde des Sceaux Christiane Taubira gagne 2 points (46%) et la ministre de la Culture Aurélie Filippetti 5 points à 45% de satisfaits.

    Tous les dirigeants de droite voient leur cote de popularité augmenter, ainsi Alain Juppé (UMP) (+1 à 47%), François Fillon (UMP) (+4 à 42%), Jean-Louis Borloo (UDI) (+3 à 40%), Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) (+4 à 36%). Marine Le Pen (FN) gagne 3 points à 32% de satisfaits. Le dirigeant du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, gagne 4 points à 36% de satisfaits.



    ET CE TYPE EST ENCORE AU POUVOIR ?

    Enfin les sondés interrogés sur leur souhait "d'un remaniement gouvernemental dans les semaines qui viennent" répondent à 61% oui tandis que 38% disent non

    Sondage réalisé du 9 au 14 mars auprès d'un échantillon de 1.010 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, sélectionné selon la méthode des quotas.

    dimanche 17 mars 2013

    Bêtise et pingrerie au Mali

    Malgré les discours officiels de ses partenaires européens, la France est bien seule à combattre les islamistes armés et à aider à reconstruire l’Etat malien. Incapable de se mettre d’accord sur les grands sujets mondiaux, l’UE le paiera un jour, s’insurge Le Monde.

    On ne voudrait pas ajouter au désenchantement européen. En ces temps de grosse déprime continentale, on rechigne à l'idée de mettre une nouvelle fois à nu la vacuité qui caractérise aujourd'hui l'idée européenne. Bref, on hésite avant de jouer encore les esprits chagrins en constatant la désespérante absence de l'Europe au chapitre de la défense et des affaires étrangères.

    Ce n'est pas un échec – lequel supposerait qu'on ait sincèrement essayé -, c'est une débâcle, une triste pantalonnade. Le Mali en témoigne, magistralement. Et ce fut tout particulièrement le cas lors du conseil des 27 ministres des affaires étrangères réuni lundi 11 mars à Bruxelles. La France s'y est sentie plus seule que jamais depuis le début des opérations militaires au Sahel.

    Peu importe le Sahel

    Avec la fermeté courtoise, un tantinet distante, qui est sa marque, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en fut réduit à quémander 30 soldats pour le Mali auprès de la Belgique et de l'Espagne. Pas 300, 30 ! Pourquoi ? Parce qu'il en manque encore 90 pour protéger les 500 instructeurs que l'Union européenne a dépêchés à Bamako pour former l'armée malienne.
    Ces 90 soldats, il faut les "arracher" un par un aux 27 pays de la riche Europe, celle qui se targue volontiers d'être l'une des toutes premières puissances économiques mondiales. Disons les choses comme elles sont : les réticences belges ou espagnoles ne sont pas d'ordre politique ni même financier. C'est bien plus simple : Bruxelles et Madrid se fichent éperdument de ce qui peut bien se passer dans les sables du Sahel.
    L'hypocrisie triomphe. Sur le papier, les Vingt-Sept sont d'accord. La stabilité de l'Afrique dépend très largement de l'extinction du foyer djihadiste qui se propage au Sahel, disent les Européens ; il en va aussi de la sécurité de l'Europe, si proche et si vulnérable, au terrorisme islamiste, ajoutent-ils.

    Désunion pathologique

    Mais ce ne sont que des mots. Quand il faut agir ensemble, il n'y a plus personne ou presque. Certes, Paris a eu le tort, au départ, de lancer ses troupes sans consultation avec ses partenaires. Mais il eût fallu ensuite une vraie solidarité européenne, l'affichage d'un intérêt commun, défendu ensemble – en somme, un partage du fardeau qui devra être porté à l'avenir.
    Il eût fallu manifester une présence forte de l'Union dans cette partie du monde, sauf à laisser la Chine, les Etats-Unis ou d'autres devenir les partenaires privilégiés des Africains au XXIe siècle.
    Hélas, l'Europe n'affiche que désunion pathologique et pingrerie aveugle. Seuls cinq pays sur vingt-sept sont vraiment engagés dans la mission de formation de l'armée malienne. Au-delà des déclarations sentencieuses sur la nécessité d'un "plan de stabilisation politique et économique du Sahel", la réaction à peine voilée de la plupart des 27 aux événements du Mali tient en une phrase : "Que la France se débrouille !" Et tant pis pour la contradiction qu'il y a à soupçonner les Français de velléités postcoloniales et de les laisser en première ligne dans l'Afrique francophone...
    L'Europe fuit l'Histoire. Elle le paiera, un jour.

    Le héros de Sarkozy ? Sarkozy !

    Que Nicolas Sarkozy, en interdisant par le terrorisme intellectuel d’établir un bilan du sarkozysme, affaiblisse la droite républicaine, voilà qui ne fait aucun doute. Reconstruire un projet politique, faire émerger dans l’opinion un présidentiable crédible (y compris... Nicolas Sarkozy lui-même), ça exige un minimum d’analyse, de sens critique, de retour en arrière, d’examen de l’histoire telle qu’elle s’est construite entre 2007 et 2012. 

      
    À l’instant précis de sa défaite, l’ex-président de la République a interdit, avec l’aide de Jean-François Copé, toute tentative d’introspection, de réflexion, de mise en perspective de son quinquennat. Quiconque s’y osait était aussitôt qualifié de « traître ». Mais traître à qui ? À un perdant ? Mais traître à quoi ? À une ligne droito-droitière insufflée par Patrick Buisson et en rupture radicale avec ce qui reste à droite de l’héritage gaulliste ? Nicolas Sarkozy est trop fin stratège pour ne pas savoir que l’ensemble des prétendants à la direction de la droite (Fillon, Copé, Bertrand, NKM, Le Maire, Baroin et, à coup sûr, j’en oublie) n’a d’autre choix, s’ils entendent un jour s’imposer, que d’exercer un droit d’inventaire. Il le sait et il résiste. Sarkozy résiste parce qu’il ne supporte le moindre doute à son égard. Défaite ou pas, son ego est toujours aussi démesuré. 
      
    C’est d’ailleurs le principal enseignement que l’on tire du passionnant article d’Yves de Kerdrel dans la dernière livraison du magazine Valeurs Actuelles. Sous le titre « dans la tête de Nicolas Sarkozy », le directeur du très droitier hebdomadaire a réussi l’exploit journalistique de faire parler l’ex-chef de l’État — qui s’y était refusé depuis le soir du second tour de l’élection présidentielle. La presse, les télés, les radios et les principaux sites d’information ont abondamment — et c’est fort légitime — commenté ces quelques confidences consenties à mon confrère Kerdrel. En particulier celle-ci : si Nicolas Sarkozy déteste désormais le milieu politique et ne veut plus en faire partie d’aucune façon, il consentira à se représenter, à faire dont en quelque sorte de sa personne à la France, si jamais il entend monte l’appel d’un peuple désespéré de l’incurie d’un personnel politique auquel lui, désormais, n’appartient plus. Le recours Sarkozy. Peut-être... À voir, observer et commenter. 
      
    Qu’on m’autorise toutefois une remarque : si Nicolas Sarkozy préfère désormais à la fréquentation des députés et des militants celle des banquiers de New York et de Singapour qui quémandent sa vision du monde et de l’avenir — puisqu’il le raconte dans Valeurs Actuelles, partons du principe que ça doit être vrai ! —, il est un point sur lequel il n’a pas évolue — et la lecture de Valeurs Actuelles le confirme : l’égotisme.   Si nous en doutions, ce n’est plus le cas : la victoire de Francois Hollande n’a rien changé à l’affaire, Nicolas Sarkozy aime toujours autant Sarkozy Nicolas. Il en fait volontiers une sorte de héros des temps modernes. Au moins le lecteur a-t-il l’occasion de se marrer ! 
      
    L’Allemagne, la traçabilité du bifteck et des... enfants, la gestation pour autrui (« bientôt, ils vont se mettre a quatre pour avoir un enfant » — la vulgarité de l’expression, mais passons, c’est aussi une signature Sarkozy), la responsabilité en économie, le conseil aux Académiciens Français (élire le peintre Pierre Soulages et le philosophe Alain Finkielkraut, pourquoi pas d’ailleurs, deux bonnes idées), l’hypothèse d’une double flambée de l’extrême droite et de l’extrême gauche — qu’il serait évidemment le seul a pouvoir entraver... Le seul, le grand, l’unique qui a réponse à tout, qui sache tout, qui puisse tout, c’est lui, Nicolas Sarkozy. 
      
    On a envie de sourire. Que l’ex-président, au moins, nous l’autorise. 

    François II : « Guimauve le Conquérant… »

    « Guimauve le Conquérant… », voilà un de ces sobriquets assassins qui colle encore à François Hollande aussi décidé offensif et tranchant à l’extérieur qu’il paraît louvoyant, attentiste et émoussé à l’intérieur. Il pouvait croire s’en être débarrassé de ce méchant surnom comme de quelques autres tels « Flamby » ou « la fraise Flagada » qui se retournèrent d’ailleurs contre leurs inventeurs fabiusiens puis leurs propagateurs sarkozystes. Car le candidat à l’élection présidentielle socialiste révélait derrière un flou et des rondeurs d’apparence sucrées une résistance plus consistante encore que le carambar même s’il en affectionnait les blagounettes. Sa dureté « contondante » put même surprendre Nicolas Sarkozy, si sûr de sa supériorité qu’il décrivît volontiers son adversaire en sucre candide qui « allait se dissoudre dans l’épreuve comme dans l’eau ». Or l’on a constaté qu’il n’avait pas fondu sous les tourmentes et les averses dont il fut quasi constamment arrosé, et même flagellé pendant et après son élection. Pourtant, après 11 mois de pouvoir, re-voilà ce « sot-briquet » de « Guimauve le Conquérant »… 
    Il faut reconnaître que le contraste est saisissant entre le chef de guerre impérieux au Mali, et l’incertain président d’une France ballotée par les vents contraires jusqu’à menacer de dériver vers les récifs. Autant il paraît déterminé, offensif dans ces affaires qu’on lui disait pourtant si étrangères, autant il semble pusillanime, dominé par les événements et par son voisin allemand. La presse étrangère elle-même s’en étonne, tel Newsweek qui commence par célébrer ce chef de l’État français, ce qui est nouveau,

    et change agréablement du « french bashing ». Plus question de débiner « le singe capitulard du temps de la guerre en Irak », les Américains qui ne veulent et ne peuvent jouer seuls les gendarmes du monde, louent « le retour de la puissance française » au rôle décisif dans la bataille contre les islamistes. La rapidité d’arbitrage de François Hollande qu’ils avaient tendance à prendre pour « une french frie », sa capacité d’action, et de projection sur le terrain militaire ont bluffé les « yankees » qui sont même allés jusqu’à lui décerner des félicitations qu’ils réservaient d’ordinaire à leurs alliés anglais. God save the french King ! 

    Reconnaissons qu’en France même le chef d’État – chef des Armées, qui n’a pas du tout le style jugulaire et n’a jamais manifesté de passion pour la geste militaire, en a surpris plus d’un pour son commandement ferme et son entente avec les galonnés. L’homme qui n’avait pris une décision exécutive forte de sa vie a, en une seule décision, surpris son monde et le Monde. Ce qui rend son indécision sur le plan européen et franco-français d’autant plus saisissante… 

    Newsweek encore tout en louant « la superpuissance musclée et volontaire, la seule en Europe capable de lutter contre les djihadistes » s’étonne à juste titre du « manque de virilité politique criant de François Hollande chaque fois qu’on le voit au côté de Angela Merkel ». L’opposition est accablante aussitôt qu’il s’agit de sujets économiques en tout cas. Car l’on a vu qu’avec le choix d’en finir avec l’embargo sur les armes pour les rebelles syriens, le Président français n’a pas attendu la chancelière allemande et mène avec le concours des Anglais une action diplomatique qui ne s’embarrasse pas des réticences d’outre-Rhin. Mais pour le budget européen, comme on l’a constaté hélas, il n’a pas même fait mine de protester pour la forme contre sa révision à la baisse et les restrictions imposées pour les aides alimentaires aux plus pauvres. La France qui guerroie seule au Sahel, « merdoie », pardon pour la grossièreté, à Bruxelles… 

    On dira que Hollande en l’occurrence tient compte des rapports de force et qu’il ne prétend pas les créer. Ce n’est pas un guide ni un prophète inspiré. Plutôt un prudent avisé…. La France est isolée, nous explique-t-on, et risquerait de s’isoler encore davantage si elle se lançait dans une croisade vaine contre la toute-puissance économique germanique. Nos arrières budgétaires ne sont pas suffisamment assurés. Et le pansement malien devrait nous faire supporter la blessure narcissique européenne. Sauf que l’esprit français ne fonctionne pas en courant alternatif. On ne peut pas être Cyrano ou Fanfan la Tulipe à mi-temps. Le panache n’est pas un accessoire qui peut se convertir en plumeau pour épousseter la puissance teutonne. C’est un état d’âme et d’action. À ne pas le convoquer, à ne pas mobiliser ce qu’il y a de meilleur dans un pays qui peut s’abandonner aussi au mol endormissement de la déprime, on remportera peut-être quelques victoires au lointain, mais on peut tout craindre au plus proche. Le Conquérant ne le sera pas longtemps si « Pépère » continue de siester à l’Élysée… 

    "A Paris, la droite gagnera grâce aux quadras"


    Vincent Roger (UMP), conseiller de Paris et conseiller régional, proche de François Fillon, est candidat dans le 4e arrondissement et soutient NKM.
    Vous annoncez votre candidature dans le 4e. Quelles sont vos chances face au socialiste sortant, Christophe Girard?
    Ce sera un match très serré. Car la gauche est divisée dans cet arrondissement entre les partisans de l'ancienne édile [Dominique Bertinotti, ministre chargée de la Famille] et ceux du nouveau maire, Christophe Girard. Mais j'invite ce dernier à arrêter le double langage notamment sur l'avenir de l'Hôtel-Dieu. Il ne peut, le matin, signer des tribunes avec les médecins pour le maintien des urgences, et le soir, soutenir l'adjoint au maire de Paris en charge du dossier qui, lui, souhaite fermer les urgences. Je le convie aussi à assumer le fait qu'il est élu depuis douze ans dans l'arrondissement. Je suis convaincu que cet arrondissement peut basculer.
    François Fillon figurera-t-il sur une liste?
    Non. Il m'a confirmé de manière très claire qu'il ne sera pas candidat dans un arrondissement. Il sera à la disposition des candidats pour venir les soutenir dans leur campagne.
    À droite, NKM est plus que favorite. Quel est l'intérêt de dépenser 200.000 euros ou 300.000 euros pour une primaire dont on connaît le résultat?
    Je me refuse à cette logique. Rien n'est acquis tant qu'il n'y aura pas eu de vote. Nathalie y est très attachée, car elle souhaite que les Parisiens s'expriment. Une primaire numérique, c'est aussi une idée innovante, à l'image des révolutions qu'on veut mener à Paris. Il y a plusieurs Bastille à prendre : permettre aux classes moyennes de rester à Paris, ne pas confondre écologie et idéologie, dépasser les clivages, faire exploser les vieux clans et rassembler toute la droite derrière NKM… Enfin, cette élection, c'est surtout la révolution des quadras. La droite gagnera Paris grâce à eux. Imaginez Paris en 2014 avec pour maire une femme de 40 ans… Du jamais-vu!