samedi 26 novembre 2011
La journaliste française agressée en Egypte va porter plainte
Caroline Sinz, la journaliste de la chaîne de télévision France 3 frappée et agressée sexuellement jeudi par des hommes en civil en marge de manifestations au Caire, est rentrée à Paris samedi 26 novembre et va porter plainte.
Selon son mari, lui-même journaliste à France 3, Caroline Sinz devait se rendre dans l'après-midi à l'institut médico-légal de Paris pour des examens, avant de déposer plainte pour les violences dont elle a été victime en Egypte. A sa descente de l'avion, la journaliste a reçu un appel téléphonique du président français Nicolas Sarkozy qui s'est entretenu avec elle "assez longuement", a indiqué à l'AFP son époux. L'Elysée a confirmé cet entretien téléphonique entre Mme Sinz et M. Sarkozy, sans donner davantage de détails.
FAITS DE VIOL
Avant son retour, Caroline Sinz avait expliqué à l'AFP que son cameraman, Salah Agrabi, et elle-même avaient commencé à être pris à partie jeudi dans une rue menant de la place Tahrir au ministère de l'intérieur, où ont eu lieu des heurts violents entre manifestants et forces de l'ordre. "Nous étions en train de filmer dans la rue Mohamed Mahmoud quand nous avons été assaillis par des jeunes de quatorze ou quinze ans", a-t-elle raconté, en faisant état "d'attouchements".
La journaliste et son cameraman ont ensuite été entraînés "manu militari" par un groupe d'hommes vers la place Tahrir et se sont retrouvés séparés. "Nous avons alors été agressés par une foule d'hommes. J'ai été tabassée par une meute de jeunes et d'adultes qui ont arraché mes vêtements" et qui ont procédé à des attouchements répondant "à la définition du viol", avait-elle poursuivi. Après trois-quarts d'heure, elle avait finalement été secourue par des Egyptiens présents sur les lieux.
Cette agression, et celles de deux autres femmes journalistes en Egypte, a été vivement condamnée par le gouvernement français, les médias et des associations de défense de la presse.
Le nouvel impôt sème la zizanie en Grèce
Malgré les mises en place successives d’un impôt de solidarité, de taxes sur le tabac et les alcools, et de l’augmentation généralisée de la TVA à 23%, les caisses de l’Etat ne se remplissent toujours pas. Une idée a donc germé au Ministère des finances.
Les Grecs étant propriétaires à 70% de leur logement, pourquoi ne pas instaurer une taxe spéciale sur les biens immobiliers? Oui, mais comment? Dans un pays sans cadastre (l’Union européenne avait donné d’énormes subventions il y a une quinzaine d’années pour en faire un, mais l’argent est parti en fumée), la seule solution trouvée a été d’inscrire cet impôt sur la facture d’électricité. Et de menacer de couper le courant à quiconque ne payerait pas dans les temps.
Cette loi, bricolée dans l’urgence, instituait pour tous une charge de 4 euros par mètre carré, taxant même les préfabriqués des sinistrés des incendies de l’été 2007… Les Grecs l’ont surnommé «charatsi, du nom de l’impôt ottoman sur la population chrétienne. C’est dire son impopularité. De nombreux Grecs en difficulté se sont ainsi retrouvés dans l’impossibilité de s’acquitter du montant. Face à cette situation, le maire de Nea Ionia, dans la banlieue d’Athènes, a décidé de s’opposer en organisant la défense de ses administrés qui paient leur facture sans la taxe.
Ce mouvement de désobéissance civile a fait tache d’huile et a été suivi par de nombreuses mairies. L’opposition s’est aussi organisée au sein du syndicat des électriciens, qui estime que leur rôle doit se limiter à la fourniture de courant. Depuis dimanche dernier, ils occupaient le centre informatique de la compagnie d’électricité. Jeudi matin, ils ont été délogés par les CRS. En riposte, une grève de 48 heures a été déclarée. Le gouvernement a donc dû fait marche arrière.
Provisoirement, le délai de paiement a été porté à 80 jours et certaines personnes seront exemptées. En attendant, cette loi, déjà désavouée par le commissaire européen à l’énergie, pourrait être déclarée anticonstitutionnelle par le Conseil d’Etat.
Près de deux Français sur trois pour le retrait d'Eva Joly, selon un sondage
Rude semaine pour Eva Joly : sous le feu des critques après sa prise de distance avec l'accord entre le Parti socialiste et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), 61 % des Français souhaitent qu'elle se retire de la course à la présidentielle, selon un sondage BVA pour 20Minutes.fr, publié vendredi 25 novembre.
Chez les sympathisants de gauche, le chiffre est le même (61 %) et il atteint 71 % chez les sympathisants socialistes. Sans surprise, seuls ceux d'EELV souhaitent à 60% qu'elle se maintienne, 35 % chez l'ensemble des Français.Selon la même étude, près de deux Français sur trois (63 %) ne sont pas satisfaits de l'accord conclu entre le PS et EELV. Interrogés sur "le contenu de l'accord signé entre le Parti socialiste et les Verts", 34 % des sondés se déclarent "pas vraiment" et 29 % "pas du tout satisfaits". A l'opposé, ils sont 3 % à se dire "très satisfaits" et 22 % "plutôt satisfaits" de l'accord. 10 % ne se prononcent pas et 2 % n'en ont pas entendu parler.
L'accord rassemble 41 % de satisfaits chez les sympathisants de gauche. 49 % des sympathisants PS et seulement 36 % de ceux des Verts se déclarent satisfaits.
Pour 42 % des personnes interrogées, "les Verts ont plus cédé au Parti socialiste que l'inverse" pour parvenir à cet accord. 25 % pensent le contraire et 29 % estiment que Verts et PS "ont cédé autant l'un que l'autre".
Enfin, si 37 % d'entre elles approuvent les critiques d'Eva Joly contre François Hollande et l'accord PS-EELV, 59 % les désapprouvent et 4 % ne se prononcent pas.
Le sondage a été réalisé en ligne les 24 et 25 novembre auprès de 1 405 personnes de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.
(1) Bernard Pignerol, Droit et complexité, Presses universitaires de Rennes, 2007.
François Bayrou candidat à la présidentielle, c’est devenu un pléonasme au XXI e siècle. Au nom du centre, cet endroit de la politique où, selon Mitterrand, se gagne l’élection présidentielle sauf quand on s’affiche… centriste. Bayrou veut croire que les logiques politiques ont changé après trente ans de dette et cinq ans de sarkozysme. Après tout, la crise de l’euro, il l’avait écrite et décrite avant tout le monde dans son livre, sans doute parce que la construction de l’Europe est dans l’ADN de ce centriste génétique et entêté. Il se lance au plus fort de la tourmente européenne, au moment où les écologistes s’enlisent, où Hollande patine, avant que son rival du centre, Hervé Morin, ne trépigne tout seul au pied du pont de Normandie. Le Béarnais chevauche en général sans troupes avec son panache orange, digne héritier d’Henri IV. Le moment est bien choisi, le créneau n’est pas occupé, la mode est à « une majorité d’union nationale » qu’il veut incarner. Mais cela ne fait pas un programme audacieux et lisible pour les Français qui aiment y voir clair et distinguer droite et gauche. Bayrou doit encore prouver qu’il reste de la place entre les deux.
Zone euro : les marchés s'attaquent à l'Allemagne
Si même l'Allemagne n'est plus épargnée par les marchés, il y a de quoi s'inquiéter pour l'avenir de la zone euro. C'est en tout cas ce qui ressort des commentaires d'économistes après l'adjudication ratée de titres de dette allemands mercredi : pas moins de 40 % des titres mis sur le marché par le gouvernement allemand n'ont en effet pas trouvé preneur.
Cette opération ne peut être considérée comme un échec. Le rendement du Bund allemand (emprunt d'Etat) se situe en effet autour deautour de 2,15 % vendredi, en hausse de 0,25 points sur une semaine. Il reste ainsi inférieur au niveau de l'inflation dans la zone euro (autour de 3 % sur l'année). Mais cette opération décevante marque un tournant dans la perception du risque par les investisseurs.
LES MARCHÉS FONT PRESSION SUR BERLIN
Après avoir fui la périphérie, les investisseurs désertent désormais le cœur de l'Europe, et cette absence est de très mauvais augure pour l'avenir de la zone euro. Si les rendements faibles offerts par l'Allemagne finissent par rebuter même les investisseurs à la recherche d'une valeur refuge inébranlable, c'est surtout la position inflexible du pays sur le rôle de la BCE qui inquiète.
Le gouvernement d'Angela Merkel s'est montré prêt à envisager une modification des traités européens afin de permettre la mise en œuvre de mesures en faveur d'une meilleure surveillance des politiques budgétaires. Mais Berlin n'envisage toujours pas d'élargissement du rôle de la BCE. Et encore moins que celle-ci puisse se doter du statut de prêteur en dernier ressort, qui lui permettrait de garantir qu'aucun pays de la zone euro ne fera défaut.
>> Lire "Réformer la BCE, seule solution pour répondre à la crise ?"
Nombreux sont donc les observateurs à estimer qu'une sanction de l'Allemagne par les marchés est la seule façon de la voir infléchir sa position sur la BCE. D'autant plus que les autorités de l'UE commencent à manquer de munitions : l'attractivité du FESF (Fonds européen de stabilité financière), qui s'est substitué à la BCE pour garantir les dettes souveraines, pâtit de la hausse des taux, et surtout, sa force de frappe – 440 milliards d'euros à l'heure actuelle – est bien trop faible pour contenir la contagion de la crise.
Une révision du mandat de la BCE, considérée comme l'ultime recours susceptible de sauver la zone euro, n'est pourtant pas envisagée comme la panacée par nombre d'économistes. Ainsi, Sony Kapoor, professeur à la London School of Economics, écrivait cette semaine sur son blog qu'une telle mesure conduirait la zone euro dans une situation comparable à celle du Royaume-Uni. La Banque d'Angleterre y a pratiqué plusieurs politiques d'assouplissement monétaire massif, ce que la BCE ne peut pas faire : "certes le Royaume-Uni bénéficie de taux à leur plus bas (...) mais l'économie anglaise se porte-t-elle bien pour autant ? Est-ce qu'elle croît ? La réponse, dans les deux cas, est non.", explique Sony Kapoor
Pour Peter Tchir, économiste chez TF Market Advisors, qui livre son analyse dans les colonnes de l'influent blog économique américain Zero Hedge, "[les] 440 milliards d'euros [du FESF] ne règleront rien, mais cela peut au moins permettre de stabiliser les marchés pendant 3 à 6 mois", le temps de mettre en place des solutions. L'une d'entre elles, suggère Peter Tchir, serait d'essayer de faire jouer un rôle à la Chine et à d'autres économies émergentes en quête d'investissement, en leur proposant l'achat de titres émis par le FESF.
Le directeur général du Fonds, Klaus Regling, devrait d'ailleurs présenter en début de semaine prochaine aux ministres des finances de la zone euro les modalités d'extension de la capacité du fonds, après d'intenses consultations ces dernières semaines avec les investisseurs internationaux. Le FESF réformé ne sera toutefois pas en mesure d'agir avant fin décembre au moins, ont indiqué vendredi des sources proches du dossier à l'agence Reuters.
LA ZONE EURO TOUTE ENTIÈRE PRISE POUR CIBLE
Stéphane Deo, économiste chez UBS Investment Research, écrivait jeudi dans une note de recherche que les marchés, après s'en être pris aux économies les plus fragiles, étaient en train "d'évaluer le prix d'un éventuel effondrement de l'euro". Cette éventualité n'est plus du tout exclue. Au cœur des inquiétudes : le risque de crise de liquidité d'abord, le risque de défaut ensuite, qui persistera tant que la BCE n'acceptera pas de prendre la responsabilité de garantir qu'aucun pays de l'eurozone ne fera défaut.
Petit à petit, des lignes de partage se dessinent entre les pays de l'UE. Les taux auxquels le Royaume-Uni emprunte sont désormais identiques à ceux de l'Allemagne, ce qui en fait un concurrent sérieux, et ce pour la simple raison que le pays bénéficie d'une banque centrale qui n'hésitera pas à assumer le rôle de prêteur en dernier ressort en cas de besoin. Ce repli fait également les bonnes affaires du Trésor américain, dont les bons, malgré un rendement à peine plus élevé que le Bund, font toujours le bonheur des investisseurs prudents.
Malgré son niveau – il vaut toujours plus de 1,32 dollar –, l'euro semble ne plus remplir un de ses principaux rôles, celui de faciliter le financement de l'économie par le biais de l'endettement des Etats. Il le faisait en nivelant le "spread" (l'écart) entre les taux des dettes souveraines émises par des pays aux situations économiques très différentes. Puisque les investisseurs considéraient qu'un euro grec avait la même valeur qu'un euro allemand, les deux pays empruntaient au même taux sur les marchés (autour de 4 % en 2007). C'est loin d'être le cas aujourd'hui.
>> Voir l'infographie : "L'autre notation des marchés : le 'spread' franco-allemand'"
LES EUROBONDS TOUJOURS SUR LA TABLE DES NÉGOCIATIONS
Si l'Allemagne se met à emprunter à des taux qui s'approchent peu à peu des taux français, elle perd donc un avantage considérable par rapport aux autres membres de la zone euro. C'est ce qui pourrait la convaincre de se ranger du côté des partisans des eurobonds, ces obligations communes à toute la zone euro. Celles-ci ont l'avantage de présenter un taux unique et permettent à tous les pays de l'eurozone d'emprunter au même coût. Ces Etats bénéficieraient ainsi, par effet de bord, des garanties apportées par le triple A de l'Allemagne et de la France.
La question est désormais de savoir combien de temps encore la France conservera ce triple A. Plus que jamais, le temps presse.
L’Europe, notre affaire de famille
Jamais nous n’avons été aussi près d’une politique intérieure européenne. Les nouveaux dirigeants en Espagne, en Italie et en Grèce joueront un rôle beaucoup plus important pour l’Allemagne que la nouvelle Grande coalition à Berlin.
Cette soudaine proximité n’est pas sans danger ainsi qu’en témoignent le maladroit baratin cocardier de Volker Kauder sur la prédominance de l’Allemagne ou l’agressivité des réactions de Londres. Tout le monde sent que l’Europe arrive à un tournant décisif. C’est le moment de s’interroger sur le sens de la chose.
Pour cela, il convient de prendre de la distance, disons quelques milliers de kilomètres. La scène se passe dans un café de Lahore, au Pakistan. Après avoir écouté les questions de son visiteur allemand, le Pakistanais commence à interroger son hôte sur son pays.
Une nouvelle façon de vivre ensemble
Un sujet l’intéresse tout particulièrement. Les Allemands ne sont-ils pas des ingénieurs réputés ? Oui. Ne sont-ils donc pas capables de construire des armes ultra performantes ? Oui, peut-être. "Alors pourquoi est-ce que vous n’avez pas la bombe atomique ? Les Français et les Britanniques l’ont. Comment pouvez-vous accepter que d’autres l’aient et pas vous ?"Pour ce Pakistanais, le fait que l’Allemagne ne se préoccupe même pas de se doter de l’arme nucléaire est une aberration. Pour lui, le voisin qui possède le feu nucléaire est l’ennemi héréditaire, l’Inde.
Pour nous, c’est la France et nous nous fichons bien de son arsenal nucléaire. Nous ne nous préoccupons pas des armes de la France mais de sa notation et ce qui nous inquiète n’est pas de la voir monter mais descendre. Ce raisonnement va à l’encontre de plusieurs siècles d’histoire. Pour 90% de l’humanité, un tel environnement politique relève de l’inimaginable.
Dans la politique post-héroïque, pauvre en hormones, dévelopées par les Européens ces dernières décennies est bien plus que la simple conséquence d’un passé guerrier.
Il s’agit d’une nouvelle façon de vivre ensemble, de relier les peuples et les Etats. La crise précipite aujourd’hui cette expérimentation sur un nouveau terrain : l’économie et la finance. Pour décrire cette forme de vie commune, il existe une image très sage, sentimentale et Helmutkohlesque mais parfaitement adaptée : l’Europe est une famille.
Par famille, on entend la formation de liens naturels de solidarité qui ne sauraient être abrogés par la force, même en cas de faute. Autrement dit, aucune erreur de gestion ne peut faire de la Grèce une étrangère.
Un mélange de bienveillance et de brutalité
Toutefois, toute famille a sa propre façon d’exercer des pressions morales sur les moutons noirs ou quelques cousins alcooliques pour les forcer à suivre une cure de désintoxication. Il n’est pas non plus agréable d’être dépendant des parents, cela peut même être encore plus désagréable qu’être dépendant de sa banque.Le mélange si caractéristique de bienveillance et de brutalité avec lequel Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont traité les chefs d’Etats endettés lors du sommet de Cannes, avait tout de la manière dont certains parents punissent leurs enfants “pour leur bien”. Et aucun enfant n’aime ça.
Le modèle familial ajoute également un autre élément que l’on pourrait appeler la fin de la diplomatie. Une famille constitue en effet un espace relativement informel : on ne s’embarrasse guère de politesses.
Or, force est de constater que les échanges entre pays européens sont de plus en plus directs. Aussi fâcheuses soient-elles, les diverses sorties sur ces fainéants du Sud, ces égoïstes de Britanniques ou ces mégalos d’Allemands sont autant de signes d’une intimité croissante.
Une inépuisable source d'envie
Depuis longtemps, les uns se mêlent des affaires des autres en gardant la main sur les cordons de la bourse ou un pied sur la pédale de frein. Cela peut potentiellement gravement endommager les relations entre membres. Il ne s’agit toutefois pas d’un retour des vieux démons de la guerre mondiale ou d’avant mais bien des grincements, ajustements et accidents d’un projet expérimental.Le succès de cette philosophie politique n’est aucunement assuré. Au contraire, le projet européen doit affronter des oppositions plus fortes que jamais. L’Europe est un objet politique inédit, une exception historique.
Vu de Lahore, sur un continent divisé, submergé par les armes, où les hommes sont encore des hommes et les bombes sont encore des bombes, l’Europe est une inépuisable source d’étonnement. D’envie aussi.
vendredi 25 novembre 2011
Un "écroulement" de l'Italie entraînerait "la fin de l'euro"
Selon le gouvernement italien, le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont "réaffirmé (jeudi) leur soutien à l'Italie, se disant conscients qu'un écroulement de l'Italie amènerait inévitablement à la fin de l'euro, provoquant un arrêt du processus d'intégration européenne aux conséquences imprévisibles".
M. Sarkozy et Mme Merkel ont par ailleurs exprimé leur "confiance" en M. Monti et leur "conviction de l'engagement" de l'Italie "dans l'effort commun destiné à trouver des solutions à la grave crise financière et économique de la zone euro", a ajouté le gouvernement italien.Pour cela, Paris et Berlin ont annoncé qu'ils allaient faire des propositions communes de modification des traités européens, qui seront dévoilées par Nicolas Sarkozy, le 9 décembre. Par contre, le mini-sommet n'a toujours rien décidé concernant le rôle de la Banque centrale européenne (BCE).
>> Lire le chat avec le journaliste du Monde, Philippe Ricard : "Les divergences entre Paris et Berlin restent profondes"
De son côté, M. Monti a confirmé l'objectif de l'Italie d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2013, comme il l'a indiqué jeudi à la presse, et a assuré que Rome adopterait "rapidement" des mesures pour relancer une croissance en panne.
Le gouvernement italien indique par ailleurs que le conseil des ministres a déjà "entamé la discussion pour identifier le parcours à entreprendre, le plus rapidement possible, en vue de définir l'enveloppe de mesures à adopter". L'Italie a payé cher, vendredi, l'enlisement de la crise dans la zone euro avec des taux d'emprunt qui ont bondi à des niveaux record lors d'une émission de dette.
La crise de la dette se retourne contre l'euro-mark
Le mercredi 23 novembre marquera peut-être un tournant dans la crise de la dette publique. Ce jour-là en effet, pour la première fois depuis très longtemps, l'Allemagne n'a pas réussi à placer sur les marchés ses obligations d'état à un taux jugé trop faible par les investisseurs. Explications.
Voilà des mois que les hommes politique, les experts, les économistes, les journalistes, et, bien entendu, les banquiers, nous le répètent : si la crise s'est installée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en Italie, et maintenant en France, ni les banques ni les agences de notation n'y sont pour rien. Et d'ailleurs, ajoutent-ils fréquemment : si votre enfant a de la fièvre, jeter le thermomètre à la poubelle ne sert à rien. Au contraire, le thermomètre rend service, il vous informe de ce que la santé de votre enfant - ou de votre économie - n'est pas bonne.
Conclusion : regardez la fourmi allemande ! Elle ne jette pas l'argent par les fenêtres, elle a resserré la dépense publique, les salaires, et cet effort est récompensé par le divin marché : pour rembourser sa dette publique, l'Allemagne emprunte à des taux incroyables, moins de 2% ! La cigale française, elle - bouh qu'elle est vilaine ! - emprunte à des taux de plus en plus élevés, presque le double de ceux que l'on consent à la fourmi !
Oui mais il faut se méfier des gens qui nous parlent comme à des enfants en nous racontant des fables à dormir debout. Il faut se méfier du sens commun. Le simple bon sens, lui, commanderait plutôt de se poser des questions : pourquoi des économies et donc des modèles aussi différents que l'Irlande, la Grèce et l'Espagne sont-ils touchés par ce même problème de dette publique ? Et pourquoi des pays qui sont tout aussi endettés que les états malades de l'Europe peuvent-ils continuer à emprunter à des taux beaucoup plus bas alors que leur endettement est comparable ou même supérieur (cas du Japon ou des Etats-unis) ? Et pourquoi, finalement, les états sont-ils contraints d'emprunter à des taux de 4, 5, 6 ou même 10% quand les banques de ces mêmes états empruntent, elles, à moins de 2% ?
Les marchés, comme on persiste à dire dans les médias pour ne pas expliquer ce qui se passe vraiment, les marchés, donc, nous ont donné hier une bonne leçon. La fourmi allemande a peiné à trouver des emprunteurs pour la dette allemande. Six milliards pour dix ans étaient donc proposés aux investisseurs au taux de 1,8%, faiblissime donc (surtout avec une inflation qui avoisine 2%), où elle était proposée. L'Allemagne a dû se contenter de vendre 3,6 milliards d'obligations, à un taux de 1,96%, le solde étant souscrit par la Bundesbank, la Banque centrale allemande.
La prospérité est comme le socialisme : elle a du mal à n'exister que dans un seul pays. Et celle de l'Allemagne ne saurait échapper à la récession qui frappe tout le continent. Pour deux raisons.
La deuxième raison est que le ressort de la croissance allemande reposant sur les exportations, les économies de dépenses publiques qu'elle exige à corps et à cri de ses partenaires de l'Union européenne finissent par se retourner contre elle. On le voit bien avec la baisse de croissance prévue en Allemagne en 2011, 0,5 à 1%. D'ici à ce qu'on paye ces fainéants de Français et d'Italiens pour qu'ils achètent les produits teutons, il n'y a qu'un pas que nous nous garderons de franchir : pas question de devenir « germanophobe », comme Le Monde le titre aujourd'hui...
En attendant, et parce qu'un bon schéma vaut mieux qu'un long discours, nous pouvons lire et faire lire ce petit diaporama la dette pour les nuls, imaginé par Gizmo sur le site Stupidityz. On peut émettre certaines réserves sur l'idée de création monétaire - c'est du moins ce que nous a dit l'économiste Jacques Sapir - mais l'intéraction entre dette publique et dettes privées est bien expliquée :
Comment l'épisode du mercredi 23 novembre peut-il se traduire ? Pourra-t-il, enfin, provoquer un débat en Allemagne sur une stratégie économique fondée sur les exportations en Europe qui va forcément se retourner contre elle ? Ou au contraire renforcer les rangs de ceux qui, en Allemagne, militent pour un isolationnisme ? L'issue sera décsive pour les Allemands. mais aussi pour les autres Européens.
La chancelière de fer est trop rigide
Le bâton est le renforcement des contrôles et des pénalités contre les pécheurs de la dette. Avec un tel programme, on pouvait croire que le président de la commission, José Manuel Barroso, aurait pu marquer des points même auprès d’Angela Merkel.
C’est encore raté. Même si les euro-obligations ont été rebaptisées “obligations de stabilité” pour l’occasion, et même si la carotte ne devrait être accordée qu’une fois avalée l’amère pilule du plan de rigueur, Berlin ne fait toujours entendre qu’un non borné.
Angela Merkel avait d’abord trouvé “déplacé” de débattre des euro-obligations. C’est pourtant elle qui avait commandé une étude de faisabilité sur le sujet. La question revient à point nommé à présent que les marchés ne s’en prennent plus seulement aux Etats surendettés, mais à des pays comme l’Autriche ou les Pays-Bas. L’Allemagne a tout intérêt à protéger ses partenaires importants.
L'Allemagne de plus en plus isolée
Et pourtant, seule la règle et la discipline comptent aux yeux de Merkel. La chancelière de fer reste sourde aux arguments d’économistes toujours plus nombreux, pour lesquels la résolution de la crise passe par ces deux éléments : les obligations européennes et un soutien de la BCE par l’achat de la dette.Ce faisant, Angela Merkel ne s’expose pas seulement à de nouvelles discussions animées avec Barroso, qui déplore depuis longtemps l’indécision de l’Allemagne face à la crise. L’Allemagne risque également de se retrouver de plus en plus isolée. Merkel ne peut déjà plus compter que sur une poignée de soutiens à Paris, La Haye et Helsinki.
Le président français a déjà pris ses distances sur la question de la BCE, et l’Allemagne prête désormais le flanc aux attaques : son budget pour l’année 2012 est loin de correspondre à la sévère politique prêchée par la chancelière. Pour la première fois ce mercredi, les marchés ont commencé à exprimer des doutes sur la note de l’Allemagne et ne se sont pas précipités sur ses obligations d’habitude si prisés.
De plus, de nombreux signes indiquent que la crise de la dette ne fait que s’aggraver. Si la zone euro finit par vaciller et qu’Angela Merkel bloque toutes les tentatives de sauvetage, beaucoup diront que Berlin est coupable, et ils auront raison.
Marchés financiers
Premier échec pour Berlin
"L'Allemagne remballe ses obligations", titre Die Welt au lendemain d'une décevante émission d'obligations allemandes sur les marchés financiers. Le quotidien explique que le pays est confronté à un problème que ses partenaires européens ne connaissent pas : les taux d'intérêts sur ses obligations sont inférieurs à 2 % (1,98 %), un rendement trop faible pour intéresser les investisseurs. Résultat, l'Allemagne n'a pu vendre qu’un bon tiers des ses obligations au prix qu'elle proposait. "Un désastre total", estiment certains analystes; pour d'autres, il s'agit là d'un épisode qui ne remet pas en cause la capacité de Berlin à se refinancer sur les marchés.Les euro-obligations nous sauveront !
Les événements se précipitent et conduisent presque irrémédiablement à la création d’une sorte de mutualisation de la dette des pays de la zone euro, seule mesure capable d’apaiser les tensions sur les marchés.
Les caractéristiques et les modalités de ces euro-obligations devront certes faire l’objet de discussions ultérieures, mais une chose est sûre : si l’UE ne consacre pas tous ses efforts à mettre en place les euro-obligations, il faudra repenser l’euro. Angela Merkel, pour l’instant ne veut pas en entendre parler. Hier, la chancelière allemande s’est montrée catégorique : "La Commission européenne ne doit pas se concentrer sur les euro-obligations, pour ne pas donner l’impression que le fardeau de la dette peut être partagé."
Personne ne sait ce qu'il se passera dans trois mois
D’un point de vue logique, elle a sans doute raison. Dans les conditions actuelles, mutualiser la dette reviendrait à récompenser les pays défaillants et sanctionner les plus méritants. Le problème, c’est de savoir si la zone euro peut encore résister longtemps dans ces conditions. Souvenons-nous qu’il y a à peine deux ans, la crise de la dette était circonscrite à la Grèce et qu’on attribuait ses problèmes à un gouvernement trop dépensier.Aujourd’hui, nous avons trois pays qui ont été sauvés de la faillite, deux autres sur le fil du rasoir, le reste a des difficultés avec sa dette et le noyau dur de la zone euro n’en mène pas large : la France a réalisé des coupes budgétaires pour maintenir son triple A et l’Allemagne peine à attirer les investisseurs avec des obligations à un taux d’intérêt inférieur à 2%. Devant une telle situation, personne ne peut prédire ce qui se passera dans trois mois.
Ce même 23 novembre, la Commission a présenté son projet d’émission d’euro-obligations. Avec habileté, elle a conditionné cette émission à davantage de contrôle de la part de Bruxelles sur les comptes des Etats membres en difficulté. Ainsi, son président José Manuel Barroso et le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn souhaitent que Bruxelles puisse réviser et valider les budgets des Etats avant que celui-ci ne soit approuvé par les Parlements nationaux.
Ils proposent également que la Commission puisse sanctionner les pays qui ne suivent pas ses recommandations. Cette initiative a pour but de resserrer l’étau sur les gouvernements défaillants, mais également de créer un climat favorable aux euro-obligations dans les pays au coeur de la zone euro et à la Banque centrale européenne, qui ne les voient pas non plus d’un bon œil.
Nous n'avons pas d'autre choix
Selon de nombreux commentateurs, l’UE ne dispose pas de temps suffisant pour permettre aux mesures déjà prises contre la crise de porter leurs fruits ni aux Etats membres de résoudre la crise de la dette. C’est pourquoi les pressions s’intensifient sur Angela Merkel. Espérons qu’elle ait entendu le message que les investisseurs lui ont fait passer le 23 novembre.La seule issue à cette crise est davantage d’intégration européenne et il faut donc exiger des dirigeants politiques qu’ils prennent des mesures concrètes en ce sens. Les investisseurs – et les citoyens – souhaitent une solution rapide. Le 9 décembre prochain, lors de la réunion du Conseil européen à Bruxelles, des décisions concrètes allant en ce sens devraient être approuvées. C’est une réunion fondamentale qui surprend l’Espagne entre deux gouvernements.
C’est pourquoi nous devons applaudir la décision du Premier ministre sortant José Luis Rodríguez Zapatero et de son successeur Mariano Rajoy de commencer à évoquer ensemble la position de l’Espagne. Nous n’avons pas d’autre choix que de miser sur les euro-obligations qui, c'est déjà ça, sont déjà inscrits à l’ordre du jour officiel de l’Union.
"Les Etats-Unis inspirent davantage confiance que l'Allemagne"
L'Allemagne semble avoir perdu son statut de valeur refuge. Elle subit à son tour la défiance des investisseurs. Pour s'endetter, elle doit désormais offrir un taux d'intérêt supérieur à celui des Etats-Unis.
" Les Etats-Unis inspirent désormais davantage confiance que l'Allemagne. Aujourd'hui, les Américains s'endettent à 1,88%, contre 2,21% pour les partenaires d'Outre-Rhin. Au début du mois, c'était l'inverse ". Les écarts de taux - spreads comme disent les hommes de l'art - ne sont pas encore très importants, mais la symbolique financière a son importance en période d'incertitude et d'agitation. Une autre mutation bien plus inquiétante se dessine : le " sell-off " selon ledit expert : " Depuis peu, les investisseurs passent vendeurs sur tous les titres libéllés en euros. Jusqu'alors, les cessions d'obligations émises par les banques italiennes, françaises et espagnoles s'accompagnaient d'achats équivalent en emprunt allemands. Cette fois, ils cèdent tout sans discernement ". Après le " fly to quality and Germany ", le back to USA ?
jeudi 24 novembre 2011
Sarkozy, le président qui change d'avis
La gauche déroule le tapis rouge à Sarkozy
Les cafouillages de l'opposition donnent de l'espoir à la majorité dans la course à la présidentielle.
"Nicolas Sarkozy ne peut pas gagner, mais la gauche peut perdre" : cette phrase, prononcée par Alain Minc il y a déjà quelques mois, illustre bien la situation actuelle.François Hollande, qui, à l'issue de la primaire socialiste, paraissait déjà élu président, a laissé retomber le soufflé avec fracas, dans la douleur et la confusion. En une séquence calamiteuse qui va du référendum grec où le champion rose a paru hésiter, jusqu'au gigantesque cafouillage de la négociation avec les écologistes, en passant par sa petite phrase maladroite sur la note de triple A que les marchés auraient déjà ôtée à la France, l'apparition en Corrèze quand Sarkozy plastronne avec Obama, la flèche de Mélenchon qui le traite de capitaine de "pédalo" et Eva Joly à qui il faut arracher l'engagement de voter pour lui au second tour, sans compter les interrogations sur la localisation du siège de campagne...
Comme entrée dans l'atmosphère post-primaire, ce n'est pas brillant. Tout n'est pas de la faute du candidat socialiste, mais il s'est montré incapable de donner une impression de maîtrise des évènements. Il semble ballotté, par les siens (au PS, tout le monde n'est pas au garde-à-vous), par ses alliés et, bien évidemment, par la droite. Elle aurait tort de se gêner. Pour l'instant ses attaques restent sans riposte. Tout y passe : l'incapacité de Hollande à mener le pays dans la tempête, vu ses piètres performances avec son propre camp ; son irresponsabilité en s'engageant à travailler avec des Verts qui veulent la ruine du pays ; sa quasi-traîtrise lorsqu'il joue contre son pays avec ses propos sur le triple A...
"Terra incognita"
La droite savoure, tout en sachant que tout cela peut n'être qu'une phase de rodage. François Hollande a du temps devant lui et des munitions à revendre. Pour l'instant, il joue low-profile pour ne pas s'user. Ses sondages, même en baisse, restent très flatteurs, et le rejet de Sarkozy très fort. Le président, qui a incontestablement redressé la barre ces dernières semaines, va se trouver confronté à une crise qui semble vouée à aller en empirant. Les Français auront-ils le réflexe de leurs voisins européens, qui ont tous choisi de sortir leurs sortants ? Ou feront-ils mentir la logique politique classique en renouvelant leur confiance à celui qui est à la tête d'un pays en faillite, comme dirait François Fillon ?Les politologues ne jurent de rien, même s'ils penchent pour la première branche de l'alternative. La crise va être telle que l'on entre, selon un grand banquier, dans une "terra incognita". Elle l'est tout autant pour les prédicteurs que pour les... candidats.
Crise de la dette : Paris et Berlin cherchent la parade
Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et l'Italien Mario Monti se retrouvent pour un minisommet à Strasbourg, sur fond de crise politique et institutionnelle de l'Europe.
Le sommet de Strasbourg, avec trois dirigeants qui «pèsent» à eux seuls 70% de l'euro, survient à un moment clé. Malgré les plans d'aide ou les changements de gouvernement dans les pays les plus fragiles -Espagne, Grèce, Portugal, Irlande et Italie-, le malaise européen persiste, preuve qu'il ne se résume pas à l'addition de problèmes nationaux. L'urgence n'est plus seulement de circonscrire le foyer grec, ou même de dresser un «pare-feu» pour stopper l'incendie aux abords de la Méditerranée. L'Europe fait maintenant face à une crise politique et institutionnelle et doit trouver un remède à la dimension de l'enjeu.
Le sommet tripartite n'a pas d'ordre du jour précis, mais chacun des trois dirigeants arrive à Strasbourg armé d'un plan de bataille européen. Pour la France, dont la note AAA est menacée à cinq mois de l'élection présidentielle, l'urgence est de stopper la contagion et de s'en donner les moyens. Le fonds européen de stabilité financière (FESF) peinant à se mettre en place, Paris plaide pour un recours -ou au moins la menace d'un recours- à des interventions massives de la Banque centrale européenne afin de casser la spéculation.
Opposition frontale, sans étincelles publiques
Nicolas Sarkozy ne s'est pas encore publiquement prononcé pour la mobilisation des ressources en principe illimitées de la BCE, transformée en prêteur de dernier ressort. Mais ses lieutenants l'ont fait pour lui. C'est la seule dissuasion crédible et «la meilleure réponse pour éviter la contagion à l'Espagne ou à l'Italie», assure le ministre des Finances, François Baroin.Avec Angela Merkel l'opposition s'annonce frontale, bien qu'une rencontre franco-allemande donne rarement lieu à des étincelles en public. Pour la chancelière, demander à la BCE de racheter des emprunts publics reviendrait à déshabiller Pierre pour rhabiller Paul: «au bout d'un moment, on se rendra compte que ce qui est dans le bilan de la BCE doit être recapitalisé et on se retournera encore vers les États», explique-t-elle.
Nul doute que Berlin attend pour dévoiler son jeu. L'Allemagne n'aurait rien à gagner d'une fracture de l'union monétaire et du marché unique dont elle a su tirer le meilleur profit. «Elle bougera dès qu'elle aura confiance dans la capacité des pays de l'euro à mieux gérer leurs comptes», murmure-t-on à Bruxelles. La coalition au pouvoir a fixé son prix: une discipline de fer à l'échelle de l'UE et une intégration politique plus poussée.
La tension à propos de la BCE pourrait investir Mario Monti du rôle de conciliateur. Deux fois commissaire européen, cet expert de la mécanique communautaire s'est défié du «directoire» franco-allemand lorsqu'il était à Bruxelles, jusqu'à ce qu'il rejoigne le Palazzo Chigi. L'Italien est aussi en pointe sur un dossier qui agace Nicolas Sarkozy et surtout Angela Merkel: le lancement d'euro-obligations afin de financer les déficits de la zone euro. En clair, une mutualisation du risque à l'échelle des Dix-Sept.
C'est précisément le projet que la Commission européenne a choisi de pousser à la veille du sommet de Strasbourg. Il s'accompagnerait d'un droit de regard quasi inquisitorial de Bruxelles dans les débats budgétaires nationaux. À défaut, «il sera difficile, sinon impossible de maintenir la monnaie commune», assure le président de la Commission, José Manuel Barroso.
Des colonels aux marchés…
Athènes, envoyé spécial. En 1973, Dimitris Papachristos avait vingt-trois ans. S’il y a un jour de sa vie qu’il n’est pas près d’oublier, c’est bien le 17 novembre de cette année-là. Trente-huit ans plus tard, il confie : « Sur la place Syntagma, les Indignés, les manifestants comprennent bien le continuum qui se joue aujourd’hui : ils reprennent notre slogan de l’époque : “pain, éducation, liberté” auquel ils ajoutent : “la dictature n’est pas tombée en 1973”. » « La junte n’est plus là, souligne Papachristos, mais nous avons une dictature économique qui a amené notre pays sous l’occupation de la troïka (BCE, Commission, FMI), des banquiers et des financiers. »
Constat amer du héros de la résistance aux colonels. Ces derniers s’étaient emparés du pouvoir en 1967, par un coup d’État, et ne devaient l’abandonner qu’en 1974, sous la pression populaire. Le 17 novembre 1973 fut une étape essentielle. Papachristos, avec d’autres étudiants, avec la part de la population qui résistait aux colonels, s’est battu pour libérer le pays.
« Je ne regrette pas d’avoir chanté l’hymne national à la radio ce jour-là. Ce fut comme une catharsis face à cette junte qui l’avait salie », souligne-t-il. Il était alors le responsable de la radio.
« Ici Polytechnique, la seule radio libre »
« La station a joué un rôle déterminant ; elle était la voix des insurgés, écoutée dans toute la Grèce, et au-delà des frontières. Les Grecs à l’étranger pouvaient savoir ce qui se passait, ici. » « Ici Polytechnique, la seule radio libre » : ce slogan d’alors trouve, aujourd’hui aussi, un écho. Car la plupart des médias sont aux mains de groupes financiers (armateurs, pétrole…) et ERT, la radiotélévision, est souvent critiquée pour relayer la « parole officielle ».
Papachristos se souvient : « Ils ont compris que la radio était une arme. Une arme, que le gouvernement se devait de détruire pour se maintenir. Il était 2 heures et demie du matin. Les chars étaient sur Patission (l’avenue qui longe Polytechnique) ; un hélicoptère volait au-dessus de nos têtes. Puis nous avons appris par téléphone que nous avions déjà eu des morts. J’étais dans cette situation difficile, fallait-il annoncer, ou pas, les morts? On craignait que les gens ne prennent peur. J’ai préféré l’annoncer. Ils ont éteint les lumières, par erreur. Je croyais que la soldatesque était entrée dans l’établissement. Alors j’ai chanté l’hymne national et j’ai terminé l’émission en disant : “La lutte continue, chacun avec ses armes.” Puis j’ai mis une chanson de Mikis Theodorakis, chanteur interdit. »
Papachristos continue de témoigner : « Tu ne peux pas imaginer ce que j’ai vu, même avec la plus grande imagination. Des garçons et des filles sur les barricades. Devant eux, des policiers qui attaquaient avec des matraques ; les soldats tenaient leur pistolet vers le bas, comme si leur sexe était tombé par terre. Nous les avions terrorisés ; les chars n’entraient pas. Ils ont dirigé leurs projecteurs vers nous, comme des rasoirs. Pendant une heure, nous avons vécu une guerre froide : nous faire peur pour que nous partions et que Polytechnique soit vidée. Pas un seul d’entre nous n’est parti. » S’ensuivent des scènes de lutte acharnée entre les étudiants et l’armée, des morts. Mais, « à ce moment-là, il n’y avait pas de peur ; nous l’avions dépassée. Il est des moments où même la mort ne compte pas. Pour nous, la liberté était plus importante que le pain. » Quelques mois plus tard, la dictature tombait.
De ces événements, l’ancien élu étudiant tire des leçons à méditer. Tout d’abord, « notre imagination a joué un grand rôle ». Ensuite, « l’utopie, quand tu y crois, peut devenir réalité ». Ou encore, « la révolution se fait tous les jours ». Enfin, il souhaite que « la gauche, qui porte une analyse juste sur la situation, sache convaincre le peuple qu’elle peut gouverner ». Une urgence car, dans le contexte de crise actuelle, ce qui se passe « est pire que la junte » car ils mettent à la tête des gouvernements « des technocrates sans visage ». « Ils organisent l’affrontement entre le Nord et le Sud », affirme-t-il.
Alors Papachristos lance un appel aux Indignés européens, au mouvement Occupy Wall Street, aux forces de gauche dans leur diversité à s’unir pour créer une nouvelle résistance à la technocratie sans visage, à la troïka, aux banquiers et aux financiers.
Commémoration sous tension
Ce 17 novembre 2011 pourrait avoir à Athènes une connotation particulière. Comme ce 28 octobre où le pouvoir, débordé par les manifestants, n’a pu organiser, comme prévu, les cérémonies officielles. À partir de 14 heures, à Polytechnique, auront lieu discours et prises de parole officiels. Mais ensuite des jeunes ont prévu de manifester. Et ils seront suivis par des cortèges de syndicalistes, politiques, citoyens. « Il faut faire de cette commémoration un nouvel épisode de la résistance à la troïka », explique Angelika, trente ans. Pour de nombreux Grecs, il faut se souvenir de 1973 pour mieux lutter en 2011.




















