dimanche 20 novembre 2011
Les bailleurs de fonds de la Grèce exigent des garanties écrites
Les bailleurs de fonds de la Grèce continuent d'exiger la garantie écrite des trois partis politiques de la coalition gouvernementale de transition de Lucas Papadémos qu'ils soutiennent le second plan de sauvetage européen du pays. Seuls les socialistes sont d'accord pour le faire.
M. Karatzaféris s'est entretenu dimanche avec les émissaires de la "troïka" composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI).
Faute de soutien écrit au second plan de sauvetage, l'UE et le FMI menacent de ne pas verser une tranche de 8 milliards d'euros d'aide prévue dans le premier prêt de 110 milliards consenti en mai 2010 à la Grèce. Sans cet argent, les caisses d'Athènes risquent d'être vides avant Noël.
Joly, les dessous d'un exil
Tel le général De Gaulle parti à Baden Baden en son temps, la candidate écologiste a quitté Paris quelques jours pour prendre du recul. Et mieux revenir.
Le matin, l'ancienne juge est l'invitée de la matinale de France Inter. Avant l'émission, son co-directeur de campagne Stéphane Sitbon la prévient par téléphone des dernières évolutions des négociations avec le PS: "Il y aura des accords sur les désaccords." A l'antenne, Joly fait le service après-vente et peut tranquillement prendre le train pour Strasbourg, où elle doit participer à une session du parlement européen.
Pendant la journée, notamment en raison d'une rencontre avec les élèves de Sciences-Po Strasbourg, elle suit peu et mal ce qui se trame à Paris. Ce sont des journalistes qui, en milieu d'après-midi, l'informent des conclusions des négociations et de ce qui sera voté par le conseil national du Parti socialiste. Elle trouve ça "pas trop mal", selon un proche, et elle affirme publiquement: "Il faut se féliciter de la qualité du travail fait par nos négociateurs et de cet accord à minima."
Jusqu'ici, ce mardi 15 novembre, tout va à peu près bien au point que l'eurodéputé vert Yannick Jadot confie: "On ne va pas se cacher, les désaccords qui subsistent avec le PS, c'est intéressant pour la campagne d'Eva. Cela montre que nous ne sommes pas pareils que les socialistes."
Le point de rupture, pour la candidate à l'Elysée, sera la révélation de l'intervention d'Areva. Via le député socialiste de la Manche Bernard Cazeneuve, la firme nucléaire est parvenue à faire sauter un paragraphe de l'accord PS-écolo, sur le traitement du combustible MOX. Paragraphe re-rédigé depuis, mais le mal est fait: la guerre contre les lobbies, c'est une des spécialités de la Franco-norvégienne.
"Eva a été instrumentalisée par la direction écolo, qui s'est servie de sa radicalité pour peser dans le rapport de force face à Hollande", analyse un membre de son équipe. Qui complète: "L'intervention d'Areva l'a rendue furax." "Elle déteste les relations incestueuses entre le pouvoir politique et l'argent", insiste Sergio Coronado, l'un de ses deux directeurs de campagne. C'est l'honneur d'ancienne juge de l'affaire Elf qui est en jeu.
Là encore, il faut revenir en arrière. Mi-octobre, comme le rappelle un conseiller de Joly, "le parti a demandé à Eva d'aller à Fukushima. Elle en est revenu déterminée, et de plus en plus convaincue, elle qui n'est pas née écologiste, de l'impératif de sortie du nucléaire. Elle était accompagnée de Denis Baupin, qui fut par la suite l'un des négociateurs les plus actifs avec le PS dans cet accord où on n'a finalement pas tranché sur l'EPR de Flamanville. Pareil pour le dossier de l'aéroport de Notre-Dame des Landes: cet été, elle a entendu là-bas Cécile Duflot exhorter les gens à ne rien céder". Et l'on sait aujourd'hui que le projet d'aéroport a été acté comme un des désaccords de l'accord.
Comment? Au terme d'une semaine folle en allers-retours entre les écologistes et le PS, la dame aux petites lunettes rouges songerait à renoncer? Un très proche de Joly assure aujourd'hui que "cette phrase de Mamère, c'était pour créer le suspens". Un autre la juge plutôt comme "une maladresse". Toujours est-il que l'objectif de l'équipe de la candidate est de "faire revenir la lumière sur la candidate, et non sur l'appareil". Créer du désir et lui permettre de prendre de la hauteur.
D'après nos informations, Eva Joly n'est actuellement ni à Paris, ni dans sa maison bretonne de l'île de Groix. Mais à la campagne, pas très loin de la capitale. "Plus qu'une prise de recul, je vois ça comme une prise d'élan", espère une des personnes qui l'entourent quotidiennement.
La droite espagnole vise une hégémonie historique
La campagne officielle avant les élections législatives du 20 novembre, en Espagne, aura duré quinze jours. Période durant laquelle Georges Papandréou et Silvio Berlusconi ont été chassés du pouvoir en Grèce et en Italie. Deux "techniciens" parrainés par l'Union européenne les ont remplacés, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont ouvert la porte à une Europe à plusieurs vitesses et, pour couronner le tout, les marchés se sont lancés à l'assaut de l'Espagne, faisant grimper à 6,975 %, jeudi 17 novembre au soir, le taux d'intérêt à dix ans pour Madrid.
Dans l'ombre de ces événements, les deux principaux candidats à la présidence du gouvernement espagnol, le conservateur Mariano Rajoy et le socialiste Alfredo Pérez Rubalcaba, ont mimé une campagne qui n'a pas, semble-t-il, fait bouger d'un iota l'état d'esprit des électeurs. A la fin, comme au début, les enquêtes d'opinion pronostiquaient une très large victoire du Parti populaire (PP, droite), écarté du pouvoir central depuis la victoire de José Luis Rodriguez Zapatero en 2004. S'il remporte une majorité absolue des 350 sièges du Congrès des députés, il pourra gouverner seul, sans l'appui des partis nationalistes basque ou catalan, appoints traditionnels des majorités relatives à Madrid.En face, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est en passe de subir sa plus grave défaite depuis le retour de la démocratie dans le pays. Une frange importante de ses électeurs semble lui reprocher le tournant de la rigueur de mai 2010, que le gouvernement ne leur a guère expliqué. Depuis le 15 mai, le mouvement des "indignés" a donné une expression, sinon une voix, à cette frange de l'électorat de gauche qui s'est sentie trahie, ou du moins ignorée par un pouvoir qui avait pris le parti, un an auparavant, d'appliquer à la lettre les recommandations européennes pour réduire son déficit et tenter de faire échapper l'Espagne à un plan d'aide.
Pour limiter sa défaite, le PSOE s'en est remis à Alfredo Pérez Rubalcaba, ancien ministre de l'intérieur et l'un des artisans de la politique qui a conduit le groupe indépendantiste basque ETA à renoncer à la violence. Il a tout essayé pour mobiliser les électeurs attirés par l'abstention. Il a adressé des signes aux "indignés" en proposant de retoucher le mode de scrutin.
Une nouveauté en Catalogne
Dimanche, les électeurs devront choisir, à la proportionnelle, dans le cadre des provinces (l'équivalent des départements), entre des listes bloquées présentées par les partis. Les "indignés" n'ont pas présenté de listes, mais ils risquent de geler des voix.
La carte électorale de l'Espagne pourrait être profondément remodelée par le scrutin. Chacun regardera avec un intérêt particulier les résultats en Andalousie. Cette région autonome, la première par la population, est depuis trente ans un fief du PSOE. Les élections municipales de mai y avaient enregistré une forte poussée de la droite. Si le PP y arrive en tête dimanche, il aura alors de bonnes chances d'emporter la région lors des élections andalouses qui auront lieu dans quatre mois.
La Catalogne, elle aussi, attirera les regards. Depuis des années, le PP y était relégué très loin derrière les socialistes et les nationalistes (centre droit) de Convergence et Union (CiU), actuellement au pouvoir à Barcelone. Cette fois, les sondages lui prédisent un bon résultat, au coude à coude avec CiU. Ce serait une nouveauté. Le PP dirige déjà 11 des 17 communautés autonomes et toutes les grandes villes, à l'exception de Barcelone (aux mains des nationalistes catalans). Une majorité absolue lui donnerait tous les leviers du pouvoir. Et de la dépense publique.
Baromètre Ifop-JDD : pourquoi Sarkozy remonte
Porté par son action sur la scène internationale, le Président gagne trois points. Plombé par la rigueur, le Premier ministre est au plus bas depuis novembre 2007.
Le Premier ministre porteur des mauvaises nouvelles
Les six prochains mois de la campagne présidentielle ne seront pas faciles pour le Président sortant, entre l’international toujours présent avec la crise mais sans doute plus difficile à mettre en scène, et l’austérité de plus en plus visible et attribuable aux deux têtes de l’exécutif.
samedi 19 novembre 2011
Henri Guaino en campagne pour défendre "l’exception française"
Le théâtre de Saint-Quentin (Yvelines), qui compte 600 places, était bien rempli lorsque Henri Guaino y a fait son entrée vendredi 18 novembre au soir avec une bonne heure de retard. Le conseiller spécial du président de la République a un problème d'horloge.
Depuis qu'il s'est mis en tête de sillonner la France parce que, dit-il, "je n'entend pas ce que j'ai envie d'entendre dans cette campagne", c'est chaque fois le même scénario : une à deux heures de retard liées à cette angoisse du discours qu'il veut écrire et réécrire sur le modèle qu'affectionnait feu son mentor Philippe Séguin : des mots ciselés dans des phrasés longs. Parce que la politique, pour les séguinistes, c'est d'abord cela : du verbe, un ton, une dramaturgie , des retours historiques et de grands mots, comme "l'Etat, la Nation la République", qui au bout du compte fondent l'"exception française". Henri Guaino se fait fort de les défendre et de la défendre , dusse-t- il être le dernier des Mohicans.Vendredi soir, c'était donc soirée nostalgie à Saint-Quentin, où le maire Xavier Bertrand l'avait prié de s'exprimer. Quarante minutes d'éloge républicain, ponctuées de mises en garde : la démocratie court un grand danger à considérer la crise de la dette par le petit bout de la lorgnette alors que c'est tout "une politique de civilisation" qu'il faut conduire. Le concept, lancé par le même Guaino en janvier 2008 pour tenter de donner du sens au début de quinquennat très "bling-bling" de Nicolas Sarkozy, avait fait long feu, faute de contenu. Mais, soutient- il aujourd'hui, la crise change tout : "Il faut choisir son camp, choisir contre quoi et pour quoi nous nous battons."
Henri Guaino a choisi : il est pour libérer le travail et taxer le capital, contre repousser à 67 ans l'âge de la retraite ("ce n'est pas l'urgence"), récuse toute coupe dans les dépenses sociales et se refuse à faire du chômeur le bouc émissaire de la crise. Le discours, décliné d'un ton monocorde, n'a cependant pas la puissance de feu de celui d'un Séguin qui naguère avait trouvé en Edouard Balladur son meilleur ennemi.
Henri Guaino est conseiller spécial de l'Elysée. Donc sous contrainte. Il se doit d'éviter de décocher des flèches à droite et vante sans réserve le bilan de Nicolas Sarkozy. Du coup c'est François Hollande qui prend plein pot. Henri Guaino fustige, comme Xavier Bertrand, l'accord conclu avec les Verts sur le nucléaire et compare le candidat socialiste à Guy Mollet, "cet honnête homme qui eut le malheur de se trouver confronté à des événements qui le dépassaient".
CRAINTE DE VOIR LA CAMPAGNE DÉRIVER
En public, Henri Guaino en reste là. Il épargne son camp, tait sa crainte de voir la campagne dériver, comme au moment du discours de Grenoble par excès de zèle de Patrick Buisson, l'un des conseillers écoutés de Nicolas Sarkozy, qui vient des rangs de l'extrême droite. Il ne dit rien des frissons que lui inspire la rigueur vantée par François Fillon, autre séguiniste notoire ("Comme si le peuple était coupable ! Comme si cela ne faisait pas trente ans qu'il souffre !"), mais tout cela évidemment pèse dans sa démarche .
Les militants et sympathisants UMP de Saint-Quentin qui, à vue de nez, comptent beaucoup de retraités et peu de jeunes, l'ont écouté dans un silence total puis l'ont applaudi juste ce qu'il faut avant de demander le texte écrit. Xavier Bertrand, qui connaît bien la pudeur de sa ville, jure que les spectateurs étaient satisfaits et rappelle cette anecdote. "Quand Louis Jouvet commençait une pièce, il la jouait toujours à Saint-Quentin, parce qu'il savait que si ça plaisait là, ça plairait partout."
Françoise Fressoz
Les syndicats appellent à une journée de mobilisation le 13 décembre
L'intersyndicale a appelé vendredi 18 novembre à une "journée nationale de mobilisation interprofessionnelle, notamment avec des rassemblements" le 13 décembre, pour protester contre les plans d'austérité du gouvernement. Réunis au siège de la CGT à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, cinq syndicats (CGT, CFDT, FSU, Solidaires et UNSA) ont également lancé un "appel commun" aux salariés pour "interpeller le gouvernement, les élus et les responsables d'entreprises dans la période du 1er au 15 décembre".
Dans leur communiqué commun, les cinq confédérations déplorent que "le gouvernement décide de mesures dans le domaine social sans rencontrer ni entendre les organisations syndicales". "Il fait porter les efforts sur les salariés, ce qui creuse les inégalités et plonge des milliers de familles dans les difficultés sociales", ajoute le texte.Force ouvrière (FO), qui participait pour la première fois depuis deux ans à cette intersyndicale, a indiqué qu'elle ne signerait pas cet appel commun mais s'associerait à la journée du 13 décembre. La centrale de Jean-Claude Mailly revendiquera, dans le cadre de cette journée, un appel à la grève, option qui n'a pas été retenue par les autres organisations.
L'intersyndicale a prévu de se réunir à nouveau le 15 décembre, afin de "tirer le bilan" de la journée du 13 décembre et d'envisager "de nouvelles initiatives en janvier".
Ce qui fait fuir les millionnaires
Il se passe quelque chose d'étrange chez les millionnaires chinois. Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la Chine, dont la prodigieuse ascension économique depuis trente ans exerce, à juste titre, une fascination sans bornes sur nos cerveaux engourdis par des statistiques anémiques, les nouveaux riches de l'empire du Milieu ne pensent qu'à une chose : nous rejoindre.
C'est du moins ce que nous laisse entendre une étude publiée début novembre par la Bank of China et le Hurun Report, qui publie chaque année à Pékin la liste des Chinois les plus riches. Les enquêteurs ont sondé 980 millionnaires, tous à la tête d'un patrimoine supérieur à 10 millions de yuans, soit l'équivalent de 1,1 million d'euros. Plus de la moitié d'entre eux ont indiqué qu'ils songeaient à émigrer (46 %), ou bien qu'ils l'avaient déjà fait ou étaient sur le point de le faire (14 %). Il n'est, bien sûr, pas interdit de penser que si la Bank of China réalisait la même enquête en France, elle découvrirait quelques millionnaires français désireux d'émigrer en Suisse, en Belgique ou à Monaco... pour des raisons que l'on devine sans peine.
Les motivations des riches chinois sont différentes. Ce n'est pas le fisc qui les fait fuir, mais l'inadéquation de la qualité de la vie et de l'environnement social aux attentes générées par leurs moyens financiers. Les fruits d'un taux de croissance du PIB encore supérieur, en 2011, à 9 % peuvent être inégaux, mais les enfants des riches respirent le même air pollué que les enfants des pauvres, et les millions que gagnent les parents des premiers n'y changent rien. La politique de l'enfant unique s'applique aussi aux riches, et les exemptions dont ils ont pu jouir en se contentant de payer des amendes sont devenues plus difficiles à obtenir. Parmi les autres facteurs qui incitent au départ les millionnaires sondés, on retiendra la rigidité du système éducatif, les insuffisances du système de santé et l'absence de cadre juridique solide.
Invité par un journal économique chinois à commenter cette enquête - qui confirme une tendance déjà révélée il y a quelques mois -, un universitaire de Tsinghua, Cai Jiming, a, lui, mis l'accent sur l'insécurité. "Avons-nous vraiment installé l'idée que la propriété privée est sacrée et inviolable ?, demande-t-il. Ces dernières années, nous avons assisté à l'expropriation illégale de terrains, à la démolition brutale de maisons individuelles et à d'autres phénomènes qui montrent que ces principes ne sont pas encore respectés." Ces principes, lorsqu'ils sont gravés dans la loi, font partie de ce que l'on appelle l'Etat de droit.
Il n'y a pas, en Chine, d'Etat de droit digne de ce nom, et cela perturbe les millionnaires. Où vont donc ceux qui choisissent de partir ? Par ordre de préférence, aux Etats-Unis, au Canada, à Singapour et en Europe, où ils placent leur argent, achètent de l'immobilier et inscrivent leurs enfants à l'université. Sans, pour autant, rompre les ponts complètement avec leur pays : un pied dedans, un pied dehors.
Président d'une grande puissance dont on déplore aussi abondamment le déclin que l'on célèbre l'ascension de la Chine, Barack Obama achève une tournée de neuf jours en Asie et dans le Pacifique. Sa secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, a décrété dans un article très remarqué, publié par Foreign Policy, que, si le XXe siècle a été le siècle de l'Atlantique, le XXIe serait celui du Pacifique.
D'Honolulu, où il a reçu ses partenaires du Forum de coopération économique Asie-Pacifique et lancé un accord de libre-échange transpacifique, M. Obama s'est rendu en Australie, où il a annoncé le déploiement futur de 2 000 Marines, puis à Bali, où il est le premier président américain à participer au sommet de l'Asie orientale. Ce n'est un mystère pour personne : les Etats-Unis renforcent leur présence dans la région parce qu'un géant, la Chine, s'y est levé et qu'il faut y contrebalancer son influence.
Si l'Amérique est de retour en Asie, c'est aussi parce que plusieurs pays de la région le lui demandent. Appelons cela le paradoxe asiatique : le premier partenaire commercial du Japon, aujourd'hui, n'est pas les Etats-Unis mais la Chine. Le premier partenaire commercial de l'Inde, c'est la Chine, de même que celui de la Corée du Sud et de Taïwan. Très soucieux de profiter du boom chinois, tous ces pays - et le Vietnam n'est pas le dernier - sont tout aussi soucieux de ne pas succomber aux ambitions géostratégiques, supposées ou déclarées, de Pékin. C'est donc au grand frère américain qu'ils demandent d'assurer la sécurité, notamment maritime, dans la région.
Cette rivalité apparente peut paraître digne des plus beaux jours de la guerre froide, qui opposait le bloc soviétique au bloc occidental. Il y a, pourtant, outre la Chine, de nouveaux acteurs dans la région, l'Inde, l'Indonésie, pour ne citer qu'elles. Mais ces acteurs ne veulent pas faire partie d'un bloc. Et il n'y a pas, pour l'instant, de bloc chinois : qui, à part la Corée du Nord, y serait d'ailleurs candidat ? Même la secrète Birmanie est en train de s'émanciper du giron de Pékin, au point qu'Hillary Clinton vient de décider d'y faire, le mois prochain, une visite - qui s'annonce historique.
Pourquoi, malgré tous ses efforts de soft power, la Chine a-t-elle si peu d'amis ? L'ouverture de centaines d'instituts Confucius à travers le monde n'y change rien : les millionnaires ont fourni la réponse. Un milliardaire d'Hongkong qui investit beaucoup en Chine continentale, Ronnie Chan, président de l'empire immobilier Hang Lung Properties, a écrit une très intéressante tribune dans le Financial Times du 15 novembre. Il y explique que l'Occident est aujourd'hui menacé pour avoir laissé la liberté s'exercer sans contrôle. La Chine, dit-il, est encore "trop restrictive", mais elle va dans le bon sens. Pour les deux géants, "la question n'est pas s'il doit y avoir de la liberté, mais combien de liberté".
Le problème, c'est que de même qu'on ne peut pas être à moitié enceinte, il est difficile d'être à moitié libre. Et, tant qu'ils ne seront qu'à moitié libres, les millionnaires chinois continueront à voter avec leurs pieds. Et les Etats-Unis à s'imaginer en puissance du Pacifique.
Et si l'Allemagne n'était pas si exemplaire...
Maintenant l'Europe parle allemand." Maladroit, choquant, le propos du président du groupe parlementaire CDU-CSU, Volker Kauder, au Bundestag, mardi 15 novembre, n'a pourtant fait qu'illustrer le statut que l'Allemagne a officieusement acquis ces derniers mois.
Ce sont les marchés qui l'ont consacrée. Mais aussi l'opinion publique. Désormais, la chancelière allemande, Angela Merkel, peut faire la leçon et imposer ses vues pour résoudre la "pire crise depuis l'après guerre" de l'Union monétaire. Mythe ou réalité ?Mais, aux yeux des experts, Berlin n'est pas si exemplaire. "Son déficit est honteusement truqué !", dénonce Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. Et de développer : après le choc de 2008, le pays a eu recours à une tactique légale, mais peu éthique, pour comptabiliser les dizaines de milliards d'euros déboursés (ou offerts en garanties) afin de relancer son économie et sauver son secteur financier.
Les sommes, poursuit M. Broyer, ont été logées dans un fonds spécial "Sondervermögen" qui a contribué à faire grossir la dette mais n'est pas pris en compte dans le calcul du déficit public. Sans cette astuce le déficit allemand en 2009 n'aurait pas été de 3,2 % mais de 5,1 %, calcule Natixis. Un niveau comparable à celui de la France... De quoi faire écho aux propos de Jean-Claude Juncker, le président luxembourgeois de l'Eurogroupe. "En Allemagne, on fait souvent comme si le pays n'avait aucun problème, comme si l'Allemagne était exempte de dettes tandis que tous les autres auraient des dettes excessives", a-t-il lâché récemment. Une contre-vérité à ses yeux : "L'Allemagne a une dette plus élevée que celle de l'Espagne. Seulement personne ne veut le savoir ici."
RALENTISSEMENT
De fait, selon la Commission européenne, si l'on regarde le ratio dette sur PIB, l'Allemagne fait moins bien que neuf autres pays de la zone euro. Et malgré des recettes fiscales en forte hausse (de 40 milliards d'euros) en 2011 grâce à une croissance dynamique, la dette publique devrait croître, en valeur absolue, cette année de 25 milliards d'euros. La rigueur allemande serait donc toute relative ? D'influents économistes allemands, de sensibilités différentes, partagent l'avis de M. Juncker.
"Le niveau de la dette allemande est inquiétant, si l'on se projette dans l'avenir", juge Henrik Enderlein, dirigeant de la Hertie School of governance. Le déclin démographique du pays, qui contribue à modérer le taux de chômage, se traduira par "une baisse massive des recettes du gouvernement", explique-t-il. Dans le même temps, le vieillissement de la population va faire exploser les coûts de la sécurité sociale et de l'assurance-maladie". En 2010 une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI) chiffrait d'ailleurs l'explosion des dépenses de santé en Allemagne à 10 % du PIB en 2035...
"La dette est bien au-dessus des 60 % prévus par le traité de Maastricht. L'Allemagne non plus n'a pas rempli sa tache", déplore Hans-Werner Sinn. Le très influent président de l'Ifo poursuit : "L'endettement déjà élevé montre que l'Allemagne ne peut sauver personne sans perdre elle-même sa notation." Autrement dit, le pays ne serait pas à l'abri, lui non plus, d'une dégradation qui le verrait perdre, un jour, son "AAA", sésame pour emprunter à bon compte sur les marchés financiers. A travers sa participation au Fonds européen de stabilité financière, censé sauver les pays en déroute de l'Union monétaire, "l'Allemagne a déjà mis sa note gravement en danger. Les primes d'assurances sur les emprunts à dix ans de l'Etat allemand ont décuplé par rapport à ce qu'ils étaient avant la crise", précise l'économiste eurosceptique.
Jochen Möbert, économiste à la Deutsche Bank , évoque "trois risques (qui) pourraient menacer la note allemande : une récession, une aide accrue aux pays périphériques et une aversion des marchés pour les emprunts d'Etat". L'Allemagne n'est pas menacée de récession. Mais, comme l'ensemble de la zone euro, elle est promise à un ralentissement en 2012 : les experts tablent sur une croissance de 0,9 % l'an prochain contre 3 % en 2011.
Pour l'heure, les marchés, qui désormais n'hésitent plus à s'attaquer à la Belgique ou à la France, réservent à l'Allemagne un traitement de faveur. Dans la zone euro, d'ailleurs, c'est Berlin qui doit débourser le taux d'intérêt le plus faible pour emprunter.
Mais le "modèle de stabilité allemand", hérité en grande partie des réformes structurelles (marché du travail, système des retraites) menées sous le gouvernement Schröder, soit bien avant la crise, n'est pas non plus un rempart imprenable. A en croire les économistes en tout cas.
Les riches Grecs font fructifier leurs bas de laine à l'étranger
Des particuliers aisés aux grands fortunes, les Grecs sont de plus en plus nombreux à placer leurs capitaux dans l'immobilier parisien ou dans des coffres-forts suisses, craignant une sortie du pays de la zone euro.
Depuis l'ouverture de son cabinet d'avocats franco-hellénique en 1996, jamais Georgia Kouvela-Piquet n'a été autant sollicitée. «Chaque semaine, je reçois deux à trois demandes concernant des investissements en France.» Ces sollicitations proviennent directement de Grèce. Elle émanent tantôt de particuliers «disposant de 500.000 euros» à investir dans l'Hexagone, parfois à de très riches hommes d'affaires, dont la fortune va «de 20 millions à 500 millions d'euros», précise cette avocate parisienne. D'après elle, 80% de ces requêtes concernent l'acquisition de biens immobiliers, très largement «à Paris ou sur la Côte d'Azur». Certains veulent mettre leurs économies dans un petit appartement pour le louer. D'autres, bien plus fortunés, disposent déjà d'actifs et souhaitent notamment se renforcer dans des immeubles de bureaux. Mais quel que soit le montant de leurs investissements, ces Grecs ont tous le même objectif: sécuriser leurs bas de laine. Avec en épouvantail, la possible faillite de la Grèce et une sortie du pays de la zone euro. D'après Georgia Kouvela-Piquet, le phénomène a débuté dès la fin de l'été 2010, et s'exacerbe à mesure qu'Athènes s'enfonce dans la crise. En guise de baromètre, elle cite le fait que certains de ses clients lui demandent parfois «d'envoyer [ses] notes d'honoraires au plus vite», craignant de ne plus pouvoir les honorer dans un futur proche. En quête d'un placement immédiat, certains «viennent même pour la première fois en France pour me rencontrer», renchérit l'avocate.
La pierre londonienne en valeur refuge
Aux yeux de ces investisseurs, pas question de mettre ses oeufs dans le même panier, surtout à l'heure où le spectre d'une contagion de la crise a franchi un nouveau cap avec les récents déboires économiques de l'Italie. D'après notre avocate, nombre de ses clients ciblent ainsi différentes capitales européennes. Si la pierre française a la cote, l'anglaise n'a ainsi rien à lui envier: pour Richard Barber, qui travaille à l'agence londonienne huppée W. A. Ellis, les Grecs sont de plus en plus nombreux à investir dans la capitale britannique. Selon lui, ils auraient dépensé 250 millions de livres sur les douze derniers mois pour acquérir des propriétés de haut standing.Autre point de chute privilégié pour les capitaux helléniques: la Suisse, dont le franc semble jouer à plein son rôle de valeur refuge. Sous le gouvernement de l'ex-premier ministre grec Georges Papandréou, Dimitris Kouselas, alors secrétaire d'État au ministère des Finances, avait évalué à «280 milliards d'euros, soit 120% du PIB grec» les fonds de ses concitoyens dans les banques helvètes. Au total, selon le quotidien allemand Handelsblatt, pas moins de 560 milliards d'euros auraient été placés sur des comptes bancaires étrangers depuis le début la crise. Soit, en résumé, près du double de la dette d'Athènes.
«Perte de confiance»
Ces fonds appartiennent majoritairement aux grandes familles d'armateurs, de magnats du pétrole, du tourisme ou encore de la construction. Figure de proue de ces clans richissimes, les Latsis, première fortune grecque, résident à Genève. Elle pèserait à elle-seule quelques 3,38 milliards d'euros, selon le magazine Greek Rich List, l'équivalent de Forbes à l'échelle hellénique. Pour Savvas Pavlou, son directeur de publication, cette fuite des capitaux est à mettre sur le compte de l'«incertitude» couplée à la «perte de confiance» dans l'économie nationale, gangrenée par «une culture de la fraude et de la corruption». Conséquence: «chacun met son capital où il est le mieux traité», cingle-t-il.Problème: ces riches familles constituent «l'épine dorsale» du tissu économique grec, poursuit Savvas Pavlou. «Leur désaffection pèse sur les investissements locaux», abonde Céline Antonin, économiste à l'OFCE et spécialiste de la Grèce. «Or ceux-ci constituent un des moteurs de la croissance», poursuit-elle, rappelant que le PIB du pays a encore plongé de plus de 5% au troisième trimestre 2011.
Dette : les taux d'intérêt que paient réellement les États
INFOGRAPHIE - Les taux d'intérêt sur les dettes des pays de la zone euro s'envolent à mesure que les marchés paniquent. Mais les taux qui flambent ne sont pas ceux réellement payés à l'heure actuelle par les États.
Avant que la situation ne se dégrade, la France comme l'Italie se sont endettées à bon compte et les intérêts versés par ces deux États sont substantiellement inférieurs à ceux observés aujourd'hui sur le marché. La France paye en moyenne un taux d'intérêt de 2,02% sur sa dette à moyen et long terme (taux pondéré, en octobre), selon l'Agence France Trésor (AFT) qui gère la dette publique. Un chiffre bien inférieur à la moyenne de 4,15% observée avant crise, sur la période 1998 et 2007.
Pour comprendre cette différence, il faut se pencher sur le mécanisme des emprunts publics. Pour combler leur déficit ou refinancer leur dette, les pays de la zone euro empruntent auprès des banques et autres grands investisseurs (fonds de pension, assureurs, etc.). Ces derniers achètent aux États des titres de dette appelés «obligations». Ces instruments financiers peuvent être ensuite échangés sur les marchés, dit «obligataires», sur lesquels les taux d'intérêts évoluent au jour le jour en fonction de l'offre et de la demande.
Si beaucoup d'investisseurs veulent acheter, c'est le cas de l'Allemagne, ils baissent. Si beaucoup veulent vendre, comme dans le cas de l'Italie, les taux montent. À ce stade, les variations ne concernent pas directement les pays emprunteurs, mais elles détermineront les taux lors des émissions de nouvelles obligations.
«Pas de niveau magique»
La flambée actuelle des taux d'intérêt d'État sur les marchés obligataires va forcément augmenter le coût du crédit pour les États visés, notamment pour la France. Jusqu'où les États visés peuvent-ils tenir? «Il n'y a pas de niveau magique : cela dépend à la fois de l'endettement du pays, des intérêts actuellement payés et de la croissance, donc des rentrées fiscales», décrypte Gianluca Ziglio, stratégiste pour UBS.La résistance d'un pays dépend également des sommes qu'il doit emprunter sur les prochains mois. L'Italie doit ainsi trouver 250 milliards d'euros en 2012 et la France, 179 milliards. L'Italie pourrait supporter un taux d'environ 7% sur des obligations à 10 ans, selon la Banque centrale du pays, sans voir sa dette exploser. La France pourrait supporter un coût du crédit du même ordre. Pendant quelques mois.
«Ce qui compte au final, c'est la période durant laquelle le taux reste élevé, souligne Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas. S'il existe un espoir de baisse des taux dans le futur proche, alors cela vaut le coup de faire le dos rond quelques temps. Au-delà de plusieurs mois, cela devient plus difficile.»
(1) Les Échos, 18 novembre 2011
(2) Le Monde, 18 novembre 2011
Il a fumé quoi, Yannick Noah ? Notre champion chanteur avait jadis confié qu’il ne crachait pas, dans les vestiaires d’avant-match, sur la plaisir d’un petit joint (ni d’ailleurs sur d’autres excitants, plus féminins). Mais là, il a dû dépasser la dose, ou noyer de drôles de substances dans son beaujolais nouveau… Que nous dit Noah ? Les Espagnols, qui collectionnent les titres du foot au vélo et du basket au tennis, prendraient tous de la « potion magique ». Ils seraient même tombés dedans, comme Obélix — qui aurait pu commenter : ils sont fous ces Ibères, et rudes… Cela n’est évidemment pas très gentils pour nos voisins. Mais notre Noah national va encore plus loin : il propose carrément de distribuer la potion magique à tout le monde. Nous n’aurions ainsi plus à craindre les Obélix espagnols : tous égaux, puisque tous dopés. Monsieur Noah, s’il-vous-plaît, passez à l’eau claire…
« L’Europe parle allemand », s’est félicité le président du groupe parlementaire chrétien-démocrate. Une façon peu diplomatique de dire que la zone euro se plie désormais à la rigueur allemande synonyme de bonne gestion.
Ce ton péremptoire a beaucoup déplu, également outre-Rhin. Mais rien d’étonnant : surtout en France, l’Allemagne est citée en modèle, un modèle sur lequel il faut à tout prix s’aligner pour sortir de la crise.
Pourtant, question « vertu » financière, notre voisin est de loin devancé par les Pays-Bas, la Finlande ou le Luxembourg. Mais seule la championne des exportations importe en faisant de Berlin le « maître d’école ». Et cela commence à exaspérer, tout comme exaspère un lamento aux effets psychologiques désastreux courant dans toutes les couches de la société allemande : l’Europe convoiterait le bas de laine de l’Allemagne amassé à la sueur des réformes, l’Allemagne paierait pour tous. Ce qui est complètement faux. Par exemple, avec 159 milliards, les Français sont autant garants du Fonds européen de stabilité financière FESF que les Allemands à hauteur de 211 milliards… et 20 millions d’habitants de plus que la France.
Malheureusement, la légende a la vie dure. Elle pousse à l’euroscepticisme et à un populisme perceptible jusqu’aux partis gouvernementaux.
Que l’Allemagne soit un modèle pour la finance et les affaires, nul ne le nie. Toutefois, cette médaille a un revers dont ne parlent jamais ceux qui plaident la « convergence » franco-allemande à longueur de discours : la paupérisation gagne chez nos voisins (voir ci-contre), le tissu social se détricote jusqu’à l’assurance-maladie qui glisse vers le « privé » avec des cotisations difficilement accessibles au plus grand nombre.
Mais pour continuer à jouer son rôle politique en Europe, Paris s’accroche à Berlin. Or cette « Merkozy » exaspère aussi, et pas seulement en Grèce ou en Italie. D’autant plus qu’auprès des autres partenaires européens la France passe pour la mouche du coche en essuyant sans broncher les « Nein » de la chancellerie. Et ce encore récemment lors d’une énième tentative pour infléchir la politique de la BCE de Francfort. Le général de Gaulle et François Mitterrand ont dû se retourner dans leur tombe ! L’axe franco-allemand exige un pied d’égalité.
En réalité, bien que le tender France soit rivé à la locomotive Allemagne, les divergences s’accentuent entre les deux pays. Si la crise devait encore s’amplifier, l’attache craquerait. Au grand désespoir de tous.
L'autre file avance-t-elle vraiment plus vite ?
Au même titre que la calamité du raccourci, qui s'avère toujours le plus long chemin entre deux points, la malédiction de la mauvaise file semble être une loi universelle de la conduite. Mais est-ce justifié ? L'autre voie avance-t-elle vraiment plus vite ? Comme s'en sont aperçus, en 1999, deux chercheurs, Donald Redelmeier (université de Toronto) et Robert Tibshirani (université Stanford, en Californie), à l'occasion d'une étude publiée dans Nature, les données sur ce problème crucial n'existaient alors pas. Pour confirmer ou démolir la loi de l'autre file plus rapide, ils se sont donc livrés à deux expériences.
La première a consisté à simuler sur ordinateur un embouteillage sur une deux-voies. Même si, au départ, toutes les autos avaient les capacités d'accélération et de freinage d'une Honda Accord (triste monde virtuel...), les chercheurs ont ensuite introduit un peu de frisson dans le modèle, un zeste de Porsche, un soupçon de 2 CV, des voitures arrivant dans la circulation avec des écarts aléatoires. Et celles-ci se sont amassées par dizaines puis par centaines sur l'autoroute imaginaire.
Le résultat est surprenant : dès que le bouchon se forme, les deux files évoluent, sur les dix minutes de la simulation, à la même vitesse l'une que l'autre. Par moments, une file ralentit ou s'arrête, puis c'est l'autre qui bloque, mais, au bout du compte, on est dépassé autant que l'on dépasse. Cependant, ces deux phénomènes ne sont pas symétriques dans leur distribution temporelle. Sur les dix minutes, on passe moins de temps à doubler qu'à être doublé. Cela est dû à l'écart entre les voitures. Lorsque celles-ci sont à l'arrêt, pare-chocs contre pare-chocs, les chanceux de la file voisine peuvent en dépasser trois en une seconde. En revanche, comme les automobiles qui roulent sont séparées par une certaine distance, on ne sera jamais dépassé par trois véhicules en une seconde... Dépasser est un plaisir bref, être dépassé une torture longue.
L'impression que l'autre file est plus rapide viendrait donc de cette dissymétrie. Cela a été confirmé par la seconde expérience, au cours de laquelle fut projeté à 120 personnes un film de quatre minutes pris par la fenêtre d'une voiture dans un embouteillage. Bien que, en réalité, la file voisine eût roulé moins vite, 70 % des cobayes estimèrent le contraire et 65 % auraient volontiers changé de voie pour se retrouver... du côté des perdants.
La malédiction de l'autoroute n'est donc qu'une illusion. Toute la question est de savoir si elle explique aussi pourquoi, au supermarché, cela avance toujours plus vite à la caisse d'à côté au moment où votre fille de 5 ans vous dit : "C'est quand qu'on rentre ?"
Pour la CGT, «l'accord sur le nucléaire est irresponsable»
INTERVIEW - Virginie Gensel, patronne de la fédération énergie de la CGT, redoute les conséquences sociales d'une sortie du nucléaire et juge que l'arrêt de l'EPR serait «une folie».
LE FIGARO. - Que pensez-vous de l'accord conclu entre les Verts et le PS prévoyant la fermeture de 24 réacteurs nucléaires d'ici 2025 ?
Virginie GENSEL. - C'est un accord irresponsable. On ne peut pas faire reposer la politique énergétique, l'avenir industriel de la France, sur des considérations d'échanges de circonscriptions, de marchandage de coin de table. À la CGT, nous souhaitons un débat véritable sur la politique énergétique globale, dont l'avenir du nucléaire. Ce sont des questions complexes qui engagent le pays entier, qui ne peuvent pas être discutées juste à quelques-uns, entre appareils.
Avez-vous été consultés par les Verts et le PS ?
Non. Il y a un an, nous avons écrit à tous les partis politiques pour leur faire part de nos propositions en matière d'énergie. Nous avons rencontré les Verts, le Parti de gauche, le PCF, mais ni le PS ni l'UMP ne nous ont répondu.
Qu'est-ce que vous trouvez «irresponsable» dans cet accord ?
Derrière la première intention affichée, réduire le nucléaire, il y a la sortie du nucléaire. Nous sommes favorables au développement des énergies renouvelables, mais elles ne sont pas en capacité, en l'état actuel, de répondre aux besoins. Personne ne fait de réelles propositions pour savoir par quoi on remplacerait le nucléaire. Voyez l'Allemagne, où l'on dit que les énergies renouvelables vont être développées : en attendant, les centrales thermiques sont sollicitées, et l'on augmente tranquillement l'effet de serre.
Redoutez-vous les conséquences sociales d'un arrêt des centrales ?
Oui, bien sûr, mais pas seulement pour ce qui concerne les emplois du nucléaire. Il y a en France, 3 ou 4 millions de foyers en précarité énergétique, c'est-à-dire qui consacrent une part importante de leurs revenus à s'éclairer et se chauffer. Si les prix de l'électricité augmentent, qu'en sera-t-il pour eux ? Le prix bas du courant en France est aussi un élément de compétitivité pour notre industrie.
Les effectifs dans le nucléaire font actuellement l'objet d'une incroyable guerre des chiffres. Combien d'emplois sont concernés ?
La filière emploie quelque 125.000 personnes, auxquelles il faut ajouter un chiffre équivalent pour les sous-traitants. Cela fait déjà 250.000 salariés, sans compter plusieurs dizaines de milliers d'emplois indirects. Mais n'opposons pas ces emplois à ceux des renouvelables. Pour les énergies vertes, il s'agit de développer une vraie filière industrielle.
Faut-il poursuivre le chantier de l'EPR à Flamanville ?
Il faut terminer ce projet. Le chantier est aujourd'hui tellement engagé qu'il est impensable de revenir en arrière. Ce serait une folie. L'EPR de Flamanville est un prototype, une tête de série dont il sera très important ensuite d'analyser le retour d'expérience. D'une manière générale, la recherche dans l'énergie, mais également dans le nucléaire, est aujourd'hui insuffisamment poussée. S'agissant de la génération IV des réacteurs, des pays comme la Russie et l'Inde sont en avance par rapport à la France.
À la suite de la catastrophe de Fukushima , le recours à la sous-traitance par EDF a été évoqué par les experts de l'État comme un enjeu de sûreté. Votre position ?
C'est la CGT qui est intervenue en ce sens. Nous sommes pour que des métiers liés à la sûreté soient réinternalisés et pour un statut de haut niveau pour tous les salariés. Nous avons demandé à Éric Besson, le ministre de l'Industrie, d'ouvrir des négociations sur la sous-traitance.

























