La reprise économique mondiale, amorcée au printemps 2009, a probablement déjà atteint un pic et l'Europe risque de rester durablement affectée par la crise avec une croissance faible, estime l'assureur-crédit Euler Hermes dans une étude publiée lundi.
Le rebond est bien là et l'économie est repartie dans le monde avec un rythme de croissance mondiales proche de celui enregistré avant la crise mais "on est déjà en train d'atteindre, voire de dépasser un pic de croissance lié à la reprise", a souligné Karine Berger, chef économiste d'Euler Hermes, en présentant l'étude à la presse.
Ainsi, des freins commencent à se faire jour, notamment à cause d'un fléchissement du soutien apporté par les plans de relance.
En Asie, des prix immobiliers très élevés ou une forte inflation en Inde, devraient peser.
Aux Etats-Unis, l'accélération est aussi proche de son maximum, selon Euler Hermes.
Mais la situation est plus problématique pour la zone euro, a souligné l'assureur-crédit.
Ainsi, "l'Europe sera la seule zone durablement touchée par la crise avec un impact sur sa croissance potentielle", a précisé Karine Berger.
L'assureur-crédit s'attend à une croissance mondiale de 3,3% en 2010 puis 2,9% en 2011. Mais la croissance dans la zone euro devrait être de seulement 0,8% et 0,9% en 2010 et 2011.
Au sein de cette zone, des pays comme l'Allemagne et la France devraient voir leur croissance progresser doucement, alors que les pays du bassin méditerranéen ne reviendraient pas à leurs niveaux d'avant la crise, selon l'assureur-crédit.
A l'exception de l'Espagne et l'Allemagne, les pays européens ont annoncé des plans de consolidation budgétaires plus importants que leurs plans de relance, relève Euler-Hermes. "Prendre dès maintenant des décisions d'ajustement budgétaire, alors que la zone euro est en phase de très faible reprise, ne peut être que négatif pour la croissance", a estimé Karine Berger.
En conséquence, l'assureur-crédit s'attend à un niveau élevé de défaillances d'entreprises jusqu'en 2011, surtout en Europe du Sud.
lundi 28 juin 2010
La reprise économique mondiale a atteint un pic, selon Euler Hermes
Le G20 entérine le virage de la rigueur budgétaire
Les chefs d'Etat des nations industrialisées se sont engagés à Toronto à diviser par deux leurs déficits budgétaires avant 2013. L'instauration d'une taxe bancaire est en revanche laissée au libre arbitre des Etats.
L'Allemagne peut être ravie. A l'issue du sommet du G 20, hier à Toronto, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays industrialisés, à l'exception du Japon, se sont en effet engagés à réduire de moitié leur déficit budgétaire d'ici 2013 ainsi qu'à stabiliser, voire réduire, leur endettement public d'ici 2016. Un peu plus tôt dans la matinée, la chancelière Angela Merkel s'était montrée des plus réjouies « C'est plus que j'attendais, c'est un succès » avait elle déclaré en marge du sommet. Néanmoins, comme l'a souligné le président français, Nicolas Sarkozy, lors de sa conférence de presse finale, cet objectif « est moins important que les engagements pris par les européens », rappelant que la France s'est engagée à ramener son déficit à 6 % et à 3 % en 2013. L'engagement du G20 ne se traduira pas par des mesures budgétaires supplémentaires dans l'immédiat. En outre, comme le stipule explicitement le texte final, « il est (…) évident que l'assainissement devra s'amorcer en 2011 dans les économies avancées, et plus tôt encore dans les pays actuellement aux prises avec d'importants déficits budgétaire », comme la Grèce ou la Grande Bretagne. En effet, les plans de relance mis en place à l'issue de la crise feront encore sentir leurs effets cette année. « Il est possible que les ajustements budgétaires menés simultanément dans plusieurs grandes économies nuisent à la reprise », avertissent les Chefs d'Etat. Mais, il est également possible que l'absence de mesures d'assainissements là où elles sont nécessaires mine la confiance et ralentisse la croissance. Concession faite sans doute aux Etats-Unis et au Canada, les plans d'austérité ne doivent pas menacer une reprise encore fragile. Les craintes exprimées par les Etats-Unis qui veulent éviter un scenario semblable à celui des années 1930 où une rigueur budgétaire trop tôt adoptée avait plongé le monde dans la dépression constituent un filigrane du texte final.
Dans une ville en proie à de violentes manifestations de la part des altermondialistes qui ont conduit à l'arrestation de près de 600 personnes, les Chefs d'Etat et de Gouvernement se sont évertués à trouver un subtil équilibre entre croissance et rigueur budgétaire. Mais également une croissance plus équilibrée. Cet objectif repose notamment sur une meilleure flexibilité des taux de change et au renoncement à toutes mesures protectionnistes. Si dans un premier temps le G20 devait adresser un satisfecit explicite à la Chine pour la réforme de sa politique de change annoncée la semaine dernière, les leaders du G20 ont seulement appelé «les pays émergents avec un excédent» commercial à «accroître la flexibilité» de leur taux de change. Pour des raisons de politique interne, le président Hu Jintao a obtenu que le nom de la Chine disparaisse du communiqué final.
En matière commerciale, les chefs d'Etat ont prolongé de trois ans, jusqu'en 2013, leur engagement de ne pas mettre en oeuvre des barrières commerciales et réitéré leur volonté de conclure le cycle de Doha au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce. Nicolas Sarkozy, d'un ton ironique, s'est réjoui de cette mention répétée depuis de nombreuses années. Mais, à ses yeux, pour aboutir à des résultats, « il faut changer de méthode, impliquer les présidents et les Premiers ministres » dans les négociations. Le cycle semble bien moribond pour que le G20 ne mentionne aucune date butoir. Le président américain a d'ailleurs indiqué que les propositions actuellement sur la table ne satisfaisaient pas les Etats-Unis et que d'importantes modifications devraient y être apportées. En l'état, les Etats-Unis perdraient leur avantage comparatif par rapport à d'autres pays dans le domaine des services.
Sur le plan de la régulation et de la supervision financière, là encore, les chefs d'Etat du G20 ont sauvé les apparences d'un consensus. Le texte réitère l'engagement des Etats à promouvoir un système financier mieux régulé et plus robuste. Paris et Berlin ont pesé de tout leur poids pour l'adoption d'une taxe sur les banques destinés à éviter tout risque systémique à l'avenir. L'opposition de certains pays a abouti à un demi succès. Le communiqué stipule que la taxe est l'un des outils pouvant être mis en place parmi d'autres comme le renforcement des fonds propres des banques. Nicolas Sarkozy s'est pourtant satisfait que le mot même de taxe bancaire soit mentionné explicitement dans un communiqué du G20. « La France a obtenu le cadre qu'elle souhaitait. C'est un progrès et la décision de la France, de la Grande Bretagne et de l'Allemagne d'introduire cette taxe fera tache d'huile », a-t-il prédit. Pas si sûr alors que le Canada, accompagné de l'Australie, du Japon et de l'Inde notamment sont fermement opposé à cette taxe. Les autres sujets relatifs aux normes comptables des banques, aux règles de renforcement des capitaux propres, à la surveillance des paradis fiscaux n'ont pas fait l'objet d'avancées majeures. De nombreuses décisions seront prises lors du sommet du G20 à Séoul en novembre prochain. Comme l'a souligné Nicoals Sarkozy, « tous les sommets ne peuvent pas donner lieu à des décisions historiques » et spectaculaires. Ce sera peut être le cas l'an prochain lorsque la France présidera le G20. Avec le directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn, lequel partage la même vision de l'organisation future du système monétaire international, Nicolas Sarkozy a de grandes ambitions en 2011.
La Chine interdit à ses militaires de tenir des blogs
La Chine a interdit à ses 2,3 millions de soldats de créer des sites Web ou de tenir des blogs, renforçant encore les restrictions pesant sur Internet dans le pays."Les soldats ne peuvent pas ouvrir de blogs sur Internet, qu'ils le fassent en tant que soldats
ou non", a déclaré Wan Long, commissaire politique de l'Armée populaire de libération, cité samedi 26 juin par l'agence de presse officielle Chine nouvelle.
"Internet est complexe et nous devons nous prémunir contre les pièges en ligne", a-t-il ajouté, en soulignant ses inquiétudes concernant la "confidentialité" des affaires militaires, toujours selon l'agence. Cette interdiction figure dans la nouvelle version des règles administratives internes de l'Armée populaire de libération, la plus importante armée au monde. Elles sont entrées en application le 15 juin, d'après Chine nouvelle.
ARGUMENT SÉCURITAIRE
Ce mois-ci, la Chine a également invoqué la sécurité de l'Etat pour défendre son droit à la censure et avait demandé à ce que la manière dont elle gère ses 400 millions d'internautes – la plus grande communauté Internet au monde – soit respectée. Dans le même temps, le gouvernement chinois avait assuré "garantir la liberté de parole des citoyens sur Internet ainsi que leur droit de savoir, de participer, d'être écouté et de superviser".
Avec son "grand pare-feu", la Chine dispose aussi d'un vaste système de contrôle d'Internet, qui bloque l'accès à certains sites ou en censure le contenu jugé inacceptable par Pékin, qu'il s'agisse de pornographie ou de dissidence politique.
La garden-party de l'Élysée a donc vécu et on ne s'en plaindra pas. Elle était l'une de ces vitrines du train de vie de la monarchie républicaine française. Une survivance anachronique d'une prétention héritée de... Louis XIV. Le plus étonnant est qu'il ait fallu l'aggravation de la crise économique et la facture de plus de 600 000 € de l'édition 2009 pour qu'elle apparaisse scandaleusement dispendieuse. Jusque-là, les fastes élyséens de la fête nationale étaient excusés, voire compris. Après tout, c'était ça, aussi, la France... Nicolas Sarkozy a d'autant plus facilement fait une croix sur ce rendez-vous annuel qu'il ne l'a jamais aimé. Il l'accomplissait comme une corvée, après avoir commencé par supprimer le rituel de l'entretien politique. Au-delà de ce cérémonial exceptionnel, il ne s'est jamais senti à l'aise dans le décor du palais de la Pompadour. Peu après son entrée en fonction, il confirmait aux DNA qu'il trouvait le lieu peu fonctionnel et mal adapté à l'exercice d'un pouvoir présidentiel dynamique. Depuis, il a fait avec... Symbolique, la mise au régime sec du 14-Juillet ne lui coûte rien. Toujours bonne à prendre, même si elle n'aura aucune incidence sur la résorption du déficit budgétaire. Elle ne sera qu'un gadget - un effort en carton-pâte - sans une profonde remise en question du fonctionnement matériel du pouvoir, et notamment des dépenses exponentielles de la présidence. Tout se passe comme si président et ministres devenaient inconscients des gaspillages insensés entraînés par une conception d'un autre âge de leur standing. Aucune autre démocratie en Europe ne se paie un tel luxe tout entier dédié au prestige français. Les caricaturaux jets privés et cigares de Christian Blanc qui ont défrayé la chronique ne sont que les cerises sur le gâteau. S'il veut être efficace, l'effort devra porter sur l'avènement d'un Etat modeste. Ce sera autant une question de psychologie et de conception du pouvoir, que de soustraction. La France doit avoir le courage de s'imposer la révolution de la simplicité. Le pouvoir doit s'interroger sur la façon de se débarrasser de codes pesants qui le coupent du pays réel. L'apparat républicain protège tant de résistances des élites politiques à vivre le quotidien ordinaire des Français ! L'intensification annoncée de la rigueur aura au moins l'avantage - parmi tant de souffrances - d'accélérer une mutation nécessaire mais, pour l'heure, à peine ébauchée.
OLIVIER PICARD
Avec la crise, les Français ne croient plus dans leurs élites
Défiance envers les politiques, désamour envers les sportifs, dépit à l'égard du patronat, déclassification des intellectuels. A la crise économique, s'ajoute une crise des élites dans le pays. Autopsie de plusieurs fiascos
Les inventeurs de la carte à puce, de la magnétorésitance, du développement de la métathèse dans la synthése organique, du virus VIH sont tous Français. Le premier Roland Moreno, auteur de plusieurs ouvrages pertinents sur l'économie et la société, n'a jamais été associé à la moindre réforme d'importance concernant le pays. Le deuxième Albert Fert, prix Nobel de physique, est surtout célèbre chez ses anciens collègues des universités de Toulouse et Grenoble. Le troisième, Georges Chauvin n'est pas le Lyonnais le plus célèbre du moment. Le quatrième, le professeur Luc Montanier, s'est exilé en Amérique.
La France admire et décore ses inventeurs, se gargarise de ses prix Nobel, une fois l'an. Mais elle les associe rarement à la marche collective du pays et de la société. Nos meilleurs chercheurs, nos plus brillants cerveaux sont confinés dans leurs labos, épluchent des données étrangères aux non-initiés et planchent sur leurs publications confidentielles. Cette élite reconnue pour sa pertinence scientifique, son sens de l'éthique, sa capacité d'invention n'accède pas à l'exposition politico-médiatique qui lui donnerait valeur d'exemple.
Du coup, une autre élite s'est construite, par l'habileté ou la télé, le culot ou les réseaux et elle est aujourd'hui en crise. Jusqu'à présent, cette défiance de la population pour ceux qui sont censés la représenter est restée masquée par le confort dont bénéficiait notre société, ne se manifestant qu'au hasard d'une élection (21 avril 2002) ou d'une indignation ponctuelle (manifs anti-CPE). Avec la crise tout court, la fracture apparaît au grand jour et s'aggrave. Jusqu'où ira cette défiance ? Les répercussions électorales et sociales se verront dans les deux ans à venir.
En choisissant Herman Van Rompuy comme président permanent du Conseil européen qui les réunit une fois par trimestre, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont choisi un homme de bien. Calme, pondéré, Européen de conviction, l'ancien Premier ministre belge, flamand et démocrate-chrétien, est rompu aux négociations les plus ardues et semble capable de rapprocher les points de vue les plus inconciliables. Mais est-ce l'homme de la situation ?
Pour l'instant, celui qui doit incarner, aux yeux du monde, les États européens fédérés n'a pas marqué de son empreinte une Europe en doute, interpellée par les marchés financiers, questionnée par ses grands partenaires et objet de la déception de ses citoyens inquiets. Il a prononcé quelques discours pleins de sagesse, beaucoup parlé anglais, comme c'est la mode à Bruxelles, certainement travaillé dur dans l'ombre des « grands » chefs d'État.
Certes, une personnalité ne peut redresser, à elle seule, une situation dans laquelle les États se montrent, chaque jour, plus jaloux de leurs prérogatives et n'ont pas le courage d'accélérer une intégration, pourtant la seule issue à la crise de confiance que traverse l'Europe. Mais on attendait davantage du président « stable », désigné pour deux ans et demi. À tort ou à raison, les Européens auraient bien aimé s'identifier et se retrouver dans le caractère entraînant d'une personnalité charismatique. Ils l'attendaient et la réclamaient.
La prudence et le réalisme de ce faux modeste ont finalement confirmé qu'il n'avait pas été choisi pour cela. Il n'a d'ailleurs pas pris le pas sur la présidence des différents comités de l'Union, qui continue à être exercée, à tour de rôle, par les Etats. La première de l'après-traité de Lisbonne, tenue par l'Espagne, n'a pas cessé d'essayer ¯ en vain ¯ de se faire valoir et de multiplier les couacs. Elle aurait bien mérité d'être occultée par un vrai président faisant preuve d'autorité. À compter du 1er juillet, espérons que les Belges joueront davantage le jeu avec l'un de leurs compatriotes !
Avec José Manuel Barroso, la collision était inévitable. Le président de la Commission européenne est censé incarner l'intérêt général au-dessus des États et il était à peu près évident qu'il dût se heurter à celui qui les représente. C'est désormais le cas et chaque événement international nous montre le spectacle d'une Europe qui s'est offert deux têtes de plus pour nous représenter : Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, la « ministre des Affaires étrangères » de l'Union. Quand on ne veut pas de patron, on en choisit plusieurs !
Les institutions, en Europe comme ailleurs, sont d'abord ce que les hommes en font. Pour l'instant, le « Président de l'Europe » n'a pas su donner à l'Union un visage et une voix qui s'impose et s'exprime sur la scène mondiale. Il n'a pas contribué à offrir aux Européens de nouvelles occasions d'espérer. Or ils en ont besoin ; ils en ont les moyens, et c'est devenu une urgence.
(*) Président de la Fondation Robert-Schuman.
G20: DSK attend des actes Reuters
Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a jugé hier que l'objectif des pays du G20 de réduire de moitié leurs déficits d'ici 2013 importait moins que les mesures qu'ils mettront en oeuvre pour alléger leur endettement. Se fixer un objectif commun, a-t-il ajouté, est une idée intéressante mais simplifie trop le problème.
"Parler de réduire de moitié les déficits revient à simplifier à l'excès le problème, parce qu'il diffère d'un pays à l'autre", a expliqué le patron du Fonds monétaire international à l'issue du sommet du G20 à Toronto. "Le fait que les pays appliquent les bonnes mesures m'intéresse davantage", a-t-il poursuivi.
Strauss-Kahn dit repartir de Toronto plus optimiste sur la volonté des pays industrialisés et des économies émergentes regroupés au sein du G20 de coordonner leurs politiques nationales de sorte de ne pas stopper la reprise mondiale.
Peu importe, dit-il, que des pays avancent à des rythmes différents sur le retrait des mesures de soutien prises après le déclenchement de la crise économique et financées sur l'argent public.
"Si tous les pays se serraient la ceinture, cela pourrait être une catastrophe, cela pourrait totalement détruire la croissance", a-t-il ajouté.
Mais Strauss-Kahn a rapporté que le G20 n'avait pas évoqué la possibilité d'une rechute de l'économie mondiale, un scénario auquel le FMI ne s'attend pas non plus.
Sarkozy : «Nous sortons vidés de ces sommets»
Lors de la conférence de presse de clôture du G20 de Toronto, le président s'est félicité que ces rencontres soient devenues moins formelles.
Nicolas Sarkozy s'est présenté une heure plus tôt dans la salle où devait avoir lieu la conférence de presse de clôture du G20 de Toronto. Fait rare en cette occasion, le micro et les lumières ne marchent pas. L'attente est longue. Le président est fatigué, et il voudrait «vite» rentrer en France, dit-il dans une demi-pénombre pendant que les techniciens s'affairent. Après cinq longues minutes, le son, puis la lumière, sont rétablies.
«C'était une grande ambition d'avoir le son, mais si en plus nous avons la lumière, il ne me reste plus qu'à m'occuper du texte», sourit Sarkozy, qui prend le parti d'en rire. Le président a hâte de rentrer, mais il a envie de défendre ce G20, dont il a lancé l'idée il y a deux ans. «Vous croyez que cela nous fait plaisir de nous réunir ? Nous sortons vidés de ces sommets ! Je préférerais faire du bateau sur le lac Ontario», commence-t-il. «Si on ne discute pas, c'est la guerre. Ce n'est pas une question de plaisir, c'est une question de nécessité. Chaque sommet ne débouche pas sur des décisions historiques. Mais il faut prendre le temps de se comprendre. Si on ne se parlait pas, croyez bien que ça couterait plus cher. Ça fait partie du travail. Dans les siècles précédents, il n'y avait pas de sommets, chacun gardait sa vérité dans son coin et levait une armée».
Le voici converti, lui qui longtemps a pesté à l'idée de se retrouver dans ces causeries compassées où triomphe la langue de bois diplomatique. Il se félicite d'ailleurs que ces rencontres soient devenues mois formelles : «Se parler franchement autour d'une table, cela fait une différence», ajoute-t-il. «On comprend mieux les autres. Cela oblige à la tolérance et au compromis. Et ce sont de bonnes choses».
dimanche 27 juin 2010
Le G20 met en garde contre les excès de rigueur
Le projet de déclaration finale du G20 opère une subtile synthèse entre les positions américaines et européennes. Mais la taxe bancaire, défendue par la France et l'Allemagne, n'a pas fait l'unanimité.
Aprement négocié trois jours durant,
à Toronto, le projet de communiqué du G20 ne devrait fâcher personne. S'il intègre la rigueur dans la stratégie de croissance, il met aussi en garde contre les excès d'austérité. Toujours aussi impopulaire à l'échelle mondiale, la taxe bancaire est mentionnée par le G20 comme un instrument à la disposition des Etats pour faire payer à leurs banques les pots cassés de la crise. Les 28 pages de projet de déclaration finale, dont le Figaro a obtenu une copie, opèrent une synthèse subtile entre les positions américaines et européennes.
Angela Merkel peut se vanter d'avoir imposé les vertus de la rigueur budgétaire au plus au niveau. Mais au grand soulagement de Barack Obama et de Nicolas Sarkozy, elle n'aura pas transformé le G20 en sommet de l'austérité. «Les évènements récents montrent l'importance de finances publiques soutenables et le besoin pour nos pays de mettre en place des mesures de consolidation budgétaires étalées dans le temps, propices à la croissance, et différenciées selon les pays et les circonstances nationales», indique l'une des phrases les plus discutées du compromis.
Décidés à faire de la croissance «la priorité» du G20, les Etats-Unis ont obtenu de placer l'expression «relance» en bonne place dans la déclaration, une gageure, note un négociateur. «Nous devons laisser agir jusqu'au bout nos plans de relance budgétaires pour consolider la reprise», indique ainsi le G20. «Des ajustements simultanés dans plus grands pays pourraient compromettre la reprise», ajoute le texte.
Désaccord au sommet sur la taxe bancaire
Le Canada n'a pas vraiment réussi à imposer un pacte de stabilité à l'échelle planétaire. «Les économies avancées se sont engagés à prendre des mesures de consolidation budgétaires qui diminueront de moitié, au moins, les déficits d'ici 2013, et stabiliseront ou réduiront le ratio dette sur PIB d'ici 2016», rappelle le G20. Rien qui ne fasse très peur à la zone euro, ni même à la France qui a promis de ramener son déficit à 3% en 2013. La Maison-Blanche, quant à elle, n'a pas attendu le G20 pour s'engager à réduire le déficit budgétaire américain de moitié en 2013, afin de revenir à 3% de déficits en 2015.
S'il entérine le désaccord au sommet sur la taxe bancaire, en raison de la forte opposition du Canada de l'Australie, mais aussi des pays émergents (Chine, Inde, Russie), le G20 mentionne la taxe comme une option possible pour les pays soucieux d'épargner les deniers publics en cas de nouvelle crise bancaire. Défendue par le FMI, cette taxe serait modulée en fonction du profil de risques des institutions financières.
Encore un sommet international, et même deux, à grands frais pour rien ? Le G20 de Toronto, réuni dans la foulée du G8, ne va pas aboutir à un résultat concret. Et certainement pas à cette grande moralisation financière prônée par Nicolas Sarkozy au plus fort des crises de 2007-2008. D'ailleurs, d'éventuelles décisions ne devraient être prises qu'à Séoul en novembre, voire plus tard. Pourtant, quelque chose bouge sur la planète Finances. Les nouvelles réglementations de Wall Street arrachées par Barack Obama, la discussion autour des capitaux propres des banques (les accords Bâle II et Bâle III), la dissémination des risques, la transparence de certains fonds ou encore le débat sur la surveillance des agences de notations sont des indices à ne pas négliger. Ils montrent que sur un plan « technique », le monde veut se doter de nouveaux outils pour éviter un autre « crash », façon 2008. Mais exclusivement sur un plan « technique », sans ambitions politiques, sans visions macro-économiques ! Seuls sont prévus des « instruments » pour resserrer les boulons grippés et changer l'une ou l'autre courroie. Rien de révolutionnaire, rien qui bouleverserait l'ordre (ou le désordre) de la finance internationale largement responsable de la situation économique ! Parce que les gouvernants des « Huit » ou des « Vingt » défendent des intérêts opposés. Sous l'impulsion d'Angela Merkel et de David Cameron, l'Europe obnubilée par la réduction des déficits s'est convertie avec la foi du néophyte à la rigueur... qui entraînera bientôt la France. Les Etats-Unis prônent toujours une certaine relance par la consommation et appréhendent une déflation en Europe : elle réduirait leurs exportations vers le vieux continent, voire ailleurs, et pourrait gonfler leurs importations dopées par un euro bas. Et faute de débouchés européens, la Chine ne va-t-elle pas déverser toute sa manufacture sur le marché américain ? Il est vrai que Pékin, avec sa croissance de 9&, est gagnant sur tous les tableaux, qu'il y ait polémique sur le cours du yuan ou non. Enfin, les Américains ne comprennent pas l'Europe, certes comme eux noyée dans les déficits publics mais si riche en épargne privée. Selon eux, de l'argent qui dort... et la demande, donc l'activité, avec lui. A ces différends idéologiques s'ajoutent les réticences du Canada et des « émergents » du G20 sur une généralisation de la taxe bancaire ou sur une « taxe Tobin ». Pourquoi eux, dont les banques ont été « sages », paieraient-ils pour la cupidité des établissements américains et européens ? Attendre, hormis quelques outils, de vraies « solutions mondiales » à la crise (pourtant mondiale) est aussi illusoire qu'espérer le règlement des conflits armés par l'ONU. Les blocs économiques sont en concurrence, donc à chacun de se défendre...
Jean-Claude Kiefer
Au moment où les syndicats réussissent une forte mobilisation contre la réforme des retraites, le meilleur défenseur du projet gouvernemental, le ministre Eric Woerth, est mis sur la sellette pour un soupçon de conflit d'intérêts dans une affaire aussi glauque que symbolique.
Eric Woerth, ministre du Travail, est considéré comme l'un des meilleurs ministres actuels. Tout le monde loue sa compétence, sa connaissance des dossiers, sa solidité, sa franchise. Il passe pour un homme honnête, rigoureux et même scrupuleux. Les syndicats le respectent, l'opposition l'estime, même si à l'Assemblée nationale notamment, il peut se révéler pugnace, voire agressif dans les débats.
Des convoitises balzaciennes
En tout cas, il est l'un des trois ou quatre dont le nom circulait avec insistance pour succéder éventuellement à François Fillon cet automne. En privé, Nicolas Sarkozy, qui n'est pas toujours aimable envers les membres du gouvernement, disait grand bien de lui. Si la réforme des retraites passe, Eric Woerth serait considéré comme l'un des principaux artisans du succès. Patratras ! Alors qu'il est à la pointe du combat pour la réforme qui est considérée par tous, partisans ou adversaires, comme le marqueur social du quinquennat et comme l'emblème du volontarisme sarkozien, le voilà rattrapé par la ténébreuse affaire Liliane Bettencourt. La fortune de la femme la plus riche de France fait l'objet de convoitises balzaciennes. Le photographe mondain François-Marie Banier est soupçonné de lui avoir extorqué presque un milliard d'euros. La fille de Liliane Bettencourt considère que sa mère, affaiblie par l'âge (elle est octogénaire et visiblement fatiguée) est sous l'emprise d'un entourage vorace. On multiplie les actions judiciaires, les parties opposées s'envoient du papier bleu et se préparent à s'affronter devant les tribunaux. Les avocats les plus célèbres défendent leurs intérêts. Un majordome indélicat enregistre clandestinement les conversations dignes de dialogues d'un film très noir entre les protagonistes. Parmi les noms échangés reviennent ceux d'Eric et Florence Woerth. L'épouse du ministre travaille en effet depuis 2007 dans la petite cellule chargée de gérer l'immense fortune de l'héritière de L'Oréal, premier fabricant de cosmétiques du monde. Elle est responsable de l'investissement des dividendes perçus sur les actions de L'Oréal. Gestionnaire de fortune, c'est son métier depuis plus de vingt ans. Elle passe pour une bonne professionnelle et ses activités demeurent dans le strict cadre de la légalité. Alors, où est le problème ? Il se trouve, pour commencer, dans l'ambiguïté de sa nomination. Comme Florence Woerth est recrutée en 2007 par le principal gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, son mari est déjà ministre du Budget. Maistre se vante au téléphone de la commodité de cette situation. C'est déjà imprudent, même si à l'époque il n'est pas question d'évasion fiscale. Eric Woerth remet d'ailleurs lui-même la croix de chevalier de la Légion d'honneur à Patrice de Maistre. C'est encore imprudent, puisque cela affiche une familiarité entre le ministre du Budget et l'une des grandes fortunes de France. Par-dessus le marché, Eric Woerth, membre du gouvernement, demeure trésorier de l'UMP. Rien d'illégal mais, au sein d'une République qui se prétend exemplaire, un cumul risqué puisqu'il revient à solliciter de l'argent de contribuables dont on a la tutelle.
Le fameux fichier suisse
Il est bien possible que, s'il s'est ainsi exposé, c'est justement parce qu'Eric Woerth ne pratique pas le mélange des genres et qu'il a parfaitement bonne conscience. N'ayant rien fait d'illégal ou d'immoral, il ne se serait pas cru obligé de renoncer à ses fonctions de trésorier de l'UMP ou de demander à sa femme d'abandonner son travail. C'est la thèse de ses amis et elle est plausible. L'ennui est que les apparences sont très inconfortables. Entre-temps, le fameux fichier suisse a en effet été fourni au fisc français. Trois mille noms y figurent. Une vaste entreprise de vérification, de régularisation et, le cas échéant, de sanctions est mise en œuvre. Eric Woerth change de poste et est promu ministre du Travail mais une partie (d'ailleurs modeste) de la fortune Bettencourt se trouve de l'autre côté du lac Léman. Dès qu'on l'apprend, Florence Woerth démissionne et quitte la cellule de gestion de la fortune Bettencourt. Il n'empêche : le soupçon s'instille. Même si elle n'a rien su, c'est très possible techniquement, la femme du ministre se trouvait sous les ordres de celui qui savait et agissait pour frauder le fisc, celui-là même qui se vantait de ses relations ministérielles.
Sans doute intègre, certainement maladroit
Rien de tout cela ne prouve qu'Eric Woerth ait commis quelque infraction que ce soit mais tout converge pour démontrer son imprudence ou son inconscience. A l'époque de la communication-reine, il ne suffit pas d'être honnête, il faut encore en avoir les apparences. Eric Woerth est sans doute intègre mais certainement maladroit : faute de précautions nécessaires, voire de prudence élémentaire, le voilà aujourd'hui en grande difficulté, et le gouvernement avec lui.
Le G20 veut concilier croissance et lutte contre les déficits
Les dirigeants des principales nations industrielles et des grands pays émergents se réunissent dimanche à Toronto avec pour enjeu une coordination de leurs politiques pour rendre durable la reprise économique mondiale, qu'ils abordent en ordre dispersé.
Les pays du G20 feront aussi le point de leurs efforts en matière de régulation des banques et des marchés, une priorité affichée lors de leurs précédentes rencontres pour éviter que la crise financière de fin 2007, qui a dégénéré en une dépression mondiale sans précédent depuis 1929, ne se reproduise.
Il s'agit de la quatrième réunion au sommet du groupe depuis celle de fin 2008 à Washington au plus fort de la crise.
Composé des Etats-Unis, de leurs grands alliés européens, du Japon mais aussi de la Chine, du Brésil, de l'Inde et la Russie, le G20, qui pèse pour 80% du commerce mondial, est devenu entre temps le principal forum de discussion international sur les questions économiques et financières.
Si la récession, qui a été combattue à coups de centaines de milliards de dollars d'argent public, appartient aujourd'hui au passé, le défi à présent est de consolider une croissance jugée encore globalement fragile.
Dans ce contexte, les Etats-Unis, rejoints par d'autres pays comme l'Inde, se sont inquiétés publiquement des politiques de réduction de leurs déficits annoncées par plusieurs pays européens échaudés par la tempête financière qui a presque emporté la Grèce, une des nations les plus endettées.
MEME OBJECTIF
L'approche du G20, qui a été précédé d'un sommet du G8 dans la campagne de l'Ontario, a néanmoins été marqué par un souci d'apaisement entre les deux rives de l'Atlantique.
"Nous visons la même direction, celle d'une croissance durable à long terme qui met les gens au travail", a déclaré le président américain Barack Obama.
Selon un projet de communiqué obtenu par l'agence Reuters, les pays du G20 sont proches d'un accord sur une réduction de moitié de leurs déficits publics, qui ont été gonflés par la crise, sur une période de trois ans. Mais ils laisseraient aussi le choix à chacun d'agir, au moins dans un premier temps, à son rythme pour tenir compte de sa situation économique.
Le projet de communiqué qui circule reconnaît ainsi l'existence de stades plus ou moins avancés de reprise selon les pays et l'équilibre délicat nécessaire entre le soutien à la croissance et la consolidation de finances publiques.
"Il y a le risque qu'un ajustement budgétaire synchronisé de plusieurs grandes économies impacte négativement la reprise. Il y a le risque aussi que l'absence d'une consolidation nécessaire nuise à la confiance et entrave la croissance", lit-on dans le texte.
La principale source de la croissance mondiale est aujourd'hui l'économie de la Chine et des autres grands pays émergents, qui partagent la même inquiétude à propos des problèmes de dette des vieux pays industrialisés.
Au sein du G20, la dette de ces derniers devrait atteindre en moyenne cette année 107,7% de leur produit intérieur brut, contre 80,2% en 2007 au début de la crise, alors que les prévisions pour les pays émergents du groupe sont à 37%.
VIOLENCES A TORONTO
Toujours selon le projet de communiqué, les dirigeants du G20 devraient saluer l'inflexion dans un sens plus souple de la gestion de sa monnaie, le yuan, par la Chine, dont certains espèrent qu'il se traduira par une appréciation de la devise.
Ils devraient aussi s'engager à renforcer la solidité de leurs banques en durcissant leurs normes de capitalisation.
L'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne sont bien décidées à pousser leur projet de taxation des établissements financiers, auquel les Etats-Unis sont aussi favorables mais qui est combattu par le Canada et plusieurs pays émergents.
Le G20 serait prêt à laisser chaque pays libre d'imposer une telle taxe pour récupérer les importants moyens engagés par les Etats pour sauver leurs banques de la crise.
Les dirigeants du G20, qui se sont retrouvés samedi soir à Toronto pour un dîner, ont quatre sessions de travail à leur menu ce dimanche, dont un déjeuner, le sommet devant s'achever vers 16h30 (20h30 GMT).
Le centre de la capitale économique du Canada a été samedi le théâtre d'échauffourées entre la police et des militants anarchistes vêtus de noirs à l'issue de manifestations anti-G20 qui ont rassemblé plusieurs milliers de personnes généralement dans le calme. La police a fait état d'au moins 130 interpellations.
samedi 26 juin 2010
Un crachat et une intervention de la police, scénario peu commun à Wimbledon
Des organisateurs qui accusent un joueur d'avoir craché en direction du public, la police britannique qui annonce avoir arrêté quatre personnes... Wimbledon a vécu une drôle de journée, vendredi, loin de son image de tournoi pour gentlemen. Et tout cela lors d'un même match, celui qui opposait, sur le court 18, le Roumain Victor Hanescu à l'Allemand Daniel Brands, pour le troisième tour.
Le porte-parole du tournoi a par ailleurs indiqué, sans relier les deux événements, que la police était intervenue lors de ce même match pour procéder à plusieurs arrestations. "A 20 h 50 environ, la police a été appelée sur le tournoi. Quatre hommes ont été arrêtés pour violation de la loi sur l'ordre public. Ils ont été conduits à un poste de police où l'enquête se poursuit", a confirmé la la police.
Peut-il réussir là où tant de ses prédécesseurs ont échoué ? François Fillon parviendra-t-il à mener à bien une réforme des retraites forcément impopulaire, celle-là même dont Michel Rocard disait qu'elle pouvait faire tomber dix gouvernements ? Le Premier ministre est moins connaisseur en football que le chef de l'État - il ne lui serait sans doute pas venu à l'idée de recevoir Thierry Henry le jour même où deux millions de personnes étaient dans la rue, ça non - mais il montre des qualités certaines pour marquer en contre. Un goût avéré, pour la contre-attaque, avec l'absence totale de complexe du débutant. Non sans culot, il a toisé le mécontentement de la rue pour bien faire comprendre que, cette fois, il irait jusqu'au bout. Et il n'a pas attendu plus d'une nuit pour le faire. Lui que l'on avait dit effacé, ombre dans l'ombre de Nicolas Sarkozy, subissant une fonction dont il avait programmé lui-même la disparition, charge sabre au clair. C'est mister Nobody au pont d'Arcole ! Et si le vrai bonapartiste était à Matignon plutôt qu'à l'Élysée ? Le chef du gouvernement ne semble guère s'embarrasser, en effet, de sa cote de popularité qui s'érode, certes, mais résiste étonnamment bien à une crise qui aurait pu la ruiner. Il mise sur sa détermination dans la tempête pour renvoyer l'image d'un dirigeant ne variant pas aux vents de la colère. Cette obstination-là lui vaut sans doute considération et crédibilité dans une France lassée et même agacée par les diktats des sondages maniés, jusqu'à la manipulation parfois, par les maîtres-stratèges de la communication. Lui, est plus à l'aise avec un simple calendrier en carton-mâché qu'avec des liasses d'enquêtes d'opinion. Pour les retraites, il a réglé le timing au millimètre, manœuvrant à découvert pour prendre par surprise une opposition presque étonnée par une offensive aussi candide. Maintenant, il pousse son avantage... Le risque, maintenant, c'est d'en faire trop. A force de nier la rigueur au prétexte, simpliste, qu'ailleurs c'est bien pire, il affaiblit son propre discours de fermeté budgétaire et financière. Il a trop nié toute hausse des impôts pour que le début de reniement qu'il a esquissé hier passe inaperçu. Il ne faudrait pas, non plus, que le courage dont on le crédite encore prenne peu à peu l'apparence d'une froide arrogance modèle Juppé 95. Le danger, ce serait de se laisser emporter par un excès de confiance en lui : narguer le mouvement syndical en minimisant l'ampleur du jeudi de protestation, c'est aussi faire un pied de nez à une France qui souffre et s'inquiète. Avoir raison, seul contre tous s'il le faut, dans la seule idée de servir les intérêts du pays, est une tentation à laquelle cet ex-gaulliste social doit être sensible. Sera-t-il capable de résister à ses maléfices.
De plus en plus, en Union européenne, on semble désireux de se rapprocher de la Russie. Après l'époque des protestations contre les atteintes aux droits de l'homme, nombreuses et flagrantes sous la présidence de Vladimir Poutine, voici venu le temps de la compréhension. Il est vrai que le président actuel, Dmitri Medvedev, semble plus proche des exigences occidentales en ce domaine. Pourtant, les exactions, les crimes contre les journalistes indépendants, par exemple, restent pratiquement impunis.
La France n'est pas en reste dans ce mouvement de rapprochement. Nous discutons volontiers de l'achat par la Russie de nos navires de guerre polyvalents de type Mistral. Vladimir Poutine, cependant, exige, pour acheter, que la France laisse à ces navires leurs équipements électroniques ultra-perfectionnés. Nous, nous ne voulions pas les exporter ainsi. Sans doute pour montrer aux pays périphériques de la Russie que nous ne voulions pas risquer de voir accrue quelque menace venant de leur puissant voisin. Apparemment, on en est là.
Pendant ce temps, la situation se tend à nouveau sur les livraisons de gaz russe à certains pays. Aujourd'hui, c'est la Biélorussie qui se trouve en difficulté, chacun des deux protagonistes reprochant à l'autre de ne pas avoir tenu ses engagements financiers. La Russie recourt alors aux grands moyens et commence à fermer le robinet et à réduire les livraisons à la Biélorussie, comme elle le fit pour l'Ukraine. Comme l'Ukraine, la Biélorussie, en réponse, menace de garder le gaz qui passe sur son sol en transit vers l'Europe.
Pour une commission européenne de l'énergie
Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, vient de constater une baisse des livraisons de gaz en Lituanie, dans l'est de l'Allemagne, en Pologne. Voici donc bien démontré que l'Union européenne peut se trouver placée en situation difficile par le simple contrecoup des choix politiques russes dans lesquels elle n'est pour rien. Ainsi, le Président de Biélorussie, qui ne suscite pas chez nous une particulière sympathie, semble peu enclin à entrer dans l'union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan que veut lui imposer Moscou. Les dirigeants russes voient, dans l'approvisionnement en gaz, un moyen de l'y contraindre. Cela manifeste notre propre fragilité et, plus encore, celle des anciens satellites de l'URSS comme les Pays baltes. Ceux-ci sont encore plus directement dépendants de la Russie en la matière.
Tout cela devrait pousser l'Union européenne à réagir plus rapidement et plus efficacement. N'attendons pas d'être pris au dépourvu par d'autres crises qui, survenant en plein hiver, mettraient les pays de l'Union en plus graves difficultés encore. Il est donc urgent de créer cette « communauté européenne de l'énergie » souhaitée par Jacques Delors et par Jerzy Buzek.
Il est temps pour nous, en France comme dans les autres pays européens, de comprendre que ce n'est pas en tentant d'améliorer individuellement nos relations avec la Russie que les choses s'arrangeront. Si chacun de nos pays négocie pour son propre compte la fourniture de gaz, nous y perdrons tous. Seule l'Union européenne peut s'imposer dans des négociations avec des mastodontes comme Gazprom. Seule l'Union européenne peut instaurer la sécurité en ce domaine et garantir ainsi l'indépendance de chacun.
Les syndicats de fonctionnaires furieux contre Eric Woerth
es huit syndicats de fonctionnaires ont claqué vendredi 25 juin la porte de la première réunion de négociation salariale, le ministre du travail Eric Woerth n'ayant pu confirmer la hausse générale du point d'indice prévue au 1er juillet, ni démentir un éventuel gel des salaires. "Cette désinvolture est inacceptable et c'est pourquoi
nous avons quitté la séance", a déclaré Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU.
"A quatre jours de l'échéance" de la prochaine réunion, le ministre "nous dit que le gel des salaires est la perspective la plus vraisemblable pour 2011, 2012 et 2013", s'est indigné Jean-Marc Canon (CGT). Ce scénario "représenterait 8 % de perte de pouvoir d'achat", a affirmé son syndicat, dans un communiqué, calcul effectué sur la base des prévisions d'inflation utilisées pour la programmation triennale des lois de finances.
Avant de claquer la porte, les syndicats ont lu une déclaration commune. "La valeur du point d'indice" est "l'élément central et prioritaire en matière salariale dans la fonction publique", affirme le texte, signé des huit syndicats (CGT, FSU, FO, Solidaires, UNSA, CFDT, CFTC et CGC). Alors que les syndicats veulent négocier des augmentations générales de salaire, qui s'effectuent par la revalorisation d'un "point d'indice" fixée depuis le 1er juillet 2009 à 55,12 euros (+0,5 %), le gouvernement parle lui de "salaire moyen", incluant les primes, promotions et heures supplémentaires, qui ne bénéficient pas à tous.
"C'EST FACILE DE TOUT METTRE DANS UN MÊME POT"
Peu après, un communiqué commun de MM. Woerth et Tron affirmait que l'augmentation générale de 0,5 % au 1er juillet est fonction d'"arbitrages budgétaires" non encore rendus, la décision finale devant être annoncée "aux environs du 1er juillet".
"Le discours d'ouverture était catastrophique" et "sans aucune proposition", a réagi Bernard Sagez, secrétaire général des fonctionnaires CFTC, à la sortie de la séance. Selon lui, Eric Woerth aurait "déclaré que la valeur du point d'indice représente le sixième du salaire des fonctionnaires. C'est quand même scandaleux, ce n'est pas du tout la situation dans la fonction publique. C'est facile de tout mettre dans un même pot et de faire croire qu'on a tous été augmenté de 2 %" s'est-il indigné.
Coup de théâtre cependant, une heure après cette séance, le premier ministre François Fillon déclarait lors d'une conférence de presse que "l'engagement a bien été pris par le gouvernement d'augmenter le point d'indice de 0,5 % au 1er juillet". "Cet engagement n'est pas remis en cause", mais "il y aura une discussion avec les partenaires sociaux", a-t-il dit.
Dans le calcul de la rémunération des fonctionnaires, le point d'indice représente environ 25 % du total, a affirmé de son côté le secrétaire d'Etat à la fonction publique Georges Tron, selon qui syndicats et gouvernement pourraient se revoir "en début de semaine prochaine". Les syndicats ont par ailleurs jugé le calendrier trop serré et déploré de n'avoir reçu les documents de préparation que mercredi soir.
vendredi 25 juin 2010
Vers des adresses Internet en .xxx
L'industrie pornographique devrait bientôt disposer d'adresses Internet spécifiques terminées en .xxx. L'Icann, l'organisme qui gère les noms de domaine sur Internet, a donné, vendredi 25 juin, le feu vert de principe pour cette extension. "Le nom de domaine n'a pas été encore approuvé, mais cela avance selon une procédure accélérée", a précisé à l'Agence France-Presse Martijn Pakker, porte-parole de l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), lors d'une réunion à Bruxelles.
L'extension .xxx est réclamée depuis l'an 2000 par la société ICM Registry, mais l'Icann s'y est opposée par trois fois. En 20
05, ICM avait même obtenu l'agrément, avant qu'il ne soit invalidé, après de nombreuses critiques émises par des groupes conservateurs et religieux aux Etats-Unis. En 2007, un collège de juges américain a toutefois poussé l'organe de régulation de l'Internet à rouvrir le dossier. C'est la première fois que l'Icann revient sur l'une de ses décisions.
Outre les considérations sociales et politiques, l'arrivée d'une extension en .xxx est aussi un enjeu économique. Avec 370 millions de sites pornographiques qui existent déjà sur Internet, l'extension liée aux contenus pornographiques peut potentiellement concurrencer le .com. L'Internet Pornography Statistics estime par ailleurs que plus de 3 000 dollars (2 440 euros) sont dépensés chaque seconde sur ces sites, et le mot "sexe" sous ses différentes traductions représente 25 % des requêtes soumises aux moteurs de recherche.
PLUS DE 100 000 PRÉ-RÉSERVATIONS
Pour Stuart Lawley, fondateur d'ICM, 500 000 sites sont potentiellement intéressés par une telle extension et plus de 100 000 ont déjà effectué une pré-réservation. L'entrepreneur s'attend à des recettes de 30 millions de dollars (24,4 millions d'euros) par an, en exploitant le .xxx. M. Lawley pense enfin que cette nouvelle extension permettra de mieux surveiller les sites pour adultes. Certains sceptiques soutiennent toutefois que les sites pornographiques devraient majoritairement rester sur des adresses Internet en .com, mieux référencées.
La demande de création de cette extension doit à présent être examinée par le Governmental Advisory Committee (GAC), comité consultatif international, au sein de l'Icann.
Ferme sur les retraites, plus dur sur les niches fiscales
François Fillon a précisé lors d'une conférence de presse la réponse du gouvernement à la mobilisation sur les retraites et durcit le programme de réduction des déficits.
François Fillon reprend la main. Après une semaine marquée par les polémiques, le chef du gouvernement a voulu faire un point d'étape sur la réforme des retraites et la politique de réduction des déficits. Il a estimé vendredi qu'"aucune mobilisation ne réglera le problème démographique" au coeur du dossier des retraites, au lendemain de la journée de grèves et de manifestations. "Le gouvernement comprend les inquiétudes, il écoute l'avis des Français (...) il écoute l'avis des Français qui ont manifesté, il écoute l'avis des Français qui n'ont pas manifesté", a-t-il déclaré. Mais "je veux dire solennellement qu'aucune mobilisation ne réglera le problème démographique que pose la question des retraites", a-t-il ajouté. "Quelles que soient les oppositions, quelle que soit leur force, nous avons le devoir d'assurer le financement des retraites des Français", a-t-il poursuivi. "Les décisions que nous avons à prendre pour sauvegarder les régimes de retraite sont des décisions lourdes".
En ce qui concerne la réduction des déficits, l'effort de réduction des niches fiscales, qui porte sur cinq milliards d'euros pour la période 2011-2013, pourra être porté à 8,5 milliards d'euros si la conjoncture l'impose, a déclaré vendredi François Fillon. Le Premier ministre a précisé que des "efforts supplémentaires" seraient décidés par le gouvernement si la croissance est en deçà de ses prévisions. Le gouvernement table sur 1,4% de croissance du produit intérieur brut (PIB) en 2010 et 2,5% en 2011. "Il est trop tôt pour envisager de modifier la prévision" pour 2011, a dit François Fillon, soulignant toutefois qu'"un rebond" suivait souvent une sortie de crise.
Une statue de Staline déboulonnée dans la ville natale du dictateur
Une grande statue de bronze représentant Joseph Staline dans sa ville natale de Gori, en Géorgie, a été déboulonnée secrètement dans la nuit, a indiqué vendredi 25 juin
le gouvernement, alors que l'ancien dictateur soviétique demeure très populaire dans cet Etat du Caucase.
La statue, qui mesurait six mètres de haut et se trouvait sur la place centrale de Gori depuis le début des années 1950, avait déjà été au centre de controverses ces dernières années, le gouvernement du président géorgien pro-occidental Mikheïl Saakachvili ayant plusieurs fois suggéré qu'il entendait la supprimer.
Beaucoup d'habitants de Gori défendent passionnément la mémoire de Staline et se sont déclarés totalement opposés à ce que le momument soit retiré.
Le match qui a débuté hier est décisif. De son résultat dépend l'issue de la prochaine présidentielle. Si les négociations sur la réforme des retraites, pour l'heure inexistantes, ne sont pas à la hauteur de leurs attentes, les salariés feront payer l'addition à Nicolas Sarkozy. Il sait que les choses sérieuses ont commencé quand le gouvernement a dévoilé sa réforme. Il sait aussi que la mobilisation d'hier lui signifie sans ambiguïté que la bataille sera rude. Il n'ignore pas non plus que les affaires qui concernent plusieurs membres du gouvernement parasitent l'avancement du dossier et accroissent le sentiment d'injustice de cette mesure d'allongement de l'âge de la retraite.
L'unité syndicale presque refaite et le nombre de manifestants dans la rue attestent que la fermeté des déclarations et les sondages censés préparer l'opinion n'ont eu que des effets limités. Si Nicolas Sarkozy était aussi serein qu'il l'affecte, il n'aurait pas profité de l'été pour faire avancer la réforme marqueur du quinquennat. Son expérience lui a déjà permis de mesurer que, majorité institutionnelle ou pas, les mesures gouvernementales sur les retraites ont toujours une forte influence sur les comportements des électeurs. Or le premier corps électoral ce sont les salariés.
Éric Woerth a beau mettre l'accent sur les privilèges des fonctionnaires, multiplier les arrogances sur « le peuple hostile au changement et recroquevillé sur ses acquits », il a de plus en plus de mal à occulter que la facture sera sociale et qu'il va falloir tailler dans les budgets publics. Et le plan de rigueur ne sera pas loin derrière pour donner des gages aux agences de notation.
Or s'il y a des problèmes de retraites et de diminution des cotisations c'est parce qu'il y a des problèmes d'emplois. Il faut donc arrêter de jouer avec les dispositifs et se décider à financer le retour à l'équilibre par l'impôt sur tous les revenus et pas seulement sur le salariat. Mais pour le chef de l'État cette affaire sera bouclée dès le Conseil des ministres du 13 juillet, quel que soit le ministre du Travail en place. Tout au plus est-il disposé à quelques ajustements déjà prévus. À moins que la mobilisation et la perspective d'un vote rejet?












