TOUT EST DIT

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vendredi 14 mars 2014

le président de l'échec

Le président de l'échec


La seule chance pour François Hollande d'être réélu en 2017 est d'avoir Marine Le Pen face à lui au second tour. Dès lors, tous les coups sont permis...

Sarko, Buisson, Copé..., écoutes, trahisons, abus de pouvoir, comptabilités douteuses, trafic d'influence. Anarchie, désordre, bassesses..., et voilà la droite bien arrangée pour affronter les municipales. Une calamité orchestrée sur mesure et juste à point pour renforcer l'honneur et la vertu d'un gouvernement sans peur et sans parole. C'était urgent, bien sûr, à l'heure où la Commission européenne met la France sous surveillance renforcée pour incompétence officielle dans le traitement de la dette publique. Elle diagnostique notre pays "gravement malade" et redoute que cet état empire tous les jours. Pourquoi la France, classée quatrième richesse du monde, est-elle menacée d'un désastre ? Pourquoi cette dette est-elle en train d'exploser, atteignant 1 900 milliards cette année ? Pourquoi les dépenses publiques continuent-elles de progresser - 57 % du PIB ? Tout simplement parce que M. Hollande garde le cap.

Bruxelles prédit le pire, mais Hollande n'a qu'un but, le pouvoir

Non pas celui qu'il nous fait miroiter depuis le début, sans jamais le définir clairement - ce n'est pas son genre, la clarté -, mais celui auquel nous n'avons pas prêté attention lors de son annonce de candidature, le 1er juin 2011 : "Mon rôle, c'est de convaincre Mme Dugenou." Chère Mme Dugenou, tu peux avaler toutes les couleuvres. Si tu n'as jamais mis les pieds à Bricorama, tu n'as pas compris qu'une "boîte à outils" peut tout juste servir à raccorder la durit au réservoir d'un scooter ; le dit scooter ne s'use que si l'on s'en sert, alors que la fonction présidentielle ne cesse d'être compromise par des agissements de quidam vaguement énamouré - lequel ne serait même pas admis, normalement, à stationner dans la cour de l'Élysée.
Pour mieux comprendre l'offensive synchro-municipales et l'abondance de casseroles concomitantes, il faut seulement se reporter aux paroles et aux actes du président actuel. Son vrai cap : l'affichage. On passera pieusement sur la courbe du chômage ou "la courageuse réforme" du pacte de responsabilité - dont les mal-pensants attendent surtout un "pacte d'irresponsabilité" tant il jongle vite fait, mal fait, avec une hypothétique cagnotte de 50 milliards, qu'il met à toutes les sauces (mesures de financement), si bien que pas un syndicaliste n'y retrouve le coût du travail. FO et CGT descendent d'ailleurs dans la rue le 18 mars pour obtenir des arguments comptables sur la création d'emplois chiffrée hollandaise. Bref, déficit, emploi, croissance, Bruxelles prédit le pire, mais Hollande n'a désormais qu'un but : le pouvoir. Lui qui disait autrefois "La meilleure façon de réussir est de ne pas faire carrière" en a sans doute eu la révélation au Mali, le 3 février 2013, quand il est devenu le héros de Tombouctou libérée. Sous les acclamations, il a déclaré, ému aux larmes : "C'est le plus beau jour de ma vie... politique."

Il fait l'impossible pour favoriser la montée du Front national

On dirait qu'il ne s'en est jamais remis. Avec sa salve de dénonciations à l'encontre de l'UMP, il se montre prêt à tout. Il fait l'impossible pour favoriser la montée du Front national. Peu lui importe de privilégier ainsi le risque de sortir de l'euro, le racisme rampant, le repli sur soi, avec la méfiance irraisonnée envers l'étranger, quel qu'il soit, l'asphyxie programmée d'un pays avec le rétablissement de ses frontières, à l'heure de la mondialisation déferlante. Peu lui importe les fondamentaux du socialisme, à savoir la solidarité et l'intérêt général. Sa seule chance d'être réélu en 2017 est d'avoir Marine Le Pen face à lui au second tour. Il s'y tient, il s'y accroche. Les municipales ne sont pourtant pas une échéance gravissime pour lui. Le vote-sanction sera faible. Dans une petite ville ou un village, on vote d'abord pour ou contre le sortant, selon son bilan local. Dans les villes-phares, le PS est plutôt bien placé. Mais M. Hollande est un prudent, un matois. Mieux vaut tenter de désamorcer le péril "droite" avant qu'il ne se refasse une santé. 
Les casseroles ne manquent pas. Dans son parti non plus si on y jette un coup d'oeil. Guérini, n'en parlons pas. Dallongeville, ancien maire PS, accusé de fausses factures et de détournements de fonds (4 millions d'euros). Hollande, appelé comme témoin..., n'y va pas. Sa méthode : "Je ne sais rien, mais j'aiderai la justice à faire toute la lumière." Idem pour Teulade, suppléant du député Hollande, alors trésorier de la Mutuelle retraite des fonctionnaires, qui n'a rien vu des 156 000 euros de détournement ni des abus de biens sociaux, avantages et logement. Etc., etc. L'accumulation de casseroles ne peut pas faire de la bonne cuisine. Pire, si la vengeance est un plat qui se mange froid, il arrive que celui-ci vous revienne tout chaud. Exemple : "Je suis le président de l'échec, je suis un sale mec, mais, dans cette période difficile, je suis le seul capable..." (Hollande, 4 janvier 2012, parodiant Sarkozy. Des paroles et des actes)



jeudi 2 janvier 2014

"Hollande et la purée mathématique"

L'engagement numéro un du président d'inverser la courbe du chômage n'a été inventé que pour la circonstance. C'est tout simplement du flan !

Formulée la première fois en septembre 2012, répétée jusqu'à l'insistance au point de devenir l'engagement numéro un présidentiel, l'inversion de la courbe du chômage vient de se convertir en gloubi-boulga. François Hollande s'est fendu le 26 décembre d'un communiqué propre à souligner sa modestie face au succès et, du même mouvement, nous remonter le moral : "L'inversion de la courbe du chômage est désormais amorcée."
Sur le coup (très bref, hélas), on respire déjà mieux. Et puis, assez vite, on se demande si notre président ne serait pas victime d'un double, mal inspiré, qui lui coupe régulièrement ses effets ou bien lui souffle que la meilleure façon de passer à la postérité serait de proclamer une version ultra-fabriquée du réel. Première étape du doute absolu : inverser une courbe est une expression qui n'existe pas. C'est le mathématicien Étienne Klein, sur France Inter, qui le démontre aussitôt et affirme que "cette courbe du chômage" a été inventée pour la circonstance. "C'est de la purée mathématique", assène-t-il.
L'annonce n'est que la traduction numérique de la fonction chômeur. Sincère et véridique, le président aurait pu nous dire : "Nous continuerons de notre mieux à diminuer le nombre des chômeurs..." - ou encore : "Nous tenterons l'impossible pour que cette courbe augmente moins vite qu'avant." Mais l'entretien du flou est une volonté hollandaise. Nous a-t-il dévoilé que, depuis 2012, 300 000 chômeurs ont rejoint la cohorte de ceux qui peinent et s'angoissent tous les jours ? Le chiffre officiel, celui de la baisse des demandeurs d'emplois, est en effet aujourd'hui de 17 800 personnes. Ce qui ne veut pas dire qu'ils sont sortis d'affaire.

Calculs tordus

Le calcul est plus complexe. Il est basé, d'une part, sur l'Insee (Institut national de la statistiques et des études économiques), qui publie ses résultats chaque trimestre à partir d'un échantillon de 100 000 personnes "ayant au moins 15 ans, disponibles, cherchant du travail, inscrites ou non à Pôle emploi". D'autre part, selon les critères de Pôle emploi, et la publication mensuelle de ses chiffres, cela correspond à une "personne n'ayant pas eu d'activité pendant le mois et cherchant du travail". En principe, c'est crédible. En réalité, c'est tordu. Parce que Pôle emploi classe les gens en trois catégories, A, B,C.
Si vous voyez une baisse de 20 000 chômeurs en catégorie A, ce n'est pas du tout qu'ils sont tirés d'affaire, c'est qu'ils sont descendus en catégorie B et C - pour exercer dorénavant une activité réduite. Parfois très réduite. Si un prof de maths trouve un petit boulot, deux heures de cours par mois, hop, radié, fini le chômage. Les contrats aidés, en stage ou en formation ne sont pas non plus comptabilisés - moins 16 000 en un mois. Sans oublier une forte hausse des radiations administratives, 11 000 supplémentaires sur novembre, soit faute de s'être "actualisé" soit pour non-réponse à une convocation. Le problème est que la chose (l'administration) étant totalement informatisée, celui qui est en rupture d'Internet - s'il n'a pu payer son abonnement, par exemple - est radié.

Une population entière tachée par les suicides

Les vrais chiffres ? Fin octobre, 4,88 millions de chômeurs étaient inscrits à Pôle emploi en catégorie A, B, C. Ils ne comprennent pas tous ceux qui sont perdus pour les statistiques et le beau discours de l'Élysée. Ceux qui ne se sont jamais inscrits ("on voit bien, à la télévision, les usines qui ferment tous les jours") et ceux qui ont abandonné, dégoûtés de la paperasse inutile à remplir et des interminables tunnels administratifs. Le Mouvement national des chômeurs et précaires voit dans la difficulté et le non-sens des procédures administratives un bon moyen de faire décrocher le chômeur et de l'effacer des statistiques.
Il y a aussi ceux qui meurent tous les jours et ne font plus la queue au guichet. Une personne s'immole tous les 15 jours en France pour cause de chômage. Chacun peut regarder sur Internet Le grand incendie, un webdocumentaire qui raconte ceux qui ne voient plus d'autre issue que la mort et se la donnent le plus souvent sur leur lieu de travail. On en parle à peine. Parce que c'est la population entière qui est tachée par ces suicides. François Hollande devrait adapter son discours, ne plus en faire l'enjeu d'une aura publicitaire avec sa courbe mal ajustée, mais lutter, se battre pour la création ou le rétablissement d'emplois durables. Les seules offres collectées en hausse ont été celles des contrats courts (6 mois) ou très courts (1 mois). Le coût du travail, monsieur le Président, si cela se trouve, est moins élevé que celui d'un chômeur.

vendredi 29 novembre 2013

Un Père Noël nommé Jean-Marc Ayrault

Un Père Noël nommé Jean-Marc Ayrault


Les fêtes approchent et le gouvernement multiplie les promesses de cadeaux. Impôts, réformes, écologie... Claire Gallois n'est pas dupe de cet activisme.

Le 19 novembre, le Père Noël a officiellement ouvert son secrétariat pour accueillir la liste des cadeaux aux enfants et Jean-Marc Ayraulta proclamé la magnifique remise à plat de la fiscalité, supposée rétablir la justice sociale. Malheureusement, il y a un âge pour arrêter de croire au Père Noël, et un autre pour ne plus accorder de crédit aux annonces d'un gouvernement qui n'a cessé de se contredire. Nous sommes entrés en politique-fiction. Personne ne sait aujourd'hui ce qui va arriver demain. Nos dirigeants sont devenus des professionnels de la fausse promesse.
L'une des premières, pour endiguer cette crise, fut la baisse des dépenses publiques. Résultat ? Celles-ci ont atteint 1 150 milliards pour 2012 et 1 200 milliards pour 2013. La réforme de la fiscalité n'est que justice si on tient compte du fait que 46 % de la richesse nationale est prélevée par l'État. Ce qui n'est pas "normal", quelle que soit la prétention de M. Hollande à revendiquer ce titre. De toute façon, fusionner la CSG avec l'impôt sur le revenu et les prélever à la source est déjà une arnaque. Disons une injustice, pour ne pas s'emballer. La CSG est un impôt cédulaire, à savoir qu'elle est prélevée par l'Urssaf, quelle que soit la situation de famille, au taux de 7 % pour chacun - et quel que soit le revenu de la personne imposée. Alors que l'impôt sur le revenu tient compte de différents éléments, situation de famille, pension alimentaire ou autres dégrèvements légitimes. Les fusionner revient à payer plus et à appauvrir encore davantage ceux qui gagnent le moins. 

La gauche est aussi moribonde que la droite

Le pauvre Ayrault, obligé de relayer la voix de son maître, défend "un objectif de simplification, un objectif de clarification, une réforme de compétitivité". Ce qui nous épargne momentanément, c'est la stratégie du "demain on rase gratis". Chaque fois que François Hollande se targue d'une décision gouvernementale, il dit toujours, et l'air réjoui : "Cela prendra le temps nécessaire" ou, pire, "le temps du quinquennat". La première étape fiscale commencera en 2015 par inscrire le projet dans la nouvelle loi de finances. Suivie de "rencontres avec les partenaires sociaux", puis de débats au Parlement. "Le temps d'établir un nouveau modèle français", dixit Ayrault, on en a honte pour lui, de ce modèle qu'il tente de maquiller. Et il n'est pas en bonne santé.
La plupart de nos élus pensent davantage à leur conquête du pouvoir qu'à l'intérêt du pays. Ils abdiquent devant la moindre difficulté à conduire une réforme si elle peut compromettre leur élection. Voici venir le temps de la dispersion des meilleures volontés. La gauche est aussi moribonde que la droite. Son seul code de la route, c'est marche avant-marche arrière. Écotaxe, Leonarda, croissance, chômage, nucléaire, écologie et socialisme opposés - la notion de progrès, de croissance, s'efface devant un avenir lointain. Le temps de souffrir. Ou de rêver à un autre avenir, au cas où ce gouvernement reviendrait sur son manque de courage ou son incompétence, on ne sait pas. Puisque la seule solution serait de faire des économies, y compris sur les maroquins auxquels ils sont tous accrochés comme des pendus à leur corde. Puisque chaque réforme - que ce soit celle des retraites, celle du millefeuille territorial qui coûte une fortune, du cumul des mandats, des mille et une commissions totalement inutiles, établies pour caser des copains - ne débouche que sur incohérence ou rivalités internes. Madame Thatcher disait : "Le socialisme ne dure que jusqu'à ce que se termine l'argent des autres." Heureusement qu'elle n'a plus la parole.


samedi 2 novembre 2013

Et les pauvres alors ?

Et les pauvres alors ?




Pour la romancière, le psychodrame sur la taxation à 15,5 % de l'épargne a montré que la gauche n'aimait pas les classes moyennes ni les pauvres.

Il faut remonter au 19 septembre 2013. Il restera dans les mémoires comme une misérable fausse joie, l'emblème des entourloupes d'un gouvernement aux abois devant son incapacité totale à réduire notre dette abyssale, et même, en bouquet final, de l'avoir augmentée de 41 milliards d'euros au deuxième trimestre. Ce jour-là, déclaration solennelle de Pierre Moscovici : "La pause fiscale commence maintenant. L'effort de redressement sera réalisé à 80 % par la réduction des dépenses publiques. L'objectif, que les prélèvements obligatoires diminuent." Nous y avons presque cru six semaines. Nous en avions à peu près oublié la perpétuelle conduite marche avant, marche arrière de l'exécutif. Et puis, surprise, surprise, dans la nuit du 24 au 25 octobre, l'Assemblée, désertique, voire minable (84 présents pour un projet de loi de cette importance), adopte par 62 voix contre 22 "une mesure de justice sociale", l'uniformisation du taux de 15 % sur tous les produits d'épargne, sauf le livret A. Avec prélèvement rétroactif sur 15 ans. Du jamais-vu. Du scandaleux dans l'énoncé, cette mesure étant présentée comme "une harmonisation et une simplification" selon les différents produits, exonérés d'impôt ou pas. 53 nouveaux impôts et taxes cette année Bien sûr, nous gardons confiance en notre président. Et nous savons que si nous braillons assez fort, il va reculer. Ce qu'il fit une fois de plus pour exclure les PEA et les PEL de cette nouvelle taxe. Mais ne nous avait-il pas dit, au lendemain de son élection, lorsqu'il était joyeux comme un vainqueur, que neuf ménages sur dix ne seraient pas touchés par la réforme fiscale ? Passons par pertes et profits les 53 impôts et taxes qu'il nous a fait avaler cette année. Et qui donc, aujourd'hui, matraque d'abord les plus modestes en raclant sur les pauvres économies réalisées pour l'achat d'un crédit sur un futur logement. Ou pour s'aménager une retraite avec l'assurance-vie, transmissible aussi aux enfants. De plus, pour éviter que les épargnants ne vident vite fait leur épargne, la mesure prend effet le jour de sa présentation publique, soit le 26 octobre. C'est rompre à jamais le contrat de confiance avec l'État. Tout au moins pour ce quinquennat. Parce que, comme aurait dit Coluche, ces gens-là, donnez-leur le Sahara, et en quatre ans, ils manqueront de sable. On nous raconte que sur les 600 millions ainsi récoltés, 450 seraient allés au redressement des comptes de la Sécurité sociale. Espérons que ce gouvernement ne nous fera pas le coup de la droite, autrefois, en augmentant le coût de la vignette automobile dont le gain devait aller aux vieux - qui n'en ont jamais vu la couleur. La gauche a oublié ses fondamentaux La droite a implosé, la gauche n'a plus de gauche que son comportement. La parole présidentielle est décrédibilisée. Même le rapporteur du budget, le socialiste Gérard Bapt, se désolidarise du gouvernement. Il demande que l'on "remette les choses à plat et qu'on évite d'inquiéter tous les titulaires". Car l'épargne salariale était dans un premier temps elle aussi touchée. Et voilà que dans son incroyable mansuétude, le projet de budget 2014 prévoit le lancement d'un contrat euro-croissance, pour inviter les gens à bloquer leur épargne, en échange de la promesse d'un bonus fiscal. Nous allons tous nous précipiter pour souscrire et, puisque l'argent corrompt tout, nous serons enfin assurés d'être tous purs. D'autant que nous allons encore être essorés de 14 milliards supplémentaires pour la nouvelle année. Espérons que l'imposition à 5,5 % des revenus annuels de 6 011 euros ne sera pas augmentée. La gauche a oublié ses fondamentaux. Elle louvoie, elle déguise, elle ne tient plus debout que par ses maroquins. Trente-huit ministres, dont nous ne connaissons qu'une douzaine, une presque majorité en désaccord avec la politique Hollande, et pas un pour démissionner. Ayrault aussi joue le jusqu'au-boutiste en chef quand il assure que la courbe du chômage va se renverser, à preuve, "le chômage augmente, mais moins vite". Autrement dit, beaucoup de gens se noient toujours, mais moins vite. Qu'est devenue la République et sa devise admirable, Liberté, Égalité, Fraternité ? Moscovici, Cazeneuve, Sapin et compagnie devraient se projeter La guerre des boutons, film d'Yves Robert, 1962, à nouveau dans les bacs. Et graver dans leur mémoire ce bref dialogue entre le chef de bande et Petit Gibus, lorsqu'il s'agit de faire pot commun pour racheter les boutons sans lesquels leurs culottes ne tiennent pas. Comment réunir la somme ? "L'égalité, dit le chef, c'est quand tout le monde paye pareil." Petit Gibus est indigné : "Et les pauvres alors ? Tu fais honte aux pauvres, c'est pas républicain, ça !" Mais c'est plus que jamais d'actualité.

lundi 21 octobre 2013

Eloge de la démission

Pour l'écrivain, il n'y a aucun déshonneur à reconnaître ses limites, une fois atteintes, et à passer la main pour améliorer le sort d'autrui.


À l'heure où le président, après avoir voulu partir en guerre pour punir Bachar el-Assad de ses crimes, se trouve à se laisser guider par les caprices d'une gamine kosovare de 15 ans, le citoyen, complètement déboussolé, cherche à se raccrocher à d'illustres exemples. Ceux où les embarras d'un chef d'État se résolvent dans l'honneur. Le mode d'emploi n'est pas nouveau, déjà, en 1513, Machiavel, dans Le prince, décrit les futures conditions d'un échec. 
"Pour entrer plus particulièrement en la matière, je dis qu'on voit aujourd'hui un prince prospérer et demain s'écrouler, sans qu'on l'ait aperçu changer. À savoir qu'un prince qui s'appuie totalement sur la fortune s'écroule quand celle-ci change. Heureux celui qui sait s'accommoder de son temps, malheureux celui qui est en désaccord avec lui." Après 500 jours et quelques de dégringolade, nous éprouvons tous une forme de compassion pour François Hollande. Nous ne serions pas surpris si ce président, qui aime cultiver la lucidité, tirait les conséquences de son impossibilité à gouverner le pays.

Rappelons-nous Benoît XVI

Cela va d'ailleurs avec l'humilité que chacun souligne en le voyant. Humilité dont il apprend la leçon tous les jours, lorsque ce mal élevé de Mélenchon clame : "De toute façon, ça va craquer. Il dit oui à tout le monde, résultat, on ne sait même plus où il est." D'autres louent son endurance, nourrie, disent-ils, par la fameuse devise de Talleyrand : "Quand je me regarde je me désole, quand je me compare, je me console." On lui reproche de n'avoir aucune expérience diplomatique et d'avoir pris des décisions maladroites dans la gestion des intérêts des Français - encore que ce soit déjà un miracle s'il prend une décision sans faire marche arrière -, mais qui peut, de façon constante, contrarier sa vraie nature ? D'autres, et non des moindres, en ont tiré les conséquences avec courage. 
Rappelons-nous Benoît XVI, le 11 février 2012 : "Je suis parvenu à la certitude que mes forces ne sont plus aptes à exercer mes fonctions de manière adéquate. Je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m'a été confié." Communiqué instantané de François Hollande : la décision du souverain pontife est éminemment respectable. Comme quoi, l'idée l'a déjà effleuré. Et Taubira, qui ne cesse de mettre Aimé Césaire à toutes les sauces, ne lui aurait-elle pas transmis sa fameuse lettre de démission du parti du 24 octobre 1954 adressée à Maurice Thorez ? "Pour revenir à notre propos, l'époque que nous vivons est sous le signe d'un double échec. L'un, évident, celui du capitalisme, mais aussi l'autre, effroyable, que nous avons pris souvent pour du socialisme. Le résultat est qu'à l'heure actuelle nous sommes dans l'impasse." 

Nous vous regretterions

Il n'y a aucun déshonneur, mais, au contraire, beaucoup de grandeur à reconnaître ses limites, une fois atteintes, et à passer la main pour améliorer le sort d'autrui. Le 15 juin 2006, Bill Gates démissionne de Microsoft pour s'occuper d'oeuvres caritatives avec les fonds provenant de sa fortune personnelle. Mais Bill Gates n'est pas un bon exemple, sa décision n'engageait pas un pays. En revanche quand, le 21 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev déclare : "Mes chers compatriotes, en raison de la situation qui s'est créée, je mets fin à mes fonctions de président. Les événements ont pris une autre tournure : le destin a voulu qu'au moment où j'accédais aux plus hautes fonctions de l'État, le pays allait mal et mes réformes n'ont pu être que partielles." Exactement comme Hollande, et il a su en prendre la mesure. 
La rumeur veut que celui-ci se sente tranquille comme Baptiste quant à sa réélection en 2017. Que le seul cap qu'il veuille tenir, c'est la montée du Front national. Pour réitérer le scénario Chirac-Le Pen et triompher dans les urnes. Le seul moyen qu'aurait Hollande de rester dans l'histoire pour un autre motif que son impopularité dans les sondages est extrêmement périlleux. Et glorieux. Est-il capable de prêter à la France une autre ambition que celle de son petit destin personnel ? À l'instar de De Gaulle, aurait-il la sagesse de retrouver une légitimité en proposant aux Français un référendum, dès lors que la faiblesse de son pouvoir est avérée ? En l'occurrence, le thème en est simple, si ce n'est indispensable : rétablir un mandat présidentiel de 7 ans - l'expérience prouve qu'un quinquennat ne mène à rien, sauf à la démagogie - et que ce mandat soit unique. Que la réponse des Français soit un oui ou un non, dans les deux cas, Monsieur le Président, nous vous regretterions lors de votre départ.

vendredi 27 septembre 2013

Hollande, l'homme qui pèse 2 000 milliards d'euros

François Hollande "ne s'adresse plus à nous comme à des êtres doués de raison mais comme à des électeurs, qu'on embrouille avec jovialité", affirme Claire Gallois


Il aurait pu être ministre de l'Économie, son parcours dans ce domaine est exemplaire. Sciences Po, ENA, il enchaîne avec succès tous les concours : celui d'entrée à la Banque de France puis celui à la Cour des comptes. Professeur d'économie pendant 11 ans à Sciences Po, il enseigne à ses étudiants que "la dette est l'ennemie de la gauche". Sur sa fiche laissée dans les annales de Sciences Po, on peut lire : "Points forts - agilité intellectuelle, humour, bon débatteur. Points faibles - difficultés à trancher, expérience faible." Dès 2008, avec le début de la crise, il prône "une rigueur douce, un peu de réduction des dépenses et pas d'augmentation des recettes" (taxes diverses). Il insiste sur le fait qu'il faut préserver la justice fiscale. Nous aurions pu être heureux avec lui, un ministre n'a pas à trancher ni à courir derrière l'électeur. Hélas, il est devenu président.

La veuve et l'orphelin sont étranglés

Nous ne nous sommes pas méfiés tout de suite. Le 26 janvier 2012, le jour inoubliable des 60 promesses, "Moi président" affirmait que la dette publique n'augmenterait pas. Désormais, à raison de 3 000 euros par seconde, elle dépasse les 1 870,7 milliards et rien ne semble l'arrêter. En 18 mois, elle s'est rallongée de 36 milliards. Les dépenses du gouvernement ont subi un surplus de 4 milliards depuis son élection - il faut dire qu'entre autres dépenses mal gérées, par exemple, sur 38 ministres, il y en a sans doute une bonne douzaine sans justification -, alors que les Français ont payé 40 milliards d'impôts supplémentaires. À sa décharge, ce fameux 26 janvier, avant d'aborder les promesses, il nous avait fait part d'un constat qui frôlait la divination tant il reflète celui que nous pouvons faire aujourd'hui : "Notre pays est confronté à un chômage record et s'enfonce dans la récession. Tout augmente, les soins et les mutuelles, le logement et les transports, le gaz, l'électricité. Partout l'insécurité gagne du terrain, nous devons faire face à des retraites mal financées", etc. Pas un mot à changer. 
Lui, cela ne le dérange pas, tellement heureux d'être président, il ne s'adresse plus à nous comme à des êtres doués de raison mais uniquement comme à des électeurs, qu'on embrouille avec jovialité, puisque telle est la coutume. Il assure que la crise est derrière nous, la courbe du chômage va s'inverser demain matin - contrairement à toutes les analyses. La Grande-Bretagne a reconstruit son industrie par une baisse des impôts et du coût du travail, mais lui, radieux de sa belle formule "choc de compétitivité", il encourage les entreprises en augmentant la cotisation retraite, voire la taxe sur le diesel. Il est bien loin des fondamentaux de la gauche, la veuve et l'orphelin sont étranglés comme tout le monde : son matraquage fiscal n'épargne personne, la première tranche fiscale commençant maintenant à partir de 5 963 euros de revenus par an. Avec une facture énergétique en progrès (chauffage, cuisine), 1 403 euros en moyenne par ménage (Les Échos), il lance son plan d'aide à la rénovation pour les économies d'énergies. Sauf que pour pouvoir utiliser ces aides, il ne faut quand même pas être fauché comme un champ de blé au mois d'août. En 2013, le revenu par habitant est retombé plus bas que son niveau en 2005 (Atlantico business).

Son "cap", être réélu en 2017

Contribuables, chômeurs, patrons d'entreprises, qui peut encore se fier à sa mine sempiternellement réjouie et qui se gonfle de plus en plus du sentiment de son importance ? Son refrain, il ne dit plus son "cap" : oui, il va prendre de grandes décisions, mais pas tout de suite. Il n'ose pas dire à ses électeurs fonctionnaires qu'il faudra, hélas, réduire leur nombre pour contribuer à réduire la dépense publique. Parce que son "cap", maintenant, il est clair, être réélu en 2017. On aurait dû s'en douter. Depuis ses débuts il nous annonce des projets à réaliser sur dix ans. À ce moment seulement, il pourra prendre des décisions courageuses puisqu'il n'aura plus rien à perdre et, serait-il moins accroché au pouvoir, il devrait en être capable. On peut parier que fin 2015 et en 2016, il va nous faire plein de petits cadeaux. En attendant, il a adopté la devise d'Henri Queuille, corrézien comme lui, président du Conseil sous la IVe République : "Il n'est aucun problème assez urgent en politique qu'une absence de décision ne puisse résoudre."
Et lorsqu'il quittera ses fonctions, certains reliront avec émotion le rapport de la chambre régionale des comptes du Limousin sur sa gestion du département entre 2008 et 2012 : "On peut reprocher à M. Hollande de n'avoir pas mis en place de véritable politique de désendettement, et de n'avoir que peu diminué les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité." C'était hier et rien n'a changé aujourd'hui.

dimanche 23 juin 2013

Le miracle Hollande n'aura pas lieu

Pour Claire Gallois, depuis son élection, François Hollande a oublié ses promesses et retrouvé ses travers. Son "miracle économique" n'est qu'un mirage.


Déstabilisé par son statut revendiqué de "normal" et par la gouvernance d'un État, M. Hollande a fini par choisir la "pensée magique" comme arme suprême pour s'en sortir. L'Insee annonce encore le 20 juin que la courbe du chômage continuera sa hausse jusqu'à la fin de l'année, pour grimper à 10,7 %. Mais le président, de plus en plus réjoui, croit toujours qu'il pourra l'endiguer. Il ne réalise pas que le contrôle d'une courbe n'est pas son fort. Prenez celle de son poids : pendant sa campagne, il entreprend un régime impressionnant et nous l'interprétons comme la démonstration d'une volonté sans faille, un effort pour se dépouiller du superflu afin d'être prêt pour l'essentiel. 
Pourtant, à peine élu, Hollande est retourné à ses priorités gastronomiques. Depuis lors, il tente en vain de nous convaincre du bien-fondé de sa politique économique, comme dans l'émissionCapital, sur M6, le 16 juin dernier : "Nous devons tous nous donner l'objectif de former rapidement et massivement les demandeurs d'emploi dans les secteurs qui sont en manque structurel de main-d'oeuvre qualifiée." On croirait du La Palice dans le texte. À l'inverse, après son amaigrissement, sa parole était libre, convaincante. 

"Je n'aime pas les riches", mais je paye l'ISF

Jusqu'en 2011, François Hollande payait encore l'ISF. Stratégiquement, en 2012, pour un candidat socialiste, c'est un très mauvais point. Il y a donc remédié, comme chacun sait, par des ruses fiscales pour le moins discutables. Mais entre Strauss-Kahn, le candidat plébiscité avant ses frasques, et Sarkozy, soutenu par ses copains du CAC 40, Hollande a dû prendre le contre-pied. Déjà en 2006, il lançait, lors de l'émission À vous de juger sur France 2, son fameux "Je n'aime pas les riches". Une façon maladroite de rappeler les fondamentaux du socialisme : défendre la veuve et l'orphelin, ainsi que les plus démunis. 
Rappelons pourtant que l'essentiel de son staff est composé de fortunes personnelles, est soutenu financièrement par des patrons milliardaires, et profite allègrement du pactole du cumul des mandats. Mais cachez-nous ce pognon que nous ne saurions voir, la vertu d'un parti est comme un cercueil, elle n'a pas de poches. Un axe racoleur, donc, que Hollande exploitera en stigmatisant les chefs d'entreprise, promettant de plafonner les salaires du public, d'encadrer ceux du privé, de taxer les hauts revenus, les droits de succession... et en maudissant la finance.

Fiscalité aberrante

Autant dire qu'il a visé la lune et raté la terre. Le pays est sur les genoux, et Hollande a montré son impuissance en reniant nombre de ses promesses ou en abandonnant les ouvriers de Florange, entre autres. Son "cap", c'est l'avenir. Le sien. Le 21 juin s'ouvrait en grande pompe la Conférence sociale, et les réunions de concertation sur la future réforme des retraites devraient débuter en juillet. Mais nous savons tous que Hollande ne fera rien de décisif concernant les 37 régimes spéciaux, dont celui des élus de l'Assemblée nationale, avant les municipales de 2014, la fuite des électeurs étant sa principale préoccupation, la fiscalité aberrante dont il les matraque, la dernière. 
François Hollande n'a pas encore tranché (il a horreur de cela) si le "miracle économique" qu'il promet ne risque pas de se transformer en mirage. Il s'accroche : oui, il va vaincre le chômage avant la fin de l'année. Il garde sous le pied "les contrats d'avenir" et table sur 100 000 signatures. Pourtant, en mai,6 mois après leur lancement, ils n'ont trouvé que 20 000 preneurs. Il est fier de ses "contrats de génération" qui associent jeunes et seniors aux mêmes postes, oubliant qu'un bon nombre de seniors sont licenciés autour de leurs 50 ans. Quant aux "contrats aidés", un copier-coller de ceux qu'avait établis Sarkozy, on se souviendra qu'ils n'avaient fait que retarder l'entrée des jeunes dans l'ère du chômage. 
Nous n'aurons pas l'indécence de rappeler à Hollande qu'il y a plus de 5 millions d'inscrits à Pôle Emploi et que ses projets sur la réduction du chômage ne valent que par la louable intention qu'il y met. Question miracle, on aurait pu lui conseiller d'aller à Lourdes... Les grottes ayant rouvert après des crues boueuses...

jeudi 18 avril 2013

L'art du mensonge politique

L'art du mensonge politique

Bien sûr qu'ils ont tous menti. Hollande, Ayrault, Moscovici, Valls et bien d'autres. Outre les révélations de MediapartAlain Bauer, spécialiste des questions de sécurité, lâche le 15 décembre, dans une interview au Monde : "Mais évidemment que Cahuzac a un compte en Suisse, tout le monde le sait." Bauer est un ami de Valls et de Stéphane Fouks, chargé de la communication de Jérôme Cahuzac. On peut s'étonner qu'ils aient gardé chacun pour soi l'éventuelle menace de la vérité au grand jour, et qui se révèlera une catastrophe pour l'image du gouvernement. 

Ils ont peut-être lu L'art du mensonge politique, petit traité de Jonathan Swift qui évoque une question centrale : faut-il cacher la vérité au peuple pour son bien, le tromper pour son salut ? Oui ! Qu'on le gouverne donc par le mensonge et pour son bien. Le 14 avril, chez Laurent Ruquier, Manuel Valls répond à la question :" Ne pensez-vous pas que Nicolas Sarkozy lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, aurait tout su, dès le début" ? Réplique étourdie de l'intéressé : "Il n'aurait peut-être rien dit." Tiens donc..., à méditer.

La gauche avait le privilège du coeur et de la vertu

Le mensonge politique a été de longue date le privilège de la droite, le privilège du coeur et de la vertu revenant à la gauche. La crise aidant, le mensonge s'est démocratisé et n'épargne ni les partis, ni les médias et leurs concours de révélations, rebondissements, éclaboussures diverses. Il n'y a plus de gauche ni de droite, les fraudes diverses les ont fait exploser. Le gag mortel du ministre du Budget en charge de traquer la fraude, qui avoue avoir menti, a balayé la République irréprochable revendiquée par Hollande lors de son élection et pourrait même pulvériser le système s'il est prouvé que Cahuzac n'était pas seul dans son paradis fiscal et, pire, que les têtes du gouvernement savaient. 
L'Élysée tente de sauver les meubles. Hollande fait part de son émotion, se dit "meurtri". Il fait son possible pour réduire la situation à deux personnes, évoque une faute impardonnable, et tranche : dès lors qu'on est en procédure, on ne peut plus rester au gouvernement. Dans ses promesses de campagne, parfois ridicules et non tenues comme "Moi, président, il n'y aura plus de viande halal dans les cantines", il y avait aussi celle de lever l'immunité pénale pour le président. Swift :" Vous reconnaîtrez leurs mensonges aux serments excessifs qu'ils vous font à plusieurs reprises." Fermons la parenthèse de l'inoubliable tirade de "Moi président". Swift a encore la solution :"On peut préférer l'indignation à l'ironie, dénoncer la corruption de la vie publique, réclamer sa transparence" - l'exacte attitude de François Hollande. Son projet de loi sur la moralisation de la vie politique est la reconnaissance officielle de la corruption à tous les étages. On parle de 40 parlementaires qui auraient des comptes à la fameuse UBS
L'obligation de déclarer son patrimoine : la mesure la plus nulle tant qu'elle est uniquement déclarative et non contrôlée. Jérôme Cahuzac l'avait faite, cette déclaration ! Qu'elle eût été rendue publique ne l'aurait pas davantage incité à mentionner ses fonds secrets. Sans négliger le coup d'envoi donné aux jalousies, aux suspicions, aux dénonciations. M. Hollande n'est pas forcément un gros réticent à la vérité, son problème, c'est de ne pas vivre dans le réel. Il est toujours innocent. Son trésorier de campagne possède des fonds bizarres aux îles Caïmans ? Ben non, il savait pas. De même qu'il ne savait rien du tout sur Strauss-Kahn. M. Hollande privilégie la pensée magique : "Je veux que l'Europe mette en place une lutte contre les paradis fiscaux." "Je veux éradiquer la corruption." Sans oublier la plus importante, bien enfumée par les réformes sociétales, les cinq millions de chômeurs :"J'inverserai la courbe du chômage avant la fin de 2013." Parions que si le peu de résultats de la politique gouvernementale s'aggrave encore, et l'impopularité qui va avec, il va nous sortir son projet de loi sur l'euthanasie. "On s'approche peut-être de l'état idéal où le discours politique serait enfin débarrassé du fantôme même de la vérité qui, comme un vieux remords, le hante parfois encore."
Et dire que Swift aurait 346 ans...

samedi 30 mars 2013

Le juge, le seul professionnel totalement irresponsable

Selon Claire Gallois, le système judiciaire est en faillite. Faute de moyens, mais aussi en raison de l'impunité dont bénéficient les magistrats.

Notre système judiciaire est en faillite, il est à deux vitesses, trois vitesses selon votre classe sociale, votre statut dans la vie civile, votre appartenance à un parti. Même l'adresse de votre domicile entre en compte. Que vous habitiez la Seine-Saint-Denis ou l'Élysée, votre traitement judiciaire ne sera pas le même. Le tribunal de Bobigny relaxe à tout va des délinquants coupables de violences aggravées ou de trafic de drogue, faute de moyens, de places dans les prisons, et la moitié des peines prononcées ne sont pas appliquées. 
Mais quand on tape dans le politico-médiatique, le zèle du juge est exemplaire. Déjà parce que le juge est au-dessus des lois, il peut tout faire, en toute impunité. Il peut trahir le secret de l'instruction en laissant filtrer les informations qui étayeront son désir d'instruire à charge (à décharge, vous n'y pensez pas, la présomption d'innocence n'impressionne plus personne). Il peut aussi convoquer les témoins qui lui chantent, les influencer, les contrôler : le juge Gentil a organisé une répétition générale du personnel de Mme Bettencourt, y compris le fameux majordome qui a balancé l'affaire, la veille de leur confrontation avec Nicolas Sarkozy, histoire de s'assurer de la cohérence de leurs propos.

Promotion Burgaud

Est-ce très légal ? Bien sûr. "Juge : personne à laquelle la Constitution et les lois donnent le pouvoir de prendre une décision susceptible d'être exécutée par les forces de l'ordre." La justice est un État dans l'État, et personne n'a rien à y redire. Jamais de sanction contre lui. En pleine affaire d'Outreau, on a envisagé de donner le nom du juge Burgaud à la nouvelle promotion de magistrats. Une manière de distinguer "les qualités et les mérites constatés dans la mission qu'on lui a confiée", sans doute...
Mais, ces temps-ci, notre justice veut faire dans le chic et le choc. Ne parlons pas de l'affaire Sarkozy, dont le prétexte officiel de la mise en examen (l'abus de faiblesse, NDLR) exhale quelques relents délétères. Il n'a rien trouvé d'autre, le Gentil ? J'espère qu'il ne sera pas en charge de la procédure Cahuzac. Encore que... Même notre pauvre Trierweiler est visée par une plainte pour détournement de fonds publics à cause des frais, sentimentalement justifiés, de sa présence à l'Élysée, des six personnes qu'elle a engagées pour sa communication, et de ceux d'une garde rapprochée pour conduire et ramener son garçon de 15 ans au collège dans une voiture du Palais. Plainte déposée au prétexte que la dame n'a aucun lien juridique avec la nation et que le contribuable n'a pas à payer pour elle.

Frisson d'horreur garanti

Hélas, selon 20 Minutes.fr, la plainte a été enregistrée le 15 mars au tribunal correctionnel de Saint-Étienne, d'où est originaire le plaignant, et transmise au parquet de Paris. Selon le Code pénal, article 432-15, c'est François Hollande, s'il n'était protégé par son immunité présidentielle, qui serait puni : "Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique [...], de détourner des fonds publics ou privés [...] est puni de 10 ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende." Espérons que le juge Gentil aura pris sa retraite en 2017. Ou bien qu'il tiendra compte d'une ancienne jurisprudence de la Cour de cassation qui reconnaît "le concubinage notoire"... et son corollaire, l'assimilation à un seul foyer fiscal, l'une des caractéristiques marquantes de l'ISF. 
Notre couple présidentiel doit donc faire masse unique de ses patrimoines respectifs. Et François Hollande a fait une déclaration séparée dont le montant lui fait échapper d'un cheveu à l'ISF. Si Valérie a trois sous, Hollande est bon pour un juge Gentil. Et chacun sait que pour le président, l'ISF, c'est comme la souris ou l'araignée pour d'autres, le frisson d'horreur garanti. Allez, nul doute que son honnêteté et son talent de juriste lui ont fait respecter la loi. 
Mais qu'elle est décevante, notre justice actuelle ! Elle veut qu'on reconnaisse son indépendance à tout prix, y compris celui de notre lassitude à la voir se pavaner, se hausser du col pour prouver qu'elle est aussi puissante que les puissants. 

jeudi 21 mars 2013

En quoi François Hollande est-il solidaire ?

En quoi François Hollande est-il solidaire ?


Le président s'est fait élire sur sa proximité avec les Français. Dix mois plus tard, cet argument ne tient plus du tout. 

La solidarité est une valeur révolutionnaire devenue, dans le vocabulaire politique, un substitut prudent à l'"égalité" sur le plan économique - d'où l'"impôt de solidarité sur la fortune". Monsieur Hollande fait partie des 15 % de citoyens les plus riches de France. Il possède un magnifique patrimoine immobilier, dont chacun peut prendre connaissance dans le Journal officiel daté du 11 mai 2012 : "Déclaration de situation patrimoniale de M. François Hollandeproclamé président de la République". Y figure, entre autres biens à Cannes, une villa, la Sapinière, sur les hauteurs huppées de Mougins, évaluée à 800 000 euros.

Curieuse de nature, j'ai appelé l'agence Label Properties pour savoir à quel prix se vendrait une maison dans le coin. Réponse : "Ici, on ne trouve pas une maison correcte à moins de 1,5 million." Là n'est pas le problème, réduire nos charges, nos taxes, nos impôts, c'est notre rêve à tous. Et monsieur Hollande reste juridiquement irréprochable. Il ne paie pas l'ISF. Toujours dans le Journal officiel, on peut lire à la fin de la déclaration de patrimoine : "La fraction de ma nue-propriété des biens immobiliers de Cannes relève, selon les règles de l'assiette ISF, du patrimoine de l'usufruitier. Elle n'a donc pas été mentionnée. Fait à Paris le 15 mars 2012."

Si les pauvres pensaient moins à l'argent, ils seraient plus heureux

Et l'usufruitier, tout frais pondu, c'est... papa Hollande, 90 ans. Sans vouloir être cynique, fiston ne perdra pas trop pour attendre. On passera sous silence son salaire de 156 000 euros par an, c'est sa fonction qui le veut, et le fait qu'il ne paie rien, pas même sa coupe de cheveux. La vraie question n'est pas non plus qu'il proclame ne pas aimer les riches et qu'il semble nous dire tous les jours que si les pauvres pensaient moins à l'argent, ils seraient plus heureux. La vraie question, monsieur Hollande, alors que 85 % des Français subissent la crise, et l'austérité qui s'impose à des degrés divers et ,pour certains, dramatiques, est : que faites-vous personnellement et peut-être en secret pour partager les soucis de tous, les douleurs de certains ? De quoi vous êtes-vous seulement privé ? Dites-le-nous, sincèrement, et notre regard sera changé.
Vous êtes gentil, aimable, honnête, mais vous n'employez que des mots creux pour nous parler: "Garder le cap." Lequel ? "J'ai le devoir de lever les doutes." Ne vous privez pas. "La résistance aux humeurs, aux modes, aux pressions, aux intérêts est la meilleure façon de garder le rythme de la marche." Quand on fait du sur-place, monsieur le Président, on évite ! Puis-je aussi me permettre de vous mettre en garde contre certaines formules qui s'avèrent fâcheusement exactes dans les faits ? "Ma priorité, c'est le chômage." Stop, Président, votre priorité a marché, il explose. Votre volonté d'apaisement tient de la fantasmagorie. "La crise est derrière nous", disiez-vous avant Noël. Et oublions vos annonces sur le déficit et la croissance, personne n'y a cru, pas même vous.
Pour ceux d'entre nous qui savent combien votre enfance a dû être difficile entre un père extrême droite et une mère très à gauche, on conçoit votre détestation du conflit, votre recherche permanente du consensus. Cela ne mène qu'au vague à l'âme. Ou à la colère dans les usines. Et il y a autre chose : dans votre débat préélectoral avec monsieur Sarkozy, vous vous êtes lancé dans une tirade demeurée fameuse : "Moi, président de la République, moi, président de la République, etc." Jamais vous n'avez dit "nous"... Jamais vous n'avez dit "tous ensemble"... Et pourtant, tous ensemble, nous pourrions mieux vous comprendre.