TOUT EST DIT

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jeudi 18 novembre 2010

L'Otan face à ses nouveaux défis


Née pour répondre à la menace soviétique, l'Alliance atlantique définira, vendredi et samedi à Lisbonne, une nouvelle stratégie. Anders Fogh Rasmussen, son secrétaire général, en est persuadé. Ce sommet va être « l'un des plus importants de son histoire ». Nouveau concept stratégique, bouclier antimissiles, partenariat avec Moscou (l'ennemi d'hier), tensions budgétaires : le menu est effectivement copieux. Sans oublier le plat le plus indigeste, l'Afghanistan.


Dans le jargon militaire, la vision d'ensemble de ces problèmes se doit d'être définie dans un concept stratégique. Le dernier remonte à 1999. Saddam Hussein était alors au pouvoir. Aucun soldat de l'Alliance ne circulait dans Kaboul. Le 11-Septembre était encore de la science-fiction. Onze ans plus tard, les vingt-huit pays membres de l'Otan doivent donc valider une nouvelle stratégie pour répondre aux nouvelles menaces.


Quelles sont-elles ? Prolifération des missiles balistiques, terrorisme international, attaques informatiques, ciblage des infrastructures civiles de nos sociétés intégrées. Tous ces périls sont plus insidieux que la bataille frontale de la Guerre froide, mais non moins dangereux. Une cyber-attaque peut-elle être considérée comme un acte de guerre ? Si oui, l'article 5 du traité, qui oblige tous les membres à la solidarité dans la défense d'un des leurs, doit-il être invoqué ? C'est à ce type de questions que les stratèges travaillent.


Plus concrètement, le sommet doit lancer la création d'un système de défense antimissiles, le fameux « bouclier » censé protéger tout le territoire de l'Alliance. Pour la France, un point n'est pas négociable. « Ce dispositif ne doit pas être un substitut, mais un complément de la dissuasion nucléaire », affirme un négociateur français. Sous le parapluie atlantique, les ogives demeurent. Autre point débattu, l'origine de la menace. Certains souhaiteraient désigner explicitement l'Iran, mais la Turquie s'y oppose.


Le projet de bouclier relance surtout tout le débat sur le partenariat de l'Otan avec la Russie. Deux ans après la crise géorgienne, la venue à Lisbonne de Dimitri Medvedev permet de renouer le dialogue au plus haut niveau. En coulisses, l'idée même d'une future intégration de la Russie n'est plus un tabou. Une révolution par rapport à 1949, puisque la formule « de l'Atlantique à l'Oural » prendrait corps. On n'en est pas là. Pour l'heure, Moscou veut négocier. C'est déjà un pas considérable.


Le sommet de Lisbonne devrait aussi, malheureusement, révéler une absence. Celle de l'Europe en tant que telle. L'Otan s'occupe de la défense en Europe, pas de défense européenne. Or, les budgets militaires sont partout en baisse, ce qui inquiète d'ailleurs les Américains qui aimeraient bien réduire, eux aussi, leur voilure. La rigueur pourrait être l'occasion d'une plus grande intégration des défenses européennes.


La récente initiative franco-britannique va un peu dans ce sens, mais pas totalement. Car elle repose essentiellement sur une base bilatérale, en décalage, en fait, par rapport à l'esprit du sommet de Saint-Malo (1998). Le retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan a, sans doute, changé la perception de Paris par ses partenaires. Il n'a pas pour autant enclenché le cercle vertueux annoncé pour la défense européenne. Il serait temps, pourtant, que l'Union cesse de regarder sa défense à travers l'image reflétée dans les miroirs, par ailleurs déformants, de Washington et de Moscou.

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