TOUT EST DIT

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vendredi 27 août 2010

Sage décision

On peut avoir macroéconomiquement raison et politiquement tort. C'est ce qu'a compris Nicolas Sarkozy, qui a décidé de maintenir intact le dispositif fiscal favorisant le logement étudiant. On s'en souvient, François Baroin avait annoncé dans nos colonnes la fin du cumul de la demi-part fiscale et de l'aide au logement dont bénéficiait chaque famille ayant un étudiant à charge. Le ministre du Budget pensait à bon droit qu'à l'heure où l'on cherche 10 milliards d'euros d'économies sur les niches fiscales, en supprimer une qui présente un tel avantage, profitant de surcroît autant aux classes aisées qu'aux foyers modestes, n'avait rien de scandaleux. D'autant moins que son efficacité entretenait année après année un véritable effet pervers : celui de rendre artificiellement solvable une demande pour des petites surfaces dont les prix défient l'entendement, contribuant du même coup à la paupérisation croissante de la population des jeunes. Il est vrai que cette générosité de l'Etat avait permis de masquer l'une de ses carences : celle d'avoir laissé se développer une situation où, dans notre pays, les 2,2 millions d'étudiants recensés ne se voient offrir chaque année que 160.000 logements en résidence universitaire.

Autant d'arguments solides, donc, qui n'ont pas empêché le chef de l'Etat de faire marche arrière. Une décision courageuse puisque, ce faisant, il prend le risque d'être accusé de laxisme à l'heure où les groupes de pression se mobilisent pour tenter d'atténuer la portée de la réduction des avantages fiscaux annoncée par le gouvernement. Mais, pour une fois, on ne pourra reprocher au chef de l'Etat de rester sourd aux revendications des élus de terrain au nom de l'ardente obligation de réformer la France. Le tollé soulevé par le projet, dans les rangs de l'opposition comme d'ailleurs dans ceux de la majorité, était, il est vrai, à la mesure d'une décision dont l'effet psychologique était potentiellement désastreux. Car chacun sait que les classes moyennes seront en première ligne face à la politique antidéficits décrétée par l'Elysée. Dans ce contexte, faire mine de s'attaquer à leur progéniture, c'était frapper au coeur même de ce qui suscite leur angoisse. Tous les sondages le montrent : ce qui nourrit le pessimisme récurrent des ménages français, c'est moins leur situation personnelle que le sentiment qu'elle sera encore pire pour leurs enfants. Dans un climat où le chômage des 15-24 ans n'a jamais été aussi élevé, alors que l'OCDE ou le BIT parlent d'une même voix d'une « génération sacrifiée » dans toute l'Europe, il n'était sans doute pas utile, en cette rentrée, de rajouter un nouveau boulet aux chevilles d'une catégorie de Français, les jeunes, dont l'humeur pèse d'un poids très lourd dans l'équilibre politique et économique de notre pays.



Daniel Fortin

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