mardi 29 juin 2010
On n'est jamais assez protégé contre les malheurs du monde. C'est la conviction d'une honorable députée française, Madame Marland-Militello, qui vient de proposer une loi contre un danger dont l'urgence n'échappera à personne : la zoophilie. Certes, la loi punit déjà l'amour des animaux, quand il vire de la vertu au vice. Mais elle ne prévoit rien contre la diffusion des images de cet amour, que notre députée voit proliférer sur Internet. La future loi Marland-Militello comblerait donc cet intolérable vide juridique. Elle permettrait notamment d'imposer aux zoophiles une interdiction de détenir un animal, forme brutale mais judicieuse et sans doute salutaire pour la gent animale d'abstinence forcée. On peut également supposer que cette loi s'appliquera à ceux qui se livrent à des mœurs contre-nature sur les diptères - et là, notre honorable députée peut tout craindre de sa propre loi.
Tout va décidément très vite, en politique. Hier encore, Eric Woerth était un ministre-modèle, sérieux et compétent, le réformateur des retraites, l'homme qui monte vers Matignon. Aujourd'hui, il est au bord de la démission, pris dans la tourmente d'une affaire qui rebondit d'heure en heure, de révélations en démentis… Un vrai roman, cette affaire, tissé de haines familiales, de fortunes colossales et de complots politiques. Du Balzac à l'ère numérique, splendeurs et misères des contribuables mondialisés. L'avenir dira si le ministre a fauté. Pour l'instant il se défend, avec sa tête d'honnête homme plongé dans un bain d'argent dont il n'a rien vu ni rien su. Et il pourfend bien sûr l'opposition, comme s'il ne savait pas qu'en politique, les corbeaux s'envolent toujours de votre propre camp. Demain, Eric Woerth sera politiquement mort ou de nouveau promis à Matignon. Sacré métier.
Nicolas Sarkozy aime les signes d'amitié. Hier, il a écrit au Premier ministre. Certes, il a souvent l'occasion de le rencontrer, mais il y a des choses qu'on dit mieux en prenant sa plume. C'est plus intime. Enfin, en principe. Parce qu'aujourd'hui tout se sait immédiatement. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé avec ce courrier. À peine le destinataire avait-il réceptionné les trois pages que leur contenu a été dévoilé. Et il n'y est pas question du temps qu'il fait ou de la démission d'Escalettes. Non, la lettre à François Fillon est super sérieuse. Elle porte sur "le train de vie de l'État". On voit tout de suite le genre. Montesquieu avait, jadis, livré par ce biais ses réflexions persanes et il ne s'était pas trop mal débrouillé. Mais revenons à l'hôte de Matignon. Qu'a-t-il appris en parcourant le pli élyséen ? Eh bien que ça commençait à bien faire. Ces tonnes de pognon public fichu en l'air. Ces profiteurs sans vergogne qui piochent dans l'argent des contribuables. À partir de dorénavant, fini de rigoler. Non seulement la garden-party du 14-Juillet passe à la trappe mais, d'ici 2013, on va supprimer 10 000 véhicules de fonction et 7000 logements du même tonneau. Et ce n'est pas tout. Sous menace de sanctions, les frais privés des ministres devront être payés "sur leurs deniers personnels". Ah ! bon, ça n'était donc pas le cas ? Merci de l'aveu. Et, last but not least, les chasses présidentielles seront "remplacées par de simples battues de régulation". On n'est pas certain de voir la différence, mais la formule fait mouche. Reste une question qu'a dû se poser le Premier ministre. Pourquoi il s'énerve comme ça, le Président ? Oh ! ce n'est pas à cause de l'affaire Woerth. Ni à cause des Blanc, Joyandet, Boutin et compagnie. Aucun d'entre eux n'a quelque chose à se reprocher. C'est la presse qui a tout inventé. Non, si Nicolas Sarkozy a recours aux grands moyens en préconisant soudain les petits, c'est à cause de la crise. Il vient d'en prendre connaissance.
Y'a une lettre qui a dû se perdre.
Copé veut «sortir de la logique des 35 heures»
Le président de Génération France a lancé lundi ses propositions pour «travailler plus en travaillant mieux».
En 2007, le «travailler plus pour gagner plus» avait fait la fortune électorale du candidat Sarkozy. Crise oblige, il devra trouver autre chose s'il se représente en 2012. Convaincu que le président sortant a «naturellement» vocation à briguer un second mandat, et déterminé à jouer un rôle clef dans sa campagne, Jean-François Copé lui a proposé lundi un nouveau slogan: «Travailler plus en travaillant mieux.»
C'est dans le cadre d'un forum de son club,
Génération France, que le patron des députés UMP a versé cette contribution au futur débat présidentiel. Il s'était déjà livré à cet exercice en avril, sous l'intitulé: «Dette et déficits publics: on ne peut plus continuer comme ça!» Il s'est d'ailleurs félicité lundi que Nicolas Sarkozy n'ait pas attendu 2012 pour reprendre à son compte certaines de ses idées, comme le coup de rabot sur les niches fiscales et sur les budgets des ministères.
Les propositions de ce deuxième forum vont-elles soulever le même enthousiasme à l'Élysée? Copé a introduit la soirée en affirmant: «Travailler moins, c'est impossible. Travailler plus, c'est inévitable». Conclusion logique, selon lui: «Travailler mieux, c'est indispensable!» Pour y parvenir, il suggère de «changer notre rapport au travail», en faisant par exemple dépendre une partie des primes des cadres du jugement que les «encadrés» portent sur eux. Cette pratique, dite «évaluation à 360°», existe déjà dans certaines entreprises françaises et est courante aux États-Unis.
Pour Copé, la pénibilité doit également être abordée dans le cadre du réexamen du «rapport au travail», et non pas «compensée à la fin de la vie professionnelle» à la faveur de la réforme des retraites. Son approche diverge sur ce point de celle du gouvernement, qui a intégré la pénibilité dans ses négociations sur les retraites avec les syndicats.
Mais c'est sur la durée du travail que le décalage entre les propositions de Génération France et la position de l'exécutif est le plus flagrant. Jean-François Copé a affirmé lundi vouloir «sortir de la logique des 35 heures». Selon lui, en se contentant en 2007 de défiscaliser les heures supplémentaires, le gouvernement a infligé une «double peine» au pays: «L'État paie pour que les Français travaillent moins et en même temps pour qu'ils travaillent plus», « les allégements de charges pour compenser les 35 heures, plus les exonérations liées aux heures supplémentaires coûtant entre 15 et 20 milliards par an».
Pour sortir de ce système «perdant-perdant», il souhaite qu'un «relèvement progressif» de la durée du travail soit «négocié par les partenaires sociaux» au niveau des branches et des entreprises dans le privé. Dans le public, il faudrait, selon lui, «repasser progressivement à 39 heures». «Si les partenaires sociaux refusent de se saisir de la question, ajoute-t-il, il faudra que l'État prenne ses responsabilités et augmente progressivement la durée du travail». Avant d'aborder cette question, Copé préconise de s'attaquer au coût du travail en basculant «une partie des cotisations salariales et patronales sur la CSG», la CSG étant fusionnée avec l'impôt sur le revenu pour que «chacun participe à la solidarité à la hauteur de ses revenus». Faire «payer tout le monde et pas seulement ceux qui bossent», puis demander à «ceux qui bossent» de travailler davantage? Il n'est pas sûr que Nicolas Sarkozy soit preneur d'un programme aussi ambitieux.
Un homme politique, à qui je souhaitais bon courage, me faisait récemment cette réponse : « Ce n'est pas le courage qui manque, mais le temps ! » On peut le comprendre. Mille sollicitations, mille obligations à honorer, un emploi du temps surchargé : comme beaucoup d'autres, il n'a pas une minute à perdre. Et comme le nombre des minutes dans une journée n'est guère compressible, la formule consiste à rendre plus dense le contenu de chacune d'elles par une accélération de la vitesse d'exécution.
Hartmut Rosa, qui consacre un ouvrage savant (1) à ce phénomène, rapporte des constatations très intéressantes. On savait, par exemple, que le débit de paroles à la radio et à la télévision avait augmenté ; on découvre que cela concerne aussi les hommes politiques dont la vitesse du discours a doublé en cinquante ans. C'est le rythme de la vie qui s'emballe, sur un mode à la fois plus concentré et plus haché. De trente secondes en 1971, la durée des spots publicitaires est passée à cinq secondes, la succession des images augmentant, là comme dans les films, de manière considérable, un phénomène aggravé par le zapping pratiqué en moyenne toutes les 2,7 secondes. D'où la « speedomanie » ambiante.
Vive le speed reading (lecture accélérée et souvent de plusieurs textes de front), le speed dating (recherche de partenaires dans des rencontres dont le temps est minuté) ! La possibilité est même offerte, aux États-Unis, de rendre visite aux défunts et de leur laisser un mot sans quitter le siège de sa voiture ! Et, comble de la vitesse, dans les restaurants, le quick et le fast ne l'étant plus suffisamment, un établissement japonais a inventé la formule du repas payé au temps passé. Règle du jeu : engloutir le maximum de nourriture dans le minimum de temps. On n'ose imaginer le spectacle !
Bien entendu, l'économie n'échappe pas à l'accélération : celle des transactions financières qui peuvent se jouer au centième de seconde ; celle du rythme de changement des dirigeants dans les entreprises (tous les six ans au lieu de huit ans en 2000). Cause : des résultats désormais appréciés trimestriellement, ce qui les maintient sur un siège constamment éjectable.
Le plus grave est que cette frénésie de vitesse a colonisé le temps libre. Au point que, là aussi, domine le sentiment de ne pouvoir s'arrêter de courir sur un tapis roulant ensorcelé. Conséquence : ce temps qui devrait servir à se refaire, à se recentrer, se recueillir, se trouve aspiré et déchiqueté par une tornade d'activités, souvent creuses et onéreuses.
À l'heure où la retraite est en débat, formulons un voeu : celui de voir un grand nombre de retraités cesser de se déclarer « surmenés ». Comme s'il y avait scrupule à s'arracher à l'emprise du travail, à entrer dans un tempo associant lenteur, attention, admiration : trois piliers d'une nouvelle sagesse dont nous avons tant besoin. Les seniors pourraient contribuer décisivement au freinage d'urgence qui s'impose, à la constitution d'« oasis de décélération » où les activités retrouveraient leur place, selon leur juste importance et leur potentiel d'humanité. Ils seraient alors, à leur manière, des prophètes.
(1) Accélération. Une critique sociale du temps (La Découverte). Voir aussi Jean-Louis Servan-Schreiber, Trop vite, Albin Michel.
C'est juré-craché, la « rigueur », ce mot indécent, ne figure pas dans le vocabulaire du gouvernement ! Et, la main sur le coeur, les impôts n'augmenteront pas. Il faudra seulement consentir à un « effort financier » ! Car pour tenir ses engagements européens brutalement réveillés par la crise de l'euro, la France va réduire son déficit public en le ramenant de 8% du PIB cette année à 3% en 2013. Ou, plus prosaïquement, le pays doit trouver 100 milliards d'euros en trois ans... Depuis quelques semaines, les ministres se succèdent, la langue embarrassée dans les circonvolutions, pour expliquer cet « effort » exigé des Français. En ajoutant un peu de baume dans la mesure où l'Etat donnerait l'exemple en réduisant ses frais de fonctionnement dont les multiples frais de prestige, en taillant encore dans la fonction publique, ou en se désengageant ici et là. A voir ! Et si c'est vrai, il faut espérer que de nouvelles charges ne seront pas transférées aux collectivités territoriales... également invitées à sabrer dans leurs budgets « petits fours » et voitures de service. Mais pas de poudre aux yeux ! C'est le citoyen qui paiera le plus gros de la facture. Par les coupes sociales. Par les nouvelles conditions liées aux retraites. Par la chasse aux « niches fiscales » qui ne concerne pas seulement les contribuables assujettis à l'impôt sur le revenu (un Français sur deux). Coûtant bien plus que ne rapporte cet impôt sur le revenu (49 milliards), ces quelque 500 « niches » grèveraient les recettes publiques de 75 milliards . Officiellement, il est question d'en supprimer certaines et de « raboter » les autres à hauteur de 10% pour un bénéfice escompté de 10 milliards sur deux ans. Cet « effort » sera à fournir par tous les contribuables directs et indirects (par la TVA), entreprises comprises. Il se traduira par un nouveau prélèvement très inégalement réparti sur un grand nombre de petites « niches » (l'abattement lié aux frais d'« emploi à domicile », par exemple pour la garde des enfants)... et quelques véritables « immeubles » par la taille : la TVA à 5,5% dans la restauration, la TVA réduite pour les travaux dans les logements, la prime pour l'emploi, les avantages liés à l'assurance-vie, aux économies d'énergie, aux investissements locatifs, etc... Même en admettant, dans une hypothèse haute, que l'« opération niches », liée à d'autres « petites » recettes, rapportera 20 milliards en trois ans, manqueront toujours 80 milliards pour atteindre l'objectif des 100 milliards de réduction des déficits. Ou environ 27 milliards d'économies budgétaires par an. Qui est assez naïf pour croire que l'Etat sera parcimonieux à ce point ? Il fera comme d'habitude, en puisant dans chaque porte-monnaie. Le débat sur les niches fiscales n'est que l'arbre qui cache la forêt. Celle des mauvaises surprises...
Yves Calvi rejoint la matinale de RTL
Le journaliste Yves Calvi va rejoindre la matinale de RTL à partir du 23 août pour une interview de cinq à six minutes d'une personnalité-clé de la journée, a annoncé RTL lundi 28 juin. Son émission, "L'homme du jour", se déroulera du lundi au vendredi à 8 h 15.
Auparavant, cette case de la grille de RTL était occupée par des reportages. Yves Calvi a débuté sa carrière à Radio France Internationale (RFI) en 1986, avant de rejoindre France Info en 1987. De 1990 à 1992, il participe à la création et au lancement de Télé Lyon métropole (TLM), puis devient présentateur à RMC en 1994 et à LCI (1994-1996). Ensuite, il rejoint pour près de dix ans Europe 1, dans un magazine matinal.
Depuis 2001, il anime tous les jours "C dans l'air" sur France 5, une émission de décryptage de l'actualité, ainsi que l'émission politique "Mots croisés" sur France 2, depuis 2005.
Sauver l’Espagne ? 10 fois plus cher que la Grèce
“Une faillite de l’Espagne provoquerait la chute de l’euro et probablement celle de l’Union européenne”, a commenté l’ancien président du gouvernement espagnol, José María Aznar, lors de son passage à Paris le 2 juin, au Center of Political and Foreign Affairs. Alors que l’UE a mobilisé 80 milliards d’euros pour venir en aide à la Grèce, des économistes estiment qu’il en faudrait 10 fois plus en cas de défaillance de l’Espagne, soit 800 milliards d’euros.
Il faut dire que la situation économique de l’Espagne est particulièrement inquiétante. Fin 2009, le déficit budgétaire atteignait 11,2% du PIB, le troisième plus élevé de l’UE ! Pour inverser cette tendance, le gouvernement de M. Zapatero, fortement fragilisé, s’est engagé à le réduire à 3% du PIB en 2013. Pour atteindre cet objectif, des mesures d’austérité ont été adoptées de justesse par le Parlement. Celles-ci prévoient d’économiser 15 milliards d’euros en 2010 et en 2011, mais avec une grogne sociale en perspective. Ainsi, les salaires des fonctionnaires vont baisser de 5% cette année et seront gelés l’an prochain, une taxe sur les plus riches est en préparation et le “chèque bébé” de 2 500 euros va être supprimé.
Néanmoins, la rigueur n’est pas forcément salvatrice. Le gouvernement a revu à la baisse ses prévisions de croissance à 1,3% en 2011 et à 2,5% en 2012 (contre 1,8 et 2,9%). Pour 2010, le PIB devrait reculer de 0,3%. Cette annonce n’a pas tardé à avoir des répercussions sur l’Espagne. En effet, quelques heures plus tard (le 28 mai vers 19 heures), Fitch a dégradé sa note financière, à AA+, contre AAA précédemment.
Conséquence : l’écart de rendement des obligations souveraines espagnoles se creuse par rapport au Bund allemand, alourdissant encore plus les finances du pays. Or près de 32 milliards d’euros de dette publique arrivent à échéance au mois de juillet…
Chômage et endettement privé inquiétants
Malgré la plus forte baisse mensuelle du taux de chômage au mois de mai (1,8%) depuis cinq ans, le nombre de sans-emploi reste très élevé. En effet, avec 4,06 millions de chômeurs, soit 19,7% de la population active, l’Espagne détient le record de la zone euro. Les autorités prévoient un chômage supérieur à 19% cette année, de mauvais augure pour la consommation et le moral des ménages, qui a dégringolé en mai. Pour enrayer cette spirale, une réforme du marché du travail doit être entreprise, car un fossé sépare les CDI, ultra-protégés, et les CDD, précaires. Le gouvernement souhaite agir d’ici le 16 juin sur ce dossier, avec ou sans l’accord des syndicats. Des grèves et des manifestations sont d’ores et déjà programmées pour protester contre cette réforme.
Par ailleurs, d’après le chef des députés socialistes, José Antonio Alonso, l’endettement privé (banques, entreprises, ménages) représenterait 178% du PIB. “Le fort endettement des entreprises et des ménages est concentré dans le secteur du logement”, insiste l’OCDE. Un tel niveau est dangereux pour la croissance, surtout avec un chômage qui devrait rester élevé dans les années à venir (16% estimés en 2013).
Les banques plombent la Bourse
Avec l’avènement de la crise économique, l’Espagne a été confrontée à une explosion de la bulle immobilière, qui s’est formée dans les années 2000. Durant cette période, les banques ont prêté tous azimuts, mais, avec la chute des prix de la pierre, les créances douteuses se sont accumulées dans les bilans des banques. Le FMI a récemment recommandé une consolidation du secteur bancaire, surtout pour les caisses d’épargne régionales. Celles-ci sont très exposées au marché immobilier. C’est pourquoi la Banque d’Espagne les incite à fusionner, afin de les rendre plus solides. La deuxième banque régionale du pays, Caja Madrid, serait sur le point de demander une aide publique de 2,5 à 3 milliards d’euros. S&P l’a d’ailleurs placée sous surveillance négative, estimant que sa rentabilité allait diminuer, en raison de fortes provisions pour créances douteuses. Avec un secteur bancaire fragilisé, un fort taux de chômage et un endettement important, la Bourse a été particulièrement pénalisée.
En effet, l’indice phare de la Bourse de Madrid, l’Ibex 35, a dévissé de près de 24% depuis le 15 avril. Les valeurs bancaires ont souffert de la défiance des investisseurs.
lundi 28 juin 2010
La Hadopi est "techniquement prête"
La Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) est "techniquement et juridiquement prête", mais n'enverra pas ses premiers e-mails d'avertissement tout de suite, a affirmé la Haute Autorité lors d'une conférence de presse, lundi.
La Hadopi ne sanctionne pas le téléchargement illégal en tant que tel, mais un "défaut de sécurisation de ligne Internet", créé par la loi Dadvsi en 2006 et reprécisé par un décret publié samedi 26 juin, qui crée une "contravention de négligence caractérisée protégeant la propriété littéraire et artistique sur Internet."
En substance, l'internaute dont l'adresse est repérée par les agents assermentés des ayants droit recevra d'abord un avertissement par e-mail, puis par lettre recommandée, lui demandant de mieux protéger son accès à Internet. "C'est comme si vous étiez le locataire d'un garage", explique Mireille Imbert-Quaretta, présidente de la commisson de la protection des droits de la Hadopi. "Si on trouve des sacs à main contrefaits dans votre garage, on vous demandera d'installer un cadenas sur la porte. Si vous ne le faites pas, vous serez responsable : vous ne serez pas considéré comme un receleur ou un contrefacteur, mais vous pourrez être sanctionné pour ne pas avoir sécurisé votre garage."
Si l'internaute ne "sécurise" pas son accès à Internet - en installant un logiciel de protection ou en prenant toute autre mesure dont il pourra faire part à la Hadopi - à la troisième constatation, son dossier peut être transmis au parquet, qui pourra le sanctionner en coupant son accès à Internet, ou en lui infligeant une amende et des dommages et intérêts, voire une peine de prison. Le décret précisant la manière dont s'opérera le transfert au parquet n'a pas encore été publié, mais la Hadopi juge qu'il n'est pas indispensable au démarrage de ses activités, puisqu'il ne s'agit que de l'étape finale du processus de "riposte graduée". Un processus "subtil" - pour la Haute Autorité, "flou" - pour ses adversaires.
OPÉRATIONNELLE MAIS PAS LANCÉE
La Haute Autorité assure par ailleurs qu'elle sera "extrêmement vigilante" sur les dossiers qui parviendront à la troisième et dernière étape du processus. "La commission de la protection des droits transmettra au parquet que lorsqu'elle aura la certitude que l'abonné est bien l'auteur", martèle Mireille Imbert-Quaretta, qui se refuse cependant à détailler les éléments qui seront pris en compte par la commission pour établir cette certitude, faute de cas concrets encore examinés. "La Hadopi est tout le contraire d'un radar automatique", juge-t-elle.
La Haute Autorité automatisera cependant une partie de son traitement. L'envoi des e-mails et des lettres recommandées sera automatisé, en fonction de critères que définira la Hadopi, mais tous les signalements des ayants droit ne seront pas automatiquement suivis d'effet. Ces derniers ont annoncé qu'ils pourraient envoyer jusqu'à 50 000 signalements par an, mais "on ne va pas suivre la politique des ayants droit", estime Mme Imbert-Quaretta. "Nous déciderons de poursuivre ou de ne pas poursuivre en fonction de nos propres critères."
Pourtant, si le collège de la Haute Autorité assure que juridiquement et techniquement, tout est prêt, elle se refuse à donner une date pour les premiers envois d'e-mails d'avertissement. Officiellement, c'est parce que la Commission de protection des droits "est décidée à montrer une extrême rigueur dans le traitement des données personnelles", et souhaite s'assurer que ces données "seront effacées du système dans le délai prévu", et qu'il n'y aura pas de fuites de ces données. La Hadopi aura en effet accès à des données privées étendues, comme la liste précise des fichiers téléchargés et l'adresse IP correspondante. Sur ce plan, "la commission veut des certitudes". Si la Haute Autorité est techniquement prête, il semble qu'il lui reste toutefois quelques incertitudes.
Damien Leloup
Fillon appelle les musulmans de France à rejeter l'extrémisme
François Fillon a appelé lundi les musulmans de France à prendre leurs distances avec l'extrémisme, une semaine avant le début de l'examen du projet de loi sur l'interdiction du voile intégral. Le Premier ministre a inauguré une mosquée à Argenteuil, dans la banlieue parisienne, une première pour un dirigeant de ce niveau sous la Ve République. Un geste considéré par l'opposition socialiste comme une manière de réparer la "faute" du débat sur l'identité nationale. Dans un discours devant la communauté musulmane, le Premier ministre a qualifié le port de la burqa de "caricature" de l'islam, invitant à faire "gagner l'intelligence contre l'obscurantisme".
"Il ne faut pas s'y tromper : en renvoyant une image sombre et sectaire, les personnes qui dissimulent leur visage au prétexte de leur foi sont consciemment ou non les opposantes à l'islam de France que vous avez contribué à construire", a dit François Fillon à propos du port du voile intégral. "L'islam de France, l'islam que vous vivez au quotidien n'a rien à voir avec cette caricature qui abaisse les lumières de votre foi", a-t-il ajouté. "Il n'a rien à voir avec cet extrémisme qui méprise votre adhésion pleine et entière au principe laïc et républicain de la France, et c'est pour cela que vous devez vous dresser au premier rang contre ce détournement du message religieux."
"C'est à vous les premiers de faire gagner l'intelligence contre l'obscurantisme, de faire gagner la tolérance contre l'intolérance", a ajouté le Premier ministre, dont le discours a été salué par des applaudissements et des youyous, le long cri de joie que poussent les femmes au Moyen-Orient et au Maghreb.
Discriminations
Dans le projet de loi qui sera discuté au Parlement à partir du 6 juillet, le gouvernement propose d'interdire la dissimulation du visage dans l'espace public, assortie d'une période de "pédagogie et de communication de six mois". "Le constat est unanime : cette pratique minoritaire qui bafoue les règles fondamentales du vivre ensemble et qui heurte nos concitoyens correspond à un comportement radical qui ne reflète pas la réalité de l'islam", a dit François Fillon à Argenteuil. "Il s'agit pour le gouvernement de rappeler les règles fondamentales de la vie en société", a-t-il poursuivi. Le Premier ministre s'est dit conscient des discriminations dont sont victimes les musulmans de France.
L'an dernier, "30 % des faits de violence raciste, des menaces dans la très grande majorité des cas, ont visé des personnes de confession musulmane", a-t-il rappelé. "Six lieux de culte musulman ont été victimes d'actes de malveillance et au début de cette année, nous avons été émus par des profanations de tombes musulmanes et de mosquées". Le maire socialiste d'Argenteuil, Philippe Doucet, a dit voir dans l'inauguration de la mosquée par le Premier ministre une manière de "rattraper la faute qu'a été le débat sur l'identité nationale". "Ils (les membres du gouvernement, NDLR) ont bien vu que, là, ils avaient fait une faute politique, ils vont entrer dans le débat sur la burqa, donc il fallait qu'ils puissent trouver le moyen de rattraper cette faute politique", a-t-il dit sur LCI.
Philippe Doucet a, par ailleurs, jugé "extrêmement dommageable" l'absence de Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur et des Cultes, à l'inauguration de la mosquée. Sa présence avait été initialement annoncée (Élisabeth Pineau avec Benoît Tessier, édité par Sophie Louet)
NANTES - L'automobiliste voilée se dit victime d'un "délit de sale gueule"
L'automobiliste verbalisée pour avoir conduit voilée début avril à Nantes a été victime d'un "délit de sale gueule" du policier qui l'a contrôlée, a dit lundi son avocat lors de l'audience devant le tribunal de police. Sandrine Mouleres est l'une des quatre compagnes de Liès Hebbadj, ce commerçant
musulman de Rezé (Loire-Atlantique) mis en examen le 9 juin pour "fraudes aux prestations sociales"", "escroqueries", "travail dissimulé" et "aide au séjour irrégulier d'étrangers".
Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, qui accusait ce père de quinze enfants de "polygamie", avait réclamé la déchéance de sa nationalité française après la médiatisation de la contravention de 22 euros pour conduite avec niqab infligée à celle que Liès Hebbadj qualifie de "maîtresse". Celle-ci devrait être mise en examen d'ici la fin de la semaine, dans le cadre de l'enquête sur les fraudes aux prestations sociales. "Rien, dans le Code de la route, n'interdit le port du voile au volant", a plaidé lundi Jean-Michel Pollono, qui a demandé au tribunal de police d'annuler la procédure. "Pour moi, il y a délit de sale gueule." "Le niqab n'est pas pire que le casque des pilotes de Formule 1, qui tournent à 320 km/h sur les circuits et qui peuvent pourtant regarder dans leurs rétroviseurs", a-t-il dit.
Décision le 13 décembre
Le tribunal de police a mis sa décision en délibéré au 13 décembre. "Je suis aussi une maman, j'emmène mes enfants à l'école et au sport", s'est défendue Sandrine Mouleres, 32 ans, qui s'est présentée voilée et gantée à la barre. "Je ne prendrais pas des risques inutiles pour eux, pour moi et pour autrui en réduisant mon champ de vision."
Selon les deux
policiers à l'origine du contrôle, le niqab limitait le champ de vision latéral de Sandrine Mouleres, en ne suivant pas les mouvements du visage. "Elle est contrainte de faire de larges mouvements de la tête, à droite et à gauche et de haut en bas", a déclaré le brigadier qui l'a verbalisée lors de son audition. "Il est évident qu'elle n'aurait pas pu voir un piéton ou un vélo arrivant par-derrière."
La contravention dressée le 2 avril par les policiers s'appuie sur l'article R. 412-6 du Code de la route, qui stipule que "tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d'exécuter commodément et sans délai toutes les manoeuvres qui lui incombent". "Ses possibilités de mouvement et son champ de vision ne doivent pas être réduits par le nombre ou la position des passagers, par les objets transportés ou par l'apposition d'objets non transparents sur les vitres", précise le Code de la route.
Affaire Woerth-Bettencourt : le ministre nie, la majorité fait bloc
Une nouvelle fois, Eric Woerth s'est défendu, dimanche 27 juin, de tout conflit d'intérêt dans l'affaire Bettencourt, du nom de la richissime héritière de L'Oréal pour qui travaillait, jusqu'à ces derniers jours, l'épouse du ministre. "Je n'ai rien à me repprocher", a-t-il martelé tout au long du Grand jury RTL-LCI-Le Figaro auquel il était invité, dimanche 27 juin.
Pour M. Woerth, le fait que les médias et l'opposition évoquent et commentent les potentiels déboires fiscaux de Mme Bettencourt, les écoutes effectuées chez elle et un possible conflit d'intérêt entre lui – qui fût ministre du budget jusqu'aux élections régionales de mars – et l'héritière n'a qu'un seul but : "Je suis une cible politique car on veut affaiblir la réforme des retraites", a-t-il assuré.
"Ce que j'ai fait, je l'ai fait en toute honnêteté, en toute rigueur, et si c'était à refaire je le referais", a-t-il dit à plusieurs reprises. Il a expliqué qu'il n'avait pas eu connaissance des éléments accréditant l'idée que Liliane Bettencourt fraudait le fisc. Le dossier a été transmis par le parquet de Nanterre à Bercy début 2009, quand il était ministre du budget.
"IL N'Y A PAS DE PROBLÈME DE MORALE"
C'est, selon lui "une polémique en marge d'un procès très important entre une mère et une fille", Liliane et Françoise Bettencourt.
C'est le "vent", le "ventilateur" de ce conflit familial. Le ministre du Budget François Baroin avait auparavant annoncé que le fisc allait passer au peigne fin la fortune de Mme Bettencourt.
Il a cependant admis pour la première fois que Liliane Bettencourt, femme la plus riche de France, avait fait des dons à l'UMP, parti dont il est le trésorier. "Je n'ai jamais déclenché de contrôle fiscal, comme je n'ai jamais empêché de contrôle fiscal". Il a assuré que le ministre n'avait aucun pouvoir sur les enquêtes fiscales et ne s'intéressait pas aux procédures. "Les journalistes ne comprennent pas le fonctionnement" des services fiscaux, a-t-il déploré, accusant "les journaux en manque de ventes" d'avoir monté en épingle cette affaire. Il a également dénoncé "les tribunaux qui se créent sur Internet", sans doute une allusion au site Mediapart, qui a le premier évoqué les enregistrements pirates réalisés au domicile de Mme Bettencourt.
Pour le ministre, "il n'y a pas de problème de morale" dans cette affaire. Il a défendu son épouse Florence, présente sur le plateau, qui a démissionné à "contre-cœur" de son poste au service de Mme Bettencourt. "Ce métier ne posait pas de problème et il n'y avait pas de conflit d'interêt", a juré Eric Woerth, ajoutant qu'il avait "toujours dressé une muraille de Chine entre [leur] deux métiers". "Elle est victime de cette affaire, elle a fait son métier avec honneur avec compétence, avec honnêteté", a-t-il ajouté.
LES LINGOTS DE ROBERT PEUGEOT
Enfin, M. Woerth a réagi aux informations publiées dimanche dans les colonnes du Journal du dimanche. Robert Peugeot, héritier du groupe automobile a été cambriolé en décembre. Après avoir déclaré un vol de 500 000 euros de lingots d'or, il a revu à la baisse le montant à 150 000 euros afin de ne pas attirer l'attention des services fiscaux. Il aurait, dans l'intervalle, dîné avec le ministre. Ce dernier n'a pas nié que ce dîner ait eu lieu, mais selon lui il n'a pas été question de lingots d'or. "Je connais M. Peugeot, comme centaines de gens connaissent M. Peugeot", s'est-il défendu.
"On jette des noms en pâture comme ça, comme si c'était des voyous. C'est très difficile de prouver ce qui n'existe pas", a ajouté M. Woerth, dénonçant des "amalgames, des insinuations absolument scandaleux".
Dans un entretien accordé dimanche à l'Est républicain, M. Peugeot dénonce "des amalgames" et soutient que son assurance a bien estimé son préjudice à 82 000 euros. "Tous les autres chiffres sont fictifs", a-t-il assuré. Si l'héritier Peugeot reconnaît avoir rencontré Eric Woerth "plusieurs fois", il dément le reste. "Cela dépasse les calomnies sur ma vie privée et touche le groupe et son personnel. Il est des barrières à ne pas laisser franchir", poursuit-il, déplorant que de "victime d'un cambriolage", il devienne "coupable, le tout se fondant sur de seules insinuations".
Outre son épouse, plusieurs membres de la majorité assistaient à l'émission, sans toutefois intervenir. Luc Châtel, Roselyne Bachelot ou Xavier Bertrand ont opiné du chef tout au long de l'interview pour montrer leur soutien à leur collègue. Samedi en marge du G20, le président de la République lui-même a assuré M. Woerth de son soutien déclarant qu'il n'avait "rien à lui reprocher".
Sarkozy prépare une cure d'austérité au sommet de l'État
Le chef de l'Etat devrait annoncer "au plus tard mardi" des mesures pour "moraliser les pratiques gouvernementales et tailler dans les dépenses des cabinets ministériels", annonce La Tribune (sur abonnement) lundi 28 juin. Le quotidien économique explique qu'en plus de "défendre le soldat Woerth","l'Etat va devoir donner des gages à une opinion publique secouée par les révélations de dépenses somptuaires de certains ministres" et affirme qu'au "plus tard mardi le chef de l'Etat devrait annoncer des mesures fortes pour réduire le train de vie gouvernemental".
"Le président de la République va donc plaider pour une république exemplaire et surtout plus modeste", ajoute La Tribune, après les révélations de ces dernières semaines concernant les excès divers quant aux logements de fonction, dépenses de fonctionnement, effectif de cabinets ministériels, voire achat de cigares, et en plein scandale Bettencourt-Woerth. "Il n'a guère le choix, au moment où le gouvernement s'apprête de son côté à réclamer des sacrifices à tous les Français, particuliers ou entreprises", poursuit le quotidien économique.
Dimanche, sur Europe 1, François Baroin, le ministre du budget, a promis 10 milliards d'euros d'économies sur le fonctionnement de l'Etat entre 2011 et 2013, assurant que dix mille voitures de service seraient supprimées, que 10 % des postes seraient supprimés dans les administrations centrales et que les crédits de communication seraient réduits de 20 %. François Baroin s'est dit par ailleurs plutôt hostile à des augmentations de salaire pour les fonctionnaires hors des ajustements automatiques. "Tout le monde devra faire un effort", a-t-il dit. Il n'exclut pas l'annonce de nouvelles mesures en août si l'objectif de croissance de 2,5 % pour l'an prochain, considéré comme ambitieux, s'avère compromis. "Si la croissance n'était pas au rendez-vous par rapport à nos ambitions, nous proposerons fin août-début septembre pour la loi de finances (...) des mesures supplémentaires, c'est-à-dire des efforts supplémentaires", a-t-il dit.
La reprise économique mondiale a atteint un pic, selon Euler Hermes
La reprise économique mondiale, amorcée au printemps 2009, a probablement déjà atteint un pic et l'Europe risque de rester durablement affectée par la crise avec une croissance faible, estime l'assureur-crédit Euler Hermes dans une étude publiée lundi.
Le rebond est bien là et l'économie est repartie dans le monde avec un rythme de croissance mondiales proche de celui enregistré avant la crise mais "on est déjà en train d'atteindre, voire de dépasser un pic de croissance lié à la reprise", a souligné Karine Berger, chef économiste d'Euler Hermes, en présentant l'étude à la presse.
Ainsi, des freins commencent à se faire jour, notamment à cause d'un fléchissement du soutien apporté par les plans de relance.
En Asie, des prix immobiliers très élevés ou une forte inflation en Inde, devraient peser.
Aux Etats-Unis, l'accélération est aussi proche de son maximum, selon Euler Hermes.
Mais la situation est plus problématique pour la zone euro, a souligné l'assureur-crédit.
Ainsi, "l'Europe sera la seule zone durablement touchée par la crise avec un impact sur sa croissance potentielle", a précisé Karine Berger.
L'assureur-crédit s'attend à une croissance mondiale de 3,3% en 2010 puis 2,9% en 2011. Mais la croissance dans la zone euro devrait être de seulement 0,8% et 0,9% en 2010 et 2011.
Au sein de cette zone, des pays comme l'Allemagne et la France devraient voir leur croissance progresser doucement, alors que les pays du bassin méditerranéen ne reviendraient pas à leurs niveaux d'avant la crise, selon l'assureur-crédit.
A l'exception de l'Espagne et l'Allemagne, les pays européens ont annoncé des plans de consolidation budgétaires plus importants que leurs plans de relance, relève Euler-Hermes. "Prendre dès maintenant des décisions d'ajustement budgétaire, alors que la zone euro est en phase de très faible reprise, ne peut être que négatif pour la croissance", a estimé Karine Berger.
En conséquence, l'assureur-crédit s'attend à un niveau élevé de défaillances d'entreprises jusqu'en 2011, surtout en Europe du Sud.
Le G20 entérine le virage de la rigueur budgétaire
Les chefs d'Etat des nations industrialisées se sont engagés à Toronto à diviser par deux leurs déficits budgétaires avant 2013. L'instauration d'une taxe bancaire est en revanche laissée au libre arbitre des Etats.
L'Allemagne peut être ravie. A l'issue du sommet du G 20, hier à Toronto, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays industrialisés, à l'exception du Japon, se sont en effet engagés à réduire de moitié leur déficit budgétaire d'ici 2013 ainsi qu'à stabiliser, voire réduire, leur endettement public d'ici 2016. Un peu plus tôt dans la matinée, la chancelière Angela Merkel s'était montrée des plus réjouies « C'est plus que j'attendais, c'est un succès » avait elle déclaré en marge du sommet. Néanmoins, comme l'a souligné le président français, Nicolas Sarkozy, lors de sa conférence de presse finale, cet objectif « est moins important que les engagements pris par les européens », rappelant que la France s'est engagée à ramener son déficit à 6 % et à 3 % en 2013. L'engagement du G20 ne se traduira pas par des mesures budgétaires supplémentaires dans l'immédiat. En outre, comme le stipule explicitement le texte final, « il est (…) évident que l'assainissement devra s'amorcer en 2011 dans les économies avancées, et plus tôt encore dans les pays actuellement aux prises avec d'importants déficits budgétaire », comme la Grèce ou la Grande Bretagne. En effet, les plans de relance mis en place à l'issue de la crise feront encore sentir leurs effets cette année. « Il est possible que les ajustements budgétaires menés simultanément dans plusieurs grandes économies nuisent à la reprise », avertissent les Chefs d'Etat. Mais, il est également possible que l'absence de mesures d'assainissements là où elles sont nécessaires mine la confiance et ralentisse la croissance. Concession faite sans doute aux Etats-Unis et au Canada, les plans d'austérité ne doivent pas menacer une reprise encore fragile. Les craintes exprimées par les Etats-Unis qui veulent éviter un scenario semblable à celui des années 1930 où une rigueur budgétaire trop tôt adoptée avait plongé le monde dans la dépression constituent un filigrane du texte final.
Dans une ville en proie à de violentes manifestations de la part des altermondialistes qui ont conduit à l'arrestation de près de 600 personnes, les Chefs d'Etat et de Gouvernement se sont évertués à trouver un subtil équilibre entre croissance et rigueur budgétaire. Mais également une croissance plus équilibrée. Cet objectif repose notamment sur une meilleure flexibilité des taux de change et au renoncement à toutes mesures protectionnistes. Si dans un premier temps le G20 devait adresser un satisfecit explicite à la Chine pour la réforme de sa politique de change annoncée la semaine dernière, les leaders du G20 ont seulement appelé «les pays émergents avec un excédent» commercial à «accroître la flexibilité» de leur taux de change. Pour des raisons de politique interne, le président Hu Jintao a obtenu que le nom de la Chine disparaisse du communiqué final.
En matière commerciale, les chefs d'Etat ont prolongé de trois ans, jusqu'en 2013, leur engagement de ne pas mettre en oeuvre des barrières commerciales et réitéré leur volonté de conclure le cycle de Doha au sein de l'Organisation Mondiale du Commerce. Nicolas Sarkozy, d'un ton ironique, s'est réjoui de cette mention répétée depuis de nombreuses années. Mais, à ses yeux, pour aboutir à des résultats, « il faut changer de méthode, impliquer les présidents et les Premiers ministres » dans les négociations. Le cycle semble bien moribond pour que le G20 ne mentionne aucune date butoir. Le président américain a d'ailleurs indiqué que les propositions actuellement sur la table ne satisfaisaient pas les Etats-Unis et que d'importantes modifications devraient y être apportées. En l'état, les Etats-Unis perdraient leur avantage comparatif par rapport à d'autres pays dans le domaine des services.
Sur le plan de la régulation et de la supervision financière, là encore, les chefs d'Etat du G20 ont sauvé les apparences d'un consensus. Le texte réitère l'engagement des Etats à promouvoir un système financier mieux régulé et plus robuste. Paris et Berlin ont pesé de tout leur poids pour l'adoption d'une taxe sur les banques destinés à éviter tout risque systémique à l'avenir. L'opposition de certains pays a abouti à un demi succès. Le communiqué stipule que la taxe est l'un des outils pouvant être mis en place parmi d'autres comme le renforcement des fonds propres des banques. Nicolas Sarkozy s'est pourtant satisfait que le mot même de taxe bancaire soit mentionné explicitement dans un communiqué du G20. « La France a obtenu le cadre qu'elle souhaitait. C'est un progrès et la décision de la France, de la Grande Bretagne et de l'Allemagne d'introduire cette taxe fera tache d'huile », a-t-il prédit. Pas si sûr alors que le Canada, accompagné de l'Australie, du Japon et de l'Inde notamment sont fermement opposé à cette taxe. Les autres sujets relatifs aux normes comptables des banques, aux règles de renforcement des capitaux propres, à la surveillance des paradis fiscaux n'ont pas fait l'objet d'avancées majeures. De nombreuses décisions seront prises lors du sommet du G20 à Séoul en novembre prochain. Comme l'a souligné Nicoals Sarkozy, « tous les sommets ne peuvent pas donner lieu à des décisions historiques » et spectaculaires. Ce sera peut être le cas l'an prochain lorsque la France présidera le G20. Avec le directeur général du FMI, Dominique Strauss Kahn, lequel partage la même vision de l'organisation future du système monétaire international, Nicolas Sarkozy a de grandes ambitions en 2011.
La Chine interdit à ses militaires de tenir des blogs
La Chine a interdit à ses 2,3 millions de soldats de créer des sites Web ou de tenir des blogs, renforçant encore les restrictions pesant sur Internet dans le pays."Les soldats ne peuvent pas ouvrir de blogs sur Internet, qu'ils le fassent en tant que soldats
ou non", a déclaré Wan Long, commissaire politique de l'Armée populaire de libération, cité samedi 26 juin par l'agence de presse officielle Chine nouvelle.
"Internet est complexe et nous devons nous prémunir contre les pièges en ligne", a-t-il ajouté, en soulignant ses inquiétudes concernant la "confidentialité" des affaires militaires, toujours selon l'agence. Cette interdiction figure dans la nouvelle version des règles administratives internes de l'Armée populaire de libération, la plus importante armée au monde. Elles sont entrées en application le 15 juin, d'après Chine nouvelle.
ARGUMENT SÉCURITAIRE
Ce mois-ci, la Chine a également invoqué la sécurité de l'Etat pour défendre son droit à la censure et avait demandé à ce que la manière dont elle gère ses 400 millions d'internautes – la plus grande communauté Internet au monde – soit respectée. Dans le même temps, le gouvernement chinois avait assuré "garantir la liberté de parole des citoyens sur Internet ainsi que leur droit de savoir, de participer, d'être écouté et de superviser".
Avec son "grand pare-feu", la Chine dispose aussi d'un vaste système de contrôle d'Internet, qui bloque l'accès à certains sites ou en censure le contenu jugé inacceptable par Pékin, qu'il s'agisse de pornographie ou de dissidence politique.
La garden-party de l'Élysée a donc vécu et on ne s'en plaindra pas. Elle était l'une de ces vitrines du train de vie de la monarchie républicaine française. Une survivance anachronique d'une prétention héritée de... Louis XIV. Le plus étonnant est qu'il ait fallu l'aggravation de la crise économique et la facture de plus de 600 000 € de l'édition 2009 pour qu'elle apparaisse scandaleusement dispendieuse. Jusque-là, les fastes élyséens de la fête nationale étaient excusés, voire compris. Après tout, c'était ça, aussi, la France... Nicolas Sarkozy a d'autant plus facilement fait une croix sur ce rendez-vous annuel qu'il ne l'a jamais aimé. Il l'accomplissait comme une corvée, après avoir commencé par supprimer le rituel de l'entretien politique. Au-delà de ce cérémonial exceptionnel, il ne s'est jamais senti à l'aise dans le décor du palais de la Pompadour. Peu après son entrée en fonction, il confirmait aux DNA qu'il trouvait le lieu peu fonctionnel et mal adapté à l'exercice d'un pouvoir présidentiel dynamique. Depuis, il a fait avec... Symbolique, la mise au régime sec du 14-Juillet ne lui coûte rien. Toujours bonne à prendre, même si elle n'aura aucune incidence sur la résorption du déficit budgétaire. Elle ne sera qu'un gadget - un effort en carton-pâte - sans une profonde remise en question du fonctionnement matériel du pouvoir, et notamment des dépenses exponentielles de la présidence. Tout se passe comme si président et ministres devenaient inconscients des gaspillages insensés entraînés par une conception d'un autre âge de leur standing. Aucune autre démocratie en Europe ne se paie un tel luxe tout entier dédié au prestige français. Les caricaturaux jets privés et cigares de Christian Blanc qui ont défrayé la chronique ne sont que les cerises sur le gâteau. S'il veut être efficace, l'effort devra porter sur l'avènement d'un Etat modeste. Ce sera autant une question de psychologie et de conception du pouvoir, que de soustraction. La France doit avoir le courage de s'imposer la révolution de la simplicité. Le pouvoir doit s'interroger sur la façon de se débarrasser de codes pesants qui le coupent du pays réel. L'apparat républicain protège tant de résistances des élites politiques à vivre le quotidien ordinaire des Français ! L'intensification annoncée de la rigueur aura au moins l'avantage - parmi tant de souffrances - d'accélérer une mutation nécessaire mais, pour l'heure, à peine ébauchée.
OLIVIER PICARD
Avec la crise, les Français ne croient plus dans leurs élites
Défiance envers les politiques, désamour envers les sportifs, dépit à l'égard du patronat, déclassification des intellectuels. A la crise économique, s'ajoute une crise des élites dans le pays. Autopsie de plusieurs fiascos
Les inventeurs de la carte à puce, de la magnétorésitance, du développement de la métathèse dans la synthése organique, du virus VIH sont tous Français. Le premier Roland Moreno, auteur de plusieurs ouvrages pertinents sur l'économie et la société, n'a jamais été associé à la moindre réforme d'importance concernant le pays. Le deuxième Albert Fert, prix Nobel de physique, est surtout célèbre chez ses anciens collègues des universités de Toulouse et Grenoble. Le troisième, Georges Chauvin n'est pas le Lyonnais le plus célèbre du moment. Le quatrième, le professeur Luc Montanier, s'est exilé en Amérique.
La France admire et décore ses inventeurs, se gargarise de ses prix Nobel, une fois l'an. Mais elle les associe rarement à la marche collective du pays et de la société. Nos meilleurs chercheurs, nos plus brillants cerveaux sont confinés dans leurs labos, épluchent des données étrangères aux non-initiés et planchent sur leurs publications confidentielles. Cette élite reconnue pour sa pertinence scientifique, son sens de l'éthique, sa capacité d'invention n'accède pas à l'exposition politico-médiatique qui lui donnerait valeur d'exemple.
Du coup, une autre élite s'est construite, par l'habileté ou la télé, le culot ou les réseaux et elle est aujourd'hui en crise. Jusqu'à présent, cette défiance de la population pour ceux qui sont censés la représenter est restée masquée par le confort dont bénéficiait notre société, ne se manifestant qu'au hasard d'une élection (21 avril 2002) ou d'une indignation ponctuelle (manifs anti-CPE). Avec la crise tout court, la fracture apparaît au grand jour et s'aggrave. Jusqu'où ira cette défiance ? Les répercussions électorales et sociales se verront dans les deux ans à venir.
En choisissant Herman Van Rompuy comme président permanent du Conseil européen qui les réunit une fois par trimestre, les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne ont choisi un homme de bien. Calme, pondéré, Européen de conviction, l'ancien Premier ministre belge, flamand et démocrate-chrétien, est rompu aux négociations les plus ardues et semble capable de rapprocher les points de vue les plus inconciliables. Mais est-ce l'homme de la situation ?
Pour l'instant, celui qui doit incarner, aux yeux du monde, les États européens fédérés n'a pas marqué de son empreinte une Europe en doute, interpellée par les marchés financiers, questionnée par ses grands partenaires et objet de la déception de ses citoyens inquiets. Il a prononcé quelques discours pleins de sagesse, beaucoup parlé anglais, comme c'est la mode à Bruxelles, certainement travaillé dur dans l'ombre des « grands » chefs d'État.
Certes, une personnalité ne peut redresser, à elle seule, une situation dans laquelle les États se montrent, chaque jour, plus jaloux de leurs prérogatives et n'ont pas le courage d'accélérer une intégration, pourtant la seule issue à la crise de confiance que traverse l'Europe. Mais on attendait davantage du président « stable », désigné pour deux ans et demi. À tort ou à raison, les Européens auraient bien aimé s'identifier et se retrouver dans le caractère entraînant d'une personnalité charismatique. Ils l'attendaient et la réclamaient.
La prudence et le réalisme de ce faux modeste ont finalement confirmé qu'il n'avait pas été choisi pour cela. Il n'a d'ailleurs pas pris le pas sur la présidence des différents comités de l'Union, qui continue à être exercée, à tour de rôle, par les Etats. La première de l'après-traité de Lisbonne, tenue par l'Espagne, n'a pas cessé d'essayer ¯ en vain ¯ de se faire valoir et de multiplier les couacs. Elle aurait bien mérité d'être occultée par un vrai président faisant preuve d'autorité. À compter du 1er juillet, espérons que les Belges joueront davantage le jeu avec l'un de leurs compatriotes !
Avec José Manuel Barroso, la collision était inévitable. Le président de la Commission européenne est censé incarner l'intérêt général au-dessus des États et il était à peu près évident qu'il dût se heurter à celui qui les représente. C'est désormais le cas et chaque événement international nous montre le spectacle d'une Europe qui s'est offert deux têtes de plus pour nous représenter : Herman Van Rompuy et Catherine Ashton, la « ministre des Affaires étrangères » de l'Union. Quand on ne veut pas de patron, on en choisit plusieurs !
Les institutions, en Europe comme ailleurs, sont d'abord ce que les hommes en font. Pour l'instant, le « Président de l'Europe » n'a pas su donner à l'Union un visage et une voix qui s'impose et s'exprime sur la scène mondiale. Il n'a pas contribué à offrir aux Européens de nouvelles occasions d'espérer. Or ils en ont besoin ; ils en ont les moyens, et c'est devenu une urgence.
(*) Président de la Fondation Robert-Schuman.
G20: DSK attend des actes Reuters
Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a jugé hier que l'objectif des pays du G20 de réduire de moitié leurs déficits d'ici 2013 importait moins que les mesures qu'ils mettront en oeuvre pour alléger leur endettement. Se fixer un objectif commun, a-t-il ajouté, est une idée intéressante mais simplifie trop le problème.
"Parler de réduire de moitié les déficits revient à simplifier à l'excès le problème, parce qu'il diffère d'un pays à l'autre", a expliqué le patron du Fonds monétaire international à l'issue du sommet du G20 à Toronto. "Le fait que les pays appliquent les bonnes mesures m'intéresse davantage", a-t-il poursuivi.
Strauss-Kahn dit repartir de Toronto plus optimiste sur la volonté des pays industrialisés et des économies émergentes regroupés au sein du G20 de coordonner leurs politiques nationales de sorte de ne pas stopper la reprise mondiale.
Peu importe, dit-il, que des pays avancent à des rythmes différents sur le retrait des mesures de soutien prises après le déclenchement de la crise économique et financées sur l'argent public.
"Si tous les pays se serraient la ceinture, cela pourrait être une catastrophe, cela pourrait totalement détruire la croissance", a-t-il ajouté.
Mais Strauss-Kahn a rapporté que le G20 n'avait pas évoqué la possibilité d'une rechute de l'économie mondiale, un scénario auquel le FMI ne s'attend pas non plus.
Sarkozy : «Nous sortons vidés de ces sommets»
Lors de la conférence de presse de clôture du G20 de Toronto, le président s'est félicité que ces rencontres soient devenues moins formelles.
Nicolas Sarkozy s'est présenté une heure plus tôt dans la salle où devait avoir lieu la conférence de presse de clôture du G20 de Toronto. Fait rare en cette occasion, le micro et les lumières ne marchent pas. L'attente est longue. Le président est fatigué, et il voudrait «vite» rentrer en France, dit-il dans une demi-pénombre pendant que les techniciens s'affairent. Après cinq longues minutes, le son, puis la lumière, sont rétablies.
«C'était une grande ambition d'avoir le son, mais si en plus nous avons la lumière, il ne me reste plus qu'à m'occuper du texte», sourit Sarkozy, qui prend le parti d'en rire. Le président a hâte de rentrer, mais il a envie de défendre ce G20, dont il a lancé l'idée il y a deux ans. «Vous croyez que cela nous fait plaisir de nous réunir ? Nous sortons vidés de ces sommets ! Je préférerais faire du bateau sur le lac Ontario», commence-t-il. «Si on ne discute pas, c'est la guerre. Ce n'est pas une question de plaisir, c'est une question de nécessité. Chaque sommet ne débouche pas sur des décisions historiques. Mais il faut prendre le temps de se comprendre. Si on ne se parlait pas, croyez bien que ça couterait plus cher. Ça fait partie du travail. Dans les siècles précédents, il n'y avait pas de sommets, chacun gardait sa vérité dans son coin et levait une armée».
Le voici converti, lui qui longtemps a pesté à l'idée de se retrouver dans ces causeries compassées où triomphe la langue de bois diplomatique. Il se félicite d'ailleurs que ces rencontres soient devenues mois formelles : «Se parler franchement autour d'une table, cela fait une différence», ajoute-t-il. «On comprend mieux les autres. Cela oblige à la tolérance et au compromis. Et ce sont de bonnes choses».












