Arborant des tee-shirts imprimés du slogan "fauchés comme les blés ", les producteurs de grandes cultures, céréaliers en tête, devaient mardi 27 avril organiser, à l'appel de quatorze fédérations régionales des syndicats d'exploitants agricoles et avec le soutien de la FNSEA, un grand défilé de tracteurs dans Paris, pour dénoncer la baisse de leur revenu et exprimer leur vive inquiétude sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC).
MILLE DEUX CENTS TRACTEURS ATTENDUS
Les organisateurs n'attendaient pas moins de 10 000 manifestants et 1 200 tracteurs. Par cette démonstration de force, les céréaliers, entendent obtenir des "mesures concrètes et immédiates", pour ne pas finir l'année "totalement exsangues". En 2009, la filière a accusé une nouvelle baisse de 50% de ses revenus, lesquels avaient déjà en 2008 enregistré un recul de 30%.
"L'image du céréalier à l'aise est tenace mais elle est fausse ", lâche Michel Masson, président de la FRSEA de la région Centre. Le revenu moyen d'un exploitant céréalier est tombé en 2009 à 15 200 euros annuel, ce qui néanmoins reste supérieur à bien d'autres types de culture.
La récolte 2009, une des plus élevée des dix dernières années, a pourtant été "bonne, voire excellente", ne cache pas Thierry Bontour, président de la FRSEA Nord Bassin parisien. Mais après deux années "euphoriques" en 2006 et 2007, les cours mondiaux des céréales se sont depuis effondrés. " Et aujourd'hui, en dépit des petits soubresauts de ces derniers jours, ils ne présentent aucune perspective de redressement alors que nos charges restent élevées. L'année 2010 s'annonce catastrophique, martèle cet exploitant, d'autant qu'en plus nous faisons cette année à la mise en application du rééquilibrage des aides de la PAC".
En février 2009, Michel Barnier, alors ministre de l'agriculture, plaidant pour une PAC plus équitable, a décidé de rééquilibrer la distribution des aides directes au profit des laissés-pour-compte du système, notamment les éleveurs ovins, les agriculteurs de montagne ou producteurs "bio". Un rééquilibrage qui devait se traduire pour les céréaliers, les plus favorisés jusqu'alors, par une baisse de leurs subventions.
"Cette redistribution a été décidé lorsque les prix étaient hauts. Mais aujourd'hui, relève Dominique Chambrette, vice-président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), les prix sont retombés très bas et ce rééquilibrage se traduit par un manque à gagner de 80 euros à l'hectare [les subventions étant tombées en moyenne à 260 euros par hectare]. Or, sachant qu'en moyenne les exploitations céréalières ont une superficie de 120 hectares, la perte peut s'élever à près de 10 000 euros", plaide-t-il.
Le 6 avril, lors d'un déplacement dans l'Essonne, Nicolas Sarkozy a refusé de revenir sur ce rééquilibrage, promettant cependant d'accélérer la mise en place d'un comité de suivi des céréales. C'est dans le cadre de ce comité de suivi, réuni pour la première fois le 14 avril, que le ministre de l'agriculture Bruno Lemaire entend aujourd'hui examiner les problèmes de la filière. Reste que cette instance ne remettra pas ses conclusions avant la fin de l'année, un délai jugé évidement trop lointain par les producteurs.
S'il n'ignore pas l'impact de la baisse des cours, ni celui du rééquilibrage des aides PAC sur la situation des céréaliers, le ministre refuse "toute précipitation". "Il faut que nous trouvions les outils permettant aux céréaliers de faire face aux fluctuations conjoncturelles des cours, mais cela doit se faire dans le cadre d'un plan de développement de la filière et pour cela il faut que nous menions un travail de fond sur les écarts de compétitivité avec nos voisins européens", soutient M. Le Maire qui écarte, vu l'état des finances publiques, l'idée d'aides immédiates.
Laetitia Van Eeckhout
mardi 27 avril 2010
Les tracteurs vont entrer dans Paris
Tantôt des rumeurs (sur le couple Sarkozy), tantôt un curieux fichier (Clearstream), tantôt des commissions occultes dans des marchés douteux (les frégates de Taïwan, l'« Angolagate ») : la vie politique française semble se complaire dans le nauséabond avec tôt ou tard des tapis qui glissent et des chausse-trappes semés dans tous les coins...
Et maintenant une « affaire Balladur » ? L'ancien Premier ministre est un retraité politique qui ne représente plus que lui-même. La « cible » est à priori sans intérêt. A moins qu'elle ne serve de cache. Le ministre du Budget en 1995 s'appelait Nicolas Sarkozy, par ailleurs porte-parole du candidat Balladur à la présidence de la République. Enfin, s'il y a eu commissions et rétrocommissions occultes pour la vente de sous-marins au Pakistan, pourquoi ne pas imaginer que les plus hautes autorités de l'État étaient au courant ? François Mitterrand est resté en fonction jusqu'à la fin de son mandat. L'imagination peut encore porter plus loin puisque c'est Jacques Chirac qui aurait mis fin à ce curieux système des commissions en 1996. On sait l'inimitié entre le vainqueur de la présidentielle de 1995 et Edouard Balladur, son « ami de trente ans ».
Comme toujours face au scabreux, il y aurait matière à roman avec des chapitres palpitants mais sans conclusion. Par exemple, en ajoutant la piste judiciaire dans le cadre de l'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002, très vite - trop vite ? - attribué à al-Qaida. Des intermédiaires n'auraient-ils pas été payés comme promis et se seraient vengés - mais pourquoi tant d'années plus tard ? - sur des ingénieurs français ? Or, on connaît la puissance de nuisance de cet État dans l'État qu'est l'ISI, les services secrets pakistanais. Que les familles des victimes veuillent apprendre la vérité est plus que légitime...
Une bizarrerie figure néanmoins dans ce dossier, du moins dans sa partie émergée. Ainsi, les comptes de la campagne électorale de 1995 ont révélé d'énormes versements anonymes en liquide, et pas seulement au profit du candidat Balladur. C'est d'autant plus curieux qu'un virement en faveur d'un parti politique ouvre droit à une déduction fiscale.
Enfin, il y a le très lucratif marché des armes. Il est particulièrement opaque et reste cadenassé par le secret liant vendeur et acheteur. Les pratiques françaises en la matière ne sont pas différentes de celles des autres marchands de canons. Voilà pourquoi rien de vraiment probant ne filtrera tant que les dossiers sensibles resteront classés. Comme dans l'affaire des frégates de Taïwan... Resteront des indices glanés ici et là. Pour alimenter tous les scénarios.
À force de se recentrer sur les thèmes traditionnels pour inverser les sondages, la majorité joue avec le feu. L'ardeur avec laquelle elle fait du voile intégral la priorité des priorités, quand les Français s'angoissent surtout du chômage, des retraites et des fins de mois, devient suspect. On croyait oublié le débat ¯ fondamental mais instrumentalisé ¯ sur l'identité nationale. Le voici relancé de la pire manière à partir d'une amende infligée à une Nantaise en niqab pour « conduite non aisée ».
Il n'est pas question de nier que le port du voile intégral constitue une atteinte, insupportable dans notre culture, à la dignité de la femme, à la sécurité et à l'ordre publics. Ni d'occulter l'existence de cas de polygamie et de concubinage dissimulés pour toucher frauduleusement l'allocation de parent isolé.
Pour les combattre, y compris le port du voile dans certaines circonstances, il existe déjà un arsenal qui va de l'arrêté municipal à la directive européenne, en passant par la législation française. Commençons par donner à la police les ordres et les moyens pour les appliquer.
Au lieu de procéder de manière apaisée, le gouvernement privilégie l'amalgame. Quel lien entre cette femme qui conduit avec un niqab et son mari qui frauderait la Sécurité sociale ? Quel rapport entre la nationalité et la polygamie ? Quelle relation entre la religion et le voile intégral ?
La précipitation de l'UMP et du ministre de l'Intérieur à porter, avant vérification, des accusations dont même Éric Besson se méfie, alimente une chaîne idéologique malsaine : musulman = étranger = polygame = fraudeur. Ils offrent ainsi une lecture caricaturale de la société, au risque de raviver le feu raciste qui couve toujours sous les cendres des crises.
Ce faisant, la majorité pourrait bien se prendre à son propre piège. Déjà, le projet d'interdiction générale du port de la burqa, de l'avis du Conseil d'État, risque de se heurter au droit français et probablement européen. Et, à supposer qu'il s'applique, il lui sera fait d'autant moins de cadeau que la stigmatisation de la communauté musulmane excitera les plus extrémistes sur une question qui ne devrait pourtant pas concerner la religion.
La majorité prend un autre risque juridique. S'il fallait retirer leur nationalité aux fraudeurs de la Sécu, ce sont quelque 9 400 allocataires, pour la plupart des Français de naissance, qu'il aurait fallu, comment dire, « défranciser » l'an passé !
Sans compter que la polygamie ¯ supposée ¯ du mari de la conductrice nantaise, punissable d'amende et de prison, n'est pas, sauf mensonge lors du mariage, un motif de déchéance de la nationalité.
Durcir une législation déjà abondante, comme le suggère l'UMP, ne paraît pas une réponse appropriée pour chasser la fraude et la polygamie. Et bannir le voile intégral, au nom de l'ordre public, supposerait de le retirer aux reines du pétrole qui font leurs achats dans les boutiques de luxe des Champs-Élysées, ou, plus cocasse, d'interdire aux motards le port du casque intégral...
On voit les limites du « y'a qu'à » et des surenchères. S'il advenait qu'elle faisait pschitt, cette politique aurait le double inconvénient de faire fanfaronner ceux qu'elle vise sans attirer la sympathie de ceux qu'elle voudrait séduire.
Les lettres HOLLYWOOD sauvées !
On ne s'attaque pas à un mythe comme ça ! Et ce n'est pas Arnold Schwarzenegger, ancien quasi-indestructible Terminator qui dira le contraire ! Les lettres géantes H.O.L.L.Y.W.O.O.D., surplombant Los Angeles, sont désormais à l'abri des promoteurs immobiliers. En effet, les 12,5 millions de dollars nécessaires à l'achat des terrains alentours ont été réunis, a annoncé Schwarzenegger, gouverneur de Californie.
« Je suis fier d'annoncer que les 12,5 millions
de dollars ont été réunis, et que nous allons protéger ces terrains historiques », a déclaré l’ancien Terminator, au pied des lettres monumentales qui s'étendent sur les collines d'Hollywood, le quartier historique du cinéma.
L'Etat de Californie a participé à hauteur de 3,1 millions de dollars, les autorités locales ont apporté 2,7 millions et les donateurs privés 6,7 millions.
Si les fonds n’avaient pas été réunis, un consortium immobilier avait prévu de construire des résidences de luxe à proximité des lettres, construites en 1923 et hautes de 14 mètres.
Merci Spielberg, Tom Hanks…
« Tout le monde sait que ce sont probablement les lettres les plus mythiques et les plus connues au monde. C'est un symbole de rêves, d'opportunités et d'espoir », a estimé Schwarzy.
L'ancien acteur n'a pas hésité à évoquer ses souvenirs personnels pour justifier son engagement. « Dans les moments difficiles, quand j'étudiais l'anglais ou que je m'entraînais en salle de sport cinq heures par jour pour réussir à Hollywood, ce que j'avais toujours en tête, c'était les lettres d'Hollywood ».
Parmi les donateurs privés, le gouverneur a remercié le cinéaste Steven Spielberg, l'acteur Tom Hanks, la philanthrope Aileen Getty, la fondation du joaillier américain Tiffany, ainsi que les studios de cinéma hollywoodiens.
Il a également précisé que quinze autres Etats américains avaient fait des dons, ainsi que dix pays étrangers.
La cote de popularité de Nicolas Sarkozy remonte
Nicolas Sarkozy et François Fillon ont retrouvé en avril leurs niveaux de popularité d'avant les élections régionales, selon un sondage LH2-NouvelObs.com publié lundi sur le site du Nouvel Observateur. 38 % des Français ont ainsi une opinion positive de Nicolas Sarkozy, soit 3 points de plus qu'en mars. François Fillon gagne 2 points, à 49 %. « La popularité du couple exécutif revient à son niveau d'avant les élections régionales », écrit l'institut.
Selon LH2, l'image de Nicolas Sarkozy s'améliore « au sortir d'un mois marqué par les rumeurs autour du couple présidentiel mais aussi par des déplacements en banlieue qui ont notamment souligné le réengagement du Président sur le terrain sécuritaire ».
L'institut relève
que Nicolas Sarkozy bénéficie d'un regain de popularité auprès de son électoral traditionnel : 59 % des 65 ans et plus (+14 pts) et 53 % des retraités (+ 12 points) ont une opinion positive du chef de l'Etat tout comme 71 % des sympathisants de droite (+6 pts) et surtout 87 % de ceux de l'UMP (+11 pts).
Par ailleurs, seuls 32 % des Français déclarent faire confiance à Nicolas Sarkozy pour réussir à améliorer la situation de la France et des Français au cours des deux années de quinquennat restantes, dont seulement 8 % "tout à fait".
A l'inverse, 65 % des Français ne lui font pas confiance dont 43 % "pas du tout", ce qui illustre, écrit LH2, « une résignation nette à l'égard de l'efficacité probable de l'action présidentielle entre 2010 et 2012 ».
Sondage réalisé les 23 et 24 avril par téléphone, auprès d'un échantillon de 1 009 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.
lundi 26 avril 2010
Les huit jours qui viennent de s'écouler correspondaient aux vacances parlementaires de printemps. Qui s'en est aperçu ? Les maléfices du nuage islandais et l'infortune des dizaines de milliers de naufragés du ciel n'ont pas suffi pour émousser l'intensité de l'actualité politique franco-française. Comme si le « calme » avait disparu de la météo ordinaire de notre démocratie. Un changement climatique qui la prive du même coup de quelques moments de répit indispensables.
Serait-ce un effet secondaire du quinquennat ? Sans doute. Cinq ans, c'est un temps court quand il est rythmé par trois rendez-vous électoraux majeurs (municipales, européennes, régionales) qui ont immanquablement une dimension nationale. On prend peu à peu conscience aujourd'hui des vertus du septennat disparu et des inconvénients de sa suppression décidée, en 2000, par trois Français sur quatre. Privé de durée, le chef de l'État est devenu plus dépendant que jamais des soubresauts de l'histoire immédiate, des crises passagères de l'économie ou de ses propres hauts et bas, quand, précisément, il aurait besoin de temps et de sérénité pour déployer son action.
Raccourcir l'un des mandats républicains les plus longs du monde apparaissait comme un incontestable progrès. On commence à se demander si cette évolution ne sera pas, en définitive, une régression. En voulant protéger d'une éventuelle cohabitation le président de la République, clé de voûte des institutions, on l'a livré aux aléas des passions françaises. Était-ce bien raisonnable dans un pays qui n'avait pas attendu la Révolution pour montrer son goût sans modération pour les joutes de l'esprit ?
Débat, polémique, rumeur. Ces trois mots alimentent en énergie l'infatigable dynamo parisienne qui, désormais, met sous tension, chaque annonce gouvernementale, chaque déclaration élyséenne, chaque mercredi au Palais-Bourbon, chaque présentation de réforme, chaque bon mot ou plaisanterie de mauvais goût. Ce pourrait être un signe de bonne santé démocratique. Après tout, la liberté est indivisible : elle ne fait pas le tri entre les bonnes ou les mauvaises raisons de faire monter en mayonnaise une information plutôt qu'une autre. Un pays qui réagit est un pays vivant et les Français, qui aiment tant intellectualiser tous les sujets, trouvent aussi leur compte - même s'ils ne l'avouent jamais - dans cette ébullition permanente.
Cette fois, pourtant, on approche de la surchauffe dans le jeu trouble entre la communication frénétique du pouvoir - édulcorant moderne de la manipulation - et l'appétit naturel des médias. La polémique n'est qu'une extension, plus ou moins infantile - ludique, pourquoi pas ? - du débat, mais quand cette mousse des événements est empoisonnée par la rumeur, c'est le moment de tirer le signal d'alarme.
C'est une guerre économique, industrielle et culturelle à laquelle chacun, consommateur et citoyen, participe sans le savoir. Ce que nous voyons à la télévision, ce que nous écoutons comme musique, les livres que nous lisons, nous distraient ; ils nous enrichissent ou nous cultivent. Mais l'enjeu dépasse de loin la satisfaction de nos goûts. Il s'agit du contrôle des mots, des images et des rêves. Car, en cette matière même, nous sommes devenus des consommateurs qu'il faut séduire.
Dans une enquête (1) passionnante et touffue, menée pendant cinq ans dans trente pays, Frédéric Martel a voulu décrire cette globalisation du divertissement. Il s'est intéressé notamment à Hollywood, quartier général de cette guerre où le cinéma demeure le vecteur le plus efficace.
Que l'on soit étudiant à Abou Dhabi ou à Bamako, chômeur à Bucarest ou à Shanghai, la culture américaine continue de faire rêver, et son emprise sur l'industrie du divertissement demeure. Malgré la crise économique, malgré la concurrence nouvelle du Brésil, de l'Inde ou du Japon, les Américains restent dominants, culturellement parlant. Quant à l'Europe, en dépit de ses créations, son influence décline. À part quelques fragiles bastions de résistance, notamment en France, le cinéma américain, les jeux vidéo, comme les séries télévisées fabriquées outre-Atlantique ont définitivement conquis les nouvelles générations. L'anglo-américain s'est, peu à peu, installé dans l'imaginaire européen comme une marque de fabrique. C'est pour cette raison que les publicitaires la cultivent et que le Coca-Cola, les chewing-gums ou les jeans sont encore à la mode.
Le paradoxe, c'est de constater que, si, en Europe, la diversité culturelle a le vent en poupe, c'est moins pour s'opposer à cette efficace production culturelle américaine que pour cultiver un nationalisme identitaire, comme en Catalogne ou en Flandre. Pour y parer, le sociologue Edgar Morin avait parlé de « communauté de destin ». Il voulait nous faire comprendre la nécessité de prendre conscience de notre culture commune. Mais il est probablement trop tard.
L'américanisation tranquille de nos pratiques culturelles sur le Vieux Continent, comme celles du reste du monde, est une réalité. Et son essor est une évidence, pour la raison simple que cette culture-là est la seule qui s'exporte en masse et rapporte autant d'argent. La seule qui ne trouve, face à elle, aucune vraie contestation. La seule qui continue de mener la danse, en matière de création et de diffusion. L'Avatar de James Cameron ou l'iPad de Steve Jobs viennent de nous en fournir des preuves.
(1) Mainstream, enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde, Flammarion.
(*) Professeur associé à l'université de Paris 8.
dimanche 25 avril 2010
Niqab au volant et polygamie présumée : la position musclée de Buffet
Quelle aubaine... Alors que le consensus autour d'une interdiction totale du port de la burqa peine à se faire jour comme l'espérait Nicolas Sarkozy, voilà qu'un cas d'école lui donnant raison surgit brusquement de l'ombre. La jeune femme verbalisée pour conduite "non aisée" avec son niqab, serait en réalité l'une des quatre compagnes d'un intégriste soupçonné de fraudes aux aides sociales. Du pain béni pour Brice Hortefeux que l'on ne saurait accuser d'avoir été cherché l'affaire puisque la contrevenante tenait vendredi une conférence de presse afin de dénoncer l'acte de "discrimination" dont elle venait d'être victime. Et le ministre de l'Intérieur de vite avertir la presse pour l'informer de sa prise. On peut penser qu'avant de s'engager sur un terrain aussi mouvant, le premier flic de France a pris ses précautions. Qu'il n'a pas commis la même erreur que le maire de Franconville, Francis Delattre, qui avait cru lever un lièvre en pleine campagne des régionales en fustigeant la candidature dans le Val d'Oise d'un "délinquant multirécidiviste" comme tête de liste du PS. Renseignement pris, Ali Soumaré avait un homonyme au passé judiciaire bien plus chargé que le sien. C'est là que le "pan sur le bec" fait mal. On l'a vu le soir des résultats. Mais cette fois-ci l'information vient de la police nantaise, et devrait donc être "béton". Reste à se demander si un exemple suffit à légitimer une loi. Si l'amalgame qu'il peut entraîner entre musulmans, islamisme radical, polygamie et tromperie aux "allocs" est souhaitable dans une société en quête d'apaisement. Sauf que nombre de Français attendent depuis longtemps qu'on lève le voile sur une réalité douloureuse à vivre dans certains quartiers. Là où les intégristes du politiquement correct ferment les yeux.

Hélène Pilichowski
« Ma vie ne sera pas pire en prison ! » Ce cri de détresse d'un jeune homme de 19 ans est bouleversant (1). Il en dit long sur les trous noirs dans lesquels certaines personnes ont l'impression de sombrer : la douleur des abandons, le gouffre de l'ennui, l'absence d'une main tendue aux heures décisives.
Beaucoup s'inquiètent de constater qu'une partie de la jeunesse se livre à des comportements qui mettent en danger leur vie ou celle des autres. Certains s'interrogent sur cette évolution. Ils observent qu'elle reflète les maux de la société des adultes : la jeunesse souffre du manque d'espérance, de ce grand vide creusé par des adultes tellement absorbés par l'instant présent qu'ils semblent plus soucieux d'eux-mêmes que de la société dans laquelle vivront leurs enfants.
Le débat sur les retraites en est une bien triste illustration. Depuis des dizaines d'années, on sait qu'il n'est pas possible de financer durablement ce système. Un gouvernement ose enfin attaquer de front ce problème et, au lieu de voir une génération s'unir pour prendre ses responsabilités : voici qu'elle se divise et réclame, encore une fois, de prendre son temps ! Pourtant, tous les jours, l'État emprunte pour payer les salaires de la fonction publique, les pensions, l'assurance-maladie !
Comment, dans ces conditions, ne pas donner à la jeunesse l'impression d'être embarquée sur un bateau dont l'équipage insensé commence à brûler les planches pour se réchauffer ? Ce n'est pas très enthousiasmant quand on entre dans la vie adulte rempli de force et d'espérance. Si l'on ajoute à cela, le climat anxiogène créé par les peurs des adultes, le tableau n'est guère plus lumineux.
Ainsi, on leur parle davantage du sida que de l'amour et de la transmission de la vie. Autre exemple, pour dissuader les fumeurs, on va afficher des photos chocs sur les paquets de cigarettes. Inefficacité garantie : malgré les campagnes chocs, les jeunes sont toujours les principales victimes des accidents de la route.
Cette manière crue (racine du mot cruel) d'« éduquer », la négation de la sensibilité et de la pudeur, ne finissent-elles pas par produire le contraire de ce qui est recherché : imperméabilité aux messages, cynisme, comportements encore plus « crus » en retour ? Prévenir les risques de cette manière conduit à détruire ce qui est si précieux dans la vie : la faculté d'émerveillement.
La jeunesse ira bien quand les adultes se tourneront résolument vers l'avenir pour poser les bases du développement du pays. Il ne tient qu'à eux de s'unir pour chasser les peurs de l'horizon et transmettre de mille manières que la vie est une magnifique aventure, un don à transformer en force d'âme, en joie, en attention, en construction.
Vue de Strasbourg, siège du Parlement des 27, la campagne électorale britannique a quelque chose de rafraîchissant. Pour la première fois outre-Manche, un leader politique clame son enthousiasme pour l'Europe : Nick Clegg, leader des libéraux-démocrates devenu en quelques jours la coqueluche de l'opinion publique.
En soi, rien d'étonnant dans cette profession de foi puisque les 11 eurodéputés « LibDem » présents dans l'hémicycle strasbourgeois n'ont jamais failli à leurs engagements européens. Mais, comme l'a fait Nick Clegg, affirmer de telles convictions dans des débats télévisés suivis par des millions d'électeurs relève de la gageure. C'est tout juste si le sujet n'est pas politiquement incorrect au Royaume-Uni. Et s'il faut vraiment parler d'Europe, c'est à la manière des conservateurs de David Cameron pour « prouver » qu'ils protègent le royaume de la « pieuvre » bruxelloise. Ou par réalisme sans passion chez les travaillistes de Gordon Brown avec une tendance très sélective à ne retenir que le positif européen pour la Grande-Bretagne en laissant les charges aux autres...
Que la popularité de Nick Clegg n'ait pas pâti de son courage politique montre surtout un vrai désir de changement outre-Manche. Gordon Brown souffre de l'usure du pouvoir -et pourtant, il n'a pas démérité. David Cameron, longtemps porté aux nues, passe pour un vieux mentor rabâchant des solutions éculées en ces temps de crise. Pourtant, il a le même âge que Nick Clegg (43 ans) et a longtemps su jouer sur une image de dynamisme face à un Gordon Brown aussi renfrogné que peu charismatique. Une image désormais accaparée par le leader des « LibDem ».
Certes, Nick Clegg ne sera pas -sauf énorme surprise- le prochain locataire du 10 Downing Street. Depuis 1922, les Libéraux n'ont jamais vraiment percé. Le scrutin nominal à un tour (le candidat qui a le plus de voix remporte la circonscription) avantage les deux partis principaux, le New Labour et le parti conservateur. Mais les « LibDem » joueront à coup sûr les trouble-fête dans ce bipartisme de fait. Et qui sait ? Leurs sièges à la Chambre des Communes pourraient faire la différence, soit dans un gouvernement de coalition (« LabLib ») ou en soutenant un gouvernement minoritaire, certainement pas celui que dirigerait David Cameron.
Réponse dans dix jours, le 6 mai... En attendant, la brise européenne qui souffle de Grande-Bretagne surprend agréablement.
"Sarkozy reste de très loin le meilleur" pour 2012, selon Besson
Le ministre de l'Immigration et de l'identité nationale Eric Besson juge dans un entretien à paraître dimanche dans Le Parisien/Aujourd'hui en France que Nicolas Sarkozy "reste de très loin le meilleur atout de la majorité pour 2012".
"Son bilan est conséquent", plaide Eric Besson.
"Je ne comprends pas que certains responsables de la majorité manquent de lucidité sur ce point et cherchent à l'abîmer. Ma conviction profonde est que s'il est candidat, il sera réélu", affirme le transfuge du PS.
Concernant le PS, il qualifie Martine Aubry, sa Première secrétaire, d'"habile": "elle a réussi à faire travailler ensemble tous les courants du parti (...) Mais cela se fait au prix du maintien de deux maux du parti socialiste, le sectarisme et l'ambiguité", selon Eric Besson.
Il annonce aussi qu'il va s'"impliquer davantage" dans le vie de l'UMP.
"Je ne suis pas discret (à l'UMP, ndlr), mais je vais m'impliquer davantage dans la vie du mouvement, accélérer mes déplacements en province. Xavier Bertrand (secrétaire général de l'UMP) m'a aussi proposé d'intégrer l'équipe qui va préparer le projet de l'UMP et de son candidat pour 2012", dit encore Eric Besson.
Popularité: plus de satisfaits de Sarkozy mais encore plus de mécontents
La cote de popularité de Nicolas Sarkozy a gagné un point en avril à 31%, mais le nombre de
mécontents augmente encore plus, de trois points, à 68%, selon le baromètre mensuel Ifop pour le Journal du Dimanche à paraître le 25 avril.
Au total, 31% (+1 par rapport à mars) des personnes interrogées se déclarent satisfaites de Nicolas Sarkozy comme président de la République, mais cette petite embellie est devancée par une très forte proportion de mécontentes (68% contre 65% en mars).
1% des sondés ne se prononcent pas contre 5% le mois précédent.
Ce sont les hommes qui se montrent le plus "mécontents" (72% contre 64% en mars), les femmes étant stables dans ce jugement négatif (66%).
La cote de popularité du Premier ministre François Fillon passe de 49% de satisfaction en mars à 50% en avril. 53% (+5) des femmes se disent "satisfaites" de son action, contre 47% (-4) des hommes.
Sondage réalisé par téléphone du 15 au 23 avril sur un échantillon de 1.840 personnes, âgées de 18 ans et plus, représentatives de la population française.
samedi 24 avril 2010
Dieudonné évoque l'affaire Zemmour en s'en prenant aux Juifs
Au prétexte de revenir sur l'affaire Zemmour, l'humoriste déclare, dans une vidéo circulant sur internet, qu'"il faut être Juif pour avoir la liberté d'expression en France".
Dans une vidéo mise en ligne samedi 17 avril, vidéo dont Le Post se fait l'écho, Dieudonné revient sur les récents propos d'Eric Zemmour, avant de se lancer dans une violente diatribe contre les Juifs.
"Les gros escrocs de la planète sont tous des Juifs", déclare l'humoriste, répondant à Eric Zemmour, qui avait affirmé que "la plupart des trafiquants (étaient) noirs et arabes". Citant Bernard Madoff, l'humoriste lance alors à son interlocuteur : "Tu ne crois pas que c'est aux Juifs qu'il faut s'en prendre, plutôt qu'à ceux qui volent des miettes ?"
"Il faut être Juif pour avoir la liberté d'expression en France"
Dieudonné s'en prend ensuite directement à Eric Zemmour. "Regarde ta gueule, on dirait un dromadaire", ironise-t-il sur les racines du journaliste politique, issu d'une famille française juive d'Algérie. "Vous avez trahi le Maghreb et tu continues à le faire", lance-t-il indirectement à Eric Zemmour, appelant le journaliste à avoir une conversation avec lui.
"Il faut être Juif pour avoir la liberté d'expression en France. C'est une réalité", ajoute ensuite Dieudonné, pointant du doigt le fait qu'Eric Zemmour continue à travailler "sur le service public" après la polémique autour de ses propos jugés racistes. "Et dire le contraire, c'est avoir peur", poursuit l'humoriste. "Mais on n'a plus peur. Ils nous ont tout fait. Ils nous ont trainés dans la boue, ils nous ont mis à l'état d'esclaves. Ils nous ont colonisés." Et de conclure : "La mort sera plus confortable que la soumission à ces chiens".
Les électeurs ont parfois la mémoire longue. Les élus et les gouvernements aussi, par conséquent. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, la colère d’une grande partie de l’opinion contre les banques n’est pas éteinte. Et à l’approche d’échéances électorales importantes dans chacun de ces pays, dans dix jours outre-Manche, début novembre outre-Atlantique, le ton monte. « Un marché libre n’a jamais voulu dire un permis de prendre tout ce que vous pouvez prendre, quelle qu’en soit la manière », a martelé hier soir le président américain Barack Obama.
Aux États-Unis et en Grande- Bretagne, où se trouvent Wall Street et la City, les principaux poumons financiers de la planète, la crise qui s’est déclenchée en août 2008 a retourné bien des opinions. Considérés dans ces pays comme des pourvoyeurs de richesses qui irriguaient ensuite l’ensemble du tissu économique, ils sont devenus les responsables d’une terrible crise économique et sociale. Et les défauts du système sont apparus au grand jour : opacité, prise de risques sans contrepartie, spéculation sans surveillance, mélange des genres voire malversations.
Depuis, en Amérique et en Europe, notamment, beaucoup a été envisagé ou fait pour colmater à l’avenir ces brèches et élever des digues plus hautes. L’attention aujourd’hui se porte sur deux points : une meilleure supervision de l’immense marché des produits dérivés, où des milliards de dollars circulent chaque jour, souvent sans aucun lien avec l’économie réelle ; et une obligation faite aux banques de se prémunir elles-mêmes contre les risques qu’elles pourraient être amenées à prendre. Le Fonds monétaire international (FMI) devrait d’ailleurs proposer aujourd’hui de soumettre celles-ci à un impôt spécifique. Une petite révolution pour cette institution qui, en outre, admet depuis peu la faisabilité d’une taxe globale sur les activités financières. Cette idée avait pendant longtemps été portée à bout de bras par les altermondialistes : il se passe bien quelque chose sur la planète financière.

En dégringolade dans les sondages, le président français en a désormais un auquel se raccrocher. Il occupe en effet la cinquième place dans le hit-parade des grands de ce monde. Et même si on peut y voir le verre à moitié vide, à savoir les 40 points -37 % contre 77 %- qui le séparent du numéro un Barack Obama, ou à moitié plein -il fait jeu égal avec le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon-, force est de reconnaître que sa cote de popularité est bien meilleure ailleurs que dans l'Hexagone. Un peu comme si les Français ne le jugeaient pas à sa juste mesure... Un phénomène que l'on retrouve pour les autres leaders de la planète. L'enquête d'Harris Interactive menée dans les six premières puissances s'avère très révélatrice du désamour dont pâtissent les dirigeants dans leur propre patrie. Ainsi le président américain recueille-t-il 86 % d'adeptes dans notre pays, mais recule à 77 % en moyenne internationale une fois intégré son score de 57 % chez l'Oncle Sam. Que le prix Nobel de la paix soit loin devant ses homologues n'a en réalité rien de surprenant en termes de notoriété et de responsabilités.
En seconde position, le Dalaï-Lama a lui aussi toute sa légitimité. En revanche Nicolas Sarkozy devrait moins apprécier qu'Angela Merkel, et même Hillary Clinton, soient plus haut perchées que lui dans le tableau d'honneur... Mais le chef de l'Etat trouvera néanmoins matière à espérer. S'il apparaît "moins sérieux" que la chancelière allemande, il dame le pion au très rigoureux Gordon Brown et écrase carrément Silvio Berlusconi, relégué en 15e position. Et surtout, il fait figure de star au regard du top 3 des moins populaires. Comparé à Kadhafi, Ahmadinejad et Hu Jintao, l'hôte de l'Elysée est très aimé. Enfin un peu de glamour sur une photographie qui en manquait.

Hélène Pilichowski
Voilà, inexactement résumée, la démarche de l'Institut catholique de Paris (1) qui a lancé une formation spécifique sur les cultures, la laïcité, les religions.
Dans les années 1990, certains souhaitèrent créer, en France, en plus des centres confessionnels formant des cadres religieux musulmans, une structure universitaire promouvant « l'islam des Lumières ». Mohamed Arkoum, professeur à la Sorbonne, proposa alors la création d'un institut où des problèmes anciens et nouveaux, inabordables dans les pays musulmans pour des raisons politiques, feraient l'objet de recherches en pleine liberté de penser, d'écrire et de publier, tous droits garantis par la Constitution française.
Plusieurs universités ont refusé ce genre de projet au nom du respect de la laïcité. C'est finalement la faculté des sciences sociales et économiques de l'Institut catholique de Paris qui accepta de former des étudiants de confession musulmane. Comme le dit son doyen : « Nous sommes des laïcs qui n'avons pas peur du fait religieux et de ses représentants. »
Cette formation unique donne droit à un diplôme universitaire. Elle est ouverte à tous, sans discrimination de religion ni de croyance, avec priorité aux étudiants musulmans qui ne sont pas accueillis par d'autres organismes d'enseignement.
Cet enseignement est sans contenu théologique. Il est complémentaire des sciences islamiques enseignées dans les instituts confessionnels : culture générale, expression orale et écrite, droit, institutions judiciaires, droits de l'homme, connaissance du fait religieux en France et de la situation des différentes confessions dans une société laïque, tout cela dans le but de favoriser l'ouverture et la compréhension mutuelles. Une trentaine de personnes suivent ces cours. Elles sont d'opinion, de formation très variées : animateurs sociaux, imams en exercice, employés, retraités, etc.
Former des cadres citoyens
Cette initiative a suscité des réactions accusant l'Institut catholique de Paris de collaborer avec les « barbus » ou, inversement, de vouloir noyauter la religion musulmane. En réalité, il s'agit de contribuer au dépassement des tensions par une meilleure connaissance mutuelle. Il s'agit de conjurer les défiances, les peurs réciproques et même les haines plus ou moins ouvertes pour pacifier et réconcilier. Apaiser, faciliter la rencontre, dans une meilleure compréhension des valeurs et des codes de la République, comme le disait Jaurès ¯ « Aller à l'idéal et comprendre le réel » ¯ et ainsi former des cadres citoyens.
Tout cela est d'autant plus important que, dans une France laïcisée, les fidèles musulmans sollicitent sans cesse leurs imams pour répondre aux interrogations que soulève leur vie dans notre société.
Il existe, en France, un peu plus de deux mille lieux de culte musulman et autant d'imams. Connaître la société française et ses institutions permet d'être plus médiateur. La Grande Mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques de France sont favorables à une telle formation. Un imam, pensent-ils, ne peut ignorer la laïcité et son histoire en France. Autrement dit, les musulmans de France sont « demandeurs », affirme Mohamed-Ali Bouharb (2).
C'est, en effet, un véritable bagage de culture générale que les étudiants reçoivent. Une telle formation, élargie aux cadres cultuels musulmans associatifs, peut trouver une application au coeur même des banlieues et des quartiers où se joue la question sociale de l'intégration républicaine, où se font ressentir les besoins urgents d'une éducation à la citoyenneté. De plus, ce pourrait être un champ ouvert à la création d'un nouveau corps de médiateurs conscients du fait religieux et du fait politique.
(1) Institut catholique de Paris, 21, rue Assas, 75006 Paris.
(2) Former des imams pour la République, sous la direction d'Olivier Bobineau, CNRS Éditions, 15, rue Malebranche, 75005 Paris.
François Régis Hutin
vendredi 23 avril 2010
Amende pour une femme portant le niqab au volant de sa voiture
Vingt-deux euros. C'est le montant de l'amende qu'a reçue une femme portant le niqab pour "circulation dans des conditions non aisées" alors qu'elle roulait dans les rues de Nantes le 2 avril au volant de sa voiture. Agée de 31 ans, la femme, de nationalité française, porte depuis neuf ans un voile intégral qui ne laisse voir que ses yeux. Le policier a estimé que le champ de vision de la jeune femme était réduit.
"Deux agents à moto m'ont fait signe de m'arrêter", a-t-elle expliqué jeudi 22 avril à l'AFP. Elle leur a tendu alors ses papiers et ceux de la voiture et a dévoilé son visage pour que son identité soit vérifiée. "Et là, le policier m'annonce qu'il va me verbaliser à cause de ma tenue vestimentaire. Je lui dis alors qu'il n'en a pas le droit, que c'est de la discrimination pure et simple", a-t-elle poursuivi.
La conductrice a été sanctionnée suivant l'article 412-6 du code de la route, qui stipule que "tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d'exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent. Ses possibilités de mouvement et son champ de vision ne doivent pas être réduits par le nombre ou la position des passagers, par les objets transportés ou par l'apposition d'objets non transparents sur les vitres".
"RISQUE POUR LA SÉCURITÉ"
"C'est laissé à la libre appréciation de l'agent verbalisateur. Cet agent a fait son travail. Il a estimé que, dans ces circonstances, il y avait un risque pour la sécurité", a précisé la direction départementale de la sécurité publique (DDSP).
"Nous sommes quand même dans le pays des droits de l'homme ! Le port du voile sur la voie publique n'est pas prohibé, que je sache ? Si ne voir que les yeux constitue une infraction, alors il faudrait interdire au GIGN de conduire avec des cagoules !", a raillé Me Jean-Michel Pollono, l'avocat de la jeune Nantaise. La jeune femme s'est opposée à sa contravention en envoyant un recommandé au ministère public jeudi. "Le tribunal de proximité tranchera", a conclu la DDSP.
Cette affaire est rendue publique en plein débat sur l'interdiction du voile intégral en France. Si, comme l'indique l'avocat de la conductrice, le port du voile n'est pas encore prohibé en France, le président Nicolas Sarkozy a opté mercredi en faveur d'un projet de loi d'interdiction générale du voile intégral en France, malgré les réserves juridiques exprimées en mars par le Conseil d'Etat.
Une erreur de mise à jour dans un antivirus bloque des milliers d'ordinateurs
La société de sécurité informatique McAfee a annoncé qu'elle avait fait une erreur, mercredi, qui a provoqué des pannes sur de très nombreux ordinateurs à travers le monde. La dernière mise à jour du logiciel lui faisait considérer un dossier Windows valide comme un virus, entraînant des dysfonctionnement. McAfee a publié une nouvelle mise à jour pour corriger le problème.
Les entreprises utilisant le système d'exploitation Windows XP Service Pack 3 de Microsoft auraient été touchées, a indiqué McAfee. L'organisation de sécurité informatique Internet Storm Center a indiqué qu'elle avait déjà reçu une centaine de signalements de ce problème. Elle a expliqué que cette fausse manœuvre conduisait des ordinateurs à se réinitialiser sans fin. "Certains font part de réseaux de milliers d'ordinateurs hors service ; d'entreprises qui ont dû arrêter de travailler le temps que ce soit réparé", a précisé le Internet Storm Center.
Le nombre d'ordinateurs touchés n'était pas connu, mais pourrait se compter en dizaines de milliers ; McAfee estime que les pannes concernent moins de 1,5 % de leurs clients. Plusieurs universités américaines ont été concernées. 8 000 des 25 000 ordinateurs de la faculté de médecine et du système de santé de l'université du Michigan, à Ann Arbor aux Etats-Unis étaient paralysés. A Syracuse, dans le nord de l'Etat de New York, l'établissement hospitalier Upstate University Hospital a vu 2 500 de ses 6 000 ordinateurs touchés.
McAfee a présenté ses excuses pour les pannes occasionnées.
Jouer le peuple contre les élites, c'est un grand classique. Un outil recyclable à l'infini, sous tous les régimes et à toutes les époques. Dans la rhétorique des dictatures les plus primaires comme dans le catéchisme des démocraties les plus évoluées, il a toujours été d'un précieux secours pour faire triompher l'idéologie sur la raison. En 2010, la merveilleuse efficacité de la méthode plébéienne est toujours garantie pour délégitimer les oppositions les plus argumentées. Pour mettre en sourdine les voix dissonantes. Pour clouer sur leurs chaises les empêcheurs de tourner en rond.
Le sondage (CSA Aujourd'hui en France/Le Parisien) qui révèle que 63% des Français seraient favorables à la suppression des allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire conforte, en effet, la stratégie sécuritaire choisie cette semaine par le président de la République. Les inspecteurs d'académie sont contre ? Les syndicats d'enseignants sont contre ? Les fédérations de parents d'élèves classées à droite et à gauche sont contre ? Peu importe leurs voix concordantes ! C'est celle du pays qu'il faudrait écouter. Comment contester pareille logique sans risquer d'apparaître comme un mauvais démocrate ?
L'obstination du chef de l'État voudrait conjurer l'impuissance de tous les gouvernements à réparer le désastre scolaire dans les quartiers difficiles. L'idée, c'est que la punition réussira là où toutes les autres méthodes ont échoué. La certitude, c'est que la menace aura un pouvoir plus grand que la persuasion. Priorité au muscle sur le dialogue, en quelque sorte, comme, de façon constante depuis 2002, on a délibérément privilégié la police d'intervention au détriment de la police de proximité.
Le débat sur l'éthique de ce choix politique est sans fin. Le gouvernement ayant placé son action sous le signe de la performance, on s'attachera donc à jauger le potentiel d'une mesure présentée comme nouvelle mais qui a déjà été expérimentée sous des formes diverses. Et là, les témoignages des « experts » - des acteurs de terrain du monde éducatif, en fait - ne plaident pas pour elle. Un constat qui invite à la prudence : l'absentéisme est un phénomène plus complexe qu'il n'y paraît, et ce n'est pas en précarisant un peu plus des familles déjà en difficulté qu'on les aidera dans leur rôle éducatif. Au contraire : supprimer les allocs', c'est une espèce de provoc' qui conduit à exclure un peu plus les élèves difficiles. En somme, une facilité qui rassure l'opinion publique mais ne règle rien.
Un avertissement à méditer. Une leçon. Le rôle des gouvernants, en effet, n'est pas d'entretenir les illusions éphémères des peuples en répondant à leurs élans pulsionnels par des rodomontades. Un pouvoir politique - et son opposition - se grandissent quand ils élèvent la conscience d'une nation au dessus d'une démagogie clinquante comme un zinc de comptoir.
Les élections législatives hongroises, dont le deuxième tour est programmé ce dimanche, ont d'ores et déjà confirmé une tendance perceptible dans un nombre croissant de pays européens. Les discours intolérants gagnent du terrain et la progression des forces populistes et/ou d'extrême droite en est l'illustration.
Né il y a à peine sept ans, le parti Jobbik, la nouvelle extrême droite hongroise, vient de réaliser, au premier tour, un retentissant 16,7 %. L'an dernier, elle avait déjà fait une entrée remarquée au Parlement européen. Son leader, Gabor Vona, retient difficilement ses pulsions antisémites et anti-Roms. Sa corde préférée, c'est l'émergence d'un nouveau sentiment national hongrois. Comme pour exorciser les frustrations de l'Histoire, les errements de la classe politique de l'après-guerre froide et les méfaits de la crise.
Aux Pays-Bas, où les électeurs voteront début juin, souffle un vent également populiste. L'homme qui hausse le ton s'appelle Geert Wilders. Son Parti de la liberté est devenu la seconde force politique du pays, lors des municipales, l'an passé. Son registre préféré, ce n'est ni le nationalisme ni l'antisémitisme. Sa bête noire, c'est l'islam. Le cheval de Troie qui menace, selon lui, l'identité du pays, déjà ébranlée par les assassinats de Pim Fortuyn, en 2002, et de Théo Van Gogh, en 2004.
La prudence s'impose, naturellement, si l'on veut éviter tout amalgame et toute comparaison hâtive. Les caractéristiques de ces mouvements varient considérablement en fonction des contextes nationaux. Il y a vingt-cinq ans, la percée du Front national de Jean-Marie Le Pen inquiéta les autres pays européens, mais ne fut pas, pour autant, annonciatrice d'un raz-de-marée continental des forces d'extrême droite.
Toutefois, le nombre de pays où ce type de formations politiques passe aisément la barre des 10 % est en soi significatif. À l'Est, en Slovaquie et en Roumanie notamment, on retrouve, comme en Hongrie, un vieux fond d'idéologie nationaliste. Comme si ces pays devaient encore solder les comptes du XXe siècle. Pour mieux comprendre ce qui se joue en Europe centrale, les traités des années 1920 sont, à cet égard, plus instructifs que les faits de 1945 ou de 1989.
À l'Ouest, les mouvements populistes jouent des frustrations spécifiques à leur électorat. En Italie, la Ligue du Nord, qui conditionne maintenant très lourdement le gouvernement Berlusconi, active, depuis vingt-cinq ans, le clivage Nord Sud, tout en s'enracinant de façon en fait assez traditionnelle. En Belgique, le parti flamand attise le feu de la division dans un pays déjà au bord du divorce.
L'érosion des partis traditionnels ne profite pas seulement à ces forces extrémistes. Les Verts français et les libéraux allemands ont reconquis du terrain, et les libéraux démocrates britanniques pourraient bien créer la surprise le 6 mai. La crise raidit aussi les humeurs. Mais une même rhétorique populiste se banalise. Les tribuns valorisent le « franc-parler », se disent « proches du peuple », expriment leur haine de l'establishment, du multiculturalisme et, le cas échéant, de l'Europe. À Strasbourg, ces forces comptent désormais plus d'une cinquantaine de députés. En 2000, l'Autriche, lors de l'entrée de Jörg Haider au gouvernement, avait subi l'ostracisme de ses partenaires européens et même des sanctions. Aujourd'hui, aucun frein ne pèse sur ces formations d'autant plus redoutables qu'elles valorisent le recours aux urnes.













