TOUT EST DIT

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vendredi 23 avril 2010

Provoc' aux allocs' ?


Jouer le peuple contre les élites, c'est un grand classique. Un outil recyclable à l'infini, sous tous les régimes et à toutes les époques. Dans la rhétorique des dictatures les plus primaires comme dans le catéchisme des démocraties les plus évoluées, il a toujours été d'un précieux secours pour faire triompher l'idéologie sur la raison. En 2010, la merveilleuse efficacité de la méthode plébéienne est toujours garantie pour délégitimer les oppositions les plus argumentées. Pour mettre en sourdine les voix dissonantes. Pour clouer sur leurs chaises les empêcheurs de tourner en rond.
Le sondage (CSA Aujourd'hui en France/Le Parisien) qui révèle que 63% des Français seraient favorables à la suppression des allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire conforte, en effet, la stratégie sécuritaire choisie cette semaine par le président de la République. Les inspecteurs d'académie sont contre ? Les syndicats d'enseignants sont contre ? Les fédérations de parents d'élèves classées à droite et à gauche sont contre ? Peu importe leurs voix concordantes ! C'est celle du pays qu'il faudrait écouter. Comment contester pareille logique sans risquer d'apparaître comme un mauvais démocrate ?
L'obstination du chef de l'État voudrait conjurer l'impuissance de tous les gouvernements à réparer le désastre scolaire dans les quartiers difficiles. L'idée, c'est que la punition réussira là où toutes les autres méthodes ont échoué. La certitude, c'est que la menace aura un pouvoir plus grand que la persuasion. Priorité au muscle sur le dialogue, en quelque sorte, comme, de façon constante depuis 2002, on a délibérément privilégié la police d'intervention au détriment de la police de proximité.
Le débat sur l'éthique de ce choix politique est sans fin. Le gouvernement ayant placé son action sous le signe de la performance, on s'attachera donc à jauger le potentiel d'une mesure présentée comme nouvelle mais qui a déjà été expérimentée sous des formes diverses. Et là, les témoignages des « experts » - des acteurs de terrain du monde éducatif, en fait - ne plaident pas pour elle. Un constat qui invite à la prudence : l'absentéisme est un phénomène plus complexe qu'il n'y paraît, et ce n'est pas en précarisant un peu plus des familles déjà en difficulté qu'on les aidera dans leur rôle éducatif. Au contraire : supprimer les allocs', c'est une espèce de provoc' qui conduit à exclure un peu plus les élèves difficiles. En somme, une facilité qui rassure l'opinion publique mais ne règle rien.
Un avertissement à méditer. Une leçon. Le rôle des gouvernants, en effet, n'est pas d'entretenir les illusions éphémères des peuples en répondant à leurs élans pulsionnels par des rodomontades. Un pouvoir politique - et son opposition - se grandissent quand ils élèvent la conscience d'une nation au dessus d'une démagogie clinquante comme un zinc de comptoir.

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