TOUT EST DIT

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mercredi 12 février 2014

Le chantier d'«une «refondation de la politique d'immigration »

La question de l'intégration est celle de l'avenir de la société française. Un rapport de la Cour des comptes de novembre 2004 relatif à l'accueil et à l'intégration des populations migrantes a posé clairement les enjeux: «La situation d'une bonne partie des populations issues de l'immigration la plus récente est plus que préoccupante. Outre qu'elle se se traduit par des situations souvent indignes, elle est à l'origine directe ou indirecte de tensions sociales et raciales graves, lourdes de menaces pour l'avenir.» Ces phrases prophétiques, dont Philippe Séguin, premier président de la Cour, fut l'inspirateur, ont été écrites quelques mois avant l'incendie des banlieues françaises, en octobre 2005, et des événements aussi graves deVilliers-le-Bel deux ans plus tard. Les acteurs de terrain, maires, travailleurs sociaux, agents publics qui interviennent dans les cités sensibles, qu'ils se disent de gauche ou de droite, sont unanimes pour affirmer que depuis lors les tensions restent vives et qu'il suffirait d'un rien pour embraser de nouveau le pays. La perception de ceux qui vivent au quotidien la réalité des quartiers dont la population est à 50 % originaire de l'immigration extra-européenne, où le taux de chômage des jeunes, frappés par l'exclusion, l'échec scolaire et la violence, dépasse les 40 %, est aux antipodes de la vision angéliste qui prévaut dans les réunions interministérielles et sous les ors des palais de la République.
Deux visions de l'intégration partagent la classe politique française. L'ancienne majorité, jusqu'à 2012, privilégiait une approche assimilatrice, celle du creuset républicain. Elle avait instauré dès 2003 un contrat d'accueil et d'intégration, rendu par la suite obligatoire, par lequel le primo-arrivant s'engageait à apprendre le Français et à respecter les lois et les valeurs de la République, tandis que l'Etat lui fournissait une formation au français d'environ 300 heures. L'obtention d'un titre de résident de 10 ans (après plus de 5 ans de séjour régulier) était conditionnée au respect des termes de ce contrat. La nouvelle équipe au pouvoir développe une philosophie différente de l'intégration, axée sur la mise en avant de la différence et de l'origine: valorisation non du français mais des langues d'origine, création d'un centre franco-maghrébin, mise en place de filières d'accès spécifiques à la fonction publique, etc. Elle prend ainsi le risque de favoriser la division et d'attiser les tensions dans la société française.
Ces dispositifs sont en tout cas sans aucun rapport avec la gravité de la situation d'une partie du territoire

français. La vérité, c'est qu'aucune intégration n'est envisageable tant que la France ne parviendra pas à maîtriser le flux d'immigration. Un référendum de type suisse contre «l'immigration de masse», extraordinaire révélateur de la tension qui règne sur ces questions dans toute l'Europe, ne répondrait pas à la complexité du dossier, qui appelle une action en profondeur et dans la durée. Le fond du problème français, c'est l'incapacité à gérer l'arrivée, chaque année depuis deux décennies, d'environ 200 000 migrants (hors Union européenne), dont une majorité sur motif familial ou par régularisation, plus 50 000 à 70 000 demandeurs d'asile, et dont beaucoup ne repartent jamais, dans un contexte de 3,3 millions de demandeurs d'emploi, de faillite des comptes publics et de pénurie de logements. Quand nous faisons venir ou laissons entrer des personnes dont beaucoup n'ont pas d'emploi et pas de logement en France, ne sont pas francophones, nous favorisons l'exclusion, la ghettoïsation, le repli identitaire et la fragmentation du pays. La France doit être un pays ouvert et hospitalier, mais à condition d'organiser son immigration dans des conditions compatibles avec son modèle social. A cet égard, il n'existe aucune solution miracle. Le règlement des questions d'intégration et donc d'immigration passe par un travail de terrain extrêmement laborieux et courageux consistant à combattre le flux d'immigration illégaleen reconduisant les migrants clandestins à la frontière plutôt qu'en les régularisant, à livrer une lutte intransigeante envers les abus à la demande d'asile et à l'immigration familiale, à maîtriser les visas et les frontières, à relancer la coopération et le codéveloppement avec les pays d'origine qui ont obtenu de vrais succès ponctuels - ignorés - dans les années 2003-2012. À vrai dire, nous n'y sommes jamais parvenus, par manque de volonté et de constance. Si nous ne le faisons pas, nous laisserons se développer des tensions civiles qui, faute de s'exprimer comme en Suisse, par un référendum, se traduiront par une fracture dramatique de notre pays.

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