TOUT EST DIT

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jeudi 3 novembre 2011

Grèce : l'incongruité démocratique

Suscitant l'hystérie des marchés et l'indignation des dirigeants européens, l'annonce par le Premier ministre grec George Papandreou d'un referendum sur le plan de désendettement adopté cinq jours plus tôt à Bruxelles n'est sans doute pas dénué d'arrière-pensées.

Elle n'en marque pas moins une tentative de retour du politique dans un processus qui entendait s'en affranchir. « Incompréhensible », « anormal », « insultant », « folie politique », « cette annonce a surpris toute l’Europe »… Ce n’est pas cette fois la publication de nouveaux chiffres ou une énième catastrophe économique qui a semé la panique dans les salles de marchés et la désolation parmi les dirigeants européens mais une grossièreté de dix lettres, lâchée la veille par le Premier ministre Papandréou comme un pet géant au milieu d’une communion solennelle : « referendum ».  
 
Les mêmes, cinq jours plus tôt, n’avaient pas eu de superlatifs assez puissants pour louer l’auto-adoption par les dix-sept pays de la zone euro (voir encadré ci-contre) du plan échafaudé sans souci majeur de l’adhésion d’une population grecque implicitement considérée comme négligeable sinon coupable des malheurs du temps. Futilité dans le monde en construction, on ne s’était guère d’avantage inquiété des réalités politiques délicates de cet État où le gouvernement ne dispose plus guère – le voudrait-il – de la marge de manœuvre nécessaire à l’instauration réelle d’une austérité impitoyable doublée d’une mise sous tutelle humiliante.
 
La broutille démocratique ainsi ignorée, la réunion à suivre du G20 se présentait sinon comme une fête, au moins une parade de Croisette, montée des marches incluse pour les metteurs en scène de l’accord du miracle. L’irruption surprise du pétard référendaire la transforme en cauchemar.
 
Au-delà même de son issue, les délais qui s’imposent pour une tenue du scrutin en janvier prochain s’annoncent très anxiogènes. L’adoption du plan fera, par définition, l’objet d’un âpre débat dans un pays déjà notoirement exaspéré et en ébullition. Trois mois d’insupportable attente et d’incertitudes pour « les marchés » déjà en proie à toutes les convulsions. Au bout, un résultat douteux car, détail qui aurait dû rester subalterne, une faible minorité de Grecs jugent positifs les résultats du sommet de Bruxelles (sondage du journal grec To Vima). Son rejet possible laisse augurer pour beaucoup la faillite de la Grèce et sa sortie consécutive probable de la zone euro. Deux éventualités prévues depuis longtemps par nombre d’économistes mais considérées par beaucoup en Europe comme annonciatrice d’apocalypse.
 L’avenir incertain du scrutin
 
Sans doute le Premier ministre grec n’est-il pas guidé dans sa subite inspiration (qu’il n’avait pas plus communiqué à son ministre des finances qu’à ses homologues européens) par de seules considérations morales ou démocratiques, ni par un impératif d’usage. Le dernier référendum hellène date de 1974, et il s’agissait alors d'abolir la royauté. En lançant cette option, Georges Papandreou repousse le scénario d’élections anticipées certainement perdues auquel voulaient l’acculer ses adversaires de droite. Il peut espérer souder par la force d’un choix binaire imposé (c’est « oui » ou c’est « non ») les rangs turbulents du PASOK qui assure sa fragile majorité. Dans un contexte social devenu irrespirable, il oblige aussi ses compatriotes à prendre leurs responsabilités face à la régression sociale demandée mais aussi, de façon subséquente, face au maintien de leur pays dans la zone euro.
 
Il n’est pas sûr, cependant, qu’il arrive jusque là. Bien avant d’aborder ledit référendum, le chef du gouvernement grec doit dès ce vendredi 4 novembre affronter un nouveau vote de confiance du parlement … sur la question du plan de Bruxelles. En juin dernier, il n’avait obtenu l’adoption du dernier programme d’austérité – depuis entré en application mollement et sans grand succès - que par 154 voix sur 300, sur fond d’émeutes. Or, parmi plusieurs personnalités socialistes, deux députés au moins ont fait connaître dès mardi leur défection par hostilité au référendum annoncé. Leur vote négatif vendredi serait paradoxal – il leur est justement demandé d’approuver le plan européen – mais il n’est pas exclu. Ajouté à d’autres, il pourrait alors provoquer la chute du cabinet de Papandreou et provoquer mécaniquement des élections anticipées.
 
Une voie plus directe, en somme, vers l’instabilité et l’inconnu tant redoutés des bailleurs de fonds et décideurs européens dont le chemin de croix, en toute hypothèse, n’est pas près de s’achever. En se rappelant brutalement à leur bon souvenir, la politique grecque se confirme décidément bien mal soluble dans la simple logique de marché.

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