TOUT EST DIT

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lundi 11 octobre 2010

Nucléaire : les espoirs déçus de GDF Suez


Un travail de cinq ans réduit en poussière. L'affectation de plusieurs centaines d'ingénieurs et de techniciens remise en cause. Et l'abandon de toute velléité de construire un réacteur EPR à l'étranger. Le récent retrait de GDF Suez du projet de réacteur de Penly (Seine-Maritime) n'est pas une mince affaire pour le géant de l'énergie. Après avoir rêvé de construire et d'exploiter un EPR en France, le groupe de Gérard Mestrallet a longtemps cru qu'il serait au moins associé à la gestion du futur réacteur de Penly. Engagé dans le déménagement de 4.000 de ses salariés sur le site de la Défense, le groupe avait réservé une partie du 24 e étage de sa nouvelle tour T1 au projet EPR France.
Dans un courrier confidentiel daté du 13 septembre au Premier ministre François Fillon, Gérard Mestrallet ne cache pas son amertume. «  Je regrette qu'ainsi les cinq années de travail de notre groupe autour de notre projet EPR France (équipe dédiée, recrutement de 700 ingénieurs et techniciens nucléaires dans cette perspective notamment, forte mobilisation interne, communication appuyée longtemps sur le soutien public) aient été réduites à néant par ce changement d'attitude des pouvoirs publics français à notre égard depuis six mois », écrit le PDG. Une prise de position plutôt rare de la part d'un dirigeant connu pour la modération de ses propos.
Pour GDF Suez, ce retrait est le résultat d'une double déconvenue. En avril, le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, informe le groupe que l'exploitation du réacteur sera confiée à EDF seul, et non à une société de projet, comme l'Elysée l'avait annoncé début 2009. Pour GDF Suez, le coup est violent. Le groupe se voit limité à un rôle de partenaire financier, alors qu'il cherche depuis toujours à acquérir des compétences dans le développement de centrales. Surtout, EDF emporte la gestion de Penly sans même que l'on évoque la construction d'un troisième réacteur, EPR ou Atmea, sous la direction de GDF Suez.
Fin juillet, deuxième douche froide. Le rapport Roussely ignore totalement les ambitions de GDF Suez dans le nucléaire et l'exclut de fait de la filière française. Pire, il repousse la construction de Penly aux calendes grecques et préconise d'attendre le retour d'expérience des chantiers EPR de Flamanville (Seine-Maritime) et d'Olkiluoto (Finlande). Dans ce contexte, GDF Suez décide de quitter le projet.
Quelles sont les conséquences de ce départ ? Le retrait de Penly constitue certainement un mauvais coup en termes d'image, compte tenu des ambitions affichées par le groupe dans le nucléaire. Mais il s'agit probablement d'une bonne décision économique. Penly aurait nécessité un investissement d'au moins 1,5 milliard d'euros sans garantie de retour d'expérience sur le plan industriel. EDF a beau former une soixantaine d'ingénieurs d'Enel sur le chantier de Flamanville (Seine-Maritime), GDF Suez avait peu de chance d'être aussi bien traité compte tenu de ses relations tendues avec l'électricien public.
La décision du groupe a également des conséquences sur le plan technologique. En quittant le projet, GDF Suez abandonne toute idée d'exporter l'EPR à l'étranger. «  Dans ces circonstances, nous ne prendrons pas le risque, écrit Gérard Mestrallet, sinon d'exploiter, dans tous les cas de développer, dans un schéma industriel qui ne nous conviendrait pas, un EPR à l'étranger, alors que les pouvoirs publics français nous ont refusé la possibilité d'acquérir une expérience de maître d'ouvrage dans notre pays, la France, et alors que nous voyons les difficultés qu'EDF lui-même, associé depuis vingt ans à la conception de l'EPR, rencontre sur son site de Flamanville, où il exploite déjà deux réacteurs. Nous ne prétendons pas pouvoir faire mieux à l'étranger qu'EDF en France. C'est donc un risque que nous ne prendrons pas. »
A l'avenir, GDF Suez devra donc s'allier avec des acteurs comme Westinghouse pour construire des centrales de grande puissance à l'étranger. Un partenariat avec les Russes ou les Chinois sera sans doute plus difficile à mettre en place, compte tenu de leurs alliances avec EDF.
Envisagé dès le mois d'avril, le retrait de Penly a enfin accéléré le déroulement des négociations avec International Power. Dans les cartons depuis plusieurs années, le projet a gagné en importance, au fur et à mesure que le groupe voyait ses espoirs s'amenuiser dans le nucléaire en France. Couplée au retrait de Penly, cette acquisition a néanmoins imposé une révision de l'objectif de mix énergétique. GDF Suez entend désormais maintenir la part du nucléaire dans sa production électrique au niveau actuel, c'est-à-dire environ 15 % à l'horizon 2020-2030. Voilà un an, le groupe évoquait plutôt une proportion de 20 % sur le long terme.
Pour atteindre cet objectif, le groupe dispose d'une alliance avec Iberdrola et SSE en Angleterre (objectif : 3.600 MW) et participe à un projet de centrale en Roumanie. GDF Suez jouit aussi d'une belle position d'interlocuteur auprès du gouvernement brésilien. Mais le groupe n'est pas présent en Chine et reste sous la pression d'une sortie du nucléaire en Belgique à l'horizon 2025.
En France, GDF Suez conserve sa proposition de développer un réacteur de moyenne puissance Atmea dans la vallée du Rhône. Mais ses chances d'obtenir gain de cause sont faibles. Fin juillet, le Comité de politique nucléaire a associé EDF à la certification du réacteur. Ce qui est loin de rassurer le groupe. «  Je tiens à préciser qu'une telle certification ne fera de sens pour nous que si elle s'inscrit dans le cadre d'un projet industriel en France que nous mènerions nous-mêmes  », écrit Gérard Mestrallet. Sans l'expérience d'un prototype en France, le groupe n'envisage pas de construire un réacteur Atmea à l'étranger.

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