TOUT EST DIT

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mardi 7 septembre 2010

Sauver la répartition

Nos voisins européens, qui ont pour la plupart réformé leurs régimes de retraite dans le consensus, regarderont sans doute avec incrédulité les images des défilés qui vont sillonner la France et la paralysie des transports publics qui les accompagne. De leur côté, le gouvernement et les syndicats vont passer la journée un compteur de manifestants à la main pour déterminer l'ampleur de la protestation et, comme des entomologistes, la comparer aux exercices précédents. Enfin, dès ce soir, les commentateurs se livreront à l'exercice bien connu et rituel de l'évaluation du rapport de forces…

Il est en réalité peut-être temps de rappeler, à ce stade, trois vérités essentielles. On ose à peine citer les deux premières. L'âge de départ à la retraite est dans notre pays un des plus bas d'Europe (59,3 ans contre 61,4 en moyenne), ce qui nous permet de bénéficier d'un temps de repos parmi les plus longs au monde. Il y aurait bien sûr lieu de s'en réjouir si nos régimes collectifs n'accusaient pas un déficit insupportable et qui va le devenir de plus en plus.
Comment la France peut-elle croire qu'elle seule aurait le remède miracle qui ne serait douloureux pour personne et bénéfique à tous ?


La troisième vérité est plus brutale. Cette réforme constitue probablement la dernière chance du système de répartition bâti après la Seconde Guerre mondiale. Dans cinq à dix ans, si les déficits sont abyssaux et les pensions toujours plus faibles, il n'y aura plus grand monde pour le défendre. Comment ceux qui contestent toute mesure d'âge ne voient-ils pas que le statu quo est un encouragement à toujours épargner davantage pour financer ses vieux jours, sous forme d'assurance-vie ou de tout autre produit d'épargne ? En rejetant tout en bloc, les syndicats devront assumer une lourde responsabilité devant l'histoire alors qu'il y a fort à parier que cette réforme apparaîtra insuffisante d'ici quelques années si la croissance reste faible dans les pays développés.

Reste une question : Nicolas Sarkozy doit-il entrer dans un processus de négociation ? Il est clair que reculer sur les 62 ans n'est pas envisageable - sauf à accepter un suicide politique (y compris vis-à-vis de nos partenaires européens) et financier. En revanche, tel ou tel point peuvent probablement être améliorés. Mais là encore, attention ! Chacun se souvient que les contreparties négociées en coulisses avec les syndicats au moment de la réforme des régimes spéciaux de retraite (SNCF, RATP) l'ont réduite à pas grand-chose.



DOMINIQUE SEUX

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