TOUT EST DIT

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mardi 14 septembre 2010

François Bayrou : « Pourquoi je vais voter contre la réforme des retraites »

« Le déplacement de 65 à 67 ans du seuil où l'on peut obtenir une retraite proportionnelle sans pénalisation est une punition pour les carrières incomplètes, particulièrement pour les femmes », dénonce dans une interview le président du Mouvement démocrate, qui par ailleurs pose une question : « Bernard Tapie a-t-il bénéficié du bouclier fiscal ?».
Quel sera votre vote, mercredi, sur l'ensemble du texte de la réforme des retraites ?

J'aurais voté pour une réforme juste. Une réforme des retraites est vitale, et je considère comme raisonnable qu'elle comporte un déplacement de l'âge légal de 60 à 62 ans. Mais le déplacement de 65 à 67 ans du seuil où l'on peut obtenir une retraite proportionnelle sans pénalisation est une punition pour les carrières incomplètes, particulièrement pour les femmes. C'est une injustice et je voterai contre cette injustice.
Le report à 62 ans était-il inévitable ?

La situation actuelle est intenable. Les retraites versées aux Français représentent cette année 280 milliards d'euros et il y a, sur cette somme, plus de 30 milliards de déficits. Ces dizaines de milliards sont empruntés et leur charge renvoyée sur les années à venir. Les actifs doivent donc assumer la charge de retraites toujours plus nombreuses et, en plus, rembourser les montants empruntés les années précédentes ! Effet boule de neige ! Les solutions comptables, comme la baisse des pensions, sont impossibles à assumer. Il n'y a donc qu'une piste logique : il faut supprimer les déficits en augmentant le nombre d'actifs par rapport aux retraités. Cela suppose une politique de reconquête de l'emploi, donc de la production en France -qui en parle et que fait-on concrètement ?-et un déplacement du curseur de l'âge de départ à la retraite.
Alors pourquoi voter contre ?

Parce qu'il est absolument injuste d'en profiter pour cibler les plus fragiles. Déplacer de 65 à 67 ans l'âge de validation des droits, c'est la double peine : ceux qui ont eu des carrières incomplètes, qui ont eu des difficultés dans la vie professionnelle, par exemple les femmes qui ont élevé leurs enfants, auront des retraites minuscules, et c'est eux qu'on cible pour financer l'ensemble. C'est extrêmement choquant. Encore davantage quand existent des situations protégées, à commencer disons-le par les parlementaires, bénéficiant d'un régime spécial très avantageux, sans exigence de carrière complète ! En outre, je récuse les chiffres qui nous sont présentés. Il n'y a que 18% des personnes qui partent après 65 ans, et leurs pensions, surtout celles des femmes ayant élevé des enfants, sont largement inférieures aux pensions complètes. Arithmétiquement, il est impossible qu'il y ait là un tiers du financement de la réforme comme le prétend le gouvernement.
Dans l'hypothèse où vous seriez élu en 2012, reviendrez-vous en arrière sur les 67 ans ?

Je ne laisserais pas subsister pareille injustice. Dans le cadre d'une réforme globale, je demanderai au gouvernement et au parlement de corriger ce volet de la loi.
Mais n'est-il pas tout aussi injuste, comme le dit le PS, de reporter l'âge légal à 62 ans ?

Dans l'analyse du PS, tout n'est pas à critiquer. Les reproches sur le financement de la réforme sont par exemple absolument fondés. Mais la position socialiste est très ambiguë pour ne pas dire un peu hypocrite. Pour l'opinion, en défendant les 60 ans, le PS est contre la réforme. Mais en fait, le PS soutient bel et bien l'allongement de la durée de cotisation et une forte augmentation de la pénalisation en cas de carrières incomplètes ! Dans un monde où l'entrée dans la vie active, notamment pour les étudiants, se fait de plus en plus tard, c'est en fait accepter que des gens partent très tard ou avec des retraites très basses. Quant à financer les retraites par l'impôt, Michel Rocard a qualifié cette position d'« absurde », de « dangerosissime » et d'« imbécillité ». Je suis sur la même ligne. L'impôt, c'est pour le budget. Les régimes de retraite doivent être équilibrés en eux-mêmes et financés par les cotisations.
A terme, que préconisez-vous pour que le système soit viable ?

Si l'on veut un système équilibré, il faut changer d'architecture. Il faut passer à une retraite par points, un régime universel, par répartition, équilibré sur le long terme, géré par les partenaires sociaux, permettant à chacun de choisir lui-même l'équilibre entre âge de départ et montant de la pension et de savoir, à tout moment de la vie, où il en est de la retraite qu'il peut espérer. Il aurait été intéressant que le gouvernement accepte de réfléchir à un tel changement de système, qui a déjà convaincu une partie des syndicats, et même certains à l'UMP et au PS. En refusant cette réflexion, il a enlevé tout horizon crédible à la réforme. Il faudra donc tout repenser.
Cette réforme serait donc une occasion manquée ?

Il aurait été beaucoup plus courageux d'aller vers une réforme vraiment durable. Si j'avais eu à la conduire, je m'y serais pris bien différemment. J'aurais organisé une négociation longue, publique, télévisée, sur plusieurs semaines, qui aurait permis à chacun des intervenants de défendre ses idées et ses principes. Cela aurait détruit les fantasmes et conduit chaque Français à se forger une conviction personnelle. Je suis sûr que l'on aurait trouvé des zones de consensus. Et j'aurais traité en même temps de la question des fins de carrière progressives, d'un nouveau rôle pour les seniors dans l'entreprise, du tutorat, du changement du travail selon les âges de la vie.
Le gouvernement en fait-il assez pour réduire les déficits ?

Depuis dix ou quinze ans, les décisions prises sont sans commune mesure avec la menace qui pèse sur notre pays. Cela finira par poser des problèmes insolubles. Pour éviter le drame, il faudra une volonté nouvelle, qui commence par la dépense, par les interventions de l'Etat, par exemple les sommes consacrées aux 35 heures. Il faut en même temps un pacte avec les collectivités locales. Et il faut poser clairement la question de la justice fiscale. Les affaires Bettencourt et Tapie viennent de le démontrer si c'était encore nécessaire : les plus fortunés en France sont proportionnellement moins imposés que les classes moyennes. Il faut une vraie réforme fiscale, supprimer le bouclier fiscal, et parallèlement, il faut une réforme radicale de l'ISF qui est un impôt mal pensé et, qui plus est, contourné par les plus gros contribuables. Et la justice exigera l'introduction d'une tranche marginale de l'impôt sur le revenu à 45%.
Christine Lagarde a en creux reconnu que l'Etat s'apprêtait à verser 210 millions à Bernard Tapie, mais a nié tout privilège. Cela vous convainc-t-il ?

C'est un scandale civique ajouté à un mensonge d'Etat. Une décision ayant des conséquences aussi graves pour le contribuable ne pouvait être prise que par la justice. Là, il s'agit d'une décision d'arbitrage privé, sans légitimité ; et elle a abouti à un résultat effarant : par exemple 45 millions d'euros de « préjudice moral ». C'est 1.500 fois plus que ce qui est donné aux parents dans le malheur quand un enfant meurt dans un accident ! 1500 fois plus que le pire des drames ! Et puis il y a le mensonge : le gouvernement a laissé croire qu'il n'en coûterait que quelque 30 millions ; ce sera au final sept fois plus. Je pose la question : quels avantages, en particulier fiscaux, ont-ils permis d'en arriver à une telle somme ? Bernard Tapie a-t-il bénéficié du bouclier fiscal ? 210 millions d'euros c'est l'impôt sur le revenu de plus de 100.000 foyers fiscaux, ou encore c'est la totalité des salaires annuels des 15.000 postes d'enseignants supprimés l'an dernier.


COMMENT FAIRE CRÉDIT AUX DÉCLARATIONS DE CETTE GIROUETTE ? IL EST DEPUIS LONGTEMPS DISCRÉDITÉ AUX YEUX D'UNE MAJORITÉ DE FRANÇAIS.

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