TOUT EST DIT

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mardi 20 août 2013

Le 23e Congrès mondial de la philosophie dans l'amphi grec

« La philosophie comme questionnement et mode de vie » était le thème de la 23e édition du Congrès mondial de la philosophie, à Athènes.

La 23e édition du Congrès mondial de la philosophie s’est tenu du 4 au 10 août 2013 à Athènes (Grèce), dans les lieux où enseignaient Socrate et DiogènePlaton ouAristote. Près de 2000 philosophes du monde entier ont assisté à ce congrès, accueilli tous les cinq ans dans une ville différente. Le thème retenu cette année était : « La philosophie comme questionnement et mode de vie » (Philosophy as Inquiry and Way of Life).

Organisé par la Fédération internationale d’études philosophiques (FISP), l’événement fait dialoguer sagesses antiques et pensée contemporaines. Parmi les prestigieux intervenants venus du Japon, de Chine, des États-Unis, de Russie ou d’Europe, figurait notamment le célèbre philosophe allemand Jürgen Habermas, auteur d’une réflexion sur le « cosmopolitisme ».
Étaient également présent :  le Britannique Simon Critchley, notamment pour une intervention sur de la philosophie analytique ; la Finlandaise Esa Saarinen, qui s’est exprimée sur le rapport de la philosophie et des médias ; l’Italien Maurizio Ferraris, pour l’Italie, discutant des courants du Nouveau réalisme et de « la philosophie comme sens cosmopolitique ». La France était représentée par Michel Fichant, professeur à la Sorbonne, spécialiste de Spinoza.
Au philosophe américain d’origine sénégalaiseSouleymane Bachir Diagne de conclure cette semaine de réflexion et d'échange : « Pour un philosophe, assiter assis sur ce banc de pierre à un tel spectacle est très évocateur et émouvant ».
Informations complémentaires sur le site du 23e Congrès mondial de la philosophie

Les Français ne voient pas la fin de la crise, selon un sondage


 Près des deux tiers des Français considèrent que le pays est toujours en pleine crise et une minorité d'entre eux se disent prêts à faire des efforts pour redresser les comptes du pays, selon un sondage Ifop pour le Journal du dimanche.
En effet, 68% des français considèrent que la France est encore en pleine crise, 20% que la situation est encore préoccupante, même si le pire est passé, et 12% que la situation est plus favorable.
En janvier dernier, les Français étaient 71% à penser que le pays était en pleine crise, soit trois points de plus.
Priés de dire s'ils sont prêts à faire des efforts alors que le gouvernement s'efforce de réduire les déficits, seuls 44% des sondés répondent par l'affirmative, 56% y étant hostiles.
Ce sondage a été réalisé du 12 au 14 août auprès d'un échantillon de 993 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Petite chronique d’une prérentrée politique…

Petite chronique d’une prérentrée politique…


C’est l’info politique de ce week-end : le président de l’UMP, sous la pression d’une partie des caciques de son mouvement, accepte l’idée de dresser le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Dimanche, les journaux annonçaient : « Copé autorise l’inventaire… ». A la grande fureur des proches de Nicolas Sarkozy. Tandis que Roger Karoutchi confirme qu’il est « contre tout inventaire », Patrick Balkany réclame, lui, de faire plutôt « l’inventaire des conneries socialistes ». L’un, pourtant, n’empêche pas l’autre. Copé prévient toutefois« qu’il refusera que ce débat tourne en procès personnel contre Nicolas Sarkozy et François Fillon, qui ont géré la France ensemble ». Avertissement aux « fillonistes » qui seraient peut-être tentés de se réjouir un peu trop vite. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy, c’est aussi celui de François Fillon.
Vice-président de l’UMP de plus en plus tenté de faire bande à part, Laurent Wauquiez, lui, va plus loin. Affirmant que, de 2002 à 2012, son camp « n’avait pas su interrompre la menace du déclin », il estime : « C’est intéressant de voir Copé se lancer à son tour dans l’inventaire. On aimerait, toutefois, qu’il ne se limite pas aux cinq dernières années mais aux dix ans du pouvoir de la droite. » Avis, donc, à Jean-François Copé, ex-ministre, sous Jacques Chirac, des gouvernements Raffarin et Villepin. Les 1er et 2 septembre, se tiendra à Arcachon la réunion des Amis de Nicolas Sarkozy. L’inventaire de la succession de ce dernier, avec son passif et son actif (lequel des deux pèse le plus lourd ?) va sans doute donner aux intervenants quelques beaux thèmes de réflexion… et de déclarations polémiques !
NKM contre Hidalgo : jeu de jupes (et de dupes) !

Affaire conclue : c’est dans le XIVe arrondissement que se présentera Nathalie Kosciusko-Morizet pour les municipales, à Paris. A l’ombre de la tour Montparnasse, au sommet de laquelle NKM, à défaut de la Tour Eiffel, pourra déclamer : Paris, à nous deux ! Il s’agit, certes, d’un arrondissement clé. Le XIVe, « arraché à la droite en 2001, envoie dix conseillers à l’Hôtel de Ville ». Dont huit sont de gauche. Si NKM conquiert cet arrondissement, elle peut faire basculer l’élection en sa faveur. Autre atout qui peut servir la prétendante UMP : les bisbilles de la gauche. Pascal Cherki (proche de Benoît Hamon), qui est maire de l’arrondissement, cumule son mandat municipal avec un siège de député. Or, Anne Hidalgo l’a affirmé : elle ne veut pas de cumulard sur ses listes. Mais le député-maire entend bien conserver ses deux mandats. L’atterrissage de NKM sur sa mairie lui sert d’ailleurs d’alibi. « Avant de savoir si on cumule ou pas, je pose simplement la question : quel est le meilleur dispositif pour garder le XIVe ? Si on perd l’arrondissement, on perd Paris. » Pour Pascal Cherki, pas de doute possible, le « meilleur dispositif », c’est lui. « Je connais très bien la sociologie de l’arrondissement. (…) J’amène une plus-value incontestable. » Mais Hidalgo n’entend pas céder sur ses promesses de parité et de non-cumul. Contre la ventouse Cherki, elle pousse l’une de ses proches, Madame le conseiller municipal Olivia Polski.
Avant d’affronter la candidate UMP, les socialistes du XIVe arrondissement auront donc quelques comptes à régler entre eux. En attendant NKM, qui aime bien brûler les étapes, attaque bille en tête « l’héritière » Anne Hidalgo. Duel de deux « bobos », l’une de gauche, l’autre portant l’étiquette UMP. Juste l’étiquette. Pas sûre que l’électorat parisien le plus à droite du mouvement soit au rendez-vous de cette icône « ultra-connectée » de toutes les modes – vestimentaires, écologistes, réseaux sociaux – et surtout symbole d’une droite qui a honte de ne pas être de gauche. « La respectabilité consentie à la droite est proportionnelle à son degré de conformité avec les « valeurs » de gauche » écrivait Denis Tillinac, en juin dernier, dans Valeurs actuelles. De ce point de vue, NKM est terriblement « conforme ». Au point de se confondre idéologiquement, dans le décor parisien, avec Anne Hidalgo. En choisissant comme candidate l’ancien ministre de l’Ecologie de Nicolas Sarkozy, l’UMP aurait-elle opté pour la stratégie du mimétisme ?

Valls et Taubira : drôle de jeu (de rôle)

La polémique sur la réforme pénale continue d’agiter la gauche. Le socialiste Jean-Pierre Sueur, président des lois du Sénat, veut maintenant accélérer le processus et demande que le projet de la loi Taubira soit discuté « avant les municipales ». Dans un entretien au Monde, Jean-Pierre Sueur exhorte le président de la République à assumer les engagements de sa campagne présidentielle. « Il serait incompréhensible de ne pas le faire. » En attendant, il se « réjouit » que le Premier ministre ait annoncé la présentation du projet dès septembre prochain, en Conseil des ministres.
Vendredi dernier, j’avais intitulé mon article à propos de cette polémique : Valls et Taubira gâchent les vacances de Pépère. Un titre qui, à la réflexion, mérite d’être nuancé. Valls critiquait avec une certaine virulence le texte élaboré sous l’égide de Christiane Taubira par des membres du Syndicat de la magistrature (les constructeurs du fameux « mur des cons »). Texte qui, en une période où la délinquance explose d’une manière exponentielle, souhaite supprimer les peines planchers et remplacer l’emprisonnement par des peines probatoires, des travaux d’intérêts généraux (que les condamnés n’accomplissent en France pratiquement jamais) et le bracelet électronique. Mais, depuis la publication dans la presse de cette lettre de protestation adressée au chef de l’Etat, Valls a fait acte de contrition, déclarant : « Il n’y a qu’une seule ligne, celle définie par le président de la République. Nous allons continuer à travailler avec Christiane Taubira main dans la main. » En se tordant un peu le poignet de temps en temps ? Au fait, quelle est la ligne « définie par le président de la République » ? Nous n’en savons rien, même si nous la subodorons fortement. Comme toujours, Hollande entretient le flou. Et, comme le lui avait si bien rappelé Martine Aubry lors de la primaire socialiste, là où c’est flou il y a un loup.
En fait, ce débat est bien dans la ligne ambiguë de notre grand méchant « flou ». La réforme Taubira satisfait l’extrême gauche, les écolos et la gauche intello : la gauche du Monde, de Libération et du Nouvel Observateur. Pour autant, elle ne fait pas l’unanimité chez tous les électeurs socialistes, ni même chez les élus de base confrontés sur le terrain à cette montée de la délinquance sous toutes ses formes. Donc, pour ceux-là, il faut Manuel Valls et ses propos rassurants contre le laxisme. Le verbe musclé du ministre de l’Intérieur servant à couvrir la réforme en cours. A Valls la parole. A Taubira, soutenue en sous-main par le chef de l’Etat et les hiérarques du PS, l’action. Lorsque le vice-président du Front national, Florian Philippot, estime que « derrière cette polémique, se cache un plan de carrière du candidat à la présidence de la République Manuel Valls », il a parfaitement raison. Valls sait bien que la réforme Taubira passera (sans doute après les élections plutôt qu’avant). La présentation de ce projet en Conseil des ministres, dès le mois prochain, est une indication en ce sens. Mais peu importe à Valls. L’important, pour lui, c’est de prendre position contre ce texte de loi dont il sait très que, s’il parvenait à l’Elysée, il se garderait bien de l’abolir puisqu’il satisfait tout de même 72 % des électeurs de gauche.
Cette réforme Taubira entre dans la transformation « sociétale » entreprise par la gauche (dont les dirigeants sont les héritiers de mai 1968, bien plus que du Front populaire) et qui complète en quelque sorte la panoplie : libéralisation des mœurs, « mariage » gay, permissivité à tout va (la gauche de Delanoë et de Strauss-Kahn), accueil à bras ouvert des immigrés, promotion de l’islam (83 % des musulmans français ont voté pour Hollande : répétons-le, et répétez-le, à chaque occasion). Ce dernier, dans sa course effrénée aux électeurs bobos (le PS a entériné depuis longtemps la perte de l’électorat ouvrier) a besoin de Valls sur sa droite pour faire un faux contrepoids à Taubira. Un jeu de rôle que nous avaient déjà joué Elisabeth Guigou et Jean-Pierre Chevènement quinze ans auparavant. Cette polémique constitue donc une sorte « d’enfumage en bande organisée » à laquelle Valls sert, en toute connaissance de cause, de trompe-œil… Un enfumage auquel, d’ailleurs, participe à sa façon le foldingue Mélenchon lorsqu’il déclare : « Valls est contaminé par le FN. »  Valls, ministre socialiste bien ancré à gauche, n’est contaminé que par son ambition…

NE NOUS VOILONS 
PLUS LA FACE.

lundi 19 août 2013

La gratuité des secours en question après l'affaire des "disparus" du Verdon

Certains élus suggèrent que les personnes secourues après une négligence payent une partie des frais engagés pour leur sauvetage. 
Hélicoptère survolant les gorges, maître-chiens explorant rives et sentiers, plongeurs et Zodiac sondant le lac en quête du moindre indic : une quarantaine d'hommes ont été déployés pour retrouver les quatre touristes portés disparus dans le Verdon. De considérables et coûteux moyens de recherches mis en œuvre pour deux couples qui étaient en fait rentrés chez eux après une balade mouvementée sur le lac de Sainte-Croix. Dimanche 18 août, le sous-préfet du Var a fustigé au micro de France 2, le comportement de ces "indélicats" qui "préfèrent faire profil bas alors que tout le monde les recherche". "Cela a un coût consiédérable pour le contribuable", fait-il valoir.

Car en France, le sauvetage des personnes physiques est gratuit. La facture est donc pour les pouvoirs publics. Or chaque année, les secouristes procèdent à quelque 3 000 interventions de secours aux victimes, principalement l'été. Et certaines pourraient être évitées. Sur les plages, les sauveteurs dénoncent d'ailleurs régulièrement l'attitude de nageurs imprudents qui prennent le risque d'aller se baigner dans une eau agitée hors des zones surveillées ou par forte houle alors que la baignade est déconseillée.
Certains élus suggèrent que les personnes secourues en mer ou la montagne après une négligence paient une partie des frais engagés pour leur sauvetage. Depuis 2002, déjà, les communes de haute montagne peuvent exiger une participation financière des personnes secourues, en raison du coût pour les collectivités du sauvetage par hélicoptère.
FACE A LA MONTÉ DE L'IRRESPONSABILITÉ: L'AMENDE ET LE PAIEMENT 
D'UN ÉVENTUEL SECOURS DOIT ÊTRE INSTAURÉ.

dimanche 18 août 2013

La beauté est dans le regard

Cer­taines expres­sions sont comme les koans de la tra­di­tion zen : il faut beau­coup de temps pour en per­cer le vrai sens. Le dic­ton anglais "Beauty is in the eye of the behol­der" a long­temps fait, pour moi, par­tie de cette caté­go­rie.

"Beauty is in the eye of the behol­der" : lit­té­ra­le­ment, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. Prise à la lettre, l’expression signi­fie "sim­ple­ment" que le beau est un cri­tère sub­jec­tif, qui dépend du spec­ta­teur. Quelle qu’ait été l’intention de l’inventeur de la phrase – sous sa forme actuelle, elle date de la fin du 19e mais son idée remonte aux phi­lo­sophes grecs, j’ai un jour com­pris qu’elle avait un deuxième niveau de lec­ture : ce que nous voyons et com­ment nous l’interprétons dépend du regard que nous por­tons en géné­ral sur le monde.
Per­cep­tion sélective

Ce phé­no­mène est connu en psy­cho­lo­gie sous le nom de per­cep­tion sélec­tive : chaque jour, nous sélec­tion­nons, parmi les événe­ments dont nous avons connais­sance, ceux qui ren­forcent notre vision du monde. J’irais même plus loin : nous leur confé­rons en outre une signi­fi­ca­tion elle aussi conforme à nos opi­nions. La per­cep­tion sélec­tive est bien entendu un phé­no­mène incons­cient. Autre­ment dit, si nous n’y pre­nons pas garde, le monde qui nous entoure devient de plus en plus conforme à l’idée que nous nous en fai­sons. Et si cette idée est plu­tôt noire, et bien nous nous enfon­çons peu à peu dans un enfer que nous avons nous-même créé. L’enfer, ce n’est pas les autres, n’en déplaise à Jean-Paul Sartre. L’enfer, c’est nous-mêmes.
Si tu veux chan­ger le monde…
À la lumière de cette inter­pré­ta­tion construc­ti­viste du monde, la cita­tion "Si tu veux chan­ger le monde, com­mence par te chan­ger toi-même", géné­ra­le­ment attri­buée à Gandhi, prend un tout autre sens. Il ne s’agit pas tant de se chan­ger soi-même que de chan­ger la per­cep­tion que nous avons du monde. Notre vision de la réa­lité, plus ou moins biai­sée dans un sens ou dans l’autre, requiert notre atten­tion avant de nous pen­cher sur la réa­lité elle-même. Dans la tra­di­tion boud­dhiste, le nir­vana n’est d’ailleurs rien d’autre que cela : le pra­ti­quant a enfin repoussé les voiles de l’illusion et de la dua­lité et voit le monde tel qu’il est réellement.
L’idée est que nous devons aban­don­ner tous nos points de réfé­rence, toutes nos idées reçues sur ce qui est ou devrait être. Alors seule­ment il nous sera pos­sible de vivre direc­te­ment l’expérience de l’unicité et de la vita­lité des phénomènes.
Chö­gyam Trungpa

La première concubine en pédalo libre


Dans une photo double page intérieure, on voit la première concubine de France rouler à vélo le long du Grand Canal à Versailles : "vers de frais ombrages", "elle a repris le cours de ses activités de première dame". Les socialistes osent tout, c'est même à cela qu'on les reconnaît : oser une photo aussi "posée" va faire marrer tous les internautes. Mémé se la fait cool avec une main sur sa cuisse gôche tout en téléphonant avec son portable tenu à l'oreille droite de l'autre main tout en pédalant... apparemment...

Le photographe officiel a dû mettre une sacrée vitesse, les rayons des roues sont immobiles... Ou alors, la rombière est posé sur un vélo fixé au sol... Ce qui expliquerait bien cette position "décontractée". Enfin, on peut admettre vu son CV que Valérie a un sacré sens de l'équilibre et un mépris total pour les règles de sécurité concernant les cyclistes.
Pourvu que Flanby soit plus prudent et ne se noie pas en perdant l'équilibre sur son pédalo, qui, lui, doit suivre sur le Grand Canal, ce que Paris Match ne précise pas.

La liberté du pauvre


Le Nouveau Parti Anticapitaliste lance une levée de fonds avec un objectif d'un million d'euros. L'occasion de rappeler à tous ceux qui refusent le capitalisme de laissez-faire en défense des plus pauvres qu'ils se fourvoient, et pas qu'un peu.
On considère souvent que le capitalisme [1] est par nature favorable aux riches et défavorable aux pauvres, qu'il creuse injustement les inégalités et que l'histoire l'a bien montré.
Quand Marx écrivait, il décrivait l'exploitation de travailleurs condamnés à la pauvreté et contraints à travailler pour leur subsistance ; le chômage, structurel, permettait aux bourgeois de maintenir les salaires à leur plus bas niveau et les prolétaires se trouvaient aliénés, privés d'une partie des fruits de leur travail : le profit. Même les capitalistes auraient compris l'intérêt d'augmenter les salaires : Henri Ford par exemple aurait augmenté les salaires pour que ses ouvriers puissent s'acheter ses voitures.
En réalité, le capitalisme n'a pas créé la pauvreté ; il en a hérité. Les conditions de vie certes peu enviables des pauvres au début de l'ère capitaliste constituaient une vraie amélioration par rapport aux conditions de vie qui prévalaient auparavant ; les pauvres avaient enfin de quoi subsister, et leurs conditions de vie n'ont fait que s'améliorer depuis. Le capitalisme a augmenté le niveau de vie des plus pauvres plus qu'aucun système collectiviste.
Quant à Henri Ford, les fameux 5 dollars par jour étaient destinés à recruter les meilleurs et limiter le turnover dans ses ateliers, les changements récurrents et réguliers d'ouvriers générant des coûts de recrutement et formation importants. Les 5 dollars étaient en réalité 2,5 dollars fixes et le reste en primes, versées principalement aux ouvriers qui vivaient en bons Américains ; mieux valait pour les toucher ne pas être une femme, ou avoir une femme qui restait au foyer. Il n'avait pas grand chose à faire de savoir si ses employés pouvaient se payer ses produits, comme Hermès ou Airbus ne cherchent sans doute pas à ce que leurs salariés le puissent.
Il n'est pas si difficile de comprendre pourquoi le capitalisme augmente le niveau de vie de tous ceux qui y prennent part. Quand les hommes choisissent librement c'est, dans tous les domaines, le meilleur qui gagne. Tous ceux qui prennent part à la production en bénéficient ; productivité, innovation, efficience ne bénéficient pas uniquement à ceux qui les déploient, mais aussi à tous les autres.
Certes, certains subissent de plein fouet la concurrence des meilleurs et doivent s'adapter. Les producteurs de chandelles ont un marché bien plus restreint de nos jours qu'avant l'invention des ampoules. Les allumeurs de réverbères sont au chômage. Les maréchaux-ferrants sont bien moins nombreux. La concurrence bénéficie à tous, mais génère une destruction créatrice qui crée des situations difficiles pour certains.
Les producteurs d'acier en Europe, par exemple, qui font face à des producteurs étrangers à bas coût. Maisempêcher cette concurrence, ou subventionner les usines européennes, c'est détériorer le niveau de vie général de la population ; c'est renforcer la pauvreté. Le statu quo, ce n'est pas le progrès.
Le capitalisme ne fait pas non plus l'éloge des plus compétents, laissant les autres à l'écart. Ayn Rand, souvent considérée comme une libérale extrême pour son éthique sans concessions, a écrit :
Un homme aux capacités limitées qui s'élève, par son propre effort, de travailleur non qualifié à contremaître fait carrière, au sens propre et éthique du terme ; alors qu'un homme intelligent qui stagne à son poste de président en utilisant un dixième de ses capacités ne fait qu'occuper un poste. De même que le parasite qui occupe un poste trop grand pour ses compétences. Ce n'est pas le niveau de compétence qui est pertinent en termes d'éthique, mais l'utilisation pleine et sensée des compétences.
Souvent, la critique du libéralisme utilise des oppositions que le libéralisme ne fait pas : puissants contre petites gens, riches contre pauvres, bourgeois contre prolétaires. Et si le libéralisme ne les fait pas, c'est parce qu'il n'y a pas pour les libéraux de conflits entre différents groupes mais une harmonie d'intérêts dans le respect des droits individuels ; il n'y a pas de groupes qui s'opposent mais des individus qui coopèrent, s'entraident, échangent librement.
Voyons un peu ce que disait Ayn Rand sur les riches et les pauvres, en particulier sur les pauvres :
L’Amérique est le pays de l'homme extraordinaire. C'est le pays où chacun est libre de développer son génie, et d'être justement récompensé. C'est le pays où chaque homme tente de développer ses qualités et de s'élever aussi haut qu'il le peut, très haut ou modeste. Ce n'est pas le pays où on se gargarise, ou où on apprend à se gargariser, de sa médiocrité. Aucun homme qui se respecte en Amérique ne se considère comme "petit", aussi pauvre qu'il soit. C'est ceci, précisément, qui distingue le travailleur américain du serf européen.
Le libéralisme, le capitalisme de laissez-faire bénéficient aux pauvres plus qu'aucun autre système. Ce n'est pasl’État-providence ou la régulation par l’État de l'économie qui permettent aux plus vulnérables d'avoir des conditions de vie décentes ; ils les en empêchent. C'est le marché qui le permet, en permettant à chacun d'exprimer ses talents et d'en faire bénéficier les autres.
Quel est le lot commun des pauvres dans les pays socialistes, communistes, ou quel que soit le nom que vous donneriez à toutes les tentatives passées et présentes de faire disparaître la liberté au profit de l'égalité des conditions ? A-t-on jamais entendu un dictateur se dire libéral, vanter l'individualisme et exhorter les individus à poursuivre la quête de leur propre bonheur ?
Le capitalisme est moral parce qu'il récompense l'utilisation des talents ; le socialisme et le communisme sont immoraux parce qu'ils la sanctionnent.
Certes, l'égalité des droits ne garantit en rien l'égalité des conditions, au contraire.
Les hommes n'étant pas dotés des mêmes capacités, s'ils sont libres, ils ne seront pas égaux, et s'ils sont égaux, c'est qu'ils ne sont pas libres. (Alexandre Soljenitsyne)
Les hommes n'ont pas tous les mêmes talents, les mêmes compétences, les mêmes aptitudes ; presque toutes peuvent être développées par le temps et l'effort, mais certains seront mieux lotis à la naissance, tant par leur nature que par leur environnement. Faut-il les pénaliser pour cela, considérer que ce qui relève du hasard est injuste et tenter de rétablir la justice en commettant une injustice plus grande, en détruisant les fondements de la justice, en entravant les talentueux et en les empêchant d'exprimer leurs talents ?
Les inégalités sociales ne sont pas des injustices tant qu'elles résultent des libres choix des individus. En voulant lutter contre elles en luttant contre le libre choix des individus, on ne peut que les condamner, non seulement à l'injustice et à la privation de liberté, mais aussi à la pauvreté.
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Note :
  1. Le vrai capitalisme, le capitalisme de laissez-faire, par opposition au capitalisme de copinage et à l'économie mixte qui prévalent un peu partout et portent à tort le nom de capitalisme 

Athènes réinventée par la crise

Le projet de rénovation urbain de la capitale grecque fait les frais du plan d'austérité approuvé début mars par le gouvernement pour remédier à l'état calamiteux des finances publiques. Faute d'argent, il va falloir suivre d'autres pistes, à commencer par la lutte contre les voitures et un développement urbain chaotique.

L’une des premières initiatives du Premier ministre grec Georges Papandréou après sa victoire électorale en octobre dernier, fut d’inviter l’architecte catalan Josep Acebillo àAthènes. Ce geste témoignait de la volonté du nouveau gouvernement socialiste de changer le modèle de développement urbain désastreux qui, après les espoirs soulevés par les Jeux olympiques de 2004, avait repris ses mauvaises habitudes : spéculation, corruption dans la concession de licences et invasion de la voiture. Cinq mois plus tard, après un plan d’austérité draconien exigé par les leaders européens pour éviter une défaut de paiement de la dette grecque, il est évident qu’il ne restera pas un centime d’euro pour mener ce projet à bien. Une énorme tache de béton blanc entre des montagnes calcinées : Athènes est la ville européenne qui offre le moins d’espaces verts. Avant la crise, elle avait déjà bien des défis à relever, entre les incendies de forêts qui ont ravagé sa banlieue et le délabrement de son centre ville. Elle paie aujourd’hui des années d’insuffisance de budgets publics et de pénurie financière dans le secteur immobilier. "Nous allons devoir réaliser des interventions sans argent”, déplore Andreas Kourkoulas, architecte du nouveau musée BenakiLes voitures ont dévoré la ville C’est là une situation que partagent de nombreuses villes de la périphérie de l’Europe, urbanisées trop vite il y a quarante ou cinquante ans. L'objectif est loin d’être simple. Mais, paradoxalement, selon Yanis Pyrgiotis, du service public de planification urbaine, c'est peut-être une occasion de renouer avec l’esprit civique qui était apparu de façon éphémère avant les Jeux de 2004.
Mais la grande priorité est "la guerre à l’automobile", rappelle Kourkoulas. La première conséquence des années de consommation à tout va et de l'endettement des particuliers est que les voitures ont dévoré Athènes. La Grèce est le pays de l’OCDE dans lequel le parc automobile s’est le plus développé depuis une quinzaine d’années. Entre 1993 et 2006, le nombre de voitures pour 1 000 habitants a augmenté de 118 %, contre 40 % en Espagne et 24 % en Allemagne, selon l’OCDE. On ne voit pratiquement pas de vélos dans le centre d’Athènes. Et les quartiers sont étouffés par les voitures en stationnement.
"En Grèce, ce sont les mentalités qu'il faut changer" L'austérité qui est désormais de rigueur va paradoxalement permettre d'améliorer la situation, assure Pyrgiotis : "On a arrêté la construction de routes et de tunnels qui favorisait l’extension de la ville sur les campagnes." Les architectes espèrent que, lorsque la tache d’huile sera circonscrite, davantage de Grecs de la classe moyenne iront s’installer dans le centre, où de grandes concentrations d’immigrés à faibles revenus sont désormais installées. Mais "pour cela, nous devons avant tout lutter contre la dégradation de l’espace public dans le centre”, souligne-t-il. Avec près de cinq millions d’habitants –  la moitié de la population de la Grèce  – , Athènes ne compte que 2,5 m2 d’espace vert par habitant, soit un quart de la superficie en vigueur en Europe centrale et septentrionale. La solution en ces temps de vaches maigres : "Transformer les rues en jardins linéaires, les rendre piétonnes, aménager des espaces où on puisse jouer de la musique”, propose Kourkoulas. "Mais ce sera impossible si nous ne retirons pas les voitures stationnées dans les rues et sur les trottoirs”, ajoute-t-il.
Dans les montagnes des environs de la capitale, on a interdit toute construction au-delà des limites actuelles pour mettre le holà aux incendies que l’on soupçonne criminels  pour ouvrir la voie aux promoteurs. "Vous verrez des tours de grand standing construites après l’incendie de 2007”, signale Pyrgiotis. Une chose est sûre : "En Grèce il ne suffit pas de voter une nouvelle loi pour changer quelque chose ; ce sont les mentalités qu’il faut changer”, martèle Yiannis Panaretos, vice-ministre de l’Education. Mais l'avantage d'une ville aux caisses vides, c’est que les spéculateurs n’ont pas d’argent non plus.

Ce qui se dit de Hollande chez les bourges...

Depuis un an, les Français « de la haute » ont le moral au plus bas. sa politique les désole, les obsède. Ils hurlent au « riches bashing », menacent d'aller voir ailleurs si l'impôt est plus doux, et guettent, inquiets, les rumeurs de révolte sociale... Coup de sonde dans les cercles de la grande bourgeoisie.

Droite dans son canapé en daim beige, Christine, la soixantaine impeccable, distribue les bons points en même temps que les petits sablés bretons : « J'avoue que la presse m'a agréablement surprise, ces derniers mois. J'avais été tellement choquée par son antisarkozysme. C'était insupportable, vraiment. Mais là, je dois reconnaître que Hollande, vous ne le loupez pas non plus ! » 

Un sourire. Christine, très bourgeoise, un brin délurée, s'amuse de son bavardage assassin : « Hollande, vraiment, je le déteste. C'est un tout petit bonhomme. Oh là là, qu'il est mou ! Remarquez, ça n'est pas que je sois très fière de la droite en ce moment, c'est vrai, ses chefs sont nuls. On verra dans quatre ans. Mais voter pour Hollande, ça, non : jamais ! Je le dé-teste. » 

Quand Christine reçoit des amis dans son grand appartement du VIIe arrondissement parisien rempli de bibelots et de photos de famille, il ne s'en trouve pas beaucoup pour défendre le président de la République. En fait, aucun. De la gauche caviar à la droite tradi, en passant par les tribus du bling-bling ou les princes du CAC 40, François Hollande fait l'unanimité contre lui ! 

En un an, il est devenu la cible obsessionnelle des Français d'en haut, leur némésis. De lui, on n'aime rien, on critique tout : sa politique, son tempérament, ses discours, sa cravate, son gouvernement, et même sa compagne, jugée « antipathique »« Il paraît qu'elle n'a toujours pas divorcé de son dernier mari... »glisse Christine. C'est faux. Mais qu'importe. 

La vie sous Hollande déprime les grands bourgeois. L'homme ne serait dramatiquement pas à la hauteur de la crise inédite qui frappe le pays. Non qu'ils étaient tous babas de Sarkozy. Mais le sentiment d'avoir un exécutif en deçà du niveau requis s'est aggravé. « La façon dont ce gouvernement gère le pays, ce n'est pas mal, c'est pire que mal ! » se désole Jean, les bras encore chargés des denrées achetées sur le marché d'Auteuil. « Avec lui, c'est : demain, on rase gratis », râle-t-il encore, incapable de prononcer le nom de François Hollande, comme si ce simple patronyme lui écorchait les lèvres. 

Dans les milieux patronaux, l'exaspération le dispute parfois au mépris. Ou au désespoir. « J'ai l'impression qu'on démolit mon pays. Cela tient au gouvernement qui ne prend pas les bonnes décisions, par exemple en refusant le gaz de schiste. Cela tient aussi à l'euro qui nous ruine peu à peu, soupire le célèbre banquier d'affaires Philippe Villin, qui s'est récemment mis à prendre du Mopral pour apaiser de méchants maux d'estomac. N'ayez pas l'air aussi surpris : ça m'affecte vraiment, ce gâchis. J'en pleurerais ! » C'est le blues de la haute... 

De lignée aristocrate, Bruno, cadre dirigeant expatrié depuis vingt ans pour une grande entreprise française, a, lui, été hérissé par les mois de débat sur le mariage homo : « Comme prévu, à défaut d'être efficace sur le plan économique, le gouvernement adopte des mesures sociétales pas vraiment nécessaires, voire scandaleuses. » Entraîné par sa famille, lors d'un séjour parisien - « traditionnelle, plutôt catho et très choquée par la méthode » -, à un défilé de La Manif pour tous, Bruno se dit plutôt en faveur d'un Pacs étendu. « Cela a été une vraie erreur de Hollande. Il aurait fallu faire un référendum pour légitimer le mariage homo, alors qu'on a voulu faire passer ça comme un collectif budgétaire. Cela n'est pas normal », s'énerve ce fils de militaire, grand lecteur du Monde.


SE FAIRE LA MALLE

Mais le sujet qui est de toutes les conversations, celui qui squatte les greens des terres bretonnes, hante les dîners à Saint-Trop et s'invite à l'entracte, salle Pleyel, ce sont les impôts ! Une « spoliation », qui ferait fuir en masse les forces vives du pays vers les places bordées d'acacias du quartier d'Uccle, à Bruxelles, ou vers les rives accueillantes du lac Léman, entre Genève et Lausanne. 

Les pointages officiels - très rares, il est vrai, sur le sujet - n'apportent guère d'eau à ce moulin-là, mais pas besoin de validation de l'Insee : chacun connaît un ami, un cousin, un collègue qui s'est fait la malle (Vuitton). Ça serait l'hémorragie, l'exil dégoûté, le claquage de porte punitif : « Si c'est comme ça, faites sans mon fric que vous détestez tant ! »


« ILS SONT ANXIEUX »

« A Neuilly, tous ceux qui possèdent un appartement à plus de 2,5 millions vendent et partent en Belgique », assure un spécialiste de l'immobilier de luxe. Qu'importe si la taxe à 75 % - la plus emblématique - a été retoquée par le Conseil d'Etat. Qu'importe, également, si le gouvernement est revenu sur ses projets de taxer plus durement les cessions d'entreprise... 

« Nos clients qui s'exilent nous disent que, entre ISF, succession, et maintenant augmentation de l'imposition des dividendes et des plus-values de cession, impossible de rester. On assiste à une vague considérable de départs d'entrepreneurs, alors que, auparavant, c'était plutôt des inactifs ou des gens proches de la retraite qui partaient », indique Charles-Marie Jottras, président de Daniel Féau Conseil immobilier. 

Philippe Villin, lui, confirme le ras-le-bol généralisé, en commençant par le sien : « Si je n'y travaillais plus, je ne resterais pas en France, car la situation fiscale, déjà mauvaise avant l'élection de François Hollande, est devenue insupportable. » « Les grands bourgeois sont anxieux. Ils ne savent pas ce qui va se passer pour eux, la politique fiscale étant instable », témoigne un connaisseur de ce petit milieu. 

L'argent ne se dépense qu'avec parcimonie. « On sent une certaine crainte. Les clients font beaucoup plus attention qu'avant. Ils partent toujours deux mois en vacances, mais dans leur famille », confirme Corinne, boulangère dans le XVIe arrondissement de Paris. 

Corollaire du sujet des impôts, l'immobilier est également de toutes les conversations. « Les gens vendent leur propriété, y compris la résidence secondaire familiale, c'est nouveau », souligne Blanche de Kersaint, directrice de la rédaction du Bottin mondain. 

A l'écouter, son célèbre inventaire des happy few prendrait aujourd'hui des allures de vulgaire annuaire des PTT : de plus en plus de membres n'y signalent désormais qu'une seule adresse parce qu'ils ont vendu le château en Sologne ou la résidence dans le Bordelais - trop chers à entretenir... « A Paris, en revanche, les gens ont moins envie de se séparer de leur bien, à cause de la crise immobilière. S'ils attendent trois ou quatre ans, ils vendront peut-être 15 % plus cher », poursuit Blanche de Kersaint. Mais certains partent sans se soucier de la moins-value.


UN « PAYS SCLÉROSÉ »

Beaucoup de jeunes, notamment, « braderaient » leur trois pièces des beaux quartiers et s'envoleraient pour Londres, Hongkong, Singapour, ou même le Mexique - la Belgique et la Suisse étant trop plan-plan pour eux. Ils partent, encouragés par leur famille inquiète pour leur avenir dans un « pays sclérosé »

Dans l'Ouest parisien, les parents embauchent une nounou chinoise, inscrivent leurs chères têtes blondes dans des écoles où l'on enseigne le mandarin à peine après avoir appris à lire et à écrire. « Nous voulons le meilleur pour nos enfants. On sait que la seule solution, c'est qu'ils partent à l'étranger », confie une jeune maman des beaux quartiers. 

« Dans les milieux des affaires, c'est très simple : les enfants, on se les échange en stage, avant de les envoyer faire carrière à l'étranger », résume un chasseur de têtes. « Je n'ai plus un seul neveu en France,avoue pour sa part Blanche de Kersaint. Les jeunes diplômés de milieu traditionnel bourgeois partent pour des questions professionnelles. Ce n'est pas en France qu'ils vont pouvoir "faire du fric", comme ils disent.Tout ça provoque un éclatement des fratries, il devient de plus en plus compliqué de se retrouver. Cela préoccupe les familles. » 

D'indécrottables égoïstes, les bourges français ? Des mercenaires de la sicav, prêts à déserter en masse sitôt leur magot menacé ? La réalité est plus nuancée... D'abord, le caractère hémorragique de cette fuite est en partie le résultat d'un fantasme, l'effet d'un tam-tam dépité qui transforme le départ de quelques-uns en exode. « L'épargnant français est râleur. Mais il est aussi patriotique et chauvin, assure Charles Egly, cofondateur de Prêt d'union, une plate-forme qui permet à des investisseurs-prêteurs aisés de financer directement les besoins en crédit à la consommation des ménages sans le sou. Même dans un contexte difficile à accepter pour eux, ils préfèrent investir dans l'économie réelle plutôt que de déserter.» 

Selon un sondage réalisé par Prêt d'union et l'Ifop, 82 % des Français les mieux lotis estiment ainsi que le premier devoir des riches est de payer leurs impôts en France. Seuls 8 % envisagent réellement de quitter le pays pour des raisons fiscales. « Nos prêteurs sont persuadés que les initiatives personnelles sont plus rapides, plus efficaces que l'action publique. Ils sont très concernés par le sort économique de la France, et très souvent en désaccord avec les politiques, de droite ou de gauche. Mais ils veulent aider », poursuit Charles Egly.

« TOUT


 VA 


PÉTER »...


Les invités du Point Michèle Cotta Michèle Cotta : Valls vs Taubira, une question d'idéologie(s)

Les désaccords des ministres sur la réforme pénale témoignent de deux visions de la justice. Mais au-delà de l'idéologie, il faut savoir faire preuve de bon sens.


La polémique qui oppose la garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur est loin d'être la première du genre : Élisabeth Guigou et Jean-Pierre Chevènement, sous Lionel Jospin, ne se sont fait aucun cadeau. Plus tard, en 2010, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Justice après avoir occupé elle-même le poste de ministre de l'Intérieur, ne s'est pas privée de lancer quelques phrases très désagréables sur son successeur Brice Hortefeux, notamment pour défendre les juges d'application des peines, mis en cause par l'hôte de la Place Beauvau, ou sur le couvre-feu décidé pour les mineurs. Bref, ces polémiques sont traditionnelles. D'autant qu'elles doivent beaucoup au jeu de rôles entre ministres d'un même gouvernement : le ministre de la Justice se fait le porte-parole des magistrats et de leurs syndicats, auquel il ne veut pas déplaire. Le ministre de l'Intérieur prend la défense des policiers, qui s'indignent lorsqu'ils voient un délinquant appréhendé avec grande difficulté par eux remis dans la nature par les juges. 
Dans le conflit actuel sur la réforme pénale, porté au grand jour parLe Monde, il y a cependant autre chose : une remise en cause frontale de la politique de la gauche en matière de sécurité. Une première. Manuel Valls ne fait certes que reprendre des arguments qui sont les siens depuis au moins 2002. Il s'agit d'arguments répondant aux craintes de l'opinion publique sur la récidive, la remise de peines, et plus largement sur l'insécurité. Et c'est là que les convictions de Manuel Valls deviennent presque hérétiques pour une certaine gauche. Pour lui, le laxisme idéologique de la gauche est une des causes, sans doute la plus importante, de la défaite de 2002. Il n'a cessé de le répéter avant la campagne électorale de François Hollande. Pendant la campagne, il s'est employé à ce que, après avoir laissé entendre en janvier qu'il était favorable à la suppression des peines planchers, le candidat socialiste prenne du recul sur le sujet, en lançant sur le plateau de France 2 en mars que les peines planchers ne seraient supprimées que lorsque "l'on aura trouvé un nouveau mécanisme qui permet d'éviter la récidive". Bref, Manuel Valls a toujours partagé et fait sienne en la matière l'orientation, très contestée par le PS déjà en son temps, de Jean-Pierre Chevènement.

Des citoyens moins idéologues que leurs dirigeants

C'est que l'idéologie, sur ce sujet, règne de façon absolue, à gauche comme à droite : la droite se veut et s'affirme sécuritaire d'abord, tout en lâchant du lest parfois, comme Dominique Perben sur la remise de peine ou comme d'autres sur le surpeuplement des prisons. La gauche défend les vertus de la prévention, l'homme étant comme on le sait perfectible, et plaide que la répression seule ne suffit à éradiquer ni les crimes ni les délits. La vérité, comme souvent, est bien sûr au milieu : la prévention est nécessaire mais pas suffisante, la répression est indispensable mais ses effets sont limités. 
Si l'affrontement, donc, tient aux idées et pas aux réalités, aucune réforme pénale ne passera le cap d'une alternance politique ; au nom des grands principes, ce qui a été fait par un gouvernement ou un président sera forcément défait par le suivant. Et les réalités, quelles sont-elles ? Que l'insécurité, ou le sentiment qu'on en a, fait peur aux citoyens, qui se veulent à l'abri d'incivilités ou d'agressions et attendent de l'État qu'il les protège. Qu'on ne peut pas rendre leur liberté à de jeunes récidivistes comme si l'État prenait son parti de fermer les yeux sur la petite criminalité. Que la prison est la pire des solutions, mais qu'elle s'impose pour ceux qui menacent, de façon durable et prévisible, la sécurité des citoyens. Mais ils savent aussi, les Français, qu'on ne peut pas traiter tous les délinquants de la même façon, qu'on ne peut pas mettre sur le même plan, et notamment en prison, les délinquants de la route qui n'ont pas respecté la limitation de vitesse requise et les délinquants sexuels dont on sait que le taux de récidive est au plus haut. Que mieux vaut, à coup sûr, un délinquant réinséré à la fin de sa peine qu'un homme marqué de façon indélébile par sa condamnation, même après l'avoir purgée. Qu'on peut abréger certaines peines, mais pas toutes. En réalité, dans leur grande majorité, les citoyens sont moins idéologues que leurs dirigeants. Ils comprennent à la fois que la fermeté s'impose et qu'elle puisse s'assouplir selon les cas. Et si, entre la répression et le laxisme, il n'y avait pas, au milieu, tout simplement, le bon sens ?

samedi 17 août 2013

Pourquoi Manuel Valls a "torpillé" Christiane Taubira

Pourquoi Manuel Valls a "torpillé" Christiane Taubira


La politique est souvent mensonge. Il y a différentes formes de mensonge. L'entourloupe est l'une d'elles. La polémique Taubira-Valls en fournit l'exemple. Elle est une sorte de leurre. Un simple psychodrame qui se joue entre une femme caractérielle, attachante et totalement dévouée à ses convictions idéologiques, un jeune ministre pragmatique, au caractère bien trempé et terriblement ambitieux, et le président de la République, un homme malin qui gouverne au doigt mouillé. 

Clash inévitable 

Parmi les réformes promises par François Hollande figurait celle de la procédure pénale. Elle était indispensable. La justice et la sécurité étant des sujets majeurs de clivage entre la gauche et la droite, il fallait pour répondre à l'attente des familles de gauche que la nouvelle loi pénale s'inscrivît résolument en rupture avec l'esprit répressif dont on accusait la droite. Christiane Taubira, renommée pour sa générosité humaniste, serait l'artisan idéal des nouveaux textes. On minimisa le risque. C'est ainsi que la garde des Sceaux confia l'élaboration du projet à une "conférence du consensus" composée d'experts de sensibilité homogène. On négligea le principe élémentaire d'une large concertation démocratique, grave erreur s'agissant d'un sujet particulièrement sensible à l'opinion, justement au moment où l'on assistait à une recrudescence de la délinquance. Et enfin on oublia Manuel Valls, lui-même, sa fonction, sa culture et celle de la police dont il est le chef, son éthique de l'autorité, son crédit politique et surtout sa popularité, telle qu'une très grande majorité de Français se reconnaît en lui concernant le problème en cause. 
Le clash était inévitable. Qu'on en juge : Valls met lui-même en cause "la quasi-totalité des dispositions de ce texte". Valls veut des prisons, Taubira n'en veut pas. Taubira veut supprimer les peines planchers, Valls ne veut pas. Valls est pour une exécution ferme des peines de prison, même les plus courtes, Taubira dit que la prison doit être une exception pour les délinquants condamnés à une courte peine. Taubira veut accompagner les récidivistes condamnés, les encadrer, Valls veut les enfermer. Etc, etc. Et Jean-Marc Ayrault appelle cela "de simples divergences d'appréciation" ! On est, dit-il, "dans une phase normale d'échange préalable aux arbitrages". C'est nous prendre pour des imbéciles. 

Torpiller le projet Taubira

Nous, nous appelons cela un désordre grave. Cette profonde mésentente entre deux ministres importants du gouvernement sur un sujet qui les concerne directement est un nouveau signe de la fracture idéologique qui divise la gauche et qui, comme un péché originel, marquera jusqu'au bout le sort de l'actuelle majorité. Il fallait une parade à la menace que représente la prochaine mise au point définitive du projet Taubira et l'ouverture du processus parlementaire et des débats qu'elle va entraîner. Déjà on avait reculé ces échéances. Le risque approchait d'un déballage qui aurait ébranlé la majorité elle-même. Ce n'était pas seulement l'intérêt de Valls qui était en cause, mais bien celui du gouvernement et surtout celui de François Hollande. Il fallait donc, avant qu'il ne fût trop tard, torpiller le projet Taubira, qui allait bien au-delà de ce que souhaitait le président de la République, bien au-delà de ses propres convictions, pour autant qu'on sache ce que sont au juste ses convictions, en la matière comme en d'autres. 
Torpiller le projet Taubira, c'était faire en sorte qu'il soit ajourné. Eh bien, c'est fait. La lettre privée-publique du ministre de l'Intérieur au président de la République a été l'instrument de cette manoeuvre. De là à imaginer que l'auteur et le destinataire de cette missive assassine aient été de mèche, pourquoi pas, l'hypothèse n'est pas insensée. Quoi qu'il en soit, ils sont débarrassés pour un temps de cette ministre encombrante et de son projet sulfureux. On verra cela après les municipales, puisqu'il semble acquis que le texte de la réforme ne sera pas présenté au Parlement avant un an. D'ici là, bien des choses peuvent se passer. La réforme attendra donc. Elle ne sera pas la seule. Et avec elle les progrès en matière de sécurité. 

Défier le président

Qui aura profité de cette opération ? Le ministre de l'Intérieur, de toute évidence. Non seulement il aura neutralisé sa collègue de la Justice, mais il s'est offert le luxe de défier le président de la République. En lui demandant "une clarification de nos orientations politiques", il renverse en sa propre faveur le rapport de forces qui le lie à lui. En échange, il l'exonère pour un temps du souci de trancher publiquement entre deux options idéologiques. Il le dispense d'un acte d'autorité ! La chose est assez savoureuse, si l'on sait que Valls chevauche volontiers depuis un certain temps le thème de l'autorité. 
Le 29 juillet dernier, il donnait au journal Le Parisien une interview publiée sous le titre : "Il faut restaurer pleinement l'autorité". "Nous vivons, disait-il, une crise de l'autorité." Il ne rapportait pas seulement son propos à la justice et à la police, mais il l'élargissait à la famille, à l'école... et à la politique. Ainsi le ministre de l'Intérieur se pose-t-il résolument en champion de la valeur première qui fait depuis trop longtemps défaut non seulement à notre système politique, mais à notre organisation sociale. On ne lui donnera pas tort. Il y avait une droite qui se voulait décomplexée. Il y a désormais une gauche décomplexée. On souhaite bon courage à Manuel Valls. Il a contre lui l'esprit du temps, où se mêlent la légèreté, la lâcheté, la mode, le relativisme, la compassion... Ses pires ennemis sont dans son camp.

L'euro est-il un pari manqué ?


Un récent article du Financial Times prédit l’inexorable séparation de la zone euro, la monnaie unique n'ayant pas réussi à être une force d'harmonisation.

Dans un article intitulé Pourquoi la zone euro va se séparer tôt ou tard publié dans le Financial Times, Samuel Brittan déplore que la  monnaie unique n'ait pas réussi à devenir la force d'harmonisation qu'elle était censée être (lire ici). Le pari de l'euro est-il déjà perdu ?

Philippe Waechter : Dans un article récent du Financial Times le chroniqueur Samuel Brittan suggère que tôt ou tard la zone euro ne pourra plus continuer à fonctionner. Pour l'auteur, la monnaie unique devait apporter une grande homogénéité dont la régulation par la banque centrale était suffisante pour en assurer la pérennité. Il déplore qu'en l'espace d'un peu plus d'une dizaine d'années les européens n'aient pas été capables de créer cette homogénéité.Pour cela il fait reposer son analyse sur la divergence des coûts salariaux entre l'Allemagne d'une part et l'Italie, l'Espagne,la Grèce ou encore le Portugal d'autre part.Il souligne aussi l'excédent commercial allemand qu'il contraste avec les équilibres extérieurs difficilement acquis par ces pays.

A la lecture de ces deux éléments il conclut que la zone euro est un échec et qu'in fine en échapper sera la seule solution pour un pays voulant retrouver de la croissance.
La première remarque est de considérer qu'il est excessif d'imaginer en très peu de temps la possibilité d'une homogénéité forte au sein de la zone euro. C'est imaginer que le seul signal observé par les acteurs de l'économie est celui du prix ou du salaire. C'est un peu réducteur et forcément excessif pour être réaliste. Les acteurs de l'économie, ménages ou entreprises, réagissent aussi à d'autres signaux. On ne peut imaginer déterminer son comportement que sur la vue d'un prix ou d'un salaire.
La lecture de cet article fait penser immédiatement à la Grande-Bretagne qui à l'automne 1931 est sortie du système de change-or qui bloquait la valeur de sa monnaie. Dès sa sortie l'économie britannique avait retrouvé une dynamique de croissance plus marquée. Cette analogie forte n'est cependant pas suffisante pour accepter son application à la zone euro. Plusieurs arguments doivent être mis en avant :
  • L'Europe et la zone euro sont avant tout un projet politique. La zone euro en tant que telle ne peut et ne doit pas se résumer à la simple dimension économique et monétaire. Elle est essentielle mais insuffisante si l'objectif est de partager un destin commun car cela a alors une véritable dimension politique. La monnaie unique était l'aboutissement de la construction économique en Europe, elle n'est pas celui de la construction européenne.

  • L'absence d'homogénéité que souligne Samuel Brittan reflète une construction institutionnelle manquant d'autonomie par rapport aux Etats. Il a été considéré au départ que le prolongement des règles du Système monétaire européen et la mise en place d'une Banque centrale européenne étaient suffisants. Cela n'a pas été le cas. Les économies de la zone euro ont pu évoluer avec des divergences de comportement qui s'accentuaient. C'est le point souligné par l'auteur. C'est une des faiblesses de la construction mise en œuvre car ces déséquilibres observés n'ont pas pu être corrigés de façon endogène, il n'existait pas de règles de correction.

En outre la zone a subi une série de chocs asymétriques, tous les pays n'ont pas, durant la crise, subi des chocs de même nature. Les institutions européennes n'avaient pas la capacité d'y répondre et de donner des solutions. C'est ce dernier aspect qui est majeur et qui a été observable lors de la crise de 2011. Les Européens ont eu à faire face à un défi pour lequel il n'y avait pas spontanément de solutions.
Cela change. Des institutions plus autonomes des gouvernements ont été mises en place afin d'assurer une meilleure régulation au sein de la zone afin d'éviter les déséquilibres qui ont pu être déplorés des dernières années. Le Traité de gouvernance, le Mécanisme européen de stabilité, le rôle que se donne désormais la BCE, l'Union Bancaire, toutes ces constructions vont permettre une plus grande autonomie à l'euro et c'est cela qui est souhaitable et souhaité.
  • Ces changements profonds depuis un an doivent permettre de normaliser la zone euro et de ne plus systématiquement imaginer que la solution pour un pays qui a un problème est sa sortie de la zone euro. C'est cela l'enjeu des changements, des bouleversements institutionnels observés depuis un an maintenant.

  • Mais ce n'est pas encore suffisant car il faut aussi retrouver de la croissance. Sans celle-ci il existe un risque fort d'instabilité sociale et politique. Sur ce plan la réduction à vive allure des déséquilibres budgétaires n'est probablement pas la solution adéquate car elle pénalise la demande adressée aux entreprises contraignant ainsi la production et l'emploi. La politique d'austérité menée depuis 2011 pèse sur la croissance et sur la capacité des économies à se réformer et à retrouver in fine la possibilité de créer des emplois. Cela s'observe notamment en Espagne et en Italie. Le risque de la politique actuelle est qu'elle pénalise la croissance et favorise les votes extrêmes ce qui n'est pas un gage de stabilité.

  • Retrouver une dynamique économique plus robuste permettra alors de faire accepter la dimension politique de la zone euro. C'est le projet qu'avaient développé dans un rapport messieurs Von Rompuy, Barroso, Draghi et Juncker. Dans celui ci l'Europe mettrait en place une entité centrale capable de mieux coordonner les politiques budgétaires et de créer les impulsions nécessaires pour réduire les déséquilibres qui pourraient se présenter. Cette dimension est essentielle pour effectivement rendre la zone euro plus homogène. Cela peut avoir l'allure d'un gouvernement européen avec une composante de fédéralisme. Cela ne ressemblera ni aux Etats-Unis ni à aucune autre construction en raison du passé très différent de chacun des pays membres.

Cette homogénéité doit se construire et c'est cela la tâche à laquelle les Européens doivent s'atteler.
La zone euro est jeune et sa construction institutionnelle a été insuffisante pour garantir la cohérence des comportements de chacun des pays. Des options ont été prises pour stabiliser la zone euro en tant qu'Union Monétaire et cela a plutôt bien réussi pour l'instant car il n'est plus imaginé que cette zone monétaire explose. Il faut continuer et favoriser à tout prix la croissance. Cela passera par un changement de politique économique, moins tournée vers l'austérité afin de faciliter la reprise de la croissance puis la construction d'une dynamique politique plus intégrée. Ce n'est qu'avec une grande dimension que la zone Euro et que l'Europe continuera de disposer d'un poids fort au sein du concert mondial.
Nicolas Goetzmann : Le pari de l’euro tel qu’il a été conçu est déjà perdu, en effet. Mais il peut encore évoluer. Samuel Brittan défend une vision monétariste qui me convient, en proposant d’agir au niveau de la Banque centrale européenne (BCE), via une politique d’expansion monétaire.

Sans cela, la zone euro se condamne elle-même à une faible croissance permanente, totalement en désaccord avec les politiques menées à travers le monde. Le drame est que nous arrivons aujourd’hui à une sorte de pensée "décliniste", qui semblerait attester le fait que cette faible croissance est inscrite dans nos gênes de vieux continent, un prix à payer pour nos excès passés. Cette croyance est fausse et ne repose sur rien de sérieux, mais elle gagne du terrain dans les mentalités, ce qui vient aggraver la situation elle-même. Qui voudrait investir dans la zone la moins performante du monde ?
 
Cette situation n’est rien d’autre que le choix de Maastricht, de lier notre destin économique à une stricte stabilité des prix qui fait le bonheur des pays du nord pour le moment, et qui brise l’ensemble des autres Etats. Cette forme la n’est pas viable à terme, les peuples ne pourront le supporter encore longtemps. Les prochaines élections européennes de 2014 en seront le baromètre.
 

Samuel Brittan note que depuis le lancement de l'euro en 1999, les coûts salariaux ont augmenté de moins de 13 % en Allemagne tandis que les coûts salariaux grecs, espagnols et portugais ont progressé de 20 à 30%. De même l'Allemagne bénéficie d'un excèdent commercial de 6% tandis que la Grèce, l'Italie, le Portugal et l'Espagne ont un solde nul. La zone euro n'est pas un espace économique homogène. Comment compenser de pareils déséquilibres sans dévaluation ? Une harmonisation sociale et fiscale n'est-elle pas  illusoire ? 

Nicolas Goetzmann : Il s’agit de la vieille question de la solidarité entre les peuples. La crise ravive déjà les tensions régionales, comme nous pouvons le voir en Belgique, en Italie etc..et ne permet pas de faire la promotion d’une Europe solidaire. Le fait de payer pour la Grèce et le Portugal parait scandaleux pour certains, mais alors il ne fallait pas faire d’union monétaire. 
 
Une harmonisation fiscale et sociale est le choix de Bruxelles, mais ce choix est imposé en période de crise avec son lot de menaces et de contraintes. Ce n’est pas vraiment le meilleur moyen de chercher l’adhésion de la population.
 
Le moyen de rééquilibrer la situation est de modifier le statut de la BCE vers un mandat de plein emploi lié à la stabilité des prix, et non plus à la stabilité des prix seule. Mais cela implique une tolérance plus forte à l’inflation pour certains pays du nord. Sans cela, le taux de chômage restera très élevé dans l’ensemble de la zone. C’est un choix politique, ce n’est pas inéluctable.
 

Jeudi 17 mai lors de sa dernière conférence de presse, François Hollande a relancé l'idée d'un gouvernement économique de la zone euro. Une initiative qui pourrait conduire au grand saut fédéral que beaucoup d'européens fervents appellent de leurs vœux. Mais celui-ci peut-il vraiment être réalisé sans l'assentiment des peuples ? Cette stratégie est-elle vraiment dans le climat actuel de défiance à l'égard de l'Europe ? 

Nicolas Goetzmann : Je pense que c’est le meilleur moyen d’obtenir une composition destructrice du parlement européen. Les différents partis d’extrême gauche et d’extrême droite surfent sur la thématique du refus de l’Europe. Bien évidemment les partis de gouvernement s’insurgent contre cela tout en tendant le bâton pour se faire battre. C’est une stratégie insensée. Il s’agit de l’idée d’une Europe qui ne fonctionne pas parce qu’il faudrait encore plus d’Europe. François Hollande veut franchir le pas du fédéralisme au pire moment de l’histoire de la zone euroIl s’appuie sans doute sur sa théorie cyclique qui le laisse penser que la zone euro est repartie pour une croissance durable. Malheureusement, sans l’aide la BCE, il s’agit d’un leurre. La stagnation restera la norme.
 
Au lieu de cela, une véritable politique de relance monétaire pourrait permettre de sortir réellement de la récession avec des chiffres inconnus en Europe depuis plusieurs années, et de renouer avec une vision  conquérante de l’économie.
 

Sans changement institutionnel profond, la zone euro n'est-elle pas condamnée à se séparer ou à disparaître comme le prédit Samuel Brittan ?

Nicolas Goetzmann : Selon moi, nous assisterons soit à une lente agonie vers une sortie progressive de l’euro soit à une prise de conscience monétaire. Cette dernière solution peut encore être espérée puisque le Royaume-Uni, le Japon, les Etats-Unis se sont engagés dans cette voie. Entre temps, il faudra s’engager dans un grand chantier de prise de conscience politique de la nature de cette crise. Elle n’est en rien une fatalité, elle découle purement et simplement d’une erreur d’appréciation monétaire. Cela a été reconnu aux Etats Unis, au Japon, et actuellement au Royaume-Uni. C’est-à-dire qu’il va falloir assumer ses erreurs, être capable de se remettre en question.
 
Dès que le sujet de la stabilité des prix sera sérieusement sur la table nous aurons des raisons d’espérer, entre temps la zone euro va poursuivre sa petite route vers son extinction.