TOUT EST DIT

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lundi 20 juin 2011

«Si la Grèce était le premier pays à faire défaut...»

Dans une interview à La Tribune, le ministre belge des Finances compare un défaut de la Grèce à la faillite de Lehman Brothers.

Alors que l'hypothèse d'une faillite de la Grèce gagne les esprits, le ministre belge des Finances, Didier Reynders, met en garde contre les conséquences d'un tel événement. Selon lui, les risques de contagion sont réels.
Dans un entretien à La Tribune le ministre a lancé : «Si la Grèce était le premier à faire défaut, les regards se tourneraient ensuite vers d'autres pays comme l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, peut être la Belgique mais aussi la France». Didier Reynders rappelle en outre les conséquences de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers à l'automne 2008 et invite à ne pas «rééditer une faillite de ce type, d'autant qu'elle pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l'ensemble de la zone euro».
Et le ministre avoue ne pas «très bien comprendre» les réticences de certains à intervenir en Grèce au vu des enjeux collossaux. Il rappelle que «l'euro est un bénéfice extraordinaire pour les pays exportateurs avant tout». Didier Reynders ajoute que les sommes nécessaires à la Grèce sont bien moindres que les trillions d'euros débloqués pour sauver les banques en 2008.

Participation volontaire du secteur privé

Par ailleurs, le ministre estime que «la solution budgétaire grecque doit venir de la Grèce» avant d'ajouter «mais il faut aussi que l'Europe intervienne, qu'elle mette en place des instruments budgétaires adéquats». Concernant une mise à contribution du secteur privé, Didier Reynders affirme qu'il faut que cela se fasse «sur une base volontaire». Selon lui, «si on force les banques, ce sera difficile de retourner les voir et de demander de l'argent pour les financements futurs».
Une conception partagée par les ministres des Finances européens qui ont opté pour la mise en place d'un deuxième plan de soutien à la Grèce basé sur le principe d'une implication du secteur privé sur une base volontaire. Les détails de cette aide devraient être dévoilés courant juillet.

Vole, mon ange, vole!

Même quand il n’y aura plus de kérosène, les hommes rêveront encore d’avions. Ce n’est pas une question de nécessité, mais de dimension. Que voulez-vous, les hommes, pauvres mortels, n’ont jamais renoncé au ciel, même s’ils n’auront jamais d’ailes. Peu importe la crise, rien ne les arrêtera! Ils parviendront à repousser toujours plus loin les défis lancés aux lois de la pesanteur... et de l’énergie.

Cette semaine, et comme tous les deux ans quand il vient planer au-dessus de Paris, Icare aura encore le vertige. Pouvait-il imaginer qu’une drôle de libellule viendrait narguer le 45 ème salon du Bourget. Que le Solar Impulse, pas plus lourd qu’une voiture mais avec l’envergure d’un Airbus, volerait la vedette à la flottille d’aéronefs qui se disputent des milliards de dollars? Il sera d’autant plus bienvenu qu’il apportera un peu de légèreté à un événement dont les enjeux sont si élevés qu’ils créent d’incroyables tensions au sol.

Comme d’habitude, l’argent des contrats et la rivalité au couteau entre Airbus et Boeing domineront le plus grand rendez-vous mondial de l’aéronautique. Si le spectacle sera sur les pistes de l’aéroport parisien, le vrai combat se jouera dans les hangars avec cette originalité propre à un secteur qui n’a jamais oublié la force de la démonstration. Certains ministres français ont même épicé ce moment toujours très attendu avec d’étranges tentations protectionnistes. Il faudrait qu’Air France renonce à s’équiper, en partie, avec des Boeing au prétexte de soutenir la production de l’avionneur européen. Faut-il que le pays soit si peu sûr de lui pour mettre des barbelés sur l’immense marché des airs, là où, précisément, la concurrence est une règle d’or précieuse pour assurer la fluidité des commandes. Et réussir? Certes, l’Amérique n’est pas en reste, qui a réussi à faire capoter la fourniture d’avions ravitailleurs européens à l’US Air Force, mais Airbus aurait plus à perdre qu’à gagner si le gouvernement intervenait pour lui réserver, d’emblée, la plus grosse part des commandes de la compagnie tricolore, l’une des plus importantes du monde.

Ce simple épisode, dont on a du mal à croire qu’il soit sérieux, montre à quel point certains esprits français peinent, contrairement à ceux de nos voisins allemands, à se placer dans la perspective d’une compétition internationale. Avec de telles logiques défensives, faudra-t-il s’étonner des résultats calamiteux de notre commerce extérieur?

Curieuse agitation tout de même, tellement décalée avec l’élan d’innovation qui caractérise cette édition. Le fragile Solar Impulse - dont les sorties dépendront du soleil les jours prochains - préfigure déjà une nouvelle génération d’appareils propres et encore plus performants qui excitent déjà notre imaginaire. Alors vole, mon ange, vole!

L'Europe demande des garanties à la Grèce

La zone euro s'est donné jusqu'à début juillet pour définir les paramètres du financement pour le pays en difficulté.

La zone euro a renvoyé dimanche soir la balle dans le camp de la Grèce en refusant de débloquer la cinquième tranche de l'aide à Athènes et de valider un second plan d'aide au pays tant que le Parlement grec n'aura pas voté un nouveau programme d'austérité. Alors que la date de ce vote n'est pas encore arrêtée, les ministres des Finances de la zone euro, qui se sont réunis huit heures durant à Luxembourg, se sont donné jusqu'à début juillet pour prendre une décision sur ces deux dossiers, faute de quoi la Grèce ferait défaut sur sa dette dans les jours suivants.
Ils ont, en revanche, d'ores et déjà clarifié la manière dont les créanciers privés seraient associés à un second plan de soutien. Il s'agira d'une participation informelle et volontaire, correspondant à ce que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient décidé à Berlin vendredi. "Les ministres des Finances de la zone euro ont décidé de définir d'ici début juillet les principaux paramètres d'une stratégie de financement pour la Grèce", peut-on lire dans un communiqué d'une page publié à l'issue de la réunion.
Secteur privé
"Les ministres des Finances de la zone euro sont d'avis que tout financement supplémentaire pour la Grèce sera de source publique et privée. (...) Une participation du secteur privé à un second plan d'aide à la Grèce se fera sur une base volontaire et informelle via un roll-over d'obligations grecques arrivant à maturité", est-il encore indiqué. Cette modalité est connue comme "l'initiative de Vienne", par laquelle des banques privées avaient accepté en 2009 de ne pas se désengager d'Europe centrale au plus fort de la crise.
Après la valse-hésitation au cours de la semaine sur l'opportunité de débloquer la cinquième tranche d'aide de 12 milliards d'euros prévue dans le cadre du plan de 110 milliards approuvé en mai 2010, les ministres ont décidé de rester fermes. Ils ont de nouveau appelé à une unité politique nationale en Grèce "compte tenu de la longueur, de la magnitude et de la nature des réformes requises".
Exigences
Surtout, ils "(ont) rappelé avec force au gouvernement grec que, d'ici la fin du mois, il doit faire en sorte que tous soient convaincus que tous les engagements pris par les autorités grecques soient remplis", selon les mots du président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, à la sortie de la réunion. "Vous ne pouvez pas imaginer une seconde que nous nous engagions à financer sans savoir si le gouvernement grec a endossé les obligations qui sont celles de la Grèce", a-t-il encore indiqué aux journalistes.
Le ministre belge des Finances, Didier Reynders, a confirmé que les fonds ne seraient pas débloqués pour le moment, même si des discussions s'engageront entre les départements du Trésor des principaux États membres et les créanciers privés de la Grèce. Les ministres des Finances de la zone euro doivent, quant à eux, se retrouver dès lundi à Luxembourg pour avancer sur les autres dossiers que devront valider les chefs d'État et de gouvernement des vingt-sept lors d'un sommet, jeudi et vendredi.
Déplacement à Bruxelles
Au menu : renforcement des capacités de prêt du Fonds européen de stabilité financière (FESF) créé en mai dernier, formalisation par un traité du Mécanisme européen de stabilité (MES) qui s'y substituera à partir de 2013 et réforme du Pacte européen de stabilité et de croissance. Dès lundi également, le Premier ministre grec Georges Papandréou doit se déplacer à Bruxelles pour y rencontrer le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, alors que la réaction des marchés et celle de la rue à Athènes seront scrutées avec attention.
Les ministres des Finances du G7 (États-Unis, Japon, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Canada) ont évoqué ce week-end la crise grecque lors d'une conférence de presse téléphonique, a fait savoir le ministre japonais des Finances, Yoshihiko Noda.

 

Grèce : le secteur privé mis à contribution

Les détails du nouveau plan de soutien à Athènes seront définis en juillet. Par ailleurs, une nouvelle tranche de prêt devrait être débloquée en juillet à condition que la Grèce vote un nouveau plan de rigueur.

Les ministres des Finances de la zone euro avancent prudemment dans la mise en place d'un dispositif visant à éviter une faillite de la Grèce. Pour parer au plus pressé, les grands argentiers de l'Eurozone ont posé les conditions du versement «d'ici mi-juillet» de la prochaine tranche des 110 milliards d'euros de prêts sur trois ans promis l'an dernier par la troïka. Le déblocage de ce prêt est lié «à l'adoption de législations clés sur la stratégie budgétaire et les privatisations par le Parlement grec», ont indiqué les ministres à l'issue d'une énième réunion sur la crise grecque entamée dimanche à Luxembourg. Sans ce prêt, Athènes, confronté à des échéances de refinancement, risque la faillite dès le mois prochain.
A plus long terme, les ministres ont également posé les jalons d'un nouveau plan de soutien afin d'éviter un défaut de paiement à plus longue échéance. Cette fois, le secteur privé devrait être mis à contribution. «Les ministres se sont mis d'accord sur le fait que les financements additionnels nécessaires seront financés à la fois par des sources officielles et privées», ont assuré les grands argentiers européens. Les ministres commencent en outre à parler d'une seule voix sur les modalités que prendra cette aide : ils ont en effet «salué l'objectif d'une implication volontaire du secteur privé sous la forme de roll-overs informels et volontaires de la dette grecque existante arrivée à maturité». En d'autres termes, les créanciers devront accepter de remplacer les prêts arrivant à maturité par d'autres de même montant.

L'aide pourrait atteindre une centaine de milliards d'euros

Jusqu'à présent les ministres étaient divisés sur la question : l'Allemagne privilégiait l'idée d'un allongement des maturités sur la dette, là où Paris défendait l'option du «roll-over». «Nous nous sommes mis d'accord sur l'implication volontaire du secteur privé alors qu'il y a une semaine ou deux, différentes options étaient sur la table», s'est félicité Jean-Claude Juncker. L'important est surtout de convaincre les investisseurs qu'il ne s'agit pas d'un défaut partiel de paiement, susceptible de provoquer la panique des marchés et une contagion de la crise à d'autres pays de la zone euro.
Le montant de cette aide n'a pas non plus été déterminé. Les ministres ont simplement indiqué que cette opération devrait représenter un apport «substantiel» au programme grec «tout en évitant un défaut (de paiement) sélectif» du pays. Certains évoquent déjà un volume total d'une centaine de milliards d'euros.
Si les grands principes de cette nouvelle aide ont été actés, les détails du plan restent à définir. Les «paramètres principaux d'une nouvelle stratégie de financement claire» devraient être définis «d'ici début juillet», indiquent les ministres. L'ambition initiale des ministres étaient pourtant de «discuter de la participation des créanciers privés», avait indiqué Jean-Claude Juncker avant d'ajouter «la question étant de savoir jusqu'où elle peut et doit aller».

Leçons venues d'Italie


Après le camouflet subi par Silvio Berlusconi lors du triple référendum du 12 juin (sur sa propre immunité pénale, un éventuel retour au nucléaire et la privatisation de l'eau), quelques leçons peuvent être tirées, qui vont bien au-delà du cas italien.

En premier lieu, le vote du 12 juin rappelle aux populistes de tout poil que les promesses et la démagogie peuvent faire illusion pour un temps, mais que la dure réalité finit par s'imposer. Berlusconi a promis monts et merveilles. Il a prétendu trouver des solutions aux problèmes, à grand renfort de communication. Mais il n'a jamais su ou voulu faire les réformes nécessaires au pays, par souci de plaire à ses clientèles ou parce qu'il était trop occupé avec ses propres affaires.

Berlusconi a été un habile politicien populiste, mais pas un homme d'État ; un démagogue, pas un réformateur ; un magicien qui a envoûté une grande partie de la population, mais qui, par ses comportements et ses médias, a corrompu l'esprit public. Ce sera son principal legs à l'Italie, après presque dix ans d'exercice du pouvoir...

La fin de partie n'interviendra que si l'opposition sait transformer en programme et alliances politiques l'exaspération d'une forte majorité de l'électorat.

La gifle cinglante adressée à Berlusconi ne signifie pas pour autant un blanc-seing pour l'opposition. Ce fut un vote de rejet, non un vote d'adhésion. À qui irait-il d'ailleurs, étant donné les multiples partis et mouvements sociaux, souvent contraires, qui appelaient à l'abrogation des normes soumises à référendum ?

Parmi les leaders de l'opposition et chez leurs électeurs, d'autres pulsions populistes, de gauche cette fois, sont à l'oeuvre qui risquent de handicaper une alternative crédible de centre gauche. Romano Prodi en fit l'amère expérience, il y a quelques années. Cela ne rappelle-t-il pas quelque chose aux électeurs français ?

Le 3e enseignement touche aux politiques publiques. L'objet premier des référendums était de fixer des choix de politiques publiques. Les conclusions sont nettes : les centrales nucléaires seront bannies d'Italie pour l'avenir prévisible et la gestion des politiques de l'eau devra être confiée à des autorités publiques. Le choix est fait et doit être respecté.

Mais l'absence de débat (dont Berlusconi est principalement responsable en refusant de discuter du fond) laisse l'État italien face à des dilemmes quasi insolubles : la nécessité de recourir aux énergies fossiles (gaz et pétrole) met le pays dans une situation de dépendance énergétique insoutenable en cas de crise ; l'obligation de confier la gestion de l'eau (ainsi que les ordures et l'assainissement) aux autorités publiques est un acte symbolique qui cache mal la situation désastreuse et les gâchis financiers dans de nombreuses villes ou régions.

Où les municipalités trouveront-elles les ressources financières pour engager les quelque 60 milliards de dépenses jugées nécessaires pour mettre le pays à niveau ? Où sont les garanties de bonne gestion et d'efficacité que la plupart des sociétés municipales (gangrenées par le clientélisme et la corruption) ont été incapables de fournir ?

Une fois de plus, la démonstration est faite que la démocratie directe peut être un important élément de la politique démocratique, mais un médiocre instrument de détermination des politiques publiques.



Un salarié sur deux fantasme sur ses collègues de bureau

Les relations de travail sont plus érotiques qu’il n’y paraît, selon le dernier sondage réalisé par le site de recrutement en ligne, Monster.

Rêverie fugace, flirt d’un soir ou passion torride... les relations de bureau cachent des fantasmes souvent insoupçonnés. La moitié des 3.154 salariés français interrogés par Monster avouent avoir déjà eu des pensées érotiques avec un ou une collègue de bureau.
A la photocopieuse, dans l’ascenseur, en pleine réunion ou tout simplement devant son ordinateur… la température monte secrètement dans les entreprises. "Chacun passe aujourd’hui une grande partie de son temps au travail. Il est donc inévitable que des sentiments puissent éclore", explique Bruno Brémond, directeur général de Monster France et Europe du Sud.
Le bureau est-il pour autant le temple de l’adultère ? Seuls 4% des salariés assurent avoir succombé à la tentation. L'entreprise n'en reste pas moins un formidable club de rencontres. En Europe, entre 20 et 30% des couples mariés se sont connus sur leur lieu de travail. Mieux que Meetic !
Aventure d’un jour ou idylle d’une vie, la prudence s’impose. "Les relations amoureuses au travail peuvent s’avérer dangereuses pour l’évolution de sa carrière dans l’entreprise", prévient Bruno Brémond. Aux Etats-Unis ou au Canada, certaines sociétés n'hésitent pas à encadrer, voire à interdire, les relations intimes dans leur règlement intérieur. En France, les salariés peuvent flirter en paix – ou presque - grâce à la protection de la vie privée.

La zone euro tente d'enrayer la faillite en Grèce

Les ministres des Finances se réunissaient dimanche soir à Luxembourg. 

La crainte d'une faillite grecque n'a jamais été aussi forte. Dimanche, les ministres des Finances de la zone euro se sont de nouveau retrouvés à Luxembourg pour jeter les bases d'un nouveau plan de sauvetage, impliquant cette fois le secteur privé.
Pour parer au plus pressé, la priorité était d'abord de valider la cinquième tranche du prêt de 110 milliards d'euros consenti l'an dernier lors du premier plan d'aide. «Nous allons travailler à préparer le terrain au déblocage» de cette tranche de 12 milliards, a assuré le ministre allemand Wolfgang Schäuble à son arrivée. Sans quoi Athènes, confrontée à des échéances de refinancement, risque la faillite dès le mois prochain. La décision pourrait toutefois n'être prise que lundi, au terme de la réunion, a averti le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Elle est également liée à l'accord du FMI, qui doit fournir environ le quart de la somme promise et qui conditionnait jusqu'à présent son déblocage à de nouveaux progrès dans les réformes économiques en Grèce. Mais les ministres devaient surtout travailler à un nouveau plan de sauvetage, avec «au moins un accord de principe», selon une source diplomatique. Le montant pourrait avoisiner celui du premier paquet. Si le principe est acté, les modalités de cette rallonge seront toutefois renvoyées à la prochaine réunion des ministres des Finances, prévue le 11 juillet. La grande question porte sur l'implication des banques. «On va discuter ce soir de la participation des créanciers privés, la question est de savoir jusqu'où elle peut et doit aller», a résumé Jean-Claude Juncker.

«Nous jouons avec le feu»  

Vendredi à Berlin, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient tracé les grandes lignes du mécanisme, avec quatre grands principes: participation volontaire des créditeurs privés, accord de la BCE, pas d'«événement de crédit» et mise en œuvre rapide. Mais dimanche Wolfgang Schäuble tout comme la chancelière ont répété que la participation des créanciers privés devait être substantielle. L'Allemagne privilégie l'idée d'un allongement des maturités sur la dette, là où Paris défend l'option du «roll-over» qui verrait les créanciers renouveler leurs lignes de crédit à Athènes à l'échéance des prêts. Pour les Européens, l'important est surtout de convaincre les investisseurs qu'il ne s'agit pas d'un défaut partiel de paiement.
«Nous jouons avec le feu», a mis en garde samedi le président de l'Eurogroupe. Une faillite de la Grèce «pourrait s'avérer contagieuse pour le Portugal et l'Irlande puis, avant même l'Espagne, pour la Belgique et l'Italie, étant donné leur lourde dette». Et dans ce jeu de dominos, le ministre belge des Finances, Didier Reynders, n'a pas exclu que la France soit elle aussi atteinte, «quand on voit son niveau de déficit et d'endettement». Le monde financier a déjà été secoué en 2008 par la chute de Lehman Brothers, a-t-il rappelé dans un entretien à La Tribune. «Il ne faut pas rééditer une faillite de ce type.»
Après le remaniement de son gouvernement, le premier ministre, Georges Papandréou, a, de son côté, réclamé dimanche la confiance du Parlement pour pouvoir faire passer son plan d'austérité, fin juin, et obtenir ainsi le déblocage de la nouvelle aide internationale. Un vote est prévu mardi soir.

"La Grèce ne fera pas faillite et ne sortira pas de la zone euro"

La Grèce ne fera pas faillite et ne sortira pas de la zone euro, a assuré dimanche le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, au cours de l'émission "De Zevende Dag" (VRT). Le programme d'assainissement qui touche les Grecs est certes "très dur" mais il est aussi, selon lui, "inévitable" et toutes les solutions de rechange seront "terribles".

A ses yeux, une sortie de la zone euro serait contraire à l'intérêt de la Grèce. M. Van Rompuy a pris, à titre de comparaison, l'exemple de la Belgique: si le royaume réintroduisait le franc belge, qui lui ferait confiance?

Le président du Conseil a également rappelé, à propos d'un risque de banqueroute grecque, que la Belgique a dû faire face en 1993 à un déficit budgétaire de 7,5 pc et une dette représentant 135 pc du Produit Intérieur Brut (PIB), "disons, la situation grecque". Mais à l'époque, a-t-il ajouté, la Belgique a reçu du temps pour assainir ses finances. "Maintenant, on ne donne plus de temps", alors que la Grèce est parvenue à réduire l'an passé son déficit de 5 pc.

M. Van Rompuy préconise de changer le nom d'"eurozone" en "euroland". "Si vous avez une monnaie commune, vous devez avoir une politique bien plus communautaire sur le plan économique", a-t-il souligné.

Le président a répété qu'il était disposé à exercer un second mandat. Les 27 Etats membres de l'Union n'y seraient pas opposés mais "un an, c'est long en politique", a-t-il dit. (belga)

19/06/11 16h16

dimanche 19 juin 2011

Urgence

L’élection présidentielle de 2012 monopolise déjà toutes les forces vives. Avec ses querelles de personnes et ses phrases assassines. Sans oublier une première charretée de promesses mirifiques au nom de programmes politiques forcément idylliques et accompagnées de «cadeaux» fiscaux ou sociaux «à la grecque» au profit d’électeurs potentiels. Mais en oubliant l’essentiel: le pays se traîne sous les déficits et la dette publique dont la charge représente déjà le troisième poste budgétaire de l’Etat.

Une autre grave omission marque cette pré-campagne: l’Europe. Elle passe à l’arrière-plan en voulant ignorer que la France a volontairement abandonné une part de sa souveraineté, surtout sa souveraineté monétaire, à un ensemble plus vaste, l’UE et la zone euro. Cette réalité reste consciemment ignorée ou seulement regardée avec les œillères de la vision nationale. Pas seulement en France, car les autres capitales de l’UE, également rivées sur leurs intérêts nationaux et électoraux, ne réagissent pas différemment en laissant ronronner la technocratie bruxelloise.

Pourtant, l’heure est grave. Une vaste spéculation a pris l’euro pour cible et, à travers la monnaie unique, toute l’économie européenne. Les agences de notation, juges et parties dans le grand échiquier financier, après avoir dégradé la Grèce au rang d’un pays du Tiers-monde, s’en prennent désormais à l’Italie, troisième puissance de la zone euro. Autant dire que leurs agissements ne s’arrêteront pas là.

Le double but de cette spéculation n’échappe à personne. Ou obtenir, via les produits dérivés des assurances sur les dettes -notamment la dette grecque- le remboursement le plus large possible des engagements dans la crainte d’une faillite. Ou parvenir, par l’intervention constante des Etats toujours prêts à garantir l’euro, au «bétonnage» complet de la monnaie unique pour la transformer en immuable parangon de vertu monétaire, au détriment des politiques économiques et sociales. Pendant ce temps, dollar et yuan évolueraient à leur guise, planche à billets comprise, pour le plus grand bien de leurs économies respectives...

Face à ces attaques qui ne visent plus la seule Grèce, les dirigeants européens et la Banque centrale de Francfort étalent leurs querelles pour finalement s’entendre sur des compromis boiteux. Par exemple, la France et l’Allemagne s’opposent sur la contribution des banques à ce qu’il faut bien appeler une restructuration de la dette grecque. La rencontre Sarkozy-Merkel vendredi à Berlin a accolé l’adjectif «volontaire» à cette contribution qu’exige l’Allemagne et dont la France ne veut pas, par peur qu’elle expose à nouveau le système bancaire. Mais dès hier, un second adjectif a été ajouté à Berlin, parlant désormais de «contribution volontaire et significative», faute de quoi nos voisins rechigneraient à remettre la main au gousset pour un nouveau plan de sauvetage de la Grèce.

L’euro devenu cas d’urgence montre à quel point l’Europe est indissociable de la politique nationale. L’avenir de l’UE mérite de figurer en première place dans la campagne présidentielle. Parce que la France a partie liée avec l’Europe dont elle est un acteur majeur. Parce qu’il s’agit de sa monnaie, donc de son économie. Mais qui va le dire, en dehors du populisme attrape-nigauds? Les querelles de lutrin, les invectives et les propos de comices agricoles sont apparemment plus gratifiants en période électorale...


La situation en Grèce, "une catastrophe pour l’Europe"

L’américain Edmund Phelps, 77 ans, prix Nobel d’économie (2006), estime que la crise grecque est sans équivalent dans l’Histoire. Il interviendra cette semaine au New York Forum qui rassemble 500 patrons et économistes.

Il y a un an, vous jugiez que la situation en Grèce n’était pas catastrophique. Diriez-vous cela aujourd’hui?
Non. Nous pouvons parler d’une catastrophe politique pour l’Europe car la situation est devenue compliquée à l’extrême. La capacité du continent à se gouverner est en jeu. Les questions posées aux gouvernements sont difficiles mais ils ne semblent pas se battre réellement pour y répondre de façon convaincante. Par comparaison, l’Argentine était un cas d’école. Ce pays avait fait défaut sur sa dette et les suites étaient logiques.
Ce n’est pas le cas en Europe...
Tout ceci est vraiment nouveau. Je n’ai pas souvenir d’un problème équivalent dans l’histoire de l’économie. Normalement, les marchés obligataires poussent les taux d’intérêt à la hausse pour endiguer les risques de dérapages d’un Etat. Mais cette fois-ci, la France et l’Allemagne ne tolèrent pas de défaut de paiement de la Grèce.
Ce pays devrait-il se déclarer en faillite?
Je ne sais pas! On peut argumenter dans les deux sens. Je me dis néanmoins que la situation aurait été meilleure aujourd’hui si la Grèce avait déclaré un défaut sur sa dette l’an dernier. Aujourd’hui, cela aurait des répercussions sur le Portugal et l’Irlande. Le problème deviendrait encore plus compliqué à résoudre. Les dirigeants de France et d’Allemagne sont déterminés à éviter ce scénario. Ils prêteront autant d’argent que nécessaire pour solvabiliser les banquiers et les autres créanciers.
La Grèce doit-il quitter la zone euro?
Pour quelle raison? Ce pays est dans l’incapacité d’emprunter sur les marchés et ne parvient pas à se financer par les impôts. Mais peut-être certains leaders européens en rêvent-ils comme d’une punition.
Que va-t-il se passer pour le peuple grec?
Il y a un scénario communément admis selon lequel ils vont connaître des temps difficiles. Les Grecs devront se serrer la ceinture et renoncer à des emplois publics en reconnaissant avoir vécu de façon déraisonnable. L’économiste Nouriel Roubini estime qu’une part de l’Europe a perdu sa compétitivité à cause de politiques salariales irresponsables. Peut-être que les salaires vont devoir baisser. Pour ma part, j’ai regardé les statistiques mais je n’ai pas vu d’inflation salariale très forte. La prévision est un art difficile, qui aurait pu croire que les syndicats allemands auraient été si coopératifs il y a dix ans? Schröder a obtenu des concessions et fait redécoller son pays. Peut-être la Grèce a-t-elle besoin de son Schröder. C’est bien un problème politique

Le premier ministre Papandréou promet un référendum

Georges Papandréou a promis dimanche un référendum sur les « grandes réformes » engagées en Grèce alors qu'il espère faire voter au parlement un plan d'austérité de 28 milliards d'euros d'ici la fin juin.

Alors que la Grèce connaît une vive protestation populaire remettant en cause la gestion du gouvernement grec concernant la dette du pays, le Premier ministre Georges Papandréou a tenté de sauver sa place ce dimanche. Celui qui au soir d'une grande journée de manifestation en Grèce avait lancé qu'il était prêt à démissionner s'il était « le problème », a promis dimanche un référendum sur les « grandes réformes » ou autrement appelées mesures économiques drastiques engagées dans le pays.

Ces mesures consistent en une baisse des revenus et hausse de la fiscalité. Elle sont exigées par l'Union européenne et le Fonds monétaire internationale (FMI) pour débloquer une nouvelle aide à la Grèce d'environ 120 milliards d'euros.

Un plan d'austérité de 28 milliards d'euros à faire voter

Le gouvernement grec en appellera donc au peuple « à l'automne » a assuré Georges Papandréou devant le Parlement dimanche, où il espère faire voter au parlement un plan d'austérité de 28 milliards d'euros d'ici à la fin juin.

Pour apaiser les critiques, Georges Papandréou a remanié son équipe vendredi, en remplaçant notamment Georges Papaconstantinou par Evangelos Venizelos au poste de ministre des Finances. Il doit soumettre ce nouveau cabinet à un vote de confiance du parlement mardi. Dimanche, il a déclaré : « J'ai demandé le renouvellement de la confiance au gouvernement car le pays se trouve à un point crucial ». Il faut trouver « un accord national pour faire face aux déficits et à la dette grecs qui sont un problème national », a-t-il ajouté. Les ministres des Finances de la zone euro, dont Evangelos Venizelos, se réunissent à nouveau dimanche soir à Luxembourg pour tenter de parvenir à un compromis.

L'avertissement de Papandréou

De nouvelles manifestations et des grèves sont prévues à l'occasion du débat parlementaire. Les employés de la compagnie publique d'électricité PPC, promise à une privatisation, ont prévu, par exemple, de cesser le travail pendant 48 heures à partir de minuit, ce qui devrait entraîner des pannes de courant. Le Premier ministre a aussi adressé dimanche un message, ou plutôt un avertissement, à la population en soulignant que l'image de division donnée par la Grèce ne rassurait pas les créanciers internationaux et renforçait donc les risques pesant sur les finances publiques.

Arabie saoudite, royaume misogyne

A l’appel de Manal al-Sharif, une Saoudienne de 32 ans arrêtée le 21 mai pour avoir posté une vidéo sur Youtube où elle conduisait une voiture, des femmes ont décidé de manifester en faveur du droit de conduire en Arabie saoudite, vendredi. Une véritable révolution dans cette monarchie islamiste qui finance les mouvements radicaux dans le monde entier et combat toute conception libérale de l’islam et toute émancipation des femmes. Rappelons que les femmes saoudiennes sont des éternelles « mineures », qu’elles ont toujours un « tuteur légal », qu’elles ne peuvent jamais conduire, même pour aller visiter leurs malades quand elles sont médecins, et qu’elles ne peuvent voyager qu’avec une autorisation du père ou du mari.
Effet boule de neige

Nombre de Saoudiens et de travailleurs étrangers croupissent en prison juste parce qu’ils sont démocrates, athées, ou même convertis au christianisme, et maints blogueurs libéraux ont été arrêtés. Certes, aucune manifestante n’ose demander le départ du roi et les défenseurs de Manal al-Sharif se limitent à réclamer le droit de conduire. Mais les autorités craignent l’effet boule de neige et ont compris que le vent de liberté révolutionnaire passe désormais par les femmes : une pétition d’intellectuels en faveur de Manal al-Sharif diffusée sur Youtube a recueilli des milliers de signatures ; et les Saoudiennes ont même osé réclamer le droit de vote fin avril. Les réseaux sociaux du Net sont donc suivis de très près, la page Facebook de Manal et d’autres féministes ou même de libéraux saoudiens sont bloquées par les services saoudiens (*). Les journalistes qui ont signé la pétition soutenant l’instauration d’une monarchie constitutionnelle ont été suspendus ou arrêtés. Quant aux jeunes manifestants saoudiens désireux d’imiter leurs frères tunisiens ou yéménites, ils sont systématiquement mis en prison, ceci sans que les alliés occidentaux ne s’en offusquent et sans que « l’indignation » des « révolutionnaires progressistes » à la Stéphane Hessel ne soit réveillée. En réaction à l’appel des femmes à manifester, les mâles saoudiens inquiets ont été jusqu’à lancer une « campagne du Iqal » (cordon qui permet d’attacher le couvre-chef des hommes) pour « remettre les femmes au pas », invitant les hommes à corriger les conductrices avec ce cordon…
« Printemps arabe »

La « campagne du Iqal » a rassemblé des milliers de machos saoudiens sur Facebook, ce qui prouve que les réseaux sociaux peuvent être aussi un outil pour les obscurantistes. Les religieux saoudiens « wahhabites » (islam sunnite ultra-rigoriste en vigueur dans le royaume) tentent de leur côté de rallier les mâles en expliquant dans leurs prêches qu’en conduisant les femmes iront voir leurs amants ou reviendront du travail saoules. Il est clair que personne ne peut rester indifférent au sort des femmes et des démocrates saoudiens. Selon moi, le « printemps arabe », que tout le monde salue béatement alors qu’il risque de porter au pouvoir des islamistes dans plusieurs pays, n’aurait pas dû commencer en Tunisie, où les femmes sont le plus libre, mais en Arabie saoudite, parrain de l’islamisme radical mondial.

(*) Notamment le site women2drive

La Grèce n'en finit plus de s'indigner

À Athènes, plus une journée qui passe sans que les rues soient envahies par des manifestants protestant contre les sacrifices imposés par l'austérité.
L'Union européenne et le FMI accepteront-ils d'accorder à la Grèce une rallonge de 60 à 100 milliards d'euros, après les 110 milliards octroyés l'an dernier ? Le nouveau ministre des Finances, Evangelos Vénizelos, parviendra-t-il à concilier l'inconciliable : assainir les finances sans trop de casse sociale ? Quels nouveaux sacrifices implique le projet de loi de finances qui doit être adopté avant la fin du mois ? À peine les Grecs croient-ils pouvoir répondre à une de ces angoissantes interrogations qu'une autre surgit déjà, soufflée par une actualité qui ne cesse de s'accélérer.
Des questions que certains refusent pourtant de se poser, à l'instar de Dimitraki, un de ces "Indignés" qui assurent depuis plusieurs semaines une présence permanente sur Syntagma, la place principale d'Athènes qui fait face au Parlement. "On ne peut pas demander aux gens, sous prétexte de décennies de mauvaise gouvernance, de tout accepter en même temps : les hausses spectaculaires des prix, les baisses de salaire et de retraite, les suppressions d'emplois. On atteint les limites de la dignité humaine", s'insurge l'étudiant en philosophie.
Rues envahies par les cortèges
À chacun son mode d'expression pour dénoncer une austérité sans précédent dans l'histoire de la Grèce. L'occupation pacifique de la place la plus emblématique de la capitale pour les "Indignés", les grèves générales et les manifestations de masse pour les centrales syndicales, très puissantes dans le pays, la violence pour les groupuscules anarchistes qui ont tenté (vainement) une entrée en force dans le Parlement, mercredi dernier.
Plus une journée qui passe sans que les rues d'Athènes soient envahies par des cortèges, mais certains sont plus inattendus et festifs que d'autres. Ce samedi, c'est le théâtre du Soleil qui a rallié Syntagma, bannières au vent et arborant une monumentale statue, allégorie de la Justice, attaquée par des corbeaux. "Nous sommes en tournée dans la région, alors on en profite pour apporter notre soutien aux Grecs", explique un membre de la troupe. Les "Indignés" ont apprécié le geste, même s'ils n'ont pu savourer toute la modernité de certaines formules imprimées sur les banderoles. Qu'elles soient d'Eschyle, de Victor Hugo ou, plus encore, de Benjamin Constant : "Que l'autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d'être heureux."

Soutenir Ankara contre Assad

A moins d'une heure de vol de l'UE, depuis quatre mois, un tyran fait la guerre à son peuple. Des centaines de civils sont arrêtés, torturés, violés, exécutés, bombardés par les troupes du président syrien Bachar el Assad. Et cela, dans le silence quasi absolu, si ce n'est l'indifférence, du reste du monde. L'Europe a bien imposé des sanctions — restrictions sur les déplacements des leaders syriens et sur les ventes d'armes et suspension des aides économiques pour l'essentiel — sans qu'elles soient suivies d'aucun effet. Quelques rares dirigeants, tels le britannique David Cameron, ont bien exigé du régime syrien qu'il cesse les violences, mais ils ont omis d'y ajouter des vraies menaces. Quant aux intellectuels, leur appel à l'UE "pour que cesse le massacre en Syrie", il n'a, pour l'heure, pas l'impact de la mobilisation que l'on a vu à l'oeuvre pour la Libye.

Pourtant, les conditions pour une intervention existent en Syrie bien plus qu'au moment où la question se posait pour la Libye : l'enjeu n'est même plus de protéger une population — comme à l'époque celle de la ville rebelle de Benghazi — contre la menace de l'utilisation de la force, ce qui avait suffi a convaincre l'ONU à donner son feu vert aux frappes contre la Libye. Ici, la force est utilisée depuis un moment.

Alors, pourquoi l'UE ne réagit-elle pas plus fermement ? Est-ce le manque d'images capables de susciter les émotions et l'indignation, les carburants de la réaction ? Peut-être. Et ce n'est pas un hasard si le pays qui exige avec le plus de fermeté — et de crédibilité — l'arrêt des violences et des réformes démocratiques est la Turquie. C'est en effet à la frontière turque que se massent les milliers de réfugiés syriens fuyant les combats et qu'ils livrent leurs témoignages. Des témoignages aussi rares que précieux, le régime de Damas ayant fermé tout accès au pays à la presse et aux observateurs indépendants.

Mais il y a aussi la conscience que nous ne disposons simplement pas des moyens de faire pression sur Assad pour qu'il mette un terme à la répression — de quitter le pouvoir, il n'en est même pas question : il n'y a pas de consensus diplomatique (Pékin et Moscou sont opposés à toute intervention), donc pas d'adoption possible de la part du Conseil de sécurité de l'ONU d'une quelconque résolution en ce sens. Et donc pas de scénario libyen en vue. La voie des sanctions économiques — l'UE est le premier partenaire commercial et le premier bailleur de fonds de la Syrie — a montré ses limites. Reste celle de la diplomatie. Si l'UE semble ne pas faire le poids seule, elle devrait soutenir avec davantage de conviction les initiatives d'Ankara, un allié incontournable dans une région où elle a du mal à trouver sa place.

Gian Paolo Accardo est un journaliste italo-néerlandais né à Bruxelles en 1969. Il a travaillé comme rédacteur à Internazionale et à Courrier international et comme correspondant pour l'agence de presse italienne ApCom. Il est rédacteur en chef adjoint de presseurop.eu. Il a un fil sur Twitter.

La France salue les réformes annoncées par le roi du Maroc

Le président français Nicolas Sarkozy a salué samedi 18 juin "les évolutions institutionnelles majeures annoncées" par le roi Mohammed VI au peuple marocain. "Le roi Mohammed VI propose aux Marocains d'adopter démocratiquement, par référendum, des réformes qui constitueront des avancées capitales" pour "les libertés publiques", "les droits individuels" ainsi que "le renforcement de l'Etat de droit ou la prise en compte de la diversité culturelle du Maroc", a fait savoir Nicolas Sarkozy dans un communiqué.
Vendredi soir, Mohammed VI a présenté un projet de réformes constitutionnelles qui renforceront le premier ministre tout en maintenant le statut religieux du monarque et son rôle de chef de l'Etat. "A travers cette démarche résolue et attentive aux aspirations de son peuple, le roi Mohammed VI montre la voie d'une transformation profonde, pacifique et moderne des institutions et de la société marocaines", relève le président de la République. "La France appuie pleinement cette démarche exemplaire", poursuit le communiqué.
UN DISCOURS "HISTORIQUE" POUR ALAIN JUPPÉ
Le ministre des affaires étrangères Alain Juppé a de son côté salué un discours "historique, visionnaire et courageux", au cours d'un point presse avec Guido Westerwelle. Ce dernier, venu participer dimanche à l'inauguration du salon international des vins et spiritueux Vinexpo, s'est félicité du fait que "le Maroc ait choisi la voie des réformes" et que les annonces faites en mars par le roi "soient immédiatement suivies des faits".
Le projet de réforme, très attendu depuis l'annonce de changements importants en mars, prévoit que le chef du gouvernement sera désormais désigné au sein du parti arrivé en tête aux élections et non plus choisi d'autorité par le roi. Le texte, qui sera soumi à référendum le 1er juillet, réffirme toutefois toutes les prérogatives du souverain, qui demeure "chef de l'Etat" et "commandeur des croyants".
Le roi conserve notamment la haute main sur l'armée, la politique étrangère, la nommination des magistrats, conserve la possibilité de dissoudre le Parlement et peut exiger une nouvelle lecture d'un texte. Généralement bien accueilli par la classe politique, ce projet a été rejeté par le mouvement de contestation marocain, qui a appelé à de nouvelles manifestations dimanche.



Le guêpier grec

Il faudra quand même en arriver un jour à parler vrai et à dire quatre vérités sur une crise qui menace l’ensemble des pays européens et qui va planer sur la campagne présidentielle française.

1) La Grèce n’aurait jamais dû entrer dans l’Europe au regard de sa situation réelle de l’époque : les gouvernements grecs successifs ont honteusement triché sur leurs comptes publics, les gouvernements européens, les banques, allemandes, françaises et autres ont été comp lices en faisant semblant de ne pas voir les mensonges : l’erreur majeure est hélas derrière nous.
2) Aujourd’hui que la Grèce est en état de banqueroute avec 350 milliards d’euros de dettes, les plans successifs pour éteindre l’incendie ne sont pas efficaces. Déjà l’Europe et le FMI ont mis en place un prêt de 110 milliards d’euros sur trois ans et on sait que ce prêt ne sera pas remboursé. A elle seule la part de la France représente un tiers de notre impôt sur le revenu ! Combien pour le 2e plan qui se prépare ?

3) Il n’y a en fait que deux solutions possibles dont la première serait d’abandonner la Grèce à son destin en l’excluant de la zone euro. Sachant que l’onde de choc serait considérable et que la porte serait ouverte à une désagrégation rapide de l’Europe actuelle et à la fin de l’euro.

4) La seule alternative à l’exclusion est l’assistanat, les pays européens s’engageant à prêter des sommes considérables à la Grèce pendant de longues années. Une sorte de plan Marshall européen qui impliquerait au minimum une mise de la Grèce sous tutelle renforcée avec un budget contrôlé. Le risque étant d’ouvrir un précédent à d’autres pays en difficulté : un, deux, trois et retour à l’Europe de 1950.

samedi 18 juin 2011

Les limites de la solidarité

Le plan de sauvetage de la Grèce est non seulement inutile, il est nuisible, car il met en danger l'Etat de droit et met l'Europe "vertueuse" à la merci d'une bande de voleurs doublés de maîtres chanteurs, écrit la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. 
 Il y a près d’un an, les responsables politiques européens ont créé un plan de sauvetage de l’euro qui a été depuis beaucoup sollicité. Plus de 110 milliards d’euros sont partis en crédit pour la Grèce. Vint ensuite le tour de l’Irlande et du Portugal. Et revoilà maintenant la Grèce.
Si les responsables politiques de l'UE sont ainsi passés outre la clause de non-solidarité du traité européen [selon laquelle : "l’Union ne répond pas des engagements des administrations centrales"], c’est qu’il s’agissait d’une situation d’urgence.
Il est en effet prévu que les Etats puissent apporter leur soutien attentionné à un partenaire frappé par une catastrophe naturelle. Le fait que la Grèce affiche un taux d’endettement de près de 150% de son PNB passe donc désormais pour une sorte de décret de la nature et non l’œuvre d’hommes et de responsables politiques.
De même, il existe des traités internationaux qui interdisent au FMI et à la BCE de mettre en place des plans de sauvetage d’une telle ampleur. L’achat par la BCE d’emprunts d’Etat sur le marché dit secondaire – c’est-à-dire auprès de banques de crédit – n’est qu’un tour de passe-passe. En réalité, la BCE devient ainsi le premier créancier de la Grèce, et en vérité une "bad bank."
Pour l’économiste Roland Vaubel, "jamais dans son histoire l'intégration européenne n'a connu une telle violation des traités." Au non-respect de principes d’Etat de droit s’ajoute une atteinte insidieuse, et non moins grave, à la démocratie.

La Grèce est devenue un serf de l'Europe

De fait, cela fait un an que la Grèce n’a plus d’autonomie politique. La liberté d’Athènes se limite à choisir lequel de ses ports – celui du Pirée ou celui de Thessalonique – vendre en premier. Le dilemme du gouvernement consiste à décider s’il préfère réduire les salaires des fonctionnaires de 10% et leurs pensions de retraite de 20% ou bien l’inverse. Le mieux étant naturellement de faire les deux. "Le Bundestag dicte sa loi à la Grèce", titraient récemment les journaux. A croire que le pays serait devenu un "protectorat" allemand (d’après le ministre allemand de l'économie Rainer Brüderle).
"Comme au Moyen Age, la Grèce a échangé sa liberté pour de l’argent et est devenue un serf de l’Europe", explique Vaubel. Ce pays où est née la démocratie, a vendu sa liberté à de prétendus sauveteurs endossant le rôle d’administrateurs d’insolvabilité. L'Union de la solidarité passe par une castration démocratique.
Du côté des donneurs, ces milliards de crédit à taux faible s’apparentent à des pots-de-vin. C’est le prix que l’UE doit payer pour épargner les banques françaises et allemandes.
Du côté des receveurs, les Grecs agissent comme des maîtres-chanteurs exigeant sans cesse des conditions de crédit plus favorables au prétexte de ne pas laisser s'écraser les banques des Etats créanciers. Les européens honnêtes sont devenus une bande de voleurs et de maîtres-chanteurs.
Cette forme de solidarité nuit au Parlement européen. Le 9 mai 2010, une action commando menée par des responsables de Bruxelles, à l’initiative de Nicolas Sarkozy et sur les conseils de Jean-Claude Trichet, a donné naissance au Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui restera à la postérité sous le nom de MES (Mécanisme européen de stabilité).
Le gouvernement ne cesse de placer les députés allemands au pied du mur et de leur extorquer leur consentement en brandissant la menace d’une crise sur des marchés anonymes ("Lehman, Lehman, Lehman"); crise qui provoquerait une catastrophe ("effet domino").

La solidarité sert les intérêts des banques privées

Qui dit perdant (la démocratie, l’Etat de droit, les citoyens), dit aussi gagnant. Ce sont les partisans de la centralisation, que Vaubel surnomme les  "euromantiques". L’écrivain Hans Magnus Enzensberger parle lui de "monstres" : curateurs de leurs citoyens, qui désavouent à coup d’arguments moraux tous ces individus chauvins et anti-européens qui mettent en garde contre le coût d’une union où les riches paient pour les pauvres.
Les intellectuels de gauche (de Jürgen Habermas à Joschka Fischer) volent au secours de l’élite politique des euromantiques en dénonçant une "re-nationalisation" de l’Europe, sans remarquer que leur pathos et leurs discours de solidarité servent les intérêts des capitaux financiers et des banques privées.
En réalité, au lieu de solidarité, il s’agit tant pour les intellectuels que pour les responsables politiques d’accroître leur influence au détriment des libertés civiles. L’idéologie centralisatrice va constamment à l’encontre de la concurrence, des contrôles démocratiques et de l’information des citoyens et s’abrite derrière un jargon incompréhensible d’acronymes (FESF, MES).
Le niveau de préoccupation qu’affiche l’ensemble des citoyens à l’égard d’un sujet traditionnellement aussi ennuyeux que l’Europe, nous montre bien qu’ils sentent que quelque chose est en train de se passer. Tant que la confiance ne sera pas revenue sur les marchés, notre seul espoir réside dans le tribunal constitutionnel suprême. Le 5 juillet, l’Europe sera à l’ordre du jour à Karlsruhe.


Grèce

Remaniement light

Remaniement light
"Le gouvernement est soulagé", écrit Ta Nea, au lendemain des tractations au sein de la majorité qui ont mené au remaniement de l'exécutif mené par le socialiste Georges Papandréou. Ce dernier a dû sacrifier son ministre de l'Economie Georges Papaconstantinou, identifié comme l'auteur du plan de rigueur contesté par les manifestants qui occupent depuis des semaines la place Syntagma, face au Parlement. Papandréou a nommé à sa place le ministre de la Défense Evangelos Venizelos, dont la photo fait la Une de Ta Nea à côté de celle du premier ministre. Quant à Papaconstantinou, il écope du ministère de l'Environnement.

Le nouveau gouvernement vise à apaiser la grogne sociale, selon la presse

Le nouveau gouvernement grec choisi par le Premier ministre, Georges Papandréou, vise à apaiser la grogne sociale et politique, ont estimé samedi plusieurs quotidiens grecs.
Vendredi, M. Papandréou a remanié son gouvernement en nommant un nouveau ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, son ancien rival au sein du Pasok (Parti socialiste), qui a remplacé Georges Papaconstantinou, un technocrate, artisan de l'aide financière internationale à la Grèce en 2010.
Selon Ta Néa (progouvernemental) "M. Papandréou a renversé le climat au sein de son parti". "Le nouveau gouvernement doit gérer la grogne sociale qui ne cesse d'augmenter et les pressions de l'étranger".
"Le pari du nouveau gouvernement est d'aller plus vite pour surmonter l'impasse économique", poursuit le quotidien.
Pour Kathimérini (libéral), "le gouvernement Papandréou-Vénizélos" constitue une réponse à "l'angoisse (régnant) sur l'adoption par le Parlement du projet de loi budgétaire de moyen terme (2012-2015)" d'ici fin juin. Ce projet est très contesté par l'opposition et les syndicats en raison des mesures d'austérité prévues.
"M. Papandréou a été contraint de sacrifier certains de ces proches collaborateurs" pour renouer les liens au sein de son parti, souligne le journal.
Kathimérini relève que "l'effort pour un consensus national avec l'opposition de droite doit continuer", alors que mercredi M. Papandréou et le dirigeant de la droite, Antonis Samaras n'ont pu se mettre d'accord sur la politique économique.
Mais pour Elefthéros Typos (droite), "le nouveau gouvernement est un gouvernement à court terme et le Premier ministre devrait prochainement avoir recours aux élections anticipées".
Elefthérotypia (gauche) doute que le nouveau gouvernement puisse convaincre la société.
"La question est (de savoir) si les nouveaux ministres peuvent changer la politique économique, comme l'exige la société", ce qui est peu probable: cette politique "est la condition pour que les créanciers du pays", l'Union européenne et le Fonds monétaire international, poursuivent l'aide à la Grèce, selon ce quotidien.

Vroum 

Les motards sont en colère mais ne manquent pas d’à-propos : ils manifestent aujourd’hui, la veille de la date anniversaire de la mort de Coluche, à moto en 1986 sur les routes de la Côte d’Azur. Sûr que ça l’aurait fait rire, Coluche, cette collision d’actualités. De même n’aurait-il fait qu’une bouchée des steak bio qui tuent (mais les victimes ? Tant pis). Avalé d’un trait la sécheresse qui épargne nos gosiers, pas nos sillons. Sauté d’une boutade la nageuse sud-africaine qu’épouse bientôt le Prince Albert (Bienvenue sur le Rocher aux putes, dit Coluche en arrivant sur RMC – viré le lendemain). Salué d’une saillie le gâtisme libidineux de Jacques Chirac… Et tant d’autres choses, qui nous auraient fait rire – ou nous auraient peut-être choqués. Car le rire n’est plus ce qu’il était, nous sommes devenus chatouilleux du respect. Il se serait bien ennuyé, Coluche, s’il avait vieilli avec nous…

La crise en question

Alors que Georges Papandreou procédait, hier, à un important remaniement de son gouvernement, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont affiché leur entente pour une solution rapide à la dette grecque, avec une participation volontaire des créanciers privés.
Quels besoins dans l'immédiat ?
L'urgence, pour la Grèce, est d'obtenir, d'ici à la fin du mois, le déblocage de la cinquième tranche du prêt initial de 110 milliards d'euros sur trois ans accordé au printemps 2010 par le FMI et la zone euro. Soit 12 milliards sans lesquels elle ne pourrait honorer ses remboursements de juillet. Mais la Grèce a aussi besoin d'un plan de sauvetage supplémentaire.

Pourquoi faut-il à nouveau sauver la Grèce ?
La révélation, fin 2009, du trucage de ses statistiques a fait apparaître que la Grèce avait accumulé des dettes colossales. L'aide du printemps 2010 devait lui éviter la faillite sans passer par les marchés. Mais ce scénario a échoué. Le déficit public de la Grèce baisse plus lentement qu'escompté, le pays est englué dans la récession et la défiance des investisseurs n'a fait que s'amplifier.

Qu'est-ce qui bloque dans les négociations ?
Le nouveau sauvetage devrait tourner autour de 100 milliards supplémentaires jusqu'en 2014 inclus. Mais la répartition reste à définir: une partie viendra des privatisations, une autre de nouveaux prêts du FMI et de l'UE, dont les modalités sont en discussion, et enfin des investisseurs privés (banques, assurances, fonds de pension...) qui ont prêté de l'argent à la Grèce. Il s'agit de «faire payer les banques», accusées d'avoir provoqué la crise.

Comment faire participer les créanciers privés ?
L'Allemagne a assuré, hier, que cela se ferait sur la base du volontariat. Les solutions sont possibles : - La restructuration pure et simple de la dette grecque. Les créanciers perdent une partie de l'argent prêté. Cette solution est écartée par les Européens. - Le rééchelonnement de la dette. C'est la solution préférée par Berlin. Les créanciers sont remboursés plus tard que prévu. - Le «rollover». Les créanciers s'engagent, s'ils le souhaitent, à racheter des obligations grecques lorsque celles qu'ils possèdent arrivent à échéance, c'est-à-dire qu'elles ne coupent pas les vivres à Athènes.

Quelle solution tient la corde pour éviter la contagion ?
La BCE ne veut pas de défaut de paiement, car cela ouvrirait la porte à un effondrement du système bancaire grec, avec des répercussions pour les banques allemandes et françaises. Surtout, la contagion de la crise, jusqu'ici endiguée, risquerait de reprendre, menaçant des pays comme l'Espagne ou l'Italie. Du coup, la seule option acceptable pour la BCE, Bruxelles et Paris est un «rollover». La Commission veut conclure un accord global d'ici le 11 juillet.

Ce que coûterait aux banques une faillite de la Grèce

L'abaissement de la qualité de crédit n'est pas suffisant pour contraindre les banques à provisionner une créance. Mais il sera de plus en plus difficile de déconnecter la notation de la notion de dépréciation si la dette grecque devait être placée dans la catégorie défaut.
"TSD ou Tout sauf le défaut !" La BCE persiste et signe en écartant toujours tout scénario qui s'apparenterait, de près ou de loin, à un défaut sur la dette grecque. Y compris la solution allemande qui propose aux banques, sur la base d'un "volontariat", d'allonger la maturité de la dette. Dans cette partie à plusieurs dizaines de milliards d'euros, la sémantique est d'importance et tout se joue sur les mots : rééchelonnement peut-être, restructuration non ! Les agences de notation ne partagent pas ces arguties technico-financières : un rééchelonnement (pas d'échange de dette) est considéré comme un événement de défaut au même titre qu'une restructuration (échange de titre avec un autre), ce qui implique une dégradation de la note en catégorie D (... comme défaut). Et pour éviter tout malentendu, Standard and Poor's a commencé à sonner le tocsin en plaçant la note à long terme grecque à CCC (avec perspective négative), trois crans à peine au-dessus de la catégorie D.
Un signal inquiétant pour les banques, à peine remises de la crise des "subprimes". Selon la BRI, les banques étrangères détiennent 145 milliards de dollars de créances publiques et privées sur la Grèce, détenues à 93% par des banques européennes. Mais, paradoxalement, le traitement comptable de cette exposition à risque est, pour l'instant, relativement indolore pour les banques. Il faut, comme toujours, distinguer le "trading book" du "banking book" (portefeuille de crédit). La comptabilité bancaire impose de valoriser tous les actifs du "trading book" à la valeur de marché "mark to market", soit pour la dette grecque, avec une décote moyenne de 45%.
Toutefois, la quasi-totalité de la dette souveraine détenue en direct par les banques est comptabilisée dans le "banking book". Les règles comptables sont alors moins strictes. Mieux, elles obligent les banques à provisionner une créance que lorsque le risque est "avéré" et ce, indépendamment de l'opinion des agences. Et, aujourd'hui, la position de place, en France et dans le monde, est de considérer que le risque sur la dette grecque n'est pas avéré ! Du coup, les banques n'ont aucune obligation, tout dépend de leur jugement et des dispositions fiscales des pays. Les banques peuvent donc soit valoriser les créances sur la Grèce au coût historique, soit constater une moins-value latente sur leur portefeuille, mais sans passer par le compte de résultat. La perte latente est alors imputée sur un compte de capital, sans dégrader le ratio de solvabilité, selon les règles de Bâle II.
Toutefois, les commissaires aux comptes ne sont pas très à l'aise avec cette position. En France, ils vont d'ailleurs provoquer une réunion avec l'AMF et la nouvelle Autorité de contrôle prudentiel (ACP) pour faire le point sur cette délicate question avant la clôture des comptes au 30 juin. Visiblement, les comptables ne veulent pas être pris en défaut en cas de détérioration brutale de la situation.
Mais si un abaissement de la note grecque n'est pas considéré comme un indicateur de risque avéré, il pèse néanmoins, plus ou moins en fonction des modèles internes des banques, sur la quantité de fonds propres allouée à ces créances. Une dégradation de note se traduit donc par une détérioration de la solvabilité. Un nouvel abaissement dans la catégorie D, même sans restructuration, rendra la position de place beaucoup plus difficile à défendre sur les provisions à passer. Même un rééchelonnement dont le coût ne serait pas facturé à l'emprunteur devrait se traduire par une perte comptable. Mais, comme toujours, les banques disposent d'un très large espace d'appréciation.
Reste les dérivés, dont le montant est loin d'être négligeable sur la dette grecque. La BRI l'estime à 60 milliards de dollars et cette fois-ci, ce sont les banques américaines les plus exposées (56%). Chacun connaît l'appétence des Américains à vendre des protections... Les dérivés de crédit, en particulier les CDS (protections vendues sur le risque de défaut), sont régis par les conventions standards de l'ISDA qui prévoient le "credit event" qui déclenche le paiement. L'opinion des agences de notation n'a donc que peu de poids, seul le contrat, souvent négocié de gré à gré, fait foi. Les CDS sont obligatoirement comptabilisés dans le "trading book" à valeur de marché mais les protections "achetées" peuvent être logées dans le "banking book". Ces dérivés peuvent générer des profits (position gagnante) sans que les pertes potentielles du sous-jacent soient pour autant comptabilisées. Et il y a toujours le risque que la contrepartie ne puisse honorer ses engagements, ce qui entraîne de facto réfaction du dérivé.
Les agences de notation communiquent donc sur leur vision de la qualité d'un crédit alors que le jugement des banques peut être différent. Une dégradation en note D est un signal très fort mais tout dépendra du jugement que la place financière, y compris les autorités prudentielles, portera sur cette décision.

L'euro rebondit, stimulé par l'entente européenne sur la Grèce

L'euro a rebondi vendredi face au dollar, revigoré par l'entente affichée par la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy sur la dette grecque.
Vers 18H00 GMT (20H00 à Paris), la monnaie unique européenne valait 1,4288 dollar contre 1,4209 dollar jeudi à 21H00 GMT.
L'euro était quasi stable face à la devise japonaise à 114,48 yens contre 114,61 yens la veille.
Le dollar baissait pour sa part face au yen à 80,13 yens contre 80,67 yens jeudi.
En légère baisse en début de journée, la monnaie unique est repartie en nette hausse après l'intervention des dirigeants allemand et français, réunis à Berlin.
M. Sarkozy et Mme Merkel sont convenus de chercher une solution rapide pour aider la Grèce à faire face à sa dette. Ils ont insisté sur la participation des créanciers privés à une nouvelle aide financière, sur une base volontaire, point sur lequel l'Allemagne s'était montrée moins claire jusqu'à présent.
Pour Nick Bennenbroek, de Wells Fargo, ces déclarations "semblent mettre fin à l'impasse entre la classe politique allemande et la banque centrale" européenne (BCE), qui s'opposait à l'idée d'une participation contrainte des créanciers privés. Une telle solution présentait le risque d'être considérée par les agences de notation comme une situation de défaut de paiment.
"Par conséquent, il est plus probable que la Grèce reçoive une nouvelle tranche de financement en juillet", a ajouté l'analyste. "En outre, un accord sur un plan d'aide avec le soutien de la BCE va permettre d'éviter le scénarion du pire: une chute non organisée du marché obligataire grec et du secteur bancaire", a-t-il poursuivi.
"Après une semaine de désarroi, le marché est rassuré par cette démonstration d'unité", a commenté de son côté Kathleen Brooks, analyste chez Forex.com.
"La situation est toujours risquée (...) mais pour le moment, l'euro reprend du terrain, porté par un regain d'optimisme sur le fait que la crise grecque ne s'étendra pas au Portugal, à l'Irlande ni à l'Espagne", a-t-elle ajouté.
Le marché des changes a été également rassuré de voir le Premier ministre grec, en difficulté dans son propre parti, former un nouveau gouvernement, avec l'entrée du ténor socialiste Evangélos Vénizélos au poste stratégique de ministre des Finances.
"Même si nous pensons qu'un nouveau plan d'aide à la Grèce va être annoncé, l'actualité reste porteuse de risque", ont prévenu les analystes de Brown Brothers Harriman.
Le prochain rendez-vous est fixé à dimanche: les ministres européens des Finances vont à Luxembourg pour "discuter" du contenu et des conditions du nouveau programme de soutien à Athènes.
Vers 18H00 GMT, la devise helvétique reculait face à la monnaie unique européenne, à 1,2116 franc suisse pour un euro, et se stabilisait face au billet vert, à 0,8480 franc suisse pour un dollar.
La livre britannique baissait face à l'euro à 88,41 pence, et était quasi inchangée face au billet vert à 1,6156 dollar.
La devise chinoise a terminé à 6,4757 yuans pour un dollar contre 6,4733 yuans la veille.