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| Photo Patrick Kovik |
mardi 29 avril 2014
Comment ferons-nous nos courses en 2025 ?
Magasins connectés et pluridisciplinaires, petites enseignes coincées entre deux quais de métros… Des membres du comité scientifique du grand projet d'Auchan, Europacity, nous ont donné des pistes pour imaginer notre façon de faire des emplettes dans dix ans.
«Avec l'utilisation massive d'Internet, nous vivons le même genre de période que lorsque nous avons découvert la voiture, le train, et l'électricité en même temps»: François Bellanger est directeur du «think tank» TransitCity et siège au comité scientifique d'Europacity, le projet pharaonique d'Auchan qui vise à bâtir une grande ville commerçante mêlant loisirs, culture et consommation. Selon lui, la façon de faire nos courses devrait énormément évoluer dans les prochaines années, en suivant notamment deux grands axes.
L'un consisterait à gagner du temps, grâce à la proximité (de multiples petites enseignes ouvriraient partout), au transit (avec ledrive-in et des magasins dans les gares ou les stations de métro) et enfin grâce aux achats sur Internet. L'autre axe consisterait, à l'inverse, à «valoriser l'expérience» de l'achat. François Bellanger prend ainsi l'exemple des stades de foot pleins à craquer, malgré l'offre abondante de chaines spécialisées qui retransmettent les matches: «il va simplement falloir de plus en plus justifier le déplacement», explique-t-il.
De la même façon que les commerces de proximité qui baissaient le store au déjeuner et après 19h ont subi l'exode de leurs clients, et notamment des femmes qui travaillent, vers les grandes enseignes et les hypermarchés, certains acteurs de la distribution devraient «disparaitre» s'ils ne se réinventent pas rapidement face à la concurrence du web. Un point sur lequel rebondit Stéphane Distinguin, président de FaberNovel et également consultant pour Europacity: «Il faut recréer la magie du commerce, des souks et des bazars», explique ce dernier.
L'interface des magasins devrait donc se modifier peu à peu. Première possibilité: celle de pousser, bientôt, nos caddies dans des rayons... hyper-connectés. «Que ce soit avec un smartphone, des Google Glass ou un système de bracelets connectés, on peut très bien imaginer de multiples capteurs et une intelligence ambiante qui permettraient aux centres commerciaux de se recentrer sur l'expérience du consommateur», détaille Stéphane Distinguin. Ainsi, à partir de profils «type» de clients, la grande surface pourrait s'adapter en fonction des différentes périodes de l'année ou même des heures de la journée. Un processus qui rappelle celui déployé à Disney World, à Orlando.
Deuxième point: le décloisonnement des univers. Alors que sur Internet, le consommateur peut passer de la mode au bricolage en une requête sur Google, François Bellanger insiste sur le fait que de nombreux magasins vont devoir s'évertuer à «offrir plus» à leur client. Stéphane Distinguin ne dit pas autre chose: «On ne peut pas imaginer un monde sans contact. Mais il va falloir ré-imaginer le monde physique en s'inspirant du web, notamment en ce qui concerne la porosité des univers» visités, assure-t-il. D'autant plus que jusqu'à présent, les dernières innovations (du drive-in à la commande sur Internet) détruisent toutes l'achat d'impulsion - les fameux chewing-gums aux caisses -, une manne pourtant fondamentale dans la distribution.
Enfin, chaque enseigne devrait chercher différents moyens de rajouter des «facteurs d'expérience» forts: espaces de vente temporaires, mixité sociale, cadres originaux… «La question à se poser est: que ne peut-on pas dématérialiser?», explique Stéphane Distinguin. Au point de transformer son magasin en parc d'attraction? Réponse de François Bellanger: «Vous savez, après tout, Disneyland n'est qu'un centre commercial qui ne dit pas son nom...».
Les astérisques perdus de Manuel Valls
Les astérisques perdus de Manuel Valls
Dans sa lettre aux députés avant le vote sous tension du programme de stabilité, Manuel Valls évoque un « moment de vérité ». Pour qu’il soit total, l’Opinion publie les astérisques oubliés de la missive du Premier ministre.
-« La confiance réciproque, c’est la condition de notre unité ». (*) : « Chers amis, je n’ignore pas que notre parti n’a cessé depuis Léon Blum d’être tiraillé entre deux gauches, l’orthodoxe et l’utopiste. En onze ans de synthèses acrobatiques à la tête du PS, François Hollande n’a pas su organiser notre « Bad Godesberg ». Nous sommes le dernier parti socialiste d’Europe réfractaire à la politique de l’offre. C’est ce lourd héritage que je gère aujourd’hui »
-« Le pouvoir d’achat, c’est la priorité aux plus modestes ». (**) « C’est d’abord la priorité à l’emploi. Mais il est plus aisé de redistribuer que de créer les conditions de l’emploi »
-« Que l’effort soit équitablement partagé. C’est la justice sociale ». (***) : « Sous couvert de justice, mon prédécesseur a organisé le plus grand rapt jamais vu sur les classes moyennes. On sait ce que nous a coûté le ras-le-bol fiscal… Cette année, nos compatriotes paieront 12 milliards de plus. Attention de ne pas rater avec le rabot ce que nous avons loupé avec les impôts »
- « Vous avez insisté sur la situation des fonctionnaires ». (****) : « Sarkozy en voulait moins, mieux rémunérés ; nous davantage – cas unique… au monde ? – moins bien payés. Soyons réalistes : nous préparons l’appauvrissement général de l’Etat »
- « Ce rendez-vous majeur nous oblige à nous dépasser ». (*****) : « Chers amis, prenons garde de ne pas être dépassés en défendant une idéologie du passé ».
Popularité : François Hollande au plus bas, Alain Juppé au plus haut
La popularité de François Hollande dégringole de sept points au mois d'avril, tombant à 21%, niveau le plus bas depuis son élection en mai 2012, alors que 52% ont une bonne opinion de Manuel Valls, selon le baromètre mensuel de BVA réalisé pour Orange, L'Express, la presse régionale et France Inter.
76% des Français estiment que "la politique menée par François Hollande et le gouvernement" n'est pas juste, 23% pensant le contraire et 1% ne se prononçant pas.
Pire encore, 86% trouvent que cette politique n'est pas efficace, 11% partageant l'opinion inverse et 3% étant sans opinion. Au classement des personnalités selon leur cote d'avenir, aucune personnalité de gauche ne figure dans les sept premiers. Avec 56% des personnes interrogées (+ 3) souhaitant qu'il exerce "davantage d'influence dans la vie politique française", Alain Juppé est très loin devant tous les autres. Il est suivi de François Bayrou (+ 3) et François Baroin (stable) avec 39% chacun.
Nicolas Sarkozy est en quatrième position (37%, sans changement). François Fillon est à 35%, Jean-François Copé à 16%. A gauche, Laurent Fabius (33%, +2) est huitième et premier des socialistes, devant Martine Aubry (32%, - 1).
Le maire de Bordeaux est le préféré de l'ensemble des Français comme candidat de l'UMP pour la présidentielle de 2017 (35%, contre 23% à Nicolas Sarkozy). Mais Nicolas Sarkozy reste le favori de 51% des sympathisants de l'UMP, bien qu'il perde 14 points et qu'Alain Juppé en gagne 9, à 31%.
Parmi les partis politiques, l'UDI est celui qui a la meilleure image (51% en ont une bonne opinion), devant le MoDem (48%) et l'UMP (39%). 29% seulement ont une bonne opinion du PS et de EELV.
S'agissant du Front national, ils ne sont que 23%. Enfin, la crédibilité de l'UMP se redresse légèrement. 40% (+ 1) pensent qu'elle ferait mieux que le gouvernement actuel, 19% seulement (-8) qu'elle ferait moins bien. Pour 39% (+ 6), elle ferait "ni mieux ni moins bien". Sondage réalisé les 24 et 25 avril auprès d'un échantillon de 987 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Méthode des quotas. Marge d'erreur variant entre 1,4 et 3,1 points.
Pire encore, 86% trouvent que cette politique n'est pas efficace, 11% partageant l'opinion inverse et 3% étant sans opinion. Au classement des personnalités selon leur cote d'avenir, aucune personnalité de gauche ne figure dans les sept premiers. Avec 56% des personnes interrogées (+ 3) souhaitant qu'il exerce "davantage d'influence dans la vie politique française", Alain Juppé est très loin devant tous les autres. Il est suivi de François Bayrou (+ 3) et François Baroin (stable) avec 39% chacun.
Nicolas Sarkozy est en quatrième position (37%, sans changement). François Fillon est à 35%, Jean-François Copé à 16%. A gauche, Laurent Fabius (33%, +2) est huitième et premier des socialistes, devant Martine Aubry (32%, - 1).
Le maire de Bordeaux est le préféré de l'ensemble des Français comme candidat de l'UMP pour la présidentielle de 2017 (35%, contre 23% à Nicolas Sarkozy). Mais Nicolas Sarkozy reste le favori de 51% des sympathisants de l'UMP, bien qu'il perde 14 points et qu'Alain Juppé en gagne 9, à 31%.
Parmi les partis politiques, l'UDI est celui qui a la meilleure image (51% en ont une bonne opinion), devant le MoDem (48%) et l'UMP (39%). 29% seulement ont une bonne opinion du PS et de EELV.
S'agissant du Front national, ils ne sont que 23%. Enfin, la crédibilité de l'UMP se redresse légèrement. 40% (+ 1) pensent qu'elle ferait mieux que le gouvernement actuel, 19% seulement (-8) qu'elle ferait moins bien. Pour 39% (+ 6), elle ferait "ni mieux ni moins bien". Sondage réalisé les 24 et 25 avril auprès d'un échantillon de 987 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Méthode des quotas. Marge d'erreur variant entre 1,4 et 3,1 points.
lundi 28 avril 2014
Alstom : la presse américaine moque l'interventionnisme français
Le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, s'implique dans l'offre de rachat de l'américain General Electric sur une division du français Alstom. Un «patriotisme économique» pas toujours bien compris outre-Atlantique.
«Un retour à la France de l'après-guerre», «de mauvais signaux envoyés aux investisseurs étrangers»… L'implication du gouvernement français dans le dossier Alstom n'a pas bonne presse outre-Atlantique. Dans un article du Wall Street Journalintitulé «La nouvelle proposition de Siemens sur Alstom perturbe l'offre de General Electric», la journaliste Stacy Meichtry qualifie l'implication d'Arnaud Montebourg de «dirigisme» - en français dans le texte.
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| Dr tofol |
Le célèbre quotidien des affaires explique que «jeudi, à son arrivée à Paris après un séjour aux États-Unis - où il s'apprêtait à conclure un accord avec General Electric pour lui céder la division énergie d'Alstom -, le PDG d'Alstom, Patrick Kron, a reçu un message urgent en provenance de Bercy. Arnaud Montebourg a sommé le dirigeant de 60 ans de se rendre immédiatement au ministère pour lui expliquer pourquoi Alstom avait engagé des négociations sans le tenir informé». Le ministre de l'Économie aurait indiqué au patron qu'«aucun grand accord ne peut se produire sans son accord», ajoute le quotidien.
Des manœuvres qui étonnent le Wall Street Journal. Le quotidien écrit que «malgré les efforts du président Hollande pour ranimer l'économie anémiée de la France avec des baisses de taxes et d'autres mesures favorables aux entreprises, un des membres de son gouvernement reste fermement ancré dans un dirigisme (en français dans le texte), c'est-à-dire un contrôle étatique de l'économie qui caractérisait la France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale». Le célèbre journal économique explique que «l'interventionnisme d'Arnaud Montebourg est motivé par l'idée selon laquelle un gouvernement a le devoir d'interférer dans les affaires des entreprises - même si l'État n'est pas présent au capital de ces dernières - lorsque des emplois sont en jeu».
Une stratégie mal comprise outre-Atlantique. De fait, «à l'heure où les pays déroulent le tapis rouge aux entreprises pour attirer les entreprises les plus innovantes sur leurs côtes, la France se demande encore comment repousser les prétendants étrangers», écrit le Wall Street Journal. Le quotidien fait ainsi implicitement référence à la déclaration du premier ministre britannique. Peu après l'élection de François Hollande, David Cameron s'était en effet dit prêt à «dérouler le tapis rouge» aux entreprises françaises qui fuiraient l'Hexagone pour la Grande-Bretagne en raison de l'augmentation des impôts voulue par François Hollande.
Le Wall Street Journal rappelle en outre la tentative avortée de Yahoo! pour mettre la main sur Dailymotion. «M. Montebourg a fait échouer les négociations, châtiant ainsi le géant américain du Web», écrit le quotidien… Des faits qui «envoient de mauvais signaux aux investisseurs, qui se découragent», affirme Philippe Aghion, professeur d'économie à Harvard, interrogé par le quotidien.
Une opinion partagée par le média financier CNBC, pour qui la France est coutumière du fait. «Les différents gouvernements français ont tous tenté de bloquer des offres de reprises en provenance d'étrangers, en prétextant qu'il s'agissait de groupes stratégiques pour le pays.»
De son côté, Forbes écrit que «la France est notoirement connue pour être un pays retors envers les acheteurs étrangers». Le magazine rappelle en outre que General Electric avait déjà voulu mettre la main sur une division du géant du nucléaire français Areva en 2010, en vain. Une réorganisation nationale avait eu les faveurs de l'État, souligne le journal, avec une partie du pôle convoité rachetée par Alstom et l'autre par Schneider Electric. Dans son empressement, le très sérieux quotidien a toutefois revu et corrigé le patronyme du ministre incriminé: Arnaud Montebourg devient Arnaud Mounteborg! Le nom du ministre est cité pas moins de quatre fois et, à chaque fois, il est rigoureusement mal orthographié…
Une précipitation qui fait également oublier à la presse américaine que l'État fédéral n'est pas toujours extérieur au monde des affaires. La polémique qui avait entouré l'attribution du contrat des ravitailleurs à Boeing au détriment d'Airbus démontre que la politique peut parfois faire bon ménage avec le milieu des affaires aussi aux États-Unis…
Alstom : Jean-Pierre Chevènement vante l'action de Nicolas Sarkozy
L'ancien ministre, qui ne veut pas qu'Alstom passe sous pavillon étranger, rappelle les mesures prises en 2004 par Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances, pour éviter le rachat de l'entreprise par Siemens.
Une action aujourd'hui défendue par la droite mais aussi par Jean-Pierre Chevènement. «Il serait dommage, alors que Monsieur Chirac et Sarkozy ont sauvé Alstom, il faut le dire - à l'époque Alstom était en beaucoup plus mauvaise situation qu'aujourd'hui - que François Hollande ne réédite pas cette action», a-t-il dit, interrogé lundi par Public Sénat.
Le bras de fer économique autour de l'avenir de la branche énergie d'Alstom se transforme en joute politique. Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, ne veut pas que l'entreprise du CAC40 passe sous pavillon américain. Ce n'est pas la première fois qu'Alstom se retrouve au centre du débat politique. En 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances de Jacques Chirac, s'était vanté du sauvetage de l'entreprise qui rencontrait déjà des difficultés: l'État avait alors provisoirement acquis 21.4% du capital pour éviter la mainmise de Siemens.
Une action aujourd'hui défendue par la droite mais aussi par Jean-Pierre Chevènement. «Il serait dommage, alors que Monsieur Chirac et Sarkozy ont sauvé Alstom, il faut le dire - à l'époque Alstom était en beaucoup plus mauvaise situation qu'aujourd'hui - que François Hollande ne réédite pas cette action», a-t-il dit, interrogé lundi par Public Sénat.
L'ancien ministre de François Mitterrand a écrit une lettre à Manuel Valls «pour lui dire qu'il (lui) paraissait hors de question que le capital d'Alstom passe sous pavillon étranger.» «Que ce soit General Electric ou Siemens», explique celui dont un important site de l'entreprise est implanté dans sa circonscription.
«Je pense que pour François Hollande, c'est un défi, mais qui implique qu'il maîtrise intellectuellement toutes les données de ce dossier complexe», affirme le sénateur du Territoire de Belfort.
La droite pour une participation de l'État
À droite aussi, l'idée d'une nouvelle participation de l'Etat dans le capital d'Alstom refait surface, même si elle n'est pas partagée par tous. «En 2004, Nicolas Sarkozy avait empêché le démantèlement! Le gouvernement PS doit faire pareil ou alors protéger Alstom en entrant dans son capital», a écrit sur Twitter l'ancien ministre de l'Industrie, Christian Estrosi.
«Je crois nécessaire que l'État prenne une participation minoritaire dans le capital de cette entreprise, afin de garantir que cette entreprise historique demeure contrôlée par des acteurs économiques français», écrit, dans un communiqué, le députéJean-Frédéric Poisson, par ailleurs président du Parti chrétien-démocrate.
Chevènement : «Sarkozy a sauvé Alstom, il... par publicsenat
Aggiornamento
Aggiornamento
Et si l'on cherchait à tirer quelques leçons temporelles, à usage hexagonal, de la double canonisation de ce dimanche à Rome ? Ne pourrait-on, pour une fois, que l'on soit croyant ou non, éviter de dénigrer l'événement par de stériles « papotages » ? Parce qu'évidemment, l'abondante médiatisation de cette « très grand-messe » a déclenché, chez nous, l'habituel flot de protestations des défenseurs d'une stricte laïcité. Comme si la présence de notre Premier ministre Manuel Valls, au milieu d'une bonne dizaine de chefs d'État et de plus d'une vingtaine de chefs de gouvernement, constituait une offense à nos principes républicains.
Comme si notre pays devait, plus que d'autres, renier ses racines chrétiennes et se soustraire à une obligation protocolaire. Comme si Manuel Valls s'était rendu à Canossa plutôt qu'à Rome. Comme si la retransmission de la cérémonie sur la télé publique constituait une atteinte à la morale laïque. Allons donc ! Il n'est pas question ici d'une revanche des calotins et d'un bourrage de crânes, mais de tolérance.
C'est pourquoi il faut symétriquement condamner avec véhémence les quelques manifestations d'hostilité réservées hier à Manuel Valls à son arrivée place Farnese. Sans doute le Premier ministre a-t-il payé pour la sévérité indistincte dont il fit preuve, comme ministre de l'Intérieur, à l'égard de la « Manif pour tous ». Sans parler de la désinvolture avec laquelle l'exécutif traita les représentants religieux et associatifs lors du débat sur le mariage homosexuel.
Sauf que sur ces sujets sociétaux, le chef de l'État et le Premier ministre ont, comme sur les dogmes économiques, fait leur « aggiornamento ». Ils ont compris que la déchristianisation du pays ne signifiait pas pour autant le rejet de valeurs de référence et l'adhésion sans réserve aux réformes sociétales. Le message a été reçu. Hier, Manuel Valls a plaidé pour un « dialogue plus ouvert et apaisé » avec les catholiques. Au PS et chez ceux qui confondaient laïcité et anticléricalisme, ce discours pourrait ouvrir de nouvelles querelles de chapelles.
Repenser la Révolution française
Repenser la Révolution française
Si je parle aujourd’hui de la Révolution, c’est au simple hasard de mes lectures: hier soir, n-ième relecture de la Révolution française de François Furet et Denis Richet (Hachette, 1965). Bien sûr, la Révolution a fait naître la Nation moderne et démocratique: la fin des privilèges, l’égalité devant l’impôt, les droits de l’homme, l’égalité des droits à la naissance, les libertés publiques et privées. Pourtant, si la France était capable de faire la lumière sur son histoire, son passé, il faudrait aussi s’intéresser aux aspects les plus obscurs de la Révolution, y compris sa responsabilité dans la mesquinerie que nous voyons aujourd’hui à l’oeuvre au quotidien. J’ai par exemple trouvé cet intéressant passage dans l’ouvrage mentionné ci-dessus: "La délation, jugée infamante sous l’ancien Régime, devient une vertu et un devoir parce qu’on est en république. Surtout, la guillotine exalte l’imagination. Beaucoup de ces petits bourgeois qui, dans leur vie privée, se montrent d’un tempérament doux et calme, se sentent vibrer devant l’échafaud" (collection pluriel, page 212). Je m’étais souvent interrogé sur les origines de certains comportements sans doute plus marqués en France qu’ailleurs: la calomnie, la diffamation, la petitesse jalouse, la haine de la réussite, la banalisation des lynchages médiatiques, la délation, inséparable de l’histoire de France contemporaine, notamment dans ses périodes les plus sombres. Le mystère est donc à moitié levé… En finir une fois pour toute avec l’opposition révolution/contre-révolution et simplement, tenter de regarder la vérité en face, sans dogme, ni tabou, ni passion. En sommes nous seulement capables?
Hollande-Jospin, même combat perdu !
LCP rediffuse le documentaire tourné pendant la campagne présidentielle de Lionel Jospin en 2002. Quand le passé éclaire le présent. Accablant !
François Hollande pris à partie et interpellé à Carmaux c'est un peu comme si Nicolas Sarkozy avait été sifflé à Auteuil ou comme siJosé Bové avait reçu des tomates (celles de Guy Mollet !) sur le plateau du Larzac. Cela est - presque - inimaginable et plonge les experts en sciences politiques dans un abîme de perplexité. Comment un leader politique peut-il être à ce point rejeté par le saint des saints de son électorat ? Depuis le début de la semaine, les téléspectateurs de La Chaîne parlementaire disposent d'une partie de la réponse à cette question sur laquelle le quinquennat deFrançois Hollande est en train de se fracasser...
Le documentaire s'appelle Comme un coup de tonnerre. Il est réalisé par Jérôme Caza, auteur du mythique Les Yeux dans les bleus qui retraçait en 1998 l'épopée de l'équipe de France championne du monde de football. En 2002 il a refait quasiment la même chose en filmant le staff de Lionel Jospin pendant la campagne présidentielle. C'est passionnant et pathétique. Autour du candidat Premier ministre se succèdent Jean Glavany, le directeur de campagne, Laurent Fabius, Pierre Moscovici, Claude Bartolone, Jean-Christophe Cambadélis et même Aquilino Morelle ! Mais aussi Stéphane le Foll, François Rebsamen, Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal, François Hollande, alors premier secrétaire du Parti socialiste, ou Ramzi Khiroun. Personne ne parle politique, programme ou préoccupations du peuple, on n'évoque qu'"éléments de langage", image du candidat, sondages, dans le meilleur des cas stratégie de campagne. Pas une idée brillante, pas une analyse pertinente n'émergent de cette plongée de quarante-cinq minutes dans les entrailles du socialisme.
Personne ne voit venir l'iceberg
Quarante-six jours avant le premier tour, tous les participants plastronnent et se voient déjà sous les dorures des ministères. Lorsque quelques leaders tentent de dessiller les optimistes, on les regarde gêné. Pierre Mauroy puis Henri Emmanuelli déplorent que l'on ne parle ni des ouvriers ni des employés ? Silence de mort... Georges Frêche juge le programme trop compliqué et aimerait qu'on en fasse un résumé qui tiendrait sur une page ? On ne se cache même pas pour se moquer de l'histrion Septimanie, Hollande en tête. À moins de deux semaines du jour J, Gérard Le Gall, le monsieur sondages du PS qui jusqu'ici jurait ses grands dieux que Lionel obtiendrait entre 20 et 23 % au premier tour - il obtiendra finalement 16,5 % -, découvre que les courbes se sont dangereusement rapprochées. "Compte tenu de la marge d'erreur Le Pen à 14 % et Lionel à 16,5 %, c'est pareil, finit-il par lâcher." Immédiatement, Jean-Marc Ayrault le rabroue en expliquant qu'utiliser ce raisonnement est "un argument de perdant". Personne ne croit à cette hypothèse. Bref, personne ne comprend rien. Le Titanic a touché l'iceberg, les voies d'eau sont béantes, le paquebot est en train de se coucher, mais l'équipage croit encore dur comme fer que le voyage va bien se passer et se gausse de ceux qui voient clair... Quant au capitaine - Lionel Jospin -, il reste jusqu'au bout sourd et aveugle aux signaux de l'opinion tant il est confit dans ses certitudes.
Les classes moyennes oubliées
Douze ans plus tard, c'est à peu de choses près la même équipe que l'on retrouve autour de François Hollande. Les mêmes mots prononcés causent les mêmes maux. La déconnexion de cette élite-là avec le réel s'est encore accentuée. Les classes moyennes, grandes oubliées en 2002, sont désormais martyrisées. La fondation Terra Nova et François Hollande lui-même ont théorisé que perdre l'électorat ouvrier était non seulement pas grave mais peut-être souhaitable ! Ceux qui ne comprenaient pas la France d'il y a 12 ans sont encore plus largués aujourd'hui. L'amateurisme distrayant et excusable des années 2000 s'est transformé en une dangereuse incompétence. Le maître mot de l'époque consistait à pilonner Jacques Chirac à moquer son âge, à insister sur les affaires et ses promesses non tenues. Sur le fond, rien n'émergeait. Les acteurs ne croyaient pas à leur texte. Ils avaient simplement hâte de devenir metteur en scène. Ils y sont parvenus deux élections présidentielles plus tard en utilisant les mêmes ficelles, c'est-à-dire en pariant sur l'impopularité et les erreurs de l'adversaire sans jamais convaincre sur les idées, le programme, le courage, les réformes, la maîtrise des dossiers, la compétence. Mais pour quelle fin ?
Hollande sur le fil du rasoir
Hollande sur le fil du rasoir
Comme l'écrit -et le craint- Jacques Attali, la France, plus "société bloquée" que jamais, n'est pas à l'abri demain d'une "crise de régime". L'horizon, effectivement, est sombre, sinon noir.
Il n'empêche: une autre décodage est possible. Peut-être vivons-nous -laborieusement, douloureusement, par étapes- l'accouchement d'une "nouvelle société".
Non pas: no future. Mais: un autre futur.
Il y a en France des forces vives, très vives même. Il y a une aspiration non pas libertaire (cela, c'était en 68), mais vers plus de libertés. Individuelles, sociétales, économiques. Vers plus d'autonomie, plus d'oxygène, plus de responsabilité, plus de prise de risques, plus de décentralisation et, sous drapeau tricolore, plus d'Europe.
Il y a la nécessité d'un Etat régalien digne de ce nom, respecté et assurant -façon troisième millénaire- les solidarités qui ont contribué à l'unité du pays depuis la Libération. Mais il y en a assez, entend-on à gauche comme à droite, d'un Etat omnipotent, obèse, paralysant, démesuré. Bref étouffant.
Ce qui se joue ces temps-ci à gauche, c'est de savoir si les forces dites "modernistes" vont ou non prendre le pas sur les forces conservatrices.
Si elles y parviennent, la gauche aura réussi au forceps une mutation historique. En admettant enfin que l'entreprise est un atout, pas un handicap. Et l'Europe un destin, pas un obstacle. Ce serait la revanche de Mendès-France et de Rocard sur Marx et Guy Mollet.
Si elles n'y parviennent pas, la balle reviendra alors, plus vite que prévu, dans le camp de la droite. Et pour longtemps. Avec les responsabilités qui, alors, lui incomberaient.
Pour l'heure, tout tangue.
En finir avec ce patriotisme économique de pacotille
En finir avec ce patriotisme économique de pacotille
Dors tranquille, peuple de France, Arnaud Montebourg exerce sa « vigilance patriotique » ! Après Mittal, PSA et Lafarge, voici le ministre redresseur de torts engagé dans un nouveau combat - Alstom. On connaît son arsenal : hymne aux fleurons industriels et ode à la souveraineté nationale, menaces incantatoires et convocations dilatoires, promesses de solutions alternatives ou de contreparties défensives. On connaît aussi ses résultats : beaucoup de bruit pour rien.
A lui seul, le soldat Montebourg résume l’impossible synthèse de la gauche : prêt à sauver la veuve, mais pas l’orphelin ; à secourir nos « symboles » plutôt que nos entrepreneurs ; à étouffer l’offre pour mieux couver la demande. Or comment ignorer que pression fiscale et coût du travail excessifs ont laminé les marges, donc la recherche et l’innovation, donc la compétitivité, l’emploi et les profits pour grandir ? C’est cet écosystème mortifère qu’il faut réformer pour éviter aux PDG une alternative fatale : péricliter ou se vendre.
Défendons nos entreprises, c’est légitime ! Encore faut-il leur donner des munitions. Et loin du patriotisme de pacotille, avoir le courage d’affronter certaines vérités : une stratégie étatique caduque ; un capitalisme sans capital, dangereux dans une économie globalisée ; un appel à construire des champions européens illusoire avec un couple franco-allemand si déséquilibré...
Puisque François Mitterrand reste pour lui une référence, que le chef de l’Etat relise la Lettre à tous les Français. L’économie mondiale y est décrite comme un champ de bataille « où les entreprises se livrent une guerre sans merci. On n’y fait pas de prisonnier. Qui tombe meurt ». Nous y sommes.
dimanche 27 avril 2014
Deux tiers d’abstentionnistes ?
Deux tiers d’abstentionnistes ?
Un spectre hante d'ores et déjà les européennes du 25 mai prochain : celui de l'abstention. Depuis 1979, année de la première élection du Parlement européen au suffrage universel, le nombre des abstentionnistes n'a cessé de croître en France lors de ce scrutin (à l'exception d'un petit sursaut en 1994). En 2009, 59,5 % des électeurs inscrits ne s'étaient pas déplacés.
Tous les observateurs s'attendent à ce que le seuil des 60 % soit allègrement franchi cette fois-ci. Certains se demandent même si on ne pourrait pas frôler les deux tiers d'abstentionnistes (66 %), soit un niveau symbolique qui pourrait conduire à s'interroger sur la légitimité même des élus…
Les causes du phénomène, on le sait, sont à chercher principalement dans la déception qu'éprouvent les Français vis-à-vis de l'Union européenne. Depuis quarante ans, tous les gouvernants leur ont affirmé que la clé de l'avenir et du progrès communs, la seule réponse qui vaille face aux défis de la mondialisation, c'était l'horizon d''une Europe solidaire et protectrice. Pour l'heure, les Français « d'en bas » font surtout le constat que l'horizon, c'est ce qui s'éloigne à mesure que l'on croit s'en rapprocher…
Ce désappointement est parfois devenu une hostilité en bonne et due forme, conduisant au vote eurosceptique. Et certains politologues d'expliquer aujourd'hui que les eurosceptiques et eurocritiques – le Front national en premier lieu, mais aussi le Front de gauche – ont de fortes réserves de voix potentielles pour le 25 mai parmi les abstentionnistes…
Les masques tombent…
Les masques tombent…
Mes derniers billets doivent donner l’image d’un pauvre type grincheux, triste, solitaire, aigri… Tant pis, même si ce n’est qu’à moitié vrai. Je circule beaucoup pour mon travail, ne cesse de discuter et de réfléchir. Dans un hôtel de province, je vois un tout jeune qui fait le service tard dans la soirée et semble bien être le premier debout le matin. Sur sa veste, il porte une étiquette STAGIAIRE. Je lui demande: "Vous êtes payé pour ça, j’espère…" " Non, me répond-il, pas un centime, c’est un stage de deux mois… Que voulez-vous que je fasse, y a pas de boulot, nulle part…" Quand j’entends les autres cinglés oser nous annoncer sur un ton triomphal que "la situation de l’emploi se stabilise", j’ai franchement honte pour eux. Mais les masques commencent à tomber. La "gauche morale" dite socialiste, donneuse de belles leçons généreuses, personnifie désormais aux yeux des Français dans leur ensemble l’égoïsme et le cynisme. Après son triomphe annoncé aux Européennes, concocté de longue date par le monde médiatique avec un soin névrotique, l’illusion FN ne tardera pas non plus à se dissiper, vaste et flagrante imposture médiatique, destinée depuis si longtemps à diaboliser et à bannir les grands sujets de fond. Je l’espère simplement parce que je crois au bon sens des Français, à leur lucidité. A l’UMP, verrouillée et paralysée depuis des lustres par la soumission lamentable de ses dirigeants au "politiquement correct", le sol tremble, les murs vacillent et la révolte gronde. Nous sentons bien, les uns et les autres, le frémissement annonciateur de la grande explosion du système politique sans laquelle aucune reconstruction n’est envisageable.
samedi 26 avril 2014
Villers-Cotterêts : « une œuvre de culpabilisation »
Villers-Cotterêts : « une œuvre de culpabilisation »
Villers-Cotterêts, ville de naissance d’Alexandre Dumas père qui avait, on le sait, des origines antillaises est depuis 2007 le rendez-vous annuel des responsables politiques bien-pensants qui viennent y commémorer l’abolition de l’esclavage. Fidèle à ses valeurs et à ses engagements, le nouveau maire FN de la ville, Franck Briffaut, refuse de s’y associer (voir Présent d’hier) et la population soutient son maire. Nous avons posé trois questions à ce militant exemplaire de 56 ans, nullement effrayé par cette polémique des professionnels de la bonne conscience. – C.R.
— Vous n’organiserez pas de commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai comme cela se faisait depuis 2007, car vous dénoncez une « autoculpabilisation permanente ». Pouvez-vous nous en dire deux mots ?
— Depuis plusieurs années, nous sentons que ce mouvement commémoratif glisse entre les mains de ceux qui participent à cette œuvre de culpabilisation de l’histoire de notre pays. Nous, Français, devons porter seuls le fardeau de ce qui s’est passé sur tous les continents. J’appartiens à un mouvement politique qui s’inscrit dans un combat luttant contre les formes d’esclavage contemporaines, à savoir le mondialisme qui permet d’importer sans scrupule, de certains pays, des produits réalisés par des enfants de 12 ans. Ces bonnes âmes ne s’en émeuvent pas particulièrement. Les œuvres d’autoflagellation participent à la volonté de se donner bonne conscience afin de détourner l’attention des problèmes contemporains que la classe politique dirigeante n’est pas capable de résoudre. Une démarche sincère serait de s’attaquer aux problèmes d’aujourd’hui. La volonté du pouvoir en place n’est pas innocente, c’est pourquoi je ne m’y associerai pas davantage que je ne m’y suis joins depuis 2007. Je suis conseiller municipal de l’opposition depuis 1995 et je ne vois pas pourquoi, en tant que maire, je changerais d’avis. J’assume totalement cette prise de position qui vise seulement à lutter contre cette culpabilisation permanente d’autoflagellation.
— « Personne ne sera inquiété de quelque manière que ce soit s’il veut l’organiser à Villers-Cotterêts », avez-vous ajouté, cependant les commentaires se déchaînent contre vous. Que répondre à ces tartuffes de la démocratie qui vont contre la volonté du peuple de France ?
— Justement, la seule volonté qui m’importe est celle qui s’est imposée dans les urnes. D’autant que les électeurs se sont prononcés en connaissance de cause, car à Villers-Cotterêts j’exprime les mêmes positions depuis 1995 et elles ne sont pas étrangères au score que nous avons obtenu. J’ai ici la réputation d’un homme droit dans ses bottes et, quelle que soit l’adversité, je maintiendrai des positions pour lesquelles j’ai été élu (41,53 % des voix). Il en va de l’honnêteté des engagements que j’ai pris à l’égard du corps électoral.
— Le ministre de la culture, Aurélie Filippetti, s’inquiète pour le devenir de la culture dans les villes gérées par le Front national. Quelle réponse lui faites-vous ?
— Madame Filippetti ferait mieux de prêter attention aux sujets qui accablent nos compatriotes plutôt que de faire semblant de s’insurger quand il n’y a pas lieu de l’être. Nos responsables politiques sont animés d’un mouvement « brownien », plus un organisme est petit, plus il s’active pour donner l’impression qu’il occupe beaucoup de place. Les mouvements du personnel politique sont inversement proportionnels à leur efficacité. « Ils » vont nous pister pour éviter de se consacrer à l’ensemble des dérives des 36 000 communes de France. Il ne faut pas s’en étonner, c’est un symptôme de l’inefficacité de la classe politique française !
La revanche des provinces
La revanche des provinces
Elles se sont fondues dans le royaume et dans la “grande nation”, puis transformées en régions dont le nombre pourrait être divisé par deux.
La province, le mot qui puise son origine à la même source gallo-romaine que la France, est peut-être l’un des plus beaux de la langue française. Pascal et Balzac, l’un avec sesProvinciales, l’autre avec ses Scènes de la vie de province l’ont à jamais attaché, non plus seulement à notre histoire, mais à notre littérature et, il faut bien le dire, à ce qu’il est aujourd’hui interdit d’appeler notre génie national. La province, c’est tout à la fois une certaine poésie, des préjugés mais aussi une multitude d’arts de vivre et surtout de mystérieuses frontières intérieures dessinées par les siècles.
Longtemps, nos provinces furent frondeuses et c’est avec beaucoup de mauvaise grâce qu’elles acceptèrent peu à peu de se fondre dans le royaume puis dans la “grande nation”. On se souvient de la puissance des ducs de Normandie, de l’âpre résistance du Languedoc à la croisade franque, des velléités sécessionnistes de l’Aquitaine pendant la guerre de Cent Ans, de la défense acharnée de ses privilèges par une Bretagne quasi indépendante ou encore de la révolte vendéenne. Aussi patients que brutaux, les Capétiens vinrent à bout de tous ces séparatismes et la Révolution acheva le travail en rayant d’un trait de plume les “anciennes” provinces pour les remplacer par le morcellement inoffensif et aujourd’hui bien encombrant de la départementalisation.
Pourtant, au moment même où notre vieux pays absolutiste et jacobin décidait — voici près d’un demi-siècle — de se décentraliser, les provinces longtemps niées par la géographie républicaine décidèrent, alors qu’elles pouvaient renaître, de se transformer en régions. Le mot est affreux, mais son petit côté technocratique rassurait Paris et enchantait les nouveaux édiles, heureux de pouvoir faire dessiner des “logos” absurdes à prix d’or et construire des palais de région tous plus prétentieux les uns que les autres.
Il y a quelques jours, à l’occasion de son discours de politique générale, le nouveau premier ministre annonçait, devant une Assemblée restée bouche bée, la suppression de la moitié des régions françaises à l’horizon 2017. Sans se poser la question de savoir ce qu’allaient devenir tous ces beaux palais de région et les innombrables fonctionnaires territoriaux qui les peuplent, la question de la nouvelle carte régionale a immédiatement agité le landerneau. Comment redessiner la France ?
La solution est pourtant toute trouvée, il suffit de reprendre grosso modo en les simplifiant un peu les limites de juridiction des anciens parlements de province pour se faire une idée à peu près juste de la géographie administrative de demain.
Ironie du sort ou de l’Histoire, celui qui en appelait depuis la tribune de l’Assemblée nationale à la France de Valmy aura amorcé la résurrection de celle de Louis XIV…
Ils démolissent la République
Ils démolissent la République
Elle est loin, très loin, la fameuse République exemplaire déclamée par François Hollande. Elle a été vite balayée par celle des copains et des coquins.
Un an après le scandale provoqué par l’affaire du compte suisse de Jérôme Cahuzac, alors ministre du Budget, voici le quinquennat exemplaire de François Hollande à nouveau entaché par l’affaire de son conseiller politique, Aquilino Morelle. Ce dernier n’a pas seulement reçu de l’argent d’industriels alors qu’il travaillait pour la santé publique, mais il a menti en assurant, pour sa défense, avoir alors obtenu l’autorisation de sa tutelle. Ancien directeur de campagne d’Arnaud Montebourg lors de la primaire socialiste, ancien rédacteur des discours de Lionel Jospin, cet énarque-médecin au profil atypique a oublié qu’il devait tout à la République dont il est un pur produit. Au lieu de mettre son talent à servir la France, il a mis beaucoup de soin à se servir, occupant à l’Élysée l’ancien bureau de Valéry Giscard d’Estaing, se faisant cirer ses chaussures dans un salon privé de l’hôtel de Marigny et utilisant à loisir les véhicules du Palais pour voiturer ses enfants ici ou là.
Mais le plus curieux dans cette affaire est sa ressemblance avec celle qui a entraîné la démission de Jérôme Cahuzac. L’ancien ministre du Budget, qui avait fraudé le fisc pendant des années à travers des montages complexes, de même que son ex-épouse, s’était attelé, à peine arrivé à Bercy, à un grand plan de lutte contre la fraude fiscale. Tel un pyromane qui se veut un pompier exemplaire, il a réussi à tromper son monde, ses plus proches et même son avocat. Aquilino Morelle a agi de la même manière. Après avoir travaillé, en contravention complète avec son statut d’inspecteur général des affaires sociales, pour deux laboratoires pharmaceutiques moyennant de coquets honoraires, il a été chargé par Xavier Bertrand, alors ministre de Nicolas Sarkozy, de s’occuper du scandale du Mediator. Interrogé sur cet épisode pendant la campagne présidentielle de François Hollande, pour savoir si la lutte contre les dysfonctionnements du système sanitaire avait progressé, il a répondu : « Oui, et c’était strictement indispensable, notamment en ce qui concerne la lutte contre les conflits d’intérêts qui font que des personnes sont à la fois juges et parties dans certains dossiers. »Comme si c’était une maladie propre aux socialistes de donner des leçons de morale mais de considérer que cela ne les concerne pas.
Ces deux personnages, par leur attitude inqualifiable, ont profondément abîmé la République. Mais, comme le poisson pourrit toujours par la tête, le responsable de tous ces scandales, c’est naturellement François Hollande. Celui qui avait juré vouloir instaurer « une République exemplaire » est le même qui a adoubé Jérôme Cahuzac à la tête du ministère du Budget, et qui a fait d’Aquilino Morelle son principal conseiller politique, lui confiant même la supervision de sa communication. C’est aussi François Hollande qui, prévenu dès la mi-décembre 2012, par l’un des membres de son cabinet, de la véracité des soupçons pesant sur Jérôme Cahuzac, a fait le dos rond. C’est toujours le président de la République qui a couvert les manoeuvres du cabinet noir de l’Élysée visant à percer les archives du quinquennat précédent en dépit de la protection institutionnelle dont elles sont l’objet. C’est encore lui qui, il y a seulement un mois et demi, recevait dans son bureau deux journalistes du Mondequi avaient révélé l’affaire des écoutes visant Nicolas Sarkozy et son avocat.
Elle est loin, très loin, la fameuse République exemplaire. Elle a été balayée par celle des copains et des coquins. Car cette gauche, qui considère que la morale est dans son camp, ne s’embarrasse d’aucun procédé pour recaser ses proches et leur fournir des prébendes. En témoignent la scandaleuse nomination de Dominique Voynet comme inspectrice générale des affaires sociales ; celle de Pierre-René Lemas, jusqu’ici secrétaire général de l’Élysée, au poste de directeur général de la Caisse des dépôts, alors qu’il n’a aucune compétence financière ; celle d’Harlem Désir, condamné il y a quelques années à dix-huit mois de prison avec sursis, au secrétariat d’État aux Affaires européennes ; en attendant celle annoncée de Laurence Engel, directrice de cabinet d’Aurélie Filippetti et épouse… d’Aquilino Morelle, à la tête du prestigieux musée Picasso.
Dans le Barbier de Séville, Beaumarchais fait dire à Figaro : « Je me presse de rire de tout avant d’être obligé d’en pleurer. » Au rythme où François Hollande, Manuel Valls et leur clique détériorent et entachent la République, tout cela n’est guère risible, et nous n’aurons bientôt plus que nos yeux pour pleurer sur le sort réservé à notre pays. Deux ans de socialisme et voilà la France non seulement affaiblie mais aussi abaissée, et surtout abîmée. En attendant le prochain scandale d’État.
Une crise sans fin
Une crise sans fin
D’une défaite l’autre, après les municipales, les européennes. Quand l’autorité de Hollande est contestée par les siens, on reparle d’une dissolution…
François Hollande a nommé Manuel Valls pour sortir de la crise. Économique, morale, politique. « J’ai nommé Valls, a-t-il dit, pour qu’il fasse du Valls. » Mais quoi que fasse Valls, la crise politique ne cesse de s’approfondir. Et même de s’accélérer. On sait maintenant qu’un vent de panique a soufflé sur l’Élysée bien avant les municipales : le soir du 2 février, lors du succès de La Manif pour tous à Paris et à Lyon. La présence de familles musulmanes en tête de cortège signifiait que l’électorat musulman, qui avait massivement voté Hollande en 2012, était en train de fuir (à cause des initiatives “sociétales” de la gauche concernant le mariage, la famille, le genre, etc.). Ces projets avaient créé une fracture morale dans le pays et elle s’élargissait, faisant obstacle à tout retour de la confiance indispensable au pacte présenté par Hollande aux entreprises. Il fallait intervenir. Le lendemain, Valls se chargeait d’ajourner sine die tout nouveau texte sur la famille ou les couples homosexuels. En tentant d’épargner ainsi une fracture de plus au pays, il n’avait pas prévu qu’il allait en provoquer une autre dans sa majorité parlementaire.
Celle-ci compte une moitié de “primo-élus”, ces cent cinquante députés élus pour la première fois en 2012, l’équivalent de la vague des “barbus” de 1981, anciens syndicalistes ou permanents du parti, imperméables aux contraintes économiques et pour qui le pacte de responsabilité n’est que l’emballage de 30 milliards de “cadeaux aux patrons”. Lorsqu’ils apprennent que Hollande, et déjà Valls, fait en plus un “cadeau à la droite radicale”, ils enragent.
Mais ils ne peuvent rien ; il faut d’abord sauver les élections municipales, sur lesquelles reposent les structures du PS et son réseau d’associations. Quand le scrutin tourne au désastre, le 30 mars, ils désignent un coupable, Hollande. Or, celui-ci leur impose Valls à la place d’Ayrault, les oblige à voter la confiance, à accepter le changement de direction du parti, toutes choses qu’ils font la corde au cou.
Ce n’est pas fini. Le 16 avril, le Figaro publie son enquête annuelle rejouant la présidentielle de 2012. Le résultat 2014 (sondage OpinionWay) prolonge les municipales : Hollande arrive troisième, laissant Marine Le Pen face à Nicolas Sarkozy au second tour. Trois ans avant 2017, un tel sondage n’a aucune valeur “prédictive”, dit la gauche pour se rassurer. En réalité, ces résultats doivent être comparés à ceux de 2012. En deux ans, Hollande a perdu 10 points (de 28,6 % au premier tour de 2012, il tombe à 19 %) ; Sarkozy se renforce (de 27,2, il monte à 29) ; mais Marine Le Pen bondit de 17,9 à 25 % ! Ainsi, avec un Sarkozy consolidé, Hollande perd le tiers de ses voix et Marine Le Pen en gagne autant. Bref, l’électeur de gauche qui abandonne Hollande passe directement chez Marine Le Pen. Une humiliation.
En 2012, au soir du premier tour, six des dix candidats qui s’étaient présentés (de Mélenchon à Bayrou en passant par Eva Joly) s’étaient ralliés à Hollande, alors que Sarkozy n’avait aucun soutien (pas même celui de Dupont-Aignan et de ses 1,8 %). C’est dire le gouffre qui sépare la situation de 2014 de celle d’il y a deux ans. Non seulement Hollande a perdu ses alliés, mais il ne conserve que son autorité institutionnelle sur sa famille politique. Même repris en main par Cambadélis, le Parti socialiste est démoralisé, certain d’une nouvelle défaite aux européennes du 25 mai. Hollande a sacrifié Ayrault, Moscovici, Peillon, et quelques autres ; il a démis et remplacé Pierre-René Lemas, son secrétaire général à l’Élysée, puis le premier secrétaire du parti, Harlem Désir. Mais chacune de ces décisions est contestée quand elle ne fait pas scandale : Lemas nommé à la Caisse des dépôts, Désir aux Affaires européennes. La nomination de Voynet, ancienne ministre verte, à l’Inspection générale des affaires sociales, emporte les sarcasmes d’un Bartolone, président de l’Assemblée ; quant à l’affaire Aquilino Morelle, elle ne fait qu’accentuer l’isolement de Hollande, dans un climat de règlements de comptes. C’est sans fin.
« Nous voici dans une période de grande turbulence politique », dit le socialiste Julien Dray. Anciens présidents, l’un de l’Assemblée, l’autre du Sénat, Bernard Accoyer et Gérard Larcher se posent la question (dans le Figaro du 17 avril) : François Hollande finirait-il par dissoudre pour trouver une « martingale électorale » d’ici à 2017 ? « Improbable », disent-ils, tout en condamnant d’avance une cohabitation. Mais cette dissolution “improbable” était jugée impossible il y a six mois. Reste à savoir quand l’“improbable” d’aujourd’hui deviendra “probable”.
À libertade sempre
À libertade sempre
Grândola, terre de fraternité. Il est si rare que la révolution arrive par l'exaltation poétique de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Ce sont pourtant les paroles de la chanson de Zeca Afonso, interdite par les fascistes, qui donnèrent le signal de la révolution des 'illets. Une révolution la fleur au fusil par les capitaines du 25 avril, une révolution d'espoir, une révolution sans violence et sans que coule le sang pour le droit du peuple à décider de lui-même. « Un coup d'État pour la paix », insistait Mario Soares lorsqu'en exil en France il intervenait parfois devant les étudiants de l'Institut d'études ibériques de la faculté de Clermont-Ferrand. « Seul le peuple ordonne », dit encore la chanson-code. Et en effet, les militaires renversent la dictature de Salazar et très vite rendent le pouvoir au peuple dans l'enthousiasme général. Les dissensions viendront plus tard.
Au Chili, huit mois avant, Pinochet, dans le sang, attaquait La Moneda et faisait tomber Salvador Allende, transformant en désespérance les rêves et les idéaux de non-violence nés de 68. Tout semblait alors figé au sud de l'Europe. La révolution pacifique au Portugal leur redonnait le moral et relançait l'effervescence démocratique.
D'autant que l'été suivant, la chute des colonels grecs ouvrait la voie, par les élections, à la victoire des démocrates et à la fin de la royauté. Dures années pour les tyrans. En novembre 1975, la mort du Caudillo débarrasse l'Espagne du franquisme rétrograde et lance les processus du retour à la libre expression populaire. Dans des économies dont le seul levier est le tourisme, les secousses vont rendre le chemin chaotique. Mais l'intégration dans l'Europe est acquise et fait tomber sur le Portugal, comme sur son voisin méditerranéen, une manne d'aides qui générera l'illusion de la croissance. La crise de l'argent fou crucifie les plus fragiles et on sait les Portugais ensablés dans un marasme dont ils commencent à peine à voir le bout.
Après les 'illets sont venus les bouquets de désillusions et les relents d'hommes forts demeurent. Mais, parce que des hommes éclairés l'ont voulu, le Portugal est aujourd'hui amarré à la démocratie. On ne chante jamais assez la liberté pour le peuple. Obrigado (*) Zeca.
(*) Merci
SOUFFLE
SOUFFLE
Près d’un million de pèlerins, dont 20.000 Français, attendus dans la ville éternelle. Une cérémonie retransmise grâce au miracle de la 3D. Au moment d’accueillir l’une des plus grandes opérations de communication de la papauté, Rome retient son souffle. Plus de 4.000 bus prennent ce week-end la route du Vatican. Raz de marée annoncé. Et, comme les cars ne se multiplient pas aussi vite que les petits pains de la parabole, les supporters des footballeurs de l’AS Nancy-Lorraine n’ont trouvé aucun transporteur pour les emmener hier en terre lensoise… À l’occasion du cinquantième anniversaire de Vatican II (1962), le pape François sanctifiera donc demain deux de ses prédécesseurs. Les deux stars de l’église catholique moderne : l’Italien Jean XXIII, père d’un concile qui a ouvert la doctrine au monde ainsi que Jean-Paul II, l’athlète de Dieu. La démarche peut paraître hâtive et les positions conservatrices du Polonais Karol Wojtyla faire grincer des dents. Mais, sur le fond, comme sur la forme, la démarche semble aussi claire que de l’eau bénite. Au moment où, en homme simple et intelligent, François rêve de redonner foi en la religion, il s’agit de montrer que « la maison de Dieu » peut aussi être celle de l’homme moderne.
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