TOUT EST DIT

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ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mercredi 16 avril 2014

Et si vous débranchiez (un peu) votre portable ?

Trop, c'est trop ! On consulte son portable à tout moment, même en pleine discussion. Des voix s'élèvent pour inviter à une utilisation plus modérée du téléphone.

Visualisez la scène. Vous participez à un dîner entre amis, vous recevez un SMS. Que faites-vous ? Réponse A : vous le lisez. Réponse B : vous l'ignorez. Dans le premier cas, vous êtes un phubber, dans le second... un menteur ! Vous ne connaissez peut-être pas encore ce terme, mais le phubbing -- action de snober son interlocuteur en consultant son téléphone -- touche tout le monde, jusqu'aux ministres.

Au point qu'on commence à faire la chasse à ces impolitesses. Depuis la semaine dernière, les membres du  ont ordre de ne plus allumer leur portable durant leur réunion hebdomadaire à l'Elysée.

« Pour être concentré sur ce que nous avons à faire, le  de la République a décidé qu'il n'y aurait plus de portable au Conseil des ministres. Chacun aura à discuter et à écouter ce qui se dit », a déclaré sans rire Stéphane Le Foll, le nouveau porte-parole du gouvernement. Une instruction qu'ils suivront sans doute à la lettre aujourd'hui pour la Journée nationale de la conversation, qui tente de remettre au goût du jour l'art de se parler... et de s'écouter.

Avec le développement des smartphones, les mauvaises habitudes ont gagné du terrain. D'après le cabinet d'étude Millward Brown, les Français passent en moyenne soixante-dix-neuf minutes devant leur écran de téléphone chaque jour. Ils l'utilisent surtout pour prendre des photos ou des vidéos, consulter leurs e-mails et rechercher des informations sur le Web, a établi de son côté le cabinet Deloitte. « Quand je travaille, je ne regarde pas trop mon portable. Mais, quand je suis en repos, je le consulte environ tous les quarts d'heure, même si je suis avec du monde », avoue Adélaïde, une infirmière de 27 ans. « J'essaie de faire des efforts parce que ça m'agace dans le sens inverse », reconnaît cette accro à .

Sur le réseau social, justement, de nombreux groupes antiphubbing se sont créés pour encourager les internautes à consulter leur smartphone avec modération et à contrer le développement de la Fomo (fear of missing out), un syndrome qui touche ceux qui se connectent par peur de manquer un événement important.

Aujourd'hui, ces anti sont surtout actifs dans les pays anglo-saxons, où le terme s'est popularisé. Aux Etats-Unis, plusieurs restaurants proposent ainsi des réductions aux clients qui laissent leur téléphone aux vestiaires. En Allemagne, des chercheurs ont lancé Menthal, une application disponible sur Android (en anglais) qui permet de calculer le temps qu'on passe sur son téléphone durant la journée. Elle a été téléchargée plus de cent mille fois.

En France, le problème commence à être pris en compte. « A cause des smartphones, les gens sont connectés en permanence, mais ils ne se parlent plus », regrette Guillaume Villemot, créateur de la Journée de la conversation et de son festival qui se déroule jusqu'à dimanche*. « Avec l'arrivée des réseaux sociaux, il faut trouver de nouveaux codes de conversation pour recréer du lien social », ajoute ce spécialiste de la communication. C'est le moment de partager vos idées, en vrai.

Un vote de confiance déjà caduc

Un vote de confiance déjà caduc


Il n’a pas fallu plus de quelques jours au nouveau gouvernement pour comprendre à quel point il était sous surveillance : contrairement à ce que François Hollande avait espéré, la France n’obtiendra de l’Europe aucun délai de grâce pour ramener ses déficits publics à 3 %. Ce sera en l’an 2015. Le chef de l’Etat avait pourtant lui-même tenté de repousser cette contrainte. C’était au lendemain de la raclée électorale : le gouvernement, disait-il, devait « convaincre l’Europe » que le pacte de responsabilité et les efforts d’économies « devaient être pris en compte dans le respect de nos engagements » de remise en ordre de nos finances publiques. Cela pouvait permettre de relâcher un peu la pression gestionnaire, de distribuer quelques milliards sous forme d’aides ou de baisses d’impôts, manière de « tenir compte de la demande de justice sociale exprimée dans les urnes », selon la terminologie propre aux grands blessés électoraux de la gauche. C’est sur cette ligne d’assouplissement des contraintes que Manuel Valls a bâti son discours de politique générale ; c’est sur cette ligne qu’il a obtenu la confiance de la majorité.
Mais voilà, en une semaine, tout a changé : les Européens ne se sont pas laissé fléchir. Ils ne se sont pas non plus laissé intimider par le bras de fer promis par Paris. C’est par conséquent avec sa majorité que le chef de l’Etat devra mener ce bras de fer.
Nous voilà donc face à la réalité, dans toute sa brutalité. Avec, pour le gouvernement, une équation redoutable à résoudre : la mise en place d’un plan d’austérité sans précédent, avec remise en cause de quelques monuments du modèle social à la française et baisse du nombre des fonctionnaires. Une équation à une inconnue : un président au plus haut de l’impopularité peut-il conduire un programme politique aussi naturellement impopulaire ?

Valls vu des marchés


Qu’attendent donc les marchés ? Des preuves que la France évolue
Les marchés ont totalement ignoré le discours de politique générale du nouveau Premier ministre. Ils sont beaucoup plus préoccupés de savoir si la Banque centrale européenne va se décider à faire du QE (quantitative easing, assouplissement quantitatif), quand et comment, que du discours de politique économique de la France, qui s’inscrit dans la lignée des deux premières années de la mandature. La bonne nouvelle est que la France n’est pas un sujet ; la mauvaise est qu’elle ne fait pas rêver.
Les marchés ont ignoré ce discours parce qu’il s’inscrit dans une longue lignée d’annonces du même genre, séduisantes en théorie, décevantes en pratique. Le pacte de compétitivité s’est résumé a une petite baisse des coûts du travail, bien trop faible pour combler en tendance l’écart des coûts du travail avec l’Allemagne ou les pays du sud. Le pacte de responsabilité annoncé en janvier se traduira par une autre baisse, mais encore plus faible. Les grands mouvements de baisse de l’impôt sur les sociétés sont prévus après la mandature en cours, tout comme l’abandon de la clause de compétence généralisée, courageuse et importante, mais prévue pour 2021. Quant aux 50 milliards d’euros de dépenses publiques économisées, auxquels il faut ajouter plus de 10 milliards d’euros de nouvelles baisses d’impôt, les détails sont toujours maigres.
Bref, les marchés n’ont pas été impressionnés, ni en bien ni en mal : injuste ? Peut-être, mais cela reflète le manque de crédibilité de la France en comparaison des quatre grands pays de l’Union européenne quand il s’agit de réformes. Ce n’est pas la capacité de la France à produire des richesses qui est mise en cause, c’est sa capacité à évoluer. La confiance dans la richesse productive du pays est reflétée par la note souveraine, mais les doutes par le tassement des investissements directs. On reproche à la France de ne pas évoluer en comparaison des autres pays européens. Le Royaume-Uni a renoué avec 3 % de croissance en dépit de l’austérité. L’Espagne a reformé son marché du travail, sa compétitivité, et semble sortir de la crise tirée par des exportations dynamiques. Le discours de l’Italien Matteo Renzi, lancé vigoureusement sur le respect de l’objectif de finances publiques, assorti de quelques réformes structurelles, et avec une réforme électorale importante à la clé, a semblé beaucoup plus volontariste.
Mais qu’attendent donc les marchés ? Des preuves que la France évolue. Plutôt qu’un plan dont le premier objectif serait d’arriver à faire taire les complaintes bruxelloises, ils espèrent un plan d’ajustement budgétaire qui viserait à corriger les travers de notre système social, son inefficacité. Les transferts sont plus coûteux en France qu’ailleurs en proportion des montants redistribués, les multiples niveaux de gouvernance locale laissent dériver les dépenses publiques. Les investisseurs attendent aussi une réforme du marché du travail qui viserait à accroître l’employabilité plutôt qu’à protéger à l’extrême ceux qui ont déjà un emploi ; du leadership en Europe plutôt que « basher » la Banque centrale européenne. En bref, un mot d’ordre : moderniser.
Laurence Boone est membre du Cercle des économistes et directrices des études économiques pour l’Europe à Bank of America Merrill Lynch.

Une bouffée d’espoir

Une bouffée d’espoir
"Europe, il faut tout changer". Tel est le titre du livre que Laurent Wauquiez vient de publier sur l’Europe aux éditions Odile Jacob. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et François Fillon écrit: "Oui, nous avons besoin d’Europe, mais pas de cette Europe-là. Encore faut-il ouvrir le débat. Cela suppose de l’audace et du courage, juste ce minimum de volonté pour secouer les tabous solidement établis, depuis Schengen jusqu’à l’Europe à 28, en passant par le protectionnisme et la liberté de circulation. Aujourd’hui, soit on est pro-européen et sommé de défendre tout ce que fait Bruxelles, soit on est anti-européen, et l’Europe devient porteuse de tous les vices.Au fond, on a renoncé à toute forme de liberté de pensée. Je réclame ce sursaut de lucidité qui doit permettre à des pro-européens de dire que ce n’est plus possible. Europe, oui, tout doit changer." Cet ouvrage marque une prise de conscience, de la part d’un homme politique important du camp des Républicains modéré, d’une réalité essentielle pour l’avenir. Il ne comporte pas une once d’idéologie anti-européenne. Il est tout en pragmatisme, en rejet des tabous et des dogmes, fondé sur la simple observation des faits et la dénonciation des échecs. Ce qu’il dit sur Schengen et la politique européenne  de l’immigration est frappé au sceau du bon sens. Ses observations ne sont pas contre l’Europe mais bien au contraire, dans son intérêt à long terme… D’ailleurs, quitte à manquer à la modestie, il faut dire que  j’écrivais à peu près la même chose, 13 ans auparavant, dans mon livre "Le grand bazar ou l’Europe face à l’immigration" (L’Harmattan, 2001), mais à l’époque dans l’indifférence ou l’ironie de mes rares lecteurs… Les temps changent, et parfois en bien. Bravo à Laurent Wauquiez donc, en espérant que sa clairvoyance ne sera pas perdue, que l’intelligence de son livre  fera des émules et débouchera sur des suites dans le sphère du réel, de la politique! 
Prix public 19,90€

mardi 15 avril 2014

Hollande trahison !


Hollande trahison !

Samedi à Paris, la gauche de la gauche a donc défilé contre l’austérité. Mais aussi contre Manuel Valls. Et, bien sûr, contre le président de la République. « Hollande, trahison ! », scandaient ceux qui s’estiment cocufiés par le chef de l’Etat. Un Hollande qui, malgré le grand chamboulement de son remaniement, continue de battre des records d’impopularité, en dessous désormais de la barre des 20 %. Soit trois fois moins que son actuel Premier ministre. Si le président de la République pensait vampiriser un peu de la popularité de celui-ci, c’est raté. Valls est au plus haut, Hollande au plus bas.
La popularité sondagière de l’actuel Premier ministre confirme ce que nous savions déjà : en politique politicienne, mieux vaut souvent être un homme de parole que d’action. « Le pouvoir n’est plus dans le faire, mais dans le faire savoir. » Manuel Valls nous en fait la démonstration, lui dont le bilan Place Beauvau n’est, tout compte fait, guère plus brillant que celui d’Harlem Désir rue de Solferino. Mais le Premier ministre, dont l’épouse est violoniste, sait jouer de toutes les cordes de la communication, dont il est un virtuose.
Le cuit et le cru…
Les marcheurs de samedi pataugeaient d’ailleurs dans cette illusion. Ils manifestaient contre une politique supposée de droite, à partir de quelques déclarations auxquelles Manuel Valls n’a jamais donné la moindre concrétisation dans les faits. Qu’importe : l’ex-ministre de l’Intérieur occupe un espace sémiotique où les signes comptent bien davantage que leur contenu. « Maintenant, ça suffit » psalmodiaient les manifestants qui voulaient « envoyer vallser le pacte d’austérité ». Pour Mélenchon, « Valls cristallise un tel rejet à gauche qu’il incarne de façon très crue le reniement de François Hollande ». Avec Ayrault, c’était le reniement mijoté à la sauce nantaise. Valls veut le leur faire avaler saignant, façon tartare…
Samedi, ils étaient vingt-cinq mille participants (selon la police) à la petite marche du co-président Mélenchon. Ce dernier étant assisté par les communistes Pierre Laurent et Marie-George Buffet, les vedettes du NPA Olivier Besancenot et Philippe Poutou, et, pour l’international, du Mélenchon grec Alexis Tsiparas. Derrière ces leaders d’extrême gauche, une grande majorité des manifestants venaient de la fonction publique. Inquiétante préfiguration, pour le pouvoir en place, de ses difficultés à venir. Pour réaliser les réformes annoncées, le gouvernement de Manuel Valls devra obligatoirement affronter le mécontentement des fonctionnaires, c’est-à-dire les bataillons les plus actifs de son électorat. Si le PS les perd, après s’être déjà aliéné le vote des ouvriers, que lui restera-t-il ? Les bobos « multiculturels » des centres-villes et les Français issus de l’immigration et des communautés ethniques ? Certes, cela fait, aujourd’hui, beaucoup de monde. Pas encore suffisamment, toutefois, pour faire une majorité…

Pensées politiques

Pensées politiques


A défaut d’idées neuves, les politiques recourent vite aux expressions toutes faites qui leur servent de béquilles. L’un deux, ce week-end, s’est surpassé. En quelques minutes, ce secrétaire d’Etat aux relations avec le parlement a tenu des messages essentiels. Il a délivré quelques vérités qui nous manquaient. Ainsi il a juré que ce qui se passait constituait une « nouvelle phase » et témoignait du « second souffle » du quinquennat. C’est pourquoi l’heure était à « la contre-offensive » et qu’il ne fallait pas « jouer petit bras ». On comprend ses avertissements. Mais que les pactes multiples du gouvernement ne donnent pas de résultats et il pourra se consoler en se souvenant que pierre qui roule n’amasse pas mousse. Même s’il est vrai que tant va la cruche à l’eau...

Le nouvel euroscepticisme français : ces anciens pro-oui qui basculent


De l'UMP Laurent Wauquiez aux représentants de la Gauche Populaire côté socialiste, les partis traditionnels semblent de moins en moins enthousiastes à l'égard du projet européen. Un fait qui s'appuie sur l'euroscepticisme grandissant de l'opinion et qui renvoie aux difficiles relations qu'entretient la classe politique française avec Bruxelles.

A l'approche des élections européennes de mai, plusieurs représentants des partis majoritaires commencent à distiller un discours critique contre Bruxelles tout en assurant qu'ils restent partisans de l'Europe. Comment qualifier ce discours d'un nouveau genre ? Peut-on parler d'un nouvel euroscepticisme ?

Jean Quatremer : Je dirais que l’on peut plutôt parler ici "d’euro-tiédeur". On constate en tout cas que le débat se situe désormais davantage au sein des partis traditionnels actuellement, tant au niveau de l’UMP que du Parti socialiste, que dans les formations eurosceptiques ou europhobes qui ont toujours été claires sur leurs ambitions dans ce domaine. S’il est difficile d’évoquer directement le terme d’euroscepticisme, on observe effectivement que les représentants des formations de gouvernement ont de plus en plus de mal à assumer la politique qu’ils ont eux-mêmes mis en œuvre. L’Europe telle qu’on la connaît aujourd’hui est pourtant le résultat des mesures qu’ils ont adoptées depuis des années, et ce paradoxe peut en étonner plus d’un… Peut-être voient-ils dans l’Union un bouc-émissaire utile mais cela peut-être vu comme regrettable, en particulier lorsque l’on sait que l’application des plans d’austérités de ces dernières années sont le fait des gouvernements nationaux et non de Bruxelles, comme on l’affirme trop souvent. Dans un registre similaire, on voit d’anciens ministres défendre une Europe réduite alors qu’ils ont pu militer quelques années pour l’élargissement de l’Union à la Croatie. On voit donc bien qu’il ne s’agit pas tant de nouvelles générations politiques en phase d’affirmation, mais bien d’un changement de discours par des responsables déjà installés depuis un certain temps. Quand on sait l’influence que peut avoir la France sur l’orientation de l’Europe, de telles critiques sont assez surprenantes de la part de personnalités qui ont eu des responsabilités en la matière.
On constate ainsi que l’euro-bashing est devenu la norme de la classe politique française, à l’exception de formations minoritaires comme EELV et l’UDI/Modem. C’est bien là l’illustration du développement d’un certain "mainstream" anti-Europe dans le débat public. Plus largement, cette tendance semble refléter une lente avancée des idées du Front national sur l’Europe comme pour l’immigration quelques années plus tôt, et les contradicteurs semblent dans le même temps se faire de plus en plus rares. Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer que l’on n’a pas le droit de critiquer l’Europe, mais bien de souligner l’incohérence des personnes qui les portent alors qu’elles auraient eu vingt fois l’occasion de changer la course de cette Europe.
Christophe Bouillaud : Ne pourrait-on pas dire qu'il est "circonstanciel" tout simplement? Nous sommes à l'approche des élections européennes, il faut ramasser des voix auprès d'électeurs qu'on sait être peu convaincus par ce qu'ils conçoivent à tort ou à raison comme les politiques européennes actuelles. La ligne des grands partis de gouvernement (PS, UMP, UDI, Modem) qui sont membres des partis européens dominants (Parti populaire européen, Parti socialiste européen, Parti de l'Alliance des libéraux et démocrates pour l'Europe) est fondamentalement pro-européenne, ils ont fait l'Europe telle qu'elle est, ils la gouvernent de concert au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne, ainsi qu'au Conseil européen, on ne peut donc pas les qualifier d'eurosceptiques, si ce terme doit désigner les opposants à l'Europe actuelle. Par contre, tous ces partis laissent certains de leurs membres jouer avec la rhétorique eurosceptique, nationaliste, anti-européenne, pour remporter les élections, c'est typique d'un discours à la Viktor Orban (Fidesz - PPE), qui vient de gagner les élections hongroises et qui a déclaré au lendemain de sa victoire que la Hongrie ne quittera pas l'Union européenne, justement parce que, maintenant, elle a porté à sa tête un vrai chef national(iste) pour défendre ses intérêts vitaux de nation souveraine. A 100% à la tête de l'Europe, mais aussi à 100% contre l'Europe face aux électeurs, c'est banal que ce double jeu des partis de gouvernement. On ne devrait pas appeler cela de l'euroscepticisme au sens de choix anti-européens, mais parler de l'instrumentalisation de l'eurosceptisme supposé des populations au profit de choix pro-européens. Un peu comme au judo en somme, où on utilise la force de l'adversaire pour le battre. 

A droite, des personnalités comme Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez ont récemment proposé des révisions de l'organisation communautaire tandis qu'à gauche des députés socialistes plaident pour une Europe plus sociale. Faut-il y voir le classique retour d'un discours sur une "autre Europe" idéale où s'agit-il bien d'une réelle volonté de changement ?

Jean Quatremer : Qu’il faille améliorer le fonctionnement de Bruxelles et engager de nouvelles politiques, c’est quelque part le rôle de tout débat au sein de l’Union. Ce qui est interpellant dans le discours que l’on entend actuellement, c’est que l’on sent bien qu’il y a derrière une remise en cause de la légitimité même de l’Union européenne. Lorsque l’on dit que l’Europe devrait se refonder sur six pays, c’est un peu comme si l’on disait qu’il faudrait réduire la France à Paris et au Poitou-Charentes pour manifester son désaccord avec la politique de François Hollande… on voit bien les limites d’un tel raisonnement qui marginaliserait des pays qui ont pourtant peu de responsabilités dans les problèmes de l’Europe (Slovénie, Pologne…).
Christophe Bouillaud : A gauche, le discours sur l'"autre Europe" plus sociale est devenu le fond de sauce de toutes les campagnes du PS depuis 15 ans. Simplement, les socialistes français oublient de dire aux électeurs que pour imposer une "Europe sociale", encore faudrait-il que la gauche devienne par miracle très majoritaire au Parlement européen (pas simplement que le PSE devienne le premier parti au Parlement, ce qui est possible en mai 2014), mais qu'il y ait une solide et cohérente majorité de gauche (PSE, Verts, Parti de la gauche européenne) au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne (conseil des ministres), ce qui n'arrivera plus jamais tant que l'ancienne Europe de l'Est n'aura que des forces de gauches trés affaiblies (comme en Pologne ou en Hongrie) ou fortement corrompues (comme en Roumanie ou en Bulgarie). La candidature de Martin Schulz à la Présidence de la Commission, si elle aboutit finalement, ne correspondra au mieux ou au pire selon le point de vue qu'à un mouvement millimétrique des politiques publiques européennes vers la gauche. En effet, comme son prédécesseur de droite, J. M. Barroso, il devra sans aucun doute gouverner avec l'appui du PPE et de l'ALDE, donc il sera condamné à décevoir les attentes d'Europe sociale des électeurs les plus prompts à oublier la réalité institutionnelle et sociopolitique de l'Europe à 28. A droite, les déclarations de X. Bertrand et de L. Wauquiez font comme si la France pouvait décider toute seule de ce qui va se passer en Europe. Avec 100% des voix à l'élection européenne en France et 98% de participation, un parti français pourrait peut-être obtenir quelque chose des autres pays européens..., et encore. Même si l'UMP était le premier parti lors de ces Européennes, les propositions de X. Bertrand ou de L. Wauquiez seront écoutées avec politesse et désintérêt par nos partenaires. Il faut arrêter de croire qu'un seul politicien français, aussi brillant et dynamique soit-il, puisse changer à lui tout seul la dynamique d'un attelage fort compliqué de 28 pays. C'est là un effet tragique du présidentialisme à la française qui fait croire à ce genre de prophétisme isolé. Le temps des prophètes à la de Gaulle est fini! S'il y a la moindre grande réforme européenne en vue, il faut déjà trouver des alliés dans les autres pays de l'Union. Je comprends que proposer des grandiloquentes réformes de l'Europe flatte l'égo de l'électeur français (et de celui qui les propose), mais il faudrait penser à l'avertir, ce pauvre ingénu d'électeur, que, en Europe, il y a déjà 27 autres pays à part la France. 

Par ailleurs, que disent ces évolutions de la scène politique française ? Assiste-t-on à une recomposition des clivages droite-gauche ?

Jean Quatremer : C’est inquiétant dans le sens où l’on à l’impression que plus personne ne souhaite véritablement porter le projet européen alors que ce dernier traverse une passe difficile. Si l’Europe est encore loin de ce qu’elle devrait être, on ne peut que regretter un manque d’enthousiasme et l’omniprésence des gémissements. Cette euro-tiédeur d’un nouveau genre démontre bien en creux la déprime française et son manque d’ambition politique après que notre pays ait été un des moteurs de la construction communautaire.
Il faut toutefois se rappeler que cette appréhension n’est pas tout à fait inédite : il suffit pour cela de se rappeler de l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir qui souhaitait remettre en cause le traité de Rome. Cela a aussi été vrai pour les socialistes qui ont voté contre la Communauté européenne de défense en 1954, en lieu et place de quoi nous avons eu l’OTAN. On peut plus largement affirmer que l’Europe a toujours été perçue dans les opinions françaises comme une figure imposée plutôt qu’un projet fédérateur. C’est d’ailleurs ce syndrome de "l’Europe honteuse" qui explique d’après moi le non au référendum de 2005, un non que l’on peut difficilement attribuer au poids politique des formations eurosceptiques alors très minoritaires.
Christophe Bouillaud : Pour l'instant, les deux grands partis, UMP et PS, devraient tenir le choc des Européennes. On n'a en effet pas entendu parler d'une scission de l'UMP à cette occasion ; il est encore possible qu'une liste des souverainistes de l'UMP fasse dissidence, mais il reste bien peu de temps pour ce genre d'aventures. A gauche, le PS est concurrencé par "Nouvelle donne", mais ce nouveau parti n'a pas pour objet principal le problème européen, sa critique de la ligne du PS est plus large, plus civilisationnelle en somme. Plus généralement, on notera que toutes les tentatives de créer un nouveau parti important sur l'enjeu européen depuis le début des années 1990 ont échoué : le Mouvement des citoyens à gauche, le RPF, le MPF et le CNPT à droite. On remarquera qu'à droite, DLR (Debout la République) reste très bas dans les sondages et que son leader est peu populaire, et qu'à gauche, le PG de J.L. Mélenchon a du mal à gérer sa relation avec le PCF au sein du Front de gauche. Le seul parti, qui n'avait pas une obsession anti-européenne au départ (dans les années 1980),  et qui va profiter de la situation de trouble des Français autour de l'Europe, risque bien d'être uniquement le FN. Même s'il n'arrive pas en tête, les élections européennes de mai 2014 pourraient confirmer son statut de seul parti important s'opposant à l'Europe.  

Quelle place cela laisse-t-il finalement aux europhiles convaincus ? Un espace est-il à prendre ?

Jean Quatremer : Il y a effectivement une place à prendre selon moi pour un discours authentiquement europhile, en dépit d’un certain ronronnement médiatique qui vient parfois nous expliquer le contraire. Les Français restent encore majoritairement attachés à l’euro, souhaitent une défense européenne et font encore davantage confiance aux institutions communautaires qu’aux institutions nationales. La demande d’Europe existe donc toujours bel et bien, on a pu le voir grâce au succès des Verts en 2009, mais l’offre politique est de moins en moins enthousiaste en la matière. Je pense pourtant que le Parti socialiste et l’UMP font une erreur politique majeure en tentant ainsi de jouer sur les deux tableaux. En leur proposant une version allégée des programmes du FN et du Front de Gauche, ils prennent à l’inverse le risque d’apparaître toujours moins tentants que l’original. Il serait pourtant autrement plus bénéfique qu’ils assument leurs actes et qu’ils expliquent pourquoi ils les ont engagés.

Christophe Bouillaud : Si l'UMP en particulier tient un discours trop "eurosceptique", qui frise le surréalisme belge si j'ose dire, il risque de perdre des électeurs au courant des réalités au centre, en direction d'une Alternative UDI-Modem. Mais là encore, je parierais que les dirigeants de l'Alternative, s'ils vont rappeler à quel point ils aiment l'Europe, vont eux aussi émettre des critiques de l'Europe actuelle, et dire qu'il faut beaucoup plus d'Europe pour qu'on puisse vraiment l'aimer autant qu'on aimerait l'adorer. De toute façon, personne n'a envie d'assumer le bilan de la France actuelle! ni de l'Europe qui en lui est lié! Tout le monde préfèrera se placer dans l'opposition, en entamant les grands choeurs du changement nécessaire vers des lendemains meilleurs.

Un récent sondage IFOP/Jean Jaurès révélait que 52% des Français percevaient l'Europe comme "une mauvaise chose". L'émergence d'un discours critique à l'égard de l'Union peut-il finalement s'expliquer davantage par l'évolution des opinions que par un changement de mentalité de nos dirigeants ?

Jean Quatremer : Je pense que c’est en fait la mécanique inverse, c'est-à-dire que ce scepticisme des opinions publiques s’explique avant tout par un discours politique qui dans son ensemble est resté très timide sur le projet européen. La deuxième raison est évidemment la crise économique que nous continuons de traverser et dont les conséquences politiques se font logiquement sentir. On peut toutefois affirmer que ces mêmes conséquences sont autrement moins perturbantes que celles de la crise de 1929, et souligner à ce titre finalement une certaine force de l’Europe dans l’endiguement des populismes. C’est toutefois bien dommage que des hommes politiques, qui par ailleurs dénoncent parfois leurs propres décisions, ne prennent pas en compte cette réalité.
Christophe Bouillaud : Il faut d'abord rappeler que les Français, comme les autres européens, sont aussi massivement peu intéressés par l'Europe, avant de lui être hostiles. Ils sont indifférents. Il reste qu'il existe une montée en puissance d'une vision négative de l'Europe. Les dirigeants, surtout ceux des partis qui en fait trouvent l'Europe très bien telle qu'elle est puisqu'ils la font au jour le jour, tendent à s'adapter à cette situation: d'une part, ils défendent (mollement) les acquis. C'est difficile: dire par exemple que "l'Euro protège" est peu vendeur avec 3 millions de chômeurs, ou affirmer que "l'Europe c'est la paix" est presque orwellien quand on se trouve aux limites d'une confrontation majeure avec la Russie.  D'autre part, ils tendent, comme je l'ai déjà dit, à jouer les opposants "circonstanciels" au moment de l'élection européenne. De fait, l'élection européenne permet ce jeu, parce que les électeurs ne savent pas identifier qui gouverne l'Europe. On sait qui gouverne sa mairie, son département, sa région, la France, mais pas qui gouverne l'Europe. Surtout dans un pays comme la France, il est difficile de comprendre que l'Union européenne, comme la Suisse d'ailleurs, est toujours gouvernée par une grande coalition droite-centre-gauche, et cela depuis toujours. Cette situation n'empêche pas les Suisses de savoir pour qui voter, et pourquoi ils votent, ils ont appris à s'y reconnaître, en Europe, c'est plus récent, comme le montrent les sondages Eurobaromètres, une partie non négligeable de la population adulte découvre encore qu'il y a des élections européennes tous les cinq ans (cela existe pourtant depuis 1979), les électeurs n'ont pas encore bien compris le mécanisme, et des politiciens qui ne souhaitent pas assumer leur bilan réel - ou du moins celui de leur parti européen- n'hésitent pas à profiter de la situation.



L’euro, l’euro, l’euro !

L’euro, l’euro, l’euro !


L'euro, l'euro, l'euro ! En sautant comme des cabris, nombreux sont ceux qui, parmi les eurosceptiques, désignent la monnaie unique comme responsable de tous nos maux. Certes, l'euro fort, qui s'est apprécié de 10 % par rapport aux principales monnaies depuis l'été 2012, entrave, chez nous, la croissance, les emplois, et contribuerait à la spirale déflationniste. Sauf que le remède n'est sûrement pas dans une sortie improvisée de l'euro, mais dans un assouplissement des dogmes jusque-là intangibles de la Banque centrale européenne (BCE). Sans doute le moment est-il venu de s'affranchir d'un débat idéologique pour aider la zone euro à se battre sans boulet au pied.
Si la France a tenu, par la voix de Manuel Valls, hier à Berlin, à donner des gages de sérieux en répétant qu'elle tiendra ses engagements de réduction du déficit budgétaire, elle a aussi dénoncé un euro trop fort qui nous pénalise. Le message insistant semble avoir été entendu. Les propos de Mario Draghi, président de la BCE, évoquant samedi à Washington une politique monétaire plus accommodante, marquent un début de rupture.
La baisse des taux d'intérêts directeurs (même s'ils sont déjà très bas), l'injection de liquidités, des rachats d'obligations etc., donneraient de l'air à la zone euro. On sait qu'un euro faible favorise les achats payés en dollars et réduit notre facture pétrolière. Mais on sait aussi qu'un euro trop fort freine nos exportations, déséquilibre notre balance commerciale et fragilise notre industrie insuffisamment compétitive.
Sachons enfin sortir du dilemme entre euro fort ou euro faible. La flexibilité attendue de la BCE est une bonne nouvelle qui n'exonère pas la France de ses devoirs. Certes, la monnaie unique est un outil qui aurait dû avoir vocation à s'appliquer à des pays aux situations économiques équivalentes avec une plus forte intégration budgétaire et financière. On en est loin. En attendant, on voit que l'Allemagne se satisfait d'un euro fort pour avoir adapté son outil industriel. Aux autres de s'appliquer la maxime : aide-toi, l'euro t'aidera !

L’arroseur arrosé

L’arroseur arrosé
Je ne me réjouis jamais des phénomènes de lynchage médiatique qui frappent une à une les personnalités en vue. Je trouve qu’il incombe à la justice de sanctionner (sévèrement) les fautes éventuelles et non à la meute hystérique de passer à tabac les gibiers de potence désignés par les médias à la vindicte de la foule. Pourtant, ce qui arrive à M. Placé, avec cette histoire (vraie ou fausse) de 18 000 euros de PV dont une partie impayée, illustre ce que je crois depuis longtemps. Les donneurs de leçon, justiciers à la robe immaculée finissent souvent par s’entraver dans leurs propres lacets. Le leader écologiste, offusqué, dénonçait il y a trois mois le "scandale d’Etat" des archives de M. Guéant à l’Elysée et réclamait une "mission d’enquête". Et voici la blanche et vertueuse colombe prise à son tour dans la tempête. Scandale d’Etat, vous disiez? La justice immanente a frappé. Un peu comme ces guillotineurs sanguinaires qui finissaient tous sur l’échafaud, ou saignés dans leur baignoire, les parangons de pureté, saintes Nitouche et autres fayots, délateurs et lèche-culs, se retrouvent de temps en temps piégés. A qui le tour? A propos, il paraît que Sophie Marceau a traité publiquement M. Hollande de "goujat" et de "lâche" au sujet de sa vie privée. L’aurait-elle fait si le même baignait dans la réussite et la popularité?

Simplifier, éliminer

Simplifier, éliminer


On est loin des grandes manœuvres politiques et des grands enjeux électoraux, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut regarder de haut la liste des 50 mesures de simplification dévoilée lundi. Car alléger les contraintes, réduire les demandes des administrations, lutter contre l’amoncellement des justificatifs devrait être une pratique permanente, une sorte d’obligation de remise à zéro périodique des compteurs bureaucratiques.
C’est pourquoi il faut saluer cette tentative de simplification, et cela quelle que soit la famille politique à laquelle on appartient. C’est d’ailleurs une pratique que la plupart des majorités ont suivie, depuis un demi-siècle. Et au moins une fois par législature. Mais rarement plus.
C’est bien là, au demeurant, toute la fragilité de la démarche : la publication des 50 mesures n’offre rien d’enthousiasmant sur le plan médiatique, rien de « bankable » sur le plan politique, rien qui puisse garantir un rebond de la popularité déclinante du pouvoir. Rien non plus qui soit mesurable et qui permette de nourrir un bilan de gouvernement.
Pour cela, il faudrait aller plus loin et, plutôt que de s’attaquer à la seule gabegie paperassière, à la seule redondance bureaucratique, aller traquer le mal à la racine. Le meilleur moyen de lutter contre la complexité ? Eliminer, résolument réduire le nombre de ceux qui créent des normes, des obligations, des contrôles, des procédures : les fonctionnaires, les agents publics, les parlementaires. En somme, tous ceux qui votent des lois toujours plus bavardes et complexes, pondent des décrets toujours plus abscons, édictent des circulaires toujours plus comminatoires et appliquent de manière obsessionnelle les grands principes qui animent quiconque redoute d’être un jour tenu pour responsable de quoi que ce soit : le principe de précaution et le principe de défausse.

FRANÇOIS HOLLANDE "LÂCHE" ET "GOUJAT" POUR SOPHIE MARCEAU


Sophie Marceau a vivement critiqué François Hollande pour sa liaison supposée avec la comédienne Julie Gayet.
La supposée liaison entre François Hollande et Julie Gayet continue de faire parler. Depuis la publication en janvier dernier d'une série de clichés dans les colonnes de Closer, le sujet est source de débat. François Hollande avait lui-même réagi publiquement lors d'une conférence de presse, critiquant les méthodes du magazine, avant d'annoncer quelques jours plus tard saséparation avec Valérie Trierweiler. De son côté, Julie Gayet avait attaqué Closer en justice, condamnant le magazine à 15.000 euros d'amende et à une publication judiciaire.
Mais si cette supposée liaison peut paraître anecdotique dans le contexte politique actuel, elle a agacé Sophie Marceau. Interrogée par nos confrères de GQ, la comédienne à l'affiche de la comédie romantique "Une Rencontre" de Liza Azuelos dès le 23 avril critique vivement le comportement du président de la République. "Il a des maîtresses et quand on le sait, il refuse d'en parler. Un mec qui se conduit comme ça avec les femmes, c'est un goujat" lâche celle qui confie "ne jamais avoir voté pour lui".
"Et puis tromper sa femme pendant un an et demi alors qu'on est président de la République ! C'est cinq ans un mandat. On ne lui demande pas d'être abstinent non plus, mais je me dis qu'il peut mettre ça un peu de côté" continue Sophie Marceau, toujours très sévère à l'encontre de François Hollande. "J'ai l'impression qu'il mélange un peu tout. J'avais envie de l'aimer un peu, de me dire qu'il n'est pas si terrible que ça. Mais là, je me suis dit : 'Quel lâche !'" conclut la comédienne.

La fin de notre civilisation est proche selon la NASA


Selon une étude financée par la NASA, notre civilisation serait amenée à disparaître et n’a plus que quelques décennies à vivre. La raison ? Un problème de gestion des ressources naturelles mais aussi une mauvaise répartition des richesses.
Ce n’est pas la première fois que l’on prédit la fin du monde. Mais cette fois-ci, ce sont des scientifiques qui annoncent l’effondrement de notre civilisation moderne et industrielle dans les prochaines décennies. C’est la conclusion peu joyeuse d’une nouvelle étude parrainée par la NASA et relayée le 14 mars par le quotidien britannique The Guardian.

Pour arriver à ce constat apocalyptique, l’étude a été réalisée par une équipe de scientifiques américains menée par le mathématicien Safa Motesharrei qui a mis au point un nouvel outil analytique, baptisé HANDY (Human And Nature DYnamical). L’étude réunit des données historiques montrant que la disparition des civilisations, telles que les Mayas ou l’empire romain, est un phénomène qui se répète depuis 5 000 ans. Elle cible plusieurs facteurs explicatifs parmi lesquels le climat, la population, l’eau, l’agriculture ou encore l’énergie.
Les scientifiques expliquent que notre civilisation s’écroulera pour deux scénarios possibles. Selon le premier, les plus riches accaparent tellement les richesses que les plus pauvres connaissent la famine : la perte de travailleurs entraine l’effondrement du système. Dans le second, c’est la surconsommation des ressources qui entraine le déclin de toutes les catégories de population. Dans les deux cas, la chute s’avère difficile à éviter. Selon les chercheurs, plusieurs empires ont disparu, notamment à cause de l’aveuglement des élites qui, jusqu’au bout, se croyaient protégées et ont refusé de réformer leur système de vie en communauté. C’est précisément l’inconscience des élites qui aurait entraîné la disparition des empires romain et Maya.
Selon les chercheurs, seuls les changements pourraient nous permettre d’éviter le pire. D’une part, Ils préconisent la réduction des inégalités économiques pour assurer une distribution plus juste des richesses. D’autre part, il faut réduire la consommation et s’appuyer davantage sur des ressources renouvelables et limiter l’essor démographique. Tout un programme !

lundi 14 avril 2014

"Plus l'euro est fort, plus il faut une politique monétaire accommodante" (Christian Noyer)


La hausse de l'euro est un handicap pour la croissance et pour le niveau des prix, a déclaré le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer, ajoutant que la BCE était prête à agir si nécessaire, y compris par des achats d'actifs, pour faire remonter le taux d'inflation vers sa cible de 2%.
La Banque centrale européenne (BCE) continue de tenir des propos accommodants, entretenant le suspens pour les marchés, alors que l'inflation montre de sérieux signes de faiblesses.Dernière prise de parole en date, celle de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, dans Le Figaro (édition abonné).
Se faisant l'écho du président de l'institution Mario Draghi, qui expliquait samedi qu'un renchérissement de la devise européenne nécessiterait un nouvel assouplissement de la politique monétaire, Christian Noyer a en effet expliqué que "plus l'euro est fort, plus il faut une politique accommodante".

"L'euro fort est un handicap"

Christian Noyer estime que la remontée de l'euro face aux autres grandes devises depuis début 2013 explique pour 0,5 point la faiblesse de l'inflation dans la zone euro, dont le rythme annuel est tombé à 0,5% en mars, un plus bas depuis novembre 2009.
"Cette évolution de l'euro est un handicap non seulement pour la croissance mais également pour le retour de l'inflation à notre cible qui est proche de 2%", dit-il, en ajoutant que la politique monétaire de la BCE, déjà très accommodante selon lui, "n'explique absolument pas le niveau actuel de l'euro".

"De nombreux instruments"

Et une fois de plus, de promettre que l'institution monétaire européenne a à sa "disposition de nombreux instruments (...) déjà utilisés ces dernières années". Parmi ces instruments, il cite la baisse des taux d'intérêt, même s'ils sont déjà proches de zéro, les opérations de refinancement à long terme des banques et "les techniques d'alimentation illimitée de la liquidité qui sont toujours en vigueur."
"On a eu également recours aux achats d'actifs souverains ou bancaires ainsi qu'à la 'forward guidance', l'orientation future de la politique monétaire, qui apporte une meilleure visibilité".
Et de mentionner la possibilité par ailleurs d'acheter des actifs sur le marché secondaire afin de faire pression sur le taux réel.

Les discours sans les actes

Est-ce à dire pour autant que la BCE agira prochainement ? La réponse est floue. Ces instruments ne seront en effet utilisés que si la période de faible inflation dure "plus longtemps que prévu", selon les termes du Français.
"La question est de savoir s'il y a besoin d'agir et quand agir. L'opinion publique et les marchés savent que nous ferons ce que nous devons pour que l'inflation remonte vers sa cible de 2%", tente de rassurer Christian Noyer.
En tout cas, le discours est là. Les actes, eux, se font toujours attendre.

AFP - Le JT, 1ère édition du lundi 14 avril

Engrenage

Engrenage

L'Ukraine glisse lentement mais inexorablement vers l'éclatement. Et l'on ne voit pas très bien ce qui pourrait l'interdire. Après « l'annexion » de la Crimée par la Russie, la contagion séparatiste a gagné l'est du pays. Le pire est que cela obéit à un scénario parfaitement réglé – et prévisible – dont Vladmir Poutine tire en coulisse les ficelles, au nez et à la barbe des Européens et des Occidentaux. Hier, à l'est de l'Ukraine, des affrontements ont fait plusieurs morts lors d'une « opération de reconquête » menée par les forces gouvernementales loyalistes contre des insurgés pro-russes armés par Moscou.
À ce stade de radicalisation, la ligne rouge a été franchie. Une fois de plus ! On aurait pu penser que l'appétit hégémonique de Vladimir Poutine serait calmé par le retour dans le giron russe de la Crimée, mais la faiblesse du pouvoir ukrainien conjuguée à l'impéritie de la communauté internationale, ont incité le maître du Kremlin à pousser son avantage. Au nom de la reconstitution d'une grande « unité nationale », il soutient les séparatistes, qu'il prétend menacés au mépris des conventions internationales.
Une fois de plus, Américains et Européens haussent le ton et menacent Moscou de « conséquences supplémentaires ». Ce ne sont là que des mots quand Poutine menace de couper le gaz et provoque des failles dans la solidarité européenne. La communauté internationale paye « cash » son absence d'action diplomatique préventive, à Kiev comme à Moscou.
En dépit des déclarations martiales de l'Otan, personne ne souhaite une action militaire. Surtout qu'en Ukraine s'installe un sentiment croissant d'intolérance entre Ukrainiens et russophones, rendant le retour au « vivre-ensemble » utopique. Des deux côtés, la propagande des médias caricature « l'adversaire » : « Terroristes pro-russes », selon Kiev, et « putschistes de Maïdan », selon Moscou. Les nationalistes de chaque camp en profitent pour pousser au crime. Encore instable avant la présidentielle du 25 mai, le pouvoir ukrainien semble dépassé par les événements dictés par Poutine. Nous aussi !

LES EX-MINISTRES FONT L'EXPÉRIENCE DU REPOS FORCÉ

Certains vont de nouveau siéger au Parlement, d'autres, plus rares, n'ont plus aucun mandat. Les ex-ministres du gouvernement Ayrault éconduits par le tandem Hollande-Valls font ces jours-ci l'expérience du repos forcé, vécue parfois difficilement quand ils n'ont rien vu venir.
Michèle Delaunay, ex-ministre déléguée chargée des Personnes âgées, fait partie de cette catégorie, puisque personne ne l'a prévenue qu'elle serait écartée du gouvernement Valls annoncé en deux temps les 2 et 9 avril (ministres puis secrétaires d'Etat).
La sale gueule 
"Objectivement c'est désagréable", dit-elle à l'AFP, en racontant avoir appris par un tweet de Marisol Touraine (Affaires sociales, Santé) l'identité des deux secrétaires d'Etat désormais placées sous la tutelle de cette dernière, dont Laurence Rossignol avec le portefeuille de la Famille et des personnes âgées.
D'après ce message du 9 avril encore visible sur le réseau social, Mme Touraine avait réuni ce nouveau "trio de choc", photographié pour l'occasion, pour écouter les nominations des secrétaires d'Etat. "Il eût été courtois qu'elle m'appelle avant", regrette Michèle Delaunay, élue de Bordeaux qui va récupérer au bout d'un mois son siège à l'Assemblée nationale, écartant son suppléant Vincent Feltesse.
Elu de la même région, dans les Landes, dont il va aussi redevenir député, Alain Vidalies a confié au journal Sud-Ouest avoir "appris les choses comme tout le monde, lorsque le secrétaire général de l'Elysée a annoncé les noms des 14 secrétaires d'Etat de ce nouveau gouvernement". L'ex-ministre a organisé le soir même une rapide et discrète passation de pouvoirs avec son successeur aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen. Et, très fair-play, il lui a envoyé sur Twitter "tous (ses) voeux de réussite". Il n'a visiblement pas envie de polémiquer et se dit content de "retrouver une vie normale et une vraie liberté d'expression".
- "La règle du jeu" -
Se pose désormais pour les sortants la question du repos et du lieu de vacances, bien plus souvent que celle de l'avenir professionnel.
L'idiote inéfficace
Dix-sept ministres en plus de Jean-Marc Ayrault n'ont pas été reconduits dans le gouvernement "resserré" dirigé par Manuel Valls. Mais la plupart pourront de nouveau siéger au Parlement, Jean-Marc Ayrault en tête, et ceux qui comme Pascal Canfin (ex-chargé du Développement) et Dominique Bertinotti (ex-Famille) n'ont plus de mandat électif font figure d'exceptions.
Interrogée par l'AFP, Mme Bertinotti affiche sa confiance dans une nomination prochaine à de hautes fonctions "au service de la République". "C'est en discussion effectivement avec les hautes autorités", dit celle qui avait lâché la mairie du IVe arrondissement de Paris pour entrer au gouvernement en mai 2012.
Comme Michèle Delaunay, Dominique Bertinotti a un sentiment de travail non achevé après 22 mois et elle s'intéressera aux débats - à partir de "fin mai" au Parlement selon elle - sur son dernier sujet de prédilection qu'était "la sécurisation juridique des enfants".
La différence avec son ancienne collègue: elle a été avertie de son départ du gouvernement "avant que la liste ne soit officiellement énoncée" par le secrétaire général de l'Elysée.
Le résidu aparatchik
Une précaution également prise, par François Hollande lui-même, à l'égard de Thierry Repentin, ex-ministre délégué aux Affaires européennes qui fait les frais de l'opération Harlem Désir.
Etes-vous déçu, amer? "Non, je connais la règle du jeu, je savais depuis plusieurs jours qu'il y avait des tractations notamment pour trouver un point de chute à Harlem", a répondu M. Repentin à la radio France Bleu Pays de Savoie, "il était député européen, il avait vocation, légitimité à assumer un poste". L'élu savoyard a un mois pour retrouver son siège de sénateur et va en discuter avec son suppléant André Vairetto, a-t-il assuré.

L'EUROPE NE FAIT PLUS PEUR


La Grèce a fait son retour sur les marchés financiers 
le pays, qui avait été le plus affecté par la crise dite des «dettes souveraines» au point d’ébranler la zone euro elle-même, a de nouveau été capable d’emprunter sur les marchés. Même si la somme était symbolique, trois milliards d’euros, ce retour euphorique (20 milliards de demandes) marque une date. C’est un signal. La zone euro est sortie des turbulences et apparaît de nouveau, aux yeux du reste du monde, comme une zone de stabilité. D’ailleurs, les marchés font preuve d’un appétit renouvelé pour l’ensemble des obligations émises par les pays européens et permettent à ces derniers, notamment la France, mais aussi désormais l’Italie, d’emprunter à des taux avantageux.
La Grèce succède à trois autres pays qui semblaient hier broyés par la crise et qui en sont sortis (l’Irlande) ou sont en train d’en sortir (l’Espagne et le Portugal). On peut aussitôt faire observer que le geste symbolique de la Grèce ne signifie pas que ce pays soit en mesure de régler le problème de son énorme dette, laquelle a paradoxalement augmenté à mesure que son produit intérieur reculait sous l’effet de la violente cure d’austérité pratiquée pendant les cinq dernières années. Le gouvernement Samaras (de centre droit) est ici surtout préoccupé de préparer au mieux les élections locales et surtout européennes. En accréditant l’idée, auprès des Grecs, que la crise est finie.
On peut aussi poser la question du coût social de l’austérité subie par la Grèce, comme d’ailleurs par l’Espagne et le Portugal. Coût très élevé et qui, sur le plan politique, produit partout en Europe la montée des populismes. En Grèce, celle-ci a pris la forme d’un sinistre et authentique mouvement néonazi.
Oui, l’austérité aujourd’hui devrait toucher à son terme. Elle a permis le redressement qui a redonné confiance aux marchés. Mais oui, cette politique a creusé un énorme fossé au sein même de ces sociétés en plongeant des milliers de personnes dans la pauvreté et en aggravant, de façon très spectaculaire, le chômage en même temps qu’elle installait une méfiance grandissante entre les opinions et les institutions européennes. Mais comment faire comprendre à ces mêmes opinions que leur sort aurait été encore plus difficile, voire tragique, si les institutions européennes n’avaient pas fait barrage à la crise, fût-ce au prix de l’austérité ?
Il est significatif que le FMI, qui a d’ordinaire pour réflexe de prescrire l’austérité, s’alarme désormais du creusement des inégalités. Sa directrice générale, Christine Lagarde, a expliqué que certes le mandat du FMI est de restaurer la stabilité financière, mais aussi que les inégalités croissantes sont de nature à mettre en péril cette stabilité. La nouvelle doctrine du FMI tendrait donc à intégrer, et c’est heureux, un nouvel objectif : s’assurer d’une redistribution plus équitable des fruits de la croissance retrouvée.
Car, c’est aussi le FMI qui le dit, nos pays sont bien en train de reprendre le chemin de la croissance, Grèce, Espagne et Portugal compris. Ainsi, la zone euro devrait croître de 1,2 % en 2014 et de 1,5 % en 2015 (avec respectivement 1 % et 1,5 % pour la France ; 0,6 % et 1,2 % pour l’Italie).
Mais à peine un péril paraît-il écarté qu’un autre surgit : celui de la déflation, de la baisse des prix. Donc d’un appauvrissement général. Péril, il est vrai, à portée de tir de la Banque centrale européenne qui, sur ce terrain comme sur d’autres, est décidée à agir.
La grande question reste donc bien sûr le niveau du chômage et la course de vitesse qui se joue, dans plusieurs de nos pays, entre des résultats chèrement acquis, mais lents à se manifester, et l’impatience grandissante des peuples.

Sur les jeunes d’aujourd’hui: "Une génération qui se plaint beaucoup"

A fond. Chacun s’inquiète de son avenir, plus ou moins fort. Mais apparemment, ça n’empêche pas de s’occuper. Prenez Léa, de Braine-le-Comte, 18 ans cet été : elle les fêtera en Australie. Parce qu’elle a décroché un échange, via le Rotary. Elle sera là-bas dès juillet, pour refaire sa rhéto, du côté de Sidney. Sa meilleure amie, Lena, même âge, part en Uruguay, elle. 
Un an aussi. Paolo, à peine plus jeune, est revenu à Rixensart hier de voyage scolaire. Une semaine, en Grèce, avec toute la classe. Pour Jacques, d’Enghien, c’est dans quinze jours : une semaine à Malte. Laura, 23 ans, Bruxelloise, est allée se reposer, avant de finir l’unif, du côté de Montpellier, elle. Avec quelques copains. Dans la maison des parents de Margot, sa pote. Piscine, safari à Sigean, bronzage à Palavas-les-Flots, une nuit de bonne sortie, quand même. Avec l’application Skype sur son smartphone, elle a discuté à l’œil, en faisant les courses pour le barbec’ du soir, avec Coline, de Drogenbos mais qui fait un stage au Canada pour l’instant.

Thomas, 20 ans, étudie à Londres. Il est revenu saluer tout le monde à La Hulpe. Cet été, ce sera plus difficile de les voir : il part au Mexique, retrouver sa copine. Il explique ça très bien via WhatsAp, l’appli qui permet de talker gratos. Estelle, 19 ans, aurait été contente de l’apercevoir, ce week-end, mais elle est en Grèce, elle aussi, et jusque dimanche prochain, parce que son copain y habite. Alexia, 15 ans, de Dworp, on ne comptait pas sur elle : elle est à Bombay, avec sa mère. Grand voyage annuel. Elle raconte leurs aventures et sait tout des proches, où qu’ils soient, via Facebook bien sûr. 
Chacun prend l’avion comme on prenait le tram. Chacun utilise la moindre miette de technologie qui permet de tout faire de partout sans que ça ne coûte rien. Chacun sait que c’est la crise, la voit, la sent, mais vit comme dans les films. En travaillant, parfois, pour gagner son plaisir, ou en comptant sur des parents qui seront ce qu’ils sont, mais qui allongent tout de même pas mal, ou qui sont souvent propriétaires d’un ou deux trucs pas si dégueu qui peuvent servir pour égayer l’existence.
En les voyant, en les écoutant, en les lisant, on se dit : wow, on ne sait pas de quoi leur demain sera fait, mais leur aujourd’hui, en vrai, il est quand même pas mal. C’est une génération qui se plaint beaucoup, qui se regarde le nombril tout le temps et qui foudroie peu par sa grandeur. Mais en ce qui concerne l’art de vivre, de bien vivre, c’est des génies. On a beaucoup à en apprendre.