TOUT EST DIT

TOUT EST DIT
ǝʇêʇ ɐן ɹns ǝɥɔɹɐɯ ǝɔuɐɹɟ ɐן ʇuǝɯɯoɔ ùO

mardi 6 mars 2012

LA VRAI VÉRITÉ

L'Europe est l'homme malade du monde. Non que le sort des siens ne soit encore enviable pour la majorité des humains. Mais elle devient la déclassée évidente du grand remue-ménage mondial. Dans cette sorte de révolution planétaire qui voit décliner une séculaire domination occidentale, l'institution européenne affiche un lancinant désarroi. Soumise au tsunami de la crise, elle découvre qu'à l'exception de ses grandes vertueuses, l'Allemagne ou la Suède, elle n'a pas adapté, par fatigue et incurie, sa conduite à l'essor d'un monde neuf où entrent en lice les "damnés de la terre". Dans le marasme occidental, l'Amérique piétine mais garde ses réserves de puissance. L'Europe, quant à elle, aborde l'épreuve dolente et patraque.
Car voici mise à nu la fragilité de son édifice communautaire quinquagénaire. Il est ébranlé par les inégalités de ses membres. Derrière sa façade, le Nord résiste et le Sud s'effondre. L'Europe marche l'amble. Elle défend toujours mordicus son dessein unitaire dans un euro que pénalisent les faiblesses du Sud. Mais, si les jeux, Dieu merci, ne sont pas faits, l'accablement de ses peuples, sous la récession qui s'annonce, profile déjà de dangereuses régressions. Autour de son affaissement financier, autour de son unité ébranlée, rôdent les vieux démons du nationalisme de la colère.
Longtemps l'actuelle révolution mondiale n'a, chez nous, rencontré qu'ignorance ou insouciance. Il aura fallu la crise, le chômage, les fermetures d'usines, les délocalisations, la perte avérée de chasses gardées pour que nos politiques mesurent l'ampleur du phénomène majeur des temps modernes : l'éveil, dans une planète surpeuplée, de peuples victimes d'une longue détresse. Toutes les tendances lourdes du siècle ont concouru à ce grand basculement : la démographie envahissante des peuples émergents qui pèse de sa lourde masse dans l'accès à des ressources âprement disputées ; la conversion à l'économie de marché de nations comme la Chine, jadis recluses dans le carcan communiste ; la révolution numérique et Internet, qui libèrent la mutualisation des flux de commerce et d'information. À ce train, l'exclusivité occidentale des grands savoir-faire industriels s'amenuise - nucléaire, aéronautique, travaux publics, techniques de pointe. Les nouveaux riches achètent peu à peu ce que leurs ingénieurs ne peuvent encore inventer.
Enfin, on ne tiendra pas pour secondaire l'élan créatif qui emplit de confiance des pays convertis à un progrès qui embellit bel et bien leur destin. Alors que, par contraste, le défaitisme européen gagne des peuples peu à peu convaincus que le sort de leurs enfants ne sera pas préférable au leur. La confiance est l'oxygène des forts.
Il n'est pas de semaine où le transfert de puissance n'altère les rapports de forces économique et stratégique. Pas de semaine où Chine, Russie, Inde, Brésil n'assènent leurs avis, généralement contraires aux nôtres, dans les affaires du monde : ces temps-ci, sur le climat, sur l'Iran, l'horrible Syrie... Pas de semaine où nos privilèges d'Ancien Régime ne se dessèchent au grand vent de l'Histoire.
La maladie de l'Europe, c'est sa fragilité. Elle n'a pas la politique que son économie mérite. Il aura suffi que saute le rivet d'une Grèce ruinée pour que tout le Meccano se désarticule. La Grèce est insolvable, coupable et pitoyable. L'Europe, en sa faveur, pousse sans fin un rocher de Sisyphe qui ne cesse de retomber. Mais qu'on laisse filer la Grèce vers sa faillite et, par ce fil rompu, toute la pelote se dévidera ! "Nos prêts à fonds perdus sont un mal nécessaire", dit carrément le ministre allemand des Finances. Jusqu'à quand ? Ma foi, jusqu'à ce que les grandes nations fragiles du Sud - dont la France - aient recouvré une solidité financière seule capable d'interdire la cascade d'un domino fatal.
Les peuples européens aveugles sur l'état du monde se trompent encore sur ce qui les attend s'ils veulent éviter le naufrage d'une Europe vieillie et impotente. Maints pays du Sud ont pris le pli et l'ankylose du moindre travail. Ils ont raté dans les techniques d'avenir les opportunités de la croissance mondiale. Un pays comme le nôtre s'est endormi dans les libéralités d'un patrimoine en peau de chagrin. Dans un assistanat outrancier. La France, châtelaine aux abois, vit d'hypothèques.
En vérité, c'est tout un modèle social, celui de l'État-providence, qui périclite. Combien de sueur faudra-t-il pour substituer au culte des "avantages acquis" celui des avantages à conquérir ? Combien de larmes pour réveiller les têtes, les reins et les coeurs ? La démocratie grecque hurle dans la rue sa souffrance. Ailleurs, l'histoire tragique des années 30 ne se répète pas mais bégaie dans les colères des Indignés.
Les politiques exhibent encore à leurs électeurs une "vérité" maquillée, emmitouflée. Le répit sera court. Car la vraie vérité sort du puits. Elle est nue. Et elle a froid.

Fillon fait campagne "de toutes ses forces"

Dans Le Figaro et sur Europe 1, lundi, François Fillon a assuré son plein engagement dans la campagne présidentielle au côté de Nicolas Sarkozy. Mais il reconnaît aussi que la défaite lui imposera des "devoirs". 
Nicolas Sarkozy pourra toujours compter sur François Fillon. Encore sur Europe 1, lundi matin, le Premier ministre a défendu son président et, surtout, dézingué son adversaire socialiste dans la course à l'Elysée. "Depuis le début de la campagne, une question se pose : est-ce que François Hollande peut gouverner le pays. Est-ce qu'il en a le caractère et les capacités? ", s'est-il ainsi interrogé, jugeant que cette "question ne se pose pas pour Nicolas Sarkozy". Et de pointer "le changement en permanence de point de vue" de François Hollande :
Alors que mardi soir Nicolas Sarkozy aura présenté de nouvelles propositions dans l'émission Des paroles et des actes, sur France 2, François Fillon montera une nouvelle fois au front en publiant une tribune dans Le Point. L'objectif : montrer qu'il ne pense pas qu'à l'après-Sarkozy et à sa campagne législative à Paris. Au Figaro, il nuance d'ailleurs les projets d'avenir – la Mairie de Paris en 2014 et pourquoi pas l'Elysée en 2017 – que lui prête son entourage. "Si on gagne, il y a beaucoup plus de possibilités et d'options…", lâche-t-il, évoquant, selon le quotidien, la présidence de l'Assemblée.

La guerre Fillon-Copé en toile de fond



Fillon : "Hollande peut-il diriger ?" par Europe1fr
Et en cas de défaite? François Fillon n'élude pas la question. Il reconnaît que la défaite lui imposera des "devoirs". "Si on perd, la pression qui va s'exercer sur moi sera plus forte, je suis conscient de ça", dit-il en laissant entendre qu'il sera au rendez-vous. Pense-t-il à la présidence de l'UMP? Au sein du parti majoritaire, certains estiment que le Premier ministre est trop discret, selon Le Figaro, qui cite notamment Jean-François Copé, l'actuel patron de la formation : "Certains jouent la défaite."
François Fillon, lui, dit faire campagne "de toutes ses forces" au côté de Nicolas Sarkozy. Mais il ne sacrifie pas pour autant son ambition personnelle : fin mars, il inaugurera son QG de campagne pour les législatives. Le récent retour en grâce auprès de Nicolas Sarkozy de Rachida Dati, qui entend toujours briguer la même circonscription que le Premier ministre, le motive plus que jamais.

lundi 5 mars 2012

Et si le problème, c'était les Français ? 


Pour une fois, faisons un moratoire et cessons de taper sur la classe politique, qui n'en peut mais. Certes, elle n'a pas pris la mesure de la crise vers laquelle nous roulons à pleins gaz, le coffre rempli des cadeaux offerts par tous nos Pères Noël présidentiels en campagne. Certes, la classe politique a beaucoup menti, au moins par omission, en nous faisant croire que rien n'allait vraiment changer, alors que notre niveau d'endettement par rapport au PIB flirte maintenant avec les 90 %. Mais bon, il ne semble pas que les Français aient envie, aujourd'hui, de prêter l'oreille à un discours de vérité. Ils vivent depuis trop longtemps dans une bulle où on les entretient et d'où ils ne veulent sortir sous aucun prétexte. Ils restent dans le déni.
C'est l'une des première leçons, proprement hallucinante, de cette campagne électorale : les Français ne demandent pas aux candidats ce qu'ils peuvent faire pour sortir le pays du fossé dans lequel il est tombé. Au contraire, ils leur posent à peu près tous la même question : "Que pouvez-vous faire pour moi ?" Outre que leur attente révèle une perte totale d'esprit collectif, elle montre aussi que notre pays a perdu le sens des réalités. Qu'il ne croit plus guère en lui-même, désintéressé qu'il est de son destin. Qu'il vit désormais dans un monde virtuel.
Trop rares sont les voix qui, en son sein, tentent de le mettre en garde. On peut parler, de ce point de vue, d'une faillite des élites, des clercs et des médias qui participent plus ou moins consciemment à l'enfumage général. Mais une chose est sûre : un jour prochain, sans doute après l'élection, il faudra bien que tous les yeux se dessillent...

Dragui, Papademos, Monti et ... Goldman Sachs 


"Hollande et ses porteurs d'eau"

Le "Tous contre Sarko" assure pour le moment à Hollande le leadership dans la campagne. Au risque d'une dangereuse confusion politique s'il est élu. 

Il ne faut pas s'étonner que François Hollande continue de faire la course en tête. D'abord, il ne manque pas de talent, il a de la répartie, un côté bonhomme et Français moyen, modeste et apaisant qui rassure. Ensuite, il est bien secondé, son équipe est active, elle le relaye solidement, elle est soudée par une méchante ambition de pouvoir, elle oublie le mépris goguenard qu'elle lui portait hier, tout en l'attendant demain au coin du bois s'il est élu. Enfin, sa tactique est habile. Elle repose sur des méthodes très simples. Une grande discrétion sur les sujets essentiels qui fâchent ou qui gênent, à commencer par la crise. Des propositions démagogiques du genre : on va surtaxer les plus riches, assorties d'un cynisme grossier : ça ne rapportera pas grand-chose, mais les pauvres seront contents. Des manoeuvres de provocation vicieuses : connaissant l'irritabilité de Sarkozy, on l'excite, il réagit, et on s'indigne. C'est gagné. Exemple : le coup de Bayonne. Des militants socialistes s'associent aux indépendantistes pour lui jeter des oeufs à la tête en criant : "T'es pas chez toi ici !" Il a le mauvais goût de trouver la chose assez peu républicaine. Manuel Valls juge sa protestation "nauséabonde". Manuel Valls, l'ex-humaniste. Même lui ! Leur arme favorite : la déloyauté sournoise. Mais admettons. Une campagne électorale n'est pas un concours de rosières au village, et Nicolas Sarkozy n'est pas non plus un enfant de Marie.
Le principal atout de François Hollande, qui lui assure pour l'instant le leadership, n'est pas dans ses talents ni dans ces stratagèmes tordus conformes à la tradition d'une démocratie fatiguée, il est dans le concours inespéré que lui apporte, contre nature, l'ensemble des autres candidats dans le combat acharné que tous mènent contre une cible unique, l'homme à abattre : Nicolas Sarkozy. À la limite, Hollande pourrait faire a minima, les autres se chargent du travail. De Dupont-Aignan, qui ne vaut pas cher, mais qui ne répugne pas, lui non plus, à l'insulte jusqu'à Marine Le Pen, c'est un festival, une curée sanglante. Cette dernière est la championne des porteurs d'eau, fidèle à la stratégie de son père, qui n'eut de cesse de brouiller le jeu républicain, tout en sachant qu'il n'aurait jamais de chance d'y participer. Détruire, disait-il. Détruire, dit-elle.
Et les autres ? Mélenchon, l'insulteur patenté, l'artiste du billard à deux bandes, qui démolit aujourd'hui Sarkozy pour mieux atteindre demain Hollande. Eva Joly, l'alliée d'un jour. Villepin, qui règle ses comptes. Et Bayrou, Bayrou le neutre, mélange de Ponce Pilate et du juge Salomon, enfermé dans sa posture morale plutôt que d'obéir à sa pente politique. Tous s'acharnent à faire le jeu du candidat qu'ils s'acharneront, s'il est élu, ou bien à mettre en difficulté ou bien à trahir ou bien à abattre.
Cette coalition aurait un sens si elle reposait sur une cohérence. Or, l'échec de Sarkozy déboucherait sur une dangereuse confusion. Paradoxalement, la majorité électorale des Français récuse le candidat dont elle est politiquement la plus proche. Si nous ne purgeons pas ce problème de personne que pose Sarkozy, nous risquons l'aventure. Est-ce un effort, voire un sacrifice, à ce point intolérable ?

Fragilités en sous-sol 

 La victoire de Vladimir Poutine s’explique d’abord par l’immense faiblesse structurelle de la vie politique russe. Les contestations qui grandissent depuis trois mois, trop dispersées, n’ont pas dégagé de leader. 

Aucune des jeunes forces n’était en mesure de proposer une alternance, d’autant que la pseudo-campagne électorale a comme d’habitude été confisquée par le Kremlin. Les opposants ont les forces et faiblesses de la blogosphère dont ils sont issus: capacité à organiser des manifestations publiques, ce qui est nouveau, mais incapacité à prendre un pays en mains dès le lendemain d’un scrutin. 

Poutine agit depuis douze ans selon un principe unique: faire le vide autour de lui, écarter ceux qui auraient pu se mettre sur sa route, à commencer par le brave Dmitri Medvedev obligé de renoncer au second mandat auquel il avait un temps rêvé. L’hypothèse de la relève de Poutine par un Medvedev plus libéral et plus attaché à l’Etat de droit était un leurre. Poutine n’a dirigé le gouvernement sortant que parce que c’était la meilleure façon de continuer à tirer les ficelles. 

Ce n’est pas le parti communiste qui aurait pu le défier. Usé jusqu’à la corde, soutenu par un électorat plus nostalgique que combatif, il est conduit par Guennadi Ziouganov, un apparatchik exhumé du siècle dernier qui se félicite de chaque nouvelle défaite, car elle le pousse à croire qu’il n’est pas encore mort. Poutine aimerait que son retour en première ligne, sans Medvedev pour faire écran, lui donne des airs d’homme fort. Mais son assise est bien plus fragile qu’il y a huit ans. 

Ce nouveau mandat est à haut risque. Il faut moderniser l’économie, la diversifier sans tout attendre des conglomérats confiés à quelques oligarques préalablement agréés. La dépendance à la rente gazière et pétrolière est une grande source de vulnérabilité. Même si le cours du baril reste haut, Poutine aura beaucoup de mal à financer les promesses considérables faites à la classe moyenne et à l’armée. 

Et surtout, il doit dès aujourd’hui stabiliser la situation politique. Poutine a une hantise: que les mouvements de foule à Moscou se terminent comme en Tunisie, en Égypte ou en Ukraine après la «Révolution orange» de 2004. Il n’y aura pas de second tour dans les urnes, qu’en sera-t-il dans la rue?

Démesure(s) 


Nicolas Sarkozy a marqué de son empreinte les quinze jours qui ont suivi sa déclaration de candidature en multipliant les annonces-choc : référendum en cas de blocage d’une réforme, refonte de la Prime pour l’emploi, réforme du RSA et du bac professionnel, entre autres. Le président-candidat a promis une campagne à cinq-cents à l’heure, que François Hollande s’essoufflerait à suivre. Le démarrage en trombe a été réussi, et les sondages ont commencé à frémir. Mais depuis que les roues avant ont à nouveau touché terre… le bolide patine. La semaine passée, le chef de l’État a été pris à son propre jeu de la saturation des médias. C’est son adversaire qui a repris la main en annonçant la taxation à 75 % des super-riches.
François Hollande fait du Sarkozy, au moins sur la forme : il magnifie un symbole. Sa mesure ne rapporterait presque rien ; pire, elle pourrait coûter très cher en faisant fuir des capitaux par millions. Peu importe : elle « réenchante le rêve français », pour reprendre le slogan de début de campagne du candidat PS. Et elle stigmatise le « président des riches » qui a instauré en 2007 un bouclier fiscal inégalitaire, finalement abrogé pour cause de crise et de scandale Bettencourt-Woerth.
Ces 75 % ont sonné le début d’une très mauvaise séquence pour Nicolas Sarkozy : ses propositions pour l’éducation sont passées inaperçues — en plus, il a oublié de lire un paragraphe-clé de son discours, ce qui relève de l’acte manqué —, sa visite à Bayonne a été pourrie par les indépendantistes basques et il a cafouillé sur le rapatriement de la journaliste française blessée en Syrie.
Résultat enregistré par l’ensemble des enquêtes d’opinion : François Hollande a creusé l’écart, au 1 er et au 2 e tour. Depuis que la France élit son président au suffrage direct, celui-ci est constamment arrivé en tête au 1 er tour, même Giscard, qui a finalement été battu par Mitterrand. Et les rapports de force se figent presque toujours dans les deux derniers mois de campagne. Chirac était passé devant Balladur à la mi-février.
C’est dire que pour Nicolas Sarkozy le temps presse. Que va-t-il trouver cette semaine pour inverser la tendance ? Non seulement il faudra du « lourd », mais le président-candidat est désormais prévenu : en face, François Hollande sait manier, également, la démesure.

Poètes 

 « La popularité ? C’est la gloire en gros sous ». Il fallait un poète, et un poète populaire, pour énoncer cela… Il se nomme Victor Hugo. Il nous serait bien utile dans cette campagne, morne plaine, le père Hugo. Il aurait su, en ce lundi où nous célébrons le Printemps des poètes, faire chanter et danser un peu la présidentielle. Lui donner du rythme, de l’ampleur et de la rime, en un mot : du verbe ! Car le pire n’est pas que nos candidats s’injurient, il est qu’ils le fassent avec des mots si pauvres… Engueulez-vous, mais avec style, panache et lyrisme. De l’émotion, que diable ! Osez l’alexandrin ou, pour les plus rebelles, pratiquez le vers libre — ni strophe, ni mètre. Mais de grâce, Mesdames et Messieurs les candidats, ne nous ennuyez pas… Allez, concluons avec le père Hugo. Un dernier vers, pour la route : ceux qui vivent sont ceux qui luttent.

Traité européen : Angela Merkel veut mettre la pression sur François Hollande

Angela Merkel voit-elle déjà le candidat du PS François Hollande à l'Elysée ? Bien que démentie par le porte-parole de la chancellerie à Berlin, une information de l'hebdomadaire allemand Spiegel parue le 3 mars le laisse penser : Mme Merkel, le président du Conseil italien Mario Monti, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy et le premier ministre britannique David Cameron se seraient entendus pour ne pas recevoir M. Hollande pendant la campagne présidentielle.

Si la chancelière voulait établir un rapport de forces avec un éventuel futur président français, elle ne s'y prendrait pas autrement. En jeu : le pacte budgétaire européen que vingt-cinq chefs d'Etat et de gouvernement européens viennent de conclure mais qui doit encore être approuvé par les parlements nationaux, voire par un référendum en Irlande. M. Hollande assure vouloir le renégocier.
Mme Merkel y est d'autant plus hostile que, même en Allemagne, l'adoption du pacte est loin d'être acquise. Le 2 mars, Berlin a reconnu qu'en raison de la possibilité, prévue par ce texte, de poursuivre devant la Cour de justice de l'Union européenne (UE) un pays qui ne respecterait pas les nouvelles règles budgétaires, ce projet de loi qui porte atteinte à la souveraineté des Etats devra être adopté par une majorité des deux tiers dans chacune des chambres du Parlement allemand. Sans l'accord de l'opposition sociale-démocrate (SPD), le texte ne pourra être ratifié.
Alors qu'on attend prochainement un soutien explicite du SPD à M. Hollande, une subtile partie va donc se jouer dans les semaines à venir entre Mme Merkel, le SPD et M. Hollande. Avec en filigrane une question : quel équilibre entre rigueur et croissance en Europe ? Pour faire pression sur un éventuel président socialiste, la chancelière n'a d'autres moyens que de trouver d'autres alliés.
L'Italie et l'Espagne, proches traditionnellement de la France en tant que "pays du Club Med", sont actuellement dirigées par des conservateurs et promues partenaires privilégiées de l'Allemagne. M. Rajoy s'est rendu à Berlin dès sa prise de fonction et M. Monti a su s'imposer comme un interlocuteur incontournable de Mme Merkel.
CONTOURNER PARIS
Cette tentative de contourner la France n'est pas seulement liée à l'élection présidentielle française. La perte du triple A pour la notation de la dette de la France, par l'agence Standard and Poor's le vendredi 13 janvier, a également été un élément déterminant. Même si la chancelière soutient Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle, les liens entre les deux pays ne sont déjà plus ce qu'ils étaient.
Contrairement aux sommets précédents, le Conseil européen du 30 janvier n'a pas été précédé par une rencontre préparatoire entre les deux responsables (ceux-ci ne se sont vus que le 9 janvier) alors que Mme Merkel a multiplié les entretiens avec les autres leaders européens. Résultat : au conseil, la chancelière a présenté, contre l'avis de la France, l'idée d'envoyer en Grèce un commissaire européen aux économies.
Même désaccord lors du sommet du 1er mars. Alors que le président français affirmait que la crise appartenait au passé, Mme Merkel jugeait qu'un retour à la normale n'était pas pour demain.
La stratégie de la chancelière ne fait pas l'unanimité en Allemagne. Elle est non seulement critiquée par le SPD mais aussi par Guido Westerwelle, le ministre (libéral) des affaires étrangères. Comme il l'avait déjà fait le 6 février lors de la prestation télévisée commune à M. Sarkozy et à Mme Merkel, le ministre "recommande à tous les partis politiques allemands de faire preuve de retenue. Les divergences politiques allemandes ne doivent pas être exportées vers la France", estime-t-il dans un entretien au quotidien Die Welt du 4 mars.

La tête dans le sable 


François Hollande veut renégocier le pacte budgétaire signé par vingt-cinq pays de l’UE sur vingt-sept. Nicolas Sarkozy affirme que « nous sommes en train de tourner la page de la crise financière ». Les hommes politiques français sont incorrigibles : à gauche comme à droite, la présidentielle les incite à mettre la tête dans le sable. La zone euro est en feu, mais les candidats français n’ont pas le temps de jouer les pompiers en cherchant des idées crédibles pour allier lutte contre les déficits et recherche de la croissance. Ils sont trop occupés à en découdre.
L’Espagne et les Pays-Bas ont annoncé hier des déficits plus importants que prévu. Et le Fonds monétaire international a tenu à prévenir : « Nous sommes toujours dans la zone de danger. Il s’agit d’un marathon, pas d’un sprint. »
Nicolas Sarkozy annonçait déjà une sortie de crise en 2010. Hier, il a salué le premier sommet européen depuis un an « qui ne soit pas un sommet de crise ». Que lui faut-il donc ? De sommet en sommet, la stratégie européenne n’a pas changé : c’est celle de la rustine. Il a fallu des mois et des mois pour en trouver une capable de masquer le problème grec. C’est la rustine la plus chère de l’histoire du continent ! Le plus dramatique, c’est qu’elle ne résout rien et que le pare-feu européen, que les Allemands ne veulent pas étendre (où trouver des fonds pour le renforcer, d’ailleurs ?), sera incapable de boucher le trou espagnol, si jamais Madrid venait à être réattaqué. Ce qui ne manquera pas de se produire après le dérapage budgétaire annoncé hier.
Nous voilà, comme à l’automne, devant la quadrature du cercle : l’austérité est un remède qui se révèle pire que le mal… mais il n’y en a aucun autre. Quand les Pays-Bas annoncent à leur tour le dépassement de la barre psychologique des 3 % de déficit, il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Si même les pays de l’ex-zone Mark sont victimes d’anémie, que dire des malades en soins intensifs que sont l’Italie et le Portugal, ou de la France, qui a elle-même deux plans de rigueur en cours d’application ?
Tout est fait, à gauche et à droite, pour éviter d’angoisser les électeurs avant les rendez-vous électoraux. On n’attrape pas des mouches avec du vinaigre. Le réveil d’après scrutins s’annonce difficile pour tout le monde.

dimanche 4 mars 2012

Le blues de la blouse à l'école
 
La devise trône au fronton de nos mairies : liberté, égalité, fraternité. Les deux premières valeurs s'entrechoquent dans le débat sur l'uniforme scolaire. La liberté de choisir ses vêtements se traduit par des distinctions, des ségrégations, des exclusions. Les castes sociales se lisent en toutes lettres sur les sweats, les pulls et les jeans dans les cours de récré. Xavier Darcos avait le blues de la blouse. L'uniforme tel que pratiqué dans de nombreux pays, notamment anglo-saxons, ne fait que peu d'adeptes en France. Militariste, outil d'un conformisme social que les générations de 1968 avaient balayé avec soulagement, on lui reproche de gommer le multiculturalisme à l'école. Ses partisans lui préfèrent la blouse, moins coûteuse, qui revêt l'avantage - hypocrite ? - de pouvoir être présentée comme pratique. La question centrale est de gommer les différences sociales. Très jeunes, les écoliers s'habituent à se jeter à la figure leurs signes de richesse. En les empêchant de s'arrêter au paraître, qu'ils contourneront de toute façon, l'école peut les forcer à s'intéresser à l'être. En forçant une égalité visuelle, les enseignants prennent aussi plus facilement en compte les différences fondamentales de chacun. Pour que l'enfant soit considéré à l'école comme un être unique, avec sa personnalité et son histoire, il faudrait camoufler ce qu'il paraît. Ce sujet divise autant qu'il transcende tous les courants. Justement parce que les arguments s'arrêtent souvent à l'habit, qui fait bien plus le moine aujourd'hui qu'à d'autres époques. Or ceux qui le rejettent sont souvent les premiers à succomber à l'uniforme que la mode impose à leur « tribu ».

L'économie russe : pétrole, croissance et corruption

Durant ses 12 ans au pouvoir, Poutine a bénéficié de la hausse des prix du pétrole et il a su, manu militari, mettre un terme à l'anarchie des années Eltsine. Une classe moyenne a émergé, qui lui réclame des comptes.
Fin 1999, quand Vladimir Poutine est intronisé président de la Fédération de Russie, l'État est en faillite, l'inflation s'envole de 37% sur un an. Début 2012: l'homme fort brigue un nouveau mandat, il se présente devant les urnes ce dimanche. Son bilan semble flatteur. L'inflation est maîtrisée, la dette publique a quasiment disparu et la croissance s'est élevée en moyenne à 7% par an entre 2000 et 2008. En 12 ans, la Russie semble s'être remise des excès des années Eltsine.
le corrupteur, ex agent du KGB
Le mérite en revient-il à Poutine? Au prix de nationalisations forcées et par des méthodes bien éloignées d'un État de droit, le président au visage impassible a su ramener l'ordre dans le monde des affaires. Surtout, la Russie a profité de l'explosion du prix du baril sur la période. Mais n'a pas su utiliser cette manne pour diversifier son économie. En 2010, le secteur pétrolier comptait encore pour 60% des exportations du pays.
«On pourrait dire que Poutine a seulement été présent au bon moment, et que la Russie ne pouvait pas passer à côté de l'envolée des hydrocarbures sur les marchés internationaux», critiquent les économistes d'Exane BNP Paribas. Une preuve: la crise qui a ébranlé le monde ces dernières années a touché la Russie plus que tout autre grand pays émergent, comme la Chine ou le Brésil. Son économie a plongé de 7,9% en 2009, en parallèle de la dégringolade des prix du pétrole.

L'essor de la classe moyenne

Le boom pétrolier russe a malgré tout permis l'essor de la classe moyenne. Un signe: dans les métros de Moscou ou de Saint-Pétersbourg, on compte bien plus de tablettes tactiles et autres livres électroniques entre les mains des passagers qu'à Paris. Les revenus des ménages ont augmenté de 10% à 15% l'an entre 1999 et 2007. La consommation est devenue un des moteurs de l'économie, sans pour autant que cela profite à l'industrie nationale, trop peu compétitive et ne sachant pas répondre aux envies des consommateurs. Résultat, les importations ont été multipliées par cinq en 10 ans.
Si la pauvreté absolue a régressé, revenant de 20% en 2003 à 16,1% en 2011, une bonne partie des Russes se sentent toujours laissés pour compte. «Certains sondages montrent que 40% des Russes se considèrent comme pauvres, soit à peu près le même niveau… qu'en 1990», rapporte Tania Sollogoub, économiste au Crédit agricole. La faute au creusement des inégalités, explique l'économiste: «Dix ans de croissance ont consolidé les revenus d'une oligarchie nourrie par la rente énergétique».

Pots de vin

Malgré cette nouvelle prospérité, les maux traditionnels de la Russie perdurent, comme la corruption. «Le montant des pots de vins s'ajuste au prix du pétrole!, lâche Olga Garanina, maitre de conférences à l'Université de Saint-Pétersbourg. Selon une étude, les dessous de table ont presque été multipliés par deux en cinq ans, passant de 90 dollars en 2005 à 176 dollars en 2010.» Cette tare accable aussi bien les citoyens que les entreprises. «Le climat des affaires qui prévaut en Russie reste un handicap persistant pour l'économie», reconnaissent même du bout des lèvres les experts très policés de l'influente Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).
S'il est réélu le 4 mars, ce qui ne fait guère de doute, Poutine n'aura pas seulement à s'occuper de corruption. Les Occidentaux l'appellent à privatiser les secteurs, comme l'énergie, qu'il avait en partie nationalisée au début des années 2000. La présence de l'État s'est traduite en effet par un manque d'investissements. L'usure des équipements dans le secteur électrique et gazier s'approche ainsi de 60%, et grimpe jusqu'à 80% environ dans le raffinage. Toutefois, nuance Olga Garanina, «si les privatisations sont réalisées dans un cadre institutionnel insuffisamment stabilisé, les risques de l'accaparation d'actifs sont très forts, ce que l'on a observé dans les années 1990».
Retrouvant le siège de président, Poutine devra faire face aux problèmes d'une transition inachevée. Avec une classe moyenne désormais vindicative, ce qui inquiète des investisseurs étrangers déjà échaudés par la crise de l'euro. Beaucoup de ces derniers ont d'ailleurs retiré leurs billes en 2011, provoquant la plus importante fuite de capitaux que la Russie n'ait jamais connue. Pour Poutine, c'est la rançon d'un demi-succès.

De moins en moins de très pauvres

Les bonnes nouvelles sont-elles encore de bonnes nouvelles lorsqu'elles sont lointaines ? On peut en douter, quand on sait que les catastrophes nous saisissent d'autant plus qu'elles se rapprochent. Lorsque des Africains, des Chinois et des Indiens sortent de la très grande pauvreté, l'opinion des pays encore riches frémit-elle de satisfaction ?
Non, hélas. Pourtant, notre neurasthénique pays aurait bien besoin de se remonter le moral. BVA et Gallup International montrent de nouveau cette année que les Français sont plus pessimistes que leurs voisins européens en matière de perspectives économiques, mais aussi plus sombres quant à l'évolution de leur situation personnelle que les Afghans, les Irakiens et les Pakistanais ! Et cela ne s'arrange pas. Plus les Français se voient inquiets, et plus ils s'inquiètent !
Dans ce déprimant contexte, apprendre que l'objectif de réduction de moitié de l'extrême pauvreté dans le monde a été atteint cinq ans plus tôt que prévu nous laisse toujours aussi abattus. À moins que cette annonce faite par les Nations unies ne nous précipite encore plus profondément dans cette spirale de l'asthénie collective. Si les plus pauvres, et même les Africains, sortent de la misère, c'est que nous allons y entrer pour prendre leur place !
On a sans doute raison de voir dans le grand feuilleton économique mondial un drame où se jouent sans cesse des rapports de force, mais pas forcément de penser que demain sera l'image inversée d'hier. Or, les puissances occidentales voient, dans la part massive et grandissante que prennent les pays émergents dans la croissance mondiale (les deux tiers), une menace sur leur séculaire domination du monde.
On n'a pas plus décrété le déclenchement du phénomène de mondialisation qui secoue la planète qu'on ne pourra en siffler la fin. Elle est là et bien là.
Elle a pour elle cette évidence économique qui ne demande rien à personne, et même une évidence morale qui s'impose à tout le monde. Qui pourrait déplorer que des enfants mangent à leur faim, qu'ils soient scolarisés, qu'ils aient enfin accès à des soins médicaux ?
La suite s'imagine différemment selon qu'on est pessimiste ou optimiste. Si l'on est pessimiste, on verra dans ces pays qui s'éveillent nos prochains et redoutables concurrents sur le ring économique mondial. Si l'on est optimiste, on regardera ces sociétés en développement comme des partenaires stimulants et des marchés ouverts à nos produits et à nos services.
Or, le moral, en France, on a vu ce qu'il était. La priorité des candidats à l'élection présidentielle devrait être de redonner confiance au pays, plutôt que de dénoncer et gémir tout au long d'une assez triste campagne.
Lorsque des Africains, des Chinois et des Indiens sortent de la très grande pauvreté, l'opinion des pays riches frémit-elle de satisfaction ?

Grèce: une filière de trafic d'antiquités mise à jour

La police grecque a récupéré des "milliers" d'anciennes pièces de monnaie après avoir démantelé samedi une importante filière de trafic d'antiquités.
"Des milliers d'anciennes pièces de monnaie ont été trouvées grâce à des détecteurs de métaux", a précisé une source proche de la police. La Grèce est depuis toujours la cible des trafiquants d'antiquités du fait de la richesse de son patrimoine archéologique.
La police grecque a effectué des perquisitions dans 13 préfectures, notamment dans le nord du pays, et procédé à 35 arrestations.
Plus de 70 objets ont été volés le mois dernier au musée d'Olympie, ville berceau des jeux Olympiques, où deux hommes cagoulés ont neutralisé l'alarme et maîtrisé la seule gardienne présente qui venait de prendre son service.
Un mois plus tôt, un nombre indéterminé de voleurs avaient fait irruption dans la Galerie nationale d'Athènes et volé une toile offerte à la Grèce par Pablo Picasso, ainsi que deux autres oeuvres.

Sarkozy accuse Hollande, sans le nommer, de «tartufferie»

A Bordeaux, où il prononçait son cinquième grand discours de campagne, le président-candidat a longuement fustigé le PS à qui il reproche de l'avoir chahuté jeudi dernier à Bayonne. Il a aussi taclé François Hollande, qui a proposé un taux d'imposition à 75% pour les hauts revenus.


Le tartuffe en action

La réponse à Bayonne est venue d'emblée, cinglante: «A Bayonne, jeudi dernier, j'ai vu des gens qui ne supportaient que l'on puisse avoir une opinion différente de la leur», a commencé Nicolas Sarkozy, devant plusieurs milliers de militants UMP (8 000, selon le parti) rassemblés au centre des congrès de Bordeaux. «J'ai vu des gens qui ne pouvaient admettre que l'on ne pense pas comme eux, a-t-il poursuivi. Ils s'imaginent qu'ils vont gagner par la violence et par l'intimidation, ils se trompent!» Le président candidat, qui a été violement chahuté jeudi dernier dans le centre de Bayonne, alors qu'il tentait d'aller à la rencontre des habitants, a poursuivi l'offensive: «Dans la République, on n'empêche pas les autres de parler, on ne se comporte pas comme des voyous!». Le chef de l'Etat est furieux de cette journée de campagne gâchée, qui est venue s'ajouter aux mauvais sondages de la fin de la semaine, enregistrant une baisse des intentions de vote au premier tour.
Sans citer le parti socialiste, suspecté par l'UMP d'avoir largement participé au «guet-apens» de Bayonne, voire même de l'avoir organisé, Sarkozy a taclé «ceux qui se sont joints aux séparatistes basques, petite minorité animée d'une haine aveugle contre la France et prête à tout.» «Honte à ceux qui considèrent qu'une campagne électorale doit être une succession de guet-apens et de coups bas», a-t-il martelé, avant d'ajouter: «Jamais il ne nous viendrait à l'idée de perturber leurs réunions, d'empêcher leurs rassemblements, d'invectiver leurs partisans (…) Je ne veux pas de la République des partis, des clans, des sectaires! (…) Ceux qui se rangent du coté des voyous n'aiment pas la République». Le président a aussi mis en garde «ceux qui nourriraient l'espoir de pouvoir (l)'intimider»: «J'irai partout à la rencontre des Français, personne ne m'en empêchera». Et d'ajouter, bravache: «Ils ne veulent pas qu'il y ait une campagne? Il y aura une campagne, et une sacrée campagne! (…) Personne ne volera cette élection aux Français.»

«C'est du Guéant dans le texte!»

Pour ce cinquième meeting de campagne, Nicolas Sarkozy avait choisi d'aborder les thèmes régaliens, chers à une partie de son électorat et à celui de Marine Le Pen que l'UMP aimerait «siphonner» dès le premier tour de la présidentielle. Le candidat, qui a la main sur ces sujets depuis dix ans (2002), a fait une batterie de nouvelles propositions offensives sur l'immigration, la justice et la laïcité (lire encadré).
Au lendemain de nouvelles déclarations du ministre de l'intérieur Claude Guéant sur les musulmans, Sarkozy a redit son opposition au droit de vote des étrangers aux élections locales, une «atteinte à la République». «Quand on a perdu le vote populaire, on veut mobiliser le vote communautaire», a lancé Sarkozy, qui reproche au PS - sans le nommer - de vouloir séduire les Français d'origine étrangère en proposant d'ouvrir aux étrangers non communautaires le droit de vote aux élections locales. «Rappeler que la République est laïque, ce n'est stigmatiser personne (…) Nul ne peut nous demander de renoncer à notre mode de vie» a-t-il ajouté plus loin, en proposant «l'étiquetage des viandes en fonction de la méthode d'abattage». Le président a rappelé que les cantines scolaires sont «elles aussi tenues au principe de laïcité».
Des propos qui ont été perçus par les proches de Claude Guéant comme un satisfecit présidentiel. «C'est du Guéant dans le texte!», s'est félicité un conseiller du ministre de l'Intérieur, qui n'était pas présent au meeting de Bordeaux. Son entourage jure qu'il n'a jamais été question qu'il s'y rende, alors que les sujets abordés samedi par le président relevaient pourtant de sa compétence. «Aucun ministre n'était invité, sauf Juppé, le président veut être seul face aux Français», insiste un conseiller de Guéant.

Sarkozy dénonce le «cynisme» de Hollande

Retrouvant certains accents de son discours de Grenoble de juillet 2010 - très ferme sur les questions de sécurité et d'immigration - Sarkozy a estimé que si l'immigration pouvait être un «atout», elle pouvait aussi être un «problème». «Pourquoi mentir, pourquoi ne pas avoir le courage d'employer les mots? (…) On ne peut pas être les bienvenus en France si la seule justification de sa volonté c'est d'obtenir des prestations sociales!», a insisté Sarkozy, sous les vivats des militants UMP.
Le président candidat a enfin vivement taclé François Hollande qui a proposé de taxer les très hauts revenus à 75%. «Quand on propose un taux d'imposition à 75% pour faire payer les riches et que l'on explique le lendemain que cela n'a pas vocation à rapporter un seul euro au budget de l'Etat, je dis que c'est du cynisme, c'est une tartufferie. Ceux qui disent cela sont des tartuffes!»
Avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy, qui était accompagné de son épouse Carla et de son ami Brice Hortefeux, Alain Juppé avait chauffé les militants. «J'ai confiance dans le bon sens des Français a-t-il lancé. La France a besoin de lui (Sarkozy, NDLR)». Le matin même dans Sud-Ouest, le maire de Bordeaux s'était montré moins optimiste, reconnaissant que le chef de l'Etat souffrait d'un «déficit de sympathie».


Immigration et justice: les propositions de Sarkozy

Dans son discours, Nicolas Sarkozy a développé la thématique de «l'immigration choisie», souhaitant réduire le nombre de nouveaux immigrés. «Nous devons réduire le nombre des arrivées sur notre territoire. C'est pour cela qu'il faut mettre des conditions au regroupement familial: un travail, un logement décent, l'engagement à apprendre le français», a-t-il déclaré. Il s'est aussi déclaré en faveur de «l'étiquetage de la viande en fonction de la méthode d'abattage». «Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu'il mange, hallal ou non», a-t-il dit.
En matière de justice, Nicolas Sarkozy a aussi proposé qu'un «condamné ne puisse pas bénéficier d'une remise en liberté conditionnelle avant qu'il ait effectué au moins les deux tiers de sa peine». Il s'est également prononcé «pour un droit d'appel des victimes pour les décisions des cours d'assises, pour la détention provisoire et l'exécution des peines». Le président-candidat souhaite également étendre les jurys populaires à la mise en détention provisoire et l'application des peines», et affirmé que «l'obligation de réparer le dommage» devait être une «priorité de la politique pénale des mineurs».

Sarkozy s’insurge contre la pensée unique

Nicolas Sarkozy a tenu hier un meeting à Bordeaux devant 8 000 personnes sur le thème de la République. D’entrée, il a illustré son propos par les incidents dont il a été la cible à Bayonne jeudi. "Honte à ceux qui se sont joints aux séparatistes basques, petite minorité animée d’une haine aveugle contre la France", a-t-il dit, visant les militants socialistes qui se sont joints aux séparatistes basques.
Et d’enchaîner : "Ils ne veulent pas qu’il y ait une campagne. Faites-moi confiance, il y aura une campagne et même une sacrée campagne. Ils ne veulent pas de débat, il y aura un débat. Personne ne volera cette élection et cette campagne aux Français !"
Nicolas Sarkozy dénonce le projet socialiste de droit de vote aux étrangers non européens : "Séparer le droit de vote de la citoyenneté, de la nationalité, c’est porter atteinte à la République. C’est ouvrir la voie au vote communautaire. C’est mettre les maires sous la menace du chantage communautaire". Et d’ironiser : "Quand on a perdu le vote populaire, on veut mobiliser le vote communautaire". Il a appelé à l’étiquetage de la viande abattue rituellement.
 "En France il y a une majorité silencieuse qui n’en peut plus de se taire"
Nicolas Sarkozy a plusieurs fois dénoncé la "pensée unique" : "En France il y a une majorité silencieuse qui n’en peut plus de se taire et de supporter les leçons de ceux qui n’en ont aucune à donner".
Sur François Hollande qui expliquait que l’impôt à 75 % qu’il propose "n’a pas vocation à rapporter un seul euro au budget de l’État", Nicolas Sarkozy s’est indigné : "J’appelle cela du cynisme, c’est une tartufferie". Et de dénoncer "les clientèles et les castes" pour le financement desquelles "c’est vous, les classes, moyennes, qui allez payer".
Sur le plan judiciaire, il a prôné que la liberté conditionnelle ne puisse survenir avant les 2/3 de la peine. Il propose d’étendre les jurys populaires "à la mise en détention provisoire et l’application des peines", et a affirmé "l’obligation de réparer le dommage" comme une "priorité" pour les mineurs. Il a enfin proposé de permettre aux victimes de faire appel d’un verdict d’assises.

Merkel et des dirigeants européens sont-ils ligués contre Hollande ?

Existe-t-il une fronde anti-Hollande dans certaines capitales européennes ? C'est en tout cas ce qu'affirme Der Spiegel à paraître lundi 4 mars. A en croire le magazine allemand, la chancelière allemande, Angela Merkel, et ses homologues conservateurs italien, espagnol et britannique se seraient entendus pour boycotter le candidat socialiste à l'élection présidentielle. 
Mme Merkel, le président du Conseil italien, Mario Monti, et le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, se seraient ainsi "engagés verbalement" à ne pas recevoir François Hollande, que les sondages donnent vainqueur de la présidentielle, affirme Der Spiegel. Une promesse à laquelle se serait joint le premier ministre britannique, David Cameron.

"SCANDALISÉS"
D'après l'hebdomadaire, les dirigeants conservateurs sont "scandalisés" par la volonté affichée du candidat socialiste de renégocier le pacte fiscal, une pièce centrale du sauvetage de la zone euro.
La préférence d'Angela Merkel concernant l'identité du prochain locataire de l'Elysée n'est un mystère pour personne. Le 6 février, la chancelière avait apporté tout son soutien au président-candidat Nicolas Sarkozy. Après un Conseil des ministres franco-allemand à Paris, elle avait déclaré : "Je soutiens Nicolas Sarkozy sur tous les plans car nous appartenons à des partis amis", avant de rappeler que le président sortant était venu lui prêter main forte en 2009, avant les législatives qui ont permis sa reconduction à la tête du gouvernement allemand.
Mme Merkel doit aussi participer à un ou des meetings de M. Sarkozy. M. Hollande avait ironisé sur ce soutien, jugeant que le fait que Nicolas Sarkozy ait "besoin" d'Angela Merkel "en disait long sur sa situation". "Si Mme Merkel veut faire campagne pour M. Sarkozy, elle en a parfaitement le droit (...). C'est même une tâche rude qu'elle se donne car ça ne sera pas facile de convaincre les Français ", avait-il plaisanté.
François Hollande avait demandé à être reçu par Angela Merkel, qui avait refusé de dire si elle recevrait à Berlin le rival socialiste de "son" candidat. Une rencontre à Berlin entre Mme Merkel et M. Hollande, qui mène dans les sondages face à Nicolas Sarkozy, a été évoquée pour mai, sans être confirmée ou infirmée.
"FAIRE PREUVE DE RETENUE"
Dans un entretien à l'édition dominicale de Die Welt, samedi, le ministre des affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, a appelé les hommes politiques allemands à ne pas s'immiscer trop ostensiblement dans la campagne présidentielle française.
"Je recommande à tous les partis politiques allemands de faire preuve de retenue. Les divergences politiques allemandes ne doivent pas être exportées vers la France", déclare Guido Westerwelle, qui appelle également le gouvernement à ne pas prendre pas trop fortement parti : "Il ne doit subsister aucun doute sur le fait que l'Allemagne travaillera très bien avec tout gouvernement choisi par le peuple français", avait-il insisté.

HOLLANDE EST NUL ! 
ILS NE VEULENT PAS ÊTRE CONTAMINÉ !
C'EST UNE MESURE DE SAUVEGARDE.

PAROLE D'OUVRIER :

 « Avec Sarkozy, j’ai râlé souvent, certaines de ses attitudes étaient bizarres, gaffeuses pour un homme intelligent. Mais dans la tempête, il était là. Hollande, dans ses discours, on ne voit nulle part le monde, l’Europe. Il n’y a qu’une France de notables de province. C’est un apparatchik du PS, il n’a jamais fait que ça, il ne sait pas ce qu’est l’entreprise ».

Triste empire poutinien

L'auteur du plus russe de tous les romans russes, Les Ames mortes, y compare ma patrie à une "ardente troïka" qui laisse littéralement derrière elle le reste du monde. "Où voles-tu ainsi ? - Pas de réponse." Ce passage de Gogol, que connaît tout écolier russe, a donné espoir à des générations de lecteurs : et si c'était vers l'avenir radieux que nous emmenait cette troïka ?

Depuis, il s'est écoulé plus d'un siècle et demi. Le pays a accumulé une expérience historique, le peuple une expérience génétique. Les tentatives d'émancipation de la société ont abouti à une dictature plus cruelle encore. Il est probable que Gogol, s'il vivait aujourd'hui, comparerait la Russie à une rame de métro parcourant le tunnel dans les deux sens - de l'ordre dictatorial à l'anarchie démocratique, et vice versa - sans dévier de l'itinéraire qui lui est imposé. Un métro qui ne va nulle part.
Le problème de mon pays n'est pas, hélas, que les dernières élections y aient été entachées d'irrégularités : il est que, même sans ces irrégularités, le parti de Poutine les aurait gagnées. L'opposition en convient d'ailleurs elle-même. En Russie, la valeur suprême est, aujourd'hui comme hier, la stabilité.
Ce qui se passe actuellement sous nos yeux en Russie rappelle étonnamment la période qui a précédé la révolution de 1917. Sur un même territoire coexistent, tout comme il y a cent ans, deux nations, russes l'une et l'autre, et parlant la même langue, mais qui diffèrent radicalement par l'esprit comme par la culture. Une partie du peuple, de loin la plus nombreuse, misérable, avinée, ignorante, à la mentalité encore moyenâgeuse, vit en province. L'autre partie, concentrée dans les deux capitales, est éduquée, aisée, a voyagé dans le monde entier et a de la démocratie et de l'organisation sociale une conception européenne.
Pour la première, l'ordre ne peut être assuré en Russie que d'une main de fer, par un tsar ou un Staline. Pour la seconde, toute l'histoire russe n'est qu'un cloaque sanglant dont il faut absolument sortir pour adopter un régime libéral à l'européenne. Nous savons à quelle monstrueuse catastrophe a conduit, voici un siècle, cette opposition, mais nous restons incapables d'en surmonter les conséquences.
Ma génération a eu la chance de parcourir le tunnel dans les deux sens : la perestroïka et la faiblesse du pouvoir, au début des années 1990, ont mené le pays au chaos, après quoi la rame est repartie dans la direction opposée, tout droit vers le nouvel empire poutinien.
Août 1991 a été le tournant, une frontière entre un passé soviétique nauséabond et un avenir qui semblait radieux, plein d'espoir. Nous avons cru que le pays était définitivement dégoûté de la barbarie et que la vie allait désormais suivre un cours nouveau, obéir à de nouvelles lois fondées sur le respect de la dignité humaine. Et, surtout, que le sang ne coulerait plus. Le fait même qu'une tentative de putsch qui aurait pu coûter la vie à des milliers de personnes se soit achevée presque sans effusion de sang paraissait hautement symbolique. Le pays avait payé sa liberté de la vie de trois jeunes gens. Plus symbolique encore, l'un était orthodoxe, le second musulman, le troisième juif. A leur enterrement, auquel nous avons assisté, chacun s'accordait à dire que ces trois garçons avaient donné leur vie pour notre patrie commune, pour la nouvelle Russie libre. Et à croire que le sang coulait pour la dernière fois.C'était, malheureusement, la première d'une longue série. Le temps de l'espérance était fini, faisant place à celui de la désillusion.
En octobre 1993, à Moscou, le nouveau pouvoir "démocratique" a fait tirer depuis des tanks sur son propre peuple. Le sang a de nouveau coulé dans les rues des villes russes, les règlements de comptes entre criminels se sont multipliés. En 1995 a commencé la guerre de Tchétchénie. Sous la rhétorique démocratique de la nouvelle Russie se dessinaient avec netteté les contours de la Russie ancienne, de la Russie éternelle.
Je me souviens des sentiments mêlés avec lesquels je regardais à la télévision les événements de Kiev. La "révolution orange" ! Quelle joie de voir, place de l'Indépendance, les visages heureux de ces jeunes gens qui relevaient la tête pour affirmer leur dignité d'êtres humains ! Et quelle amertume de penser que, quelques années plus tard, ils conspueraient et mépriseraient les leaders mêmes qui les avaient appelés à manifester... C'est ce qui, hélas, s'est produit. Et c'est aussi le scénario que suivent les révolutions arabes des derniers mois. Faites par des gens prêts à donner leur vie pour la liberté et la dignité de l'homme, elles voient périr les meilleurs d'entre eux, après quoi tout recommence comme avant.
En 1991, nous avons été naïfs. Tout nous semblait simple et clair : notre pays avait été confisqué par les bandits communistes, il suffisait donc de chasser le Parti communiste pour que les frontières s'ouvrent et que nous réintégrions la grande famille des peuples qui vivent selon les lois de la démocratie, de la liberté, du respect des droits de la personne.
Ce que, bizarrement, nous n'avions pas vu, c'est que les mots en eux-mêmes n'étaient pas nouveaux. Nous avions oublié que tous ces beaux vocables, sitôt acclimatés en Russie, avaient perdu leur sens premier pour signifier tout autre chose que ce qu'ils étaient censés signifier. Qui pouvait imaginer que le Parti communiste disparaîtrait, mais que, nous, nous resterions, et que ces mots de "démocratie", de "parlement", de "constitution", ne seraient que les instruments d'un combat sans merci pour le pouvoir et l'argent dans la nouvelle Russie libre ?
Le nouvel empire poutinien rappelle ses prédécesseurs tsariste et soviétique. L'autocratie a revêtu des oripeaux démocratiques, mais, pour le reste, rien n'a changé : le déni des droits du peuple et l'arbitraire des dirigeants, la corruption à tous les niveaux, le contrôle des moyens d'information de masse, l'assassinat de journalistes rebelles comme Anna Politkovskaïa, l'emprisonnement des oligarques dissidents comme Khodorkovski. Et malgré tout cela, aux élections, le peuple continue de voter, de son plein gré, pour le parti du pouvoir. Comment ne pas se rappeler ce slogan de l'époque soviétique, qu'on pouvait lire à chaque coin de rue : "Peuple et parti ne font qu'un" ?
Quant aux écrivains, ils sont libres d'écrire et de publier. Il arrive même que des auteurs d'opposition reçoivent de prestigieux prix littéraires. Mais cela témoigne moins du "libéralisme" du régime que de la place marginale consentie à la littérature dans la Russie actuelle. C'est en effet par la télévision que le Kremlin s'assure le contrôle de l'électorat.
La Russie vit en ce moment la révolution de l'Internet. Le développement de l'Internet et des réseaux sociaux, ces dernières années, a atteint une masse critique, permettant de fédérer la partie éduquée de la société. Les leaders des mécontents sont des blogueurs, comme Alexeï Navalny, qui appelle ouvertement à combattre Russie unie, ce "parti des gredins et des voleurs".
Mais cette icône de l'opposition est complètement inconnue de cette part du peuple qui constitue l'électorat de base du pouvoir, car ni lui ni les autres figures de proue de la contestation ne passent à la télévision. L'Internet n'exerce pas encore une grande influence sur les quelque 150 millions d'habitants de la Russie. Mais, le jour où ce sera le cas, il se passera ce qui s'est passé avec la télévision : le pouvoir en prendra le contrôle.
Les variantes possibles sont peu nombreuses. Poutine sortira vainqueur de l'élection présidentielle de mars. Que cette élection soit "honnête" ou non importe peu : le vainqueur la dira régulière, les vaincus la diront truquée.
Ceux qui appelleront à manifester place du Marais ou avenue Sakharov tenteront d'exploiter la défaite pour nourrir des actions de protestation du type de celles qui ont renversé le régime de Kiev ou celui du Caire. Il faut souhaiter que le sang ne coule pas de nouveau. Mais, selon toute probabilité, il coulera quand même. Le va-et-vient de la rame de métro dans le tunnel durera longtemps encore.
De toute évidence, une nouvelle génération est née, qui voudra vivre à son tour l'expérience des barricades, et qui la vivra. Puis elle connaîtra la désillusion.
Mais elle connaîtra aussi cette sensation magnifique, incomparable, que donne le fait de combattre pour ses idéaux. En décembre dernier, je suis retourné à Moscou spécialement pour participer aux manifestations de l'avenue Sakharov. Et j'ai découvert les visages magnifiques de mes compatriotes qui étaient descendus dans la rue pour défendre leur honneur.
Je garde en particulier le souvenir de ces jeunes filles qui brandissaient leurs iPad, sur lesquels elles avaient inscrit leurs slogans. Elles avaient l'air heureuses. Et elles l'étaient, car le bonheur ne dépend ni de la géographie ni du degré de démocratie du système politique.



Le JDD porte plainte contre l'article "Le JDD de Sarkozy" paru sur l'Express.fr

Le Journal du Dimanche (JDD) va "porter plainte en diffamation contre un article de Frédéric Martel, 'Le JDD de Sarkozy'", publié dans son blog sur l'Express.fr, a annoncé samedi 3 mars Lagardère Active, branche médias du groupe Lagardère à laquelle appartient le JDD.

"Même si le JDD ne relève pas d'ordinaire les thèses conspirationnistes, il a décidé de porter plainte en diffamation contre l'article de Frédéric Martel 'le JDD de Sarkozy' paru dans l'Express.fr le 2 mars", indique Denis Olivennes, président du Directoire de Lagardère Active, branche médias du groupe Lagardère (JDD, Europe 1, Paris Match, Télé 7 Jours...) dans un communiqué.

"Il n'est pas question de laisser attenter à l'honneur, à l'intégrité et à l'indépendance des journalistes et des titres placés sous mon autorité", ajoute-t-il dans ce communiqué.
Dans cet article, M. Martel, auteur d'un livre intitulé "J'aime pas le sarkozysme culturel" (Flammarion), affirme notamment que "Nicolas Sarkozy a mis la main sur le titre depuis plusieurs années et continue de le diriger, indirectement, à tous les étages".

CE QUI PROUVE QU'AUJOURD'HUI L'EXPRESS DE CHRISTOPHE BARBIER EST DE GAUCHE

ILS 'Z'ONT DIT 

L’Europe s’enfonce dans les dénis démocratique et économique  
 
Un sommet chargé, cette fin de semaine, à Bruxelles – mais ne le sont-ils pas tous, depuis qu’Europe rime avec crise, et euro avec dette ? Chargé, parce qu’il fallait gérer le sauvetage grec, les pays qui frappent à la porte, ceux qui accusent de nouvelles difficultés, le nouveau pacte budgétaire par lequel on nous donne l’austérité comme règle, etc. et tout cela sans agacer (pour ne pas dire pire…) des opinions publiques qui voient rouge, dans leur grande majorité, dès qu’on leur parle de Bruxelles, et descendent dans la rue dès qu’on les incite à se serrer la ceinture. Alors, les contraindre, vous pensez bien, est un jeu dangereux…
Aussi, avant toute chose, s’emploie-t-on à calmer ces peuples, qui sont décidément des empêcheurs de mondialiser en rond. Il est vrai que le peuple croit encore, le pauvre !, en la démocratie ; croit encore être souverain.
Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne reconduit, facilement en cette occasion (il n’y avait ni autre candidat, ni opposition), dans ses fonctions pour un nouveau mandat de deux ans et demi, l’a joué nuancé : « Je ne dis pas qu’on est sorti de l’ornière, mais il y a un tournant dans la crise. »
Son comparse de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a certes souligné que la crise de la dette est « encore là ». « Mais maintenant nous avons la possibilité d’un changement de perspectives, a-t-il ajouté. Avec l’adoption dans son principe du nouveau programme [de sauvetage] de la Grèce, qui est un point essentiel, avec la pression réduite sur d’autres pays exposés, nous avons maintenant des conditions nous permettant de nous concentrer sur une question essentielle, la croissance et l’emploi. »
C’est un peu le serpent qui se mort la queue : ce sont les nouvelles avancées évoquées qui permettent d’envisager une sortie de crise, mais c’est parce qu’on envisage cette sortie de crise qu’on peut se permettre ces nouvelles avancées
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas Nicolas Sarkozy, trop empêtré dans ses contradictions et engagé dans une campagne électorale moins flamboyante qu’il ne l’espérait (voir ci-dessous), qui viendra dire le contraire !
Les milliards grecs
La zone euro donc a ouvert la voie au déblocage du deuxième plan de soutien à la Grèce, soit 130 milliards d’euros d’aide publique et un effacement partiel de la dette détenue par les banques, à hauteur de 107 milliards d’euros. Les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont en effet estimé qu’Athènes avait rempli toutes les conditions exigées avant tout déboursement, en termes d’économies budgétaires et de réformes économiques.
On ne voit pas – en tout cas : on ne nous dit pas… – ce qui a changé. La Grèce, si on arrive à faire l’impasse de la violente opposition populaire, affirme depuis des semaines que tout est en place, et qu’elle satisfait bien aux conditions (qui sont des abandons de souveraineté, une fois de plus) nécessaires pour obtenir cette nouvelle aide. Hier, Bruxelles ne voulait pas l’admettre. Aujourd’hui, elle acquiesce.
Hormis le fait que le Parlement grec avait donné son aval (une nouvelle fois) au dit plan d’austérité, la seule réelle différence, semble-t-il, c’est que Berlin est désormais satisfait des garanties. « Si les conditions fixées sont remplies… », a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble à l’ouverture de la réunion. Et tous les autres (à l’exception des seuls, semble-t-il, Pays-Bas qui ont osé émettre un doute) se sont engouffrés dans la brèche ainsi ouverte par l’Allemagne qui, une fois encore, fait la pluie et promet le beau temps.
La seule certitude, dans tout cela, c’est que l’argent ainsi accordé à Athènes est donné à fonds perdu, puisque les Européens ne le reverront pas. Ce n’est pas du pessimisme contre l’optimisme, voire l’euphorisme dont fait preuve Bruxelles. C’est l’avis d’un analyste semble-t-il autorisé, puisque le FMI a cru bon de publié son commentaire…
Discipline budgétaire
Autre point important : la signature, vendredi matin, de vingt-cinq des vingt-sept pays de l’Union européenne du nouveau traité instaurant plus de discipline budgétaire en Europe.
Qu’on me permette une nouvelle fois d’exprimer ma satisfaction qu’un sujet aussi délicat, au point que pendant des mois personne n’arrive à s’accorder sur cette question budgétaire, soit réglé en quelques heures, simplement parce qu’on a décidé de se réunir à Bruxelles pour signer un traité.
Chacun (ou presque) oublie donc ses griefs et ses oppositions ? Admet une règle d’or considérée comme insupportable par les peuples – surtout au moment-même où on apprend que le chômage a encore augmenté ? Ou croit le mensonge de Nicolas Sarkozy qui ose affirmer devant les Français qu’en donnant plus de pouvoir à Bruxelles (il est vrai qu’il ne le dit pas comme ça…) la France recouvrera davantage de souveraineté budgétaire ?
Cela paraît beaucoup plus complexe, mais c’est, en un sens, beaucoup plus simple. Et c’est encore l’Allemagne, par la voix d’Angela Merkel, qui, en consentant désormais au mécanisme de sauvegarde européen, a donné un signal fort, en direction des marchés, pour montrer « que nous souhaitons un avenir avec une Europe politiquement unifiée ». Dans laquelle les Etats-membres, censés être souverains, auraient de moins en moins la possibilité de s’exprimer…
Et ce déni de démocratie serait bon pour nous, Nicolas ?
Nous y reviendrons…

Le Pacte budgétaire n’est pas la panacée

Le nouveau traité signé le 2 mars à Bruxelles par 25 Etats membres est censé ouvrir une nouvelle ère de responsabilité budgétaire et d’union économique. Mais, affirme un éditorialiste britannique, il n’est en réalité ni fait ni à faire et va renforcer les tendances peu démocratiques de l’UE. 

Le commentaire le plus lamentable à nous parvenir d’Europe cette semaine est à attribuer à un haut responsable de Bruxelles, qui a déclaré que la crise de la zone euro s’orientait désormais vers une solution grâce à l'intervention de la Banque centrale européenne, qui a décidé d’injecter 500 milliards d’euros de plus dans le système, sous forme de prêts aux banques.

Ah oui? Alors que les Irlandais se préparent à organiser un référendum sur le nouveau Pacte budgétaire conclu par les membres de la zone euro, que la Bundesbank dénonce ouvertement les agissements de la BCE et que les marchés refusent vigoureusement de croire au renflouement grec ou aux garanties sur la dette souveraine, qui peut vraiment croire que l’on est sorti d’affaire? Personne dans les capitales européennes, ni même à Berlin et Paris.

L'UE ne sait plus quoi faire pour se faire adopter

C’est le problème avec l’UE en ce moment. Elle ne sait plus quoi faire pour se faire adopter. La seule chose qui soit intéressante, à propos de ses sommets, ce n’est pas qu’ils aboutissent à des décisions, mais plutôt qu’ils ne décident jamais vraiment de grand-chose.
Prenons le dernier sommet en date à Bruxelles, qui a commencé le 1er mars et devait se terminer le 2. Il était censé apposer son sceau sur le Pacte budgétaire, qui ouvrirait une nouvelle ère de responsabilité fiscale et d’union économique. Il avait également pour mission d’augmenter le plafond des fonds de renflouement à un niveau suffisant pour convaincre les marchés que la zone euro était bien là pour durer, solide, entière, efficace.
Au lieu de quoi, la décision sur la dimension du renflouement a été reportée à plus tard dans le mois (ou le mois suivant, ou celui d’après, c’est selon). Normalement, nous aurions aussi dû assister le 2 mars à un sommet distinct réunissant les dirigeants de la zone euro afin de mieux lancer officiellement toute l’affaire. Finalement, il n’aura pas lieu. “Il n’a pas été annulé, parce qu’il n’a jamais été officiellement à l’ordre du jour", a déclaré un porte-parole dans cette magnifique langue de bois bruxelloise.
La décision irlandaise de passer par la voie référendaire n'aide évidemment en rien. Au minimum, cela va retarder le processus de plusieurs mois, du moins en termes de mise au point définitive (le pacte est prévu pour fonctionner sans l’Irlande). Cela risque, en outre, de réveiller les doutes et l’antagonisme de l’opinion publique face à la façon qu’ont eu les dirigeants européens de défendre l’austérité comme la panacée en termes de politique économique.

D'autres solutions existent

Mais c’est ça, la démocratie. Dick Roche, ancien ministre irlandais des Affaires européennes, a déclaré cette semaine sur la BBC que le référendum déboucherait sur un résultat positif, parce qu’il est différent de l’encombrant Traité de Lisbonne. A l’époque, l’establishement s’efforçait de vendre une chose aussi complexe qu’abstraite. Cette fois, l’opinion publique a compris que c’était une question de “survie”.
C’est justement le problème. Ces solutions, et ce nouveau pacte de stabilité sont imposés aux citoyens sous prétexte qu’il n’y a pas d’autres solutions, comme aimait à le répéter Margaret Thatcher. Et pourtant, d’autres solutions existent. Comme par exemple, laisser la Grèce faire faillite, changer les règles de la BCE pour lui permettre de prêter de l’argent en dernier recours, émettre des euro-obligations, ne pas substituer le nouveau pacte de discipline budgétaire à l’ancien mais leur permettre de fonctionner en tandem, et proposer à l’échelle européenne un vaste programme de relance.
Le seul ennui, c’est que les Allemands ne veulent rien entendre. Les Français voudraient que les Allemands soient les seuls à faire des efforts. Les Britanniques ne veulent pas être laissés sur la touche. Nous voilà donc avec un pacte mal dégrossi dont les ambitions ne suffiront pas à convaincre les marchés mais qui néanmoins menace de rendre encore moins démocratique un système qui l’était déjà peu en privant les Etats membres du droit de décider de leur politique budgétaire. Ironie du sort, le Pays de Galles et l’Ecosse cherchent justement à obtenir leur indépendance en assumant la responsabilité de leur fiscalité, tandis que l’Europe cherche à faire le contraire.
La BCE a réussi à faire gagner du temps à l’Europe mais ce temps gagné devrait être utilisé par les dirigeants européens pour lancer une réflexion sur les fondamentaux et non pour organiser toujours plus de sommets inutiles.


Economie

La crise gagne l'Europe du Nord

Le sommet à Bruxelles, estime la Süddeutsche Zeitung, a été:
... dominé par des illusions. Au lieu de parler de la gestion de la crise, [les chefs d’État] discutent sur la création d’emplois [et] la compétitivité de l’économie européenne. Ce n’est pas faux. Mais ce n’est que la moitié de la vérité.
La crise est loin d’être résolue, mais “elle est balayée sous le tapis”, poursuit le quotidien de Munich. Il n’est pas clairement établi que la Grèce reçoive de nouvelles aides, ni à quelle hauteur s’élèvent les mécanismes de sauvetage – la décision a simplement été reportée. Au menu du sommet justement, il y a un autre problème qui surgit: les Pays-Bas, auparavant proclamateurs d’une stricte politique budgétaire, perdent tant de puissance économique que le gouvernement à La Haye se voit contraint de prendre des mesures d’austérité.
La crise atteint l’Europe du Nord. Le centre de la stabilité économique est secoué.