TOUT EST DIT

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dimanche 22 mai 2011

L'Allemagne prête à accorder une nouvelle aide à la Grèce

Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble,affirme que l'aval de la Banque centrale européenne et du FMI seront indispensables.

Alors que l'agence de notation Fitch a abaissé vendredi la note de la dette à long terme de la Grèce, et que la ministre des français Christine Lagarde demande à Athènes de prendre de nouvelles mesures d'austérité fiscales, le ministre des Finances allemand évoque la possibilité d'offrir une aide supplémentaire aux grecs.
Dans une interview publiée ce dimanche par le journal Bild am Sonntag, Wolfgang Schäuble estime que des mesures pourraient être prise en faveur du pays, si ses efforts visant à réduire sa dette échouent. Ce soutien additionnel «est uniquement imaginable s'il est confirmé que les créanciers privés, comme les banques, ne se retirent pas de la Grèce en laissant les contribuables européens assumer l'entière responsabilité», précise néanmoins le ministre allemand. Il estime que les pays créanciers de la Grèce doivent d'abord s'assurer qu'Athènes est en mesure de surmonter ses difficultés économiques. «C'est seulement dans ce cas que nous pourrions, si nécessaire, discuter d'un allongement (de la maturité) des obligations que la Grèce doit rembourser l'an prochain», assure-t-il.
La visite d'inspection, arrivée au début du mois pour s'assurer qu'Athènes respecte les conditions attachées au plan de sauvetage de 110 milliards d'euros consenti au pays, a dû prolonger son séjour sur place. Des responsables espèrent qu'elle pourra rendre ses conclusions la semaine prochaine mais aucune date n'a été fixée. Wolfgang Schäuble affirme aussi que cette décision de donner un coup de pouce supplémentaire nécessitera l'aval du Fonds monétaire international (FMI) et, surtout, celui de la Banque centrela européenne (BCE). Vendredi, le FMI a en effet appelé la zone euro à adopter d'urgence un éventail de mesures plus complet pour régler la crise de la dette, mais une certaine réticence s'est faite jour du côté de la BCE.

«restructuration douce»

Georges Papandréou, le pemier ministre grec,doit présenter lundi un plan pluri-annuel contenant de nouvelles mesures destiné à renforcer l'assainissement budgétaire du pays. Il espère ainsi échapper à la restructuration de l'énorme dette dont il ne veut pas entendre parler aujoud'hui, mais que les marchés réclament. À la différence de la BCE, ces derniers se disent convaincus qu'Athènes ne pourra résoudre ses problèmes en se contentant du prêt d'urgence de 110 milliards d'euros déjà accordé par les pays de la zone euro et le FMI. Malgré un gros effort de réduction de déficit l'an dernier (cinq points de PIB), la Grèce est en effet toujours dans une situation budgétaire critique.
Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, est le promoteur depuis cette semaine d'une «restructuration douce» de la dette passant par un rééchelonnement. Il a plaidé au cours du week-end pour la création d'une agence indépendante du gouvernement grec chapeautant le programme de privatisations du pays. Athènes a prévu quelque 50 milliards d'euros de privatisations d'ici à 2015, dont les revenus doivent être affectés au désendettement. Cette option est combattue par la Banque centrale européenne (BCE), qui craint que la faillite pure et simple des banques grecques, et des réactions en chaîne dans toute l'Europe. Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI, était lui aussi sur la même ligne.
Déterminé à «sauver» son pays qui peut selon lui s'en sortir par ses propres efforts, Georges Papandréou doit se rendre à Paris dans la semaine, et rencontrer mardi les principaux responsables politiques de son pays pour trouver un consensus sur les mesures à prendre pour faire face à la crise. Cet accord exigé par les pays de la zone euro s'annonce cependant difficile à obtenir, le premier ministre devant faire face à une fronde, même au sein de son propre parti.

Légèreté

Ras le bol ! Même Ségolène Royal veut tourner la page. Le tsunami DSK a tout laminé cette semaine. Ce qui fait ordinairement le sel de la vie vous est passé sous le nez ? Utile alors, de brosser un rappel des petits riens, loin des sidérations qui vous ont ébranlés. Comme cette sécheresse qui grignote les campagnes. Elle n'est pas drôle pour les agriculteurs. Mais elle tresse un moral ensoleillé. Comme la vérité sur Fukushima, qui coûte sa place au patron de Tepco. Comme la jeunesse espagnole, qui gronde. Comme l'impatience d'Obama à vouloir baliser un nouvel Etat palestinien. Comme le festival de Cannes qui charrie de bons films. Pour sourire, il faut courir voir Podalydès en Sarkozy dans la Conquête. Bref, la vie continue. Aujourd'hui reprend Roland - Garros. Bientôt, le Tour de France et les vacances. En prime, c'est Séguéla qui le dit: Carla Bruni attendrait un petit garçon. Infiniment chagrinée par l'affaire DSK, la France se laissera - t - elle consoler par les babillages du chérubin, au printemps prochain ?

Pourquoi attaque-t-on la Libye et pas la Syrie?

Comment expliquer que les Etats-Unis et l’Europe bombardent littéralement Tripoli et se contentent de bombarder Damas… de réprimandes? Pourquoi tant d’acharnement à déboulonner le tyran libyen et tant de précautions vis-à-vis de son homologue syrien, tout aussi brutal? 
 Commençons par examiner la réponse la plus courante et pourtant erronée: «C’est une histoire de pétrole», aiment à répéter les gens. La Libye dispose d’une grande quantité de brut, contrairement à la Syrie. Selon cette logique, le véritable objectif de l’agression militaire contre la Libye serait à rechercher dans ses champs pétrolifères. Et si la Syrie échappe à une intervention militaire occidentale, c’est parce qu’elle n’a pas beaucoup de pétrole à vendre. 

Pas une histoire de pétrole

Cet argument ne tient pas la route. En effet, un Kadhafi au pouvoir était pour l’Occident une meilleure garantie d’accès au pétrole libyen que le chaos et l’incertitude qui règnent depuis l’opération militaire engagée contre la Libye. Sous Kadhafi, l’activité des compagnies pétrolières occidentales se portait très bien; la dernière chose dont elles avaient besoin était le changement.
Autre réaction répandue: on dénonce l’hypocrisie de Washington, qui nous a habitués au deux poids deux mesures et aux contradictions qui caractérisent ses relations internationales. Aussi juste soit cette observation, elle n’apporte pas grand-chose, car elle ne fait que pointer des incohérences sans en expliquer les causes.

Pourquoi El Assad agit-il en toute impunité?

Comment se fait-il que le boucher de Damas soit à l’abri des représailles exercées contre son jumeau libyen? Les motifs humanitaires qui justifient l’attaque contre le régime de Kadhafi (que j’ai soutenue) sont tout aussi recevables, sinon plus, dans le cas de la Syrie.
La brutalité génocidaire de la famille El Assad est à la mesure du courage suicidaire des Syriens. Depuis deux mois, ils font face aux tanks et aux balles sans autre arme que leur désir de changement. On les massacre, on les torture, on emprisonne leurs proches, et pourtant… les manifestants tiennent bon.
Même dans les villes où les très craints «chabihas» (les miliciens alaouites) ont réprimé la révolte populaire dans le sang, dont le gouvernement dit qu’elles ont «retrouvé le calme» et qu’elles sont «sous contrôle», la population continue de descendre dans la rue pour protester. A chaque fois, elle ne manque pas de se faire massacrer. Pendant ce temps, la réaction des Etats-Unis et de l’Europe est, pour le moins, anémique. Cinq éléments de réponse pour tenter de comprendre cette attitude.

1/ Une armée puissante

Tout d’abord, la Syrie est largement supérieure à la Libye sur le plan militaire: son armée a le plus gros effectif du Proche-Orient; les soldats sont bien équipés et entraînés. Le pays possède, par ailleurs, des armes chimiques et biologiques, sans compter que ses forces paramilitaires font partie des 13 plus importantes du monde. Ce qui n’est pas le cas des forces militaires libyennes, qui sont demeurées fragmentées et sous-équipées sous le règne de Kadhafi.

2/ Le gendarme du monde s’essouffle

Deuxième point: l’usure. La Libye a achevé d’épuiser le petit appétit guerrier qui restait aux Etats-Unis (s’agissant de guerres non motivées par des menaces évidentes pour leurs intérêts vitaux). Les dissidents syriens font les frais des longues et coûteuses guerres menées par les États-Unis en Afghanistan, en Irak et, aujourd’hui, en Libye. Dorénavant, toute intervention militaire de Washington, lorsque ses motivations sont indirectes, sera plus limitée et mûrement réfléchie. Tant il est vrai qu’en matière de guerre, l’Europe ne saurait exister sans le soutien des Etats-Unis. Quant aux valeureux dissidents syriens, ils sont livrés à leur propre sort.

3/ Le risque de déstabiliser la région

Troisième raison de ce choix de non-intervention en Syrie: les voisins. De part et d’autre de la Libye, se trouvent l’Egypte et la Tunisie –les joyaux du «printemps arabe». La Syrie, elle, jouxte le Liban, Israël, l’Irak, la Jordanie et la Turquie. Tout est dit.

4/ El Assad a de multiples soutiens

Quatrième élément de réponse: les alliés. Kadhafi n’a pas d’alliés. Ses propres fils voulaient l’évincer du pouvoir et, du reste, dans le cadre d’une décision sans précédent, la Ligue arabe s’est dite favorable à l’intervention militaire en Libye. Ce n’est pas le cas de Bachar el Assad, qui compte de puissants alliés au sein et en dehors de la région, à commencer par l’Iran (et, par voie de conséquence, le Hezbollah et le Hamas).
Il n’est même pas certain qu’Israël et Benyamin Nétanyahou préféreraient voir s’opérer une transition chaotique en Syrie plutôt que de laisser la famille El Assad aux rênes du pouvoir. Asma el Assad, l’épouse du dictateur syrien, avait reçu les honneurs du magazine Vogue à la faveur d’un portait avantageux: «La plus fraîche et magnétique des premières dames… chevelure et yeux bruns, cou élancé et d’une grâce énergisante.» Drôle de façon de bombarder...

5/ A qui s’adresser?

Cinquième argument: il n’y pas d’autres responsables politiques sérieux. Récemment, deux hauts fonctionnaires de la Maison Blanche ont déclaré que la timide réponse américaine face aux événements qui secouent la Syrie était en partie due à l’absence d’interlocuteur sérieux au sein de l’opposition. Washington ne sait pas à qui s’adresser. Un autre haut fonctionnaire américain, qui a tenu à rester anonyme, m’a expliqué avec conviction qu’en cas de renversement du régime syrien, le chaos et les massacres seraient bien pires que ce qu’ont connu les autres pays arabes où une transition démocratique est en marche.
C’est bien possible. En tout état de cause, les Syriens n’ont pas l’air d’être au courant de tout cela. Ils continuent à participer aux manifestations de rues –quoi qu’il leur en coûte.

Apple provoque une réaction «religieuse» chez ses adeptes

Son symbole est le fruit défendu, mais Apple causerait chez ses fans une réponse cérébrale «religieuse», nous apprend le site digitaltrends.com.

Un documentaire diffusé par la BBC mardi dévoile que le «culte d’Apple» est plus qu’une métaphore: les produits Mac stimulent la même zone du cerveau que l’imagerie religieuse chez une personne dévote.

Secrets of the Superbrands, présenté par Alex Riley, tente de décrypter les raisons des grands succès technologiques comme Apple, Facebook ou Twitter.

La première analyse était celle l’Imarque. Riley constatait l’attachement sentimental des utilisateurs de produits Mac, notamment en prenant l’exemple de  l’ouverture d’un Apple Store dans le centre de Londres à Covent Garden il y a un an. Des hordes de fans avaient fait la queue pendant la nuit pour être les premiers à pénétrer dans la boutique, dans une sorte de «fénésie évangélique», rapporte digitalternds.com.

Parti de cette première observation, Riley avait contacté un des plus grands fanatiques d’Apple, Alex Brooks, rédacteur en chef du site worldofapple.com, qui prétend penser à la marque 24 heures sur 24. Pour comprendre ce qui se passait dans sa tête, le présentateur lui avait fait faire une IRM pour étudier ses réactions face à des appareils Apple, et –sacrilège– le commun des autres produits.

Résultat: selon les neuroscientifiques chargés d’analyser les réponses de Brooks, son cerveau réserve un espace privilégié à la marque, celui de la foi chez les croyants. «Cela veut dire que les grandes marques ciblent ces zones cérébrales», a expliqué l’un des scientifiques.

L’évêque de Buckingham, interviewé dans l’émission, soutient cette analyse. Il souligne notamment que l’architecture de l’Apple Store a beaucoup de points communs avec celle d’un lieu de prière avec ses arches et ses sols en pierre. La BBC ose même appeler Steve Jobs «le Messie».

Sur le blog tuaw.com, également dédié à Apple, Michael Rose estime pourtant que le fait n’est pas particulièrement surprenant. Le journaliste affirme qu’on «pourrait probablement faire les mêmes observations chez des fans des Redsox [l'équipe de baseball de Boston] ou les groupies de Twilight».

L’indispensable direction européenne

Que de dégâts collatéraux provoqués par le scandale Strauss-Kahn ! En France et pour l’image de la France dans le monde... Mais, paradoxalement, cette triste affaire ressoude l’Union européenne qui, pour la première fois depuis bien longtemps, semble vouloir s’exprimer d’une seule voix. Il est vrai, par pur égoïsme et dans la défense d’intérêts bien sentis pour que la fonction de directeur général du Fonds monétaire international revienne de nouveau à une personnalité européenne. Et il y a presque unanimité autour du nom de la ministre française de l’Economie Christine Lagarde.

Justifier ce siège européen en invoquant la règle qui voudrait que la Banque mondiale soit dirigée par un Américain et le FMI par un Européen est pour le moins fallacieux. Le monde a changé depuis 1944, époque où le FMI tournait en rouage dans la grande machinerie de Bretton Woods depuis longtemps abandonnée. Les pays émergents, et surtout la Chine, aujourd’hui troisième actionnaire du Fonds, pèsent de plus en plus lourd. Que ces puissances veuillent, dans l’espoir d’en tirer des bénéfices politiques, intervenir dans les sauvetages financiers des Etats en difficulté - selon le rôle du FMI - devient indéniable. Or, même si les décisions sont prises collégialement par les grands argentiers installés à Washington, c’est bien le « patron » du FMI qui détermine la marche à suivre.

Et dans ses fonctions, Dominique Strauss-Kahn était un Européen exemplaire. Si un mécanisme de sauvetage (ou de consolidation) de l’euro existe, c’est grâce à lui dans la mesure où face à la paralysie des Etats, face à l’obstruction de l’Allemagne incapable d’envisager une autre politique monétaire, il a su présenter une porte de sortie à la crise. Le FMI participe à bonne hauteur aux plans de sauvetage de l’Irlande, du Portugal et surtout de la Grèce tout en assumant le sale travail consistant à faire appliquer les plans de rigueur. Seules ces conditions avaient fléchi Berlin l’an dernier et, on le sait, le sauvetage de la Grèce est encore loin d’être acquis.

Pourtant, cette aide massive à la monnaie unique, via la Grèce et les autres « pécheurs », peut paraître inique ailleurs dans le monde. Elle donne la fâcheuse impression de voir les riches (l’UE reste la première puissance économique du monde) puiser dans le tronc des pauvres pour assurer leurs liquidités. En effet, jusqu’à l’an dernier, et hormis le Royaume-Uni et la Hongrie, les Etats européens ne figuraient pas parmi les grands emprunteurs du FMI davantage tourné vers les pays en voie de développement et les « émergents » (Brésil, Argentine, Mexique...)

Certes, même sous un « patron » non européen, la politique actuelle du FMI ne changera pas, notamment vis-à-vis de la Grèce, car personne ne veut revivre une crise de l’euro. Mais que se passerait-il demain si une autre capitale de l’UE, à l’économie plus importante que Dublin, Lisbonne ou Athènes, devait étaler ses faiblesses ? Comment réagirait un FMI qui aurait échappé aux Européens ?

Vidéo : le charnier de Deraa en Syrie

Une organisation syrienne des droits de l’homme a découvert près de la ville de Deraa, un charnier avec des dizaines de cadavres de corps humains à l’intérieur. Le régime de Bachar el-Assad, sans un seul mot fort des instances internationales, a pu délibérément massacrer une partie de son peuple… Comme son père en son temps !

Malgré ces images, et ce n’est pas une blague, le ministère de l’Intérieur syrien a démenti aujourd’hui l’existence d’une fosse commune dans la ville de Deraa, dénonçant “une campagne calomnieuse” des médias “pour déstabiliser la Syrie”.
“Cette information est totalement fausse, a indiqué ce responsable, selon Sana. “Nos citoyens sont conscients de cette campagne tendancieuse dont les objectifs et le timing sont désormais clairs, en particulier après le retour progressif de Deraa à la vie normale”, conclut l’agence syrienne.
Et ces meurtres en pleine rue, sont-ils aussi un montage ?

La répression des manifestations a fait, selon les organisations des droits de l’homme, au moins sept cents morts, dont plusieurs centaines à Deraa, et a entraîné des milliers d’arrestations à travers le pays, suscitant de vives critiques internationales.

L'avocat de Strauss-Kahn assure qu'il sera acquitté

Dominique Strauss-Kahn sera acquitté, affirme un de ses avocats, Benjamin Brafman, dans une interview publiée dimanche 22 mai par Haaretz. "Il plaidera non coupable, et en fin de compte il sera acquitté", déclare Me Brafman dans cette interview au quotidien israélien libéral, la première depuis l'arrestation de son client le 14 mai.

"Rien n'est sûr, mais dans ce que je discerne dans l'enquête, il sera acquitté (...) Il m'a beaucoup impressionné. En dépit des circonstances, il tient bien le coup", a-t-il insisté. "Il n'est pas heureux d'être accusé de faits qu'il n'a pas commis", a encore dit Me Brafman, venu en Israël pour participer à un évènement familial.
"Brafman a refusé d'évoquer les détails de l'affaire et semblait irrité par les articles des média français rapportant que l'ancien chef du Fonds monétaire international était obsédé du sexe", écrit le journal.
M. Brafman, 62 ans, est considéré comme l'un des grands maîtres du barreau aux Etats-Unis. Il a été l'avocat de plusieurs vedettes américaines, y compris du défunt Michael Jackson. "Même dans une brève conversation, il est difficile de ne pas être impressionné par l'habileté oratoire de Brafman, note Haaretz, il est perçant, tendu et il sait comment obtenir ce qu'il veut".

Qui a dit que l’Europe devait diriger le FMI ?

Dans le sillage de la lamentable déchéance de Dominique Strauss-Kahn, le Fonds Monétaire International se cherche un nouveau chef. Mais un Européen serait-il vraiment capable de résoudre les problèmes durables de la zone euro ? 

Il fut un temps où le FMI était une organisation qui voyait les riches économies de l’Ouest venir au secours des économies désemparées du monde émergeant. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse. A l’exception de l’Allemagne, et peut-être du Japon, c’est l’Occident qui est virtuellement en faillite.
Et ce sont maintenant les économies à croissance rapide en Asie et en Amérique latine qui financent l’Ouest. Même les Etats-Unis, qui contrôlent encore une grande partie des leviers au FMI, sont dans les faits financés par la Chine. Or, cette dernière dispose au FMI de moins de voix que le Royaume-Uni.
Par conséquent, il serait peut-être équitable de confier la direction de l’institution, poste abandonné en hâte par Dominique Strauss-Kahn, à un non-Occidental. Cela pourrait aussi s’avérer fort pratique, pour la raison suivante : un représentant de l’un de ces pays serait probablement plus enclin à recommander sans sourciller à ces économies déglinguées de la zone euro l’unique solution qui ne leur est jamais proposée, à savoir, ficher le camp de là.

Seul un Singapourien peut dire à la Grèce de quitter la zone euro

J’ai vraiment du mal à imaginer que Christine Lagarde soit capable de dire à la Grèce, par exemple : "Ecoutez, ce qu’il vous faut, ce n’est pas un renflouement de plus, que vous soyez ou non en défaut de paiement ; la meilleure solution à long terme, pour vous, c’est de quitter en bon ordre la monnaie unique."
Aussi impressionnante soit-elle, la ministre française est selon moi, comme les autres candidats européens, trop impliquée dans l’élite de l’Union Européenne et dans la hiérarchie du pouvoir en France pour renoncer à l’euro. Pour elle, c’est une question de foi. Alors que pour, disons, un Singapourien à l’esprit clair et objectif, il serait beaucoup moins traumatisant de prendre la décision de recommander à la Grèce de quitter l’euro.
Et même si ce n’était pas le cas, nous ne nous en tirerions pas plus mal avec quelqu’un qu’il ne nous viendrait jamais à l’esprit de soupçonner d’être en cheville avec Sarko. Donc, s’il est vrai que Lagarde connaît les curieuses petites manies de la zone euro, elle risque également de fermer plus facilement les yeux sur ses tares.
"L’influence" politique, qu’elle détient incontestablement, n’est utile que si elle est utilisée à bon escient. En outre, l'influence du FMI est plus financière que politique, et ses méthodes tout autant intellectuelles que diplomatiques. Son président doit s'attaquer au cœur des problèmes de l'Europe, et non se contenter de distribuer de l'argent, sauvetage après sauvetage.

La "rock star de la finance" n'a pas le bon profil

Et ne nous voilons pas la face : dans la plupart des pays de la zone euro, les crises successives de la dette souveraine ont pour cause principale la compétitivité, ou son absence, et l'incapacité desdits pays à la retrouver dans le système actuel.
Le régime des taux d'intérêt non révisables est un échec. D'ores et déjà, la Banque centrale européenne (BCE) prévoit des hausses de taux pour prévenir l'inflation. Les nouveaux taux devraient être supportables en Allemagne, mais ils vont précipiter plus avant dans le gouffre le marché immobilier et les banques, déjà au bord de la faillite, ce qui déclenchera une nouvelle crise. Une économie en détresse doit pouvoir dévaluer sa propre monnaie (le Royaume-Uni dispose de cet outil) afin de relancer ses exportations et ainsi revenir à la normale.
Dans les prochaines années, on va voir apparaître un responsable politique portugais, irlandais ou grec, peut-être un nationaliste et agitateur des plus déplaisants, qui va exiger que soit mis fin à ce calvaire, à l'"austérité" perpétuelle, à la stagnation et à l'émigration,
et appeler à une sortie de son pays de la zone euro.
Le prochain président du FMI serait bien inspiré d'empêcher cela. Malgré sa réputation de “rock star de la finance”, Lagarde n'a pas le bon profil.
Je n'arrive pas à prononcer son nom, mais je préférerais largement que ce soit Tharman Shanmurgaratnam (le Singapourien cité plus haut).

Le FMI doit rester aux mains des Européens

Au moment où la zone euro risque d’éclater, l’Europe ne doit pas renoncer à la direction du Fonds monétaire international au bénéfice de l’Asie ou de l’Amérique Latine, estime Le Figaro. Pour le quotidien, la ministre des Finances française Christine Lagarde est la plus qualifiée pour succéder à Dominique Strauss-Kahn. 

Dominique Strauss-Kahn hors jeu, c’est une partie d’échecs extrêmement délicate qui s’engage pour désigner son successeur à la direction générale du Fonds monétaire international. Non que l’homme soit irremplaçable. Malgré l’incontestable qualité de son bilan et un savoir-faire reconnu pour gérer au mieux les situations de crise, d’autres tout aussi qualifiés peuvent prendre le relais.
Le FMI, longtemps assoupi, n’est pas redevenu le pompier du monde par la seule grâce de son directeur général ; s’il s’est retrouvé ainsi placé au centre du jeu, c’est aussi à la faveur d’événements exceptionnels, au premier rang desquels la crise financière de 2008, puis la crise de l’euro qui s’en est suivie. Alors que cette dernière couve toujours, on comprend sans peine la détermination des Européens à vouloir conserver à tout prix le poste pour l’un des leurs.
Le sauvetage de la Grèce et plus largement la crise de la monnaie unique vont occuper quasiment à plein-temps les journées du futur patron du FMI. L’assistance technique et financière de l’institution est indispensable pour gérer ce dossier complexe, qui déborde largement le strict cadre du Vieux Continent. Car, contrairement aux affirmations péremptoires de quelques pyromanes, nul ne peut mesurer les conséquences qu’aurait une explosion de la zone euro sur le reste de l’économie mondiale.
La situation exige une connaissance approfondie des mécanismes communautaires et une parfaite compréhension des subtilités politiques locales. Ce n’est faire injure à personne que de considérer qu’un Européen se trouve mieux placé qu’un Asiatique ou qu’un Sud-Américain pour traiter un sujet si sensible.
Et ce n’est pas trahir un grand secret que d’estimer que Christine Lagarde, familière du sujet et de bien d’autres impliquant le FMI, présente aux yeux de tous un profil taillé sur mesure. Le temps viendra ensuite où, comme promis, le représentant d’un pays émergent accédera aux plus hautes fonctions.
La mondialisation de l’économie, le bouleversement en cours des rapports de forces justifient ce passage de témoin, qui impliquera tout de même que certaines grandes puissances comme la Chine cessent leur cavalier seul et se préoccupent du reste du monde. Mais pour l’heure, il s’agit de gérer l’urgence.


Vu de Berlin

Ach ! Le candidat allemand est une Française

Ach ! Le candidat allemand est une Française
"La candidate allemande", titre le Handelsblatt avec en Une la photo souriante de la ministre française de l'Economie et des Finances. Pour Berlin, un tel choix serait positif car "pour les sujets essentiels, elle est sur la même ligne que le gouvernement allemand". Mais le quotidien économique souligne que l'élection de Lagarde à la tête du FMI "serait une défaite pour l'Allemagne",  car "l'importance d'un Etat se mesure également au nombre de ses représentants occupant des postes clés internationaux". Or en dépit du fait que "l'Allemagne soit de loin l'économie nationale la plus forte en Europe, elle n'en occupe aucun actuellement", s’indigne le journal.
Comme pour la présidence de la Commission européenne ou celle de la BCE, Berlin renonce à une candidature allemande alors qu'elle dispose avec Peer Steinbrück, l’ex-ministre des Finances, Josef Ackermann, le patron de la Deutsche Bank ou encore Axel Weber, ex-membre du conseil de la BCE d’au moins trois candidats qualifiés pour la direction du FMI, critique le Handelsblatt.

Sexe, pouvoir et dépendance

Du Vert-Galant à Bill Clinton en passant par John F. Kennedy ou certains présidents français, la petite histoire des grands dirigeants regorge d'anecdotes pimentées sur leurs appétits hors normes. Sans toutefois défrayer la chronique judiciaire.
L'affaire Strauss-Kahn nous rappelle une réalité historique que nous avions quelque peu oubliée: le sexe n'est pas une simple composante du pouvoir, c'est le pouvoir. On comprend dès lors qu'à travers l'Histoire, le pouvoir agisse comme un aphrodisiaque. La sexualité des chefs d'Etat a souvent fait bon ménage avec la politique, à condition toutefois qu'elle soit discrète...

John Fitzgerald Kennedy est longtemps resté dans l'Histoire comme ce président jeune, beau, au corps d'athlète et idéaliste qui voulait changer l'Amérique. C'est oublier toutes les zones d'ombre de son existence, notamment sa maladie, ses rapports avec la mafia et sa sexualité obsessionnelle, compulsive et politiquement dangereuse. Entre sexe et pouvoir, Kennedy fait figure d'équilibriste. Séducteur invétéré, obsédé sexuel considérant toute femme comme objet potentiel de ses pulsions, il enchaîne les passades avec des actrices célèbres telles Jayne Mansfield, Gene Tierney, Marlene Dietrich, Marilyn Monroe, Lee Remick ou Norma Shearer. Certaines lui laisseront un souvenir impérissable, notamment Angie Dickinson: «Les vingt meilleures secondes de toute ma vie!» comme il le confiera. Mais sous cette belle apparence de santé, JFK est rongé par la maladie. Il souffre à la fois d'une déficience des glandes surrénales (maladie d'Addison) et d'une ostéoporose affreusement douloureuse. Pour supporter la douleur, Kennedy se gave de médicaments: cortisone, hormones thyroïdiennes, opium et amphétamines... Bref, un cocktail explosif qui lui permet de déployer une énergie hors du commun malgré d'horribles souffrances. Le sexe devient pour lui un remède indispensable pour soulager ses douleurs incessantes. Le Président se précipite dans un inassouvissable besoin de femmes et sa vie sexuelle devient une affaire d'État qui inquiète même la CIA. Il ne fait pas mystère de sa passion pour le sexe. Le 21 décembre 1961, lors d'une rencontre officielle avec le premier ministre britannique Harold Macmillan, il lui avoue carrément: «Trois jours sans faire l'amour et c'est le mal de tête garanti. Je ne sais pas si c'est aussi votre cas, Harold.»

Le sexe, institution politique

Lorsque Mao Zedong organise le recrutement de ses maîtresses dans toute la Chine, il perpétue le système millénaire du gynécée impérial. Pour assouvir sa soif de sexe, il organise un gigantesque réseau de jeunes courtisanes venues de toute la Chine, un gynécée moderne. Ce comportement s'inscrit parfaitement dans la tradition des empereurs de Chine qui puisent leur longévité dans leur sexualité. Les souverains chinois ont toujours associé vigueur et performances sexuelles, selon une pensée héritée du taoïsme. Le médecin privé de Mao, le Dr Li Zhisui, lui prescrit d'abord des injections de poudre de bois de cerf, un aphrodisiaque traditionnel chinois, puis un médicament récemment mis au point par une chercheuse roumaine: la «vitamine H3» à base de Novocaïne. L'ardeur sexuelle du président Mao s'accroît au fil des ans et il recrute des jeunes femmes dans tout le pays, le plus souvent des filles âgées de 18 à 22 ans, vierges pour la plupart, en admiration complète devant le Président, qu'elles considèrent comme un demi-dieu. Mao fait aménager une immense et luxueuse pièce du palais de l'Assemblée du peuple, destinée à sa vie sexuelle. Comme le remarque le Dr Li Zhisui, « il n'y avait jamais assez de place dans son immense lit pour accueillir tout le monde, soit parfois trois, quatre ou cinq jeunes femmes simultanément...». Mao s'éteindra à l'âge de 83 ans.

Le sexe, spectacle du pouvoir

En France, les multiples conquêtes amoureuses d'Henri IV ou du Roi-Soleil sont célébrées, car elles témoignent de la virilité du souverain et s'inscrivent dans une conception spectaculaire du pouvoir absolu. Instrumentalisée ou masquée, la vie sexuelle des chefs d'Etat est une source inépuisable de fantasmes et de légendes, noires ou dorées. Henri IV en est l'incarnation même. Ce souverain est resté célèbre pour ses 75 conquêtes amoureuses, réelles ou fantasmées, qui lui ont valu le surnom de Vert-Galant. Cette profusion de maîtresses jusqu'à un âge avancé, choisies dans tous les milieux, fait du «bon roi Henri» un souverain très populaire. De ce point de vue, on peut dire qu'il aura largement ouvert la voie, l'infidélité conjugale étant toujours un défaut que les Français pardonnent, voire valorisent facilement... À plus de 60 ans, il tombe fou amoureux de la toute jeune Charlotte de Montmorency, âgée de 15 ans. Après une dispute, le roi est prêt à déclencher un conflit armé pour récupérer sa jeune maîtresse qui s'est enfuie à l'étranger...
Chaque Français conserve, au fond, la nostalgie du Vert-Galant. Un roi chaste ennuie. Car, dans ce pays, les souverains peu portés sur la bagatelle n'ont jamais eu la faveur du public. Un roi incapable d'avoir une érection fait rire. Devant l'impuissance, la foule perd tout respect pour la personne royale et se virilise dans la mesure même où le souverain perd ses moyens. L'attaque d'impuissance contre le roi est bien sûr politique, car elle vise le corps du roi mais aussi sa volonté politique. Un roi incapable de faire l'amour à sa femme est alors considéré comme incapable de gouverner le pays, comme ce fut le cas pour Louis XVI.
L'exemple de Napoléon, incarnation de la puissance politique, est sur ce point très intéressant. À ses débuts, on le sait peu porté sur le sexe ; il ne recherche pas vraiment les occasions. Cependant, à mesure que son pouvoir s'accroît, l'Empereur devient un grand consommateur sexuel. Même s'il reste un amant maladroit et pressé, on lui connaît une soixantaine de maîtresses. Ses relations intimes sont souvent expédiées: Stendhal parle de «trois minutes». Peu courtois avec les femmes, il est d'une goujaterie proverbiale. Napoléon va droit au but ; il ne perd pas de temps en amabilités. Son fidèle entremetteur, le maréchal du palais Duroc, lui amène les femmes dans ses petits appartements. La scène est récurrente. Assis à une table, Napoléon signe des décrets, son épée posée à côté de lui. Il demande à la jeune femme de se déshabiller, de se mettre au lit, puis après avoir satisfait son désir physique avec rudesse, il la reconduit.
Comme la plupart des hommes de leur condition, nombre de dirigeants politiques, présidents, ministres ou députés du XIXe siècle entretiennent des maîtresses ambitieuses. Les frasques sexuelles des chefs d'Etat peuvent même se dérouler au cœur du pouvoir.

La plus célèbre des fellations !

Sous la IIIe République, l'anecdote célèbre du président Félix Faure et sa maîtresse Marguerite Steinheil, surnommée «Meg» par les intimes, est à ce titre édifiant. Les amants ont l'habitude de se retrouver dans le salon Bleu de l'Élysée. Le 16 février 1899, le Président s'apprête à la recevoir, après un Conseil des ministres. Comme à son habitude, il se fait apporter par son huissier un aphrodisiaque à base de quinine, afin de se préparer à son rendez-vous. Puis il accueille sa maîtresse. «Meg» sait que le Président apprécie particulièrement les fellations. Elle ne se fera pas prier. Quelques minutes plus tard, un cri rauque alerte le chef du cabinet Le Gall qui accourt, ouvre la porte et découvre le corps de Félix Faure gisant inanimé, avec auprès de lui sa maîtresse complètement nue. Elle tente de détacher ses cheveux qui se sont pris dans le pantalon du Président. Félix Faure s'éteindra quelques heures plus tard... Le diagnostic est formel: congestion cérébrale provoquée par une forte émotion. La nouvelle ne tarde pas à se répandre dans la presse, comme une traînée de poudre. Jamais une fellation n'avait encore provoqué un tel scandale. Les réactions s'enchaînent. Georges Clemenceau exulte: «Faure est retourné au néant, il a dû se sentir chez lui. Il a voulu vivre César et il est mort Pompée...»

Une société «hypersexualisée»

L'association des thèmes du «sexe» et du «pouvoir» peut paraître anecdotique dans nos sociétés habituées à la séparation des sphères privée et publique. Pourtant, l'histoire récente montre, à travers l'affaire Bill Clinton-Monica Lewinsky, la portée politique des aventures extraconjugales des dirigeants politiques d'États démocratiques. À partir de quel moment les pulsions sexuelles dépassent-elles la raison politique? La sexualité a-t-elle souvent mis les chefs d'Etat en danger?
En France, nos derniers présidents présentent tous une libido hors normes. François Mitterrand était un grand séducteur, on lui connaît de multiples maîtresses, d'Annie Girardot à Édith Cresson en passant par Dalida. Quant à Jacques Chirac, ses relations amoureuses avec telle femme ministre ou telle actrice italienne figurent dans de nombreux ouvrages. Valéry Giscard d'Estaing lui-même n'est pas en reste, avec de ravissantes comédiennes, françaises ou étrangères. Ce qui semble plus étonnant dans notre République, c'est que les vies privées de Mitterrand et de Chirac n'ont pas du tout empêché leur réélection. Peut-être même les ont-elles favorisées dans une certaine mesure. Comme un lointain vestige de la tradition monarchique et du souvenir du Vert-Galant...

samedi 21 mai 2011

Délire et déni

Les réactions à chaud d’un certain nombre de dirigeants socialistes à propos de DSK et du peuple de gauche au travers d’un sondage sont révélatrices d’une certaine maladie française, qui a tendance à s’aggraver au fil des ans, la maladie du délire et du déni.
Le délire des théories « conspirationnistes » relayé par la Toile a atteint des sommets sans précédent, puisque 57 % des personnes interrogées et 70 % des sympathisants de gauche penseraient que DSK est victime d’un complot. Qui serait le commanditaire de ce complot ? Le cabinet noir de Nicolas Sarkozy, bien sûr, en numéro un, les grandes banques américaines, la CIA et, comme le délire ne connaît ni limites ni frontières, on parle maintenant de Poutine et des services russes.

Réprimons nos envies de rire car ce n’est pas drôle, mais grave, quand le déni s’ajoute aux fantasmes. Pour le sociologue Denis Muzet, les Français ont eu recours au déni « pour réduire la distance entre l’empathie pour DSK et cet événement », pour son collègue Gérald Bronner, « les Français n’avaient pas envie que ce soit vrai ». Extraordinaire logique de raisonnement : je n’en veux pas, donc ça n’existe pas !

La victime présumée non plus n’existe pas et bravo à mon confrère Laurent Joffrin du Nouvel Observateur d’avoir oser remettre en place sévèrement l’icône de gauche Robert Badinter à ce sujet. Dans les démocraties et les Etats de droit comme la France et les Etats-Unis, la vérité des faits doit l’emporter sur toute considération personnelle amicale ou partisane, toute approche « complotiste » a des relents de stalinisme.

Le Loft à Manhattan

Aux États-Unis comme en France, la prison est un univers fondamentalement inhumain qui inflige à ses pensionnaires une peine bien plus lourde que la privation de liberté. On ne peut donc éprouver qu’un sentiment presque instinctif de soulagement pour ceux qui peuvent y échapper. La remise en liberté de Dominique Strauss-Kahn entre dans cette catégorie. Non parce que l’homme était respectable et puissant mais parce qu’il clame son innocence et que, malgré des faits accablants, un certain nombre de zones d’ombre empêchent, en l’état actuel du dossier, de lever totalement le doute sur sa culpabilité.

Légitime remise en liberté donc, qui lui permettra de se défendre dans de bonnes conditions. Certains décryptent, à tort, un privilège indu dans cet apparent «confort» juridique arraché par les avocats de l’ex-directeur du FMI au juge du tribunal de South Manhattan quand il n’est le plus souvent que la règle générale. On s’interroge déjà sur la logique d’une justice américaine qui, derrière des apparences brutales, serait finalement bien laxiste et surtout d’une indulgence sélective. Mais le système français, loué par comparaison ces derniers jours, serait-il plus enviable avec ses détentions provisoires trop souvent systématiques, interminables, voire abusives, qui broient des vies, elles aussi, avec, en supplément, la bonne conscience de notre État de droit ?

Il n’y a sans doute pas de bonne formule. D’un côté ou de l’autre de l’Atlantique, la justice des hommes cherche son chemin dans un entrelacs de contradictions. Ainsi celle de l’Amérique, grande démocratie, veut à la fois garantir l’égalité des faibles et des puissants devant le droit. Elle protège les premiers, et elle le fait de façon spectaculaire, tout en privilégiant objectivement les seconds puisque l’argent peut acheter la liberté, et les énormes arrangements arrêter la marche d’un procès. Aux yeux de ce pays jeune, qui sacralise autant la réussite que le rêve américain, il n’y a pas d’incohérence.

Ainsi la «liberté» de DSK vaut donc un million de dollars, plus cinq garantis en hypothèque, et 200 000 euros par mois de frais de garde. On pourra toujours dire que l’adjectif libre n’a pas de prix, mais celui-ci est exorbitant. Surtout pour un fake. Une pâle copie. Un ersatz. La promesse d’un quotidien meilleur que celui des geôles de Rikers Island certes - et celles-là étaient gratuites - mais peu enviable. Qu’on y songe: un enfermement, à huis clos, avec trois membres de sa famille sous l’œil permanent des caméras. Le Loft à Manhattan, version noire, avec sa femme, et seulement un avenir brisé à partager. Le vertige d’un immense vide devant soi, et l’assurance que le ressentiment, forcément, surgira. C’est au-delà de toutes les folies de la télé-réalité. Le cauchemar d’Upper East Side.


EXCLUSIF. Les derniers mots de DSK avant son arrestation

L'ancien directeur général du FMI ne semblait absolument pas inquiet lorsqu'il a pris place à bord du vol New York-Paris. 

"Quel beau cul !" Cette interjection, à l'adresse d'une des hôtesses du vol New York-Paris AF023 du samedi 14 mai, d'autant plus leste que faite à voix haute devant le personnel navigant commercial, est la dernière phrase prononcée par Dominique Strauss-Kahn avant d'être invité par deux policiers à quitter le siège de la Business Class sur lequel il avait pris place pour se rendre à Paris. En effet, contrairement à ce qui a été dit, le type d'appareil, un Airbus A330-200, qui assure le vol de 16 h 40 au départ de l'aéroport Kennedy, n'est pas équipé sur Air France d'une classe First...
L'équipage s'est à peine rendu compte qu'il se produisait quelque chose d'anormal, car celui qui était alors encore directeur général du FMI l'avait averti qu'on devait lui rapporter son téléphone portable, oublié dans une chambre d'hôtel. Le commandant de bord avait cependant prévenu DSK qu'il ne pourrait retarder l'avion pour lui permettre de récupérer son bien si le précieux portable n'arrivait pas dans les minutes qui suivaient. Aussi personne n'a été plus étonné que cela quand deux hommes en civil se sont présentés à la porte de l'avion, portant le badge de la Port Authority et réclamant Dominique Strauss-Kahn. Ils semblaient avoir juste l'intention de lui faire une communication un peu confidentielle. Ce qui explique également que DSK les ait suivis sans appréhension, ni réticence apparente.
Un incident pourtant aurait pu mettre sur la voie les membres de l'équipage du vol New York-Paris. Quelques minutes avant que DSK soit extrait de l'avion, tous leurs téléphones portables sont devenus subitement muets. Ce qui pourrait bien, après coup, indiquer que les communications avec le vol AF023 ont été volontairement brouillées. Vraisemblablement, ou du moins peut-on le supposer, parce que la police ne voulait pas courir le risque que quelqu'un, depuis l'hôtel Sofitel ou d'ailleurs, avertisse DSK de ce que des policiers allaient venir interrompre définitivement, ce soir-là, son vol de retour vers la France.

Fitch abaisse sa note sur la Grèce et pourrait aller plus loin

Fitch a enfoncé vendredi encore un peu plus la note attachée à la dette souveraine grecque dans la catégorie spéculative, ajoutant que d'autres abaissements étaient à prévoir si l'Union européenne et le FMI ne présentaient pas un programme crédible pour résoudre la crise de dette du pays.

L'agence de notation a abaissé de trois crans sa note sur la Grèce, désormais en territoire "hautement spéculatif", à "B+", la ramenant ainsi à un niveau similaire à celui retenu par S&P et Moody's pour leurs notes grecques.

Un an après la mise au point par l'UE et le Fonds monétaire international (FMI) d'un plan d'urgence de 110 milliards d'euros - dont le pays reçoit des versements par tranches - la Grèce est engluée dans une sévère récession qui assèche ses recettes fiscales.

L'aggravation des difficultés du pays est à nouveau au coeur des préoccupations des dirigeants européens. Selon bon nombre d'analystes, la Grèce ne pourra pas échapper à une forme de restructuration de sa dette.

"L'abaissement de la note est le reflet des difficultés auxquelles est confrontée la Grèce dans le cadre de la mise en oeuvre d'un programme radical de réformes structurelles et budgétaires nécessaires à la solvabilité de l'Etat et aux fondations d'une reprise économique durable", précise Fitch dans un communiqué.

Réagissant à la décision de Fitch, la Grèce a estimé que cette dernière était influencée par les "rumeurs persistantes" dans la presse et qu'elle ne prenait pas en compte les nouveaux engagements pris par Athènes.

"Elle (l'abaissement de la note) ignore les décisions supplémentaires déjà prises par le gouvernement grec pour atteindre ses objectifs budgétaires de 2011 et accélérer son programme de privatisations", a déclaré le ministère des Finances du pays.

Fitch, qui estime que l'objectif 2011 d'un déficit budgétaire représentant 7,5% du produit intérieur brut s'est encore éloigné, a déclaré que la note de la Grèce risquait de basculer dans la catégorie "CCC" en cas d'absence d'un plan crédible de l'UE et du FMI

REPROFILAGE ASSIMILÉ PAR FITCH À UN DÉFAUT

L'annonce de Moody's a pesé sur les Bourses européennes et sur l'euro vendredi, la monnaie unique ayant également pâti des craintes de voir le résultat des élections locales programmées ce week-end en Espagne émousser la volonté du gouvernement socialiste de mettre en oeuvre son programme d'austérité.

Alors que les ministres européens ont évoqué pour la première fois une restructuration "douce" de la dette grecque en début de semaine, via notamment un allongement de la maturité des titres de dette émis par le pays, Fitch a déclaré qu'elle assimilerait un tel "reprofilage" à un défaut. (voir

Peu avant l'annonce de Fitch, Jens Weidmann, nouveau président de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a indiqué que l'option du "reprofilage" priverait le pays de fonds fournis par la BCE dont le secteur financier grec a cruellement besoin.

Paul Rawkins, directeur chez Fitch, a estimé que la Grèce ne serait pas capable de retourner sur les marchés des capitaux avant mai 2013, date à laquelle le plan de 110 milliards d'euros déjà en place expire.

L'agence a déclaré que la note "B+" partait du principe que l'UE et le FMI allaient débloquer des fonds complémentaires, ce qui permettra d'éviter une restructuration "douce".

Cité par la presse autrichienne, Christine Lagarde a déclaré qu'il n'y aurait pas de rééchelonnement de la dette grecque, tout en disant que le pays risquait la faillite si son programme de privatisations n'avançait pas.

Les Européens espèrent mettre sur pied d'ici juin un nouveau paquet de mesures pour muscler le programme d'aide octroyé en mai 2010.

La décision finale sera arrêtée une fois que la mission conjointe UE-FMI actuellement à Athènes aura rendu un rapport complet et que la Grèce aura précisé son programme de privatisations et les mesures supplémentaires qu'elle est prête à prendre pour assainir les finances publiques.

vendredi 20 mai 2011

Le FMI change de directeur, pas de direction

C'est une page particulière du Fonds monétaire international qui a commencé à se tourner, hier. En annonçant sa démission, Dominique Strauss-Kahn a officialisé une décision rendue inévitable depuis ce week-end. Cette sortie achève, de façon rocambolesque, un mandat débuté de manière tout aussi surprenante. En 2007, celui qui était déjà considéré comme le principal espoir du Parti socialiste avait en effet été soutenu… par son principal adversaire de droite. Nicolas Sarkozy ayant vu là une belle occasion de déstabiliser la gauche et d'éloigner temporairement son concurrent. Un choix qui s'est avéré, quoi qu'il en soit, plutôt positif pour l'institution financière. DSK a fait un sans faute - sur le plan de sa gouvernance du moins - redonnant une légitimité à un organisme passablement discrédité et apparaissant même comme le principal sauveur de l'économie mondiale depuis la crise de 2008. En France, le FMI a même vu son blason doublement redoré, par un mélange de fierté chauvine et le souci, au PS, d'adoucir au maximum l'image ultralibérale associée au fonds. Mais aujourd'hui, les conditions du départ de DSK fragilisent les prétentions européennes à conserver une fois encore la direction de l'institution, face aux pressions croissantes des pays émergents. L'essentiel est cependant moins la nationalité de son futur directeur que la nature des mesures qui seront prises. Si la politique d'ajustement structurel forcené a été un peu assouplie, la logique des plans d'austérité demeure. Et rien n'indique qu'elle changera. C'est pourtant cela qui importe le plus aux peuples qui les subissent.

PS sonné cherche plan B

Après ce tsunami politique, droite et gauche font les comptes. A droite, le bilan est plutôt positif pour Nicolas Sarkozy, pas seulement parce qu’il échappe à un adversaire potentiel qui depuis des mois l’écrasait dans les sondages, mais aussi parce que le Parti socialiste a mal géré la crise. Les prises de position machistes totalement oublieuses de la femme de chambre présumée victime laisseront des traces dans l’électorat féminin. En outre, beaucoup de personnes âgées sont choquées, et les milieux populaires écœurés par le comportement d’une certaine élite politique. Cela devrait jouer en faveur d’une forme de retour aux valeurs traditionnelles, d’un rééquilibrage vis-à-vis de Nicolas Sarkozy mais aussi, hélas ! de l’extrême droite populiste.

A gauche donc, le bilan est globalement négatif, car le Parti socialiste n’a plus de candidat favori et s’apprête à entrer dans des primaires compliquées et conflictuelles. François Hollande a pour lui les sondages, on sait qu’il a vraiment l’envie et qu’il est présumé sérieux mais, en face, Martine Aubry contrôle l’appareil et peut être le dénominateur commun aux anti-Hollande de tout poil. Elle est handicapée par son pacte avec DSK, qui fait d’elle une sorte de candidate du plan B. Sera-t-elle assez forte et déterminée de sorte qu’une majorité de socialistes croit qu’elle en a vraiment envie, plus que son père, Jacques Delors, qui renonça en 1995 ? Clin d’œil de l’histoire, c’était à Sept sur sept face à Anne Sinclair.

Le commentaire politique de Christophe Barbier





Le fantasme strauss-kahnien

Dans quelques années, quand la poussière brûlante de cette affaire aura été essaimée par le vent de l’actualité, quelle image laissera Dominique Strauss-Kahn sur le tapis roulant de l’histoire? Elle ne lui appartient déjà plus, ballottée et emportée par les emballements de l’information. Mise en scène par les chaînes de télévision comme un suspense haletant, la séquence d’hier soir, au tribunal de New York, après celle de lundi soir, imprimera sans doute pour longtemps notre imaginaire politique. Forte, tellement plus forte, en effet, que celles du cinéma américain qui a si souvent choisi les prétoires pour être des chambres de vérité où au terme d’un long combat tombent les masques et se révèle l’âme des hommes.

Dans cette autre dimension, l’inculpation de l’ancien favori pour la présidentielle de 2012 a déjà débordé largement du champ judiciaire pour envahir la sphère de la société toute entière. Elle questionne et passionne tous les citoyens sur un sujet essentiel: le statut des puissants... et le respect des petits qui peuvent ici trouver leur revanche. Tout se fond dans un incroyable bouillonnement médiatique, comme sur la scène de l’hallucinant plateau de France 2 où les digues habituelles du débat ont cédé, libérant pêle-mêle la passion et la raison, l’émotion et la justice, le droit et l’amitié, la fidélité et le ressentiment. Au point de brouiller toutes les pistes dans un affrontement confus des convictions personnelles et de la morale.

Troublant, le soulagement avec lequel a été accueillie la remise en liberté de DSK, assortie d’une assignation à résidence, suffit à montrer que la réflexion s’est peu à peu déplacée vers le sentiment. On a salué un peu trop bruyamment une «victoire» de la défense, comme s’il s’agissait déjà du premier round d’un match de boxe. En cela, les télés hexagonales sont déjà rentrées dans le jeu et la logique de la justice américaine. Mais qu’y a-t-il à gagner? Qu’y a-t-il à perdre, sinon la crédibilité de la victime présumée, désormais dans les cordes. Tant pis pour elle, n’est-ce pas? Si elle a osé s’en prendre à une personnalité mondiale, elle devra prouver qu’elle a été agressée, même si les éléments du dossier plaident plus que raisonnablement en sa faveur. Elle subit une double peine en quelque sorte, mais qui s’en soucie?

DSK, lui, a obtenu un répit qui préserve sa dignité et lui permet de défendre l’innocence qu’il proclame. Rien de plus, rien de moins. Le voilà héros malgré lui d’un scénario qui le dépasse totalement et l’emporte dans une aventure tragique qui, seule sans doute, marquera le souvenir qu’il laissera à la postérité. En France, les sondages pour la présidentielle sont déjà insensibles à sa chute. Il n’y a pas, décidément, d’homme providentiel. Ce n’était qu’un fantasme.


« Un nouveau chapitre » au Moyen-Orient


Il y a quatre mois, un vendeur ambulant d'une petite ville tunisienne déclenchait, par son sacrifice, le printemps arabe. Dans quatre mois, une majorité des États composant les Nations Unies pourraient donner leur reconnaissance à un État palestinien autoproclamé. Entre ces deux événements, porteurs de grands espoirs et en même temps lourds de nombreuses menaces, un discours politique planétaire manquait. C'est, fort de la capture récente de Ben Laden, que Barack Obama a comblé ce vide hier soir.

Moins inspiré que dans son fameux discours du Caire de juin 2009, mais plus contraint également par la complexité effective des situations et certaines contradictions américaines (à Barheïn notamment), Obama a davantage proposé un cadre et des principes directeurs pour accompagner et soutenir le printemps arabe, qu'une véritable doctrine.

Le cadre, c'est celui d'une Histoire en marche. Le constat est banal, mais c'est aussi un signal pour les régimes qui se crispent violemment contre leur propre jeunesse. « Rien ne pourra empêcher le changement », a déclaré le président américain. Le statu quo n'est plus possible. Pour personne. Ni à Damas ni au Yémen. Ni pour les Israéliens ni pour les Palestiniens.

L'accélération des événements, depuis la révolution tunisienne de janvier, est telle qu'elle vient de bouleverser les équilibres sur lesquels reposaient, depuis parfois des décennies, les stratégies politiques des principaux acteurs régionaux. Ces équilibres ne reviendront pas. La répression ne fonctionnera plus. Avertissement clair à la Syrie et au Yémen en particulier.

Ce constat vaut naturellement pour la Tunisie et l'Égypte. L'Amérique, et avec elle l'ensemble du G8, qui lui emboîtera le pas la semaine prochaine à Deauville, promettent des aides économiques pour ces deux pays. Obama a fait une comparaison criante. Sans le pétrole, les exportations de cette région de 400 millions d'habitants (Afrique du Nord et Proche Orient) sont équivalentes à celles de la seule Suisse.

Certains annonçaient un plan Marshall pour le monde arabe. La formule est séduisante, mais pas pertinente. Une Amérique très endettée, et une Europe sur la même pente, ne sont actuellement pas en mesure d'investir aussi massivement. Obama l'a laissé entendre hier, en insistant sur l'autodétermination des peuples et l'essor du commerce au détriment de l'assistance.

Depuis quatre mois, le conflit israélo-palestinien a pu paraître relégué au second plan, tant l'élan des jeunes Arabes a dominé la scène internationale. Mais la centralité de ce dossier revient chaque jour davantage. Le statu quo, là aussi, n'est plus possible. C'était, hier, le passage le plus attendu, et le plus délicat, du discours de Washington. À la veille d'une longue campagne électorale américaine, Obama a recherché un difficile point d'équilibre. En réaffirmant son soutien aux aspirations palestiniennes et aux frontières de 1967, mais en ménageant Israël, à la veille de sa rencontre avec Benjamin Netanyahou.

Si Bush prétendait, armes au poing, exporter la démocratie, Obama entend accompagner son éclosion. Soutenir les jeunes, les femmes, la rue, les démocrates et leur quête d'autodétermination. C'est une Amérique, certes, moins arrogante. De moins en moins puissante, aussi.



Avec Merkel, le populisme ne prend pas de vacances

Les Grecs, les Portugais et les Espagnols ont trop de vacances, assure la chancelière allemande. Mais en disant cela, déplore une éditorialiste portugaise, elle diffuse des fausses informations basées sur des clichés culturels et affaiblit les bases mêmes du projet européen. 

Nous allons payer au prix fort cette dérive populiste et xénophobe qui s’empare de l’Union européenne. Ce sont plus de cinquante ans de paix et de développement que nous sommes en train de détruire. Et les nations riches de l’Europe en portent une bonne part de responsabilité.
Les propos d’Angela Merkel sur le Portugal, l’Espagne et la Grèce ne peuvent pas même s’expliquer par l’inconséquence typique des campagnes électorales. La chancelière allemande vient de jeter de l’huile sur un feu qui crache déjà des flammes fort dangereuses.
Le message envoyé mardi 17 mai par Angela Merkel est terrible : dans des pays comme le Portugal, l’Espagne et la Grèce, a-t-elle déclaré, il n’est pas possible que les gens aient plus de congés, travaillent moins et partent à la retraite plus tôt que les Allemands.

Les Allemands recordmen d'Europe des congés

Quand bien même ces propos étaient fondés, elle n’aurait pas dû les tenir. Parce que ce n’est pas sur cela que repose le succès de la monnaie unique, et parce que de tels mots ne font qu’alimenter la mauvaise volonté de plus en plus marquée que mettent certains pays pour aider ceux qui, dans la zone euro, connaissent des difficultés financières.
Il suffit d’examiner les statistiques pour voir que rien de ce qu’a dit Angela Merkel ne correspond à la réalité. Ce sont les Allemands qui détiennent le record européen du nombre de congés. Les Grecs sont ceux qui travaillent le plus. Et si les Hollandais sont bien ceux qui partent le plus tard à la retraite, les Portugais les talonnent de près, en quatrième position. Déclarer qu’une union monétaire impose à tous d’avoir le même nombre de jours de congés, le même nombre d’heures de travail et le même âge de départ à la retraite, c’est contribuer à l’ignorance, qui n’est autre que la meilleure alliée des populismes et de la xénophobie. De telles harmonisations sont les conséquences, et non les conditions de la réussite de l’euro.
Ce qui fragilise la monnaie européenne, ce sont des mesures comme la suspension des accords de Schengen, qui garantit la liberté de circulation des personnes dans la zone euro, et l’absence d’instruments communs, budget, fonds ou mécanisme, qui permettent de faire face aux chocs asymétriques que nous vivons aujourd’hui.

Suspendre Schengen est bien plus néfaste que les pays endettés

Suspendre Schengen parce que des immigrés arrivent d’Afrique du Nord est bien plus néfaste pour la monnaie unique que les dettes du Portugal, de la Grèce, de l’Espagne et de l’Irlande réunies, et contribue à différer plus encore cette harmonisation du marché du travail qui préoccupe tant Merkel. L’absence d’accord pour soutenir de façon crédible les pays de la zone euro qui connaissent des difficultés financières (ou, comme disent les économistes, "touchés par un choc asymétrique") fragilise davantage l’euro que ces questions dont les populistes font leurs choux gras.
Si l’on s’en tient aux faits bruts, la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne sont les victimes d’un choc asymétrique au sein d’une union monétaire. Les raisons qui ont conduit ces pays, et pas d’autres, dans cette situation, sont diverses et variées, et tous les pays membres de la zone euro portent la responsabilité de ce qu’il s’est passé. D’ailleurs, si c’était par exemple les Pays-Bas qui étaient confrontés à un choc asymétrique, c’est sous cet angle que ce débat serait abordé, avec cette rationalité et sans le populisme de Merkel.
Nous ne voulons pas croire qu’il existe dans la zone euro des pays qui souhaitent récupérer la vieille thèse de ce ministre néerlandais qui, à la fin des années 1990, refusait que les Etats du sud de l’Europe ("le club Med", comme il disait) entrent dans l’euro. Nous ne voulons pas croire que les plans d’aide n’existent que pour expulser à terme leurs bénéficiaires de la zone euro. Angela Merkel doit faire honneur à la mémoire de Konrad Adenauer et à l'héritage d’Helmut Kohl.
Nourrir la bête populiste qui grossit dans l’Europe de l’euro, c’est ouvrir la boîte de Pandore, réveiller les spectres les plus menaçants du passé européen. Les Allemands le savent : le projet européen mérite mieux que des accès de populisme. Angela Merkel elle-même le sait : une élection vaut moins que l’avenir de l’euro.

Vu d'Allemagne

Ne mélangez pas tout, Mme Merkel

Ne mélangez pas tout, Mme Merkel
Les déclarations d'Angela Merkel sur la durée des vacances ou l’âge de la retraite des Européens du Sud sont loin de réjouir la presse allemande, qui s'emploie à contredire, chiffres à l'appui, ses affirmations. Parmi eux, Die Welt titre "La bouillie de l’Europe" et explique pourquoi la chancelière a envoyé un mauvais signal. "Les paroles de la chancelière montrent dans quelle direction se dirige le train européen : le mot-clé, c’est ’harmonisation’".
Ainsi, écrit le quotidien conservateur, "les Irlandais sont priés de porter leurs impôts sur les sociétés à notre niveau. S'il est certes juste que les pays endettés doivent tout faire pour redevenir solides, ce serait une erreur de prescrire à tous le même médicament.Peut-être que la Grèce trouvera d'autres solutions que nous pour réduire les prestations sociales. La retraite à 67 ans ne constitue qu'une possibilité parmi d'autres. […] Chez nous, le vieillissement de la population est déjà beaucoup plus avancé qu'en Europe de Sud. D'où le fait que ici, les plus âgés sont indispensables sur le marché du travail, mais pas en Grèce. Et pour l'Irlande, c'est peut-être le système fiscal attrayant qui constitue le plus grand avantage compétitif et donc la plus grande chance de retrouver la croissance."


La Norvège suspend son aide à la Grèce

La riche Norvège a décidé de suspendre l'aide financière qu'elle versait à la Grèce empêtrée dans de graves difficultés financières, estimant qu'Athènes ne respectait pas ses obligations, a annoncé jeudi le chef de la diplomatie norvégienne, Jonas Gahr Stoere.

La Norvège, qui n'est pas membre de l'Union européenne, appartient en revanche à l'Espace économique européen (EEE) - les 27 pays de l'UE plus la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein - et verse à ce titre une contribution financière pour aplanir les différences économiques et sociales en Europe.

"Nous avons cependant rencontré des difficultés de mise en pratique avec la Grèce où les obligations ne sont pas remplies", a déclaré M. Stoere devant le Parlement.
"Nous sommes donc dans l'obligation de cesser jusqu'à nouvel ordre les paiements réalisés au profit de la Grèce dans le cadre de l'EEE", a-t-il dit.

Selon l'agence de presse NTB, la Norvège, mais aussi l'Islande et le Liechtenstein, soupçonnent que leurs contributions financières n'ont pas abouti aux destinataires prévus et la Grèce n'aurait pas non plus rempli son obligation de cofinancer à hauteur de 50% les projets soutenus par l'EEE.

Sur la contribution norvégienne de 248 millions de couronnes (plus de 30 millions d'euros) initialement destinée à la Grèce, seuls 13 millions ont été versés, le reste ayant été gelé jusqu'à nouvel ordre, toujours selon NTB.

La Grèce et la Norvège sont dans des situations économiques diamétralement opposées : alors que la première se débat avec de graves difficultés budgétaires qui lui valent la défiance des marchés, la seconde affiche de confortables excédents grâce notamment à sa richesse pétrolière.

Gauche, droite: l'après DSK




DSK libéré sous caution par la justice américaine

L'ancien directeur du FMI a été formellement inculpé par le grand jury de New York. DSK, qui va devoir verser une caution d'1 million de dollars, sera assigné à résidence sous la surveillance d'un garde armé et devra porter un bracelet électronique.


• Libération conditionnelle

Une cour de justice de New York a accepté jeudi la remise en liberté de Dominique Strauss-Kahn, mis en examen notamment pour tentative de viol et agression sexuelle. «Nous sommes dans une position bien meilleure que celle dans laquelle nous étions au début», s'est félicité son avocat William Taylor à la sortie du tribunal.
Le juge Michael Obus de la Cour suprême a fixé sa caution à un million de dollars, avec un dépôt de garantie de cinq millions. Dominique Strauss-Kahn passera la nuit de jeudi à vendredi une nouvelle fois à la prison de Rikers Island, avant que ses avocats ne versent la caution vendredi.
Une fois libéré, l'ancien patron du FMI sera assigné à résidence 24 heures/24 à Manhattan, avec un bracelet électronique - conditions qui avaient été proposées par ses avocats. Le juge a également demandé à Dominique Strauss-Kahn d'avoir en permanence avec lui (et à ses frais) un gardien armé. Il devra par ailleurs donner aux autorités américaines tous ses documents de voyage.
L'ancien ministre comparaîtra à nouveau devant la justice le 6 juin. Là, s'il plaide non-coupable, un procès sera alors organisé. A ce jour, la défense de Dominique Strauss-Kahn a toujours nié les charges qui pèsent contre lui. Si, au contraire, il décide de plaider coupable, il pourrait négocier sa peine avec la justice américaine et ainsi éviter le procès.
Le procureur revient sur la décision du grand jury :

• Le déroulé de l'audience

L'audience avait démarré à 20h34 (heure de Paris). Dominique Strauss-Kahn était arrivé, sans menottes, en veste et en chemise, au tribunal. Avant de s'asseoir, il a adressé un sourire à sa femme Anne Sinclair, assise au premier rang au côté de la fille de Dominique Strauss-Kahn, Camille, et son compagnon. Les deux femmes, qui se tenaient par la main, sont apparues très émues.
Avant de se prononcer sur une éventuelle remise en liberté, le procureur avait officiellement notifié à l'ancien ministre son inculpation par la justice américaine. Une mise en examen qui signifie que le grand jury (23 jurés populaires) a décidé d'appuyer les poursuites initiées par le procureur de New York. Les sept chefs d'inculpation déjà connus ont été confirmés (visibles ICI).
» Ces jurés qui vont décider du sort de DSK
Dans un second temps, l'avocat de Dominique Strauss-Kahn, William Taylor, a pris la parole pour demander la remise en liberté de son client. Mon client est un «homme respectable» et ne tentera pas de prendre la fuite si la justice lui accorde la liberté sous caution, a-t-il affirmé. Le parquet, de son côté, a fait valoir que Dominique Strauss-Kahn avait de «bonnes raisons de fuir». D'après lui, ce dernier disposerait «de moyens personnels, politiques et financiers pour fuir. C'est une personnalité internationale, qui jouit d'une influence dans le monde entier».

• La victime présumée se dit prête à témoigner


L'accusatrice de Dominique Strauss-Kahn, une femme de chambre guinéenne, est prête à venir témoigner devant les tribunaux face à DSK, a assuré mercredi son avocat, Jeff Shapiro. «Elle fait ça parce qu'elle pense qu'il faut le faire et elle va le faire», a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision NBC, rejetant toute théorie de complot.
Alors que les questions se multiplient autour de la personnalité de Nafissatou Diallo, le New York Post croit savoir qu'elle vivrait dans un appartement du Bronx, exclusivement loué aux adultes séropositifs par une association du quartier. Une information à prendre avec précaution, aucune source officielle ou médicale ne l'ayant confirmée. Le tabloïd n'est pas non plus en mesure de dire si Nafissatou, la victime présumée, est atteinte ou non du virus du sida.

Lors de son interview à NBC, l'avocat de la femme de chambre a formellement démenti ces informations, qu'il a jugées «scandaleuses». Les envoyés spéciaux du Parisien ont confirmé cette version. La jeune femme habiterait bien dans un immeuble du Bronx où certains logements sont loués aux séropositifs. Mais selon ses voisins, Nafissatou n'occupe pas un appartement réservé aux malades. Elle ne serait en outre pas rentrée chez elle depuis samedi, craignant pour sa sécurité et celle de sa fille, et changerait d'hôtel tous les jours.

• Le consentement de la femme de chambre, nouvelle ligne de défense ?

La presse new-yorkaise bruisse depuis mercredi d'une nouvelle stratégie de défense: la thèse de relations sexuelles consenties. Le New York Timeset le New York Post citent notamment une source «proche de la défense», affirmant que le rapport pouvait «avoir été consenti». Alors que la défense assure depuis le début que DSK nie en bloc toutes les accusations dont il est l'objet, cette thèse pourrait finalement amener les avocats à plaider coupable.
L'avocat de la femme de chambre a répondu à cette possible ligne de défense, avant même que sa cliente ne témoigne devant les jurés populaires mercredi. Il a ainsi affirmé sur NBC que sa cliente nierait catégoriquement devant la justice avoir eu une relation sexuelle consentie avec DSK. «Quand les jurés vont entendre son témoignage et la voir, quand elle pourra enfin raconter son histoire publiquement», ils vont se rendre compte que «leurs allégations faisant état d'une relation sexuelle consentie ou de rendez-vous sont fausses», a-t-il expliqué.