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mercredi 2 avril 2014

Hollande, deux années perdues

Hollande, deux années perdues


Après la déroute socialiste de dimanche dernier qui semble avoir enfin ouvert les yeux de François Hollande sur la réalité du discrédit qui le frappe, lui et sa majorité, la question du remaniement du gouvernement Ayrault est dans tous les esprits. Deux questions se posent : quand et jusqu'où ?
Quand ? Rapidement et avant les élections européennes, ou au lendemain de celles-ci ? Les résultats du second tour des municipales ne devraient pas influer sur la décision du président de la République, sauf s'ils corrigeaient dans des proportions importantes les tendances révélées par le premier tour, hypothèse improbable. Les enseignements que celui-ci a livrés sur l'état de l'opinion sont trop clairs pour que Hollande tergiverse : il y a urgence à remanier. Encore faut-il que l'opération soit assez habilement menée pour qu'elle n'augmente pas le désarroi de l'opinion au point d'influencer un peu plus négativement encore son vote de juin prochain. On voit mal un remaniement succéder à un autre en l'espace de trois mois. Ce serait le comble de la maladresse.
Jusqu'où ira la portée du remaniement qu'on attend dans les jours qui viennent ? La gravité du moment, l'attente générale et la raison exigent qu'il soit significatif, donc important voire radical, ce qui suppose d'abord l'éviction de Jean-Marc Ayrault, et son remplacement par un homme d'expérience et d'autorité - dont le profil correspond à Laurent Fabius, donné pour l'instant comme l'un des favoris - qui s'entourerait de ministres compétents rassemblés autour d'un projet clair. Cette dernière condition est à nos yeux aussi impérieuse que la personnalité des hommes qui composeront la prochaine équipe.

Incessant louvoiement

Car l'échec spectaculaire de François Hollande trouve ses causes - plus encore que dans la faiblesse de l'actuel gouvernement, plus encore que dans sa direction, plus encore que dans les méthodes utilisées - dans la confusion de la politique menée depuis deux ans. Quelle politique, c'est la bonne question ! Des promesses non tenues, une hiérarchie des priorités incohérente, et surtout une ligne hasardeuse, oblique et illisible. Toutes fautes dont la responsabilité première incombe au président de la République. Au point qu'on peut douter de l'efficacité du gouvernement à venir tant que François Hollande ne se remettra pas lui-même en question. Ayrault porte un chapeau qui revient en toute justice à François Hollande.
C'est à celui-ci de dire enfin sa vérité, qui il est réellement, à quoi il croit et ce qu'il veut. On attend de lui qu'il renonce à cette morgue molle qui lui tient lieu d'autorité, à cet incessant louvoiement dans sa conduite des affaires, au flou dans lequel il entoure et son discours et son action, on attend de lui l'aveu de ses erreurs, la définition d'un cap précis et définitif et une constance à le suivre. Il a peu de temps devant lui, quoiqu'il en croie si l'on observe qu'il a à maintes reprises exprimé sa prétention à garder le pouvoir au-delà de 2017. Or il a déjà perdu et nous a fait perdre deux ans. 
La première année, il l'a consacrée essentiellement, hors quelques réformes futiles, à la mise en oeuvre d'un réaménagement fiscal qui lui a aliéné les agents économiques actifs et les classes moyennes, aux dépens de la productivité et sans que la justice sociale en ait tiré bénéfice. Au début de sa deuxième année de mandat, il a pris conscience de la réalité économique et le mot de compétitivité est enfin entré dans son vocabulaire d'énarque socialiste, à défaut qu'il l'illustrât réellement par une révision audacieuse de sa politique.

Temps perdu et perte de crédit

À l'automne dernier, après dix-huit mois de pouvoir, converti publiquement à la social-démocratie, il s'est enfin décidé à en venir à l'acte et à s'attaquer aux sources du problème économique. L'idée dupacte de responsabilité lui est venue, soufflée par le patronat, remède encore timide au marasme national, mais promesse intéressante. Le drame est que cette initiative, à peine sortie péniblement des limbes, rencontre des obstacles, alors qu'il fallait faire vite. Le temps que le projet soit adopté, puis que les vacances passent, puis qu'il soit mis en oeuvre, nous serons parvenus à la fin de cette année 2014. Il faudra ensuite un an, sinon davantage, avant que ses premiers effets se fassent sentir. Nous serons au printemps de 2016, c'est-à-dire au moment où s'ouvrira la pré-campagne présidentielle qui paralyse l'action politique. Croit-on dans ces conditions qu'un remaniement va suffire à rattraper tout ce temps perdu et à restaurer le crédit du président de la République ?
Qu'au moins dans les jours et les semaines qui viennent, renonçant enfin à nier la réalité et à entretenir le pays dans l'illusion, il la dise, cette réalité, avec les mots qu'il faut, annonçant les sacrifices nécessaires comme prix de décisions courageuses ! Mais est-il l'homme de la situation, dans le contexte politique difficile qu'il va devoir affronter au lendemain d'élections qui ont révélé sa nudité ? Même au sein de sa propre majorité, on doute désormais de lui. Dans le désarroi dans lequel elle est, la gauche semble même incapable de faire avec bonne foi et humilité le clair sur les raisons de son échec.
On entendait hier et avant-hier ses dirigeants analyser le désastre de dimanche. C'est faute, disaient la plupart d'entre eux, que nous ayons assuré la justice sociale. Aucun d'entre eux ne mettait le doigt sur la source du problème, qui est d'ordre économique, comme si la justice sociale ne passait pas par l'équilibre économique, par la croissance, par la richesse, comme si elle n'était pas l'effet d'une cause. Toujours cette habitude qu'ils ont de s'engager sur une fin sans mettre en oeuvre les moyens appropriés à sa réalisation ! Dimanche dernier, si le peuple a désavoué la gauche socialiste, c'est parce que celle-ci n'a pas utilisé ces moyens-là. Avant la justice, c'est d'abord un minimum de dignité et de confort matériel qu'il demande. Cela procède de ceci. La référence constante des dirigeants socialistes aux concepts, aux principes, à la morale est désarmante et les aveugle eux-mêmes. Hollande avait promis aux Français du travail et du pouvoir d'achat. Il ne les leur a pas donnés. C'est d'abord et simplement cela qu'ils ont sanctionné dimanche

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