TOUT EST DIT

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mardi 8 mai 2012

Sur le chemin du chaos

Le 6 mai, les Grecs ont lourdement sanctionné les deux partis traditionnels, chargés d'appliquer le plan d'austérité, et ont permis à la gauche radicale et à l'extrême droite d'entrer en force au Parlement. Un résultat qui pourrait mener à l'impuissance gouvernementale voire à la violence, s'inquiète un éditorialiste. 
C’est tournés vers le passé que les Grecs ont voté pour décider de leur avenir. Rêvant de retourner à une époque idéale – où il leur serait possible de fuir les exigences de leurs partenaires et de leurs créanciers  – , les électeurs ont détruit le système à deux partis, fragmenté le centre et fait passer les extrêmes sur le devant de la scène politique. Les résultats d’hier soir ne laissent guère de place à la formation d’une coalition, qu’elle soit mise en place par les partis qui respectent l’accord de prêt ou par ceux qui constituent le front du “non”.
Si nous revotons tout de suite, il n’est pas du tout sûr que la Nouvelle Démocratie [droite] et le Pasok [gauche] récupèrent un peu de leur ancien pouvoir (jusqu’en 2009, ils se partageaient plus de 80 % des voix, alors qu’hier, ils n’en ont pas récolté plus de 35 % à eux deux). Avec au moins sept partis au Parlement, aucun n’ayant obtenu plus de 20 %, nos politiciens vont devoir relever trois grands défis : ils doivent apprendre à coopérer sur un pied d’égalité, sans qu’aucun parti ne constitue un pôle dominant, sans tenter de prendre l’avantage les uns sur les autres ; ils doivent gérer Chrysi Avgi [Aube dorée], la formation néonazie qui vient d’entrer au Parlement ; ils doivent trouver un moyen d’être des partenaires crédibles dans les négociations avec nos créanciers, maintenant que le gouvernement Pasok – Nouvelle Démocratie de Lucas Papademos est éliminé.

Sentiment d'insécurité

Notre société, peu habituée aux idées de coopération et de compromis, va se heurter à la menace de l’ascension de Syriza [parti de la gauche radicale] et d’autres partis d’extrême gauche, et à Chrysi Avgi. Bien qu’aux extrémités opposées du spectre politique, ces deux camps ont une chose en commun – leur manque de respect pour les institutions établies et une profonde haine réciproque.
Si la progression de Syriza débouche sur toujours plus d’interventions gauchistes dans les universités et d’autres sphères de la vie publique, il est possible que les “troupes” des gauchistes et des anarchistes affrontent les chemises noires de Chrysi Avgi dans les rues. Sans un gouvernement fort pour lui donner des ordres et la soutenir, il est probable que la police évitera de se retrouver impliquée dans cette rivalité, accroissant encore le sentiment d’insécurité des citoyens et provoquant peut-être du même coup une aggravation supplémentaire de la fragmentation politique.
Il n’est pas étonnant que le Pasok et, dans une moindre mesure, la Nouvelle Démocratie aient payé le prix du programme d’austérité, mais personne ne s’attendait à ce qu’ils chutent de la sorte. Le temps est désormais venu de vérifier les théories de ceux qui pensent que la Grèce peut imposer des conditions à ses créanciers et que nous pourrions nous en tirer seuls si ces derniers nous lâchaient. Cet état d’esprit s’inspire de l’attitude d’Andreas Papandréou, fondateur du Pasok qui dominait la politique grecque dans les années 80. Depuis, ce populisme a façonné notre débat public. Aujourd’hui, le Pasok et la Nouvelle Démocratie en sont les victimes : bien qu’ayant exploité le populisme sans vergogne, ils se sont retrouvés sans défense quand d’autres l’ont retourné contre eux.
Les élections d’hier ont détruit le système politique en vigueur ces 38 dernières années. Elles ont ouvert la voie à de nouvelles forces et montré qu’il était nécessaire de coopérer, tant avant l’échéance qu’après. Si nos politiciens et tous ceux qui prennent part à la vie publique n’en ont pas tiré la leçon hier, nous nous retrouverons pris dans un cycle de conflits qui ne peut que mener à la catastrophe.