TOUT EST DIT

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jeudi 19 août 2010

En deux ans, la loi sur la représentativité a déjà bouleversé le paysage syndical

Deux après son adoption, la réforme de la représentativité continue de redessiner le paysage syndical français. La CFDT et la CGT bénéficient de cette redistribution des cartes, FO se maintient et la CFTC disparaît de nombreuses entreprises, tandis que, sur le terrain, des alliances électorales se forment au cas par cas.
Bataille de la représentativité, an II. La loi du 20 août 2008, qui asseoit la capacité des syndicats à négocier sur leur audience et fête demain son deuxième anniversaire, continue de profondément redessiner le paysage syndical au gré de la tenue des élections professionnelles dans les entreprises. Au niveau national, la nouvelle photo ne sera parfaitement claire qu'après agrégation des scrutins du cycle électoral en cours, en 2013 au mieux, et les résultats intermédiaires ne sont pas publiés, mais, en privé, l'administration du travail évoque déjà de grandes tendances « sans réelles surprises ».

La CFDT et la CGT, signataires avec le Medef et la CGPME de la « position commune » à l'origine de ce big bang syndical, « se renforcent » ainsi dans de nombreuses entreprises.
Vaste mercato

La première bénéficie notamment de l'afflux de troupes de la CFTC là où la centrale chrétienne est incapable d'atteindre la barre fatidique de 10 % des voix. Mais, localement, les deux premiers syndicats français payent eux aussi leur écot à la réforme. La CGT n'est plus représentative dans certaines Caisses d'Epargne ou chez Goodyear à Amiens, et elle se sait condamnée dans les filiales BTP de Bouygues. La CFDT, elle, risque de se faire sortir du jeu chez Airbus l'an prochain, et a dû se résoudre à une alliance contre nature avec les conducteurs autonomes de la FGAAC pour se sauver à la SNCF. Cela illustre l'un des autres effets marqués de la réforme : des alliances électorales se forment au cas par cas et sans grande cohérence, dans un vaste mouvement de mercato syndical. Dans la banque et les assurances, où le paysage syndical est très dilué, les tractations et les débauchages de troupes vont bon train. Et, partout où ils sont présents, à commencer par Air France, on s'arrache en outre les petits syndicats autonomes.

Autre tendance notée par l'exécutif : l'Unsa « continue sa progression », quitte à débaucher, y compris à la CGC, comme chez Thomson. Le bilan d'étape est « plus mitigé » pour FO, qui reste solide mais a perdu sa représentativité chez AXA et à la SNCF. La CGC souffre aussi parfois localement mais « demeure dans l'ensemble protégée » par sa représentativité catégorielle, qui lui permet de sauver son strapontin en atteignant 10 % dans le seul collège cadres. Dans ces conditions, la CFTC est « la principale victime » de la réforme. Une certaine panique y gagne les équipes de terrain, elle a subi de nombreux revers (BNP Paribas, AXA, des entités locales de la SNCF…) et elle est inquiétée dans ses implantations historiques dans la métallurgie (Eurocopter, Airbus), où le torchon brûle avec son partenaire traditionnel, la CGC.
Tentatives de rapprochement

Les grandes manoeuvres suivent aussi leur cours au niveau confédéral. Scellée par la réforme, l'entente cordiale CFDT-CGT s'est confirmée, permettant de tenir à bout de bras l'intersyndicale. Mais, derrière l'unité de façade affichée par les confédérations face à la crise et, dans une moindre mesure, sur les retraites (lire encadré), les relations ne cessent de se tendre entre partisans et opposants à la réforme. Dans un contexte de compétition exacerbée, FO, de plus en plus encline à se démarquer, et la CFTC, en quête de visibilité, durcissent beaucoup leurs discours.

Les tentatives de rapprochement se multiplient aussi dans un jeu mouvant aux résultats encore incertains. Après le gel de sa fusion avec l'Unsa, la CGC reste très divisée en interne mais la direction espère relancer le processus au plus vite. Elle a aussi approché la CFTC l'hiver dernier. Cette dernière, très probablement condamnée au niveau national si elle ne trouve pas de nouveaux alliés, s'est de son côté également rapprochée de FO. Mais, jusqu'ici, toutes ces discussions patinent, et rien de précis ne se dessine encore, signe que la bataille promet d'être encore longue.


DEREK PERROTTE