TOUT EST DIT

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mardi 20 avril 2010

Leçon de chose


Autrefois, à l'école primaire, il y avait régulièrement la leçon de chose. Il s'agissait d'étudier, sous ses divers aspects, une chose, un fait précis. Cette leçon avait pour avantage de nous apprendre la réalité, voire la résistance du réel qui entoure la vie des hommes.

Autrefois, l'on disait : la vie est un combat, une lutte, un effort. Les choses doivent être dominées pour que la vie soit possible et, quand elles ne peuvent l'être, il faut alors s'en accommoder d'une manière ou d'une autre.

Ainsi, les transports maritimes furent soumis, depuis qu'ils existent, au caprice des vents. Bien malin celui qui pouvait prédire, avec précision, la durée d'une traversée. Les vieilles cartes de navigation des grands voiliers de jadis en témoignent. Par exemple, pour aller d'Europe au Chili ou à San Francisco, il fallait, après le cap Horn, tirer des bords plus ou moins loin, et parfois très loin, dans le Pacifique. Rarement deux voyages traçaient la même route.

Aujourd'hui, grâce à l'extraordinaire intelligence de l'homme, nous avons inventé bien d'autres systèmes qui nous ont facilité la vie, à commencer par l'électricité qui est désormais à la base de toute activité humaine : moteurs, chauffage, réfrigération, usines, bureaux, hôpitaux. Cependant, grâce à nos progrès, nous mesurons notre activité à la minute près et nous protestons au moindre retard dans nos transports.

Garder les pieds sur terre

Nous nous comportons comme si nous étions totalement sortis des contraintes de notre environnement. Malheureusement ¯ ou plutôt heureusement ¯ nous sommes en train de commencer à nous apercevoir que ces comportements blessent trop souvent notre Terre d'une façon ou d'une autre et qu'il ne sera pas possible de prolonger éternellement nos prédations, voire nos gaspillages. L'écologie nous a tiré la sonnette d'alarme...

Mais voici que la nature se charge elle-même de nous rappeler à l'ordre et de façon spectaculaire. Ce volcan au nom imprononçable nous administre une leçon de chose de grande ampleur. Jamais nos transports aériens n'avaient été si soudainement, si longtemps, si complètement stoppés. Parti d'Europe, le choc se propage dans le monde entier comme un effet domino, atteignant presque tous les secteurs de notre activité, remettant en cause une certaine forme de la mondialisation.

Ce pourrait être pire encore, nous disent les géologues, si grande est la puissance enfouie sous nos pieds. Dans le passé, des éruptions ont presque entièrement plongé la Terre dans une nuit de cendres mortelles dont beaucoup d'espèces vivantes n'ont pu réchapper. Et nous courons des risques du même ordre avec le nucléaire, militaire, mais aussi civil.

Nos centrales atomiques, peut-être indispensables, n'en sont pas moins des volcans dont l'explosion, si elle survenait, serait plus nocive encore que celle des éruptions connues. Tout cela, on l'oublie trop facilement.

Aujourd'hui, nous devons constater que nous ne pouvons pas tout, que nous ne dominons pas tout. Notre orgueil est atteint. Nous voici ramenés à un peu plus d'humilité, incités à sortir de notre futilité, à retrouver un peu plus patience, réflexion et sens des réalités, à reconnaître en même temps que nous sommes vulnérables et que, dans ces conditions, il vaut mieux garder les pieds sur la terre.


François Régis Hutin

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