TOUT EST DIT

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jeudi 8 avril 2010

Détente nucléaire entre Russie et États-Unis


Au début des années 1990, le monde comptait près de 60 000 bombes nucléaires, réparties essentiellement entre Américains et Soviétiques. Depuis, leur nombre a été réduit de plus de moitié, grâce notamment au traité Start de 1991, que Barack Obama et Dmitri Medvedev vont renouveler, aujourd'hui, à Prague, réduisant encore les arsenaux des deux pays. Mais vingt ans après la chute du Mur de Berlin, l'héritage de la guerre froide se compte encore en ogives nucléaires.

Il y a tout juste un an, à Prague, Obama avait planté le décor de ce qui doit définir la gestion des armements nucléaires au XXIe siècle. « La menace d'une guerre nucléaire mondiale a diminué, disait-il, mais le risque d'une attaque nucléaire a augmenté. » Le cauchemar de l'apocalypse a cédé la place aux risques terroristes. Cela exige une redéfinition des priorités. C'est tout l'enjeu des débats et des négociations, actuellement en cours, entre les principales puissances nucléaires.

Mardi, l'administration américaine a dévoilé sa nouvelle doctrine, qui restreint les conditions d'utilisation de l'arme nucléaire de la part de Washington. Aujourd'hui, Obama et Medvedev signent un accord de réduction des têtes nucléaires, qui accompagne le mouvement engagé depuis vingt ans. La semaine prochaine, près d'une cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement se retrouveront à Washington pour parler de la sécurisation des stocks et des transports de matière fissile. En mai, l'application du traité de non-prolifération fera l'objet d'un examen à New York. Parallèlement, on s'active à l'Onu pour une nouvelle résolution contre l'Iran et ses ambitions nucléaires.

Sur ce dossier nucléaire, c'est l'Amérique qui donne le tempo. Obama en a fait l'un des axes majeurs de son mandat. Si le XXe siècle a été caractérisé par ce que les experts appellent la prolifération verticale, autrement dit la course aux armements d'un nombre réduit de puissances, le XXIe risque d'être le siècle de la prolifération horizontale, de la contagion sans contrôle. Depuis Hiroshima et l'utilisation de la première bombe atomique par les États-Unis, huit autres nations ont acquis l'arme fatale. La crainte de tous est de voir l'Iran devenir le numéro dix.

En affirmant, l'an dernier, vouloir oeuvrer à un monde « sans armes nucléaires », Obama a pu paraître idéaliste aux yeux de beaucoup. De nombreux républicains s'inquiètent, outre-Atlantique, de l'image de faiblesse que peut comporter ce type de discours. C'est pourtant un objectif élaboré en toute discrétion, depuis plusieurs années. Début 2007, quatre stratèges de tous bords politiques avaient publié un article dans le Wall Street Journal, intitulé déjà « Un monde sans armes nucléaires ». Ils mettaient en garde contre les « terribles dangers » que les armes nucléaires font peser sur le monde. Parmi ces experts des questions de défense, il y avait un certain Henry Kissinger, l'ancien secrétaire d'Etat de Nixon. Peu connu pour être un idéaliste.

Car l'enjeu est de taille pour l'administration américaine. Il s'agit, pour elle, de reprendre politiquement la main en dictant l'agenda nucléaire. Dans le même temps, d'impliquer stratégiquement ses partenaires pour agir efficacement contre la prolifération. Le sommet au Château de Prague, aujourd'hui, aura tous les atours rassurants d'une consécration de l'après-guerre froide. Mais c'est surtout au monde terriblement dangereux de l'après-11-Septembre que la nouvelle doctrine nucléaire américaine entend répondre.
Laurent Marchand

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