TOUT EST DIT

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mardi 11 juin 2013

Les véritables leçons sur la Grèce

Apprenons de la Grèce : refusons toute ligne artificielle de sauvetage et évitons la suspension de paiement en réduisant exclusivement les dépenses.

Chaque fois que le FMI parle, il tape à côté. Et même lorsque personne n'écoute ce qu'il dit en réalité. En tant que plus grand représentant du néolibéralisme sauvage – même s'il s'agit d'une bureaucratie internationale créée par Keynes, alimentée par le pillage des contribuables et dont la tâche principale est de sauver des États dépensiers pour qu'ils continuent de gaspiller –, il remplit sa fonction sociale dans le cadre dominant de la pensée unique étatiste, en fournissant de tendancieux titres de presse qui, par hasard, permettent de charger la barque du libre marché, mais qui ne seront jamais assez contondants que pour procéder à la très nécessaire fermeture du Fonds.

Cela s'était déjà passé avec le fameux « paper » de l'économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, dans lequel, même s'il reconnaissait des erreurs de calcul au moment d'anticiper les effets contraires de l'austérité, il admettait également qu'il n'y avait pas d'alternatives aux ajustements fiscaux. Certes, je ne suis pas en train de dire que le FMI aurait raison du simple fait d'être le FMI (il devrait, certainement, exister une présomption contraire), mais qu'il est clairement biaisé de mettre en avant la première partie de l'information et d'occulter la seconde. Il se trouve que le même schéma de désinformation a été reproduit avec la récente publication du rapport d'évaluation du soutien financier fourni à la Grèce depuis 2010.
La plus grande partie des médias a poussé des cris d'orfraie en titrant que le FMI reconnaissait avoir sous-estimé l'impact de l'austérité en Grèce et qu'il aurait été préférable que la Grèce ait pu compter sur un plus grand soutien financier de ses associés communautaires pour minimiser les ajustements. Ce n'est pas tant que cette présentation des faits soit absolument fausse – on sait bien qu'une demie vérité est beaucoup plus efficace qu'un mensonge complet – mais elle occulte une bonne partie du raisonnement et des conclusions.
Le rapport du FMI sur la Grèce
D'entrée de jeu, le FMI explique que le modèle de croissance de la Grèce durant les premières années du 21e siècle était en tous points insoutenable. Le crédit facile a permis de fonder son « boom » économique « sur d'énormes déficits fiscaux financés par le crédit étranger qui ont contribué à ce que les dépenses du pays dépassent sa production ». Il suffit de constater que les dépenses publiques ont doublé entre l'année 2000 et 2008 (passant de € 63 milliards à 117) grâce à des déficits publics qui ont atteint en 2008 les 10%. [...] En résumé, la Grèce était un pays qui produisait beaucoup moins que ce qu'il consommait et qui, par conséquent, ne cessait de s'endetter auprès des créanciers étrangers pour maintenir un train de vie insoutenable. Oui, on vivait mieux follement, mais les folies ont fini avec la crise.
Ayant atteint en 2009 un taux d'endettement de 130% par rapport au PIB et comptant sur le même modèle de « croissance » assise sur la bulle du crédit, il paraissait clair que le pays était condamné et que jamais il ne pourrait rembourser la totalité de ses engagements. À partir de là, les créanciers ont commencé à lui refuser son financement et la Grèce s'est retrouvé en situation de défaut de paiement en 2010. C'est ici qu'ont commencé les erreurs : la troïka était obsédée par l'idée d'éviter que la Grèce fasse faillite (en raison de la récente mauvaise expérience avec Lehman Brothers) et on a lancé un plan de sauvetage destiné à stabiliser le pays en assainissant ses finances. Seulement, il y avait un problème : les dimensions du déséquilibre budgétaire étaient telles que, pour simplement apurer les comptes avant de procéder aux paiement des intérêts (équilibre primaire), il fallait un ajustement de 14,5 points du PIB.
Il aurait dû apparaître évident qu'un ajustement de cette dimension devait nécessairement faire s'effondrer le PIB au milieu d'une dépression internationale. Les carottes étaient cuites : près de 15% des dépenses du pays se finançait par la dette (non pas avec la production) et il fallait commencer à sevrer le drogué de cette addiction. À moins que de manière soudaine le secteur privé grec commence à croître à des taux élevés sans rapport avec la réalité (remplissant avec la production le vide laissé par l'abandon de la dépense à crédit), il était inévitable que le PIB s'effondre. C'est comme lorsque quelqu'un s'habitue à vivre avec un crédit bancaire pour lequel il paie d'un mois sur l'autre plus de 20% de ce qu'il gagne : évidemment, quand ce crédit laxiste disparaît, ses dépenses mensuelles s'effondrent à moins qu'il ne trouve un emploi complémentaire qui lui permette d'augmenter son salaire mensuel de 20%. L'ajustement étant essentiel (le pays n'a jamais été riche, il vivait à crédit), il n'aurait pas été mauvais de présenter des estimations plus réalistes sur la croissance et l'emploi (même si l'ajustement n'aurait pu être postposé ou avec d'autres estimations : ou, selon les mots du Fonds, « dans tous les cas, une profonde dépression était inévitable »).
Mais le FMI a insisté dans son affirmation qu'un ajustement de près de 15% des finances allait seulement générer une chute des dépenses totales de 5,5% jusqu'en 2012, quand, au final, elle a été de 17%. La réalité de cette chute a été de 12 points supérieure à celle estimée ? Ce que nous avons dit : « Une partie de la contraction n'avait pas de lien avec l'ajustement fiscal mais bien avec l'absence de croissance dans le secteur privé dérivée de l'augmentation de la productivité et de l'amélioration du climat d'investissement que l'on espérait résulter des réformes structurelles ». Passer d'une économie privée sclérosée et « dettomane » à une économie productive fondée sur l'épargne interne ne se fait pas en un tour de main. Alors, pourquoi le FMI a-t-il présenté des estimations aussi irréalistes des effets de l'ajustement ? Parce qu'elles étaient nécessaires pour faire croire à tout le monde que la situation financière grecque pouvait être reconduite sans restructuration de la dette. Et pourquoi voulait-il tromper tout le monde ? Pour que les possesseurs étrangers de la dette grecque (banques allemandes et surtout françaises) aient le temps de s'en débarrasser, pour la transférer au contribuable européen. Le FMI le reconnaît lui-même : « Le délai [pour la restructuration de la dette] a fourni une fenêtre aux créanciers privés pour qu'ils réduisent leur exposition à la Grèce et transfèrent leurs passifs entres les mains gouvernementales ».
Erreurs et leçons
La première erreur a été de sauver la Grèce ; la seconde de la sauver sans imposer dès le départ une restructuration conséquente, puisqu'il était évident qu'une telle charge de la dette ne pouvait être réglée – au moins sans procéder à la privatisation des milliards d'actifs étatiques que possède le pays ou sans transformer de fond en comble le modèle d'État grec (quelque chose que l'on n'a même pas envisagé). De nouveau, le FMI reconnaît après la bataille cette seconde erreur : « Pour ne pas avoir affronté le problème de la dette publique dès le début, une incertitude a été créée concernant la capacité de l'eurozone à résoudre le problème, ce qui a aggravé la contraction. Une restructuration initiale aurait été meilleure pour la Grèce, même si elle n 'était pas acceptable pour ses compagnons de l'eurozone ».
Troisième erreur : si l'ajustement budgétaire draconien et la dépression ultérieure étaient inévitables, la manière logique de l'affronter était exclusivement du côté des dépenses publiques. Si l'État était devenu sur-dimensionné durant la bulle, quoi d'autre que de le discipliner ? Mais non, la moitié de l'ajustement a été réalisé en augmentant les impôts, ce qui a écrasé encore plus un secteur privé qui devait se restructurer pour créer à nouveau de la richesse le plus vite possible : « La gestation du déficit public durant la décennie qui a commencé en 2000 a été presque entièrement due à une augmentation des dépenses publiques. Il convient de s'interroger sur la nombreuse présence de mesures destinées à augmenter les revenus au sein du programme d'aide financière. »
Avec toutes ces nuances, le FMI conclut que « les politiques adoptées ont été correctes dans les grandes lignes ». Pour ma part, je ne partage pas l'avis du FMI, mais ses opinions ne devraient pas être présentées de manière biaisée et intéressée. De ce que je comprends, le rapport du FMI donne raison à tous ceux qui répètent depuis longtemps qu'il ne faut sauver aucun État dans la mesure où il doit affronter les conséquences de sa propre irresponsabilité ; la Grèce n'a jamais été disposée à réaliser le dur ajustement financier qui était nécessaire pour éviter le défaut de paiement, de sorte que la restructuration de la dette était indispensable dès le début ; et, surtout, les indispensables ajustements budgétaires doivent s'effectuer en diminuant les dépenses et non pas en augmentant les impôts. Rien de tout cela n'aurait évité que le PIB chute – parce que, Mesdames, Messieurs, le PIB doit chuter quand on l'a gavé de dettes et que le pays n'est plus capable de les rembourser. Mais cela aurait minimisé le temps de restructuration et attribué les pertes à ceux qui les méritaient.
Cependant, la troïka a choisi de résoudre le problème grec d'une très étatiste manière : en ne laissant pas le marché agir (faillite et réduction des dépenses), mais en socialisant les pertes de la banque européenne entre tous les contribuables européens et en serrant la vis au secteur privé grec avec des impôts beaucoup plus élevés. Un non-sens étatiste injuste et inefficace. Maintenant, le plus inquiétant est le parallèle que l'on peut faire avec les manœuvres de la troïka en Espagne : la sauver, donner du temps aux banques européennes pour liquider leurs positions, et « sabrer » d'impôts les Espagnols pour effectuer une grande partie de l'indispensable ajustement. Apprenons de la Grèce : refusons toute ligne artificielle de sauvetage (spécialement l'OMT) et évitons la suspension de paiement en réduisant exclusivement les dépenses.


Un optimisme qui tombe mal

Le président français François Hollande a déclaré, le dernier jour de sa visite au Japon, que la crise en Europe était terminée. Mais il a préféré ne pas parler de la récession économique, du chômage grandissant et du problème du sauvetage des banques, rappellent les médias et des experts dubitatifs.

Les experts et les commentateurs des médias européens essaient de comprendre pourquoi le chef de l'une des locomotives de l'intégration européenne donne une appréciation aussi optimiste de la situation actuelle au moment où la zone de l'euro connait une situation difficile.
Ainsi, la déclaration du président français, selon la plupart des experts, tombe mal à propos. Une semaine avant son intervention, les milliers des citoyens sont sortis dans les rues des villes européennes, protestant contre la politique d’austérité. Et, selon le portail Internet d’Euronews à Athènes, à l’initiative de la Confédération européenne des syndicats (ETUC) a eu lieu un « Sommet alternatif » qui a réuni les représentants des mouvements de gauche de Grèce, d’Italie, d’Espagne et de certains autres Etats européens, dont la France. La devise principale de la manifestation finale du Sommet alternatif était « Nous sommes pour une autre Europe ! ».
On sait bien pour quelle Europe se prononçaient les membres du Sommet. Dans la zone de l’euro, il y a 19,4 millions de chômeurs. Un jeune sur quatre (entre 15 et 24 ans) n’a pas de travail, soit 24 % des jeunes ou 7,5 millions de personnes. 
Entre-temps, selon les pronostics de la Commission Européenne publiés en mai, la dette des Etats de la zone de l’euro augmente. La Commission Européenne prédit à la France une baisse de l’économie en 2013 de 0,1%, de 0,2% d’après le pronostic du. Les désaccords entre Berlin et Paris aggravent la situation en France et dans la zone euro. Hollande prône de dynamiser l’économie, et la chancelière allemande Angela Merkel s’en tient à une politique d'austérité. Les solutions rapides dont rêve Hollande sont impossibles, croit le chef du secteur de l’intégration européenne de l’Institut de l’économie mondiale Sergueï Outkin.
« Les autorités de différents niveaux, des Etats séparés ou de toute l’UE, ne peuvent pas influer sur tout, dit l’expert. Et lorsqu’on parle d’une hausse, on n’arrive pas à l’assurer administrativement. Ce sont les tendances profondes qui deviennent décisives, en fin de compte. Il faudra du temps pour que l’économie se redresse ».
Selon le docteur ès sciences économiques du Fonds allemand de la science et de la politique Ognian Hishow, « une grande question » pour l’avenir de l’économie européenne est la situation en France.
« Comment la France pourra-t-elle venir à bout de ses problèmes (si c’est le cas) et quel impact aura l’aggravation de la situation économique en France sur la crise ? » – s'interroge le chercheur dans un entretien avec La Voix de la Russie. Pour être honnête, il faut l'avouer : cet impact sera plutôt négatif.  N

La presse : une crise dans la crise


Si nous nous réjouissons des bons chiffres de vente d'Ouest-France qui viennent d'être publiés pour 2012, nous ne pouvons pas oublier que, dans la crise globale que nous subissons, la presse écrite est elle-même plongée dans une crise spécifique.
à la suite du surgissement de nombreux nouveaux médias (multiplication des chaînes de télévision et des sites web), la presse écrite est directement concurrencée dans ce qui fait sa raison d'être : l'information. Ces médias nouveaux distribuent celle-ci à longueur de journée et de nuit, et le plus souvent gratuitement.
Bien sûr, cette information ne remplace pas complètement l'information apportée par les quotidiens. Ceux-ci ajoutent leurs commentaires à l'information brute. Ils peuvent s'étendre longuement sur un fait, un événement. Ils vont très loin dans la recherche locale de l'information avec leurs nombreuses éditions différentes. Tout cela coûte cher et ne peut être offert gratuitement.
Pour réaliser un journal, il faut, en effet, collecter l'information, c'est-à-dire aller la chercher sur le terrain. C'est le travail des journalistes et des correspondants qui sont beaucoup plus nombreux dans les titres de presse écrite que dans les sites web ou les chaînes de télévision.
Cependant, la concurrence est aussi fortement accrue dans le domaine de la publicité. Les annonceurs sont en effet sollicités par tous ces médias électroniques qui atteignent de multiples publics. Du coup, la presse écrite voit diminuer ses recettes de publicité et compense ces pertes par une hausse des prix de vente du journal proprement dit. Or, par les temps qui courent, chacun veille plus que jamais à ses dépenses.
Adaptation urgente et impérative
Cet enchaînement désastreux est général. Dans le monde entier, notamment en Europe et en Amérique du Nord, de nombreux journaux sont gravement menacés. Ils voient leur diffusion s'effondrer et sont amenés soit à fermer complètement, soit à licencier massivement leur personnel, journalistes y compris.
On devine les conséquences pour ces personnes, mais on constate aussi une dégradation de l'information globale. Or, ne l'oublions pas, cette information nécessaire aux citoyens est un des piliers de nos démocraties.
À Ouest-France, nous nous efforçons de concilier ces évolutions pour que le journal puisse s'adapter aux temps nouveaux. Nous nous efforçons de retarder les inévitables hausses de prix de vente qui se profilent à l'horizon, de manière à favoriser l'achat pour nos lecteurs et donc l'accès à l'information qui leur est nécessaire en tant que citoyen.
S'adapter signifie réorganiser nos processus de fabrication, nos organisations, pour qu'elles soient moins coûteuses et plus performantes. S'adapter signifie aussi informer en utilisant tous les moyens électroniques dont nous pouvons disposer. Dès maintenant, il est possible de lire Ouest-France partout en France et dans le monde sur une tablette où on peut y choisir l'une ou l'autre de nos 53 éditions. On peut aussi consulter le site ouest-france.fr qui déjà accueille plus de 500 000 visiteurs par jour et également le site ouestfrance-entreprises.fr, le site jactiv.ouest-france.fr à destination des étudiants et des jeunes actifs, le site de notre hebdomadaire Le Marin (lemarin.fr).
La concurrence et la crise actuelle ne peuvent que stimuler nos efforts pour parvenir à rendre à nos lecteurs le meilleur service possible de l'information et cela par tous les moyens dont nous pouvons disposer.

François Hollande considère que la crise de la zone euro est derrière nous : incroyable erreur de diagnostic ou hypocrisie ébouriffante?


"Il faut bien comprendre que la crise dans la zone euro est terminée", a déclaré François Hollande à l’occasion de son voyage au Japon. Sur quoi se base-t-il pour tenir ces propos ? Quels éléments allant dans ce sens peut-il invoquer ?

Nicolas Goetzmann : En premier lieu, il est tout de même préférable qu'un président en déplacement dans un important pays partenaire ait un discours positif. Personne ne souhaiterait que son discours fut "ne venez pas investir en Europe, vous vous exposeriez à de lourdes pertes".

En second lieu, il existe effectivement des éléments allant dans son sens. Les dernières statistiques "live" du mois de mai font état d'un ralentissement de la récession. Mais cela est principalement dû aux politiques de relance américaine et japonaise. Pas de quoi pavoiser finalement, et rien ne permet de promettre quoi que ce soit sur le moyen ou long terme.
Bien entendu la crise de la zone euro n'est pas terminée et l’inquiétude relative à la prochaine décision de la Cour Constitutionnelle Allemande sur le programme OMT, mis en place par la BCE, en est une preuve flagrante. Si cette décision s’avérait négative, François Hollande se retrouverait dans de beaux draps avec ses annonces de « fin de crise » parce que le risque de voir celle-ci s’emballer deviendrait inévitable.

Désirer voir aboutir les accords de libre-échange entre le Japon et l’Europe justifie-t-il de tenir un discours aussi sujet à contestation ? Pourquoi ?

Les Japonais ne sont pas dupes. Ils ont été confrontés à une crise de même type depuis plus de 20 ans et s’en sortent uniquement aujourd’hui. Que François Hollande tente de séduire les investisseurs japonais est tout de même de bonne guerre. La politique des « Abenomics » consiste à donner un accélérateur à la demande intérieure japonaise, ce qui pourrait profiter à l’économie européenne et française en particulier. Et ce malgré la baisse du Yen. Le Japon est un marché porteur pour les sociétés exportatrices et il serait dommage de ne pas essayer d’en profiter.
Ce qui était difficile à accepter lors de ce déplacement était le soutien apporté par la président à la doctrine de Shinzo Abe tout en manifestant l’impossibilité de pratiquer la même chose en Europe. Nous connaissons le problème mais on ne peut rien faire parce que ce serait aller contre les traités. Le tout est de savoir quand la pression des peuples européens sera suffisamment forte pour agir, il semblerait que le cap n’ait pas encore été franchi.

Faut-il y voir une déclaration d’ordre strictement diplomatique, ou bien François Hollande y croit-il réellement ? Qu’en déduire sur sa capacité d’appréciation de la situation économique et financière actuelle de l’Europe ?

Je ne crois pas qu’il en soit convaincu. Le simple fait qu’il ait besoin de le dire prouve bien que cela n’est pas du tout évident. Mais les remèdes apportés à la crise sont par contre une source d’inquiétude, puisqu’ils ne servent à rien. François Hollande est enfermé dans une vision de cycle économique classique alors que nous sommes plongés dans une crise monétaire, et au final une crise de structure européenne.
Lors de cette visite, François Hollande faisait part de son admiration pour les réformes japonaises, notamment via la relance monétaire. Une certaine hypocrisie voit ici le jour parce que François Hollande a été favorable à toute les étapes de la construction européenne, et notamment la perte de souveraineté monétaire. De ce fait, il devient difficile de critiquer ce que l’on a contribué à mettre en place. Nous pouvons lui donner le droit de changer d’avis et d’agir en ce sens, ce serait même une recommandation s’il voulait véritablement pouvoir annoncer la fin de la crise de la zone euro.

Comment les hommes d’affaires du monde entier qui étaient présents ce jour-là ont-ils pu interpréter cette déclaration ? Quel est le message « crypté » qui se cache derrière ?

Je ne vois pas de message crypté, tout au plus un discours maladroit. Il aurait tout de même été préférable d’annoncer la prise de conscience de la problématique actuelle, à savoir la politique menée par la BCE, et d’annoncer une réforme en ce sens. En lieu et place de cela, aujourd’hui comme hier, tout investisseur présent peut légitimement avoir quelques doutes sur les actions qui seront menées dans la zone euro. De plus, l’incapacité actuelle d’avoir une ligne commune avec l’Allemagne est un problème majeur. D’autant qu’il va tout de même falloir un  jour convaincre les Allemands que la politique de stricte stabilité des prix envoie tout le monde dans le mur. 
Mais il me semble que les marchés financiers reflètent bien cette situation. La faiblesse des marchés européens est à mettre en perspective avec les records enregistrés par la bourse américaine et l’envolée du Nikkei depuis l’automne dernier. Les investisseurs sont faiblement présents dans la zone euro car la politique de la BCE ne permet pas une sortie de crise à long terme. Les marchés ne sont pas parfaits mais ils reflètent tout de même l’appréciation actuelle des investisseurs sur l’avenir d’une zone économique. 

Que sent Paris selon vous ?


Sans le vouloir, nous relions souvent une odeur à un lieu et c’est ce mécanisme curieux qu’a décidé d’exploiter Kate Mc Lean. L’étude qu’elle a réalisée retrace les odorats de certaines grandes villes du monde. Si cette enquête possède des allures scientifiques, elle n’en est pas moins artistique et permet de s’intéresser au pouvoir des odeurs sur notre subconscient.
L’idée de la cartographe et designer Kate Mc Lean fera frémir plus d’un nez. On relie souvent une odeur à un souvenir, que ce soit une personne, un moment ou un lieu. Sans le savoir nos narines ont aussi une très bonne mémoire, et c’est ce que ce projet démontre encore une fois.

A la recherche des odeurs de villes en villes
Intéressée par les souvenirs et les odeurs, elle a décidé de réaliser une carte olfactive de grandes villes(Glasgow, Edinbourg, Newport, New York, Amsterdam et Paris). Mousse à raser, miel, crème solaire, diesel, beaucoup d’odeurs bien différentes ont pris place sur les cartes de la chercheuse. Sa démarche est donc davantage artistique que scientifique si on se fie aux recherches qu’elle a entreprises pour colorer ses cartes.
Son approche est d’autant plus humaine qu’elle a consisté à interviewer un échantillon diversifié de personnes. Qu’ils soient touristes, nouveaux arrivants ou d’anciens résidants, elle leur demandait leurs impressions, parfois même en se baladant dans la ville avec eux.

Des odeurs reliées aux émotions des souvenirs
Pour élaborer ses cartes, elle dessine les contours selon la portée et l’intensité des odeurs des personnes qu’elle a interrogées. Elle opère aussi différemment de ville en ville : pour Amsterdam, par exemple, elle a parcouru la capitale à l’aide d’un "nez" employé dans une entreprise de parfums, ce qui lui a permis d’avoir un point de vue différent.
Parfois certaines odeurs ont besoin d’être comprises, par exemple quand quelqu’un lui explique que Paris sent le miel. Après réflexion, elle a trouvé que la source de cette odeur venait des nettoyants pour parquets à la cire.
Et les Parisiens sont chanceux puisque la carte concernant la capitale française est interactive : elle  invite le public à sentir les odeurs. En effet des échantillons de parfums décrits y sont accrochés. Une fois l’odeur sentie,la personne est invitée à se souvenir de ce que lui rappelle l’odeur et à le décrire sur un post-it, puis à l’accrocher auprès de la bouteille sur la carte. En tout, 530 notes d’odeur colorient la carte de notre chère capitale.
En général les lieux sont reliés à un souvenir, par exemple lors de la cartographie de Newport, beaucoup de gens déclaraient que l’odeur de l’océan correspondait à celle de leur maison.

Une meilleure prise en compte du pouvoir de son nez
En plus de fasciner un grand nombre de gens, beaucoup ont réalisé qu’ils faisaient appel à leur sens olfactif malgré eux.
Même si les cartes de l’auteure sont particulièrement jolies et curieuse à lire et sentir, cette enquête lui aura permis certaines conclusions sur notre comportement par rapport aux différentes fragrances. Elle en a conclu que chaque odeur était rattachée à une émotion, que le café aidait tout particulièrement à se remémorer des histoires, tandis que le parfum encourage les gens à mentionner d’autres personnes. Quant au vin, il permet de mieux se remémorer un événement passé. De quoi faire un peu plus attention à ce que nous ressentons lorsque nous flânons dans certains lieux.

L'industrie auto tricolore accélère sa désindustrialisation... en France


Michelin annonce de nouvelles suppressions d'emploi. PSA et Renault réduisent très fortement la voilure. En sept ans, la production des deux constructeurs dans l'Hexagone a chuté de moitié. Les effectifs des usines françaises d'équipements pour véhicules sont passés de 114.000 à moins de 80.000 personnes entre 2007 et 2012. Inquiétant.
Michelin annonce 730 suppressions d'emplois à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire). La Française de Mécanique (FM), filiale de Renault et PSA employant quelque 3.400 personnes à Douvrin (Pas-de-Calais), pourrait supprimer « plus de 1.000 emplois » d'ici à 2016, affirme la CGT. En attendant, le groupe PSA a prévu de réduire ses effectifs de 11.200 personnes entre 2012 et 2014 en France ainsi que de fermer son usine d'Aulnay-sous-Bois, en région parisienne.
Renault procédera pour sa part à 7.500 suppressions nettes d'emploi dans l'Hexagone d'ici à fin 2016.  Aïe. Du côté des usines françaises d'équipements automobiles, c'est tout aussi désastreux. Leurs effectifs globaux ont chuté de 7,3% l'an dernier à 79.000 personnes, selon la Fédération des fabricants d'équipements pour l'automobile Fiev, contre 114.000 en 2007 ! Une vraie Bérézina de l'emploi.
Chiffre d'affaires en berne
Certes, PSA Peugeot-Citroën et Renault incriminent la chute du marché auto européen. Le chiffre d'affaires de la branche automobile de PSA a ainsi reculé de 10,3% à 8,7 milliards d'euros au premier trimestre. Renault a vu ses ventes reculer de 11,8% à 8,27 milliards. Quant aux équipementiers automobiles, le chiffre d'affaires de leurs sites français a fléchi de 13,4% l'an passé à 16,15 milliards, d'après la Fiev. En corollaire, la balance commerciale des composants pour véhicules a vu son excédent fondre à 1,7 milliard d'euros à peine l'an dernier, contre... 2,5 milliards en 2010. Et les perspectives pour l'année 2013 ne sont pas vraiment réjouissantes.
Plongeon de moitié
Toutefois, la crise en Europe n'explique malheureusement pas tout. Car les deux constructeurs tricolores sont engagés dans une spirale structurelle de désindustrialisation en France, entraînant logiquement dans leur sillage celle de leurs fournisseurs. PSA a ainsi vu sa production de voitures particulières et d'utilitaires baisser de 35,7% dans l'Hexagone à 230.337 unités au premier trimestre. De son côté, Renault a reculé de 23,7% à 118.060. Sur l'ensemble de l'année 2012, PSA avait déjà réduit ses fabrications françaises de 16% à 1,11 million et Renault de 17,6% à 532.571 exemplaires... soit à peine moins que l'ensemble de la production de son allié japonais Nissan dans sa seule usine britannique de Sunderland.
Des niveaux quasi-dérisoires, qui témoignent d'un mouvement de fond. Les sites français de PSA ont en effet fabriqué 41% de véhicules en moins l'année dernière par rapport à... 2005. Les usines de Renault dans l'Hexagone ont réduit, elles, de presque 60% leurs volumes en sept ans. Du coup, la production cumulée de Renault et PSA en France a plongé exactement de moitié par rapport au milieu des années 2000. Cela va au-delà d'une crise du marché européen.
Effectifs en pleine chute
Dans ces conditions, les usines voient leurs effectifs fondre. Le site PSA de Rennes a produit 129.600 unités à peine l'an dernier.... contre plus de 360.000 au milieu des années 2000, pour un potentiel installé qui était alors de 400.000 ! A cette époque, le site employait 10.000 personnes, le double d'aujourd'hui. Sacrée dégringolade.
Et ce n'est pas fini. Rennes, où la suppression de 1.400 emplois est prévue, sera d'ailleurs à l'arrêt durant six semaines cet été en raison de nouvelles mesures de chômage partiel. L'usine de Renault à Flins (Yvelines) a assemblé l'an passé 115.500 Zoé et Clio avec 2.600 salariés, contre 270.000 voitures avec 4.750 personnes en 2004. A Sandouville, le site phare de Renault en Seine maritime voué jusqu'ici à la gamme moyenne et au haut de gamme comme celui de PSA à Rennes, a vu ses effectifs passer de 5.300 employés en 2004 à 2.150 aujourd'hui seulement.
Des produits qui se vendent moins
La baisse d'activité des usines tricolores reflète celle de la popularité des modèles. Le fameux monospace compact Scénic (et son dérivé Grand Scénic) a été  produit à une cadence réduite des deux-tiers à 132.760 unités l'an passé par rapport à il y a dix ans. La familiale Renault Laguna a atteint péniblement les 27.700 unités en 2012, contre plus de 145.000 dix ans auparavant. Quant à l'Espace, longtemps considéré comme le fleuron du génie français, il n'était plus assemblé l'an passé qu'à raison de 12.900 véhicules, soit six fois moins. Quant à PSA, il assemblait certes encore 566.000 petites Peugeot l'an dernier. Mais la production était répartie entre trois modèles (206, 207, 208), dont une grosse part construite hors de l'Hexagone.
Il y a dix ans, en revanche, PSA fabriquait 816.500 Peugeot 206, pour l'essentiel en France. Dans la gamme moyenne supérieure, PSA produisait 259.000 Peugeot 407 en 2005 (à Rennes). En 2012, PSA n'assemblait plus que 116.400 Peugeot 508, son successeur, dont une moitié environ seulement dans l'Hexagone...
Les gros véhicules n'ont plus la cote
La chute de production en France de Renault et PSA s'explique en partie par la délocalisation vers des pays à bas coûts, surtout au sein de l'ex-Régie. Mais pas seulement. Le plongeon des volumes en France reflète aussi la désaffection des clients pour les véhicules de gamme moyenne et supérieure à fortes marges potentielles des deux constructeurs tricolores, traditionnellement fabriqués dans les usines hexagonales.
Les modèles vendus à des prix élevés sont logiquement moins sensibles au différentiel de coûts en France par rapport à l'Europe de l'est que les véhicules d'entrée de gamme devenus la spécialité de Renault et PSA, sous la pression en particulier des pouvoirs publics dont la politique fiscale favorise les petites voitures. Dans le même temps, l'industrie automobile allemande a, elle, globalement maintenu ses volumes de production outre-Rhin grâce au succès de ses véhicules en général mais surtout de son haut de gamme!
710. 000 voitures en 2016?
Alors, cette descente aux enfers de l'industrie automobile dans l'Hexagone est-elle irrémédiable ? Pas forcément. PSA, qui vient d'industrialiser des modèles nouveaux comme le « Crossover » 2008 en France, négocie avec les syndicats un accord de compétitivité pour améliorer sa productivité en France. Il souhaite conclure un accord du même genre que celui paraphé à la mi-mars par Renault, lequel prévoit notamment une augmentation de 6,5% du temps de travail, une refonte des comptes épargne temps, un gel des salaires en 2013.
Le constructeur au losange s'est engagé en échange à ne fermer aucune de ses usines dans l'Hexagone à court terme et à leur assurer une activité minimum de 710.000 véhicules par an: 630.000 Renault et 82.000 Nissan (à Flins à partir de 2016). Formidable, non ? Bof. En 2004, Renault ne produisait-il pas en France plus d'1,3 million d'unités ? On sera loin du compte...
Douai, espoir de Renault
Carlos Ghosn, PDG de Renault,  est très fier de l'annonce fin mai par le groupe de solides perspectives pour l'usine de Douai (Nord). Le plus important site du constructeur au losange en France doit lancer à partir de 2014 toute une série de nouveaux modèles sur une nouvelle plate-forme modulaire commune Renault-Nissan. Premier jalon : le futur remplaçant du fameux Espace. Viendra ensuite le successeur de la Laguna de gamme moyenne supérieure.
Douai espère produire jusqu'à 250.000 voitures par an d'ici à la fin 2016, grâce au lancement de cinq nouveaux véhicules. Cocorico ? Non, pas vraiment. Car Douai ne fabriquait-il pas plus de 450.000 véhicules au milieu des années 2000 ? Au fond, dans le meilleur des cas, tout juste peut-on espérer que Renault et PSA maintiennent globalement leurs niveaux actuels de fabrication dans l'Hexagone. Auxquels on peut heureusement ajouter les 200.000 Toyota produites annuellement à Valenciennes (Nord) et les 100.000 Smart (Daimler) environ à Hambach (Moselle)... Piètre consolation.

Hors-la-loi

Hors-la-loi


Il ne fait plus bon être catholique en France

Les choses sont claires, désormais. Affirmer la morale traditionnelle du mariage et le respect de sa réalité est aujourd’hui une occupation dangereuse, comme en attestent les menaces de lourdes sanctions qui pèsent sur un maire des Pyrénées-Atlantiques qui entend ne pas se prêter à la mascarade d’un « mariage » gay dans sa commune d’Arcangues.
Jean-Michel Colo porte – fièrement – l’étiquette « divers droite » et c’est sans la moindre hésitation qu’il a fait savoir à la préfecture qu’il refusera, tant qu’il sera à la tête de sa commune, de répondre à la demande d’une paire homosexuelle qui y a élu domicile de profiter de la loi Taubira, « illégitime » comme dit ce Basque qui, avant d’être un « bon républicain », est « d’abord un bon Français », comme il ne craint pas de le dire. Et comme un seul homme, ses adjoints l’ont approuvé, assurant à leur tour qu’ils ne « marieraient » pas.
Si Noël Mamère pense avoir identifié là un « vide juridique » et l’absence de toute sanction possible, mise à part la suspension provisoire de sa fonction de maire de Bègles qu’il avait lui-même subie pour avoir « marié » un couple gay en 2004, il n’en va pas de même pour les hautes autorités de l’Etat, qui brandissent déjà les menaces.
La préfecture, dans un communiqué diffusé vendredi soir, a rappelé que le « droit au mariage dans la commune du domicile ou de la résidence de l’un des époux, inchangé depuis 1804, ne connaît aucune dérogation » (pauvre Napoléon). Et elle a souligné que le maire s’expose à de lourdes sanctions, précisant les peines encourues en cas de plainte du couple : Jean-Michel Colo risque « jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende », il peut être suspendu en conseil des ministres, voire être révoqué.
L’homme des lacrymos et des brutalités policières contre les « gay-sceptiques », l’Erdogan français, ministre de l’Intérieur plus zapatériste que l’ancien Premier ministre de son pays d’origine, est monté au créneau samedi : Manuel Valls a brandi la menace.
« Les lois s’appliquent partout et il ne peut pas y avoir la moindre rupture d’égalité. Évidemment, s’il y avait rupture d’égalité le procureur serait saisi. Et les élus qui ne respecteraient pas cette égalité, les lois de la République, risquent des sanctions importantes. Donc, j’espère que la raison va l’emporter là-bas comme ailleurs », a-t-il déclaré.
La raison, c’est bien sûr en l’occurrence la déesse Raison à laquelle il faut sacrifier et non cette caractéristique un peu désuète qui cherche la logique du réel pour atteindre l’expression de la vérité.
Jean-Michel Martin et Guy Martineau-Espel, les deux quinquagénaires au charme plus que discret qui mettent au défi la commune d’Arcangues de les « marier », ont annoncé qu’ils porteraient plainte contre le maire, menaçant aussi de ne plus payer d’impôts et de renvoyer leurs cartes d’électeur à Christiane Taubira, ce dont le PS ne se moquera pas.
Car la guerre est ouverte, ça y est. Le courageux Jean-Michel Colo – qui rappelle en vain l’engagement de François Hollande d’autoriser l’objection de conscience aux maires récalcitrants – est d’ores et déjà le symbole d’une résistance qu’il va falloir soutenir, et à fond. En comprenant bien que c’est de persécution religieuse qu’il s’agit. Affirmer la morale traditionnelle du mariage et le respect de sa réalité est à la portée de quiconque, mais aujourd’hui elle est d’abord et surtout affirmée par les catholiques, avec un panache grandissant : on n’oubliera pas le tweet d’encouragement admiratif de Mgr Marc Aillet au maire Colo qui, en tant que Basque, est aussi l’une de ses ouailles.
C’est maintenant, la croisée des chemins. C’est maintenant qu’il va falloir tenir bon.
Car, déjà, la clique au pouvoir serre l’étau, non sans glorifier les couples gays enfin « reconnus » : Vincent et Bruno Boileau-Autin, les « mariés » de Montpellier, sont allés passer leur lune de miel à Tel Aviv, en pleine gay pride, pour y recevoir les félicitations officielles de la municipalité, accueillis comme des hôtes de marque à l’ambassade de France, qui les a hébergés.
Conclusion, les cathos et les hommes de bonne volonté ne sont plus que des « has-been », des ringards, des hors-la-loi à ranger parmi les esclavagistes, les intégristes et les extrémistes contre lesquels la chasse est ouverte.
Ce qu’il y a de bien, c’est que le club s’agrandit.

'Des hauts-gradés de l'armée française ont envisagé un coup d'Etat'

Jean-Philippe Merchet, un journaliste français qui se spécialise sur les questions militaires, affirme sur son blog « Secret Défense » qu’un magazine militaire d’extrême droite, « la Revue de l’arsenal », exhorte les hauts-gradés de l’armée française à organiser un putsch en France, rapporte le site de la chaîne française LCI-TF1.
« Un groupe royaliste qui se revendique du printemps français appelle à un «coup de force» de la part d'officiers catholiques », écrit-il. Le déclencheur de cette insurrection serait les manifestations contre le mariage pour tous, qui auraient exacerbé le mécontentement des milieux d’extrême droite traditionnaliste catholique auxquels appartiennent ces gradés.  
La revue de l’Arsenal cite les noms de quelques militaires de l’Etat-major français : Benoît Puga, chef d'état-major particulier du président de la République François Hollande, Pierre de Villiers, major général des armées, et Bruno Dary, ancien gouverneur militaire de Paris. Selon l’article, ces généraux catholiques ont initié  un « combat » contre le « cabinet franc-maçon » du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. L’article regrette qu’ils n’aient pas concrétisé leur opposition par un putsch, et s’en remet à leurs subalternes : « le salut viendra des capitaines », écrit-il.
Le journal français Le Monde affirme que cette rumeur de coup d’Etat n’est pas une nouveauté, et que lors des manifestations contre le mariage des homosexuels, des « micro-cercles nourrissaient le fantasme d'une sorte de comité de salut public dont le général Puga aurait été la tête pensante et le général Dary la façade consensuelle ».
Le gouvernement français suivrait de près cette affaire, conclut le journal.

    lundi 10 juin 2013

    LA THÉORIE DU GENRE NE TIENT PAS LA ROUTE


    Michelin: la direction confirme la suppression de 700 postes


    Après les informations divulguées par les syndicats, la direction du fabricant de pneumatiques confirme l'arrêt de l'activité poids lourds de l'usine de Joué-les-Tours, soit 700 postes.

    Michelin a annoncé ce lundi son intention d'arrêter de produire des pneus poids lourds sur son site de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) à partir du 1er semestre 2015, ce qui entraînerait la suppression d'environ 700 postes.
    Le géant du pneumatique veut regrouper la production de pneus poids lourds, victime de la baisse de la demande en Europe, dans son usine de La Roche-sur-Yon (Vendée). Michelin a aussi annoncé qu'il va arrêter de produire des pneus poids lourds en Algérie fin 2013. Cette décision s'explique par la forte baisse de la demande pour ce type de pneus en Europe, selon Michelin.

    "Si l'usine doit brûler, elle brûlera"

    Le représentant syndical CGT de l'usine Michelin de Joué-lès-Tours, a exprimé ce lundi la colère des salariés en assurant que "si l'usine doit brûler, elle brûlera". "Ce matin, il a fallu calmer les esprits. Certains étaient prêts à mettre le feu aux pneus. Si l'usine doit brûler, elle brûlera", a déclaré Claude Guillon, délégué CGT, quelques minutes après la confirmation par la direction de l'arrêt en 2015 de la production de pneus pour poids lourds à Joué-lès-Tours.
    "Après la résignation vient la révolte. On n'ira pas à l'extérieur de l'usine, on restera dedans. Mais il y a de l'argent dans l'usine. Si Michelin n'est pas capable de négocier correctement, il y perdra plus que les salariés ne vont y perdre", a poursuivi le syndicaliste."Nous sommes déterminés. On a eu l'exemple de Poitiers (qui a fermé en 2006, ndlr) où les gens ont été maltraités, méprisés, roulés dans la farine", a rappelé M. Guillon. A Joué-lès-Tours, "nous avons un moyen de pression, l'atelier qui fait du calandrage et qui fournit 25 à 30% des usines en Europe. En bloquant cet atelier pendant une semaine, on arrêtera 20 à 25% des usines en Europe", a-t-il menacé.

    200 emplois maintenus sur 930

    La capacité de production de ce site passerait ainsi de 800.000 à 1,6 million d'unités par an d'ici 2019 et 170 postes seraient créés. Joué-lès-Tours serait "alors spécialisé dans les produits appelés 'semi-finis'", précise Michelin, avec à la clé le maintien d'environ 200 emplois sur les 930 existant actuellement.
    730 postes seraient ainsi supprimés. "250 pourraient bénéficier d'unaménagement de fin de carrières" et les autres se verront proposer "deux postes correspondant à (leurs) compétences sur un autre site de Michelin en France", selon le communiqué.

    Modernisation du centre de recherche de Clermont-Ferrand

    Michelin veut parallèlement augmenter sa production de pneus de génie civil et agricole dans l'Hexagone, moderniser son centre de recherche et d'innovation à Clermont-Ferrand et investir en tout "environ 800 millions d'euros en France de 2013 à 2019".
    Il va en revanche céder ses activités de fabrication de pneus poids lourds et de ventes en Algérie à la société algérienne Cevital et arrêter de fait la production de pneus poids lourds dans ce pays fin 2013. Cevital "s'est engagée à proposer à chacun des 600 salariés de l'usine un emploi dans une de ses activités dans le pays".
    UN LANGUAGE CLAIR D'UN SYNDICAT AUX ABOIS, LA CGT EST EN PERDITION...SA MORT EST LÀ

    Alain Madelin : le Medef doit arrêter "de tendre sa sébile à l'État"

    L'ex-ministre de Juppé est sévère sur les revendications du Medef. Fin des 35 heures, baisses de charges... Deux mauvaises idées, selon ce grand libéral.


    Être libéral ne revient pas à défendre le patronat. Pas pourAlain Madelin en tout cas. L'ancien ministre libéral, aujourd'hui à la tête d'un fonds d'investissement, estime que le Medef a tout faux. La TVA sociale qu'il réclame, ou sa version gouvernementale - le crédit d'impôt compétitivité-emploi ,- revient à faire "payer aux consommateurs une part de leurs salaires". Quant aux 35 heures, elles sont négociables dans chaque entreprise depuis 2008 ! Les vraies solutions libérales seraient ailleurs. 
    Le Point : Deux candidats pour la présidence du Medef sont toujours en lice. Pierre Gattaz et Geoffroy Roux de Bézieux. Mais pour vous, quel que soit le choix des chefs d'entreprise, cela ne changera pas l'ADN du patronat français...
    Alain Madelin : Chaque candidat a ses qualités, entre un Medef d'entreprise familiale et patrimoniale - dont on a besoin (Pierre Gattaz, NDLR) - et un Medef d'entrepreneuriat (Roux de Bérieux, NDLR). La question est de savoir quelle est la doctrine de l'organisation. Je suis un peu triste de la voir s'enfermer dans des revendications difficiles à défendre.
    Par exemple ?
    Sur la compétitivité, il faut mettre l'accent sur celle de l'État qui doit gagner en productivité. La compétitivité des entreprises passe, elle aussi, par des gains de productivité et donc l'investissement. Or le patronat - il est vrai écrasé par les impôts et les charges - essaie simplement d'obtenir une baisse du coût du travail.
    S'il est écrasé par les charges et l'impôt, cette demande est légitime, non ?
    Si vous comparez à d'autres pays, dont l'Allemagne, le coût du travail a effectivement augmenté enFrance. Mais ce n'est pas sous le poids des charges et de la fiscalité. Simplement, les salaires ont augmenté plus vite que les gains de productivité. Le patronat demande donc à l'État de reprendre de l'argent aux salariés via l'impôt pour le redonner aux entreprises. Par exemple, sous la forme d'une TVA sociale, ce qui revient à faire payer aux consommateurs une part de leur salaire. Or, le surcoût du travail par rapport à la productivité résulte d'un mauvais dialogue social. Il faut aborder le coût du travail avec beaucoup de prudence, car la situation n'est pas la même d'une entreprise à l'autre ni d'une branche à l'autre. L'exemple de Toyota montre qu'on peut produire des voitures en France au coût du travail français tout en étant compétitif. Je ne vois pas en quoi le crédit d'impôt compétitivité-emploi, qui fait surtout baisser le coût du travail à La Poste ou dans la grande distribution, est de nature à améliorer la compétitivité de la France. C'est pourquoi, à mes yeux, le Medef ne devrait pas dire qu'il faut baisser les salaires pour être plus compétitif - ce qui a été fait, c'est vrai, en Grèce ou en Espagne -, car, à ce compte-là, on ne baissera jamais assez le salaire des Français. La preuve, le gouvernement a eu beau faire un énorme cadeau de 20 milliards aux entreprises, certains réclament pas moins de 50 milliards de plus. Cela veut dire qu'on n'en fera jamais assez. Le Medef devrait défendre l'augmentation de la productivité pour que la France puisse s'offrir notre coût du travail. Il doit plaider pour une politique de réinvestissement massif. Cela passe par une compétitivité de la fiscalité du capital. Or lorsque même l'ancienne majorité s'est mise à dire qu'il fallait aligner la fiscalité du capital sur celle du travail, on n'a pas trop entendu le patronat.
    Vous dites en somme que le gouvernement a tout faux, qu'il faut faire exactement l'inverse de ce qu'il a entrepris...
    Oui, les mauvais gouvernements suscitent de mauvais patronats. Pourquoi ? Sachant que le Medef ne peut pas obtenir de réforme de fond, il se rabat sur des réformes beaucoup plus médiocres qu'il a des chances d'obtenir. Je comprends que le Medef se dise "les réformes sont tellement difficiles à mener qu'il faut trouver tous les prétextes pour reprendre de l'argent. Récupérons de l'argent grâce à la TVA sociale, grâce aux investissements d'avenir, par le crédit d'impôt compétitivité..." J'aimerais bien qu'il se réclame un peu plus du "laissez-nous faire" plutôt qu'il se tourne à chaque instant vers l'État, dont il se plaint par ailleurs parce qu'il ne lui laisse pas assez de liberté. L'accord intervenu avec les partenaires sociaux le 11 janvier sur le marché du travail est excellent de ce point de vue : non pas tant pour ses acquis concrets que par la méthode : celle d'un vrai paritarisme.
    Une autre revendication des patrons, qui remonte beaucoup du terrain, c'est de mettre définitivement fin aux 35 heures...
    D'abord je rappelle que les entreprises reçoivent plus de 22 milliards d'allègement de charges sociales (dont beaucoup au titre de la réduction du temps de travail, NDLR) auxquels elles n'entendent pas renoncer ! Les entreprises à fort taux de main-d'oeuvre sont donc encouragées au détriment des entreprises plus capitalistiques, ce qui n'est pas forcément bon pour la compétitivité. Deuxièmement, la loi de 2008 sur le temps de travail est exemplaire : elle privilégie l'accord d'entreprise sur l'accord de branche et l'accord de branche sur la loi pour la fixation de la durée du travail. La souplesse contractuelle existe donc déjà, même si elle peut être perfectionnée. Tout abandon de la durée légale du travail serait incompatible avec le droit européen et empêcherait de fixer le seuil au-delà duquel le salarié est payé en heures supplémentaires. La vraie question est celle du fonctionnement du marché du travail qui ne permet pas une bonne allocation des talents ni une bonne formation professionnelle. Ce fonctionnement fausse la formation du prix du travail via le smic et les effets de seuil liés aux allègements de charges sur les bas salaires.
    Faut-il alors supprimer le smic et garantir le revenu des travailleurs modestes via une allocation du type du RSA ?
    C'est à aborder avec beaucoup de prudence. Nous avons une vraie paupérisation en France, avec la "smicardisation" de la société et la baisse du salaire moyen. Le nombre des familles qui vivent dans l'angoisse de la fin du mois ne cesse d'augmenter. Je déconseille donc de toucher au smic, même s'il peut effectivement constituer une barrière à l'entrée sur le marché du travail pour les personnes à faible productivité. La logique voudrait qu'on réfléchisse, à terme, à une fixation du smic dans chaque profession et à sa régionalisation, car le coût de la vie n'est pas le même à Paris ou en Moselle. En attendant, peut-être peut-on jouer avec le RSA comme l'avait esquissé Lionel Jospin. Personnellement, je réfléchirais à l'utilité d'un vrai revenu familial minimum garanti en fusionnant les minimas sociaux, du RSA et de la prime pour l'emploi, ce qui serait un moyen, certes imparfait, de traiter le cas des travailleurs pauvres.
    Au final, vers qui irait votre préférence pour cette élection au Medef ?
    Je n'ai pas encore regardé les programmes. Mais je me tournerais vers celui qui tendrait le moins sa sébile vers l'État et qui se réclamerait du "laissez-nous faire, laissez-nous entreprendre". Malheureusement, le patronat français n'aime pas la concurrence. C'est pour cela qu'il faut un gouvernement fort pour l'imposer aux patrons. Si vous n'aimez pas la richesse, que vous n'aimez pas les patrons, si vous pensez que ce sont des pilleurs, des profiteurs, etc., il existe un moyen très simple de leur faire rendre gorge, c'est la concurrence. Dans d'autres pays en Europe, des gouvernements de gauche sont les meilleurs défenseurs de la concurrence. En France, on défend d'abord les monopoles d'État et les situations d'oligopole dans l'espoir de faire des grandes entreprises françaises des champions européens.
    Oui, mais trop de concurrence peut tuer l'emploi, en tirant les investissements vers le bas et en favorisant l'offre "low cost"...
    Le but d'une économie n'est pas de créer de l'emploi, mais de créer des richesses. C'est la fameuse théorie d'Alfred Sauvy : des emplois se créent dans des secteurs à forte valeur ajoutée pendant que d'autres emplois coûteux à faible valeur ajoutée disparaissent et que la richesse se déverse dans d'autres secteurs. La France subventionne les entreprises de main-d'oeuvre plutôt que de faire produire à meilleur marché à l'étranger. Cela ne fait rien pour la compétitivité. Au contraire, cela gaspille des ressources. Il faut trouver le bon équilibre entre l'emploi et la compétitivité

    Retraites : 20 milliards... ou plutôt 50, de combien avons-nous vraiment besoin pour sauver le système français ?

    D’après le Conseil d'orientation des retraites, le système accusera un déficit de plus de 20 milliards d’euros en 2020.


    Le rapport de la conseillère d’Etat, Yannick Moreau, qui aborde certaines pistes pour rétablir les comptes du système français de retraite, est officiellement présenté ce lundi. D’après le Conseil d'orientation des retraites, le système accusera un déficit de plus de 20 milliards d’euros en 2020. Comment ce chiffre est-il calculé ? Sur quelles bases ?

    Jacques Bichot : Le Conseil d’orientation des retraites (COR) réalise des projections en fonction de certaines hypothèses. Cela veut dire qu’il retient divers scénarios pour :
    • la fécondité (sans effet à l’échéance 2020) ;
    • la mortalité (plus celle-ci diminue, plus il y aura de pensions à payer) ;
    • l’immigration et l’émigration (hypothèse : chaque année 100 000 arrivées nettes de départs) ;
    • la croissance annuelle de la productivité du travail (5 hypothèses, de 1 % à 2 %) ;
    • le taux de chômage (censé baisser puis se stabiliser soit à 4,5 % soit à 7 % ; en 2020, il serait entre 7,3 % et 7,8 % selon les scénarios) ;
    • les règles relatives aux retraites (passage à 41 ans et trois trimestres pour la durée d’assurance requise, revalorisation des pensions selon l’inflation). Pour les régimes ARRCO et AGIRC, deux scénarios, l’un où le prix d’acquisition des points évolue comme leur valeur de service, et un autre où il augmente plus vite.
    Une « maquette » (en somme, un logiciel) permet, pour chaque jeu d’hypothèses, de calculer le nombre d’actifs occupés, le nombre de retraités, le PIB, les recettes des régimes de retraite, leurs dépenses, et donc le déficit prévisible.
    À l’horizon 2020, ces projections conduisent à des déficits compris entre 21,3 milliards dans le scénario le plus optimiste, et 24,9 milliards dans le plus pessimiste. Compte tenu de la croissance du PIB correspondant à chaque scénario, cela ferait 0,9 % à 1,1 % du PIB.
    Philippe Crevel : Le Conseil d’orientation des Retraites a revu ses prévisions de déficit pour les régimes d’assurance-vieillesse à la fin de l’année dernière. Les précédentes dataient de la réforme de 2010. Pour établir ses prévisions, le COR retient plusieurs scénarii qui sont fondés sur différentes hypothèses économiques, démographiques et de législation en matière de retraite. En 2012, il a décidé de travailler non plus sur trois scénarii mais sur cinq pour tenir compte la forte volatilité de la conjoncture économique.
    Le COR a ainsi retenu des hypothèses de croissance annuelle de la productivité du travail allant de 1 à 1,8 % et de taux chômage à long terme compris entre 4,5 et 7 %.Ces deux facteurs sont clefs pour évaluer la masse salariale servant de base aux cotisations sociales qui financent les régimes vieillesse. Pour les hypothèses démographiques, permettant d’évaluer le nombre de retraités à venir et le rapport entre cotisants et bénéficiaires, les aléas sont moindres même si elles ne sont pas sans incidence sur le résultat du déficit. Dans le cadre de ses dernières prévisions, le COR a retenu un taux de fécondité de 1,95 enfant par femme à partir de 2015 soit une légère baisse par rapport au taux actuel de fécondité qui se situe autour de 2. Il a aussi retenu le passage de l’espérance de vie à 60 ans de 22,2 à 28 ans de 2010 à 2060 pour les hommes et de 27,2 à 32,3 ans pour les femmes. En matière de durée de cotisation, le COR a intégré un passage de la durée de cotisation de 41 ans en 2012 à 41,75 en 2020.
    Le déficit de 20 milliards d’euros affiché pour 2020 correspond au scénario central avec un taux de croissance de 1,5 % de la productivité et un taux de chômage de 4,5 % en fin de période. En fonction des hypothèses retenues, les écarts pour les déficits se matérialisent surtout après 20 ans. En effet, en 2020, le déficit varie de 19 à 22 milliards d’euros quand il varie de 10 à 47 en 2030 du fait des effets cumulatifs.

    Peut-on s'y fier ? Alors que le taux de chômage atteint désormais 10,4% de la population active, qu’en période de récession ce chiffre a peu de chance de reculer, et que l'on peut douter des prévisions de croissance à si long terme, ces calculs sont-ils trop optimistes ?

    Philippe Crevel : Au regard de la situation actuelle, les hypothèses du COR apparaissent très optimistes. La croissance de la productivité ne dépasse pas 0,5 % par an et nul n’imagine un retour rapide au plein emploi. Sachant qu’un point de croissance en moins réduit les recettes de la Sécurité sociale de 1,9 milliards d’euros ; pour le seul régime d’assurance vieillesse, le manque à gagner étant d’environ 700 millions d’euros. Il faut, par ailleurs, ne pas oublier qu’une moindre croissance sur plusieurs années ayant un effet cumulatif, la dérive des comptes est exponentielle.
    L’exercice des prévisions sur dix ans et encore sur vingt ou trente ans est délicat. En 2010, les syndicats comme les partis de gauche ont accusé le pouvoir de l’époque de dramatiser la situation financière du régime général de la retraite afin de faire passer le recul de l’âge de la retraite à 62 ans. Avec le recul, il faut admettre que le précédent gouvernement et le COR avaient été trop optimistes.
    Évidemment, en retenant les données actuelles, un  chômage de 11 % et de très faibles gains de productivité, le montant potentiel du déficit pourrait atteindre 30 milliards d’euros et voire plus à l’horizon 2020. Les dépenses de retraite augmentent sur un rythme annuel de 4 à 6 % quand les recettes stagnent.
    Jacques Bichot : Ces calculs n’ont guère d’intérêt autre que pédagogique. Ils montrent que la situation financière des régimes de retraite, globalement, pourrait être durablement mauvaise, et qu’il faut donc effectuer des réformes. Mais ils n’ont aucune valeur prédictive. La situation économique est largement imprévisible. Nos gouvernants, et tous ceux qui veulent avoir une opinion éclairée concernant la prospective (la façon d’imaginer le futur pour s’y préparer), devraient lire le livre de Taleb, Le cygne noir (éditions les Belles Lettres, 2011), qui a comme sous-titre : « la puissance de l’imprévisible ». Un « cygne noir », c’est un événement qui était considéré comme quasiment impossible, et qui se réalise. Taleb en donne quantité d’exemples.
    Je ne dirai donc pas que les projections du COR sont trop optimistes ou trop pessimistes : mon avis est simplement que le COR aurait dû avoir recours à des scénarios encore plus contrastés, parce que l’avenir est vraiment très ouvert. À l’horizon 2060, puisque les calculs du COR vont jusque-là, nous avons un excédent de 0,5 point de PIB dans le scénario le plus optimiste, et un déficit de 2,9 points dans le plus pessimiste ; mais ça pourrait aussi bien être le Nirvana, ou la Bérézina ! Surtout, quelle est la probabilité d’arriver en 2060 avec le même système de retraites que nous avons aujourd’hui ?
    Ce qu’il faut retenir des rapports du COR, c’est que l’avenir est inconnu, et que nous devons par conséquent réformer notre système de retraites dans un sens le rendant plus gouvernable, plus facile à manœuvrer dans la tempête comme par beau temps.
    Et puis, si nous utilisons les projections du COR, regardons-les complètement ! L’excédent en 2060 ne doit pas être interprété en disant : « il y a quand même un scénario où tout fini par s’arranger ». Car si on lit tout, on voit que dans ce scénario le taux de remplacement des revenus d’activité par les pensions baisse d’une façon que tout le monde trouvera plutôt saumâtre : il passerait de l’indice 100 en 2011 à l’indice 71,9 en 2060. Le COR nous apprend en fait tout simplement que nous pouvons redresser les comptes des retraites par répartition en paupérisant les retraités !

    A travers sa réforme du quotient familial, le gouvernement prétendait ramener à l'équilibre la branche famille de la sécurité sociale. Sauf que celle-ci, structurellement excédentaire, renfloue de 4 milliards d'euros les majorations de retraites, pour les personnes ayant élevé plus de trois enfants autrefois payées par les retraites (voir ici). Une partie du déficit des retraites est-il camouflé par d’autres branches ?

    Philippe Crevel : Avec la diminution du plafond du quotient familial, le gouvernement opère un jeu de bonneteau. En effet, cette mesure bénéficiera au budget de l’Etat et non à la branche famille qui est aujourd’hui déficitaire car elle est mise à contribution par les autres régimes. Les transferts entre les branches sont nombreux. La principale bénéficiaire de ces jeux comptables et la Caisse nationale d’assurance vieillesse qui reçoit environ 20 milliards d’euros des autres organismes sociaux. La branche famille supporte, en autre, les majorations pour famille nombreuse accordées aux pensionnés. Ces dernières s’élèvent à 3,7 milliards d’euros soit plus que son déficit qui s’élevait à 2,5 milliards d’euros en 2012.
    Jacques Bichot : Oui, le camouflage du déficit des retraites est extraordinaire. Par exemple, les régimes spéciaux (SNCF, RATP, mines, etc.) sont quasiment à l’équilibre dans les comptes de la sécurité sociale, mais c’est parce qu’ils reçoivent de l’État plus de 7 milliards. Surtout, le régime des fonctionnaires de l’État serait déficitaire d’une vingtaine de milliards s’il existait une caisse de retraite pour le gérer avec des cotisations aux mêmes taux que celles des salariés du privé. Et, pour avoir une bonne comptabilité, les dépenses de l’assurance maladie en faveur des retraités devraient être financées par des cotisations et de la CSG assises sur les pensions. Sauf à réduire drastiquement le niveau de vie des retraités, les pensions devraient donc être augmentées d’une cinquantaine de milliards : tel est le montant de la subvention totalement occulte que la branche maladie apporte chaque année à la branche vieillesse.
    En fait, l’État providence a instauré un système de vases communicants qui enlève toute pertinence aux comptes officiels. Aucune institution de protection sociale ne tient des comptes reflétant le coût réel du service qu’elle rend. Nos gouvernants de tous bords ont organisé le plus extraordinaire des obscurantismes comptables : si les défauts des comptes des caisses nationales de sécurité sociale se résumaient à ceux que pointe la Cour des comptes quand elle refuse de donner son quitus, ou qu’elle le donne avec des réserves, ce ne serait pas trop grave ; mais ces comptes, même s’ils étaient impeccables du point de vue formel, ne nous fourniraient pas l’image exacte de la réalité économique, ce qui est pourtant le but même de la comptabilité, cela en raison de l’organisation absurde des rapports des institutions de protection sociale entre elles et avec l’État.

    Dans ces conditions, selon vous, de combien avons-nous vraiment besoin pour combler le déficit des retraites ?

    Philippe Crevel  : Ces jeux d’écriture réduisent les pertes de l’assurance-vieillesse dont les pertes réelles ont dû se situer entre 15 et 18 milliards d’euros en 2012 en lieu et place des 8,9 milliards d’euros affichés (en prenant en compte le Fonds de solidarité vieillesse). A décharge, la CNAV supporte des dépenses en provenance de certains régimes spéciaux (transport, énergie) qui lui ont été adossés. Une opération de vérité comptable devrait être menée mais du fait de la multitude des transferts inter-régimes, l’exercice ne sera pas simple à conduire. C’est pourquoi l’engagement d’une véritable réforme serait souhaitable afin de mieux identifier les charges et les ressources tout en réduisant les coûts de gestion.
    Jacques Bichot : Actuellement, une cinquantaine de milliards, soit 2,5 points de PIB. C’est expliqué dans le livre qu’Arnaud Robinet et moi-même sortirons aux éditions Les Belles Lettres en octobre prochain.

    Les pistes préconisées par Yannick Moreau pour rétablir les comptes du système français vous semblent-elles aller dans le bon sens. Peuvent-elles vraiment générer les recettes supplémentaires nécessaires ?

    Philippe Crevel : Depuis vingt ans, les gouvernements pratiquent le rafistolage en matière de retraite en déplaçant les différents curseurs du système actuel qui est jugé par tous complexe, inéquitable et coûteux. La commission Moreau propose sans surprise de modifier quelques paramètres et d’augmenter quelques prélèvements pour tenter de passer le cap et gagner du temps. Nous sommes dans la répartition de la pauvreté et non dans l’engagement d’un nouveau cycle. Les pouvoirs publics ont une vision malthusienne. Les retraités devront accepter une amputation de leurs pouvoirs d’achat avec l’augmentation de la CSG ou de l’impôt sur le revenu ainsi qu’avec la désindexation. Les actifs pourraient voir leur future pension amputée si les salaires de référence n’étaient plus ou moins bien actualisés.
    L’augmentation des cotisations vieillesse, également proposée, est contradictoire avec la volonté de restaurer le taux de marge des entreprises qui est à son plus bas niveau sur quarante ans. Les cotisations ont été récemment augmentées de 0,2 point pour financer le retour partiel de l’âge de la retraite à 60 ans.
    Par ailleurs, sans surprise, la Commission propose d’allonger la durée de cotisation qui est actuellement de 41,5 années. Cette mesure n’est pas en soi révolutionnaire car elle vise à poursuivre ce qui est la règle depuis 1993. La durée de cotisation s’accroit avec l’augmentation de l’espérance de vie à la retraite. Le gouvernement peut accélérer un peu la marche. Ce dispositif a un effet plus dilutif que celui du report de l’âge légal de départ à la retraite. Le passage progressif de la durée de cotisation à 43 ans rapporterait 4 milliards d’euros. En revanche, un report effectif de l’âge de départ à la retraite à 65 ans permettrait d’effacer le déficit. Le gouvernement bloqué par la promesse de François Hollande s’interdit de jouer sur l’âge légal, du moins pour le moment. Tous nos partenaires ont eu recours à cette solution en portant l’âge légal, en moyenne, à 65 ans. Plusieurs États dont l’Espagne, l’Allemagne, le Royaume-Uni ont déjà décidé d’aller au-delà de 65 ans.
    Face aux propositions de la Commission Moreau, je regrette qu’une fois de plus la réforme systémique soit enterrée. Certains disent que c’est impossible à réaliser du fait des contraintes techniques, d’autres que notre pays n’y est pas prêt ; mais la Suède et l’Italie ont osé, pourquoi pas nous ? Certes, cette réforme ne réglerait pas les questions de financement mais elle éviterait de remettre en route la machine à rancœurs. Nous constatons que les différents modes de calcul et d’attribution des pensions entre fonctionnaires, régimes spéciaux, indépendants et salariés du privé génèrent de la jalousie et des suspicions. La proposition de Yannick Moreau de calculer les pensions des fonctionnaires sur la base des traitements des dix meilleures années en lieu et place des six derniers mois a provoqué une levée de boucliers des syndicats. Ces derniers entendent défendre leurs droits. Or, pour les salariés du régime général, le calcul s’effectue sur la base des vingt-cinq meilleures années et cela depuis 1993. La politique des petits pas a ses limites surtout quand la moyenne des pensions dans la fonction publique est de 600 euros supérieure à celle du secteur privé.
    L’unification de notre système de retraite permettrait, en outre, à terme, de réaliser de substantielles économies. En effet, les coûts de gestion de nos 35 régimes de base s’élèvent à 1,92 % selon la Commission européenne soit un coût bien supérieur à celui de nos principaux partenaires.  Au sein de l’Union européenne, la moyenne est de 1,19 %. Les coûts de gestion atteignent à titre d’exemple 0,58 % en Norvège. Nous pourrions réaliser un gain de 2,5 à 3 milliards d’euros en simplifiant notre mille-feuille de la retraite.
    Jacques Bichot : À l’instant où je vous réponds, je ne connais du rapport Moreau que ce qui en a filtré avant sa publication. Donc peut-être vais-je me baser, bien involontairement, sur des informations inexactes.
    Pour les fonctionnaires, Yannick Moreau préconise de prendre comme salaire de référence une moyenne sur quelques années, et non plus seulement sur les six derniers mois. Mais elle prévoit déjà en contrepartie une inclusion d’une partie des primes dans ce calcul. Les effets d’un tel mélange, dont les proportions ne sont pas encore arrêtées, sont difficiles à estimer sans disposer de données colossales et de moyens de calcul à l’avenant. Je ne peux qu’alerter sur ce qui s’est passé pour les régimes spéciaux lors de leur réforme en 2007 et pour les régimes des salariés du privé en 2003 : nos gouvernants ont le chic pour faire des économies qui coûtent cher ! De plus, je crains que ces changements ne rendent encore plus délicat la conversion du régime des fonctionnaires en régime de Monsieur Tout Le Monde, auquel il faudra bien arriver le jour où l’on mettra en place un régime universel de bonne facture. À cet égard, le précédent de 1982 n’est guère encourageant : le changement du mode de calcul de la décote qui a été décidé alors rendra bien plus difficile le passage des annuités aux points pour le régime général et le régime des fonctionnaires, conversion dont la nécessité commence à être reconnue.
    L’allongement de la durée de cotisation est une tarte à la crème dont la Droite raffolait, et que la Gauche semble vouloir goûter à son tour. Sachant que le recours à la durée d’assurance est particulièrement injuste, et qu’il disparaîtra le jour où un système par points sera mis en place, c’est une proposition à laquelle je ne souscris pas. Une personne qui a travaillé 70 heures par semaines pendant 30 ans et qui prend sa retraite à l’âge légal ne devrait pas être pénalisée par rapport à celle qui a travaillé 20 heures par semaine durant 45 ans, c’est-à-dire nettement moins au total. De plus, alors que Mme Moreau veut réduire les inégalités hommes-femmes, l’allongement de la durée d’assurance requise pèse davantage sur ces dernières.
    Mettre la CSG des retraités au niveau de celle des salariés est une mesure de bon sens. Profitons-en donc pour supprimer la distinction entre CSG déductible, CSG non déductible et CRDS, et pour asseoir cette CSG sur 100 % (et non 98,5 %) du revenu : les complications inutiles, ça suffit !
    La suppression de l’abattement de 10 % sur le montant des pensions pour obtenir le revenu imposable me parait nettement plus discutable. Beaucoup de retraités s’investissent dans une vie associative qui entraîne des frais analogues à ceux d’une activité professionnelle. Je crois qu’il vaudrait mieux supprimer cet abattement pour tout le monde, en laissant aux employeurs le soin de compenser les frais professionnels. Ou alors ne le supprimons pour personne. C’est d’ailleurs la logique de l’égalité à laquelle on a recours pour justifier l’alignement du taux de CSG : pourquoi vaudrait-elle pour cet impôt et pas pour l’impôt sur le revenu ?
    La sous-indexation temporaire des pensions est la principale mesure capable d’agir rapidement sur le stock des pensions. Si nous étions dans un système avec un seul régime, ce serait facile : on pourrait indexer sur l’inflation par exemple jusqu’à 800 € de pension mensuelle, et désindexer au-dessus. Dans l’absurde système à trois douzaines de régimes que nous gardons comme une relique, la mesure sera bête et méchante. Hélas, c’est le système qui est bête et méchant, ou plus exactement le comportement de tous nos gouvernants en matière de retraites depuis la Libération ; donc allons-y, le cœur en écharpe, pour cette désindexation bête et méchante.
    L’inclusion dans le revenu imposable des majorations de pension pour famille nombreuse est en soi normale. Mais elle avait pour but de compenser l’insuffisance criante des dispositions qui lient le montant des pensions au nombre des enfants élevés. Rappelons à cet égard le théorème de Sauvy : « nous ne préparons pas nos pensions par nos cotisations, mais par nos enfants ». Reste que des majorations proportionnelles à la pension sont absurdes. Imposons donc – le couteau sous la gorge on ne peut pas faire dans la dentelle – mais avec obligation de rembourser tout ce qui aura été prélevé si, d’ici la fin du quinquennat, n’a pas été votée une loi-cadre instaurant le passage à un régime unique par points donnant un nombre de points suffisant aux parents, indépendant de leur revenu, pour chaque enfant élevé.
    Faut-il sous-indexer les salaires portés en compte ? Les effets d’une telle mesure se feront sentir davantage à long terme qu’à court terme. Mais comme elle ne devrait pas spécialement compliquer le passage des annuités aux points, on peut y avoir recours même en se préparant pour une vraie réforme.
    La majoration des cotisations patronales serait en revanche une sottise absolue : elle diminuerait immédiatement la compétitivité et obligerait les patrons à lutter pendant deux ans contre les demandes d’augmentations pour rattraper l’erreur gouvernementale. Le mieux serait de renoncer à toute augmentation de cotisation. À la rigueur, une augmentation des cotisations salariales : que le gouvernement l’assume si vraiment il veut augmenter la pression sur les actifs. Et surtout, vivement la fiche de paie vérité (plus de cotisations patronales, rien que des cotisations salariales).
    Pour la pénibilité, c’est aux entreprises de rémunérer mieux, sous forme de dotations aux comptes d’épargne retraite, les salariés concernés. Que l’État arrête de se mêler de tout et d’engager des dépenses nouvelles !
    Enfin, le pilotage annuel des régimes de retraite est une évidence. L’important est de se donner les moyens d’y parvenir : séparer les rôles du législateur et du gestionnaire. Une vraie révolution. Mais, de grâce, que ce ne soit pas au gouvernement de trancher, comme semble le recommander le rapport ! Le rôle de l’État est de définir des règles stables et de punir les mauvais gestionnaires, pas de s’installer comme gestionnaire indéboulonnable capable de modifier les règles du jeu pour un oui ou pour un non.