TOUT EST DIT

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mardi 19 mars 2013

A-t-on le droit d’être conservateur en France ?

Du Pape François à Véronique Genest en passant par Laurent Obertone, Gilles-William Goldnadel s'interroge sur cet acharnement médiatique qui s'abat sur les conservateurs, et qui s'aveugle souvent sur les zones d'ombres des progressistes.

peine M. Bergoglio était-il devenu le pape François, que déjà des vapeurs méphitiques s'insinuaient dans les venelles romaines comme dans les allées des réseaux électroniques.
Déjà, Mgr Ratzinger avait fait les frais de l'air de la calomnie, aussitôt intronisé en Benoît, pour avoir porté l'uniforme des jeunesses hitlériennes.
Ceux qui croient, comme moi, à la prégnance inconsciente du fantasme shoatique, pourraient voir dans la méchante polémique faite à François, concernant sa passivité putative durant les années de plomb argentines, l'ombre d'un mauvais remake latino du procès fait à Pie XII.
Il n'est pas interdit non plus, à qui veut réfléchir, de s'interroger sur cet acharnement médiatique qui s'abat sur les conservateurs et qui n'a d'égal que la bienveillance qui épargne habituellement les partisans autoproclamés du progrès radieux.
Du moins de leur vivant. Ensuite, il n'est pas rare que ce soient leurs thuriféraires les plus dévoués qui deviennent leurs contempteurs les plus acharnés.
Incidemment, j'avais fait remarquer, dans ma chronique précédente, que Le Monde avait attendu le trépas de Stéphane Hessel pour publier, enfin, un article reconnaissant son mensonge créateur.
Mais, plus emblématiquement, rien de tel qu'un ancien communiste comme Edgar Morin, pour brûler rageusement l'icône stalinienne qu'il avait encensée.
Nos progressistes ne détestent pas non plus flétrir l'image d'un Sartre et d'une Beauvoir, existentialistes bien passifs pendant l'occupation, après les avoir portés au pinacle jusqu'au cimetière Montmartre.
Des livres, n'en finissent plus d'être publiés, dont celui que je recommande particulièrement de mon cher Georges Ayache (« Nixon contre Kennedy », Perrin), qui a le seul tort de ne jamais avoir cru aux lendemains qui chantent, et qui montre comment la presse fut bonne fille envers John Fitzgerald Kennedy, qui n'aurait jamais été élu contre Nixon, volé au coin d'un bois, sans le secours providentiel de la mafia de Chicago pour bourrer les urnes de l'Illinois.
Se dessine peu à peu, l’aube du jour qui montre que le Che, dont l'image pieuse aura orné les chambres d'étudiants comme leur T-shirt, n'aura été qu'un tortionnaire impitoyable des prisons de La Havane, portant le tendre sobriquet de « petit boucher ».
Surtout, que l'on ne voit pas dans ces révélations posthumes, la moindre cause d'optimisme, tant la religion post christo-marxiste est prompte à substituer un saint déchu par un autre qui sera décrété inattaquable sous peine de sacrilège.
Dans ce contexte très canonique, on voudra bien voir dans l’impossibilité d’embaumer feu Chavez le triste et ironique symbole du retour du réel post mortem.

Dans un domaine, éloigné en apparence, on a vu l'excellent Manuel Valls constater que les Roms ne souhaitaient pas s'intégrer au sein de la société française, sans déclencher trop d’indignation.
A la vérité, observer qu'un peuple, consubstantiellement nomade, au système économique rien plus que parallèle, ne veut pas se sédentariser -principe premier de l'intégration- sous peine de perdre son identité, relève du lieu commun.
Je gagerais pourtant que si M. Brice Hortefeux avait proféré les mêmes évidences, SOS-Racisme, la Ligue des Droits de l'Homme, sans préjudice de Mme la Commissaire européenne en charge des questions migratoires, auraient agité leurs crécelles et rappelé les heures les plus tragiques des moments les plus sombres.

D'une semaine l'autre, rien ne change à la télévision d’Etat. Il y a huit jours, j'évoquais cette censure de Laurent Obertone chez Ruquier, dont les propos cinglants en réplique au réquisitoire de M. Caron avaient été purement et simplement coupés au montage.
Cette semaine, c'est la malheureuse Véronique Genest qui a fait les frais de la charge du procureur Caron et de Mme Natacha Polony, ordinairement mieux inspirée.
Où sont vos sources ? Questionna le sévère journaliste à la pauvre candidate suppléante et suppliante, ayant osé suggérer que Mein Kampf faisait un tabac dans les pays arabes.
Désormais, tout invité dans une émission de variétés du service public ayant le malheur de soutenir des thèses hétérodoxes, est prié, sous peine d'être étrillé, d'arriver avec une brouette de documentation.
Il est vrai qu'il eût suffi à la Véronique, sans le secours des résultats des ventes mondiales de tous les livres publiés depuis Gutenberg, de s'étonner que M. Aymeric ne comprenne pas qu'il était facile pour l'œuvre littéraire de M. Hitler -comme pour Les Protocoles des Sages de Sion- d'être des best-sellers en terre d'islam, puisque c'est l'un des rares endroits où ils se vendent au grand jour.
À voir l'actrice inexpérimentée tourmentée ainsi par son inquisiteur du haut de sa chaire magistrale, on comprend pourquoi, par exemple, les électeurs italiens, dégoûtés non seulement de la classe politique, mais aussi, camarades journalistes encartés, de la classe médiatique, ont voté massivement pour un Beppe Grillo.
Et après ils iront pleurer sur les progrès irrésistibles du populisme.

C'est devenu une sorte de spécialité. Le jour de la fête de l'Humanité, j'avais raconté dans ces mêmes colonnes, comment, M. Le Hyaric, directeur du journal du même nom galvaudé, avait présenté ce franco-palestinien condamné puis élargi par les autorités israéliennes, après qu'il eut reconnu avoir tenté d'attenter aux jours d'un rabbin. La foule avait fêté le jeune héros avec humanité.
Cette semaine, au tour du maire communiste de Bezons et de son conseil municipal de consacrer le nom d'une rue de la cité en hommage à un palestinien, détenu, selon lui, en raison de ses opinions.
Renseignements pris, il s'agit de l'assassin d'un ministre du tourisme israélien.
Le préfet a cru devoir condamner l'initiative municipale.
L’édile outragé, clame, c'est désormais aussi une vieille ritournelle, au chantage sioniste à l'antisémitisme.
Il a raison, nul besoin d'être forcément antisémite, pour être stupide, menteur, sans scrupules et communiste.
En France, vous qualifiez quelqu'un de « fasciste », vous êtes condamné pour injure.
Tant que je ne serai pas condamné pour avoir traité M. Lesparre, maire de Bezons, de « communiste », il y aura des conseils municipaux pour glorifier des assassins.
Pendant ce temps, à Toulouse, François Hollande, devant les parents des victimes, a promis une lutte « sans aucun relâchement » contre le terrorisme et l’antisémistisme.

Enfin, pour demeurer sur le même sujet tout en revenant sur la passivité reprochée au nouveau pape du Nouveau Monde, il ne lui sera pas fait grief d'avoir été taisant sur l'attentat contre les locaux de l’AMIA.
Pour ceux qui l'ignorent, il s'agit de cette fédération des associations juives d'Argentine dont les locaux de Buenos Aires ont été dynamités. Dans les décombres, on a dénombré 85 cadavres.
Une enquête diligentée par un juge argentin à établi que l'Iran et son bras armé, le Hezbollah, était à l'origine du carnage. Mandat d'arrêt international a été ordonné à l'encontre d'un citoyen iranien, celui-ci a été fait ministre de la défense à Téhéran.
En 2005, le futur pape avait honoré de son nom une pétition signée par 85 personnalités en hommage aux 85 victimes, réclamant justice.
Les temps ont bien changé. Aujourd'hui, plutôt que de rompre les relations diplomatiques avec Téhéran, le gouvernement de Kristina Kirchner a préféré créer une commission irano-argentine Théodule pour enterrer une seconde fois les cadavres avec le dossier pénal.
Les suppliciés trahis par leur propre pays, étaient des citoyens juifs d'Argentine, pas des Israéliens. Certains peut-être étaient opposés au sionisme.
Seuls les Etats-Unis, Israël et leur presse ont refusé d’avaler cette mauvaise farce.
L’Europe politique, médiatique et intellectuelle a regardé en l’air en sifflotant.
De beaux esprits nous expliquent doctement qu’il ne faut pas confondre, au risque de l'amalgame, juifs et sionistes. Que si l’antisionisme est une opinion qui a le droit de cité en démocratie, l'antisémitisme est un délit contre lequel il faut lutter sans relâche ni concessions.
Les mêmes critiquent vertement les suppôts de Sion, coupables d'instrumentaliser l'antisémitisme en cas de critiques contre Israël, au risque de brouiller le saint combat contre la haine des juifs.
Ce qui précède prouve l'inanité d'un tel discours. Les juifs argentins ont été abandonnés par la communauté internationale, car il n'était pas question de fâcher le Hezbollah et encore moins son parrain iranien.
Je n'en suis nullement étonné, et ma capacité d'indignation s'émousse avec le temps. Je souhaiterais seulement que ces beaux esprits aussi silencieux que sentencieux, s’abstiennent désormais de dispenser des leçons d'esthétique morale en expliquant la confusion à surtout ne pas commettre.

PETIT VOYAGE EN HOLLANDIE ORDINAIRE....QUE C'EST TRISTE VENISE AU TEMPS DES AMOURS MORTES....

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Chavez, Hessel et les pleureuses de gauche


Soixante après la mort de Staline, Hugo Chavez s’en est allé. Les deux défunts ne sont pas comparables en tous points, mais tous les deux - le dictateur sanguinaire et le chef populiste - ont savouré le culte de leur personnalité. Intéressant d’ailleurs de voir celui de Staline reprendre vie en Russie, dans ce pays à l’âme impénétrable.
Ces jours-ci, en France, les pleureuses de la gauche sont de service mortuaire avec les disparitions de deux de leurs icônes chéries. Exactement comme l’étaient les intellos de la mouvance coco, quand le Petit père des peuples a tiré sa révérence.
Le droit-de-l’hommiste indigné Stéphane Hessel aura son hommage aux Invalides ce jeudi, en présence du président de la République. Retransmis, s’il vous plaît, en direct sur France 2 ! Il y a quelques années, sa mort aurait laissé tout ce petit monde indifférent, mais la sortie de son tract – l’indigent « Indignez-vous » - l’a comme révélé au public. Hessel est alors devenu un intouchable. De la race des Gandhi, Mandela, mère Térésa. Sa biographie ne manque pas de sel, c’est vrai, mais elle ne mérite certainement pas tout ce barnum.
Le néo bolivarien Chavez a droit à toutes les analyses savantes des nostalgiques du trotskisme et autres altermondialistes. On s’étonne que "Libération" – sans doute l’heure du bouclage – ne lui consacre pas toutes ses pages de mercredi, mais on ne perd rien pour attendre. Nous expliquera-t-on son antisémitisme ? Les deux-tiers des 30000 juifs du Venezuela ont quitté le pays pendant son règne. Certainement pas. Les morts de gauche ont toujours bonne presse, question de principe !

L'incompréhension des Français préoccupe Hollande

Alors qu'il s'installe dans l'impopularité, le chef de l'État s'inquiète de ne pas voir apparaître les résultats de sa politique.


Les bonnes nouvelles sont rares. François Hollande en a donc profité. En parrainant, lundi à l'Élysée, le plus gros contrat de l'histoire aéronautique signé par Airbus, le chef de l'État était plein d'espérance. «C'est un exemple pour notre économie, pour ce qu'elle peut faire, pour ce qu'elle doit faire en termes de compétitivité», a-t-il commenté. Le soir, il dînait à Berlin avec la chancelière allemande, Angela ­Merkel «pour regarder ce que nous pouvons faire avec nos entreprises», a-t-il déclaré avant de partir; François Hollande ne cède pas au défaitisme. Pourtant, il aurait de quoi déprimer.
Les sondages sont de pire en pire pour lui. Le dernier baromètre BVA a enregistré lundi un record: 64 % d'opinions défavorables, soit 8 points de plus qu'en février. Et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, perd 4 points à 34 %. Autre mauvais signe: le résultat du premier tour de l'élection législative partielle dans l'Oise dimanche. La candidate du PS, Sylvie Houssin, a perdu 9 points par rapport au mois de juin 2012 (21,37 %, contre 30 %). Elle est donc éliminée, laissant l'UMP et le FN face à face dans cette circonscription ancrée à droite. L'abstention de l'électorat de gauche est inquiétante. Au sein de l'exécutif, on constate avec résignation que l'opposition est «très soudée» et que «ce qui se trouve à la gauche du PS se radicalise».
À l'Élysée, on accueille ces nouvelles comme d'habitude. On n'en attendait pas d'autres, en réalité. Si François Hollande regarde les enquêtes d'opinion, il garde ses réflexions pour lui. «Ce n'est pas son genre d'en parler», assure un proche. Tout au plus concède-t-on que le ressentiment est lié à la conjoncture économique. «Les sondages sont indexés à la situation. Humainement, Hollande n'est pas rejeté. Il est considéré comme quelqu'un d'honnête», juge un ministre. Mais, face à la crise, les Français le trouvent dépourvu de solution.
Ce décalage, François Hollande en est conscient. Ce qui le préoccupe, c'est l'incompréhension. «Nous sommes à un moment du temps où nous n'avons pas de visibilité sur ce que nous faisons. Les mesures que nous avons prises ne sont pas rentrées dans l'atmosphère», explique-t-on dans l'entourage du président. Leur «mise en œuvre concrète» prendrait trop de temps. «Beaucoup d'entreprises n'ont pas compris ce qu'était le crédit d'impôt compétitivité», regrette-t-on par exemple. D'autres mesures suivent une progression aussi lente dans leur application, comme les emplois d'avenir. C'est ce qui expliquerait les interrogations de l'opinion sur l'action du gouvernement. À force d'explication, l'exécutif attend un changement d'état d'esprit. «La boîte à outils existe, alors sortez les outils, lance-t-on à destination des entreprises. Cela ne changera pas les difficultés de popularité, mais il y aura appropriation des outils.»
Face à la crise, François Hollande espère se trouver dans un entre-deux d'où il pourra sortir avec les premiers résultats économiques. C'est pourquoi le président veut accélérer. «L'ensemble du système administratif doit donner un coup de collier», explique-t-on. Il compte aussi recevoir l'ensemble des préfets et des secrétaires généraux des ministères.
Pour reprendre la main immédiatement, l'exécutif n'a pas de formule magique, cependant. Depuis des mois, François Hollande tente de démontrer la «cohérence» de son action. Mais le déplacement de deux jours à Dijon, la semaine dernière, s'est soldé par un échec de communication. Quant à l'intervention télévisée prévue la semaine prochaine, personne ne croit à l'Élysée qu'elle changera la donne du jour au lendemain.


Qui est responsable de la zombification du PS ?


Critiqué sur le manque d’audibilité de son parti notamment par Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a contre-attaqué ce weekend. Dans un article du Figaro, titré "Cambadélis, le sniper du PS", les proches du vainqueur du congrès de Toulouse tâclent sévèrement  le député PS de Paris. Moins d’un an après l’élection de François Hollande à la présidence de la République, le Parti socialiste, qui avait été remis en état de marche par Martine Aubry, semble désormais totalement désorganisé. Comment l’expliquez-vous ?

Thomas Guénolé : Quand un parti remporte les élections reines – présidentielle, législatives –, il a tout de suite trois problèmes.
D’abord, un problème d’audibilité. Sa parole a en effet moins d’importance politique que celle du président de la République, du Premier ministre, du porte-parole du gouvernement, des ministres têtes d’affiche, des présidents des assemblées, etc. Par exemple, ce n’est jamais le parti qui annonce de nouvelles réformes politiques : ce sont toujours les membres du parti occupant des postes institutionnels d’Etat.
Ensuite, un problème d’autocensure. Le parti est là pour soutenir en tout le gouvernement et sa majorité parlementaire, quand bien même il y aurait des courants en interne qui seraient plus critiques. Dans la sélection médiatique des messages politiques, la parole officielle du parti a donc peu voire pas d’intérêt, puisqu’elle se résume le plus souvent à dire systématiquement que l’action du gouvernement et de la majorité, c’est bien ; que les critiques de l’opposition, c’est mal. Ainsi, quand vous trouvez des exemples de parti au pouvoir très audible, c’est parce que son chef se met à critiquer le président de la République et à exprimer son propre message politique : Nicolas Sarkozy quand il avait quitté le gouvernement du second mandat de Jacques Chirac, par exemple.
Enfin, un problème d’autorité. Sauf conflit, le véritable chef du parti, c’est le président de la République lui-même. Il est alors l’arbitre en dernier ressort des désaccords internes ; c’est de lui, et dans une moindre mesure de Matignon, que le parti prend ses instructions. De fait, dans sa parole publique, le parti devient une annexe de la communication élyséenne.
L’UMP avait d’ailleurs le même triple problème pendant la précédente législature. 
Dans ce contexte, si le Parti socialiste est désorganisé comme au temps où François Hollande était premier secrétaire, c’est simplement parce que François Hollande est actuellement son véritable premier secrétaire ; et parce qu’un parti victorieux aux élections reines est de suite affaibli par l’autocensure et par sa transformation en relais de communication de l’Elysée.

François Hollande porterait donc une responsabilité particulière dans cette situation ? Peut-on dire qu’il est en train de tuer le PS ?

En aucun cas il n’est en train de tuer le PS : quand un parti a survécu au congrès de Rennes, à la déroute des législatives de 1993, et au coup de tonnerre du 21-Avril, il prouve qu’il peut surmonter bien des difficultés. En revanche, oui, François Hollande, puisqu’il est le véritable chef du Parti socialiste, est responsable, mais pas forcément coupable, de sa désorganisation croissante.

François Mitterrand avait-il eu les mêmes difficultés après son arrivée au pouvoir ?

Non, il avait eu en son temps d’autres problèmes avec le parti. D’abord, il avait dû faire face aux contestations de l’aile gauche lors du « tournant de la rigueur » de 1983. Ensuite, il avait dû assister sans pouvoir l’endiguer à la montée en puissance des rocardiens dans l’appareil du parti et à leur alliance progressive avec les jospinistes. Enfin, en 1990, à l’occasion du célèbre congrès de Rennes, il avait dû subir la mise en minorité de son candidat au poste de premier secrétaire, Laurent Fabius, par l’alliance jospino-rocardienne. S’il a pu réaffirmer son leadership au moment de la présidentielle de 1988, il le doit d’ailleurs, en fait, à sa gestion de la cohabitation avec la droite de 1986 à 1988, qui a resserré les rangs socialistes autour de sa candidature comme meilleur rempart de la gauche face à Jacques Chirac ou à Raymond Barre.
François Hollande fait face, lui aussi, à des tensions internes au parti : par exemple entre l’aile sociale-démocrate dont il procède et l’aile socialiste qu’incarne Arnaud Montebourg. Cependant, le problème central reste ce retour aux conflits internes larvés entre coteries, qui avait déjà caractérisé la période où il était premier secrétaire.
 Contrairement à son prédécesseur socialiste, François Hollande semble davantage s’inscrire dans la tradition de la IVe République que dans celle de la Ve. Cela peut-il expliquer certaines difficultés. Peut-on le comparer à Guy Mollet, secrétaire général du Parti socialiste (SFIO) de 1946 à 1969 et président du Conseil (février 1956-juin 1957) ?
François Hollande a effectivement été souvent comparé à Guy Mollet : un adepte des combinaisons d’appareil et des compromis entre courants, destinés à perpétuer son leadership par consensus a minima, quitte à figer des désaccords et des clivages qui exploseront plus tard. Les motions de synthèse systématiques entre courants du PS quand il en était premier secrétaire, et l’épilogue violent du congrès de Reims, semblent conforter cette grille de lecture. Pour autant, au vu de l’image laissée dans les mémoires par le fonctionnement de la SFIO sous la IVe République, qualifier cette méthode de « méthode Guy Mollet », c’est clairement choisir pour la désigner une formule connotée péjorativement.

L’atonie actuelle du PS peut-elle avoir des répercussions importantes sur les élections municipales de 2014 ?

Non, ce n’est pas le facteur décisif. Dans les mairies où le sortant socialiste se représente et a un bilan apprécié, le risque de défaite est faible : Gérard Collomb à Lyon, par exemple. Dans les mairies où le sortant socialiste a un bilan apprécié mais ne se représente pas, l’alternance peut jouer par effet d’usure : par exemple Paris, sauf bien sûr si l’UMP locale relance ses violents conflits internes jusqu’à la nausée. Dans les autres mairies, cela dépend de la sociologie électorale locale, qui crée le rapport de forces initial ; de l’existence d’une poussée suffisante du FN pour tarir les réserves de voix de la droite au second tour ; et bien sûr, de l’ampleur du vote-sanction national contre le gouvernement de François Hollande.

Mises avait raison

Ce n’est pas le Goulag qui est tombé avec le Mur, c’est le socialisme.

J’étais encore un gamin mais j’étais suffisamment grand pour comprendre l’importance des événements qui, par tubes cathodiques interposés, se déroulaient sous mes yeux. C’était en novembre 1989 et le mur de Berlin s’effondrait, entraînant avec lui toute l’Union soviétique, le Léviathan de l’est, une des plus grandes et des plus longues expériences socialistes jamais menées. Cette superpuissance nucléaire qui, quelques mois plus tôt, semblait encore invincible à la plupart des commentateurs, s’est effondrée comme par magie, presque instantanément, comme un gigantesque ballon de baudruche. Les apparatchiks du régime, qui avaient sans doute vu le coup venir bien avant nous, sont partis avec la caisse et puis… Plus rien : l’URSS n’était plus.
Dans un article publié dans le New Yorker du 23 janvier 1989, Robert Heilbroner, un des plus fervents soutiens de l’hypothèse socialiste, écrivait : « moins de 75 ans après qu’il a officiellement commencé, le concours entre capitalisme et socialisme est terminé : le capitalisme a gagné… Le capitalisme organise les affaires matérielles de l’humanité de manière plus satisfaisante que le socialisme.» 1. La messe était dite. Par delà les clivages idéologiques et les débats théoriques, l’échec patent de l’expérience soviétique mettait fin au grand débat du XXe siècle : « Le capitalisme a été un succès aussi incontestable que le socialisme a été un échec. »2
Pour un nombre plus restreint d’entre nous, c’est une autre citation d’Heilbroner qui a véritablement marqué la fin officielle des débats. Elle est apparue un an après la chute du mur, toujours dans The New Yorker et, venant de la plume d’un de nos principaux adversaires qui se trouvait par ailleurs être de ceux qui savent précisément ce qu’ils écrivent, elle n’en avait que plus de valeur. « Il s’avère, bien sûr, écrit Heilbroner, que Mises avait raison »3
Pour le profane, il n’y a là qu’un quitus donné à Ludwig von Mises, le « dernier chevalier du libéralisme »4, ainsi qu’à tous ceux qui avaient défendu le capitalisme et l’économie de marché comme étant le système naturel des hommes libres, le seul à même d’assurer la prospérité du genre humain. Mais pour nous qui, comme Heilbroner, avions lu Mises, l’hommage revêtait une signification bien plus profonde et infiniment plus précise : il n’était pas simplement question de reconnaître la supériorité du capitalisme dans les faits mais sur le plan théorique.
Ce à quoi Heilbroner fait référence en écrivant que « Mises avait raison », c’est à un article publié en 1920, Le Calcul économique en régime socialiste5, dans lequel l’économiste autrichien ne cherchait pas à démontrer la supériorité de l’économie de marché sur un système de planification centralisé mais démontrait carrément l’impossibilité de ce dernier. Sans utiliser la moindre équation mais avec une précision toute mathématique, Mises démontrait pourquoi, en l’absence de marché libre, aucune activité économique rationnelle n’était possible dans un régime socialiste.
Pendant des décennies, ce défi lancé aux théoriciens du socialisme est passé largement inaperçu de l’essentiel de la communauté académique. De la fin de la Seconde Guerre mondiale à la chute du mur de Berlin, l’écrasante majorité des intellectuels du monde libre considéraient que le socialisme pouvait et devait fonctionner ; que les seuls reproches que l’on pouvait lui adresser quant à sa mise en œuvre pratique tenaient au caractère autocratique des dirigeants soviétiques et à l’absence de libertés individuelles. Mais pour un homme tel que Robert Heilbroner, le gant jeté par Mises ne pouvait pas passer inaperçu.
Lorsque les archives du Gosplan furent enfin accessibles et que les anciens économistes soviétiques qui avaient participé à sa mise en œuvre furent autorisés à s’exprimer, il devint impossible de nier l’évidence : point par point, la condamnation à mort prononcée par Mises en 1920 était avérée. On découvrit, par exemple, qu’en l’absence de marché libre, les responsables du Gosplan étaient littéralement incapables d’établir une échelle de prix et en étaient réduits à utiliser les espions du KGB pour récupérer les catalogues de La Redoute ou de Sears. La plus grande entreprise de planification économique jamais conçue n’avait ainsi dû sa survie… qu’à l’existence d’économies de marché à ses portes tandis que les écrits de Mises, formellement interdits par le pouvoir soviétique comme naguère par les nazis, circulaient de mains en mains au cœur même de l’appareil de planification6.
La cause semblait donc entendue. De la même manière qu’on n’a jamais vu un coréen tenter de traverser la DMZ du sud vers le nord, les Allemands qui ont trouvé la mort en tentant de passer le mur7 fuyaient le socialisme et tentaient désespérément de rejoindre l’ouest capitaliste. L’horreur stalinienne, les massacres des Khmers rouges, l’hécatombe du grand bond en avant et, bien sûr, la barbarie nazie… Aucune expérience socialiste menée au cours du XXe siècle n’avait produit autre chose qu’un niveau de pauvreté extrême, une dictature sanglante et des millions de morts.
Nous pensions la cause entendue et nous nous sommes trompés. Nous croyons que c’était le socialisme qui avait été définitivement discrédité mais ce que la plupart de nos concitoyens ont vu, c’est l’effondrement de systèmes totalitaires, de déviances regrettables du projet socialiste mais pas du socialisme en lui-même. Le tour de force de nos adversaires a consisté à faire croire que les dérives totalitaires des régimes socialistes du XXe siècle n’étaient pas consubstantielles au projet socialiste. Pendant ce temps, forts de notre victoire théorique, nous avons laissé dire sans réagir. Nous avons cru la partie gagnée : c’est là notre présomption et elle pourrait bien nous être fatale8.
L’idée socialiste, y compris dans sa forme explicitement totalitaire, n’est pas morte. Elle est même extrêmement vivace. Elle a continué, pendant toutes ses années, à se développer à l’ombre de la social-démocratie, de l’économie de marché pilotée et de l’interventionnisme d’État. Alors que nos gouvernements, jurant leur attachement au marché libre, privatisaient partiellement et symboliquement quelques entreprises d’État, ils n’ont eu de cesse de d’accroître le poids de la dépense publique, des impôts, des réglementations et de l’administration. Alors qu’ils abandonnaient – du moins en grande partie – leurs réflexes protectionnistes, ils dévaluaient continuellement nos monnaies et transformaient nos économies en de gigantesques pyramides de dettes.
Encore une fois, Mises avait décrit précisément ce mécanisme. À plusieurs reprises, il a montré comment les conséquences désastreuses de l’interventionnisme politique – inflation, incitations fiscales, réglementations, protectionnisme, contrôle des prix… – étaient systématiquement attribuées à de prétendus excès du marché et légitimaient de nouvelles interventions. Mises et Friedrich Hayek ont décrit comment cette intervention croissante de la force publique dans nos vies privées nous entraînait irrémédiablement sur La route de la servitude.
Aujourd’hui, ce système est à bout de souffle. Nous le savons tous. Nombre de nos États ne veulent ni ne peuvent plus rembourser leurs dettes ; les banques centrales ont injecté plus de monnaie dans le système qu’elles n’en avaient créée en un siècle ; l’édifice tout entier est au bord de la rupture. Tôt ou tard, le socle fragile sur lequel repose cette pyramide de dettes – la valeur de nos monnaies – va céder et emporter avec lui non seulement la dette de nos États mais aussi le système bancaire, les capacités de financement de nos économies et l’épargne de quelques millions de nos concitoyens. Nous sommes au bord d’un gouffre abyssal.
Ce sera alors l’heure de vérité. Sur les décombres de la crise qui s’annonce, nous serons amenés à choisir dans quel type de monde nous souhaitons vivre. Contrairement à ce que certains de nos amis ont dit autrefois, il y a bel et bien une alternative : ce sera le socialisme ou la société libre – le reste n’est que fumisterie. Celles et ceux – et ils sont nombreux – qui ne l’ont jamais fait feraient bien de lire Mises : l’heure du choix approche, il va falloir faire le bon.

*Photo : Ludwig von Mises (Wikipedia).

Robert Heilbroner,“The triumph of capitalism”, The New Yorker (23 janvier 1989).
Robert Heilbroner & Irving Howe, The World After Communism: An Exchange, dans Dissent Magazine (numéro d’automne 1990).
Robert Heilbroner, “After Communism”, The New Yorker (10 septembre 1990).
Titre de sa biographie, The Last Knight of Liberalism par Guido Hulsmann.
Ludwig von Mises, Die Wirtschaftsrechnung im sozialistischen Gemeinwesen dans Archiv für Sozialwissenschaften, vol. 47 (1920); une traduction en français est disponible ici.
Anecdote rapportée, notamment, par Yuri Maltsev, l’un des économistes chargés par Gorbachev de mettre en œuvre la perestroïka.
En RDA, on les appelait « fugitifs » ou « déserteurs de la république » ; appellations qui résonnent étrangement lorsque l’on entend le discours de certains de nos élus actuel. Comme le note très justement Daniel Tourre, pour qu’il y ait des évadés (fiscaux), encore faut-il une prison (fiscale) au préalable.
Vous aurez reconnu la présomption fatale (The Fatal Conceit) de Friedrich Hayek (1988).

La fracture sociétale, ça va faire mal !

Tandis qu’UMP et PS s’écharpent à l’Assemblée autour du « mariage pour tous » en s’envoyant noms d’oiseaux et triangles colorés, toutes ces histoires de bagues au doigt, de PMA, de GPA et d’identité sexuelle à la carte nous ont inspiré une saillie toute chiraquienne. Y a-t-il dans ce pays une fracture sociétale ? Deux France s’affrontent bel et bien, nous dit notre rédactrice en chef Elisabeth Lévy, « non pas celle du mouvement et celle du changement, mais celle qui croit que le changement est désirable en soi (…) et celle qui demande à choisir ». France d’avant et France en mouvement « se ressemblent plus que ce qu’elles croient » et  rejouent le même match Moderne contre Moderne (Muray ©) en usant du même babillage : « papa et maman » areuh areuh !


Le hasard fait si bien les choses que chacune des deux icônes de ces deux France ont accepté de témoigner dans Causeur. Ainsi, la ministre du droit des femmes, porte-parole du gouvernement et fervente partisane du mariage pour tous Najat Vallaud-Belkacem a courageusement répondu aux questions sans concessions d’Elisabeth Lévy. « La parenté biologique existe, mais c’est une erreur de surinvestir cette dimension » car « ce qui fait filiation, c’est le parent social » explique-t-elle, non sans citer les modèles de familles recomposées, pour défendre et illustrer la loi Taubira. Le mariage pour tous n’enlève aucun droit à personne, conclut-elle, inutile de paniquer !

La pétulante Frigide Barjot n’est pas de cet avis. Pour notre catho branchée, le mariage pour tous est l’application pure et simple de la théorie du genre au mariage, qui prive les enfants de père et de mère. Et Barjot de se défendre d’incarner l’aile catho de la droite ; elle en veut pour preuves les renforts inattendus du couple Jospin, d’un député marxiste antillais et compte bien gagner les classes populaires à sa cause.

Ni pro ni anti mariage gay, la France populaire s’en contrefiche, nous indique cependant le géographe social Christophe Guilluy. Quoi qu’en disent les ténors du PS, l’électorat de Hollande n’a pas « voté pour ça », comme dirait Audrey Pulvar. Surtout pas la frange antillaise et musulmane qui vota à gauche contre le « raciste » Sarkozy au printemps sans partager l’imaginaire sociétal de l’actuel gouvernement.  Si fracture il y a, Guilluy la trace entre les gagnants de la mondialisation et les petites gens demandeurs de frontières économiques, culturelles et identitaires.

C’est que le sociétalisme est la chose actuellement la mieux partagée, droite et gauche confondues, pain au chocolat contre vote et mariage à tous les étages, ainsi que je le démontre aux côtés de Jérôme Leroy. Chacun dans leur veine, Jacques de Guillebon et Romaric Sangars s’affligent de la propension contemporaine à l’ubris démocratique, où l’égalité confine à l’indifférenciation, la technique s’allie à la marchandise pour accoucher d’une morale qui « repose uniquement sur une préoccupation de décuplement de la jouissance dont elle fait croire qu’elle n’a pas de négatif » dixit JG. Même les abstinents revendiqués du mouvement asexuel réclament leur affiliation au courant LGBT, on croit rêver ! Notre invitée du mois Marie-Noëlle Tranchant s’insurge d’un tel confusionnisme à fondement artificiel : faut-il « inscrire dans nos lois que seuls les produits humains finis, dûment labellisés « culture et société » ont droit de cité » ? Avec sa critique du livre-pamphlet contre le droit des vote des étrangers que publie Cyril Bennasar aux éditions Mordicus, Jérôme Leroy nous prouve enfin que le sociétal n’est pas qu’une affaire de braguettes. Ouf, on respire !