TOUT EST DIT

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mardi 7 juin 2011

Aides à la Grèce : l'Allemagne met les points sur les "i"

Un pas en avant, un pas en arrière. Alors que le Premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, avait dit, au nom de la zone euro, s'attendre à "un financement supplémentaire accordé à la Grèce en échange de conditions strictes", l'Allemagne a apporté ce lundi un cinglant démenti.

C'est un recadrage en règle que l'Allemagne a infligé ce lundi à Jean-Claude Juncker, le président de l'Eurogroupe. Alors que ses déclarations, vendredi soir, sur un probable deuxième plan d'aide à la Grèce pour lui éviter la banqueroute avaient été interprétées comme un engagement des Européens à soutenir une nouvelle fois Athènes, le porte-parole du gouvernement allemand a freiné ce lundi des quatre fers.
"Ce qu'il y a pour le moment ce ne sont pas des engagements, ce sont des opinions", a-t-il déclaré lors du point presse hebdomadaire. "Des paiements allemands doivent être décidés par des autorités allemandes, et c'est comme cela dans tous les pays". Et voilà Jean-Claude Juncker cordialement invité, en langage diplomatique, à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de s'exprimer.
Berlin, qui s'est déjà fait prier l'an dernier pour participer à un premier plan d'aide à la Grèce, refuse d'évoquer un nouveau geste tant que la mission d'experts de la Troïka, composée de représentants de l'Union européenne (UE), du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE), n'a pas rendu ses conclusions. Selon le porte-parole du gouvernement d'Angela Merkel, la remise de ce rapport maintes fois retardé devrait avoir lieu mercredi.
Un long chemin avant l'adoption du second plan d'aide
La confusion diplomatique européenne s'explique par le fait que même si le rapport n'a pas encore été remis, Jean-Claude Juncker et le Premier ministre grec Georges Papandréou ont communiqué dès vendredi, dans l'espoir de rassurer les marchés, sur l'accord qui aurait découlé des discussions entre la Troïka et le gouvernement grec. En contrepartie du déblocage de la cinquième tranche (12 milliards d'euros) du plan d'aide de 110 milliards d'euros accordé en 2010, et d'un accord pour un second plan d'aide dont le montant serait compris entre 60 et 85 milliards d'euros (et même jusqu'à 100 milliards d'euros selon l'hebdomadaire allemand Der Spiegel), la Grèce s'engagerait à adopter un énième plan de rigueur. L'objectif : économiser 6,4 milliards d'euros supplémentaires pour assainir les finances de l'Etat.
Mais comme on se plaît à le rappeler à Berlin, le chemin est encore long avant d'adopter un nouveau plan d'aide. Pour la Grèce, tout d'abord, qui doit, selon une condition imposée par l'Allemagne, adopter le nouveau plan d'austérité 2011-2014. Mais il faut pour cela que le Conseil des ministres vote le projet  - ce devrait être le cas ce mardi - puis que le Parlement l'adopte. Or, les obstacles sont nombreux.
La colère de la rue, notamment sous la bannière du mouvement spontané des Indignés, s'amplifie, si bien que les Athéniens n'hésitent plus à interpeller leurs dirigeants, accusés de s'aplatir devant les exigences de la Troïka dont la rigueur imposée aggraverait les chances du pays de sortir de la crise. De plus, des dissensions apparaissent au Pasok, le parti socialiste au pouvoir, qui ne détient qu'une courte majorité au Parlement. Jeudi dernier, seize députés du Pasok ont envoyé une lettre au Premier ministre Papandréou, en lui demandant d'accorder plus de temps pour débattre sur les mesures du plan d'austérité. Ils lui ont également reproché de ne pas avoir demandé une évaluation sur l'incapacité du pays à se remettre dans le droit chemin en 2010.
La menace des parlements nationaux
L'adoption d'un second plan d'aide international doit également être validé, pour certains pays de la zone euro comme l'Allemagne, la Suède ou la Finlande, par le Parlement national. Or, la montée des populismes et les réticences de ces pays à débloquer de l'argent pour venir en aide aux pays en situation économique difficile pourraient encore compliquer la situation.
Si l'Allemagne, en exigeant la participation de créanciers privés dans le futur plan d'aide, a montré sa volonté de participer au sauvetage du pays, il n'est pas question de brûler les étapes.

Petite leçon de démocratie fatiguée

A Tunis, une journaliste du Volkskrant a assisté à une scène étonnante: des jeunes "indignés" espagnols manifestaient devant leur ambassade. De leur dialogue avec les Tunisiens émerge une réflexion sur nos systèmes politiques. 

"La démocratie, c’est plus que le simple droit de vote", explique une manifestante espagnole à un passant tunisien. Elle lui donne un tract. "L'Espagne n’est une démocratie que de nom, car la loi électorale favorise les grands partis. Une démocratie formelle n’est pas une vraie démocratie, cela ne suffit pas." Le jeune Tunisien acquiesce d’un hochement de tête hésitant, et commence à lire le tract.
C’est un rassemblement étonnant que cette manifestation devant l’ambassade d’Espagne de Tunis. Le dernier dimanche de mai, une cinquantaine d’Espagnols (soit presque 10 % du nombre total d’Espagnols en Tunisie) a montré sa solidarité avec les "indignados", qui occupent depuis des semaines les places espagnoles. Etonnant, car dans un pays où des milliers de citoyens ont mis récemment leur vie en péril pour la démocratie, ils laissent entendre que cette démocratie n’est pas aussi formidable que cela.
Le passant tunisien, un employé de 23 ans du club de tennis voisin, contemple les manifestants d’un regard rêveur. Ils ont des djembés, ils font de la musique et ils dansent. "C’est plus une fête qu’une manifestation", commente-t-il d’un ton un peu jaloux. "Si nous avions manifesté de cette manière, Ben Ali serait toujours au pouvoir."
Il dit comprendre les réclamations des Espagnols au sujet de la loi électorale. Mais pour conclure au bout du compte : "Si nous pouvions obtenir une démocratie à l’espagnole, je serais déjà très satisfait."

Tout, plutôt qu'une dictature

Il veut bien les accepter, ces défauts et ces excès de la démocratie. La loi électorale déloyale et la domination des grands partis. Les petits jeux politiques et les combines. Les surenchères et la rhétorique populiste. Le troc électoral lors des élections sénatoriales au suffrage indirect, pour ne citer qu’un exemple. Le manque de politiciens ayant des perspectives au-delà des prochaines élections.
Il n'est pas encore bien conscient de cela, mais il veut bien le prendre en plus. Tout plutôt qu’une dictature. Comme le disait déjà Churchill : de toutes les formes de gouvernement, la démocratie est la moins mauvaise.
Enfin bon, il disait cela il y a 54 ans. Ce qui m’amène à cette réflexion: pourquoi sommes-nous restés coincés au niveau de cette forme de gouvernement la moins mauvaise? Pourquoi nous n’y apporterions pas des changements ou au moins des améliorations? Car les occupants de places espagnoles ne sont pas les seuls à indiquer que la démocratie a besoin d’une remise en état: dans le reste de l’Europe également la progression du populisme, les votes de protestation et le fossé croissant entre le citoyen et la politique pointent du doigt les défauts de la construction démocratique.
Il est compréhensible que les Tunisiens s’accommodent de ces défauts démocratiques après 50 ans de dictature. Mais après les révolutions arabes, les citoyens européens peuvent bien se réveiller à leur tour: pourquoi n’essayons-nous pas de remédier à ces défauts? Pourquoi ne prenons-nous pas plus soin d’un régime politique qui est manifestement tellement précieux que des citoyens arabes sont prêts à y sacrifier leur vie?
La jeunesse espagnole semble être la première à s’être réveillée. Ses actions font l’objet de nombreuses critiques, en partie justifiées. Les jeunes n'ont pas d'objectif précis, ils ne proposent pas d’alternatives concrètes et sont parfois un peu trop ludiques. Mais ils symbolisent une question pertinente: n’est-il pas temps, maintenant que l’on a échangé la dictature contre la démocratie en Tunisie et en Égypte, d’échanger notre propre démocratie contre une version améliorée?



Contexte

La colère de la “génération sacrifiée”

Si les manifestants de la Puerta del Sol à Madrid et les jeunes Grecs qui manifestent chaque soir à Athènes ne sont pas des millions , "ce mouvement lancé mi-mai en Espagne, dont quelques jeunes Portugais avaient posé la première pierre en mars, est d'abord un cri générationnel que nos élites politiques et économiques auraient tort d'ignorer", écrit le site d'actualités français Mediapart.
Pour le journal en ligne, le mouvement  se nourrit du désastre social des moins de 30 ans en Europe, de cette "génération sacrifiée" dont le taux de chômage a augmenté deux fois plus vite que celui des adultes dans les 34 pays de l'OCDE et plus particulièrement dans les pays du Sud de l'Europe.
Cette contestation transnationale (d'ores et déjà bien plus mobilisatrice que bien des euro-manifestations organisées par la Confédération européenne des syndicats) n'est pas seulement une réponse à la crise. La mobilisation des Indignés, aussi brouillonne soit-elle, est d'abord l'expression d'une colère générationnelle.
Colère contre le capitalisme, quand il conduit des Etats à privilégier le sauvetage des banques et non l'avenir de ses concitoyens (les plus jeunes en particulier) et désarme les politiques, transformés en pantins sans marge de manœuvre et condamnés à mener une seule et même politique.
Colère contre des systèmes sociaux qui, dans les pays du sud de l'Europe (y compris en France), protègent beaucoup les insiders, les travailleurs ou fonctionnaires en contrat à durée indéterminée, bénéficiaires des régimes d'assurance sociale. Et rejettent à leur marge les outsiders, les pas qualifiés, les précaires, les plus jeunes, livrés à eux-mêmes ou à l'aumône de leurs parents, pour lequels il ne reste «que des miettes» de l'Etat-providence, selon le sociologue
Louis Chauvel.
Colère contre des systèmes politiques craintifs et tournés sur eux-mêmes, hermétiques à la société civile et à son foisonnement. Fureur de voir que le personnel politique est si déconnecté de la société qu'il est censé représenter parce que trop vieux, trop unanimement blanc, trop issu des milieux favorisés, trop masculin.
Colère, enfin, contre des syndicats jugés trop conciliants avec le pouvoir, et obnibulés par la défense des intérêts de leur clientèle – elle aussi plutôt âgée, plutôt blanche, plutôt du secteur public.

Grèce:le premier ministre n'exclut pas un référendum sur les mesures d'austérité

Le premier ministre de la Grèce, George Papandréou, a fait savoir lundi qu'il songeait à organiser un référendum sur de nouvelles mesures d'austérité, essentielles pour assurer au pays le versement du plan d'aide international mais vivement contestée par des milliers de manifestants.
M. Papandréou a affirmé à ses ministres, au cours d'une réunion qui durait depuis plus de sept heures, qu'il était prêt à tenir une telle consultation publique afin d'obtenir «un possible consensus ou un avis» sur les changements majeurs proposés.
Le leader des socialistes a tenté de calmer l'opposition au plan d'austérité au sein même de son parti, de même qu'auprès de la population — frustrée par une année de mesures des plus sévères qui ne fournissent toutefois pas les résultats escomptés.
Des milliers de protestataires ont manifesté pacifiquement devant le Parlement à Athènes tous les soirs, depuis près de deux semaines. La colère des Grecs a augmenté alors que le gouvernement s'engageait dans de nouvelles coupes des dépenses et hausses d'impôts.
M. Papandréou a demandé au ministère de l'Intérieur de mettre en place les conditions législatives nécessaires pour permettre la tenue d'un référendum, «s'il est nécessaire».
Les nouveaux plans du gouvernement grec prévoient des mesures correctives de l'ordre de 9,34 milliards $ cette année et d'un accord de 32,11 milliards $ d'ici 2015. Ces mesures sont conditionnelles au versement de l'aide de 160,56 milliards $, prévues dans le plan d'aide de l'an dernier du Fonds monétaire international (FMI) et d'autres pays européens. L'administration Papandréou met également de l'avant une ambitieuse privatisation de 72,98 milliards $.
La Grèce semblerait toutefois avoir besoin d'autres fonds pour combler un fossé financier l'an prochain et afin d'éviter des défauts de paiement.
La semaine dernière, des responsables de l'Union Européenne et du FMI ont indiqué que la Grèce devrait recevoir une nouvelle tranche d'aide de 17,52 milliards $ au début du mois de juillet, si les mesures d'austérité en place sont jugées satisfaisantes. Une décision finale en ce sens sera prise plus tard en juin.
M. Papandréou doit toutefois composer avec l'opposition de certains de ses députés. La semaine dernière, 16 socialistes ont signé une lettre demandant un débat en bonne et due forme sur les mesures avant qu'elles ne soient adoptées.

LEAD 1-La Grèce peut éviter la restructuration-Trichet

* La crise de la dette n'est pas une crise de l'euro-Trichet
* Pas de nécessité de restructurer la dette de la Grèce

MONTREAL, 6 juin (Reuters) - Il faudra des mesures de surveillance budgétaire plus strictes que celles qui sont actuellement discutées pour éviter de nouvelles crises budgétaires à l'avenir, a déclaré lundi Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE).
S'exprimant lors d'une conférence à Montréal, il a ajouté que la crise de la dette que vit actuellement la zone euro n'est pas une crise de la monnaie unique, estimant que les difficultés trouvent leur source dans une surveillance déficiente des politiques économiques menées par les membres de la zone euro.
Jean-Claude Trichet a ainsi estimé que la Grèce ne s'était pas bien comportée par le passé en matière de politique budgétaire tout en ajoutant qu'il y avait eu de très sensibles améliorations ces derniers temps.
Aux yeux du président de la BCE, il n'y a pas de nécessité de restructuration de la dette grecque, même si, poursuit-il, le pays ne pourra pas faire l'économie d'un ajustement budgétaire.
Jean-Claude Trichet a estimé que le recours à une restructuration de la dette grecque - solution que bon nombre d'analystes financiers jugent inéluctable - n'est pas approprié tant que le pays s'en tient à son programme de réformes annoncé, exhortant notamment Athènes à mener un processus de privatisations crédible et rigoureux.
La Grèce recevra vraisemblablement une aide financière, venant s'ajouter au plan de 110 milliards d'euros défini en mai 2010, afin d'éviter que le pays ne fasse défaut sur sa dette. (voir [ID:nLDE7521IQ])
"Les difficultés auxquelles l'Europe doit faire face aujourd'hui n'est pas une crise de l'euro. Elles ne sont pas symptomatiques d'une crise dans l'union monétaire", a dit Jean-Claude Trichet.
Il a noté que le travail entrepris pour muscler le pacte de stabilité et de croissance de la zone euro, avec un accent particulier mis sur les déficits et la dette, était un "pas dans la bonne direction", tout en estimant qu'il n'allait pas assez loin.
"Le conseil des gouverneurs de la BCE s'inquiète du fait que les réformes de gouvernance économique actuellement en négociations ne sont pas suffisamment ambitieuses pour corriger la faiblesse structurelle de la gouvernance budgétaire et, plus largement, la gouvernance macro-économique de la zone euro", a poursuivi Jean-Claude Trichet.
Le président de la Banque centrale européenne (BCE) a également dit avoir constaté ces derniers des risques haussiers pour la stabilité des prix à moyen terme.
La BCE annoncera jeudi sa décision mensuelle de politique monétaire. Les économistes s'attendent à un statu quo en matière de taux.
(Louise Egan et Claire Sibonney, Benoit Van Overstraeten pour le service français)

A quoi ressemblera la future Libye "démocratisée" après la chute de Kadhafi ?

Même les plus chauds partisans de l’audacieuse intervention occidentale doivent se poser la question et étudier tous les scénarios possibles. Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), dépeint de façon assez crue mais réaliste la composition de l’actuel Conseil national de transition (CNT) libyen : « 20 à 25 % de démocrates, un quart d’islamistes, un quart de partisans de la monarchie Senoussis, eux aussi proches de l’islam radical, et un quatrième quart d’anciens partisans de Kadhafi. » Commençons par le scénario le plus agréable : les jeunes rebelles « facebookiens » libéraux (liés au Front national du salut de la Libye, FNSL, basé aux Etats-Unis) et leurs alliés possibles – ex-Kadhafistes laïques, alliance Amazigh (Berbères, jadis opprimés sous Kadhafi), Union des femmes libyennes (UFL, fondée en 1983), Alliance des tribus du sud et de Syrte – remportent les futures élections de l’après-Kadhafi. Mais pour le moment, ces forces, qui pourraient certes voir leurs rangs grossir si Kadhafi était rapidement délogé par la coalition occidentale, ne représentent pas plus de 30 %. La plus puissante opposition est pour le moment représentée par les tribus et surtout par la puissante confrérie religieuse des Senoussi. Représenté notamment par l’Union constitutionnelle libyenne (UCL), ce bloc « islamo-conservateur », qui revendique depuis longtemps la réislamisation du pays et a toujours combattu les idées socialistes et laïques de Kadhafi exprimées dans son « Petit Livre vert », pourrait s’allier électoralement aux islamistes proches des Frères musulmans égyptiens et du Groupement islamique (al Jamaa al-islamiyya). Bien que se disant « pro-occidentale » et « modérée », cette force représente déjà 50 % des électeurs possibles. Mais en cas d’alliance avec les islamistes salafistes plus radicaux et plus anti-occidentaux (15 %), elle pourrait atteindre jusqu’à 65 % des voix en cas d’élections rapides… Pour résumer, l’hypothèse d’un gouvernement islamique et tribal opposé à toute laïcité paraît très probable. La vraie victoire finale sera donc remportée par ceux qui occuperont le plus vite le terrain. Or l’opposition laïque pro-occidentale est déjà combattue à l’intérieur du CNT par les forces tribales confrériques et islamistes. Pour obtenir un « retour démocratique sur investissement militaire », l’Occident devra conditionner les importantes aides octroyées au CNT au respect de certaines valeurs et à l’organisation d’élections non précipitées qui laisseront le temps aux libéraux de rattraper leur retard par rapport aux islamistes, lesquels quadrillent le terrain avec leurs alliés tribaux. L’exemple tunisien doit servir de leçon : en organisant trop vite des élections dans un pays où l’opposition démocratique libérale fut longtemps inexistante, la mise risque d’être emportée par les islamistes, de loin les plus structurés et entraînés.

"Les révolutions arabes ne sont que des coups d'Etat militaires masqués"

De retour d'une mission d'étude en Tunisie, en Egypte et en Libye, Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R), ancien du renseignement livre une lecture nuancée des événements du début d'année. Sans nier les aspirations des populations, il relativise l'ampleur du changement des équipes dirigeantes. Un prélude à de grandes déceptions.
 Quelle lecture faites-vous du « printemps arabe » ?
Il y a dans ces pays une réelle aspiration à plus de liberté, mais pas nécessairement à plus de démocratie. Par ailleurs, je ne crois pas à la spontanéité de ces « révolutions », qui étaient en préparation depuis plusieurs années. Dès 2007-2008, des conférences organisées sous l'égide d'ONG américaines, comme Freedom House, l'International Republican Institute ou Canvas, et où étaient présents la plupart des blogueurs et des leaders de ces mouvements, ont instillé le germe de la démocratie, créant un contexte favorable aux révolutions. Le processus était le même que celui qui a précédé le démantèlement de l'URSS, la Révolution serbe, la Révolution orange en Ukraine ou encore celle des Roses en Géorgie.
Mais pourquoi ont-elles éclaté en 2011 ?
Des contestations populaires ou étudiantes dans les pays arabes se produisent régulièrement, mais elles sont à chaque fois réprimées par l'armée et la police. Pour la première fois, l'armée s'est désolidarisée de la police, en refusant de réprimer les soulèvements en Tunisie comme en Égypte, et les mouvements ont été observés par la presse internationale. Mais surtout, dans la semaine précédant les événements, les plus hauts représentants des armées de Tunisie comme d'Égypte se sont rendus à Washington, qui assure l'essentiel du financement de l'armée, pour obtenir le feu vert des États-Unis à un renversement des dirigeants. Ils ne supportaient plus la prédation des clans au pouvoir.
Ces révoltes seraient donc des coups d'État militaires prenant le visage de mouvements démocratiques spontanés ? Les manifestants de la place Tahrir n'avaient pourtant pas l'air manipulés ?
En êtes-vous si sûre ? Il est tout de même étonnant que dans ce pays où existent un militantisme islamiste et un net sentiment anti-israélien, aucun slogan anti-israélien ne soit apparu pendant les manifestations. C'est bien l'indice d'une « révolution » sérieusement encadrée. Quant à la « nouvelle équipe » au Caire, elle comprend le chef d'état-major de l'armée ainsi que l'ancien chef du service des renseignements, et s'est immédiatement engagée à respecter les accords internationaux signés, notamment les accords de Camp David auxquels est hostile une large partie de la population.
Et en Tunisie ?
Le ras-le-bol face face à l'avidité du clan Trabelsi était profond et touchait l'ensemble de la population confrontée à des difficultés économiques croissantes jusqu'aux entrepreneurs, dont beaucoup devaient « céder » des parts entières de leur business pour ne pas être inquiétés. C'est pour cela que des manifestations se sont produites dans toutes les villes du pays. La révolte y a été plus populaire et plus profonde qu'en Égypte, où les événements se sont, pour l'essentiel, limités à la place Tahrir. Mais comme au Caire, le nouveau gouvernement de Tunis comprend en majorité des collaborateurs de l'ex-président Ben Ali. Dans les deux cas, tout s'est passé comme si les jeunes générations avaient décidé de « faire sauter le bouchon » qui empêchait leur accès au pouvoir, sans changer fondamentalement le système ou le régime. L'imminence d'un coup d'État militaire était évoquée depuis dix-huit mois en Tunisie. Aussi n'est-il pas approprié de parler de « révolution ». L'Iran, en 1979, et l'URSS, en 1991, ont connu de vraies révolutions. Tout y a changé : les hommes, les institutions, les rapports internes, les relations internationales, etc.
Rien de tel dans les événements récents. Il s'agit d'un renouvellement des classes dirigeantes qui ont, avec l'accord de Washington, organisé des coups d'État « en douceur », en profitant d'une vague de contestation populaire qu'elles ont intelligemment exploitée. Ainsi, leur arrivée aux affaires bénéficie extérieurement d'une grande légitimité et donne le sentiment d'une rupture profonde avec le régime précédent. La situation est en réalité bien différente. D'ailleurs, pour Washington, c'est un « changement dans la continuité » modifiant peu l'équilibre régional, ce qui est étonnant pour des révolutions. Washington encourage et appuie les armées d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu'elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c'est-à-dire qu'elles n'occupent pas le pouvoir - sauf cas de force majeure - mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l'islamisme, qu'elles contribuent à la stabilité régionale et qu'elles ne manifestent pas d'hostilité réelle à l'égard d'Israël.
Comment lisez-vous la situation actuelle ?
Beaucoup de problèmes risquent de surgir : dans les deux pays, un fossé inédit est apparu entre l'armée, qui sort grandie des événements, et la police, qui a longtemps assumé la répression des manifestants. Les forces de l'ordre - surtout en Tunisie - en sont sorties profondément désorganisées. On pourrait voir une recrudescence de la criminalité nuisant à l'équilibre intérieur. Enfin, très vite, une partie de la population va réaliser qu'elle a été flouée. D'où de possibles chocs en retour et une reprise des émeutes. Nous en voyons peut-être déjà quelques signes avant-coureurs à travers les manifestations populaires qui semblent reprendre ici et là. Enfin, les islamistes se sont pour l'instant montrés plutôt discrets. Mais jusqu'à quand ?

lundi 6 juin 2011

Ces géants grecs que l'Etat veut céder au privé

Pour récupérer 50 milliards d'euros d'ici 2015 et réduire la dette de 340 milliards d'euros tout en stimulant la concurrence, l'Etat grec a accepté de privatiser une trentaine d'entreprises. En voici la liste complète ainsi que les objectifs que s'assigne le gouvernement les concernant.

Entreprises privatisées dès 2011
- OTE, numéro un des Telecoms en Grèce. L'Etat détient16% et envisage de céder l'intégralité de sa participation avant la fin juin.
- Banque Postale. Les 34% du capital pourraient être cédés avant le 31 décembre.
- Les ports du Pirée et de Salonique L'Etat détient encore 75% des deux principales infrastructures portuaires du pays. Il n'exclut pas de s'en défaire totalement d'ici la fin de l'année.
- Société d'eau de Salonique. L'objectif affiché du gouvernement est de céder jusqu'à 40% des 74% du capital q'uil détient.
- EAS. Cette entreprise spécialisée dans les systèmes de défense est détenue à 100% par l'Etat. L'objectif est de céder jusqu'à 66% du capital au 4e trimestre.
- Loterie nationale. La part du capital détenu par l'Etat doit passer de 100% à 51% voire 33% avant la fin de l'année.
- Le groupe gazier DEPA. Aujourd'hui controlé à 65%, cette entreprise ne le sera plus qu'à 32% d'ici le 31 décembre.
- Trainose. La compagnie nationale des chemins de fer pourrait être totalement privatisée. L'Etat prévoit en effet de céder de 49 à 100% du capital au 4e trimestre.
- Larco. L'Etat entend céder les 55% qu'il détient encore dans le groupe minier avant la fin de l'année.
- Odie, l'ambition du gouvernement est de céder dans le courant du 4èeme trimestre 100% du capital de cet équivalent du PMU en France.
- Casino Mont Parnes  L'Etat prévoit de céder les 49% qu'il détient encore avant le 31 décembre.
- Les licences de téléphonie mobile seront cédées à 100% au quatrième trimestre.
- Hellinikon. Cet ancien aéroport détenu à 100% devrait être totalement privé d'ici la fin de l'année.
Le programme pour 2012 et 2013 (entre parenthèse, le capital détenu, la part que le gouvernement prévoit de céder et la date prévue pour cette privatisation)
- Aéroport International d'Athènes (55% - jusqu'à 21% - 1e trim 2012)
- Autoroute Egnatia Odos (100% - jusqu'à 100% - 1e trim 2012)
- Poste Hellénique (90% - jusqu'à 40% - 1e trim 2012)
- Opap Paris sportifs (34% - jusqu'à 34% - 1e trim 2012)
- Ports régionaux (77-100% - 43 à 66% - 2012)
- Société d'eau Athènes (61% - jusqu'à 27% - 3e trim 2012)
- EVO, défense (51% - jusqu'à 16% - 2e trim 2012)
- Caisse des dépots&consignes(100% - 2012)
- DEI Electricité de Grèce (51% - jusqu'à 17% - 4e trim 2012)
- Sie autoroute Hellene 1 (100% - 2012)
- Aéroports régionaux 1 (100% - jusqu'à 49% - 2012)
- Hellinikon, IIe tranche ( 2012)
- Participations bancaires (jusqu'à 100% - 2013)
- Banque agricole ATE (76% - jusqu'à 25% - 2013)

2014 : réveiller l'Europe

La première moitié du XXe siècle a été marquée par les deux guerres civiles européennes les plus meurtrières de l'Histoire. La deuxième moitié fut au contraire celle de la reconstruction et d'une union sans précédent des pays de l'ouest de l'Europe - puis de l'insertion dans cette Union de la plus grande partie des pays ex-communistes européens. En 2010 - après dix années de négociations - l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne a ouvert la voie à la consolidation de la « grande » Union européenne.

La prochaine étape de ce processus devrait être 2014, année où se cumulent de grandes mutations institutionnelles. D'abord une étape politique avec la pleine application du Traité de Lisbonne, la première élection du Parlement européen sous son égide et le renouvellement des principaux dirigeants des institutions. Ensuite une étape économique et financière avec la consolidation des mesures relatives à la stabilité monétaire et à la gouvernance économique européennes.

Enfin, une étape budgétaire avec l'adoption d'un nouveau cadre financier pour cinq ans et la création de nouvelles ressources propres européennes.

Symboliquement, l'UE devrait donc prendre en 2014 un nouveau départ sur des bases renforcées.

Ce nouvel élan pourrait toutefois être freiné par trois dangers.

Le premier : une désorientation et un détachement croissants de l'opinion publique vis-à-vis de l'évolution de l'UE. Le second : une remise en cause de la méthode communautaire et un affaiblissement corrélatif des institutions. Le troisième : la crise financière et économique qui fait douter de la capacité de réaction de l'UE.

Restaurer la confiance, l'unité et la solidarité entre les peuples et les États européens sont les conditions nécessaires pour réussir le franchissement du cap de 2014.

Pour y parvenir, il faut mobiliser tous ceux qui pensent que, si le cap de l'unité européenne venait à être perdu alors qu'aucune autre vision claire de l'avenir de l'Europe ne semble pouvoir lui être substituée, l'UE serait menacée de marginalisation, voire d'éclatement. Un sursaut politique est nécessaire pour assurer le maintien des valeurs et le modèle socio-économique européens. Des initiatives fortes doivent donc être prises pour promouvoir une relance politique de l'UE, pour «réveiller l'Europe» que nous voulons.

Dans cet esprit nous encourageons l'initiative du «Groupe Spinelli» du Parlement européen visant à créer «un réseau de citoyens et de politiciens résolus à faire avancer l'Europe». Nous proposons que les principales organisations pro-européennes lancent une grande campagne d'opinion et nous engageons pour que la prochaine élection européenne devienne enfin l'événement démocratique qui scande et détermine l'évolution de l'Europe des citoyens.

Ne nous y trompons pas : l'entreprise européenne, comme une civilisation, est humaine et donc mortelle. Nous devons nous battre pour qu'elle subsiste et progresse. C'est le véritable enjeu de la bataille de 2014 dans laquelle nous devons tous nous engager.


Michel ALBERT et Jean-Guy GIRAUD (Union des fédéralistes européens), Jean BOISSONNAT et Michel CAMDESSUS (anciens présidents des Semaines sociales de France), Jean-Michel FAUVE et Robert TOULEMON (Pt et vice-Pt de Réalités et Relations internationales)


Du futur virtuel à l’imparfait politique

Vous avez vu comme c’est allé vite ?

Dominique Strauss-Kahn a déjà été remplacé sur la scène où, depuis trois ans, il était un acteur aussi incontournable qu’invisible, jouant du teasing dans l’ombre pour mieux se faire désirer dans la lumière. Trois semaines, seulement, se sont écoulées depuis son arrestation à New York et le PS est déjà passé à autre chose, poursuivant sa route dans la course vers 2012. Il y a bien eu quelques frustrations, c’est bien naturel, mais tout se passe comme si le duel annoncé entre Martine Aubry, François Hollande et Ségolène Royal avait été programmé depuis toujours, ravivant la routine des divisions éternelles du parti. La vie continue... Comme avant.

D’une certaine façon, c’est rassurant. La démocratie peut se passer d’un déterminisme électoral qui la mutile à coups de sondages répétitifs et de candidats élus à l’avance par les enquêtes d’opinion. La République, elle, s’amuse volontiers des conjugaisons médiatiques. DSK ? Il est passé du futur virtuel à l’imparfait politique.

Du côté de la présidentielle, c’est bien fini. L’ex-directeur du FMI ne reviendra plus jamais dans le jeu d’une façon ou d’une autre. Il a lui-même enterré les dernières illusions de son avenir institutionnel en adoptant un style de vie extravagant à Manhattan. Quelle France de gauche pourrait désormais s’identifier au loyer à 50 000 dollars à Tribeca, et tout le reste ? Ce faisant, l’ancien favori n’a pas vraiment rendu service à sa famille politique ni à l’image de la politique, en général. Mais s’en soucie-t-il vraiment à l’heure où il doit surtout défendre sa liberté, sinon son honneur perdu ?

Le cas DSK a glissé totalement dans la rubrique scandale et fait divers. C’est l’instruction d’un puissant face à une femme de chambre mystérieuse. Du super people livré en pâture au monde entier avec des avocats de stars dont on devine qu’ils sauront tout mettre en œuvre pour relaxer leur prestigieux client. De la matière à la O.J Simpson pour tabloïds américains qui traquent celui qu’ils appellent «The Perve» - le pervers - dans un de ces procès à grand spectacle où la virtuosité des défenseurs et leur mano a mano avec le procureur comptent parfois plus que les faits initiaux. Radios et télévisions françaises ont embrayé sans problème en mode sensationnaliste avec des «éditions spéciales» dans lesquelles, comme pour les précédentes, on passera les quatre cinquièmes du temps à attendre qu’il se passe enfin quelque chose. La recherche de la vérité ? Franchement, la saura-t-on jamais puisque ce sera la parole d’une personne contre celle d’une autre ?

L’affaire, au moins, aura eu un effet positif inattendu en mettant en accusation le sexisme d’un milieu politique français qui, si on en croit des voix féminines venues de tous les bancs, ne s’est jamais vraiment résolu à le combattre. Il n’est jamais trop tard pour faire le ménage.

Those very short shorts are not a good look

If your pocket linings are poking out below your hemline, you risk looking like a schoolgirl dressing for the boys on the No 27 bus
The summer trend this year seems to be for young women to wear their shorts so short that the pocket lining pokes out through the bottom. Did I miss a memo?

Charlotte, by email

You most certainly did, Charlotte, but, fortunately, I have saved it in my infallible filing system. Now let's see, notes on the return of DMs, no . . . What is this year's acceptable shade of blond?, no . . . Is the French Vogue look un petit peu passé, non, non, non . . . Ah! Mais oui, voici le memo:

Attention all fashionable people, Phoebe Philo – repeat PHOEBE PHILO – last year included a skirt in her collection for Céline – repeat, CÉLINE – that was so short the hem of the tucked in shirt trailed out beneath the hem of the skirt. Take note and do with it what you will.

Yours, The consigliere of fashion

Without wishing to disregard the consigliere, while Philo's too-short-skirt looked rather nifty on the catwalk, on the pavement it looks as if you think you are still at school and have rolled your skirt up too high to impress the boys on the No 27 bus with your gynaecological chic. And even back then it didn't work so well.

However, this styling trick of the très chic French label Céline dovetailed, almost certainly for the first time in its life, with one promoted by the deeply annoying Australian label Ksubi (according to Ksubi's not recommended website, this mainly denim label "challenges current perception on popular culture and trends, examining the idea of structure, regimented throughout culture and society as seen in the alleyways of the metropolis, is flanked by urban decay" (sic). I think we can all agree that "deeply annoying" is putting it nicely.)

Ksubi had already been working the pocket-lining-hanging-out-of-the-bottom-of-the-shorts look for a while and Céline seemed to be giving this look the nod by promoting a similar one. Thus, the combination of a trend promoted by both an allegedly trendy denim label and a definitely trendy fashion label, coupled with the way it encourages – nay, relies on – extremely high hemlines, made it inevitable that it would become a veritable juggernaut with the dominating forces of fashion, ie, teenage girls and twentysomething women.

Bish bash bosh, there you go, a fashion trend, all set to go, ready for consumption by the masses.

I read an interview recently in which Marc Jacobs complained about being given a lifetime achievement award. Is he now officially a grumpy old man?

Michael, by email

How old is Marc Jacobs now? Forty-eight? Why, that's basically 322 in fashion years, which go by even faster than dog years. How is he even still allowed to work? See you later, grandpa! And don't bang the doorframe with your wheelchair on your way out!

To recap, tonight, at the CFDA (Council of Fashion Designers of America) awards in New York – which is basically the Oscars for fashion, so with better or worse fashion on the red carpet, depending on whether you like your fashion safe and beige (Oscars) or outré, which is French for "crazy and possibly unflattering" (fashion Oscars) – Jacobs is to be given a lifetime achievement award. The New York Times claimed Jacobs's reaction was to grumble "sourly".

Jacobs is not the only recipient to have mixed feelings about being given what is pretty much the obituary of awards. It is de rigueur for anyone under 80 who receives a lifetime achievement at a film awards ceremony to make pretty much that joke, even though we all know, really, that the award is not a death certificate but just a clumsy apology for not having given the recipient more awards before.

But what Jacobs is really complaining about, it seems to me, is not that he thinks he's over, or even that the CFDA thinks he's over, but that various fashion people do. The New York Times decided this meaningless bitchery deserved a giant story on the front page of its Style section, a story that could basically be summed up as: "Some people think he's passé, some people don't; he's still very successful, the end."

On the day this non-story came out, theoutnet.com, which I have been known to peruse, purely for professional purposes, put Jacobs on the front of its site, proclaiming him "New York's coolest designer". So, what can we conclude from all this? That fashion people know nothing; that the concept of cool is meaningless, and that the fashion world is basically an industry akin to Mean Girls. No wonder Jacobs is feeling old – sorry, grumpy.

Jill Abramson, première femme à la tête du "New York Times"

Cette diplômée de Harvard accède à la direction de la rédaction du prestigieux quotidien américain à l'âge de 57 ans.
En 160 ans d'histoire, c'est la première fois qu'une femme accède au poste de directeur du New York Times. L'honneur en revient à Jill Abramson, 57 ans, diplômée de Harvard, entrée au journal en 1997 en provenance du Wall Street Journal. Elle succède à Bill Keller, 62 ans, qui préfère se consacrer à l'écriture. En prenant ses fonctions, Jill Abramson a annoncé à la rédaction que l'une de ses priorités serait de combiner plus étroitement l'information en ligne et celle sur papier, apprend-on dans un article signé par Jeremy W. Peeters, du New York Times. Toujours selon cette source, la nouvelle patronne du NYT a indiqué qu'en accord avec la famille Sulzberger, propriétaire du journal, elle ferait la part des choses entre la "culture du consensus" régnant dans le journal et la nécessité d'être plus efficace. La stratégie numérique lui tient particulièrement à coeur au point qu'en 2010 elle avait pris six mois afin de se documenter sur le sujet. Ce fut un point déterminant pour sa promotion.

Jill Abramson a commencé sa carrière en collaborant au magazine Time en même temps qu'elle achevait ses études de littérature et d'histoire à Harvard. Elle passe les dix premières années de sa vie professionnelle dans un mensuel spécialisé dans le monde juridique à destination des avocats, The American Lawyer. En 1988, elle devient grand reporter au Wall Street Journal avant de prendre finalement la direction du bureau de Washington pour le compte du New York Times en 1997. C'est sous sa responsabilité qu'en 2003 éclate l'affaire Jayson Blair, un journaliste plagiaire en proie, selon ses dires, à des troubles psychiques mal soignés. La réputation de sérieux du journal aux multiples prix Pulitzer est terriblement entachée et conduit à la démission du patron de l'info de l'époque, Howell Raines. Ce départ est vécu comme un soulagement pour Abramson qui a eu, à de nombreuses reprises, maille à partir avec Raines, notamment après les attentats du 11 Septembre...

Jill Abramson a témoigné contre une ancienne journaliste du NYT

Au sein de la rédaction, Jill Abramson faisait partie de ceux qui se méfiaient de la Maison-Blanche durant la séquence d'événements qui ont conduit à la guerre en Irak. Si bien qu'en 2007, la journaliste a été citée comme témoin de la défense dans l'affaire Lewis "Scooter" Libby, un chef de cabinet de l'administration Bush (fils) accusé de trahison et de faux témoignages dans l'affaire Valérie Plame (du nom de cette espionne de la CIA dont l'identité avait été révélée par le New York Times). À cette occasion, Jill Abramson a témoigné contre une ancienne journaliste du New York Times, Judith Miller, impliquée dans ce scandale retentissant. Le New York Times a révélé que Judith Miller avait rédigé cinq articles faux concernant l'existence d'armes de destruction massive en Irak.

Côté édition, Jill Abramson a publié, en 1995, Strange Justice: The Selling of Clarence Thomas en collaboration avec Jane Mayer. Clarence Thomas est l'un des juges les plus conservateurs de la Cour suprême, attaché à une interprétation littérale et minimaliste du texte fondateur de la démocratie américaine. Jill Abramson s'est penchée sur la controverse qui a entouré la nomination du juge Clarence Thomas, accusé, à l'époque, de harcèlement sexuel par une ancienne assistante, Anita Hill.

Jill Abramson's achievement is historic but Times can't stay stuck in past


New York Times' appointment of its first woman editor is very welcome – provided she's ready to shake things up
The good news is that, after 160 years, the greatest paper in America finally has a woman as its top editor. The better news is that Jill Abramson will also have Janet Robinson for her chief executive. Revolutions don't come much more convincing than that – and nobody doubts that Abramson, a terrific reporter and a calm, intelligent managing editor, is totally qualified for the job. Happy, historic days!
But can you find a little rain on this parade? Just a sprinkle. Abramson says the New York Times "was like a religion" when she was growing up. Call that Lethal Cathedral Syndrome. If the old grey lady of quality journalism is going to survive the next few decades it can't do it with one foot stuck in a glorious past. It has to be bold and – frankly – faster and less portentous off the mark. See what Murdoch has done to revive the Wall Street Journal by bringing in an outside editor bent on change, then wonder if Abramson, a 57-year-old insider at the Times, can work the same magic.
Good luck to her as she starts out on what, inevitably, will be a journey cut short by retirement. There are reasons all around to hope she succeeds. But sometimes the real enemies aren't out there competing; sometimes they're the burdens you inherit.
 Here, for once, is a personal moment. Long ago, in the early 1970s, I was sent on a tour of American newspaper headquarters, charged with discovering digital nirvanas we could use in hot-metal-clanking Britain. And, along the way, I wandered into office heaven.
The heart of the Miami Herald stretched along the blue waters of Biscayne Bay. You didn't want to write stories there – just to look out of the great picture window. It was lush and lovely and languorously tropical (though the optical character reader they'd chosen was a bit of a nightmare).
But now? A cool $236m from a casino king buys the site. The Herald will have to shuffle off somewhere cheaper and nastier, to rooms without a view. "Both the company and its pension plan are better off as a result," says the group chief executive. And a great heart stops beating.


dimanche 5 juin 2011

Les oubliés du «printemps arabe»

Peut-être qu’avant l’automne, le «printemps arabe» deviendra une réalité dans toute la Libye. Peut-être les frappes des hélicoptères français et britanniques marquent-elles le tournant décisif, celui qui permettra aux anti-Kadhafi de reprendre leur marche vers Tripoli… Et bientôt l’OTAN pourra se congratuler pour son aide aux «démocrates» avec, au passage, quelques cocoricos français toujours bons à pousser en période électorale et des grognements de satisfaction chez le lion britannique. Après tout, Paris et Londres sont les moteurs de l’intervention en Libye, destinée, rappelons-le, à protéger les populations civiles des agissements de leur sanglant dictateur… autrefois reçu avec tous les honneurs et force embrassades.

Oui, mais en Syrie ? Aux ordres du clan Assad, l’armée tire sur la foule et les morts se compteraient déjà par milliers. Au Proche-Orient, les Européens se contentent de sanctions diplomatiques assorties de quelques mesures économiques qui semblent avoir été péniblement arrachées. Le terrain est vraiment trop brûlant pour l’Alliance et ses mentors américains ! Et puis aucune résolution de l’ONU n’autorise un engagement, Russes et Chinois s’opposant à tout texte en ce sens au Conseil de sécurité. Au grand soulagement des Occidentaux… Car la Syrie, au cœur de la poudrière du Moyen-Orient, c’est aussi le Hezbollah libanais et, dans une moindre mesure, le Hamas de Gaza. Avec en arrière-plan, les commanditaires de Téhéran. Or l’Iran est en proie aux dissensions internes, avec un président Ahmadinejad en perte de crédibilité et un guide suprême, l’ayatollah Khamenei, contesté à son tour. Donner aux Iraniens un prétexte de se ressouder autour de la Syrie serait politiquement absurde. Surtout en plein contentieux sur la politique nucléaire que mène la République des mollahs…

La bonne volonté occidentale reste très sélective, toujours dictée par la Realpolitik du moment. Elle ne manque pas de confusion non plus. Ainsi, la paralysie (surtout française) devant la «Révolution du jasmin» en Tunisie, puis devant les bouleversements en Égypte, n’est certainement pas étrangère à l’engagement en Libye. Après l’inaction, il fallait montrer de l’action. Non sans une certaine précipitation. Les stratèges et les décideurs politiques semblent avoir oublié qu’une guerre civile ou aérienne provoque d’immenses dommages collatéraux. Le plus important étant celui des réfugiés. Et rien sur le sol européen pour accueillir ces populations fuyant la guerre, qu’elles soient libyennes, africaines ou bangladaises ! Certes, un début d’organisation humanitaire fonctionne dans les zones «rebelles» mais les civils, y compris les enfants, ne sont pas à l’abri des tirs.

Le problème n’importe que peu dans les capitales de l’Alliance. La grande frousse européenne face à l’immigration, qui a déjà refoulé les Tunisiens, occulte aussi les horreurs les plus indicibles. Apprendre qu’on repêche des centaines de cadavres en mer après le naufrage d’un chalutier parti de Libye est ravalé au rang des faits divers, sans vraiment susciter d’émotions. De quoi avoir honte…


Frank Sinatra prenait 12 douches par jour

Le beau chanteur et danseur américain était connu pour ses talents de séduction, moins pour son obsession de l'hygiène. Et pourtant... «C'était le genre de type qui prenait jusqu'à 12 douches par jour», révèle en effet sa veuve, Barbara Sinatra, dans une interview à ABC News rapportée par le Daily News.

Mort en 1998 à l'âge de 82 ans après une crise cardiaque, Frank Sinatra était «soigné» et «sentait toujours la lavande», selon sa quatrième et dernière épouse. Barbara Sinatra fait la promotion de la parution de ses mémoires, intitulés Madame yeux bleus: ma vie avec Frank.

Dans ce livre, elle raconte le quotidien de son couple avec le chanteur, dans ses moments les plus complices comme les plus difficiles. «Grâce à lui je me sentais vraiment spéciale», raconte-t-elle à ABC, ajoutant qu'«il rendait chaque petite chose romantique».
Mais l'alcool faisait aussi partie de la routine de ces 22 ans de mariage. «Je ne voulais pas rester près de lui quand il buvait du gin», avoue Barbara Sinatra. «Le gin, je pense, le rendait méchant. Donc quand je sortais de ma chambre et que je voyais une bouteille de gin sur le bar, je faisais demi-tour, je retournais dans ma chambre, et verrouillais la porte, parce que je ne voulais pas avoir affaire avec ça.»

Le débat nécessaire

Les Français ne paniquent pas vis-à-vis du nucléaire. Mais ils sont de plus en plus nombreux à vouloir sortir du tout nucléaire. Trois mois après Fukushima.
Cette catastrophe rebat les cartes en Europe, avec la décision d’Angela Merkel d’arrêter les centrales allemandes, pour des raisons de politique intérieure. En France, Martine Aubry propose une sortie progressive, ce qui ressuscitera la gauche plurielle. François Hollande souhaite en réduire la part.

Ce débat a été longtemps étouffé par les ingénieurs. Certains ont menti sur l’ampleur de la catastrophe de Tchernobyl. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, a créé une communication publique sur le fonctionnement et l’organisation de la filière. Aujourd’hui, il faut aller plus loin. Les citoyens doivent pouvoir se déterminer en connaissance de cause.

L’énergie nucléaire permet un développement économique plus indépendant. Mais elle place des régions entières à la merci de l’irresponsabilité d’un pays voisin. Tout accident peut détruire durablement la vie d’une manière effrayante.

Et les déchets restent radioactifs pendant des centaines d’années. Pour autant, le nucléaire civil a tué infiniment moins que chacune des énergies traditionnelles (pétrole, gaz, charbon). Il existe des voies alternatives. Elles sont coûteuses. La capacité créatrice de l’humanité peut trouver des solutions nouvelles.

Certes, cela demandera du temps, mais il est impossible de refuser tout à la fois le charbon propre (cela existe), les gaz de schiste (qui ne détruisent pas forcément les nappes phréatiques comme le fait croire un matraquage de communication) et le nucléaire (énergie la moins destructrice de CO2). Cet enjeu crucial ne peut être déterminé uniquement par des stratégies politiciennes.

Gens de rien

La seule chose importante de l’affaire Ferry, c’est le mépris futile à l’égard des Marocains
Un important bavarde dans une émission de télé comme à un dîner en ville, et conte une anecdote de ministre avec des gamins au Maroc (poissé: quel joli mot et quelle maîtrise de la vieille langue d’un vieux pays, et que de connivences dans l’expression ourlée!), et la France s’étourdit d’un scandale à sa mesure, quand d’autres la regardent et s’écœurent. La seule chose importante de l’affaire Ferry, c’est ce qu’elle a fait aux Marocains ; à ces Marocains, militants des droits de l’enfant, découvrant nos piapiatages dont leurs gosses sont l’objet, et qui portent plainte, pour savoir, et parce que le vrai scandale est là: dans le mépris futile dont nous faisons preuve, dans nos cancans médiatiques et leur insoutenable légèreté de nantis: ce que nous disons en France, croyant parler de nous, mais nous parlons d’eux, et nous ne le savons même pas. Enfants marocains, gibier pour Franchouilles en goguette, enfants de rien, décors d’une anecdote d’un soir, purs objets, sexuels ou de bavardages, sans consistance ni souffrance, inexistants à notre suffisance.

Ceux qui trônent et les gens de peu, toujours la même histoire, semaine après semaine, le seul clivage qui vaille, et c’est malheur pour les petits quand ils croisent le chemin d’un gros. C’est une vendeuse de chez Kookai, à Nancy, dont on découvre qu’elle a perdu son emploi pour avoir commis une plaisanterie idiote sur Nadine Morano, qui faisait ses courses et avait entendu. Un rire de mauvais goût mérite-t-elle le chômage, dans la France qui souffre et se lève tôt? Une ministre offensée est une arme fatale, et sûre de son bon droit. , m’a dit Morano, sans remords ni regret, barricadée dans une posture d’offensée: une fille du peuple devenue ministre et qui oublie que ses colères ont des conséquences, ou bien savoure-t-elle cette puissance inédite? Les petits doivent apprendre à se tenir, quand les puissants s’exonèrent. C’est même à cela qu’on les reconnaît.

À Sevran, dont le maire de gauche réclame l’intervention de l’armée, les habitants apprennent à zigzaguer entre les balles et les enfants privés de récré savent qu’il faut tracer le soir pour rentrer chez soi. Ici, les importants ne sont pas des politiques mais des caïds de méchante opérette à balles réelles, des bandes qui se disputent des trottoirs de la drogue, et tant pis pour ceux qui les rencontrent: pour les défourailleurs, les Sevranais ne sont qu’un décor, et si une balle perdue percute ce décor humain, cela ne change rien à l’histoire. Les caïds, à l’échelle d’une malheureuse banlieue, sont tels les nobles du Moyen Âge qui piétinaient les récoltes, les éternels seigneurs des guerres qui dévastent les peuples dans une brutalité indifférente. Racailles ou bourgeois ou ministre, tous possèdent ce mépris fascinant des puissants envers ceux qui existent moins qu’eux.

« J'ai reçu des SMS graveleux de DSK »

Isabella Lenarduzzi, spécialiste de la communication, confie au Soir qu'elle a reçu une série de SMS graveleux de la part d'un certain DSK. 

Isabella Lenarduzzi est une spécialiste de la communication. Organisatrice d'événements depuis vingt ans, elle a entamé sa carrière avec le Salon de l'étudiant. Depuis 2006, elle dirige la société Jump, centrée sur la vie professionnelle des femmes. « Au départ, j'avais vraiment intégré le comportement machiste, reconnaît-elle. Comme beaucoup de femmes, je le reproduisais sans en être vraiment consciente, sans me rendre compte que cela limitait ma confiance en moi. Sans percevoir aussi que cela avait un impact sur mes choix et sur la façon dont ils étaient considérés à l'extérieur. Depuis que je suis ado, j'ai compris que les hommes font des catégories de filles entre les “baisables” et les “non baisables”. Moi, évidemment, j'avais envie d'être dans la première catégorie. Dans ma carrière professionnelle, je me suis rendu compte qu'il y avait une autre catégorisation entre “mal baisées” et “putes”. Il y avait peu de femmes à de hauts niveaux de pouvoir dans les années 1980. Je me trouvais parmi des hommes et quand ils parlaient de la sorte, soit je ne réagissais pas, soit j'allais dans leur sens. Jusqu'à ce que je comprenne que j'avais moi-même intégré des éléments sexistes ! »

Depuis cette prise de conscience, elle a compris la nécessité de valoriser les femmes dans les milieux de l'entreprise. « Je me suis dit que j'avais un travail à faire sur moi-même pour récupérer la valorisation du féminin que j'ai en moi. Et à le partager. Parce que le féminin est considéré comme inférieur. Chaque fois que l'on a un comportement moins compétitif mais plus collaboratif, par exemple. Ou chaque fois qu'il y a de l'empathie. »
Encore maintenant, dit-elle, « le fait que je sois une femme et que je fasse des affaires différemment, cela dérange. Ma légitimité n'est pas encore complètement reconnue. Cela fait partie de l'inconscient des hommes ». Cela passe par des réflexions « primaires, ahurissantes de médiocrité ». Du style ? « Des remarques à connotations sexuelles comme “tu sais bien que nous ne sommes pas contre les femmes, nous sommes tout contre elles”. Et c'est encore la plus douce ! » Cela peut mener à des comportements proches de la « violence sexuelle », ajoute-t-elle. « On engage ou on garde une jeune employée avec l'espoir que quelque chose finira bien par se passer. »
« En tant qu'Italienne, prolonge-t-elle, j'adore séduire, et j'adore être séduite. C'est du plaisir, c'est de la légèreté. Même dans la vie professionnelle, c'est agréable de pouvoir se servir de cette arme-là aussi. C'est ce qui me permet d'avoir accès à des tas personnalités de pouvoir. Mais je me rends compte que ce faisant, je peux ouvrir une porte. Si cela reste dans les limites de la flatterie, c'est bien. Mais si cela va plus loin… »
Le résultat, ce sont souvent des propositions déplacées, exprimées oralement. « Les pires, ce sont les milieux politiques et académiques, comme s'il y avait là une forme d'omertà. » Isabella Lenarduzzi reconnaît par exemple avoir reçu une série de SMS d'un certain… Dominique Strauss-Kahn. « C'était une vraie forme de harcèlement avec des SMS vraiment graveleux. Au bout de quelques semaines sans réponses, il a arrêté. Mais cela prouve à quel point il devait être obnubilé par ses pulsions… Cela ne prouve pas qu'il soit coupable, bien sûr, mais il a un environnement de culpabilité. »
Si l'affaire DSK, précisément, délie les langues, ce doit être une occasion de changer les choses. « L'Europe doit garder une certaine légèreté dans ses rapports entre hommes et femmes, conclut-elle. Mais il faut vraiment mettre des limites, prévoir de vraies sanctions. Et se rendre compte que le sexisme, le machisme se situent dans un ensemble de comportements parfois négligés. »

 

Déjeuners secrets avec la presse : l’autre scandale de l’affaire DSK ?

Des rédactions « convoquées » en secret dans de grands restaurants parisiens. Un candidat qui se déclare devant des journalistes dont il réclame le soutien… mais qui n’en piperont mot jusqu’à sa chute. Et si l’autre scandale de l’affaire DSK tenait aux indéfectibles soutiens politiques dont il bénéficiait auprès des médias français ?

Vue d’Amérique, l’information est plus que dérangeante. Elle est pourtant passée presque inaperçue dans le flot ad nauseum de nouvelles sur l’affaire DSK... Quelques semaines avant son arrestation, le champion socialiste, le Jedi du FMI censé rétablir l’équilibre dans la Force après un quinquennat de stupre sarkozyen, organisait des déjeuners secrets avec la crème des journalistes politiques parisiens.
Quel était le concept de ces rencontres pour « happy-few » médiatiques ? DSK disait tout… mais les journalistes, eux, ne pouvaient rien en dire ! Curieuse dialectique médiatico-politique. Enfin… jusqu’au crash new-yorkais et à la mort politique de l’intéressé, qui a brisé de facto le vœu de silence des journalistes. Des journalistes qui ne pensaient vraisemblablement pas à mal en acceptant de taire les informations qu’ils recevaient, puisque c’est un des leurs (Denis Jeambar de Marianne), qui a raconté par le menu, et avec une candeur désarmante, le contenu de l’une de ces rencontres secrètes.
Pas encore officiellement candidat mais déjà en pré-campagne (notamment en vue des primaires socialistes), Dominique Strauss-Kahn avait invité fin avril les pontes des rédactions de Marianne, du Nouvel Obs et de Libération, pour trois déjeuners « off » dans de grands restaurants parisiens. Une façon informelle et pleine de tact d’anticiper la mue du directeur-général du FMI en candidat socialiste et de dévoiler en primeur aux heureux élus (et à mots à peine couverts) son intention de se porter candidat à la présidentielle… tout en exigeant encore une fois de ses convives qu’ils demeurent bouche cousue.

Un travail de désinformation ?

Et tant pis si le travail des journalistes présents consistait justement à assurer au quotidien la couverture de la campagne électorale… Tant pis surtout pour leurs lecteurs qui ont pu lire dans leurs colonnes, et jusqu’à l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, des informations tronquées sur la primaire socialiste. Ce petit cirque aurait eu d’ailleurs toutes les chances de perdurer quelques semaines encore sans l’intervention de la police new-yorkaise…
Le doute sur les intentions de DSK, savamment entretenu par ses proches, était indéniablement un acte politique, qui jouait en sa faveur tant il faussait la campagne interne au parti socialiste, handicapait les challengers (Royal, Hollande) et faisait monter un « désir » artificiel auprès de l’opinion. Mais la connivence d’une brochette de journalistes avec un politicien en vue posait surtout un sérieux problème de déontologie.
Connaître trois mois à l’avance les intentions d’un homme politique dans une course présidentielle n’a rien à voir avec un banal embargo de quelques heures ! L’alibi du « off » n’est pas recevable face à des éléments et des rencontres de cette importance ! Le « off » journalistique a pour objet d’enrichir et d’humaniser les données recueillies au cours de l’enquête… pas d’opérer de la rétention volontaire.
Manquement au devoir d’informer donc. Mais la portée de ces causeries informelles allait bien au-delà du fameux « atterrissage en douceur » voulu par les proches de DSK. Dans la campagne qui s’annonçait, l’ex-futur candidat socialiste comptait sur « l’engagement militant » de ces trois médias traditionnellement orientés à gauche qui (doux euphémisme) ne portent pas Nicolas Sarkozy dans leurs cœurs.
Reprenons le compte-rendu édifiant du déjeuner dressé par Denis Jeambar. En plein exercice de séduction, DSK demande au patron de Marianne (Maurice Szafran) si son journal « souhaite bien que la France soit débarrassée de ce type-là ». Nicolas Sarkozy s’entend… La réponse de Maurice Szafran semble convenir à Dominique Strauss-Kahn qui poursuit : dans ce cas-là, « Marianne n’a pas d’autre choix que de (le) soutenir dans ce combat ».
Les déjeuners. Les journalistes. Le « off ». Tout s’explique. Même pour l’ingénu Denis Jeambar qui perçoit une demande de « soumission » (qu’il considère toutefois « choquante »). Ces déjeuners, au secret scrupuleusement respecté par des dizaines de journalistes, n’étaient en réalité rien de moins que la mise en branle d’une machine de guerre journalistique contre Nicolas Sarkozy au service du PS.
Pour DSK, les journalistes présents avaient vocation à se transformer en fantassins au cours de la campagne présidentielle. L’auraient-ils déçu sur ce point ? Impossible de le dire, mais leur simple silence sur ces rencontres éminemment politiques en faisait de toute façon des alliés objectifs d’un DSK en lévitation sondagière.
Aux Etats-Unis, les convives de ce genre de déjeuners auraient eu à s’expliquer devant leurs confrères (et le public)… et auraient in fine été renvoyés. En France, le copinage (qui tourne souvent à l’enrôlement partisan) semble demeurer la norme… une zone grise et malsaine de la vie politico-médiatique.

Grèce: modeste mobilisation contre l'austérité

Un millier de Grecs ont manifesté samedi dans le centre d'Athènes à l'appel des principaux syndicats, pour protester contre les nouvelles mesures d'austérité prises par le gouvernement afin d'assainir ses finances publiques. La mobilisation a déçu les syndicats.

Les Européens du sud travaillent plus et plus longtemps que les Allemands

Les Européens du sud travaillent beaucoup plus et parfois plus longtemps que les Allemands, selon une étude qui, statistiques à l'appui, bat en brèche de récents propos d'Angela Merkel fustigeant en pleine crise de la dette un laxisme social de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal.
"Les Allemands travaillent beaucoup moins (sur l'année, sur leur vie) que les Européens du sud. Ils ne travaillent pas non plus plus intensément", écrit Patrick Artus, chef économiste de la banque française Natixis et rédacteur de cette étude qui s'appuie notamment sur des chiffres de l'OCDE et d'Eurostat.
La durée annuelle moyenne du travail d'un Allemand (1.390 heures) est ainsi beaucoup plus faible que celle d'un Grec (2.119 heures), d'un Italien (1.773 heures), d'un Portugais (1.719 heures), d'un Espagnol (1.654 heures) ou d'un Français (1.554 heures), attestent les chiffres publiés en 2010 par l'OCDE.
"La performance de productivité par tête de l'Allemagne est dans la moyenne des pays du sud, celle de la productivité horaire est au-dessus de la moyenne mais pas meilleure que celle de la France ou de la Grèce", précise également Natixis.
Si l'âge légal de départ à la retraite est plus tardif outre-Rhin (65 ans actuellement, 67 ans dans le futur), les Portugais et les Espagnols travaillent de facto plus longtemps, avec un âge effectif moyen de départ en retraite de 62,6 et 62,3 ans, contre 62,2 ans pour les Allemands.
Les Grecs ne sont pas loin derrière (61,5 ans) et la réforme des retraites adoptée au printemps 2010 par Athènes, qui a porté l'âge légal de départ de 60 à 65 ans, vise à faire passer l'âge moyen à 63,5 ans d'ici 2015.
Seuls les Français (60 ans) et les Italiens (60,1 ans) partent actuellement en retraite deux ans plus tôt en moyenne que les Allemands, souligne encore l'étude, datée du 30 mai.
Mi-mai, la chancelière allemande Angela Merkel a fustigé les vacances et les systèmes de retraite des pays d'Europe du Sud, qu'elle juge bien trop généreux.
"Il faudrait que dans des pays comme la Grèce, l'Espagne, le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu'en Allemagne, que tous fassent un peu les mêmes efforts, c'est important", avait dit Mme Merkel.
"Angela Merkel ne montre pas les vrais problèmes des pays du sud de la zone euro", estime le chef économiste de Natixis.
La performance économique de l'Allemagne est due, selon M. Artus, à son effort d'innovation et de spécialisation dans l'industrie haut de gamme, à l'épargne élevée de son secteur privé et à sa main d'oeuvre très qualifiée par rapport à ses voisins du sud.
Berlin dépense par exemple plus que l'Espagne et le Portugal réunis dans la recherche: 2,82% de son produit intérieur brut (PIB), contre 1,38% à Madrid et 1,38% à Lisbonne. Les résultats ne se font d'ailleurs pas attendre: l'Allemagne dépose 70 fois plus de brevets que l'Espagne, le Portugal et la Grèce réunis.
Les entreprises et les ménages allemands épargnent en outre plus que ceux des pays du sud de la zone euro, ce qui explique les excédents extérieurs de Berlin, relève également l'enquête de Natixis.

La zone Euro au bord de la panique

Une très lente panique bancaire s'empare des banques de la périphérie de la zone euro.

Rarement analyse a été plus pessimiste sur l'avenir de la zone euro. L'éditorialiste vedette du Financial Times, le britannique Martin Wolf, laisse entendre qu'une sorte de très lente panique bancaire s'est déjà emparée des pays périphériques de la zone :
"Dans une véritable union monétaire, un dépôt dans n'importe quelle banque de la zone euro doit être l'équivalent d'un dépôt dans n'importe quelle autre banque. Mais que se passe-t-il si les banques d'un pays donné sont au bord de l'effondrement ? La réponse est que cette présomption d'égalité ne tient plus. Un euro dans une banque grecque n'est plus la même chose qu'un euro dans une banque allemande. Dans ce cas, il n'y a plus seulement un risque de panique bancaire sur une banque précise, mais sur un système bancaire national dans son ensemble."

L'impasse

En conséquence, les banques des pays périphériques, qui voient leurs capitaux fuir, sont refinancées par les banques de pays en meilleure santé, comme l'Allemagne. D'ailleurs, en 2010, les crédits détenus par la Banque centrale allemande étaient à peu près équivalents aux dettes cumulées des banques centrales de la Grèce, de l'Irlande, de l'Espagne et du Portugal. La Bundesbank accumule donc des titres de dettes qui sont censés être garantis par les Etats. Or, leur solvabilité est plus qu'incertaine. Cette situation ne peut pas durer, comme l'explique Martin Wolf :
"L'insolvabilité de certains gouvernements menacerait aussi la solvabilité des banques centrales des pays créditeurs. Cela impliquerait de lourde pertes pour elles, que les contribuables nationaux devraient compenser. Ce serait un transfert fiscal dissimulé".
En clair, les fourmis allemandes paieraient l'addition pour les cigales grecques ou portugaises. Une solution que les électeurs des pays vertueux ne supporteraient pas.
Martin Wolf juge inévitable une restructuration de la dette des pays périphériques, même s'il n'imagine pas la BCE continuer de prêter de l'argent contre des titres de dette de pays en faillite. Comme le résume sur son blog le prix Nobel d'Economie Paul Krugman, qui souscrit totalement à la thèse de Martin Wolf :
"La BCE répète qu'il est impensable de restructurer. Pourtant les programmes d'austérité ne marchent pas ; la perspective d'un retour à un financement normal recule au lieu de se rapprocher."

Un ministre des Finances européen ?

Face à cette crise de la zone euro, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne Jean-Claude Trichet prône une intégration européenne encore plus poussée. Il a évoqué jeudi la création d'un poste de ministre des Finances de la zone euro. Ce dernier, sans avoir un budget fédéral trop élevé, serait chargé d'agir dans trois domaines, résumés par l'AFP :
"La surveillance des politiques budgétaires et des politiques en matière de compétitivité (...); toutes les responsabilités assumées généralement par les gouvernements en ce qui concerne le secteur financier intégré de l'Union; et la représentation de la confédération de l'Union au sein des institutions financières internationales."
L'idée serait que les autorités économiques de l'Union puissent avoir leur mot à dire sur des décisions financières nationales, en particulier en matière budgétaire. Il s'agirait donc d'éviter de se retrouver à nouveau dans l'impasse dans laquelle la zone euro est coincée en ce moment. Mais ce n'est pas un simple ministre des Finances européen qui suffira à régler la crise actuelle.

Manifestation à Athènes contre les plans d'austérité

Un millier de Grecs ont manifesté samedi dans le centre d'Athènes à l'appel des principaux syndicats, pour protester contre les nouvelles mesures d'austérité prises par le gouvernement afin d'assainir ses finances publiques.
En dépit des appels à une mobilisation massive, les manifestants étaient environ un millier à défiler sans incident samedi dans le centre de la capitale grecque, derrière une banderole proclamant "nous résistons". Il s'agissait en majorité de salariés de la compagnie électrique publique PPC, d'employés du port et d'enseignants.

La Grèce devrait recevoir cet été le cinquième versement partiel issu du plan de sauvetage international de 110 milliards d'euros arrêté en mai 2010: les inspecteurs de la "troïka" composée de l'Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne ont salué vendredi les "progrès significatifs" accomplis par Athènes après avoir sondé ses finances publiques pendant près d'un mois.
Les autorités grecques pourraient même bénéficier d'une aide financière supplémentaire de la part de leurs partenaires de la zone euro. "Je m'attends à ce que l'Eurogroupe s'entende pour qu'un financement supplémentaire soit fourni à la Grèce" à de "strictes" conditions, a déclaré vendredi Jean-Claude Juncker.
Le Premier ministre luxembourgeois, par ailleurs chef de file des 17 ministres des Finances de la zone euro, l'Eurogroupe, a également laissé entendre que le secteur privé pourrait être appelé à apporter sa contribution "sur la base du volontariat". Les Etats membres de la zone euro ont entamé des discussions pour étudier l'idée de demander à des créanciers privés de donner plus de temps à la Grèce afin qu'elle rembourse ses obligations ou en achète de nouvelles.
La Grèce a jusqu'à présent reçu 53 milliards d'euros issus du plan de sauvetage de 110 milliards d'euros. D'après la troïka, les nouveaux fonds, représentant 12 milliards d'euros, devraient vraisemblablement être disponibles début juillet.
Précisant de son côté que l'inspection de la "troïka" s'était achevée de "façon positive", le ministère grec des Finances a souligné qu'avaient été évoqués le programme de privatisation visant à lever 50 milliards d'euros d'ici fin 2015 et les nouvelles mesures destinées à atteindre l'objectif de réduction du déficit et des réformes structurelles de l'économie grecque.
En mai, le ministre des Finances Georges Papaconstantinou a annoncé un plan d'austérité pour 2011 représentant environ 6,4 milliards d'euros, afin de porter le déficit à 7,5% du Produit intérieur brut, contre 10,5% en 2010. AP

La Grèce au défi de tenir ses promesses

Le gouvernement grec se retrouve confronté au défi de tenir les promesses d'austérité renforcée faites à ses bailleurs de fonds, zone euro et Fonds Monétaire International, alors que le climat social et politique se dégrade fortement dans le pays.

La Grèce s'est vue promettre vendredi une nouvelle aide financière de ses créanciers, pour lui éviter la banqueroute et la sortie de l'Union monétaire, en plus du prêt de 110 milliards d'euros déjà octroyé il y a un an. En contrepartie, le gouvernement socialiste de Georges Papandreou s'est engagé à renforcer encore l'austérité afin de réduire le déficit public du pays et accélérer les privatisations pour combler la dette de 340 milliards d'euros.

Son plan prévoit 6,4 milliards d'euros d'économies supplémentaires en 2011 et 22 milliards d'ici 2015, via des coupes dans la fonction publique, certaines pensions, des hausses d'impôts et de TVA.

Samedi, les syndicats avaient appelé à une manifestation à Athènes pour protester contre une "barbarie anti-sociale", qui va s'ajouter aux drastiques mesures d'économies prises en 2010 et ayant permis de réduire le déficit de 5 points de PIB en une seule année.

Mais les syndicats peinent à mobiliser après neuf grèves générales qui n'ont conduit qu'à plus d'austérité, et alors que le pays est plongé dans une profonde récession.
A peine un millier de personnes ont défilé samedi.

En revanche, un mouvement spontané "d'Indignés", qui échappe à l'encadrement des partis et syndicats, relayé par internet, rassemble chaque soir depuis une douzaine de jours des foules de gens sur la place Syntagma (de la Constitution), juste devant le Parlement grec.

La Belgique contre une restructuration de la dette grecque

Le ministre belge des Finances Didier Reynders a appelé samedi "à ne pas lever le tabou de la restructuration" de la dette de la Grèce ou d'autres pays de la zone euro pour éviter d'envoyer des signaux négatifs sur la santé de l'ensemble de l'Union monétaire.

"Lever ce tabou, c'est finalement se dire que la zone euro pourrait être réellement en difficulté", a expliqué Didier Reynders sur France 24, se présentant comme un "ardent défenseur" de la devise européenne face aux "gens dans le monde qui n'ont pas envie de voir la zone euro se développer ".

"Il faut arrêter, comme je l'entends pratiquement tous les jours, de laisser courir des bruits sur la sortie d'un pays (de la zone euro), sur la restructuration de la dette", a martelé le ministre, à la tête des finances belges depuis 1999.

Le scénario de la restructuration a été jusqu'ici rejeté par l'Union européenne, dont plusieurs dirigeants ont toutefois ouvert la porte à une restructuration "douce" consistant à un rééchelonnement de la dette grecque.

Pour M. Reynders, "la Grèce, comme le Portugal ou l'Irlande, doit faire des efforts importants". Mais, a-t-il nuancé, "il ne faut pas espérer que le pays meurt guéri. On ne doit pas le pousser tellement loin dans des efforts socialement inacceptables, et même économiquement peu performants parce que ça va ruiner la croissance, que le pays n'arrive pas à redémarrer".

Pour remédier à un tel risque, il a plaidé, à côté des "prêts" aux pays en difficulté, pour l'émission à terme "de véritables obligations européennes" à l'image de ce font les Etats-Unis. Cette "solution européenne montrerait une unicité de la zone euro", a-t-il estimé.